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18/02/2015

Vue sur les Alpes sans bouger de Paris

poésue naturelle, délire d'interprétation, paysages dans des taches, au delà du réel, visions, hallucinations

Les Alpes de ma fenêtre à Montmartre, ph. Bruno Montpied, janvier 2013 

15/02/2015

Trois récentes publications de l'auteur de ce blog (pour mon fan-club, si j'en ai un)

    J'ai omis, pour mon auto-promotion – et désolé si ça fait grincer quelques dentitions peu amènes à mon encontre – de signaler trois de mes récentes publications. Pour mon fan-club, si du moins mon imagination narcissique a raison de me le suggérer, cela peut avoir son importance. Et puis ce blog sert aussi à ça.

 

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Solange Knopf,  Astral Odyssey  (n°2), technique mixte sur papier, 72,8 x 55 cm, 2014 ; exposé à l'Inlassable Galerie (voir ci-dessous)

 

      En un, je signale donc la publication dans le dernier numéro de Création Franche, le quarante-et-unième de la série (décembre 2014), d'un entretien de mézigue avec l'artiste belge Solange Knopf dont je vous ai déjà causé il y a peu ici et là. La revue nous a fort bien servis, nous consacrant plusieurs pages. Solange Knopf se dévoile un peu dans cet entretien exécuté par correspondance. "Un peu" parce que c'est là l'interview paradoxale d'une taiseuse. 

      Elle est par ailleurs actuellement exposée à Paris dans l'Inlassable Galerie rue de Nevers dans le VIe ardt (expo collective "L'autre intérieur", en compagnie de Guylaine Bourbon,  Josette Exandier, Marcella Barceló, et l'abbé Coutant (l'erreur de casting de cette manifestation, parce que ce n'est pas parce qu'il fut en relation avec Chaissac qu'il fut automatiquement aussi inspiré que lui...), qui se déroule du 7 février au 16 mars ; 13 rue de Nevers, tél: 06 71 88 21 14 et 06 20 99 41 17).

 

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    En deux, je dois également signaler le n°33 de la revue Cultures et Sociétés (janvier 2015), édité chez Téraèdre/L'Harmattan où, sur la demande de Patrick Macquaire, pour un dossier qu'il y a constitué, "L'homme ou le  travail à toutes fins utiles?", j'ai glissé un article intitulé "La retraite aux flambeaux", sous-titré "Les environnements populaires spontanés". J'y parle bien évidemment du moment souvent partagé par plusieurs créateurs d'environnements lorsque la prise de la retraite peut devenir traumatisante.

      On se retrouve brutalement désocialisé, devenu inutile, comme plus bon à rien pour les autres. Et c'est parfois ce moment-là que certains anciens travailleurs choisissent pour se révéler créatifs, prenant le contrepied de leur mise au néant. Comme Picassiette qui avait œuvré pour sa part en opposition avec le cimetière de Chartres où il s'était trouvé employé. On m'a mis parmi les morts, vous allez voir ce que je peux faire pourtant... La retraite, autre petite mort, est ainsi grosse d'une possible renaissance. La société accorde aux travailleurs enfin l'occasion de vaquer à leurs occupations personnelles, au moment où leurs forces commencent à faiblir, c'est alors le moment de montrer ce que l'on est encore capable d'accomplir d'épanouissant et de créatif! C'est ce que ne manquent pas de faire nos créateurs d'environnements bruts ou naïfs. A noter que dans ce texte, j'annonce le projet en cours de la publication de mon inventaire des sites français d'art brut en plein air (le tapuscrit a été rendu, les options de financement sont à l'étude (comme on dit), et l'on a bon espoir...).

 

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page 1 retraite aux flambeaux Culture et sociétés n°22, janvier 2015002.jpg

Pour acquérir le numéro (16 euros), écrire à L'Harmattan, 16 rue des écoles, 75005 Paris.

revue création franche n°41,solange knopf,bruno montpied,cultures et sociétés n°33,patrick macquaire,environnements spontanés et retraite,mirabilia,josé guirao,paris populaire,photographie    En trois, il s'agit d'une toute autre publication, cette fois nettement plus littéraire (quoique), un texte de souvenir relatif au XIe arrondissement qui fut longtemps un de mes arrondissements préférés dans Paris, tant qu'il resta populaire, lié aux artisans en tous genres.

     Il  me semble que cet aspect commença de changer vers 1986, à peu près au moment où l'on détruisit l'ancienne gare de la Bastille pour y mettre à la place la gigantesque molaire de l'Opéra. C'est à cette date que je déménageai du XIe pour aller dans le XVIIe puis très peu de temps après dans le XVIIIe. "Souvenirs de la Onzième Case", texte illustré de photos noir et blanc de José Guirao, avec qui j'écumai à un moment les rues entre la Roquette et Charonne pour garder traces de quelques paysages urbains appelés à disparaître (il vendit ensuite certaines photos à la Bibliothèque Historique de Paris), "Souvenirs de la Onzième Case" donc a été publié dans le n°6 de la revue de Anne Guglielmetti et Vincent Gille, justement nommée Mirabilia, numéro placé cette fois sous le thème du Temps, précisément...

 

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Pour prendre davantage connaissance de la revue et de ses anciens numéros, pour consulter le sommaire de ce n°6, pour l'acquérir, il suffit de se reporter au site de la revue, ici même ou encore . On la trouve également dans plusieurs librairies à Paris, notamment dans l'excellente librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard, au pied de la Butte Montmartre (XVIIIe ardt).

 

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Photo José Guirao, vers 1986, (il me semble qu'elle fut prise dans le Passage de la Main d'Or), publiée dans Mirabilia 6

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Une autre de José Guirao (vers 1986), non retenue dans l'édition de Mirabilia, "faute de place", parce qu'il faut bien qu'on en enlève une, et ce fut celle-ci, etc... ; moi, j'y vois un autocar en ruine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/02/2015

Une jeune pousse parmi nos amies

Léo Première SS15 from leo paris on Vimeo.

    Au passage, rien à voir avec les centres d'intérêt principaux de ce blog, mais un simple clin d'œil à quelques happy few qui auront reconnu une ancienne tartinée de ce blog (je n'ai pas le droit d'en dire plus, de même que ceux qui auront deviné).

08/02/2015

Un dessin séditieux bonapartiste... Vraiment? Paranoïa-critique ou image réellement double?

     Un correspondant, collectionneur à ses heures, M. Jean-Christophe Millet (oui, le même nom que celui du peintre de l'Angélus, de Millet comme on dit usuellement... Tableau sur lequel on sait que Dali a constitué tout un dossier d'interprétations exemplaires de sa méthode dite paranoïa-critique), ce correspondant donc m'a récemment fait parvenir un dessin qu'il qualifie de "dessin séditieux" dans le genre de ces images à double entente qui servirent à une époque au XIXe siècle de propagande bonapartiste. Comme celle ci-dessous, qui figure dans un ouvrage L'Œil s'amuse paru aux éditions Autrement en 1999 et que j'ai déjà utilisée pour illustrer une note sur ce blog à propos de la merveilleuse exposition du Grand Palais en 2009, "Une image peut en cacher une autre".

 

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Gravure populaire anglaise, vers 1830, extraite de l'ouvrage L'oeil s'amuse, éd. Autrement, 1999 ; on notera que la silhouette de Napoléon entre les deux arbres est parfaitement nette

 

     Présentons le fameux dessin retrouvé par notre collectionneur à la suite, auquel j'ajoute en guise de légende (au double sens du mot) la description interprétative que m'en dressa mon honorable épistolier électronique (les reproductions avec les détails agrandis sont légendés par moi).

 

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Coll. J-C. Millet

 

    "j'avais immédiatement repéré l'arbre aux branches minutieusement réalisées qui devaient cacher bien des choses et surtout le profil napoléonien à gauche du tronc avec le bicorne... mais également le chien apeuré au milieu du cimetière, symbole de dévouement et de fidélité.

 

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Dans ce détail agrandi, on pourrait apercevoir, quelque peu fantomatique, aux limites du mirage, la silhouette, seulement esquissée, contre le tronc à gauche, sous une branche, d'un Napoléon...

 
        J'ai curieusement, c'était trop gros pour le voir, mis un peu de temps, en repérant l'ombre du chien qui n'avait rien de canin, à voir le célèbre bicorne !

     Le masque mortuaire de Napoléon (dit masque de François Antommarchi), tête-bêche dans la partie droite de l'arbre, popularisé à partir de 1833 avec l'ouverture d'une souscription par Antommarchi pour la vente de moulages, devait suivre.

 

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Voici le masque mortuaire qu'évoque J-C. Millet et qu'il a lui-même placé en vis à vis du profil qu'il croit voir dans les zigzags des branchettes de l'arbre nu


      Il y avait donc sans doute à trouver L'Aiglon et Marie-Louise comme dans les célèbres gravures.

     A la cime de l'arbre à gauche, se trouve à mon avis, le long du liseré une tête belliqueuse de Napoléon, l'air mauvais en vis à vis du portrait du vainqueur de Waterloo, le Duc de Wellington avec le large col de son uniforme (que l'on trouve sur tous ses portraits), son nez fin et pointu et ses rouflaquettes.

 

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Napoléon et Wellington?


     Un buste de personnage, tourné à gauche, semble également se trouver dans la partie droite de l'arbre.

   Sur le côté gauche du tronc, une fleur (j'ai un temps pensé à la violette, symbole napoléonien)... Il s'agit en fait d'une Légion d'Honneur, ordre créé par Napoléon.

    La tour isolée, tombant un peu comme un cheveu sur la soupe dans la composition, a donné beaucoup de fil à retordre. Toutes ses fenêtres (des yeux ?), ces éléments accolés inutiles (le toit triangulaire sur le côté gauche en particulier), le double crénelage, un minuscule toit au centre de la tour perché sur une longue arête verticale, deux petites boules inutiles au niveau du créneau du premier étage de la tour... Il y avait probablement une tête, mais où ? Il suffisait de retourner le dessin pour découvrir une tête de soldat avec un long nez, le petit toit triangulaire formant les narines, les yeux de part et d'autre, les boules... les oreilles, la fenêtre verticale entre les étages pour la bouche, un niveau de barbe matérialisé par la séparation-créneau de l'étage, les trois toits formant un couvre-chef à la « hussard » pendant sur le côté droit.

 

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La tour retournée... Cherchez non pas Hortense (comme Rimbaud) mais le soldat...?

 

     L'église... vaste problème indiquant minuit quarante-cinq (a priori pas de symbole), coiffée d'un curieux clocher allongé dont le côté droit présente au niveau du premier étage une légère inflexion puis au niveau du second étage un mur concave bien entendu volontaire. Je n'ai toujours pas réussi à identifier la forme cachée pourtant visible (espace blanc vertical coincé entre le clocher et le bord du dessin). Le symbole est également peut-être caché dans le clocher.
     Idem pour le ciel orageux et ses nuages multiples qui doivent a priori cacher bien des choses ?
     Sans doute également d'autres choses dans les branches de l'arbre ?

     Je n'ai toujours pas réussi à identifier les trois éléments, en bas à gauche du cimetière, au niveau du mur en arc de cercle (bâton vertical avec un "œil", étoile noire à 4 branches, une urne couchée avec son pied orienté à gauche... peut-être une simple pierre mal dessinée ?

 

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Ce détail à gauche donne l'impression que le dessinateur a voulu représenter une tête de profil grotesque, son œil étant au bout de l'espèce de tige poussant sur le bord de pierre, sa bouche entrouverte étant figurée par cette étrange forme en queue de poisson... Mais tout cela se veut-il allégorique, ou n'est-ce que fantaisie d'un dessinateur visionnaire amateur?


