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06/03/2018

La "Pinturitas" ou "las grandes pinturas"?

      Un très beau livre d'art et de photographie vient de paraître, édité par un photographe déjà connu pour l'intérêt marqué qu'il porte aux expressions populaires, telles qu'elles s'affirment essentiellement sur les murs : Hervé Couton. Il a exposé jadis de très belles photos de graffiti historiques  à l'Abbaye de Belleperche. Récemment, pour mon propre ouvrage, le Gazouillis des éléphants, il m'a généreusement prêté des photographies qu'il avait prises sur les fresques murales ultra naïves de la peintresse autodidacte de Montauban, Amelia Mondin (1910-1987). Celle-ci était d'origine italienne, et cela préfigurait peut-être la passion qui l'a porté à aller photographier régulièrement les peintures de Maria Angeles Fernandez Cuesta, dite "La Pinturitas" (La "petites peintures", surnom double, singulier/pluriel, comme on le voit, entérinant peut-être une rupture des conventions en matière d'expression, et exprimant aussi adéquatement le foisonnement et le carambolage des figures et des couleurs qui s'étalent, mêlées à toutes sortes d'inscriptions, sur les murs d'un restaurant abandonné, à la sortie de la petite ville d'Arguedas, qu'elle a investi depuis l'an 2000).

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La Pinturitas, Hervé Couton, éditions Alpas (les Amis de La Pinturitas d'Arguedas), février 2018.

 

        Hervé Couton revient ainsi depuis huit ans saisir ce qui a changé, été remplacé, métamorphosé par la dame aux petites peintures. Autant dire que son travail se nourrit d'un dialogue constant avec cette peintre sauvage (au sens de libre, sans contrainte d'aucune sorte, si ce n'est celles qui sont naturellement imposées par le physique, ou la résistance des matériaux). Cela explique pourquoi les bénéfices de cet ouvrage sont annoncés comme devant profiter à Maria Angeles Fernandez Cuesta. Le photographe se sent redevable à la peintresse.

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La "Pinturitas" devant ses œuvres, ph. Hervé Couton, 2014.

 

       La "Pinturitas" peint aussi des tableaux sur panneaux de bois, et s'exerce également au dessin aux crayons de couleur, mais elle me paraît y être moins à l'aise. Son terrain de prédilection reste l'art mural, sur des parois de l'espace public, bien que supports de bâtiment désaffecté, s'inscrivant ainsi dans ce que Laurent Danchin, dans l'un de ses derniers textes, publié aussi dans cet ouvrage, appelle – pourquoi pas? – du Street art brut (muralisme brut, art brut de rue pourraient aussi bien être employés...). Son goût de peindre, de combiner sans cesse ses figures, ses mots, ses couleurs, ses yeux aux cils très marqués, peut s'y exercer à plein. Il y a sûrement là un indice de la manière dont elle préfère s'exprimer, sur l'espace public en un point donné, au cœur de la vie quotidienne, même si – ou parce que – ce point est un espace du rejet, de l'oubli, un trou noir dans le paysage qu'elle investit avec frénésie et gourmandise de couleur. Les peintures ou les dessins qu'elle essaye de produire à côté ne semblent pas lui donner le même plaisir, sa confiance en son geste paraît s'y freiner.

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La "Pinturitas" dans ses œuvres, ph. Hervé Couton, 2010.

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Pour commander le livre (35€), peut-être peut-on donner l'adresse postale des Amis de la Pinturitas d'Arguedas, 23 rue Michelet, 82000 Montauban. Et leur adresse e-mail: <lesamisdelapinturitas@yahoo.fr> ; nul doute qu'on puisse le trouver incessamment à la librairie de la Halle Saint-Pierre, à Paris. Il est aussi à la Fabuloserie Paris, rue Jacob dans le 6e ardt, ainsi qu'à Toulouse (librairies Ombre Blanche, Privat et Terra Nueva) et à Montauban (la Femme renard). Le livre sera disponible par la suite à Bordeaux et Bayonne. On le trouve aussi à Lausanne dans la librairie de la Collection de l'Art Brut, où il voisine du reste avec mon Gazouillis des éléphants...

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J'ajoute que le livre est trilingue (français, anglais, espagnol), qu'il comprend 160 pages couleur et qu'il regroupe, outre un texte et de nombreuses photos d'Hervé Couton, une préface de Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l'Art Brut de Lausanne, et un texte de Jo Farb Hernandez, la directrice de l'association Spaces aux USA, par ailleurs grande connaisseuse des environnements spontanés espagnols.

J'ai déjà eu sur ce blog l'occasion de parler, par deux fois, de cette quête d'Hervé Couton, voir ici.

 

26/02/2018

Le LaM se donne trois jours pour lancer une nouvelle cartographie numérique des environnements spontanés...

     Les 15, 16 et 17 mars prochains, au LaM de Villeneuve-d'Ascq (à côté de Lille), c'est l'ouverture de... la chasse? Non, de la cartographie numérisée (et multimédia? Et interactive?) des environnements spontanés que le LaM compte commencer de mettre en place durant ce printemps, en débutant par les Hauts de France. J'ai personnellement du mal à cerner les limites que compte mettre le LaM au corpus qu'il projette de cartographier. Y intégrera-t-on les environnements d'artistes marginaux ou plus professionnels, à côté des environnements créés par des "hommes du commun", non professionnels de l'art ?  J'en ai bien l'impression, mais attendons d'en savoir plus... Rien n'a été véritablement précisé jusqu'à présent dans ce domaine. 

Voici le programme :

Journées des 15-16 et 17 mars 2018 (1).JPG

"Nombre de places limité", "réservation conseillée", c'est destiné aux happy few tout de même... ; on reconnaît sur cette première page du programme, en haut, des photos de Francis David, et l'on notera que les dates de ses prises de vue ne sont pas indiquées (première critique!), or cela a son importance quand on sait à quel point ces créations de plein air sont évolutives et éphémères.

Journées des 15-16 et 17 mars 2018 (p.2).JPG

      Ces trois jours se décomposent en ateliers où l'on discutera entre passionnés du sujet de différentes thématiques, des archives, de la notion de ce que le LaM appelle les "habitants-paysagistes" (reprenant l'appellation - trop générale à mon goût - de l'architecte-paysagiste Bernard Lassus), de l'histoire de sa communication, des problèmes de conservation (ou non), de son aspect international, de l'aspect technique, sociologique de ces créateurs dont l'activité est classable entre travail et loisir... Une demi-journée, le 16 mars, proposera une première sélection de films sur la thématique, mise au point par l'association Hors-Champ (de Nice). Il se murmure que l'on pourrait y voir le film que j'ai co-écrit avec son réalisateur Remy Ricordeau en 2011, Bricoleurs de paradis. Le samedi matin sera consacré à des signatures d'ouvrages récemment parus sur la question, comme les rééditions augmentées des Bâtisseurs de l'imaginaire de Claude et Clovis Prévost et des Jardins de l'art brut de Marc Décimo. Je dédicacerai pour ma part mon récent inventaire des environnements populaires spontanés, premier du genre, Le Gazouillis des éléphants, durant cette même matinée du samedi.Le Gazouillis 3 couv à plat (2).jpg Et l'après-midi verra la projection d'autres films, certains canoniques comme les Demeures imaginaires d'Irène Jakab, Kurt Behrens et Gaston Ferdière (documentaire de 1977 où l'on aperçoit en particulier, si je me souviens bien la maison extraordinaire, véritable toile d'araignée en bois, de Karl Junker à Lemgo en Allemagne), d'autres plus classiques, comme Le Palais Idéal d'Ado Kyrou de 1958 (qui lui fut inspiré par la séquence sur le même Facteur Cheval dans Violons d'Ingres de Jacques Brunius, film de 1939).

     

17/02/2018

Disparition d'une peintre naïve-brute, Yvonne Robert (1922-2018)

     Je me fais volontiers provocateur avec ce qualificatif de "naïf" mais c'est que ce terme paraît adéquat, sans pour autant être pénalisant à mon humble avis, pour qualifier l'œuvre, riche et multiple, de cette paysanne vendéenne qui plongea dans la peinture, comme on se jette à l'eau pour apprendre à nager. Classée dans l'art brut depuis l'article que son frère, le collectionneur d'art précolombien Guy Joussemet, lui consacra dans le fascicule 14 de la Collection de l'Art Brut (1986), Yvonne Robert y gagna une certaine célébrité dans le monde des amateurs d'art d'autodidactes, sans que cela atteigne nécessairement un développement considérable, peut-être justement en raison de cet aspect résiduel "naïf" de sa peinture, mal vu des partisans orthodoxes de l'art brut, alors que ce n'est que l'autre face d'une même pièce (comme le sentait bien André Breton, à la différence de Jean Dubuffet)...

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Yvonne Robert, Bonjour Sidonie Tiens la vieille est encore là..., 2005, dimensions non renseignées, communiqué par J-L. Faravel ; Le plaisir du spectateur des peintures d'Yvonne Robert se renforce à la lecture de leurs titres qui sont plutôt des récits des chroniques villageoises (pas très éloignées de l'esprit de Chaissac ou de celui de Gérard Lattier), des commentaires, des dialogues, parfois acides... Ce qui donne une double lecture (au moins) de ces œuvres.

 

       Les spéculateurs et collectionneurs en quête de nouvelles viandes fraîches qu'ils espèrent trouver du côté de cet art brut dont on parle beaucoup, tentent de l'insérer de force dans leur connaissance cérébrale. On met au pinacle, chez certaine galerie parisienne, les faiseurs de diagrammes, les adeptes de numérologie lettriste spontanée, les "écrituristes" de tous poils, les gribouilleurs gâteux dont les productions sans la moindre émotion peuvent donner l'impression qu'on est toujours avec elles sur le terrain de la cérébralité adulée par les amateurs d'art contemporain. Avec Yvonne Robert, hélas, pour ces trafiquants d'ennui intellectualisé, il est difficile de retrouver le même genre d'escroquerie. C'est trop frais, trop touchant, trop authentique. On choisit alors de la regarder de haut, de la tenir en lisière, voire de l'ignorer. D'où le peu de développement de sa notoriété dont je parlais plus haut.

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Yvonne Robert, ce sanglier du bois Charto, de 2014, est-ce un peu la peintresse elle-même, cernée par les corolles carnivores de ses détracteurs? Photo et coll. Bruno Montpied.

 

      Guy Joussemet, qui fait partie de sa fratrie (au total sept enfants), a crûment dessiné le contexte familial misérable d'où est issue Yvonne Robert : "Elle est la sixième – et l'unique fille – d'une famille de sept enfants. Ses parents exploitaient une fermette de dix hectares [à Saint-Avaugourd-des-Landes dans le bocage vendéen], dont six en fermage. Querelles multiples, brouilles sans fin, agressions verbales constantes, ivresses prolongées du père, tentative de suicide de la mère, manque permanent d'argent, conditions de vie quasiment médiévales, voilà l'ambiance familiale." Je ne cite pas la suite des avanies que subira toute sa vie Yvonne Robert, dont une agression sexuelle, et des dépressions chroniques consécutives à des problèmes de santé à répétition¹. La peinture fut visiblement sa bouée de secours face au naufrage qui lui était promis. Elle commande en mai 1974, dans un magasin de Luçon, une boîte de couleurs pour aquarelle et du papier au nom d'une enfant de dix ans imaginaire (mais pas si imaginaire que cela, en définitive). Son frère Guy l'encourage vivement à continuer. Elle passe au bout de très peu de temps à la toile et à l'huile. Et elle ne s'arrête plus, créant par là même un double monde, plus accordé à ses espoirs et à son rêve d'une autre société.

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Yvonne Robert, La Garache ne sortait que le soir pour faire peur aux gens, 2001, coll. privée, Gironde, ph. B.M.

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Yvonne Robert, Les deux lotus, 2005, coll. privée, Loire-Atlantique ; exemple de peinture de pure composition non réaliste...

 

     Son frère balaie dans son article la connotation "naïve" de ses compositions, affirmant que cela fut vite dépassé par sa sœur, qui se serait après 1984 davantage dirigée  vers l'art "brut". Conscient du critère sociologique de la notion, il souligne dans cette même notice de 1986 qu'elle ne souhaitait pas se séparer de ses œuvres, n'en ayant laissé partir qu'une dizaine  du côté de la Collection de l'Art Brut à Lausanne. Et c'est vrai que les sujets peints ne sont pas toujours des paysages, des portraits, des saynètes rurales, mais aussi parfois débouchent sur une forme d'"abstraction" ou sur des compositions d'art informel, où des motifs ornementaux prennent l'essentiel de l'espace.

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Yvonne Robert, Bonjour Monsieur Vous n'avez pas l'honneur de me connaître Je suis Léo Crépeau et j'habite à La Roche sur Yon, 2007, ph. et coll. B.M.