     Un dernier point mais cela n'engage que moi... Prenez de la distance et vous apercevrez le visage de
l'Empereur :

- le mur en arc de cercle (celui de l'étoile et du bâton) formant l'arrondi du visage
- le tronc de l'arbre formant le nez
- les toits des maisons du village formant les yeux
- le mur maçonné du cimetière le bord droit du bicorne

- le ciel autour de la cime de l'arbre le bicorne 

    Cela n'engage que moi mais c'est pourtant troublant !... " (J-C. Millet)

    Toutes ces interprétations de notre collectionneur sont passionnées, on le voit. Et cela finit par entraîner notre propre désir de voir à sa suite des images cachées dans l'image. Pourtant, en ce qui me concerne, je reste dubitatif. Si ce dessin est effectivement curieux, maladroit du point de vue des perspectives, de l'ombre du chien bizarre, etc., est-il véritablement un dessin de type "séditieux" du genre de celui que j'ai reproduit en tête de cette note, où la silhouette napoléonienne est nettement représentée? Il est tout de même permis de s'interroger et notamment de se demander si on n'aurait pas affaire à un dessin d'amateur naïf que son inconscient (peut-être à orientation bonapartiste prononcée) tarabusterait passablement... Aux lecteurs de cette note de nous en dire plus s'ils ont davantage de lumière que nous sur la question..

  

07/02/2015

Dictionnaire du Poignard Subtil

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ARTISTOCRATIE:

 

     « L’artistocrate est plus qu’un anarchiste : c’est l’anarchiste, dont la vie est un foyer d’art, un centre de beauté, une création incessante, un épanouissement perpétuel. Il se développe, et il développe les autres par l’exemple qu’il leur donne d’une vie supérieure. »

G. Lacaze-Duthiers, cité par Hem Day dans un numéro de la revue Spiritualité, repris dans la revue (spiritualiste) 3e Millénaire.

 

N-B: Ne dirait-on pas ici, dans cette vision de "l'artistocrate", comme une préfiguration du situationniste, ou du créateur d'art brut vivant l'art au cœur de sa vie quotidienne? Si le terme, artistocrate, paraît d'un choix peu judicieux, car il implique un aspect quelque peu élitiste, bien que je crois son auteur, Lacaze-Duthiers, s'en défendît absolument, la revendication d'une pratique de l'art incessante fondue avec la vie sonne en effet précurseur (Le sciapode).

Voici une notice sur lui extraite d'un site internet qui ne paraît plus exister, mais qui est cité sur le site de cette revue 3e Millénaire: "Gérard de Lacaze-Duthiers (1876-1958) homme de lettres, grand-prix de l’Académie française. Militant anarchiste individualiste, ami des arts et intellectuel pacifiste. Il est né le 26 janvier 1876, à Bordeaux. Professeur de lettres, il collabore dès 1911 à « L’Idée libre » publiée par André Lorulot, puis aux nombreuses publications de la presse libertaire. Il adhère à l’Union Anarchiste puis devient membre du groupe « l’Action d’Art » animé par André Colomer. En 1931, faisant de la devise « Fais de ta vie une œuvre d’art », il crée la « Bibliothèque de l’Artistocratie », qui publiera de nombreux ouvrages d’art et de littérature. En 1933, il est président de l’Union des Intellectuels pacifistes, et l’année suivante co-directeur de la Ligue Internationale des combattants pour la paix. En 1947, il devient un des responsables du Parti Pacifiste Internationaliste puis, en 1954, Président du Syndicat des journalistes et écrivains. Outre sa participation à la presse libertaire et à « l’Encyclopédie Anarchiste » de Sébastien Faure, il est l’auteur de plus de 40 livres et brochures, traitant d’art de littérature et de pacifisme : « Le culte de l’idéal », « Psychologie de la guerre », « Sous le sceptre d’Anastasie », « Pensées pacifistes », etc."

03/02/2015

Marcel Vinsard de Pontcharra, le site aux mille "modèles"

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Site de Marcel Vinsard, épris de gigantisme à la Giacometti, et boulimique de la déco brute de jardin, ph. Bruno Montpied, 2013

       Marcel Vinsard, dont j'ai visité avec un camarade en juillet 2013  l'environnement bourré de statues en majorité taillées dans le polystyrène et violemment colorées, avait alors atteint le respectable chiffre de 650 "modèles" comme il dit, et comme il le proclamait sur des panneaux multiples en devanture de sa propriété, visibles des passants sur la route. Je me doutais qu'il allait  bien vite atteindre les mille vu l'allure soutenue qui était la sienne...

 

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Panneau à l'entrée du site de Marcel Vinsard, ph. BM, 2013

 

 

      Eh bien, c'était chose faite  fin décembre 2014, comme il me l'a fièrement annoncé par téléphone. Car c'est un homme qui aime les records comme du temps où léger comme une plume il escaladait en vélo les cols de sa région en cyclotouriste conséquent.

 

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Chez Marcel Vinsard, ph BM, 2013

 

      Le mot de "modèles" lui vient apparemment de son ancien métier de coiffeur ("coiffeur qui rase les murs et frise la neurasthénie", comme il est inscrit sur un panneau en bordure de son chemin d'exposition - voir ci-dessus), car il lui servait d'exemples de coupes à proposer à ses clients. Seulement, en l'espèce, avec sa galerie en plein air de trognes et personnages hétéroclites, figures connues de lui dans sa région ou vedettes du cirque audio-visuel, c'est à une autre sorte de modèles qu'on se trouve avoir affaire, une fois qu'on a pénétré dans sa propriété, où ils s'exposent en une longue perspective à peine tempérée par la présence de grands arbres ou de massifs de fleurs, de la route jusqu'à son habitation, un chalet en rondins comme dans les alpages... Sans qu'on sache si l'auteur nous les propose en exemples (des modèles... de vertu?) à copier, ou simplement en effigies faites pour amuser (cette deuxième hypothèse restant la plus probable).

 

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Marcel Vinsard, skieur et autre épouvantail, soleil, figures fantaisistes diverses... Ph BM, 2013

 

     Ce créateur a été très peu repéré jusqu'ici. Bien sûr on le connaît localement, des télés régionales sont venues le voir (on sait que ce sont les journalistes localiers qui repèrent toujours en premier les faiseurs d'environnements insolites). Aujourd'hui, internet a pris le relais de surcroît, YouTube ou Dailymotion y vont de leurs vidéos plus ou moins abouties techniquement. A tel point qu'en restant chez soi, sans sortir de son fauteuil (bonjour les tours de taille qui s'arrondissent du coup!), en se servant de cet outil merveilleux mais aussi diabolique qu'est l'ordinateur (avec Google Street par exemple, on peut se balader virtuellement un peu partout ; plusieurs sites y sont mentionnés et visibles, de façon volontaire ou involontaire), on peut trouver les mêmes environnements d'art brut ou naïf qu'on aurait dû mettre auparavant des années à découvrir en parcourant la France avec ses petits pieds et sa voiture.

 

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Marcel Vinsard, Gérard Depardieu, la photo de référence et l'œuvre qui en a dérivé, muséographie souvent réitérée dans le décor de la vie de Vinsard, ph BM, 2013

 

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Marcel Vinsard, Einstein..., ph BM, 2013

 

     Marcel Vinsard est un personnage survolté, affable, en recherche de visiteurs. Il ne cesse de faire sa publicité par tous les moyens. Il appelle à tour de bras, sans craindre à un âge pourtant avancé de voir un jour l'affluence des amateurs en tous genres l'envahir et le submerger... Il ne cesse de produire une œuvre aux thématiques variées. Il se présente capable de produire du "Giacometti", du "Uriburu" (connais pas...), du "Braque", du "Moligliani", qu'il ne néglige pas de signaler, au cas où on en aurait douté, comme des "copies"... Bien sûr, le tuyau télévisuel qui cascade dans tous les logis de France ne l'a pas épargné, et comme ailleurs lui fournit une matière abondante pour son inspiration. Hommes ou femmes politiques (François Hollande - voir ci-contre -  Sarkozy, l'abbé Pierre, Bernadette Chirac, le président chinois Hu Jintao),marcel vinsard,environnements spontanés,pontcharra,isère,polystyrène,cyclotourisme vedettes du show-business (Coluche, Gérard Depardieu), personnages du cinéma (Shrek), vedettes des arts ou de la science (Einstein -voir ci-dessus- une poupée de Picasso, la Joconde... qu'il a installée dans son propre lit...), des figures populaires (l'homme le plus grand du monde, l'homme le plus petit...), qu'il mêlera volontiers à l'évocation de figures d'amis ou de proches de sa famille.

 

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Dans la cuisine de Marcel Vinsard, évocations de sa famille dont celle de sa femme avec sa photo incrustée dans la sculpture (derrière le buste de "Kiki Vinsard") et placée tout près de la photo de Marcel son époux, ph. BM, 2013

 

      Et parmi ceux-ci, au premier rang, trône dans son cœur le souvenir de sa femme disparue trop tôt, blessure affective inguérissable. Dans sa cuisine, bourrée comme les autres pièces de sa maison de statues proliférant sans contrôle, la figure de sa femme, sa photo et sa statue, apparaît posée sur un buffet telle une icône vénérée sur un autel d'église. On sent bien que cette perte l'a touché cruellement, et l'on ne peut s'empêcher de penser que la foule des statues colorées, pleines de joie de vivre, a accouru chez lui, dans son jardin et sa demeure, pour lui faire escorte, et plus encore, pour le soutenir dans son deuil et pallier à sa solitude, boucher le manque...

 

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Marcel Vinsard, l'entrée du châlet, la foule des œuvres... Ph. BM, 2013

 

Et tiens, pour conclure ici provisoirement, une question. En combien de temps ce site que je vous révèle ici va se retrouver sur les blogs d'Henk van Hes et de Sophie Lepetit, hein? Top départ (mais y a rien à gagner)...

 

29/01/2015

"Les Cahiers Dessinés", une expo de dessin tous azimuts à la Halle Saint-Pierre

     Cela fait du bien une exposition fourre-tout de temps à autre (j'avais personnellement pas détesté l'expo du "Mur", consacrée à La Maison Rouge, espace qu'il dirige lui-même, par Antoine de Galbert à une bonne partie de sa collection extrêmement éclectique dont il avait laissé le soin de l'accrochage à un programme d'ordinateur qui le conçut de façon aléatoire en fonction des dimensions des œuvres). La Halle St-Pierre, ayant à peine décroché Sous le Vent de l'Art Brut 2 nous en propose une (du genre fourre-tout) entièrement consacrée (du 21 janvier au 14 août), sous l'égide de la revue et de la maison d'édition de Frédéric Pajak Les Cahiers Dessinés, au dessin sous de multiples formes. Je ne ferais pas ici le tour de ce foyer de créativité sympathique, que je regarde à la marge de mes marottes préférées, tout en admirant de loin. Je me contenterai de conseiller celui qui veut en apprendre davantage de se connecter au site de la revue (qui s'intitule pour ce qui la concerne, seulement elle, au singulier, Le Cahier Dessiné), ou de venir voir l'expo et la librairie de la Halle St-Pierre qui propose en ce moment un grand choix de publications consacrées aux divers dessinateurs défendus par les Cahiers Dessinés.

 

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Couverture du catalogue de l'exposition

 

     Non, ce que je me propose de faire là c'est une sorte de tour résolument subjectif, comme à l'ordinaire, mais sous une forme peu utilisée jusqu'à présent, en suivant ma dérive dans l'expo le portable à la main, faisant des photos qui par leur très médiocre qualité ne pourront en aucun cas concurrencer la qualité des éditions des Cahiers Dessinés (il y a un très beau catalogue de l'exposition). Le premier dessin sur lequel je m'arrêtai comme un chien de chasse la patte en l'air  fut une œuvre de Wols, le peintre, dessinateur et photographe. Sensible, fin, raffiné, fragile, délicat sont les mots qui viennent à l'esprit quand on tombe sur des œuvres de Wols (voir ci-contre).les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak J'ai oublié de dire que j'ai commencé comme de juste par la salle noire du rez-de-chaussée, et c'est d'ailleurs là que j'ai pris la majorité de mes photos. La salle noire... L'éternelle salle noire de la Halle Saint-Pierre réservée semble-t-il aux œuvres secrètes, les plus marquées par le recours à l'inconscient, non? Tandis que le premier étage, plus éclairé par le jour, serait davantage voué aux œuvres de communication?

 

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Yersin

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajakUnica Zürn

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Le Comte de Tromelin

 

     Dans la zone près de Wols on trouvait quelques chefs-d'œuvre et l'on tournait la tête ébloui, Yersin, Unica Zürn (des œuvres en noir et blanc et des œuvres en couleur, toutes exceptionnelles ; je me demande si je ne préfère pas celles en couleur du reste, comme nous l'avait enseigné la très belle expo qu'avait consacrée la Halle Saint-Pierre à cette maîtresse és-hallucinations où l'on avait pu voir de très belles et très rares huiles), le comte de Tromelin (venu de l'Art Brut celui-ci, et pas souvent exposé et sorti des réserves en l'occurrence de la Collection de l'Art Brut de Lausanne), un dessin de Fred Deux plus vivant que les autres (parce que Fred Deux, ça finit par me lasser toute cette maîtrise un peu trop léchée...), des dessins de James Castle (encore l'Art Brut, cette fois américain), des paysages dessinés par des mouches mais en fait dus à la plume de Raphaël Lonné, au loin des magnifiques arabesques touffues de Laure Pigeon (toujours l'Art Brut)...

 

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Laure Pigeon (A signaler à son sujet la sortie du 25e fascicule de la Collection de l'Art Brut qui lui est entièrement consacré, avec une étude de Lise Maurer)

 

 

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Josefa Tolrá

 

      Après ces cimaises fort alléchantes, on tombe sur, à mes yeux, LA révélation de l'expo. Une créatrice espagnole, ou plus précisément catalane je crois, Josefa Tolrá. Cette dernière, décédée en 1959, n'est pas encore très connue me semble-t-il dans le monde des amateurs d'art brut (dont elle est un des plus beaux fleurons sans conteste), en dépit du fait que la collection de l'Aracine (désormais installée au LaM de Villeneuve-d'Ascq dans le Nord) paraît en posséder au moins une œuvre (une "fantaisie taurine", dessinée recto-verso, comme on peut s'en convaincre en consultant la base Joconde) acquise à on ne sait quelle date (sur la base Joconde il est indiqué "1999", mais c'est la date d'entrée de la collection l'Aracine dans le musée du LaM, je pense). Ils étaient forts à l'Aracine, rien n'échappait à l'œil de Madeleine Lommel. Il paraît qu'ABCD de Bruno Decharme en possède aussi. Sans compter que sur internet on trouve bien entendu divers renseignements à son sujet. Il existe notamment un site à elle seule consacré et des films dont le diaporama amélioré que j'insère ci-dessous.

 

 

     A la Halle, plusieurs dessins sont accrochés, tous aussi éblouissants et séduisants les uns que les autres, et variés qui plus est.les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak La dame, qui avait le pouvoir de discerner les "auras" des personnes qui l'entouraient, à ce qui se colporte à son sujet, avait à l'évidence une assurance dans son dessin et la composition de ses œuvres qui se rencontre rarement. Cette œuvre en tout cas enfonce de loin, en terme d'émotion ingénue brute, tous les autres créateurs qu'on (la galerie Berst entre autres) cherche à nous faire passer pour bruts valables en ce moment (comme Eric Derkenne, Horst Ademeit, Košek, Medvedev, Katsuhiro, Giga, Anibal Brizuela, Harald Stoffers, et j'en passe...).

 

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Josefa Tolrá

 

     Non loin d'elle, autre surprise, les dessins et le portrait de Marcel Bascoulard, sur lequel je reviendrai probablement, car un très beau livre vient de lui être consacré par Patrick Martinat aux Cahiers Dessinés justement, à l'occasion de l'exposition. Ce marginal de Bourges qui eut une vie tragique s'habillait en femme, se faisait tirer le portrait à multiples reprises dans les tenues féminines qu'il se confectionnait, et dessinait des paysages de sa région avec une minutie incroyable. Pas un être vivant n'y apparaît, tandis que le but de l'opération paraît se concentrer sur le rendu du mystère des lieux, l'être brut du lieu qui est détectable chez une âme ultra sensible, la menant parfois jusqu'à une déstabilisation profonde.

 

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Li Wei Hsuan

 

     Dans un recoin, on découvre également la Taïwanaise Li Wei Hsuan qui paraît dessiner comme enfermée dans la bulle de sa surdité, un graphisme rageur et rythmé. Plus loin, on n'oubliera pas de mentionner quelques dessins de l'écrivain Bruno Schulz, dont les vertiges masochistes de son univers graphique sont bien connus de certains de nos lecteurs...

 

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Bruno Schulz

 

    De même Félix Vallotton et ses gravures très noires ne sont pas inconnues mais font plaisir à être revisitées en confrontation avec les autres œuvres. J'ai particulièrement remarqué la gravure ci-dessous où des enfants, qualifiés par antiphrase d'"anges", harcèlent de leurs quolibets (du moins on l'imagine) en se pressant autour de lui, comme pour un lynchage, un marginal qu'un pandore accompagne en prison.

 

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Félix Vallotton, "Petits anges"...

 

    A l'étage de l'expo, je dois avouer ne m'être arrêté que devant les œuvres de certains artistes COBRA qui résistent plus qu'honorablement au temps qui passe. On a en effet l'occasion de voir, chose pas courante à Paris, des logogrammes de Christian Dotremont, ces tracés à l'encre que ce poète exécutait automatiquement en même temps que lui venait un poème sous son pinceau japonisant. Il libérait ainsi sa graphie de la nécessité de créer un signe d'écriture conventionnelle pour la tendre vers l'idéogramme, et les signes d'écriture orientale ou extrême-orientale, où l'image reste très présente. Au bas des logogrammes, il notait dans une écriture intelligible traditionnelle le poème qui était tracé d'une gestualité libre au-dessus en pleine feuille.

 

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Logogramme de Christian Dotremont...

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... et sa transcription

 

    D'autres Cobra sont également présents comme Jean Raine ou Pierre Alechinsky.

 

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Deux dessins de Jean Raine

 

 

      A cet étage toujours, et enfin, je citerai pour mémoire ce qui s'apparente  à du dessin en relief, à savoir les silhouettes montées sur fil de fer de Corinne Véret-Collin.

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Corinne Véret-Collin

24/01/2015

Appel de la famille de Gaston Mouly

 

Travail de mémoire sur l’œuvre de Gaston Mouly

 

     Gaston Mouly, notre père ou grand-père, a produit des œuvres pendant plus de 15 ans en grand nombre et de toutes sortes (sculptures, dessins, pyrogravures…) et de toutes tailles (de la galette à la sculpture monumentale). Et chacun sait qu’il fut reconnu pour sa créativité et son travail. C’est en 1997 qu’il nous a quittés en nous laissant cette œuvre considérable, mais en grande partie dispersée.

   Nous jugeons aujourd’hui nécessaire d’engager un travail pour la recenser et la sauvegarder.

    Celui-ci débute par la recherche de lieux ou de personnes ayant en leur possession ses œuvres et acceptant de nous en transmettre les références (titre, date, matériaux, description) accompagnées de visuels.

   Aussi, nous sollicitons les potentiels détenteurs d’œuvres de bien vouloir se manifester auprès de sa petite-fille Doriane Mouly pour permettre la réalisation de ce catalogue raisonné.

  Votre aide nous est précieuse, et nous vous en remercions très sincèrement par avance.

    Doriane Mouly

PS: Pour contacter Doriane Mouly, prière de passer par l'adresse de ce blog, en privé donc. Deux moyens de trouver l'adresse: 1 Vous cliquez à droite en haut de la colonne de droite sur "Me contacter". Par ce moyen vous ne pouvez envoyer que du texte dans vos messages. 2. Autre solution, vous cliquez sur "A propos". S'ouvre alors une page qui contient "l'éditorial" de ce blog. A la fin  de ce texte d'intention, vous trouvez une adresse e-mail du blog. Vous pourrez alors joindre à vos messages des visuels en pièces jointes. L'animateur du blog répercutera vers la famille Mouly.

 

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Gaston Mouly, Soldats écossais s'exerçant à l'escrime à la baïonnette 1917/ Observoitoire (sic) anglais dans un moulin 1917, Crayons de couleur sur papier Arches, 46x61 cm, vers 1989 (photographié à Lherm en 89), coll. Bruno Montpied

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Gaston Mouly, Sans titre (le Chabrot), crayons de couleur sur papier Arches, 46x61 cm, vers 1989, coll. BM

 

18/01/2015

Miguel Hernandez, retour sur un peintre entre art brut et anarchisme

     On a parlé sur ce blog il y a peu de Jean Galéani qui avait mis son art (naïf) au service de ses convictions politiques dans les années du début XXe siècle. Il y en a peu de ces cas de créateurs autodidactes qui auraient été en même temps des activistes révolutionnaires. Au début de la collection de l'art brut dans les années 40-50 de l'autre siècle, il y eut Miguel Hernandez (1893-1957), un peu oublié aujourd'hui, il me semble, dans les musées et collections qui possèdent de ses œuvres.

 

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Fascicule édité par les éditions René Drouin en 1948, texte de présentation de "MT" (Michel Tapié) ; coll. Bruno Montpied

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4e de couverture de la plaquette Miguel H., 1948

 

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Miguel Hernandez, Souvenir inca, 1947, anc. coll. André Breton, en ligne sur le site de l'Atelier André Breton

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Un Miguel Hernandez à l'imagerie moins connue... Photo extraite du site de la galerie Ricco Maresca, New-York

 

      Diverses circonstances m'ont récemment remis sur les traces de cet ancien militant anarchiste espagnol qui aurait commandé une troupe de 5000 hommes pendant la Guerre d'Espagne, du moins si l'on suit les renseignements biographiques émanant de diverses sources (Michel Tapié en 1948, dans un fascicule des tout débuts de la collection d'art brut de Dubuffet à l'époque où elle était abritée au sous-sol de la galerie Drouin place Vendôme ; puis dans le premier fascicule de la Collection de l'Art Brut en 1964,  avec deux textes, dont un qui datait de 1948 de Dubuffet prévu au départ pour le fameux Almanach de l'Art Brut qui ne vit jamais le jour ; le texte de Dubuffet augmenté de trois paragraphes en 64 donnait des renseignements biographiques assez fournis ; enfin il y eut aussi un fascicule fait avec les moyens du bord par l'Association l'Aracine à l'occasion de l'expo qu'elle organisa sur Hernandez en 86-87 à Neuilly-sur-Marne à partir de la collection d'un monsieur Noël Rovers d'Hont, dont à ma connaissance on n'a plus entendu parler par la suite...). Il semble que les chercheurs spécialisés dans l'anarchisme, notamment espagnol, ont retrouvé dans les archives des traces précises de l'activité militante d'Hernandez. En particulier, commander (il avait grade de "commandant", paraît-il) une troupe de 5000 hommes n'aurait pas dû passer inaperçue dans l'histoire de la guerre civile. Mais ce que l'on trouve sur internet,  par exemple sur le site du Dictionnaire des Militants Anarchistes, c'est plutôt ses responsabilités dans des revues espagnoles. La notice qui lui est consacrée ne cite ses possibles activités de "milicien" qu'au conditionnel.

 

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Miguel Hernandez photographié par Doisneau en 1951 à Belleville ; ce cliché fut publié dans la plaquette de l'Aracine citée plus haut

 

 

      Hernandez est au début de l'histoire de la collection d'art brut. Mais quelques zones floues restent autour de lui. Il vivait après la Seconde Guerre, nous dit-on, dans un petit appartement à Belleville, où il ne se consacrait qu'à la peinture après être passé par divers métiers et tribulations, en Amérique du Sud tout d'abord puis en Espagne où il conspira à Madrid contre Primo de Rivera, de retour d'un service militaire au Maroc dont il garda une détestation de l'armée et de ses soi-disant prestiges. Il collabora à une publication anarchiste à Lisbonne, ce qui lui valut une arrestation. Il publia aussi "des brochures de propagande contre la dictature et contre le communisme" (voir le site du "dictionnaire des militants anarchistes" cité aussi plus haut). On date le début de sa production de 1947, soit juste un an avant qu'il n'expose au Foyer de l'Art Brut de la galerie René Drouin (ce qui paraît fort rapide). Les peintures reproduites dans le premier fascicule de l'Art Brut aux éditions Drouin montrent des œuvres de grande force et déjà bien assurées. Sont-elles donc nées ainsi affirmées dès les premiers coups de pinceaux? Dubuffet explique qu'Hernandez travailla avec acharnement dès le départ, consacrant tout son temps à la peinture, retouchant sans cesse ses peintures, les "gâtant" parfois par là même...