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Yvonne Robert, Comme font les oiseaux Mélanie s'est cachée derrière son armoire pour mourir Victorien dit à Mélina Je suis sûr que ta mère a ses sous dans l'armoire sous ses chemises Dépêche-toi, les autres vont arriver, 2002, ph. et coll. B.M.

 

     Il reste cependant que jusqu'à ces dernières années, Yvonne Robert, aura alterné les deux types d'expression, n'abandonnant jamais les sujets narratifs, les paysages, les anecdotes régionales, etc. Et qu'apparemment aussi, elle avait bien changé son fusil d'épaule quant à la communication de son œuvre, que l'on pouvait acquérir à un prix raisonnable en divers endroits. Elle représente de ce point de vue un exemple de créateur appartenant à un second marché des arts spontanés, aux prix abordables, n'éloignant pas les œuvres des auteurs primesautiers des amateurs au standing fort modéré certes, mais peut-être plus proches au point de vue social des auteurs d'art naïvo-brut.

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¹ Rien n'est dit dans le témoignage de Guy Joussemet sur la possible bigoterie diffuse dans les milieux vendéens, mais cela a pu également jouer sa part dans cet enfer. 

09/02/2018

Une naïveté toute en rousseur : A. Dumas (?)

    "A. Dumas", une signature en rouge tracée en grosses lettres au bas de deux tableaux récemment dénichés aux Puces, le "A" correspondant peut-être à "Alice", d'après ce que me confia le marchand qui exhibait ces peintures sur le trottoir, car l'auteur étant, paraît-il, une femme... Les informations étaient chiches à son sujet, il s'agirait d'une peintresse inconnue, trouvée par un médecin qui aurait ramené quelques toiles à Nice, où le marchand vendant aux Puces les aurait à son tour choisies... Au moment de sa découverte par ce médecin, elle vivait dans une maison de repos à plusieurs dizaines de kilomètres de Paris. A quelle époque? Probablement pas plus loin que le dernier siècle... Comme on le voit, et comme à l'habitude avec nos amis les brocs', il est bien dur d'avoir une traçabilité bien cernée...

A. Dumas, sans titre (les voyages au moulin), sans date, 90x106 cm, vers alt (2).jpg

A. Dumas, sans titre (deux visiteurs d'un moulin dans les bois, celui qui s'en vient, celui qui s'en va ; celui qui s'en vient a le sourire, celui qui s'en va fait une grimace : le prix de la farine lui a-t-il vidé la bourse?), sans date, 90x106 cm, huile sur toile, photo et coll. Bruno Montpied.

 

       Ce paysage me plaît énormément. Il ne faut évidemment pas se contenter de le juger d'après votre écran, la photo ne rendant que malaisément de son charme physique. Il y a un effet de matière, aux teintes rousses, rouges, brunes, jaunes, teintes automnales comme perpétuelles qui est envoûtant. Et plus je vis à côté d'elle, plus l'envoûtement grandit. L'esprit se fait progressivement aspirer dans ce paysage sylvestre aux arbres étranges. Se dressent ici, parmi ces corolles piquetant harmonieusement la composition (procédé habile d'autodidacte pour remplir le tableau d'une manière foisonnante), des bouleaux apparemment, tenant par de simples traînées blanchâtres aux dessins incertains, aux limites de l'anthropomorphisation... Et ces deux hommes aux têtes disproportionnées, aussi grosses que les roues de leurs carrioles (qui sont pour leur part passablement minuscules), que leurs expressions paraissent opposer... comme ils retiennent et interrogent nos regards, sur ces deux routes qui dessinent un V, ou le sommet d'une fourche, V que l'on retrouve en écho dans l'écartement des ailes du moulin, ailes comme désolidarisées du toit de ce moulin par ailleurs...

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A. Dumas, sans titre, sans date, 81x100 cm (un jardin aperçu dans l'axe d'une charmille, avec cinq personnages - deux femmes et trois hommes - qui paraissent s'échanger des propos, ou des plantes (un homme tenant un panier semble-t-il), devant des parterres de fleurs visible sen arrière-plan ; photo et coll. B.M.

 

    Dans ce tableau aussi, on retrouve la même gamme chromatique tournant autour d'une prédilection de l'autrice pour les teintes jaunes, rouges, oranges et brunes d'une saison figée par la magie d'une préférence. Il y a à l'évidence chez notre artiste un goût marqué pour les fleurs, l'abondance des couleurs de la nature, le foisonnement de la fertilité, apparent à la fois dans le jardin aux fleurs rouges de l'arrière-plan, et dans les ramures surchargées de grappes fleuries qui encadrent harmonieusement ce ballet de rencontres entre des personnages venus pour une récolte, semble-t-il, si l'on considère les brouettes placées à la base de chaque arbre, le tablier de la deuxième femme qui paraît concernée par le panier que lui tend l'homme devant elle, ou cet autre homme qui se penche à gauche pour cueillir des fleurs... Il y a peut-être là un moment de pur bonheur, un souvenir d'autrefois tel que voulut le revivre peut-être, au fond de sa maison de retraite, cette Mme Dumas, inconnue des radars de l'histoire de l'art, y compris naïf¹, au soir de sa vie, nostalgique peut-être, et ayant trouvé le moyen de revenir dans le passé à volonté par la magie de sa peinture.

     C'est l'occasion de répéter une fois de plus le plaisir que l'on peut goûter au spectacle d'une œuvre dite "naïve" (figuration poétique... Réalisme intellectuel...), contrairement à ce qu'affirmait Dubuffet, dans le but d'imposer son Art Brut. On n'a pas forcément affaire à un artiste ne se résumant qu'à une recherche de réalisme à l'académisme plus moins raté. Il y a chez les meilleurs naïfs, qu'ils soient frustes ou raffinés, une délicatesse de vision qui restitue la sensibilité immédiate des auteurs, une sensibilité brochée sur une perception enchantée – du fait de dispositions particulières pour voir le côté poétique des choses,  des situations, des relations entre les gens, des paysages... Le résultat de leurs œuvres est d'autant plus fort que ces artistes, qui se sont faits eux-mêmes, ont choisi de perpétuer la représentation extérieure du monde en y mêlant l'écho de leur perception intérieure de ce même monde.

       M'est avis que dans un proche avenir, l'art naïf merveilleux (car je n'ai pas en tête l'art naïf commercial du genre cul-cul) pourrait bien faire retour auprès des amateurs d'art autodidacte, par lassitude devant les recherches  répétitives  d'un certain art brut par trop déconnecté de la figuration, ou par trop ésotériques.  

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¹ J'ai consulté ma documentation, demandé autour de moi, et nous n'avons pour l'instant rien trouvé sur cette "A. Dumas" (ou Alice Dumas, le prénom "Alice" ayant été suggéré par le marchand, ce qui reste toutefois très incertain...). Si des lecteurs reconnaissaient l'œuvre et la dame, qu'ils n'hésitent pas à se manifester...

Mise à jour : cependant, si l'on veut bien sauter quelques mois sur ce blog, et se reporter à une nouvelle note, celle du 26 juin 2019, on verra que le hasard nous a finalement permis d'identifier cette artiste...

06/02/2018

Ernst Kolb à la Collection de l'Art Brut à Lausanne

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     S'ouvre le 9 février, à Lausanne, une importante rétrospective consacrée à une découverte récente des amateurs de l'Art Brut, Ernst Kolb (1927-1993), prévue pour durer jusqu'au 17 juin.  J'écris génériquement "les amateurs", car ce personnage était déjà connu en Allemagne. Les visiteurs de l'Outsider Art Fair, lorsqu'elle se tenait au début, à l'Hôtel le A, près de St-Philippe-du-Roule, pouvaient découvrir certains de ses dessins sur le stand de la galerie Isola de Patrick Lofredi, galerie basée à Francfort. L'art brut  allemand est, plus généralement, à découvrir. Nos voisins paraissent en effet tout aussi riches en matière d'art spontané que par chez nous. Mais, précédant les expositions de la galerie Isola, il semble que l'on doive la révélation de ce créateur à deux personnes essentiellement. Voici ce qu'en dit Anic Zanzi, la conservatrice de la Collection de l'Art Brut qui est la commissaire d'exposition :

     "Dans le domaine de l’Art Brut, ce sont souvent des proches ou des connaissances fortuites qui sont amenés à rencontrer, à reconnaître un créateur insolite, contribuant ainsi à la découverte et à la valorisation d’œuvres dont le destin aurait été plus qu’incertain. Pour Ernst Kolb, qui ne se considère pas comme un artiste et ne cherche pas à exposer ce qu’il appelle ses « gribouillages », deux hommes vont jouer un rôle fondamental. Le peintre et sculpteur Uli Lamp lui offre une place dans son atelier et met à sa disposition du matériel, alors que l’écrivain Rolf Bergmann devient son ami. Il sera également le défenseur de son travail et publiera deux ouvrages sur lui, dont une biographie détaillée." [C'est moi qui souligne.]

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Portrait d'Ernst Kolb, photo Collection de l'Art Brut.

       Remarquable visage que celui d'Ernst Kolb. Je lui trouve un aspect atypique, massif, prédisposant peut-être son auteur à un regard s'éloignant des images convenues, et des portraits à l'harmonie classique. De fait, ses dessins, exécutés sur des supports de fortune ("menus du jour, annonces d’expositions, programmes de concert", nous dit Anic Zanzi)  avec un outil des plus rudimentaires, un simple stylo Bic, généralement de couleur bleue, ce qui donne une signature graphique marquée à sa production de "gribouillages", apparaissent comme un catalogue de recherches, faites avant tout pour soi, inventoriant toutes les manières de démantibuler des figures... Avec une économie de moyens remarquable, l'auteur parvient à produire une panoplie d'images extrêmement attachantes et singulières qui marquent la mémoire.

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Ernst Kolb, dessin sans titre, 21x15 cm, photo et coll. Bruno Montpied.

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Ernst Kolb, dessin sans titre, 15x11 cm, coll. privée.

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Ernst Kolb, dessin Collection de l'Art Brut.

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Ernst Kolb, dessin Collection de l'Art Brut.

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Ernst Kolb, dessin Collection de l'Art Brut.

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Ernst Kolb, dessin Collection de l'Art Brut.

 

01/02/2018

Gazouillis à l'Ecume des pages, à St-Germain-des-prés (où il n'y a plus d'après?)

     Plus que quelques jours – une semaine exactement – pour pouvoir profiter d'une vitrine historique que nous avons installée dans la librairie L'Ecume des pages, à côté du Flore et des Deux Magots, en plein St-Germain-des-Prés, avec quelques objets et photos tirés de ma collection.

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Photos Bruno Montpied, livre Le Gazouillis des éléphants de Bruno Montpied, collection de Bruno Montpied (n'en jetez plus...Charité bien ordonnée commence par...), vitrine de L'Ecume des pages, janvier-février 2018.

 

     Accessoirement, ce fut l'occasion d'exposer en plein centre de l'intelligentsia parisianiste (qui se décompose petit à petit, cela dit, grignoté par les boutiques de fringues...), un peu d'art frais venu de nos campagnes: de gauche à droite sur la dernière photo ci-dessus, un roi, sculpté dans un rondin, de Paul Waguet, une peinture sur bois de Joseph Donadello, une photo d'une saynète de Jean Grard,, une photo, un portrait d'Hubert Bastouil (en arrière-plan), un panneau sculpté et peint sur bois de Bernard Jugie, une grenouille en ciment d'Emile Taugourdeau, une photo de racine sculptée dans un arbre creux par Pierre Sourisseau et une sculpture de tireur de langue (pied de nez à l'intelligentsia?) de François Llopis.

    Sinon, pour les retardataires, il reste quelques exemplaires du Gazouillis à vendre dans cette (excellente) librairie. De même, à quelques encablures de la librairie, au 52 de la rue Jacob, on trouve le Gazouillis à la galerie de la Fabuloserie. Et toujours à la librairie de la Halle Saint-Pierre rue Ronsard, à Montmartre. Entre autres...

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Un exemplaire du Gazouillis plaisamment installé (de manière éphémère) dans un appartement parisien en train d'être déménagé... Photo Jacques Burtin, janvier 2018.

31/01/2018

Une cascade qu'on n'attendait pas

Nathalie Arthaud et ses cascades, ph Darnish.JPG

"Nathalie se reconvertit..." dixit Darnish qui est l'auteur de cette photo, prise sans doute du côté de Dieppe; on peut espérer que la cascade promise, dans ce qui n'est ici qu'un humoreux télescopage sous forme de palimpseste involontaire, ne soit pas une simulation d'électroCUTION (voir le mot caviardé par le déchirage de l'affiche).

29/01/2018

PIF, PAF, POUF

    "PIF (Patrimoines Irréguliers de France) est une association ayant pour objectif la protection et la mise en valeur d’univers inventés par des irréguliers de l’art. Bâtis, sculptés et/ou dessinés, ces patrimoines fleurissent dans les banlieues du système culturel, qu’ils court-circuitent pour leur résistance à être saisis, à être catégorisés. Ils associent plusieurs techniques, médiums et disciplines et évoluent avec les auteurs qui les créent, suivant le flux de leurs rêveries. Réels et irréels à la fois, ils sont donc évolutifs, éphémères, interdisciplinaires, inclassables. Ils demeurent souvent dans la clandestinité, risquant l’oubli. A travers des rencontres, des expositions et des publications, Patrimoines Irréguliers de France vise à faire sortir de l’ombre ces lieux autres, qui ouvrent une brèche dans le réel, en suggérant que la vie est rêve."

    C'est le laïus que m'a envoyé récemment la fondatrice, Roberta Trapani, avec deux autres acolytes, de cette association qui veut développer un certain flair (hi, hi) en matière d'"environnements singuliers", comme elle préfère dire pour désigner les "univers" de créateurs populaires ou d'artistes marginaux.  En effet, je souligne ce terme d'univers qui nous indique qu'il ne s'agit pas seulement d'attirer l'attention des amateurs sur des environnements ou des sites, mais aussi sur des objets. On peut supposer en effet que les animateurs de ce PIF (PAF¹-POUF) s'intéressent aussi bien à des œuvres morcelables qu'à des ensembles de pièces créées pour être solidaires dans l'espace, comme dans le cas des environnements spontanés des habitants-paysagistes bruts ou naïfs. Quoique jusqu'à présent, d'ailleurs, l'association ait passablement mis l'accent sur des artistes singuliers plutôt que sur des créateurs populaires – comme Jean Linard (et sa "Cathédrale" en mosaïque, mal digérée de visites chez Picassiette, mixée à de vagues architectures de tipi amérindiens) – que personnellement je ne considère pas du tout comme faisant partie des environnements populaires spontanés, ou de l'art brut. On devine en tout cas qu'il s'agit pour cette association, au fond, de ne pas élever de distingo entre artistes et créateurs, comme je le fais personnellement, tout au contraire, sur ce blog (et dans mes livres), soucieux que je suis d'attirer l'attention sur une inspiration qui naît en milieu non artiste. Car cela remet en cause la division du travail chez les artistes patentés, et la notion commune que nous avons tous de l'art, généralement perçu comme une activité plus ou moins sacralisée, praticable seulement par une caste d'élus. Ce n'est donc pas seulement un caprice terminologique de ma part. 

Expo Jean-Luc Johannet à la HSP février 2018.jpg

Le  dessin qui sert d'illustration à ce carton relève a priori d'une iconographie illustrative fantastique, proche de la bande dessinée (genre Fred) des années 1970, de la revue Planète aussi, d'un  certain psychédélisme futuriste et alternatif... ; elle ne rend pas trop compte des autres productions de cet artiste, qui me paraît avoir créé, aussi, si je me souviens bien,  des machines imaginaires.

 

     Le PIF présentera du 1er février au 25 février prochain une exposition, dans la galerie de la Halle Saint-Pierre, consacrée plutôt, justement,  à un artiste marginal (synonyme à mes yeux d' "artiste singulier"), Jean-Luc Johannet.

 

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Ce que fait de plus original, je trouve, l'artiste : cette maquette d'une ville de rêve... Expo dans la galerie au rez-de-chaussée de la Halle St-Pierre, ph. Bruno Montpied, février 2018.

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¹ Le PAF reste à créer en effet... Le Patrimoine Anarchique de France... Et le POUF : Patrimoine Oublié Ubuesque de France?

 

27/01/2018

Un mousquetaire à Montmartre

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Un cinquième mousquetaire, à Montmartre cette fois, ph. Bruno Montpied, 2018 (cinquième, puisque, comme on sait, les Trois Mousquetaires de Dumas étaient quatre).

 

    Tout à coup, comme surgie du bitume du trottoir, apparaît une forme corpulente se déplaçant avec lenteur, et stoppant tous les cinq mètres. Me sautent surtout au visage les inscriptions sur le dos du personnage, autour d'une croix, grossièrement fleurdelysée, et pour cause, je vais peu à peu m'en convaincre: le monsieur s'est confectionnée une veste en référence à l'uniforme des mousquetaires sous Louis XIII, puis Louis XIV (etc... ; y a eu des mousquetaires, paraît-il, jusqu'en 1816)... Les inscriptions, plutôt peintes et non brodées, sont rouges et se rapportent aux mousquetaires sans ambiguïté : on lit aisément les noms d'Atos (sic), Portos (re-sic), Aramis et d'Artagnant (re-re-sic). Plus des dates (? : 1245, 1114, 1195, 1244), des noms de pays, de peuples, ou de religions: "Grek", "Serb" (écrit deux fois), "Juif", "Orthodox", "Israël", "France en Ange"...

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Plus prés... ph. B.M., Montmartre, 2018.

 

     Je n'ai pas le courage de contourner l'homme volumineux qui avance par paliers, dans l'idée de lui adresser la parole.... Je saisis juste l'image de cette veste hors-les-normes, la volant au passage certes, et la mettant en ligne qui plus est, dorénavant, mettant très volontairement le pied dans le plat – comme dirait une langue de vipère intercalaire de ma connaissance – afin de souligner, des plus lourdement comme de juste, cet exemple supplémentaire de poésie vestimentaire "brute" et quotidienne. Que se passerait-il en effet, s'il nous passait à tous fantaisie de graver sur nos parures expressions diverses, images par nous admirées, icônes ultra personnelles en tous genres, plutôt que ces inscriptions publicitaires et ces marques qui font de nous des hommes et des femmes sandwichs au service des marchandises? Seuls les bruts se permettent ce genre d'audaces (on connaît en effet bien d'autres exemples dans ce domaine comme les costumes chamarrés et originaux que portait Vahé Poladian sur la Côte d'Azur).

     Un ami est retombé sur lui le lendemain du jour où je pris les photos. L'homme est serbe, d'une famille dont la lignée lui est source de grande fierté (les dates sur la cape se rapportent ainsi à des événements fondateurs de cette lignée), de confession juive au départ, mais converti par la suite en chrétien orthodoxe. "Atos" fait référence à la fois au mousquetaire popularisé par Dumas et au mont Athos qui est situé en Grèce. Cette veste est au fond un manifeste identitaire promené devant tout un chacun par ce monsieur.

23/01/2018

A propos des fous littéraires, une rencontre avec Marc Décimo

      La Halle Saint-Pierre ne lâche jamais l'affaire. Dans le cadre des animations de l'auditorium, elle invite cette fois Marc Décimo, distingué professeur, sémioticien (ouh le mot qui fait peur...), historien d'art, j'en passe et des meilleurs, samedi 27 janvier 2018 de 16h à 17h30, pour venir nous entretenir de sujets en rapport avec ceux que Charles Nodier, Raymond Queneau et André Blavier, entre autres, ont qualifié de fous littéraires. L'actualité éditoriale de Marc Décimo, aux Presses du Réel, ces temps-ci, est extrêmement active. Il vient de faire paraître en même temps deux épais ouvrages, l'un en collaboration avec le sieur Tanka G.Tremblay, Le texte à l'épreuve de la folie et de la littérature (600 p., 42€), et l'autre, en solo, Des fous et des  hommes. Avant l'art brut, suivi de Marcel Réja: L'art chez les fous, le dessin, la prose, la poésie (1907), édition critique et augmentée. Dans ce dernier, il paraît, aux dires de l'auteur lui-même qu'outre l'édition augmentée, il apporte des lumières nouvelles sur plusieurs créateurs présents dans l'historique livre de Réja (alias le docteur Paul Meunier, nom démasqué en son temps par Michel Thévoz), qui avait déjà été réédité il y a plusieurs années.

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     Le premier livre, Le texte à l'épreuve de la folie et de la littérature, que personnellement j'ai préféré prendre (il y a tant de choses  à lire, tant, qu'une seule vie ne peut y suffire), traite de la relativité du terme de "folie", selon que tel ou tel chroniqueur l'emploie, et selon l'époque où il l'emploie. Pour Marc Décimo, surtout, semble-t-il, on a traité de fous des auteurs qui bien souvent étaient parfois en avance sur leur temps, avec des projets tellement audacieux qu'ils paraissaient aberrants aux yeux de leurs contemporains. Notamment, notre sémioticien distingué (qui écrit dans une langue fort claire, en dépit de quelques mots rares dont le lecteur pas paresseux ira repêcher le sens dans un dictionnaire de figures de style, comme par exemple ces étranges termes : "apocope", "métathèse"...) voit dans ces fous littéraires souvent de "la pataphysique par anticipation" et rappelle l'article de Noël Arnaud, paru dans le n° spécial de la revue Bizarre, en avril 1956, sur "les Hétéroclites et les fous littéraires", où il traitait Louis de Neufgermain (ailleurs qualifié de "fou littéraire") de "poète hétéroclite". Décimo,  pour sa part, ajoute qu'on aurait pu également considérer le même comme "oulipien", "par anticipation" là aussi... Collège de Pataphysique et Oulipo sont deux ensembles pourvus de nombreuses passerelles et d'auteurs en commun qui intéressent Marc Décimo au premier chef, lui qui est par ailleurs régent du fameux Collège et titulaire de "la chaire d'Âmoriographie littéraire, ethnographique et architecturale"... Peut-être peut-on alors voir dans ce dernier ouvrage la dernière vision des fous littéraires telle que les entendent les pataphysiciens et les oulipiens actuels, à savoir des génies précurseurs, entre autres des inventions en termes de langage?

      Rendez-vous donc samedi prochain pour tous ceux qui voudront bien faire un bout de balade en compagnie de cet érudit ludique, Marc Décimo, digne héritier des Queneau et des Blavier... 

16/01/2018

Trouvetout...

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Photo Régis Gayraud, Paris, rue Vivienne, 2018.

 

     Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas transmis de nom prédestinant. Ce Gustave-là, un Trouvé – trouvé deux fois en quelque sorte  ces jours-ci – par le camarade Régis Gayraud, avait le nom de l'emploi. Une sorte de Géo Trouvetou, en somme.

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Le personnage des studios Disney, Géo Trouvetou.

    Mais, étourdi que je suis, et trop heureux de la trouvaille de ce possible nouveau nom prédestinant, je ne me suis pas avisé que c'était sans doute trop beau pour être vrai... Régis Gayraud me signale que Gustave Trouvé, ça peut aussi se lire "G.Trouvé"... Et que cela pourrait ressembler à un canular (en dépit des nombreuses notices biographiques que l'on trouve par-ci par-là sur internet, Wikipédia, data-BNF, la Nouvelle République, etc., qui paraissent, s'il s'agit d'une supercherie, relever d'un travail particulièrement acharné...). J'avais été, dans un premier temps, alerté par la typographie et la couleur de la plaque qui me paraissent très, très proches de celles des anciennes fausses plaques commémoratives qui fleurirent un temps à Paris (j'en ai déjà parlé ici). Alors? Supercherie ou véritable nom prédestinant?

07/01/2018

Benjamin Péret à la Halle Saint-Pierre, quelques événements pour un riche retour sous la lumière

      Du 8 au 28 janvier, la Halle Saint-Pierre accueille une évocation de Benjamin Péret dans sa "galerie" du rez-de-chaussée, centrée sur les voyages qu'il fit entre 1955  et 1956, fasciné par les arts des Indiens et l'art populaire du Brésil. En effet, les éditions du Sandre, au même moment où elles publiaient mon Gazouillis des Eléphants – qui traite aussi d'art populaire – a sorti en novembre 2017 un beau livre consacré à Benjamin Péret et intitulé Les arts primitifs et populaires du Brésil, photographies inédites, qui illustre une fois de plus le profond intérêt qu'éprouvait le poète surréaliste pour l'art primesautier où qu'il se manifeste dans le monde. Si la galerie de la Halle présente sept vitrines d'exposition de différents documents et objets relatifs à cette période de la quête pérétienne, le tout sous le titre "Du merveilleux, partout, de tous les temps, de tous les instants", il convient de signaler – outre le vernissage (en entrée libre, comme tout ce qui concerne ces événements) autour de Péret qui aura lieu le jeudi 11 janvier prochain de 18h à 21h – également une après-midi consacrée à la présentation du livre, ainsi qu'à celle du dernier numéro  (le n°6) des Cahiers Benjamin Péret dans l'auditorium de la Halle, au sous-sol, le dimanche suivant 14 janvier, à 15h. Cela se fera en présence de Leonor de Abreu et de Jérôme Duwa, co-responsables du livre des éditions du Sandre, ainsi que de Gérard Roche (président de l'Association des amis de BP), celui-là même qui vient de signer la magnifique et vivante édition de la correspondance André Breton-Benjamin Péret chez Gallimard (2017).

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Une correspondance fascinante, pleine de vie, qui restitue les deux poètes avec une spontanéité et une chair que l'on ne rencontre pas de la même manière dans leurs autres écrits (même si Péret écrivait comme il respirait) ; certainement un des meilleurs volumes de la correspondance jusqu'ici parue concernant Breton. A n'en pas douter, ce furent eux les piliers du château étoilé...