 

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Une des peintures d'Hernandez reproduites dans le fascicule édité par la galerie René Drouin en 1948 ; à gauche vraisemblablement la femme après laquelle soupirait Hernandez ; photo coll.privée

 

       Une figure féminine paraît dominer dans ces compositions, celle de sa femme perdue pendant la Guerre Civile et dont Hernandez rêva tout le reste de sa vie (Dubuffet dans son texte du fascicule n°1 de la Compagnie d'Art Brut précise, presque cruellement, à la fin de son dernier paragraphe "qu'un messager chargé par lui de rechercher son adresse à Madrid n'eut pas le courage de l'informer qu'elle vivait en paix depuis fort longtemps avec un autre compagnon et qu'elle ne se souciait plus de lui" ; il décrit l'obsession d'Hernandez pour cette femme perdue de vue comme "insensée").

 

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Une autre œuvre d'Hernandez, photo non reproduite dans le fascicule René Drouin et faisant anciennement partie des archives de Robert Giraud, coll. privée

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Cette photo-ci fut reproduite dans le fascicule des éditions René Drouin, coll.privée

 

     On  ne sait pas très bien dans l'histoire de la collection d'art brut, à ma connaissance, qui est tombé le premier sur Hernandez, et son groupe d'amis espagnols, dont certains étaient peintres autodidactes comme lui, tel José Garcia Tella (1906-1983), dont l'œuvre, pourtant paraît-il présentée au Foyer de l'Art Brut - à l'époque des balbutiements de la collection de Dubuffet en 1948 - et défendue par le critique d'art et collectionneur Henri-Pierre Roché, ne connut pas le même succès dans le monde de l'art brut que celle d'Hernandez (à noter qu'il existe un site web qui a été consacré par son neveu et filleul, Charles Tella, à l'œuvre et à la biographie de son oncle ; Garcia Tella était lui aussi anarchiste).

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José Garcia Tella, Massacre, 100x81 cm, 1951, anc. coll. Henri-Pierre Roché

 

     Cela se situe peut-être entre Michel Tapié, premier à écrire sur Hernandez (sous les initiales de "MT" dans le fascicule de 1948 qui fut édité dans le cadre des activités du foyer d'art brut au sous-sol de la galerie René Drouin (place Vendôme), sous le titre Miguel H. (Hernandez), et avant que Dubuffet ne lui consacre à son tour une plaquette en 1949 lors d'une autre expo dans le second local prêté par les éditions Gallimard rue de l'Université à Paris), cela se situe donc entre Michel Tapié et Robert Giraud qui servait de secrétaire à Dubuffet dans ces années pionnières (Aline Gagnaire aussi fut secrétaire dans ces années-là, faisant découvrir pour sa part l'aubergiste Henri Salingardes). On sait qu'il y eut en 48 une période où Dubuffet, ayant décidé de séjourner en Afrique du Nord durant six mois, laissa les rênes de sa jeune collection à Michel Tapié. Celui-ci concevait les expositions comme une activité pouvant s'accommoder de ventes d'œuvres. Et il semble que ses critères de sélection aient été bien plus éclectiques que ceux de Dubuffet, qui le lui reprocha à son retour, se brouillant avec lui et décidant de se passer de ses services (mais pas de ceux de Robert Giraud qui se maintint secrétaire au moins jusqu'en 1951, date à laquelle furent faites des photos de Miguel Hernandez par le grand complice de Giraud, Robert Doisneau ; par la suite les choses se gâtèrent entre Giraud et Dubuffet ; un ami de Giraud m'a souvent répété que Bob Giraud surnommait Dubuffet "le cave"...).

 

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Robert Giraud, ph Georges Dudognon, extrait du blog Le Copain de Doisneau

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Autre fascicule édité par René Drouin en 48 consacré ici à Pierre Giraud, frère de Robert, et dessinateur parfois présenté comme "naïf" et qui fut exposé dans les débuts de la collection d'art brut puis largement oublié par la suite ; coll. BM

 

     C'est probablement pendant cette période où Michel Tapié régnait en maître sur la collection que se produisit la rencontre avec Miguel Hernandez. Une confidence faite récemment par quelqu'un qui connut bien Robert Giraud m'inciterait à penser que c'est par Giraud , grand connaisseur des milieux populaires de la capitale (il fut une sorte de spécialiste du "fantastique social" comme disait Mac Orlan, expert en argot, en clochards, et autres figures insolites de la rue ; par ailleurs auteur de plusieurs livres dont le célèbre "Vin des rues" qui donna son titre à un bistrot connu sur la Rive Gauche - Giraud étant aussi expert en bistrots...), que c'est peut-être par Giraud que les animateurs du foyer d'art brut de la galerie Drouin firent la connaissance de l'œuvre d'Hernandez.

 

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Miguel Hernandez, sans titre, tableau INEDIT, env. 32 x 24 cm, daté 1948, ancienne  collection robert Giraud, aujourd'hui collection privée ; on remarquera les deux personnages centraux en train, en croisant leurs bras, de dessiner un H, comme l'initiale du patronyme du  peintre

 

     Robert Giraud possédait une peinture, assez atypique, de notre peintre anarchiste espagnol (voir ci-dessus), de même qu'il avait conservé des photos des peintures d'Hernandez, clichés qui servirent d'illustration à la plaquette préfacée par Michel Tapié (voir ci-dessus trois photos en noir et blanc d'œuvres prévues pour la plaquette Drouin, et qui appartiennent comme les autres au même collectionneur privé que je remercie ici de m'avoir laissé les reproduire, de même que la peinture ci-dessus). Il semble qu'en 1948, plusieurs passionnés des créateurs de l'ombre allèrent visiter le peintre espagnol dans son petit logement. La vente d'une grande partie de la collection d'André Breton à Drouot en 2003 a fait resurgir ainsi un portrait du poète surréaliste exécuté par Hernandez (en 1952, voir ci-contre), ce qui suppose peut-être qu'il y eut rencontre entre eux.miguel hernandez,josé garcia tella, anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton, robert giraud, aline gagnaire, l'aracine, galerie rené drouin, Epistolairement parlant, on sait qu'elle eut lieu en tout cas puisque le site web de l'Atelier André Breton a mis en ligne une lettre avec un poème autographe de Miguel Hernandez, ainsi du reste que trois peintures dont le fameux portrait, et une, le Rêve de la Vierge (titre apposé au dos du tableau de la main de Breton, précise le site web) datant de 1947. Breton à l'époque était complice avec Dubuffet, on n'en était pas encore à la rupture qui intervint trois ans plus tard en 1951.

     Qui aurait l'audace de réunir tout ce qui est disponible en matière d'œuvres de Miguel Hernandez ?

 

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Enveloppe d'une lettre de Miguel Hernandez à "Andres Breton" en 1949; elle contenait un poème manuscrit de Miguel Hernandez ; extrait du site de l'Atelier André Breton

  

08/01/2015

Assassinat des journalistes de Charlie-Hebdo: comme un marteau-piqueur pour tuer une mouche

      Fallait-il que les dessinateurs et les journalistes de Charlie-Hebdo soient influents et dangereux pour qu'on ait eu besoin de les faire taire à coups de kalachnikov, pourquoi pas une bombe atomique pendant qu'ils y étaient? En les tuant, les assassins ont prouvé leur faiblesse, leur sottise infinie alliée bien sûr à un manque total de sentiment humain. Ils ont prouvé que les dessins, les plaisanteries irréligieuses de leurs victimes leur faisaient peur en les faisant sortir de leurs gonds. Ils leur assurent désormais une publicité encore plus grande.

     Ils ont tué des dessinateurs de presse, des humoristes dont ils ne supportaient pas la liberté de ton. Et parmi eux, un graphiste qui s'était illustré entre autres en éditant chez Arléa des recueils de rébus littéraires, voir un exemple ci-dessous. C'était un artiste et dessinateur de presse plein de talent dont il m'arrivait souvent de feuilleter en librairie les albums plein de charme. Au début de la litanie annonçant les noms des morts les plus illustres, on l'a momentanément oublié. Né en juillet 1941 à Vichy, c'était un collaborateur de Charlie-Hebdo et d'autres organes de presse. Il se trouvait là à cette réunion éditoriale tragique... Les sombres connards illettrés qui l'ont massacré avec ses camarades, le talent, ils ne savent pas ce que ça veut dire et ce que cela pourrait changer dans leur vie de merde. Il s'appelait Honoré. Gageons que sa mort lui assurera une notoriété plus rapide que ce qui serait normalement arrivé au bout de plusieurs décennies, tant dans ce pays, on met de temps à reconnaître le talent lorsqu'il est vivant. Et ce sera une revanche sur son assassinat, ce que bien sûr ses assassins n'avaient pas envisagé dans leur abrutissement sans limite.

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Rébus littéraire d'Honoré: "Haie-Loge-deux la-faux-lit" (Eloge de la folie - oui, mais pas celle des fanatiques)

06/01/2015

Une profession d'exterminateur?

    Voici une plaque au titre plutôt cauchemardesque. L'ingénieur en question s'est-il rendu compte de ce qu'il affichait ainsi au vu et au su de tous les passants? L'a-t-il conçu comme une proclamation d'humour noir, très noir, si noir que cela déboucherait tout de même dans le grinçant et l'insoutenable si cela était avéré...

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Photo Philippe Lespinasse (que je remercie hautement pour son œil de lynx), prise à Sommières le 1er janvier 2015

01/01/2015

Voeu!

 

Bon Athée en 2015!

 

 

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27/12/2014

L'étrange homme aux yeux exorbités et au slip kangourou un peu lâche

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Anonyme, sans titre, sans date, environ 60 cm de haut, exposé en décembre à la galerie Dettinger-Mayer, Lyon ; ph. Bruno Montpied, 2014

     Avec cet ensemble sculpté en bois naturel, vous devrez chers lecteurs vous déterminer sans la moindre référence préalable. Exercice salubre, n'est-ce pas? Personne ne viendra vous dire ce qu'il faut en penser. Car on a affaire ici à une sorte d'aérolithe, un objet non identifié, une énigme visuelle. En tombant dessus à la galerie Dettinger-Mayer très récemment, où j'étais venu voir l'exposition Solange Knopf, je ne me rendis pas compte tout de suite de son côté atypique. Mon œil la voyait à la périphérie de l'expo et de ma conversation avec les personnes présentes. Et tout d'un coup elle fut là, et m'occupa exclusivement.sculpture anonyme,art brut anonyme,galerie dettinger-mayer

      D'où sortait ce personnage aux yeux exorbités, la bouche largement ouverte aux lèvres épaisses, les oreilles décollées, pourvu d'une paire de jumelles, coiffé d'un calot comme de certains pensionnaires d'hôpitaux psychiatriques d'autrefois ou de certains soldats, portant on aurait dit un slip kangourou en laine fort lâche, jambes  nues, au bout desquelles on voyait cependant des chaussettes (roulées de façon différente l'une de l'autre) et des chaussures?

 

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Anonyme, Galerie Dettinger-Mayer, ph. BM, 2014 

 

      Etait-ce une sorte de touriste que l'on voulait ainsi tourner en dérision (les jumelles et les yeux hors de la tête étant deux détails qui paraissaient marquer une intention de la part du sculpteur), touriste qui en outre avait été dépouillé de son pantalon, et peut-être aussi de sa voiture, vu qu'il traînait à côté d'une valise à terre une portière de voiture (assez semblable à celle d'une 2CV)? Mais alors, d'autres éléments, une petite hache à ses pieds, et surtout un très insolite vélo fort étiré, hésitant entre la bicyclette et la barrière, l'entouraient aussi, parfaitement indéchiffrables... Les roues de cette bicyclette garde-fou étant incomplètes, apparemment volontairement, par intention délibérée d'artiste, conféraient à l'engin un côté évanescent, soulignant sa fonction de simple décor d'arrière-plan. Ces roues étaient percées de trous circulaires ce qui paraissait peu usuel pour des roues de vélo...