 

     Il faut dire que l'actualité éditoriale est richement consacrée au retour de Benjamin Péret dans nos esprits et dans notre mémoire en ce moment. Il ne faut pas oublier de mentionner en effet la très bonne biographie de Barthélémy Schwartz, Benjamin Péret, l'astre noir du surréalisme, parue en 2016 chez Libertalia¹, qui permettra à tous ceux qui apprécient cet enfant terrible de la poésie, de l'amour sublime et de la révolte, s'ils ne savent pas de qui il s'agit exactement, de faire un copieux tour du personnage, documenté de faits, d'analyses et d'anecdotes savoureuses comme celle qui campe Péret, sortant de chez André Masson, et qui, chaque fois qu'il passait devant la loge où les concierges laissaient voir leur repas en famille, lançait : "Alors? Elle est bonne la merde?", ou encore cette autre, racontée par Marcel Duhamel, où, déambulant en voiture avec Tanguy, Prévert et Duhamel, il tirait au revolver en l'air au long des routes, comme un fêtard mexicain...

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Photo de Benjamin Péret extraite du livre aux éditions du Sandre ; Lampião et Maria Bonita, céramique polychrome, Mestre Vitalino, Caruaru, État du Pernambouc, coll. Museu de Arte Popular, Recife.

 

    Benjamin Péret, comme le souligne pertinemment Schwartz dans sa biographie, était un des rares autodidactes du mouvement surréaliste, avec Yves Tanguy, par ailleurs d'origine bretonne comme lui (Péret était nantais). Cela est à mettre en liaison directe avec son goût jamais démenti pour les techniques automatiques surréalistes, lui servant à lâcher les rênes d'une inspiration qui ne mettait jamais longtemps à traîner dans la boue les autorités, le clergé, l'armée, les juges, tout ce qui s'opposait à l'exercice de la liberté et de l'amour. Et cela explique aussi, outre le fait qu'il était de par ses origines prolétaires anti élitiste et anti bourgeois, sa compréhension profonde pour les arts populaires, les mythes et légendes dont il prisait essentiellement l'esprit magique, le merveilleux sous toutes ses formes (voir par exemple cet article qu'il consacra dans Minotaure aux armures délirantes de la Renaissance, ou aux automates) et vers la dernière partie de sa vie, pour deux figures importantes de l'art singulier (aux limites de l'art brut), Robert Tatin et Gaston Chaissac.

Benjamin Péret l'astre noir du surréalisme.jpg

    En effet, si l'on connaît le texte qu'il consacra à Chaissac, daté de 1958, dans l'édition de luxe des Inspirés et leurs demeures de Gilles Ehrmann, L'homme du point du jour, tel qu'édité dans le livre d'Henri-Claude Cousseau sur l'œuvre graphique de Chaissac chez l'éditeur Jacques Damase en 1982, texte différent (on découvre en effet des paragraphes alternatifs d'une version  à l'autre...) de la version intitulée Sur Chaissac dans Benjamin Péret, Œuvres complètes Tome VI (Association des amis de Benjamin Péret/libraire José Corti, 1992), on connaît bien moins le texte étonnant qu'il écrivit pour présenter Robert Tatin en 1948 (il venait de rentrer du Mexique en France), découvert par hasard semble-t-il, dans une galerie rue du Petit-Musc à Paris. Ce texte – inédit dans ses Œuvres Complètes – avait été proposé à Jean Dubuffet pour le projet d'Almanach de l'Art brut que ce dernier décida finalement de ne pas publier, en raison probablement de son désaccord ultérieur avec Breton. Il vient d'être (enfin) publié (en 2017, là aussi), en reprint d'après les tapuscrits, par la Collection de l'Art Brut, l'Institut Suisse d'Etude de l'Art et 5 Continents. Il nous montre que Péret n'eut de cesse de veiller aux irruptions de poésie sauvage qu'elles proviennent des jungles amazonienne ou mexicaine, ou de zones marginales de la créativité populaire en France. Voici un passage qu'il écrit au sujet de Tatin, alors seulement céramiste et peintre, et n'ayant donc pas commencé son environnement ébouriffant et syncrétique de la Frénouse à Cossé-le-Vivien en Mayenne (il recroisera la route des surréalistes au début des années 1960, ce que Péret n'aura  pas su puisqu'il décédera en 1959) : "Sa peinture a en effet  la force primitive de tous les arts archaïques (...) Robert Tatin revient donc aux origines mêmes de l'art, au point d'intersection qui contient en puissance l'infini des possibilités."  (L'Almanach de l'Art Brut, p. 473). Dans ce même Almanach, on trouve un autre texte sur les peintures populaires des cafés mexicains où l'on buvait de la pulque (alcool d'agave), Enseignes de pulquerias. Il me semble qu'il a été édité dans ses Œuvres complètes, dans le tome VII (à vérifier). A propos de ces Œuvres complètes (sept jusqu'à présent), on notera aussi un texte qu'il consacra à l'architecture délirante de Gaudi à Barcelone.

     Péret aurait vécu plus longtemps, nul doute qu'il aurait fait un tour plus appuyé du côté de tous les inclassables de l'art et autres poètes plastiques de la spontanéité apparus après les années 1960, du côté de l'art brut et dans ses marges. De l'art brut, je n'ai relevé jusqu'à présent qu'une  mention par Péret. Elle figure dans son texte contre l'art abstrait, La soupe déshydratée, paru dans l'almanach surréaliste du demi siècle (réédité par Plasma en 1978). Et il est dit quelque part (un texte d'exégète dans la récente édition de l'Almanach de l'art brut ? J'avoue avoir la flemme d'aller retrouver la source...) qu'il accompagna Breton et Dubuffet aux Puces lorsqu'il s'agit d'aller acquérir des masques en coquillage de Pascal-Désir Maisonneuve vers 1948, à l'époque où tout allait encore bien entre le pape de l'art brut naissant et le chef de file du mouvement surréaliste...

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¹ On rappellera aussi le film de Remy Ricordeau, déjà signalé sur ce blog, Je ne mange pas de ce pain-là, Benjamin Péret poète c'est-à-dire révolutionnaire, sorti en DVD, production Seven Doc, sorti en 2015. La première partie de son titre est repris du titre d'un des recueils de Péret, tandis que la deuxième récupère un autre titre, celui  d'une émission de radio de Guy Prévan de 1999, elle-même, comme il est précisé dans les commentaires ci-après par R.R.., reprenant un fragment du Déshonneur des poètes, ce livre de Péret contre la poésie de circonstance qui fit scandale chez les Aragonéluards en 1945, puisqu' y étaient visés les poètes stalino-nationalistes qui à la Libération confisquaient la vie culturelle à Paris.

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Association des amis de Benjamin Péret 
50, rue de la Charité
60009 Lyon

04/01/2018

Laissez libre le graffitiste cinéphile de Douarnenez! Un "préjudice"? Où ça, un "préjudice"?

     Ouest-France a publié le 2 janvier une nouvelle qui m'a passablement consterné. On a interpellé – fut-ce à la suite d'une plainte de la municipalité? On n'ose l'imaginer – et apparemment, si l'on en croit un autre article publié dans le Télégramme de Brest, sur la foi du "descriptif donné par un témoin", un homme de 44 ans à Tréboul (ville jouxtant Douarnenez), convaincu d'être celui que j'avais surnommé dans mes notes du 8 août 2017 et du 21 août suivant  "le graffitiste cinéphile de Douarnenez". Et Régis Gayraud et moi-même sommes cités par le même Ouest-France comme ayant "cosigné" une note sur ce graffitiste insolite.

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Capture d'un extrait de l'article d'Ouest-France du 2 janvier 2018 tel qu'on peut le lire sur le Net.

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Capture de l'article paru dans le Télégramme de Brest du 2 janvier 2018, tel qu'on peut le trouver sur le Net.

 

    Que penser d'une telle garde à vue pour ce qui apparaît (un préjudice? Vraiment?), comme beaucoup de bruit pour rien...? Certes, on nous dit que ce graffiteur faisait "beaucoup parler de lui dans la ville" pour les graffiti (et non pas des tags) qu'il apposait "depuis des années". Mais, cet homme, probablement un pauvre diable (notons les mots attribués par l'article d'Ouest-France aux gendarmes : "un tagueur [encore ce terme inadéquat] systématique, sans doute compulsif, mais sans intention de nuire"), gênait-il, causait-il un "si grand préjudice" – chiffré à la somme mirobolante de 85 000 € tout de même – depuis toutes ces années où l'on passait à Douarnenez à côté de ses inscriptions, sans les voir réellement (toutes des titres de films ou de séries télévisées) ? Dans ma première note du blog, j'avais indiqué du reste que je ne les aurais pas vus tout de suite ces graffitis, si mon camarade Régis n'avait pas insisté (il s'intéresse de fort près aux inscriptions dans les villes, faut dire). Je suis bien sûr que plein de passants n'y accordaient aucune importance, exactement comme moi au début. Apposées sur du mobilier urbain qu'on ne voit littéralement pas tant il est banal, ces inscriptions en outre n'empiétaient jamais sur les textes officiels, les mots de la signalétique, ne les occultant pas, ne causant donc aucune nuisance. Le mobilier urbain en question, comme la bouche d'incendie que je reproduis ci-contre (photo Bruno Montpied, 2016)Le légionnaire, les associés (2).jpg, n'était pas plus dégradée par ces graffitis que par la crasse ou les taches d'usure qui le recouvrent sempiternellement. De plus, comme me l'a fait remarquer mon ami Régis, beaucoup de ces graffitis étaient en voie d'effacement par usure... Dès lors, que la municipalité puisse voir un préjudice dans ces graffitis est une pure plaisanterie... Autant demander au climat de rembourser les 85 000 €...

      A moins qu'un vilain calcul ne se soit glissé derrière la tête d'un élu, calcul qui consisterait à se faire de l'argent sur le dos d'un – j'y insiste – pauvre bougre, de l'aveu de la gendarmerie "compulsif, et sans intention de nuire"... Ce serait véritablement odieux, s'il en était ainsi. Et qu'on ne vienne pas dire non plus que ce monsieur aurait besoin peut-être d'être soigné, qu'un petit séjour chez les psychiatres pourrait s'imposer. Car son entreprise systématique, comme Régis, moi et plusieurs commentatrices et commentateurs, l'avons considéré, certes sous un angle hypothétique (quoique étayé d'analyses), relève à mes yeux de la poésie urbaine (voire de l'art brut de l'inscription), surtout s'il s'avère que les titres de films apposés en maints endroits de la ville, avec des numéros et des flèches, pourraient avoir un rapport avec l'histoire de ces lieux. Comme si notre graffitiste cinéphile avait voulu dresser un portrait pluriel des habitants de Douarnenez. Cela serait proprement génial, comme nous l'avons dit. Et mériterait d'être protégé dès lors, comme un patrimoine quasi immatériel qui ferait à terme la gloire de Douarnenez (et non pas une tache sur la réputation de la ville).

     Non, décidément, plus j'y pense, plus je me dis qu'il faut flanquer la paix à notre "compulsif", abandonner les poursuites et surtout les amendes (quelle bonne action ce serait, messieurs les édiles) , et revenir à l'élucidation du mystère de cette "geste", mystère qui, n'en déplaise aux journalistes, n'est pas "tombé" au moment où les gendarmes ont interpellé notre graffitiste cinéphile... A Rouen, où les Rouennais possèdent eux aussi un graffitiste compulsif de même acabit, ils ont su laisser "pisser le mérinos", comme dit la sagesse populaire. Ne me dites pas que les Douarnenistes ne peuvent en faire autant...

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Graffitis sur une armoire électrique près de la grande Poste de Rouen, tracés par Alain R., ph. Bruno Montpied, 2010.

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Information subséquente (1) du 4 janvier

Il semblerait, si l'on doit suivre l'information transmise sur Ouest-France Facebook il y a environ huit heures, que la mairie de Douarnenez renoncerait à poursuivre le graffitiste cinéphile, ce qui est tout à son honneur. Depuis quelques jours les témoignages affluaient sur les réseaux sociaux pour manifester de la colère devant l'interpellation du graffitiste, et de la honte  qu'on puisse envisager de lui demander raison d'un préjudice financier concernant l'imaginaire dégradation d'un mobilier urbain jugé par certains laid et anti-poétique. L'individu qui a dénoncé le graffitiste à la gendarmerie était particulièrement vilipendé pour sa délation rappelant de mauvais souvenirs d'un autre temps.

Information subséquente (2) du 9 janvier

Comme signalée ci-dessous en commentaire (par "Gueveur"), une autre plainte aurait été déposée, cette fois par Douarnenez communauté... Le même chiffre du "préjudice" revient sur la table, 85 000€, toujours aussi aberrant, étant donné l'imaginaire atteinte aux biens publics (des poubelles, des panneaux de signalisation,  des rambardes, des piquets, des armoires électriques dont tout le monde se contrefiche). 