 

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Anonyme, détail du bas de la statuette, vélo-barrière, portière, valise, hachette... Galerie Dettinger-Mayer, ph. BM, 2014

 

     L'objet, nous confia Alain Dettinger, son découvreur, avait été chiné quelque temps auparavant aux Puces de Lyon. Et comme d'habitude, avec les objets de curiosité ramassés en brocante, il n'y avait aucun élément d'information concernant ses origines.

25/12/2014

Babahoum continue à Tanger

     On me signale une autre exposition Babahoum ("le père à eux" serait la traduction de son patronyme) du côté de Tanger.

 

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Images  transmises par la galerie Conil

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     Mais à regarder la dernière des deux images transmises ci-dessus après l'affiche de l'expo, on se demande si il n'y aurait pas de la part de notre créateur d'Essaouira une petite inflexion vers un graphisme un peu trop simpliste, même s'il tend à une stylisation abstractisante. Babahoum ne voudrait-il pas, avec ces figures répétées et trop sommaires, créer rapidement pour satisfaire à une demande qui se ferait trop pressante... Ajoutons aussi que dans le cas de ce créateur, plus encore que pour d'autres artistes, les reproductions qu'elles soient numérisées ou imprimées sur papier restent cependant trompeuses et que rien ne vaut la confrontation directe avec les œuvres originales. Ces dernières, surtout celles qui montrent leurs étagements de scènes bédouines, je l'assure, sont pleines de charme et douées d'une très grande force immédiate.

23/12/2014

Jean Galeani

     Ah, formidable initiative que celle de Régis Gayraud que d'être allé surfer sur internet en tapant le nom de Galeani, ce peintre dont j'avais mis en ligne il y a quelques années une toile retrouvée chez deux collectionneurs (ayant préféré rester anonymes). Brillant effort, que je suis toujours réticent à pratiquer personnellement, préférant la découverte de hasard, et peut-être sans doute, parfois trop vieux (et trop paresseux surtout) pour ce genre de recours...

     En cherchant à ce nom de Galeani, Régis a donc déniché l'interview de Pierre Dumayet mis en ligne sur le site de l'INA. Incroyable... On voit Dumayet, dont mes lecteurs fidèles se rappelleront que j'avais déjà signalé (en 2009) une autre interview, consacrée celle-ci au créateur d'environnement Frédéric Séron (toujours sur ce même site de l'INA), on voit Dumayet s'entretenir avec le peintre Jean Galeani, en 1955, alors octogénaire, sur le seuil, de son appartement puis dans son atelier, où il habitait depuis le début du XXe siècle en haut d'une cage d'escalier où faute de place et sans doute de meilleures conditions d'exposition il exposait certains de ses tableaux (l'Aigre de Meaux de son côté, toujours en commentaire de ma note sur le tableau Victoire, défaite de 1919, et après les révélations de Régis, a retrouvé l'adresse exacte où habita Jean Galeani, au 74, rue de Turenne dans le Marais à Paris, adresse qui est donnée dans un compte-rendu par le journal Le Petit Parisien en 1913 de l'affaire d'un autre tableau refusé de Galeani, intitulé La Justice ; on y apprend par ailleurs que le peintre était originaire de Montpellier). Il faut croire que Pierre Dumayet développait dans ces années 50 de l'autre siècle une sympathie récurrente pour les Naïfs et les créateurs autodidactes. Question à creuser...

Interview de Jean Galeani par Pierre Dumayet, 8 avril 1955, site de l'INA

 

    Comme en ont débattu les divers commentateurs qui se sont succédés après la révélation de Régis (voir donc ma note du 10-06-2011), les propos de Galeani dans cette interview paraissent refléter la position qui devait être celle des tenants de la révolution parmi beaucoup d'hommes du peuple à l'époque (avant la fin des années 30, avant les procès de Moscou), à savoir une indifférenciation entre communistes à la Lénine, que Galeani dit avoir "rencontré" (il montre dans le sujet une sculpture où l'on voit Lénine en forgeron) et anarchisme (certains des tableaux présente un christ "vivant" dont Galeani retient surtout l'injonction pacifiste "aimez-vous les uns les autres", tandis qu'un autre plus allégorique présente l'Autorité comme un pied géant venant écraser la foule ; cette critique de l'autoritarisme est au fondement même de l'anarchisme). Cela dit, il semble que Galeani, homme simple, ait gardé de l'affection même à Staline dont l'interview indique à un moment qu'il lui consacra un tableau, sans doute parce qu'il ne s'encombrait guère d'information, ou bien qu'il avait évolué au fil du temps de l'anarchisme au communisme, préférant se concentrer avant tout sur l'attitude anti-capitaliste (il paraissait détester l'argent, dont il se moquait, en lui consacrant un billet  encadré sous-verre telle une icône). A noter aussi la mention que Galeani avait été "parrainé" par Louise Michel qu'il avait également rencontrée lorsqu'il était plus jeune.

 

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Jean Galeani traînant sur une charrette son tableau La Justice du côté du Grand Palais où avait lieu le Salon d'Automne où le tableau avait été refusé ; photo 1913, agence Rol, source Gallica.bnf.fr

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Le même Galeani, alors bien plus jeune qu'à l'époque de l'interview de Pierre Dumayet, en 1913, posant à côté de la charrette chargée de son tableau ; on devine les vers de La Fontaine en bas à droite du tableau ; photo Agence Rol, site Gallica.bnf.fr 

 

     Avec ce film, Régis a pu nous donner d'autres liens également vers un reportage et des photos présentes sur le site Gallica de la BNF, photos faisant partie du domaine public, donc reproductibles à la seule condition d'en indiquer les références et la source, relatant l'affaire d'un autre tableau de Galeani refusé en 1913 par le jury du Salon d'Automne, tableau allégorique inspiré de La Fontaine, et intitulé la Justice, un juge sur le tableau étant campé par un loup brandissant la tête décapitée d'un âne, le coupable  qu'il avait condamné. Les vers de conclusion de La Fontaine (extrait de la fable "Les animaux malades de la peste") étaient reproduits en exergue sur le tableau (visibles à demi sur la photo ci-dessous): "Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir".

     On aimerait savoir bien entendu ce que sont devenus les tableaux de Jean Galéani. ils étaient nombreux, si l'on s'en réfère au mur que détaille à un moment de l'interview le vieux peintre pour Pierre Dumayet. Qu'est devenu ce grand tableau de 1913 La Justice, refusé comme la version plus grande de Victoire-défaite de 1919, lui l'ayant été au Salon de la Nationale (Galeani, naïvement, croyait qu'il aurait des chances dans de tels salons académiques, à moins qu'il n'ait été sûr de s'en faire jeter et que cela lui donnerait l'occasion de le faire savoir, là aussi naïvement ; c'est plutôt dans ces tentatives de communication, charrette à bras défilant dans Paris, inscription pour mémoire au verso de sa mouture réduite de Victoire, défaite, que l'on doit en effet remarquer qu'il se faisait pas mal d'illusions sur ses chances d'être entendu)? Qu'est devenu en particulier aussi le tableau montrant la roulotte où Galeani à une époque de sa vie (après les années 20?) décida de trimballer ses œuvres "de Cherbourg à la Bretagne"? Il y organisait paraît-il des "loteries" où l'on pouvait gagner ses œuvres... Ce qui nous indique que sans doute ses œuvres de l'époque partirent entre les mains de collectionneurs peut-être moins fortunés qu'à l'accoutumée. D'où elles purent continuer secrètement leur chemin vers les brocantes. Je n'ai pour l'instant pas retrouvé dans ma documentation imprimée de mention de ce Jean Galeani. C'est du reste à cause de cette absence de référence dans les ouvrages consacrés à l'art naïf que je n'avais pas cru bon de chercher sur internet. Erreur...! Il faut se rendre à l'évidence, beaucoup de peintres et de créateurs ont été oubliés des ouvrages d'Anatole Jakovsky, Albert Dasnoy et autres Bihalji-Merin. A nous aujourd'hui de les réhabiliter en clamant haut et fort, peut-être tout aussi "naïvement", que ces peintures et ces messages picturaux alliant naïveté (immédiateté) et anarchisme nous concernent. 

 

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Jean Galeani rigolard, photo Agence Rol, éditée en 1914 (mais datant probablement du même jour que la balade en charrette du tableau La Justice)

 

 

 

 

13/12/2014

Postérité des environnements (10): Vente de la Base de la Menegatte d'Arthur et César Vanabelle

      J'apprends que la ferme des Vanabelle, connue pour ses maquettes d'avions sur le toit, ses canons anti-aériens en matériaux récupérés, son tank bâti au-dessus d'une fosse à purin, ses silhouettes de soldats de la débâcle de 1940, etc., a été finalement vendue à un particulier, tandis que la mairie de Steenwerck, la commune où se trouvait la ferme, aurait annoncé vouloir récupérer les pièces assemblées soi-disant pour un "musée local". On sait qu'une association (l'ASMA, animée par un artiste, Gricha Rosov) s'était créée pour tenter d'imposer l'idée d'une sauvegarde du site en l'état, au risque d'en changer profondément le sens (on parlait d'une résidence d'artiste...). Il y aura finalement eu beaucoup de bruit pour un piètre résultat. Et ce qui est étonnant, c'est que cette association n'ait pu finalement contrôler la personne qui vendait la ferme, et que l'opération ait eu lieu en secret. On se demande quelle en fut la raison.

      Autre question aussi qui se pose: pourquoi la commune veut-elle garder ces assemblages hors du site dans un "musée local" où, en l'absence d'autres pièces du même acabit (art populaire, arts d'autodidactes...), on peut prévoir qu'elles ne prendront que peu de sens et qu'elles finiront par y végéter et y mourir...? Alors que leur place, puisque démantèlement fatal il y eut (comme je m'en doutais), serait bien plus évident au musée du LaM dans le département des habitats poétiques à Villeneuve-d'Ascq où l'on possède déjà pas mal de documentation sur la ferme des Vanabelle, ainsi que des relevés minutieux de ses installations...  Le tank, les canons et les avions voisineraient là-bas avec d'autres pièces tout aussi fiévreuses et on aurait l'assurance que les conservateurs sauraient les présenter dans une contextualisation vidéo et/ou photographique idoines...

 

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Vue aérienne du site des Vanabelle, rue de la Menegatte à Steenwerck, date non portée, d'après une photo qui se trouvait accrochée dans la salle à manger d'Arthur et César lors de ma visite en 2009

 

Un Jeu des Définitions 2014, par Jacques Burtin et Bruno Montpied

 

      Petit rappel de la règle de ce jeu, surréaliste au départ… La question est posée de manière automatique. Un deuxième joueur répond sans connaître la question, de manière tout aussi automatique. Dans les exemples ci-dessous, les deux auteurs se sont coulés alternativement dans les rôles du questionneur ou du répondeur. La rencontre surprenante de la question avec la réponse fait tout le sel de cet exercice, où l’on creuse un dialogue entre deux pensées inconscientes l’une de l’autre, mais se réunissant sur un plan autre. 

 *

Qu’est-ce qu’un tortionnaire ?

C’est une peau ridée qui se déplie comme un accordéon.

*

Qu’est-ce qu’un râle ?

Une déchirure sans fin.

*

Qu’est-ce que la Der des Der ?

C’est un labrador qui se prend pour un loup.

*

Qu’est-ce que l’harmonie ?

C’est une danse lascive qui n’ose pas dire son nom.

*

Qu’est-ce qu’un labyrinthe au fond du cœur ?

C’est la coupe bue jusqu’à la lie.

*

Qu’est-ce que la Justice ?

C’est un doigt dans l’œil.

*

Qu’est-ce que l’argument ultime ?

C’est un sous-vêtement ridicule.

*

Qu’est-ce que le mensonge ?

C’est un cheval cabré qui pleure à chaudes larmes.