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relevé sur Facebook d'Ouest-France ; merci du signalement à Régis Gayraud.

02/01/2018

Les éléphants viennent gazouiller sur Radio-Libertaire jeudi 4 janvier prochain

    On est toujours dans la présentation du Gazouillis des éléphants, mon inventaire des environnements populaires spontanés de France métropolitaine, paru au Sandre en novembre dernier.Le Gazouillis 7.jpg Je suis invité à converser sur le sujet dans le cadre de l'émission "Bibliomanie" par Valère-Marie Marchand, sur Radio-Libertaire, ce jeudi qui vient, à 15h (jusqu'à 16h30). A noter que l'animatrice de l'émission est elle-même écrivain et dessinatrice, et qu'elle est l'auteur, entre autres, d'un livre sur le Facteur Cheval aux éditions du Sextant (il y a une dizaine d'années), une biographie imaginaire du Facteur selon ce qu'elle m'a confié (je n'ai pas encore eu l'occasion de lire l'ouvrage).

Valère Marie-Marchand.jpg

                     

01/01/2018

Voeux, vaches, cochons... Et roitelet

voeux de bonne année 2018.jpg

Carte de vœux numérique conçue par Louisette et Michel Darnis : à quoi bon chercher mieux pour souhaiter la bonne année aux lecteurs du Poignard?

Et  si! On peut trouver mieux... Voir ci-dessous le vrai roitelet, car le zoziau ci-dessus, choisi par Louisette et Michel  est en réalité un rouge-gorge... 2018 commence bien, avec une erreur... (Merci à Cécile et à Brigitte pour nous avoir remis sur le bon rail):

Roitelet triple-bandeau © Robert Balestra.jpg

Roitelet triple bandeau, © Robert Balestra, site Oiseaux.net

27/12/2017

Postérité des environnements (11): Le jardin de Gabriel est en restauration

     Je l'avais signalé naguère, l'ex-région Poitou-Charentes, désormais englobée dans la région Nouvelle Aquitaine, propriétaire depuis trois ans du site, parlait d'engager incessamment sous peu des travaux pour restaurer les statues fort abîmées de Gabriel Albert au lieu-dit Chez Audebert, à Nantillé (Charente-Maritime). Mon persévérant correspondant dans le pays, Patrick Métais, m'adresse à nouveau un article relevé dans Sud-Ouest de ce mois-ci, qui annonce le début des travaux (promesse tenue, donc, mais qui a mis cinq ans à se réaliser). Le journal a réservé trois pages à cette annonce.

Sud-Ouest (2), déc 2017 - 1.jpg

  environnements populaires spontanés,gabriel albert,conservation des environnements spontanés,nantillé           environnements populaires spontanés,gabriel albert,conservation des environnements spontanés,nantillé

     En titre de couverture, on nous parle de 373 statues, ce qui doit correspondre à ce qui reste sur un total qui tournait autour des 420 à l'origine. Cela suppose qu'une petite cinquantaine a disparu, pour la plupart volées, et donc que des statues de Gabriel Albert doivent être planquées quelque part. Un très bon et très beau livre a fait le point sur ce site en dressant l'inventaire des œuvres de M. Albert. Il sera difficile de revoir les statues volées, car si elles étaient revendues, on pourrait assez aisément les reconnaître. On se demande les mobiles des voleurs... Peut-être croyaient-ils se faire des bénéfices en les revendant comme sculptures populaires anonymes? Ils feraient mieux de les rendre, aussi anonymement qu'ils les ont volées...

 

    Une autre source, cette fois sur internet peut être aussi consultée, le site de l'Inventaire du patrimoine de Nouvelle-Aquitaine qui donne beaucoup de précisions sur la nature et les techniques de restauration engagées (et présente également une avalanche de photos de tous ordres qui ont été collectées au fil du temps). Certaines sculptures, trop fragilisées, vont être soignées loin du site, et on nous promet qu'elles reviendront ensuite au bercail, c'est-à-dire en plein air dans le jardin.

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Statue représentant Jacques Brel, emballée avant déplacement pour restauration plus commode, ph. Inventaire du patrimoine Nouvelle-Aquitaine.

 

      Il est acquis en effet que l'on tient à garder les statues à l'air libre, ce qui, selon moi, pose problème. Parce que la station prolongée de ces œuvres, exposées en plein air certes par leur auteur, pour son plaisir, nécessitera de nouveau dans quelques années les mêmes frais pour les restaurer (aujourd'hui le chiffre de 250 000 € environ, payé par la région, est avancé...). Gabriel Albert n'avait pas conscience des dégradations qu'allaient endurer ses sculptures. Il me l'avait dit lors de la visite que je lui avais faite en 1988, il pensait les avoir bien consolidées, moitié sable, moitié ciment, disait-il, teintées dans la masse... Mais avait-il bien envisagé toutes les vicissitudes qui peuvent affecter un parc de sculptures à l'air libre (tempête, chocs thermiques, vols...)? Ses œuvres expriment un talent naïf de belle venue (plus que brut, terme trop à la mode, que l'on sert  trop facilement dans les journaux où l'on pense que les lecteurs sont trop demeurés pour faire des distingos), et il serait justifié de les présenter sous une couverture qui les mette à l'abri des intempéries et autres vandalismes naturels ou humains pour plus longtemps. Sous un dôme dont il faudrait inventer l'élégance, mais dont on pourrait difficilement cacher l'incongruité au milieu de cette campagne charentaise, ou bien plutôt transféré dans un musée d'un nouveau genre? Musée qui se spécialiserait dans la conservation des environnements populaires en péril...? On peut rêver... Et pourtant, cela me paraît réalisable, tout autant et bien plus envisageable que tant d'autres musées bien plus vains... 

20/12/2017

La Fabuloserie Paris en pleine forme: expos Marie-Rose Lortet et Michaël Golz, deux événements pour finir l'année en beauté

     On entend dire ici et là qu'il n'y aurait qu'une galerie d'art brut à Paris. Mais on dit tellement de bêtises. On oublie notamment de prendre en compte la Fabuloserie qui a ré-ouvert une antenne parisienne rue Jacob dans le VIe arrondissement en plein Saint-Germain-des-Prés, certes récemment en ce qui concerne cette réouverture, mais en renouant avec un passé nommé "Atelier Jacob" (1972-1982). Ce fut d'ailleurs cet Atelier Jacob qui représenta dans la capitale  la première galerie d'art brut, ou "hors-les-normes" comme préféra vite dire son animateur Alain Bourbonnais.  Je me suis déjà fait l'écho de certaines des précédentes expositions de cette nouvelle "Fabuloserie Paris".

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     Sophie Bourbonnais et Marek Mlodecki qui l'animent, sont fort dynamiques ces temps-ci, en dépit des efforts qu'ils doivent consentir pour tenir la baraque, comme on dit. Ils ont monté une très bonne exposition des broderies fort inspirées de Marie-Rose Lortet, une ancienne de l'art singulier ou hors-les-normes, excellent exemple de ce que peut avoir de mieux à fournir l'art dit singulier, si galvaudé dans tant de festivals de province, où le moindre barbouilleur amateur de têtes à Toto, né de la dernière pluie, s'improvise facilement artiste à la Chaissac (sans bien sûr avoir rien compris à ce dernier). L'expo Lortet court jusqu'au 30 décembre, il faut donc se presser. On y retrouvera des "masques" de fil, parfois multiples au sein de compositions élaborées (ce qui me touche personnellement plus particulièrement), mais aussi quelques "architectures" de fil blanc comme celles qu'on avait pu admirer dans une exposition passée  à la Halle St-Pierre il ya quelque temps ("Sous le vent de l'art brut 2", 2014).

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Marie-Rose Lortet, Les ptites têtes en l'air, ph. Bruno Montpied, 2017.

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Marie-Rose Lortet, achitectures de fil présentées à l'étage de la Fabuloserie Paris, ph. B.M., 2017.

 

       Mais les Fabulosiens de la rue Jacob ne se sont pas contentés d'une seule expo. Eblouis, à juste titre, par la récente découverte de Michaël Golz, créateur allemand d'un pays imaginaire, l'Athosland, décliné en dizaines de fragments de cartographie s'emboîtant les uns aux autres dans un puzzle sauvage qu'ils ont décidé d'exposer dans une scénographie proliférante, comme contaminante, ils ont obtenu de la galerie voisine, de l'autre côté de la rue, qui fut autrefois le siège de l'Atelier Jacob d'Alain Bourbonnais (berceau de l'entreprise fabulosienne, je le répète), la galerie Eric Mouchet, qu'elle les laisse l'envahir avec le plan proliférant étonnant  du "pays d'Athos" créé par Michaël Golz (expo prévue pour durer jusqu'au 11 janvier 2018).

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"Athosland", la carte du pays imaginaire, comme un tsunami cartographique! Ph. B.M., 2017 ; "Une fois ses différentes parties assemblées, elle atteint une surface d'environ 14 x 17 mètres"... (texte de présentation sur le carton d'invitation à l'exposition de la collection de l'Art Brut à Lausanne du 9 juin au 1er octobre 2017).

 

      L'œuvre de ce dernier, outre le prodige mémoriel qu'elle représente (Golz semble se faire une représentation mentale complète du plan dont il assemble les parties sans erreur, les continuant sans problème de jointure autre que des manques en matière d'outils : pastel, feutres, crayons...), vaste plaine parcourue de nœuds d'autoroutes et de voies de chemins de fer, et couverte d'une mosaïque de terres agricoles et de ville tentaculaire, le tout traversé d'un gigantesque fleuve, vaut avant tout par le récit qu'il en fait et dont on a recueilli seulement quelques fragments, là encore, dans des témoignages écrits (voir le catalogue de l'exposition du kunstmuséum de Thurgovie – Kartause-Ittingen à Warth, Suisse – transférée ensuite à la Collection lausannoise de l'Art Brut), voire dans l'interview qu'en a fait Philipe Lespinasse dans son documentaire, Athosland (33 mn.) présent sur le DVD "Paul Amar, Michaël Golz, Josef Hofer, Anna Zemankova" (Lokomotiv Films/Collection de l'Art Brut Lausanne), film qui constitue une première porte d'entrée dans l'univers fantastique de Golz fabuloserie paris,galerie d'art brut,marie-rose lortet,michaël golz,sophie bourbonnais,marek mlodecki,philippe lespinasse.

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Athosland, la même carte que ci-dessus, présentée différemment lors de l'exposition au musée de Thurgovie.

 

      Le petit catalogue édité par le musée de Thurgovie, sous la direction de Markus Landert et Christiane Jeckelmann donne des indications précieuses sur le travail que poursuit Michaël Golz depuis son enfance, en compagnie ici et là de son frère Wulf (les auteurs du catalogue avancent la date de 1977 pour le départ définitivement intense de la création). Son pays de fantaisie emprunte au monde réel tout en étant parfaitement investi des désirs imaginatifs de son auteur. C'est un pays de liberté totale où le merveilleux est monnaie courante. Tout le monde y porte les cheveux longs.  On peut y prendre des congés à volonté, les robots accomplissant le travail à la place des humains (cela rappelle certains rêves situationnistes). On peut payer provisoirement  avec des brins d'herbe, des boutons ou des feuilles d'arbre quand on manque de monnaie (des marks alternatifs). On peut même ressusciter  temporairement ses proches décédés, dès qu'on en a envie, en appuyant sur des boutons dans les cimetières (Golz ajoute: "Quand vous en aurez assez, rapportez les morts au cimetière. Les Broutsch viendront les chercher pour les remettre en terre et les plongeront dans un profond sommeil, jusqu'au prochain réveil.")... Ce pays n'est pas que merveilleux, le mal y rôde aussi, sous la forme de sortes de démons, les "Teufels-Ô-Ifiche" (= "diables-Ô-Ifichen", l'auteur forgeant souvent des néologismes), que soutiennent des "indigènes malveillants" et des "Glätschviecher" (="Bêtes-glassiaires"), à la gueule gelée. Golz paraît fasciné par moments par la cruauté, en décrivant des bains de sang bouillonnant, des enfants arrachés à leurs mères à la naissance directement depuis l'utérus pour être engoncés de force dans d'étranges combinaisons de caoutchouc dont ils ne sortiront plus jamais.... Une pollution, causée par des fumées noires et puantes crachées par des usines, menace régulièrement l'atmosphère d'Athosland. Certains lieux portent l'empreinte de personnes qui ont compté dans l'histoire de l'auteur, inclinant le spectateur à penser qu'il se trouve, devant cette topographie en perpétuelle évolution (Golz collant parfois des versions nouvelles des fragments les uns par dessus les autres), en réalité devant une image gigantesque de la mémoire de son créateur, fondue avec la carte d'un territoire et d'un monde utopiques.

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Couverture du catalogue de l'exposition Michaël Golz au musée de Thurgovie et à la collection de l'Art Brut de Lausanne.