*

Qu’est-ce que l’ombre ?

C’est une mégère apprivoisée.

*

Qu’est-ce que le Diable ?

C’est une armée à la rescousse.

*

Qu’est-ce que la faim ?

C’est une soupe d’yeux.

 

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Bruno Montpied, Hémorragie voyeuse, 1982

 

*

Qu’est-ce que le doute ?

C’est un renard qui pond des œufs.

*

Qu’est-ce qu’une mauvaise herbe ?

C’est une libellule que l’on suit aveuglément.

*

Qu’est-ce qu’une explosion de colère ?

C’est un train dans la nuit, tu ne sais pas d’où il vient, tu ne sais pas où il va, et quelqu’un te frappe sur l’épaule.

*

Qu’est-ce qu’un bras d’honneur ?

Un aller sans retour.

*

Qu’est-ce que cette mèche rebelle sur votre front ?

C’est un précipice dont personne ne s’échappe.

*

Qu’est-ce qu’une cave ?

C’est la preuve de l’existence de Dieu.

*

Qu’est-ce que l’oubli du passé ?

C’est un gaz qui s’échappe inéluctablement.

*

Qu’est-ce qu’un silence ?

C’est le tâtonnement de l’amant sur le corps de l’aimée.

*

Qu’est-ce que l’excision ?

C’est une bougie qui ne s’allumera pas.

*

Qu’est-ce que l’infini ?

C’est une femme nue.

 

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*

Qu’est-ce que la Création ?

C’est une chemise dont les bras jouent au sémaphore.

*

Qu’est-ce que l’amour aveugle ?

C’est une certaine disposition de l’esprit où le haut et le bas, le beau et le laid, etc., cessent d’être perçus contradictoirement.

*

Qu’est-ce que le mystère ?

C’est une mante religieuse qui dévore son amant.

*

Qu’est-ce que la Beauté ?

C’est un facteur qui ne distribue aucune lettre.

*

Qu’est-ce qu’un livre qui s’ouvre tout seul dans le noir ?

C’est une jupe qui froufroute et se déchire de haut en bas !

*

Qu’est-ce que la censure ?

C’est une défaite devant la lumière.

*

Qu’est-ce que l’Erotisme ?

C’est un soutien qui ne vient pas.

*

Qu’est-ce que la Révolution ?

C’est un train qui hurle dans un tunnel.

*

Qu’est-ce que la sodomie ?

C’est le rêve d’un réverbère.

 

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*

Qu’est-ce qu’un coche en flammes qui fuit sur la route ?

C’est lorsque l’on se rapproche d’une inconnue par derrière et qu’on n’ose la toucher.

*

Qu’est-ce que la vérité ?

C’est la rosée qui transperce les sandales.

*

Qu’est-ce que le doute ?

C’est une façon de nier l’évidence.

*

Qu’est-ce qu’une menotte ?

C’est un animal fabuleux que l’on caresse et qui vous mord.

  

Jacques Burtin et Bruno Montpied, octobre 2014

10/12/2014

Du griffonnage dans les centres d'appel téléphoniques suisses

    Comme le dit M. Léo Ramseyer, qui m'a communiqué le lien vers son blog  (qui s'appelle Tropicalizer et où l'on cause parfois d'art brut parmi d'autres choses, par exemple des merveilleuses broderies minuscules et naïves du prisonnier Ray Materson), où il a initialement mis en lecture  le cahier que je mets en lien (repérez le mot "jus") ci-dessous  rempli de griffonnages collectés dans un centre d'appels téléphoniques, qu'y a-t-il de plus idéal pour rencontrer du griffonnage et du "dessin de téléphone" que ce genre d'endroit où tous les employés griffent à qui mieux mieux les pages de leurs blocs-notes ? Feuilletez-le et vous trouverez là du griffonnage pur jus. Moi j'aime ceux des pages 12, 13, 14, 15, 17, 35, 40, 41...

05/12/2014

Alain Dettinger invite Solange Knopf à Lyon

      L'œuvre produite sous le signe du merveilleux par Solange Knopf poursuit son bonhomme de chemin en atterrissant cette fois à Lyon, place Gailleton, dans le cadre d'une exposition intitulée "Animus/Anima", organisée par la galerie d'Alain Dettinger, qui est comme on le sait consacrée sur deux rangs à "l'art primitif" (essentiellement africain) et à "l'art contemporain" (au sens où celui-ci, Darnish, désigne bien l'art d'aujourd'hui et non pas "l'art communicationnel" à la François Pinault et autres grands argentiers du moment).

 

galerie dettinger-mayer,solange knopf

Solange Knopf, carton d'invitation à l'exposition de la galerie Dettinger

 

     Cela durera du 5 décembre 2014 au 3 janvier 2015. Dans le même temps, signalons qu'on trouvera dans le dernier numéro 84 de la revue internationale (anglophone) Raw Vision un article sur Knopf, rédigé par Edward B. Gomez, tandis que moi-même livrerai bientôt dans le n°41 de la revue Création Franche, prévue probablement pour la fin de cette année, une interview de la même Solange.

 

galerie dettinger-mayer,solange knopf

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Série Behind the darkness, coll. privée, Paris

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Série Botanica, coll. privée, Paris

 

     Solange Knopf entretient des parentés stylistiques (c'est en effet plus la forme qui l'apparente que le contenu) avec des créatrices telles Guo Fengyi ou Josefa Tolra (cette dernière aura des dessins bientôt exposés à la Halle St-Pierre à partir du 21 janvier dans le cadre de la prochaine expo consacrée à la revue Les Cahiers Dessinés). Poudreuses traces d'un imaginaire qui surgit sur le papier à la limite du mirage, car on a parfois l'impression devant ces dessins qu'ils sont en instance d'évanouissement. La galerie d'Alain Dettinger, qui repère tant de créateurs originaux depuis des lustres, ne pouvait passer à côté de cette créatrice à l'univers séduisant, et donc en cette fin d'année, il faut faire le voyage de Lyon...

 

galerie dettinger-mayer,solange knopf

Solange Knopf, série Behind the darkness

 

A signaler le site web de Solange Knopf que j'ai oublié d'ajouter à cette note, comme me le rappelle le commentaire ci-dessous de la mère Molitor. On peut y découvrir nombre d'autres reproductions du travail knopfien et des images du vernissage qui a eu lieu jeudi 4 décembre

 

01/12/2014

Marie Audin revient au musée de la Création Franche

     Du 5 décembre 2014 au 1er février 2015, on pourra aller découvrir les petites œuvres faites selon la technique du pricking, mise au point par la créatrice, Marie Audin (-ex Marie Adda), au musée de Bègles. Une centaine d'œuvres sont accrochées, en même temps que se tient une seconde exposition parallèle d'Albert Louden (gros bonshommes en apesanteur...), sujet britannique, comme une moitié de Marie Audin, dont la mère était anglaise. J'ai déjà présenté cette créatrice, complète autodidacte, dont le métier est dermatologue, ce qui a un rapport étroit avec ses réalisations (qui a dit que les éléments biographiques n'avaient aucune importance pour comprendre une œuvre artistique?). C'était dans Création Franche n°33, en 2010 ("Marie Adda: sous la peau des images"), suite à ma découverte de ses œuvres exposées déjà à Bègles (c'est ce musée qui l'a révélée en 2009 ; de même que c'est sa visite qui quelques temps auparavant avait révélé à Marie les différentes formes d'expression affranchies de l'art académique qu'il contient, réveillant en elle le désir de reprendre des velléités créatrices qui s'étaient alors rendormies).

 

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Marie Audin, un de ses prickings, avec inscriptions, "Help", "Hope and glory", "Don't give up the fight!", ph. Bruno Montpied, 2014

 

      Marie joue avec des supports qu'elle chipe la plupart du temps dans les restes de matériaux qu'elle manipule à son travail, elle les piquète (d'où le mot anglais de "pricking") à l'aide d'aiguilles et de seringues. Dessous-dessus, et dessus-dessous. Cela ne donne pas les mêmes trous. Parties depuis le dessus, les perforations ont des bords légèrement boursouflés qui les apparentent aux pores de la peau, ou à une chair de poule. L'aiguille ayant traversé depuis le dessous, les trous s'apparentent à de simples points (J'ai rappelé dans mon article de 2010 que Marie avait gardé un brillant souvenir d'avoir admiré des tableaux de Seurat et Signac... Des pointillistes comme de juste!).

 

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Marie Audin, sans titre, deux personnages affrontés, pricking et broderie, aquarelle, ph BM, 2014

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Marie Audin, sans titre, composition aquarellée, brodée et pricking, ph BM, 2014

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Marie Audin, sans titre, composition abstraite, par pricking, ph BM, 2014

 

     Ses compositions sont tantôt abstraites, ressemblant parfois à des géographies, des photos aériennes de campagnes agricoles, Marie aimant à se perdre dans des jardins austèrement ratissés à la Ryoân-Ji , tantôt elles sont figuratives, campant des grosses têtes sommaires sans détail superflu, ou bien tantôt encore ses œuvres combinent un peu les deux séries, ce que personnellement je préfère chez elle. Ce sont du reste ces dernières œuvres qui pourraient la faire ranger dans l'art brut, en raison de leur tension inventive, tandis que les autres, les grosses têtes, la feraient plutôt ranger du côté des Singuliers, autodidactes sans formation artistique créant des figurations sans volume, dans un graphisme proche de l'art enfantin ou du moins d'une certaine stylisation, mais non dénuées de références à la culture artistique (à commencer par d'autres singuliers, comme Chaissac, Sanfourche, Macréau, Basquiat, Chomo...). Avec ses "grosses têtes", elle entretient un cousinage inconscient avec un Pierre Albasser, lui aussi révélé au musée de la Création Franche du reste. L'œuvre piquetée, sur un fond préalablement aquarellé, elle ajoute parfois aussi du fil et rajoute de la broderie dans ses compositions (les plus complexes). Et puis elle passe beaucoup de temps à les cadrer grâce aux passe-partout qui jouent un rôle primordial dans ses œuvres.

 

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Marie Audin dans ses efforts de cadrage, ph. BM, 2014

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Marie Audin, sans titre, deux figures en broderie et pricking, ph BM, 2010

     C'est donc à une seconde peau que s'en prend Marie Audin, avec ses aiguilles, et le vocabulaire dermique peut facilement venir à l'aide en ce qui la concerne. C'est une curieuse acupuncture en effet à laquelle elle se livre, sur le corps symbolique de l'image, et parfois aussi de curieuses sutures avec sa broderie. A qui prodigue-t-elle en premier ce qui s'apparente à des soins avec ses seringues et ses aiguilles? Quelles plaies recoud-elle? S'agit-il des spectateurs, ou d'elle-même? Probablement des deux.

 

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La boule aux aiguilles variées, qui sont les outils de la créatrice ; à noter aussi dessous le set de table avec ses sillons concentriques qui ressemblent à certaines des compositions de Marie Audin, ph BM, 2014

 

27/11/2014

Les bricoleurs de paradis débarquent à Drancy

      Ça faisait longtemps que je n'étais pas revenu vous parler de mes débats et diatribes divers débités en accompagnement d'une projection du film de Remy Ricordeau, coécrit avec mézigue (et non pas "co-réalisé" comme il est encore dit de façon erronée sur le site de la médiathèque ci-dessous en lien), Bricoleurs de paradis (sous-titré le Gazouillis des Eléphants). Eh bien, c'est reparti pour samedi 29 novembre, dans deux jours donc, à la médiathèque Georges Brassens à Drancy, à 18 h  tapantes. S'il y a des amateurs d'environnements sculptés, mosaïqués, architecturés, peints par des autodidactes populaires, ils sont donc les bienvenus à cette adresse.