 

      Ce pays imaginaire, concrétisé par des images et des mots à parts égales donc, progresse sans cesse. Elle n'est pas sans me rappeler la création monumentale et multiple d'Henry Darger aux USA qui lui aussi se plongea tout entier dans la peinture d'un univers alternatif imaginaire, théâtre d'une guerre entre adultes et enfants, qu'il représenta sous forme de livre immense, Dans les royaumes de l'irréel. On peut également penser à Wolfli et à son univers infini où il régnait en super-empereur.

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Les classeurs de Michaël Golz à la Fabuloserie Paris, ph. B.M., décembre 2017.

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Michaël Golz, trois œuvres exposées à la galerie de la Fabuloserie, ph. B.M., déc.2017.

 

     Il apparaît d'ores et déjà difficile de mesurer toute l'étendue de cette invention topographique, l'auteur l'imaginant aussi vaste et proliférant, perpétuellement métamorphosé, que le monde réel. A part sa carte, il produit aussi des dessins isolés, en noir et blanc et en couleur, des classeurs remplis de dessins et d'inscriptions (voir ci-dessus) qui apparaissent comme les pendants narratifs de la carte, donnant beaucoup de précisions, notamment sur les personnages, les "bêtes-glassiaires" et les "diables" par exemple. L'ensemble est très proche de la forme d'une bande dessinée, et comporte de nombreuses onomatopées. Il semble que trois "héros" y figurent en permanence, peut-être des avatars de Golz lui-même avec son frère Wulf et sa sœur Dorothée. Certains de ces classeurs sont déjà dispersés du fait de ventes, mais Golz, qui veut les retravailler sans cesse garde des photos de ses pages sur son ordinateur. Si Golz en avait créé huit au moment de l'exposition au musée de Thurgovie, il planifiait d'en réaliser vingt au total... De plus, comme nous l'apprend le catalogue du musée de Thurgovie (épuisé, mais dont j'ai obtenu, grâce à la gentillesse de Sophie Bourbonnais et de Marek Mlodecki, la version française fort précieuse pour établir cette note), Michaël Golz a rédigé un tapuscrit en 2012, encore inédit à ce jour, qui permet de se faire une idée plus précise d'Athosland par un récit se présentant sous la forme d'un glossaire.

     La Fabuloserie Paris a réussi un coup de maître en parvenant à faire venir cette création incroyable en plein Paris, c'est là sans doute sa manière de nous faire un splendide cadeau de Noël.

______

     On signalera également que la galerie parisienne de la Fabuloserie propose aux visiteurs un comptoir avec différents ouvrages en rapport avec l'art brut ou l'art hors-les-normes (comme quelques titres de la collection La Petite Brute), dont bien sûr divers livres liés à l'actualité de la Fabuloserie (comme la correspondance Bourbonnais-Dubuffet parue chez Albin Michel très récemment). Le Gazouillis des éléphants y est également présent.

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15/12/2017

Présentation prochaine du "Gazouillis des éléphants" à Bègles (Gironde)

      Je poursuis ma tournée de présentation, juste avant une pause pour cause de fêtes à venir... Je vais donc à Bègles, au Musée de la Création Franche  pour une présentation, accompagnée de photos tirées de mon livre, le mercredi 20 décembre prochain à 19h. L'animation en question, en entrée libre, se déroulera dans les locaux de la bibliothèque qui est voisine du musée. A l'issue de la présentation et du débat qui, j'espère, s'ensuivra, je dédicacerai également mon livre aux lecteurs intéressés...

Rencontre-dédicace avec Bruno Montpied

Bruno Montpied sera l'invité du Musée de la Création Franche mercredi 20 décembre à 19h. Il présentera et débattra autour de son ouvrage Le gazouillis des éléphants, paru aux éditions du Sandre. Son ouvrage est une « sorte d'inventaire général » regroupant plus de trois cents jardins oniriques, fantasmagoriques et inédits à travers la France.

La rencontre sera suivie d'une dédicace.

Bibliothèque municipale de Bègles

58, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny 33130 BEGLES

 

Le portrait de mézigue (photographe José Guirao), choisi ci-dessus par le musée de la Création Franche pour illustrer la rencontre, je l'espère, ne fera pas trop peur aux éventuels amateurs des inspirés du bord des routes, car, pas d'inquiétude, en dépit de cet air quelque peu grincheux (je préfère dire : consterné, accablé...), je ne mords tout de même pas...

12/12/2017

Zig-zag, naissance des "Cahiers de la Passerelle"

Zig Zag 1, 2017 (2).jpg

     Belle surprise que les éditions FP et CF (= Editions Frédéric Pierre et Camille Françoise) viennent de faire à l'atelier la Passerelle, basé à Cherbourg, en publiant ce premier "cahier de la Passerelle". Il s'agit d'un grand format (34,5x25 cm) au design sobre, joyeusement coloré, présentant en très grand, et magnifiquement imprimées, plusieurs œuvres choisies parmi les très nombreuses produites dans cet atelier proposé à plusieurs adultes déficients mentaux.

 

André Jeanne, Les fusées, février 2005 (2).jpg

Une double page de Zig-zag consacrée à André Jeanne, les Fusées, février 2005.

André Jeanne, L'église, mai 2003 (2).jpg

Une autre page, simple cette fois, mais toujours consacrée à André Jeanne, L'église, mai 2003 ; j'apprécie particulièrement cet auteur.

 

    Hormis un texte court présentant l'atelier animé par Romuald Reutimann, on ne s'embarrasse pas dans ce Zig-zag  de textes autres (par exemple des descriptions des peintures, des analyses, le processus qui a mené les auteurs à leurs images finales, etc.). Il faudrait pourtant bien qu'un jour on analyse ce fait qu'il y a une "patte" de la Passerelle, une sorte de signature graphique, qui permet d'identifier les œuvres hors de leur lieu de production, comme il y a, par exemple, une ligne graphique "Gugging" (atelier pour psychotiques en Autriche). Et ce, en dépit de la politique de l'animateur de l'atelier, avec qui j'ai pu souvent en parler, Romuald Reutimann, qui fait tout pour éviter d'influencer et de formater les pratiquants de son atelier. Il cherche en effet  à laisser se développer au maximum la liberté de chacun dans les formes et les récits représentés.

Séance d'atelier.jpg

Séance d'atelier, ph. La Passerelle ; on note que les participants créent tous ensemble dans la même pièce, certes probablement chacun dans sa bulle, mais donnant sûrement de temps à autre quelques coups d'œil à leurs voisins?

 

     Rappelons que j'ai déjà parlé de cet atelier par le passé. Il existe depuis 25 ans. Les œuvres sont à vendre (généralement des formats de 50x70 cm sur papier, vendus 200€, port compris). N'hésitez pas à aller faire un tour sur leur blog. Le cahier Zig-zag, on peut se le procurer en s'adressant à l'éditeur (apparemment spécialisé dans les ouvrages graphiques): www.editionsfpcf.com.

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Une œuvre remarquable de Kevin Raffin, exposée dans le cadre de la sortie du Cahier de la Passerelle, en novembre dernier,à la galerie P38 de Mathieu Morin, située dans la rue Doudeauville (18e arrondissement de Paris) ; ça me rappelle quelque chose, le support utilisé, un emballage déplié et mis à plat, un sacré dépliage du reste... Pierre Albasser?

  

02/12/2017

Rappel, samedi 9 décembre... Présentation par mézigue du Gazouillis des éléphants...

 

Le Gazouillis des éléphants
Premier inventaire des environnements populaires spontanés en France

Un livre de Bruno Montpied
(Editions du Sandre,  2017)

Samedi 9 décembre à 15 heures, entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

 

Qu'on se le dise au cas où l'on aurait oublié....

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André Gourlet, dragon polychrome en ciment armé à Riec-sur-Belon (Finistère), photo Bruno Montpied, 2014.

01/12/2017

Paul Amar (1919-2017)

     J'ai appris très récemment la disparition, survenue ces jours-ci, du sculpteur et assembleur de coquillages Paul Amar, qui était né à Alger en 1919, et donc qui aura loupé de peu le centenaire. Pour en savoir plus sur sa biographie, on peut aller sur ce  lien.

Portrait Paul Amar par P Lespinasse.JPG

Photo Philippe Lespinasse ; ce dernier l'avait aidé très tôt à se faire connaître, via le film qu'il lui avait consacré et qui vient d'être réédité (voir ci-dessous).

 

    Il s'illustrait depuis des années en exposant ici et là, notamment à la Collection de l'Art Brut de Lausanne, mais aussi au petit musée des Arts Buissonniers à Saint-Sever-du-Moustier, des boîtes souvent colossales, emplies de saynètes rutilantes, éclairées à l'électricité, ou encore des compositions en trois dimensions de structuration plus originale encore.

 

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Paul Amar au Musée des Arts buissonniers, ph. B.M., juillet 2016.

 

    C'était bourré de vitalité, empreint d'une adoration de la couleur sans mélange. Sans compter le travail d'orfèvre poussé à un point extrême qui faisait une bonne partie du charme de ces réalisations. Des milliers de coquillages avaient été sciés avec méticulosité et soin de bénédictin, puis collés, ajustés ave finesse et dextérité.

 

Salle Paul Amar (2).jpg

Une salle, entre autres, consacrée aux œuvres de Paul Amar au Musée des arts buissonniers à St-Sever-du-Moustier, ph. B.M., juil. 2016 ; le tableau noir au fond n'est pas une œuvre d'Amar, mais le support de travaux d'atelier menés avec des enfants fréquentant le musée en question.

 

       Gageons qu'on n'oubliera pas de si tôt ce créateur autodidacte, ancien coiffeur et chauffeur de taxi, qui restera bien présent à travers les collections d'art brut où son œuvre contraste fortement.

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Ce DVD de 4 films de Philippe Lespinasse, édité tout récemment par Lokolotiv films 2017 et la Collection de l'Art Brut de Lausanne vient de sortir, commandable entre autres lieux, auprès de la Collection, à Lausanne.

24/11/2017

L'anti tag à l'eau, une nouvelle forme de graffiti

     Mon camarade Régis Gayraud, flâneur invétéré, m'a signalé récemment dans les rues de Clermont-Ferrand un personnage discret et taciturne, du genre taiseux apparemment, qui pratique une forme d'intervention expressive peu commune. Il y a même de fortes chances qu'il en soit l'unique inventeur. Il exécute sur certains murs de la ville des tags... à l'eau! A l'aide d'une bouteille dont il a percé le bouchon... Ce qui signifie que ses inscriptions, et d'une, ne peuvent être considérées comme du vandalisme, puisqu'elles s'effacent inexorablement, et de deux, s'opposent aux tags classiques, visant à une forme de temporalité ultra éphémère.

    Tout ceci se déduit des notes brutes prises par Régis, qu'il m'a envoyées récemment sous forme de  textos (ça explique le style laconique) :

 

      Je viens de revoir le type qui fait des tags à l'eau. J'ai essayé de lui parler. Il ne répond pas...

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Photo Régis Gayraud, oct. 2017.

 

      J'ai réussi à lui parler. Il appelle ça des anti-tags

      Il fait cela depuis trois ans.

     Je lui ai demandé s'il en faisait des photos. Il dit que non, il refuse de les photographier. [Pourquoi ce terme d’]"anti-tags" : le tag est fait pour rester, c'est une signature. Lui n'écrit pas deux fois la même chose et ce n'est pas une marque qu'il laisse pour montrer où il est passé.

     Je lui ai demandé s'il avait des relations avec des artistes de street art ou des tagueurs de Clermont. Non, cela ne l'intéresse pas.

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Photo Régis Gayraud, nov. 2017.

 

    « Ma démarche est inverse, dit-il. Je fais une trace qui disparaît en quelques heures, encore plus vite, s'il fait chaud. Eux veulent marquer le territoire. »

     Mais il faut lui tirer les mots de la bouche.

     Régis Gayraud, Clermont-Ferrand, octobre-novembre 2017.

 

21/11/2017

Les merveilleux nuages...

    "« Tout le monde était sous le choc », s'est exclamé James Farmer, un habitant d'Okanogan, interrogé par le magazine Vice News", voici la déclaration qu'on peut lire ces jours-ci sur divers sites web d'information. Le magazine de news, s'il s'appelle "Vice", a tout pour bien apprécier le dit "choc", ça devrait leur rappeler d'autres expériences...

dessin aérien de phallus par un pilote de l'armée américaine.jpg

Un pénis dessiné récemment par un pilote de l'armée de l'air américaine grâce à ses traînées de condensation ; une manière de plaisanter comme une autre, mais la hiérarchie ne l'entend pas de cette oreille (si je puis dire)... Tous les puritains de service ont bien sûr hurlé au loup... Et aux States, ça ne traîne pas, surtout en cas de condensations ; pourtant la dissipation a dû être curieuse à regarder, l'érection et la dissolution consécutive ayant été sans doute aussi radicales l'une que l'autre.