 

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Une des versions de la galette du DVD des Bricoleurs envisagée un temps par les éditions de l'Insomniaque et finalement non retenue (2011) ; on reconnaît un disque d'André Pailloux (ce qui allait très bien avec la rotation dévédesque)

 

    Le film, tourné en 2010, fait défiler une quinzaine de sites que nous étions allés visiter, dont par exemple celui d'André Gourlet dans le Finistère sud, à Riec-sur-Belon. Je suis passé le revoir il n'y a pas longtemps. Cet ancien menuisier-charpentier est toujours d'attaque (même s'il m'a pris au début de ma visite pour Jean-Pierre Pernaud... ce qui fut particulièrement offensant!), continuant de sculpter dans  son atelier d'imposantes et ambitieuses statues (voir ci-dessous), et dans son jardin, réorganisant certaines des réalisations que l'on aperçoit dans notre film, ajoutant un nouveau sujet par exemple.

 

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André Gourlet, trois nouvelles statues dans son atelier en octobre 2014, dont au premier plan, un Saint-Isidore, patron des agriculteurs, en tenue bretonne traditionnelle, ph.BM 2014

 

 

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André Gourlet, arbre de la cohabitation, état d'automne 2014 ; le hibou et le chat ont été remplacés par des sujets en ciment, matériau plus résistant, une trogne est apparue au centre du tronc, de même qu'un échassier ; plus généralement l'ensemble des personnages a été réagencé autrement, le coq s'est retrouvé au sommet de l'arbre, tandis que le paresseux et son petit descendaient vers le bas ; ph. Bruno Montpied, 2014

    "L'arbre de la cohabitation", situé au milieu du jardin, a subi un lifting, tandis qu'une nouvelle statue apparaissait sur la pelouse, un démon Asmodée, impressionnant et fort beau. Un arbre qui avait été un temps taillé de façon topiaire en forme d'ours a été arraché et de son tronc monsieur Gourlet tire actuellement une Jeanne d'Arc, commande je crois pour une église des environs. Belzébuth, le diable peint en vert dont le membre en érection tient toujours une jardinière suspendue à son axe, a été déplacé, son bois remplacé (de façon un peu trop raide à mon avis).

     Bref, le jardin au dragon continue de se développer, et on peut toujours aller le visiter.

*

Post-scriptum de Remy Ricordeau:

      Je profite de l'annonce de cette projection pour rappeler qu'il est également possible de visionner le film en VOD sur le site des "mutins de Pangée".
http://www.lesmutins.org/bricoleurs-de-paradis
      J'en profite également pour informer les lecteurs italophones et anglophones de ce blog que l'édition de novembre de la revue italienne Osservatorio Outsider Art (j'en remercie au passage Roberta Trapani) et celle de décembre de la revue anglaise Raw Vision feront paraître deux articles sur des environnements spontanés à Taïwan que j'ai spécialement rédigé à leur intention à partir de la série qui avait été publiée ici même il y a quelques mois:
http://lepoignardsubtil.hautetfort.com/tag/environnements... 
     Grâce à cette publication qui a curieusement à l'époque été largement référencée sur internet, le sujet avait alors suscité un intérêt croisé de la part de milieux aussi différents que ceux de l'art brut et de la sinologie. J'espère que cette première rencontre un peu improbable en provoquera quelques autres. Peut-être par exemple grâce à la traduction en anglais de l'ensemble de ces articles qui sera bientôt disponible en début d'année prochaine sur le site américain "Spaces" dédié aux environnements insolites à travers le monde.
http://www.spacesarchives.org/

24/11/2014

"L'autre de l'art": bref, l'art de l'immédiat

      Se tient actuellement au LaM une exposition, "L'autre de l'art"  (sous-titré "art involontaire, art intentionnel en Europe, 1850-1974", allusion transparente à un célèbre titre de recueil de Paul Eluard), qui, parallèlement à un des objectifs affichés dans le texte introductif du catalogue (dû à Savine Faupin, la commissaire principale de l'exposition), "brouiller les frontières entre art populaire et art savant", apporte du nouveau sur divers plans, du moins si l'on s'en rapporte au catalogue publié à cette occasion (mais l'expo qui s'y rapporte doit être bien belle et riche si l'on s'en rapporte à ce ramage). Apporte du nouveau et me confirme personnellement dans mes choix, tels que défendus sur ce blog entre autres. Que ce genre d'exposition, qui a retenu plusieurs découvertes accomplies au cours de l'histoire du mouvement surréaliste, puisse aujourd'hui se monter a de quoi nous rassurer.

     On pourrait croire ainsi, lorsqu'on lit le catalogue dans l'ordre, "traumatisé" qu'on est par les expos d'art brut parisiennes de ces temps-ci (à la Maison Rouge, galerie Christian Berst, galerie Agnès B....) où un méli-mélo art brut/art contemporain s'esquisse, qu'on cherche aussi à Villeneuve-d'Ascq, de prime abord, à conduire l'amateur d'art brut et autres langages hors-normes dans des contrées singulièrement embrouillées, où art brut et art contemporain, c'est kif-kif —histoire au fond de régénérer le marché de l'art tout simplement (car quelle autre tactique en définitive se cache derrière de tels discours, le capitalisme cherchant perpétuellement de nouveaux profits?). Au LaM de Villeneuve-d'Ascq, dont je me demande toujours s'ils ne sont pas trop embarrassés d'avoir à gérer trois collections aussi différentes que celles d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, l'on parle volontiers de transdisciplinarité, de passerelles, de transversalités. C'est un peu obligatoire, étant donné une collection à trois visages. Mais je me demande si ce ne sont pas que des mots, et si cela ne débouchera pas à la longue sur un grand magma, un grand foutoir où une chatte ne retrouvera plus ses petits. Je parle au futur, mais j'ai bien l'impression que c'est déjà en place ailleurs, on a atterri dans un nouveau paysage de l'art qui ressemble furieusement aux banquises actuellement en pleine débâcle, des pans entiers se mettant  à dériver ici et là...

 

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     Mais passons les préfaces, les introductions et les intentions (peut-être exprimées de façon seulement stratégique) et regardons de plus prés certains chapitres, en s'intéressant moins aux tentatives d'annexion de "l'autre" par l'art qu'à cet art de "l'autre", un art qui ne se pare pas toujours du nom d'art, et qui se manifeste en dehors des systèmes artistiques conventionnels, au cœur de nos vies quotidiennes. En fait, à suivre petit à petit le catalogue, on s'aperçoit progressivement qu'on nous emmène du côté de ce que j'appelle depuis le début des années 90 l'art de l'immédiat. Et cela, ce n'est pas du tout la même tisane que celle qu'on tente de nous vendre à Paris!

 

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Dessin d'Auguste Forestier exposé aux "Chemins de l'Art Brut VI" à St-Alban-sur-Limagnole en 2007 

 

     Savine Faupin nous parle de ses recherches sur des psychiatres d'avant-garde tels que Maxime Dubuisson à l'asile de Braqueville (le bien nommé...) à Toulouse (grand-père de Lucien Bonnafé, qui conserva les albums de dessins des pensionnaires des hôpitaux où son aïeul avait travaillé, dont les splendides dessins d'Auguste Forestier, avec leurs personnages aux chapeaux extravagants), ou le docteur Benjamin Pailhas dans son asile du Bon Sauveur d'Albi. On avait peu d'informations au sujet de ces deux-là jusqu'à présent.

Sns titre (la Vierge à moitié cuite, GC), 23x16cm.jpg     Claire Margat publie dans ce même catalogue une savante étude sur la collection de Georges Courteline, son "musée des horreurs" rebaptisé à la fin de sa vie - par une sorte de repentir? - "musée du labeur ingénu", collection d'œuvres naïves (dont un tableau du Douanier Rousseau, ou ci-contre un anonyme, auteur, selon la légende rédigée stupidement par Courteline, d'une "Vierge à moitié cuite"...) construite par lui à la fin du XIXe siècle  tout à la fois par fascination et dérision envers les réalisations de ces peintres autodidactes (j'y reviendrai dans une note ultérieure). Curieuse attitude de l'humoriste en question qui achetait trois fois rien, pour s'en moquer, secrètement intrigué par ailleurs, des tableaux aux perspectives étranges, aux objets rendus ambigus par des peintres amateurs qui s'attachaient peut-être plus au retentissement psychologique de ces objets sur leur esprit qu'à leur représentation photographique, ce que Georges-Henri Luquet appela intelligemment un "réalisme intellectuel", terminologie plus précise qui aurait dû supplanter le terme "d'art naïf", mais rebuta finalement car peut-être pas assez "vendeuse"... Claire Margat s'attache avant tout à ce paradoxe du collectionneur qui collectionne des œuvres pour marquer sa distance vis-à-vis d'elles. Elle trace dans son étude de savantes arabesques autour de cette ambivalence, qui se résume plutôt, en ce qui me concerne, à la position bien sotte d'un humoriste bourgeois ne comprenant rien à une tendance de la représentation qui commença au XIXe siècle à se faire remarquer, débordant les vieilles lunes de l'art académique. Comme l'art brut aujourd'hui peut-être se fait remarquer de même, dépassant un art contemporain à bout de souffle. A noter que l'étude en question réussit l'exploit de ne nous montrer que très peu de reproductions des peintures de la collection Courteline, alors qu'il en existe, certes cachées dans les bibliothèques et les archives , et au moins dans le catalogue de la vente finale de la collection à la galerie Bernheim en 1927, ainsi que dans un numéro plus  ancien de la revue Cocorico (le n°39 du 15 août 1900, numéro entièrement consacré à la collection de l'humoriste), où Courteline avait déjà publié les mêmes commentaires goguenards et pince-sans-rire que ceux qu'il inséra dans le catalogue de la vente chez Bernheim (ce qui doit nous montrer qu'en dépit du nouveau terme dont il baptisa sa collection à la fin de sa vie, il n'avait pas changé d'un iota en ce qui concerne le jugement à son propos).

 

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Peintre non identifié, sans titre (une baleine émergeant sous des anges et toutes sortes d'engins volants), 27 x 36 cm, ancienne collection de Georges Courteline, reproduction d'après une méchante photocopie en noir et blanc...

 

     Le catalogue nous parle des graffiti, et aussi du griffonnage, des dessins dits de "téléphone", tous ces croquis spontanés que tout un chacun exécute machinalement  en marge de réunions de travail, ou de cours d'étudiants. Roger Lenglet donne dans le catalogue un article fort stimulant sur ce domaine (où il ne se cantonne pas à vanter le griffonnage mais attire notre attention sur la valeur esthétique des mâchouillements, triturations nerveuses, chantonnements machinaux, tout un patrimoine qui s'efface à chaque instant...). On sait qu'il fut l'auteur d'un ouvrage sur Le Griffonnage, esthétique des gestes machinaux aux éditions François Bourin en 1992, où il donnait nombre d'exemples iconographiques de ces fameux griffonnages.l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants Ce genre de regard empathique avec ces dessins compulsifs est aujourd'hui possible en grande partie grâce aux surréalistes qui dès les années 20, dans leurs revues, attiraient l'attention sur les griffonnages des buvards de conseils de ministres... On sait aussi que des collectionneurs engrangent parfois au milieu de leurs collections d'œuvres dûment estampillées œuvres d'art des figurations cahotiques sur cartons, voire des planches de pupitres zébrées de graffiti poignants, qui sont autant de palimpsestes de générations d'élèves griffonneurs, autant d'automatistes qui s'ignorent...

 

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Trois sous-main en bois griffonnés par des élèves en marge de leurs cours, coll. privée, région parisienne, ph. Bruno Montpied 

 

 

      Pierre Dhainaut signe pour sa part dans le catalogue deux articles, l'un sur Tristan Tzara et sa défense de la poésie qui n'est pas seulement "expression écrite" mais aussi et avant tout "activité de l'esprit", ce qui permit au poète dadaïste d'accueillir à bras ouverts à la fois la poésie phonétique —notamment celle qu'il trouvait dans la poésie africaine— et l'art produit à l'occasion d'une rupture mentale comme ce fut le cas lorsqu'il écrivit un texte sur le peintre suédois Ernst Josephson. Ce dernier bouleversa de fond en comble son esthétique jusque là classique  en renouveau visionnaire à la faveur d'une période de folie.