18/11/2017

Gaston Teuscher, deux petites oeuvres d'art brut classique à vendre

     Je remets le couvert avec la boutique du Poignard. Puisque j'ai des petits camarades qui veulent déballer le contenu de leurs malles aux trésors bruts... Voici donc deux petits dessins sur taches diverses du Suisse Gaston Teuscher, bien connu des lecteurs des fascicules de l'Art Brut (voir le n° 10 de 1977 qui contenait une notice sur Teuscher écrite par Michel Thévoz). Comme précédemment, si ces œuvres vous intéressent pour les acheter (le prix est légèrement en dessous de la cote pratiquée), veuillez me contacter en privé (voir dans la colonne de droite "Me contacter").

 

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Gaston Teuscher, sans titre, encre sur papier fin, 11 x 16,5 cm.

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Gaston Teuscher, sans titre, encre, crayon de couleur et collage sur papier (peut-être de paquet de cigarettes ; le verso est doré), 19 x 8 cm.

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Verso du dessin précédent, papier doré.

12/11/2017

"Le Gazouillis des éléphants", Actualités...

     J'ai récemment annoncé des présentations effectuées par votre serviteur, suite à la parution de mon récent inventaire des environnements spontanés, Le Gazouillis des éléphants. Je vais les rappeler ci-après. Mais voici que s'en rajoute une, plus rapprochée dans le temps. Je serai en effet présent pour une dédicace (plus qu'une présentation) sur le stand des éditions du Sandre au salon L'Autre Livre, à l'Espace des Blancs Manteaux (Paris 4e ardt), le dimanche 19 novembre, de 16 à 18h.

Et donc, petit rappel, n'oublions pas la présentation assortie de quelques photos, accompagnée d'une interview de mézigue par Régis Gayraud, et d'un débat avec les personnes intéressées, qui suivra à la librairie Atout-livre dans le XIIe arrondissement, tout près de la place Daumesnil (au 203 bis avenue Daumesnil, exactement), le vendredi 24 novembre à 19h30.

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Vitrine actuelle (durant tout le mois de novembre) de la librairie Atout-livre, consacrée au Gazouillis, avec quelques objets venus de divers sites d'inspirés du bord des routes, ph. Bruno Montpied, 2017.

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Exposition de photos de B.Montpied chez Atout-Livre (là aussi durant tout le mois de novembre 2017).

 

Puis, dans l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, le samedi 9 décembre à 15h, idem, mais cette fois en solo et avec une présentation plus étoffée en photos, que je classerai dans l'ordre chronologique des dates de création des sites inventoriés dans mon livre.

Je poursuivrai à Bègles, au musée de la Création franche, le mercredi 20 décembre à 19h30, là aussi pour une présentation-dédicace du livre, en partenariat avec la librairie bordelaise La Machine à lire.

08/11/2017

Pas de musée d'art brut à Hauterives...

Hauterives renonce Le Dauphiné vers le 28 oct 17 (2).jpg

Paru dans le Dauphiné, vers le 28 octobre 2017.

 

      Le musée d'art brut qui devait se constituer autour de la collection de l'association ABCD (Bruno Decharme) dans l'ancien château d'Hauterives, à côté du Palais Idéal du Facteur Cheval, dans la Drôme, ne se fera donc pas. On lira l'article ci-dessus pour se faire une idée de ce qui a coincé. Des histoires de gros sous apparemment, comme toujours. Et peut-être aussi de l'idéologie par dessous aussi? Je relève personnellement les propos passablement aventurés du maire de la commune, M. Florent Brunet ("divers droite"), qui aurait avancé que la collection Decharme, n'ayant pas attiré plus de 100 000 visiteurs en 2015 lorsqu'elle a été exposée à Hauterives, prouverait par là, selon lui, qu'elle serait pour un public qui resterait "élitiste". Le sens caché de cette déclaration a de quoi laisser perplexe. Parce qu'une manifestation n'attire pas une flopée de visiteurs d'emblée, on serait en droit de la qualifier réservée à une "élite" (ou ce que voulait peut-être plutôt dire ce maire : réservée à "une coterie d'initiés"?)? Ne serait-ce pas plutôt que l'art brut n'est pas encore suffisamment connu, et que le public n'a pas été correctement informé ? Quand on sait l'alarmante incurie du monde médiatique vis-à-vis du corpus des œuvres populaires (art populaire, art naïf, art brut), ne serait-ce pas à cela qu'il faut davantage imputer le manque d'affluence du public (quoique "moins de 100 000" indique que le maire mettait déjà la barre bien haute dans ses espoirs...)? Comment veut-on faire venir du monde si ce monde n'est pas avant tout informé?  

       Sans compter qu'Hauterives ne se trouve pas non plus extraordinairement bien desservi par les transports... Ce serait tout de même autre chose si on était à Valence par exemple, ou encore mieux, à Lyon, une ville où, personnellement, je verrais fort bien un nouveau musée d'art brut...

      Taxer d'élitiste une collection d'art brut, c'est donc renverser le problème, quand il faudrait plutôt incriminer les responsables des préjugés à l'égard de l'art brut qui freinent sa pénétration auprès du public, que les manipulateurs d'opinion professionnels (c'est-à-dire les responsables des media) prennent généralement pour des imbéciles. Alors que l'art brut est tout à fait capable d'intéresser le public, répétons-le avec Antoine de Galbert ("l'art brut peut toucher au contraire un large public populaire", dit-il dans le même article ci-dessus), d'autant plus, ajouterais-je, que ce sont des créateurs d'origine populaire qui ont alimenté une large partie des collections d'art brut.

02/11/2017

"Le Gazouillis des éléphants", premier inventaire des environnements populaires spontanés en France, par Bruno Montpied, paraît aujourd'hui

      Trente-cinq ans que je le méditais cet inventaire... Longtemps, je me suis dit que je n'y arriverais jamais. Et puis un soir... A la Maison de Victor Hugo, j'ai fait une rencontre, j'ai fait connaissance avec le responsable des éditions du Sandre, Guillaume Zorgbibe, qui accompagnait un vieux camarade à moi, Joël Gayraud. Guillaume éditait alors la revue de Marco Martella, Jardins, qui cessa malheureusement après six numéros. Martella m'avait invité à publier un article pour son n°2. Par la suite j'en fis un autre dans le n°5. Bref, les Editions  du Sandre, c'était donc déjà mon éditeur... Je le signalai en souriant à l'ami Guillaume. Il me semble qu'il m'a regardé avec curiosité, mais peut-être mon souvenir enjolive, mythifie ce qui s'est réellement passé ce soir-là. Ce fut le début de notre collaboration plus étroite autour d'un projet qui m'était cher depuis longtemps, faire l'inventaire des environnements spontanés français...

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Après Eloge des jardins anarchiques en 2011...

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Andrée Acézat, oublier le passé, en 2015...

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Marcel Vinsard, l'homme aux mille modèles, en 2016...

 

Voici donc :

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Le Gazouillis des éléphants, tentative d'inventaire général des environnements spontanés et chimériques créés en France par des autodidactes populaires, bruts, naïfs, etc., éditions du Sandre, novembre 2017.

 

     Ce projet d'inventaire des environnements populaires spontanés français (= "inspirés des bords de  routes", "habitants-paysagistes", "bâtisseurs de l'imaginaire"...) me trottait dans la tête depuis des décennies. Chaque fois que je commençais à accélérer dans l'idée de le finaliser en m'y mettant sérieusement, un livre sortait sur la question, parcellaire, toujours insuffisant à mon avis (par exemple le Bonjour aux promeneurs d'Olivier Thiébaut chez Alternatives en 1996), ou mixé de façon peu judicieuse (mais commerciale!) avec des sujets insolites plats  (par exemple Le Guide de la France insolite de Claude Arz chez Hachette en 1990, où le sujet était mêlé à l'évocation de lieux hantés, de trésors cachés, de musées de l'épicerie, de la sorcellerie de bazar...).

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Le Gazouillis présent à l'étalage du stand de la Halle St-Pierre à la dernière Outsider Art Fair, du 19 au 22 octobre dernier, où il fit une apparition temporaire en avant-première... pour une dédicace.

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Le Gazouillis ouvert sur une notice consacrée à Denise Chalvet en Lozère. Ph. B.M.

 

     En rassemblant tous les sites recensés dans les différents ouvrages d'un certain volume traitant de la question, il me semblait toujours qu'on ne dépassait pas la centaine de créateurs environ, tout compris, dispersés qui plus est sur plusieurs ouvrages distincts publiés à des années de distance. En outre, les découvertes se renouvelaient fort lentement (je ne veux pas jeter la pierre à Claude et Clovis Prévost, mais au fil des années, ils ne nous ont parlé que des mêmes 15 créateurs, dont certains, comme Chomo, Tatin ou Garcet étaient plutôt des artistes singuliers et marginaux que des créateurs totalement hors système des Beaux-arts). Dans Eloge des Jardins anarchiques, moi-même, je n'évoquais qu'une cinquantaine de sites (dont plusieurs avec une seule photo).

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Couverture de Jardins n°5, 2014 ; avec un texte de Bruno Montpied sur la Mare au Poivre d'Alexis Le Breton (Morbihan)

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Alexis Le Breton, dans son arboretum de La Mare au Poivre, Locqueltas, ph. Bruno Montpied, 2010.

 

       Ainsi, si l'on voulait se faire une idée de l'ensemble des sites qui avaient existé, existaient encore, ou étaient en train d'apparaître, l'information était éclatée, parfois dans des publications devenues très difficiles de se procurer, uniquement consultables pour beaucoup en bibliothèque, ou bien se trouvait sur des cartes postales anciennes rarement rassemblées en un livre unique (la collection de cartes postales sur les Inspirés de Jean-Michel Chesné, si elle fut dévoilée dans la défunte revue Gazogène de Jean-François Maurice, ne paraît l'avoir été que de façon fragmentaire et, là aussi, éclatée sur les différents numéros ; de plus ce rassemblement de documents anciens, séparé d'un rassemblement plus général qui aurait montré la continuité des sites présents sur les cartes postales, donnait une impression tronquée du phénomène). Ces cartes postales anciennes (en l'occurrence, venues de ma propre collection), il me semblait nécessaire – c'est une autre caractéristique importante de mon inventaire - de les associer dans mon livre à une iconographie en couleur illustrant les mêmes sites conservés jusqu'à l'époque présente, ainsi, bien sûr, que des sites nettement plus récents. D'une manière  immédiate, devant ce noir et blanc confronté à la couleur, le lecteur comprend que les environnements existent depuis bien avant le Palais Idéal du Facteur Cheval (commencé en 1879) et se poursuivent aujourd'hui...

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Bas-relief de Louis Licois, daté de 1843, toujours présent sur la façade d'une maison à Baugé (Maine-et-Loire), Photo B.M., extraite du Gazouillis, 2009.

 

       J'ai longtemps déploré dans mes débuts de recherche de ne pas trouver une ressource qui me permettrait d'avoir la liste complète des lieux existants ! C'est une question qui m'a souvent été posée au cours des débats que j'ai pu faire à la suite de la sortie d'Eloge des jardins anarchiques : comment faites-vous pour trouver ces sites? Pour aller voir ces sites étonnants, c'est un truisme,  il faut d'abord apprendre qu'ils existent, et trouver l'endroit où on les évoque. Ce sont des lieux privés, où il y a une exhibition certes, mais qui restent des lieux privés, des habitats  supposant une approche discrète et respectueuse des habitants. Dans les années 1980, années où j'ai commencé ma quête, il n'y avait bien sûr pas d'annuaire des inspirés! Ce dernier n'est d'ailleurs pas souhaitable. J'ai patiemment cherché, sans me presser (cette lenteur m'a toujours paru essentielle ; aujourd'hui les nouveaux venus dans ce genre de recherche, habitués à tout trouver très vite sur internet, sont trop pressés...), accumulant des fiches, des références... Une bibliographie condensée et fournie, commencée dans Eloge des JA, et légèrement augmentée dans mon nouveau livre, fait office à mes yeux de premier signe de pistes... Il n'est pas aventuré ou has been de considérer cette recherche des Inspirés hors système des Beaux-Arts comme une longue dérive au sein d'un labyrinthe... Un sens préservé du merveilleux est à ce prix.

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Entrée du Paradis, chez son auteur, Léopold Truc, à Cabrières d'Avignon (Vaucluse), ph. B.M. (extraite du Gazouillis), 1989.

 

      Le Gazouillis n'est donc pas un annuaire. Je n'y ai donné des adresses que lorsque j'étais sûr que cela correspondait au désir des créateurs inventoriés, ou des collections qui préservent des fragments d'environnements (comme la Fabuloserie dans l'Yonne, la collection de l'Art Brut à Lausanne, le LaM de Villeneuve d'Ascq à côté de Lille, ou le Jardin de la Luna Rossa à Caen). C'est plutôt une immense stimulation à découvrir la création primesautière française se déployant hors les cadres des beaux-arts traditionnels, et aussi, point remarquable, hors du marché de l'art (ce qui explique qu'on n'en parle pas tant que cela!).

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Les Ruines de la Vacherie, exemple de carte postale ancienne (début de XXe siècle), montrant un site réalisé par un récupérateur de gravats nommé Auguste Bourgoin, alentours de Troyes (Aube), aujourd'hui disparu, coll. B.M.

 

      Il rassemble, avec discrétion et parfois un peu de mystère, en un seul volume, tout ce que j'ai pu voir et trouver dans des ouvrages ou des revues, pas forcément des publications spécialisées en art brut d'ailleurs, et  tout ce que j'ai découvert de mon côté, ou éclairé, ou remis en perspective. A partir de ce rassemblement, il me semble qu'on pourra se faire une idée plus précise du phénomène des créations d'autodidactes en plein air, entre habitat et route, associables tantôt à l'art brut, tantôt à l'art naïf, sur le territoire métropolitain en France.

      Le Gazouillis des éléphants recèle ainsi jusqu'à 305 notices consacrées à ces créations d'hier et d'aujourd'hui. En donnant l'état des lieux, dans la mesure de mes connaissances, et en particulier les solutions diverses qui ont été trouvées pour sauvegarder ou prolonger, en partie ou en totalité, divers sites. Depuis quelque temps, il me semble en effet que la notoriété de l'art brut et des environnements d'inspirés allant en augmentant, le public se montre de plus en plus sensibilisé à la question du prolongement à donner aux environnements spontanés post mortem. Ce que les héritiers de ces décors foutraques auraient jeté naguère, il arrive plus fréquemment qu'il soit désormais conservé ou, quand on veut à tout prix s'en débarrasser, au moins mis en vente par exemple (voir le cas du site d'André Hardy en Normandie).

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André Hardy, lion en ciment peint et collage de faux crin, ph. B.M. en 2010.

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Le même lion d'André Hardy dans les réserves du LaM à Villeneuve d'Ascq, après acquisition et en attente de restauration, © photo LaM 2011.

 

    Fidèle à mon angle habituel pour aborder ces créations de plein air, je  me suis cantonné  dans cet ouvrage aux environnements populaires, en écartant tous les environnements créés par des artistes modernes ou singuliers (marginaux), hormis quelques cas-limites qui permettent de faire ressortir la spécificité du corpus retenu (comme par exemple le jardin de Monsieur X dans la Presqu'île de Crozon en Bretagne, de son vrai nom Jacques Boënnec - je donne à présent son nom car il vient de disparaître ; auparavant, il m'avait demandé de taire son identité, d'autres que moi n'avaient pas eu ce respect...). Pas de Cyclop de Tinguely, ou de musée Robert Tatin, pas davantage de maison de "Celle qui peint" (Danielle Jacqui), manifestant une culture artistique préalable (Jacqui m'a toujours donné l'impression de connaître Picassiette, par exemple).

     Primo, il fallait circonscrire à tout prix le champ d'étude (déjà, arriver à 305 notices m'a amené à un livre-monstre qui fait 930 pages avec plus de mille photos, pour un poids de 2,7 kgs...). Secundo, j'ai un faible pour les créations d'autodidactes populaires, qui œuvrent artistiquement sans se revendiquer artistes, et dont les travaux, détachés de toute attitude référentielle – y compris quand il leur arrive de démarquer ou de copier/transposer des œuvres d'art vues à la télé ou dans les magazines –, gardent une fraîcheur authentique. Fraîcheur brute ou naïve, je ne fais pas de hiérarchie sur ce point, si l'œuvre me surprend et m'enchante (critère premier!).

     C'est ce qui explique que l'Introduction du Gazouillis insiste sur ce slogan que je reprends régulièrement, depuis quelque temps, dans mes textes : il s'agit bien d'un Art sans artistes. Comme on parla à une époque d'une architecture sans architectes.

     Bon vagabondage à tous!

 

Bruno Montpied, Le Gazouillis des éléphants, tentative d'inventaire général des environnements spontanés et chimériques créés en France par des autodidactes populaires, bruts, naïfs, excentriques, loufoques, brindezingues, ou tout simplement inventifs, passés, présents et en devenir, en plein air ou sous terre (quelquefois en intérieur), pour le plaisir de leurs auteurs et de quelques amateurs de passage, Editions du Sandre, 2017. 950 pages, 220x240x70 mm, plus de mille photos couleurs et noir et blanc. Disponible au prix de 39€ dans toutes les bonnes librairies (si vous ne le trouvez pas, faites-le commander par votre libraire favori) à partir de la première semaine de novembre. Diffusion Harmonia mundi.

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Les professionnels des éditions du Sandre, sans qui il n'y aurait jamais eu de multiplication du Gazouillis, de gauche à droite: Guillaume Zorgbibe, Stefani de Loppinot et Julia Curiel, ph. B.M., 2017 ; merci à eux! Heureusement que ces gens existent...

 

QUELQUES DATES A RETENIR :

Durant tout le mois de novembre, exposition de photos et d'objets de la collection de Bruno Montpied dans la librairie Atout-Livre, 203 bis avenue Daumesnil dans le XIIe arrondissement. Causerie et débat avec le public le vendredi 24 novembre à 19h30, en présence de B.M. et de Régis Gayraud, camarade d'enquête de B.M.

Le samedi 9 décembre, à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, à 15h, projection de photos extraites du livre (rangées par ordre chronologique de dates de création) et débat avec le public en présence de B.M. Suivie d'une dédicace. Organisée en partenariat avec  la librairie de la Halle St-Pierre.

Le mercredi 20 décembre, au Musée de la Création franche à Bègles, à 19h30, projection de photos et rencontre-débat avec le public dans le cadre du LAB et en partenariat avec la librairie bordelaise La Machine à lire.

 

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Dessin de Jade, 8 ans (qui sert de cul-de-lampe à quelques endroits du Gazouillis, notamment sur les pages de garde)

28/10/2017

Gazouillis ou pépiement d'éléphants... Eh bien, cela existe

     Notre correspondant Régis Gayraud nous a récemment envoyé ce lien vers une vidéo où l'on voit un éléphant en "consoler" un autre, tandis que le commentaire de l'article (de site web ; voir aussi cet article du Monde) qui accompagne la vidéo en question parle de "gazouillis", ou de "pépiement" au sujet de cette forme de consolation... Comme quoi, Alexis Le Breton lorsqu'il grava sa stèle dans son arboretum de la Mare au Poivre dans le Morbihan ("Ici, on entend gazouiller les éléphants...") ne croyait pas si bien dire. Ce n'était pas qu'une plaisante affirmation sur le pouvoir poétique d'un site d'art brut enchanteur... Du moins est-ce ainsi que je le pris d'emblée (avec l'idée d'en faire un titre pour un film, puis pour mon livre, à paraître le 2 novembre - voir note à suivre ; les "éléphants" pouvant symboliser les inspirés des bords de routes jugés par beaucoup comme des lourdauds, parce que plébéiens, et le "gazouillis" pouvant symboliser leurs inventions drolatiques, ingénues et poétiques). Et, après tout, Le Breton avait peut-être déjà entendu parler de l'empathie pratiquée par les éléphants... comme par les humains.

25/10/2017

Après le Gazouillis (2): Le Jardin du Cuirassier de Clément Vanneau (b), photos complémentaires

     Grâce à l'amabilité et à la complicité de Jean-Michel Chesné, fameux chineur et collectionneur de cartes postales anciennes consacrées aux environnements bruts, naïfs ou singuliers, nous avons donc la possibilité de voir deux autres prises de vue consacrées à la fois au Jardin du Cuirassier mentionné dans ma note précédente et à la maison de son auteur. Deux cartes postales des mêmes années 1950...

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Le Jardin du Cuirassier, à Bou (Loiret), coll. Jean-Michel Chesné ; avec un oiseau en plus à droite du fait du plan plus large.

Clément vanneau autre carte coll chesné 2, la maison aux paons.jpg

Et probablement en se retournant, une vue de l'entrée de la maison de l'auteur du jardin, le vigneron Clément Vanneau ; on découvre deux paons magnifiques de part et d'autre de l'entrée, des jardinières et murets pour plates-bandes recouvertes de mosaïque de bouts de faïence et de coquillages ; le chien posé à droite sur le tricycle est sans doute un des deux modèles qui sont statufiés dans le jardin ; coll. Jean-Michel Chesné. 

24/10/2017

Après le Gazouillis (1): Le Jardin du Cuirassier, à Bou, de Clément Vanneau (a)

      Le Gazouillis des Eléphants, mon inventaire des environnements populaires spontanés en France n'est pas encore diffusé en librairie (c'est officiellement pour le 2 novembre), mais me démange l'envie de parler d'un site récemment découvert, à travers un petit morceau de papier de 10 x 15 cm, appelé communément carte postale, que j'ai chiné ces jours-ci. Encore un site dont je n'avais jamais entendu parler (et pourtant, je vous prie de croire que je suis bien documenté sur le sujet...).

       Ce site fera à n'en pas douter partie de mon futur supplément au Gazouillis.

 

Clément Vanneau (?-1952), "Le jardin du cuirassier", Bou (Loiret).

 

Le Jardin du cuirassier à Bou, Loiret (années 50) (2).jpg

"Curiosités régionales : le jardin du cuirassier", cp, éditions R. Guibout, Combleux.

 

           Situé entre Jargeau et Orléans, soit entre la propriété excentrique de Marcel Lambert dans le premier bourg (voir Le Gazouillis des éléphants dans la région Centre) et la petite maison du sculpteur et dessinateur brut André Robillard à Fleury-les-Aubrais, banlieue de la seconde ville, Bou possède un site curieux qui ne m’a été révélé, dans un premier temps que par une unique carte postale, paraissant dater des années 1950-1960 étant donné ses bords dentelés caractéristiques de ces périodes.

          On y découvre un jardin structuré apparemment autour d’une allée principale, au bout de laquelle on repère la statue du cuirassier qui donna sans doute son nom au jardin. D’autres statues de style plutôt naïf se laissent également voir ça et là au milieu des plantes, de même que des socles supportant deux chiens de grandes dimensions, des vasques, des jarres, des maquettes, et des jardinières, le tout le plus souvent recouvert de coquillages et de bouts de faïence. De part et d’autre de l’allée, on distingue deux autres statues, peut-être des enfants. Les deux personnages ont la tête couverte, celui de gauche portant une casquette à grande visière et l’autre un chapeau rond. Les symboles des cartes à jouer paraissent avoir de l’importance pour l’auteur de ce décor. On découvre en effet un losange en forme de carreau dessiné par des fils placés en l’air, et un trèfle dessiné par un évidement au sein d’un support placé par-dessus un énorme vase installée comme à la croisée d’allées, à un point central du jardin. Enfin, tandis qu’à droite de l’image on note la présence d’une pompe antique, à gauche, on devine un tonneau à demi dissimulé derrière un tronc d’arbre ou un pan de mur.

          Hormis le surnom du jardin et le nom de la commune, on ne trouve sur la carte aucune indication qui donne le nom de l’auteur de cet environnement, la date de sa création, les significations qui s’attachent à ces sculptures. L’idée de représenter un cuirassier me paraît insolite dans les années 1950. Ce type de soldat, faisant partie de la cavalerie, exista au moins jusqu’à la guerre de 1914-1918. La cavalerie devenant progressivement blindée au XXe siècle, le terme fut conservé ici et là pour certains régiments, mais l’uniforme traditionnel avec la cuirasse disparut en même temps que les chevaux. La statue que l’on devine au fond de l’allée, au torse pourvu d’une armure et la tête, semble-t-il, coiffée d’un casque à plumet, se réfère visiblement aux cuirassiers anciens, probablement à ceux qui furent engagés durant la première guerre. Peut-être est-ce un souvenir d’un vétéran de ce conflit qui, sur ses vieux jours, le dressa pour mémoire au milieu de son jardin ?

*

      J'en étais là de mes réflexions sur ce site, ne trouvant pas d'informations Google sur l'existence préservée de nos jours quand Régis Gayraud m'affirma que si!... On trouvait un article de 2015 de la République du Centre signalant que le site existait toujours. Par quel miracle cet article avait-il pu faire son apparition sur le moteur de recherche alors qu'il y a quelques jours encore on ne trouvait rien? La première mise en ligne de la présente note avait-elle repêché et relié l'article? C'est fort possible. En tout cas, on apprend que le site, créé en 1940, existe toujours, protégé apparemment par les héritiers de Clément Vanneau – l'ancien vigneron qui fut son auteur – sa petite fille Ginette et son mari Robert Cnocquaert. Il avait bien représenté – mon intuition ci-dessus est bonne – ses petit-fils et petite-fille (les enfants chapeautés) dans le jardin, cette dernière étant sans doute la dame que l'on voit sur la photo ci-dessous, à 80 ans passés... Cette même photo en faible résolution qui montre aussi que le fameux cuirassier est toujours de...Bou!

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Photo Jean-Paul Huber