 

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Monographie sur Josephson avec texte de Tzara (assez court), éd. Pierre-Jean Oswald, 1976

 

      Le second article de Dhainaut —dont il faudra bien un jour songer à réunir tous les textes extrêmement éclairants qu'il a donné sur les créateurs d'environnements, l'art naïf, les écrits bruts, les arts spontanés en général (on en trouve dès les années 70 à ma connaissance ; il rappelle que c'est André Breton qui lui apprit à voir l'art naïf)— son second article a trait à l'Anthologie de la poésie naturelle, cet excellent livre de 1949 que Camille Bryen et Alain Gheerbrant consacrèrent à la poésie involontaire telle que l'avait cernée en 1942 Paul Eluard (qu'il mettait en parallèle avec la poésie dite intentionnelle des écrivains patentés). Il s'agissait de la poésie des graffitis, trous dans les vitres, lézardes des murs, inventions loufoques d'autodidactes visionnaires comme il s'en était déjà rencontré dans les années 30 dans le film de Jacques Brunius, Violons d'Ingres ou dans la revue Minotaure.l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

     L'enfance et ses dessins sont également convoqués dans le catalogue, et notamment dans leur rapport avec le groupe Cobra qui n'hésitait pas à se laisser influencer, comme Gaston Chaissac isolé dans sa Vendée de bigots, par les tracés bruts de décoffrage des enfants tout entiers à ce qu'ils tentent de représenter et producteurs de tracés simples et sobres, aux raccourcis saisissants.

 

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Œuvres éphémères en pâte à modeler créées par des enfants de 6 ans, ph. BM, 2008

 

    Bien d'autres sujets (j'oublie par manque de place de citer plusieurs autres références, comme par exemple le chapitre dû à Béatrice Chemama-Steiner sur des pierres sculptées sauvées de justesse, vestiges d'un mur taillé  par un pensionnaire de l'asile de Sotteville-lès-Rouen, Adrien Martias, entre 1932 et 1943 -date où il meurt parmi les 40 000 malades mentaux français morts de malnutrition pendant l'Occupation suite à un abandon programmé de leurs rations par les autorités vichystes), bien d'autres sujets sont évoqués dans cette expo qui s'avère décidément très excitante, et laisse à penser finalement qu'au LaM, on parvient avec maestria à gérer de front collections d'art moderne et collections d'art brut, puisqu'on le fait dans le respect de chaque corpus.

21/11/2014

Joseph Vaylet et la "poésie de la liste", selon Emmanuel Boussuge

Joseph Vaylet, un art spontané de la poésie de listes

 

Joseph Vaylet.jpg

 Joseph Vaylet en tenue de félibrige, image du site du Musée Joseph Vaylet.

  

       La petite ville d’Espalion en Aveyron dispose d’une richesse de musées à faire pâlir de bien plus grandes cités. Outre la chapelle des pénitents transformée en petit musée d’art religieux, elle compte trois autres lieux consacrés à la présentation de collections muséales : le musée des mœurs et des coutumes (poteries, cuivres, archéologie, art religieux)¹, un improbable musée du scaphandre et surtout le musée Joseph Vaylet. Ce dernier personnage (1894-1982) a réuni la plus hétéroclite des collections. L’intérêt de nombreux objets est un peu difficile à percevoir, mais de magnifiques pièces issues de la verve créative des bergers locaux et quelques autres chefs d’œuvre d’art populaire justifient plus qu’amplement le voyage. Presque vingt ans avant moi, Bruno Montpied avait visité ce réjouissant bric-à-brac et je renvoie à sa Petite promenade dans l’art populaire du Rouergue (Gazogène, n°14-15) pour plus longue description du lieu. C’est un autre aspect de l’activité de Joseph Vaylet dont je vous propose l’éloge.

 

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« Le député de la Montagne » œuvre d’un artiste espalionnais ; début du 20ème siècle. Sculpture en bois polychrome, hauteur 90 cm (d’après la légende d’une carte postale en vente au Musée J. Vaylet, photo P. Saillan).

      Outre son activité de collectionneur tous azimuts, Joseph Vaylet était aussi poète occitan, folkloriste et encore un ethnologue autodidacte à la curiosité toujours en éveil. Je ne garantirais pas la scrupuleuse exactitude de tous les détails faisant la matière de ses opuscules, il est indéniable en revanche que ce personnage haut en couleurs illustra la poésie de la liste avec un sens du disparate presque sans égal, de même nature que celui qu’il déploya pour constituer sa collection.

    On sait que la poésie de la liste repose sur un subtil dosage de l’analogue et du dissemblable. Prévert a illustré le genre d’une manière flamboyante, les auteurs de l’Oulipo dans un tout autre style, Joseph Vaylet, lui, est le type même du poète de la liste spontanée, guidé par un sens de l’hétérogène qui pourrait paraître inné. Jugez d’abord par cet extrait de sa bibliographie telle qu’elle figure dans un de ses ouvrages :

« Lou Martiri de sant Hilarian (hors commerce)

L’Alh (L’Ail). Étude folklorique en langue d’oc, 1940, rare – 13 F.

Heures Ferventes. Recueil de poésies sentimentales, 1972, 25 F.

Proverbes et dictons rabelaisiens, 1260 dictons, 264 pages, 1er vol. – 45 F.

Presics de l’abat Badaruca (avec traduction fr.) – 27 F.

Flors d’Aubrac (poèmes d’oc avec traduction) – 35 F.

Rêveries normandes (poésies).

Le Tribunal de Commerce de Saint-Geniez (rectification d’une erreur historique)

Étude folkloriques :

- Le bâton dans le folklore

- La croix dans le folklore

- La dent dans le folklore

- L’âne dans le folklore

Histoires gaies (Humour et cure thermale) (sous presse [en 1977]) ».

        Humour et cure thermale, comment résister ?

       J’ai mis de côté deux ouvrages dont la table des matières offre elle-même exemple extraordinaire de fantaisie raisonneuse mise en liste. Voici donc le plan de La Bouse dans le folklore (Éditions Imprimerie du Sud-Ouest, Toulouse, 1977)joseph vaylet,musée joseph vaylet,majral du félibrige,occitanisme,espalion,art populaire,robert doisneau et jacques dubois,poésie de la liste,emmanuel bussuge,chemise conjugale,la bouse dans le folklore :

« Préambule

Chapitre premier – Divers emplois de la bouse.

A. La bouse dans la médecine.

B. Recettes magiques.

C. Emplois de la bouse dans la science vétérinaire et en botanique.

1. Dans la science vétérinaire.

2. En botanique.

Chapitre II. – Emplois domestiques de la bouse.

A. En Rouergue.

1. Le bousage de l’aire (plan de la ferme et cliché de l’aire).

2. Le four, les plafonds, la toiture, carreaux cassés.

3. Teintureries, peintres, poterie.

4. Utilisation par les bergers.

B. Dans d’autres régions.

1. En Vendée.

2. La fête des Bousats de l’île de Noirmoutier.

Chapitre III. – La bouse dans quelques pays.

A. En Inde.

B. En Australie.

C. Aux États-Unis.

Chapitre IV. – La bousetière, le lisier, le bousier.

Chapitre V. – Anecdotes.

Chapitre VI. – Proverbes et dictons.

Superstitions.

La bouse dans la Bible.

Chapitre VII. – Le coin pour rire.

Le mot de la fin. »

     La table des matières de son étude posthume sur la mythologique chemise conjugale (Imprimerie Rigal, Espalion, 1985) est moins développée. Elle figure intégralement sur la page de couverture du petit livre. L’occasion pour nous d’admirer aussi un art de la composition typographique charmant de désuétude :

 

P1040238.jpg

Coll. E. B.

 

Emmanuel Boussuge

 

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Exemple de "chemise conjugale"  que Doisneau et Dubois dans leur livre Les Auvergnats (Ed. de La Martinière) considèrent comme d'une authenticité douteuse, ce qui n'est pas du tout l'avis d'un Michel Valière par exemple (voir commentaire ci-après)

______

¹ Le musée des mœurs et coutumes dont parle Emmanuel Boussuge dans cette note s'appelait à l'époque (1996) où je consacrai un texte à l'art populaire à Espalion dans Gazogène n°14-15, le "musée départemental du Rouergue". (Note du Sciapode)

 

15/11/2014

Dialogue de 1974 Joël Gayraud/Bruno Montpied

Dialogue

  

Apercevant quelques centimètres de cendre sur la chaussée, que me direz-vous ?

C’était un tic-tac d’insolite, un autre rêve à trouver

De quel côté, le rêve ?

Passage du Désir, en ville

De quel métal, son portail ?

In memoriam

Cette situation n’a rien de réjouissant

Il y a des tristesses bien situées

Le flou n’est-il pas condamnable ?

Où ?

Dans leur mémoire

On rôde toujours autour de son absence

Ou de son manque ?

Ou de sa perte ?

 Suffit ! Je ne rôde qu’en ma présence.

Avec le passé pour complice

Dans celui-ci, la lumière est rassurante.

La belle lumière noire

 

 Bruno Montpied/ Joël Gayraud ,26-IX-1974

 

12/11/2014

De l'art de contrepéter

      L'autre jour, sur FR3, le lundi 21 octobre à 13h07 précisément, passe devant mes yeux un sujet sur les "saveurs de saison", pour l'occasion, "L'amande du Gard". Or, la lecture de nombreuses contrepèteries m'incline à les renifler dès qu'il s'en présente cachées dans tel ou tel groupe de mots d'allure bénigne. Et là, je flaire le bon coup, il y a des sons qui alertent. Mais hélas, elle n'est pas parfaite, elle est à moitié phonétique: "La mangue du dard". Voulue par le rédacteur secret du sujet? On se le demande parfois. Voyez plutôt ci-dessous l'affiche que la ville de Paris avait laissé passer voici un ou deux ans sur ses nombreux panneaux d'affichage J-C Decaux...

 

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Tabou ou à bout? sept jours sur sept, et toute l'année 

 

11/11/2014

Le mystère des statues guatémaltèques, une histoire de Chichi...castenango

    J'aime bien le titre de cette note qui fleure bon ceux des aventures de Tintin et Milou. Pour commencer, les lecteurs non prévenus devront se référer à cette ancienne note de 2011. On y causait d'une statue trouvée par Laurent Le Meur au Mans en 2011. Toute une flopée de commentateurs était venue s'exciter à la suite de cette note, un peu par ma faute car j'avais appelé à l'aide pour l'interpréter. Les hypothèses sur son origine avaient afflué. L'un la voyait madone des gitans, l'autre lui trouvait un air oriental, moi je me l'imaginais éthiopienne, un érudit clermontois nous promenait du Maroc à l'Inde, bref, ça délirait sec.

 

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La Sainte-Vierge? Coll. et ph. Laurent Le Meur

 

      Il aura fallu trois ans pour qu'à la suite d'un mail récemment parvenu sur ma boîte mail en privé nous puissions avoir enfin la clef de l'énigme. Un collectionneur canadien —oui, les recherches sont mondialisées— répondant au doux patronyme de Jean-Marie Chapeau, m'a sorti de son couvre-chef non pas un lapin mais la photo d'une autre statue dénichée par lui dans un bric-à-brac genre Emmaüs canadien, statue qu'il a immédiatement rapprochée, avec raison semble-t-il, de la statue mancelle.

 

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L'autre statue venue au Canada, coll. et ph. J-M. Chapeau (Montréal), un Saint-Joseph?

 

 

      Laurent Le Meur n'a pas tardé à réagir, suite à leur mutuelle mise en contact, et a versé du coup des pièces nouvelles qui paraissent éclairer le mystère de la statue aux mains ouvertes (enfin... Si l'on peut vraiment parler de mystère en l'occurrence, car un vieux doute m'étreint, n'aurait-on pas affaire ici à de l'art populaire pour touristes? Une énième hypothèse délirante? Cette forme d'art populaire n'étant pas synonyme systématiquement de mauvaise qualité du reste...).

 

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Les deux statues rassemblées par Laurent Le Meur, dans sa collection en 2014

 

      Laurent Le Meur, depuis ma note de 2011, a trouvé une troisième statue à verser au dossier (voir ci-dessus). Toujours intrigué bien sûr par ces découvertes, il est parti à la recherche d'informations, et il a fini par tomber sur une carte postale qui montre un étal dans le village guatémaltèque (2000m d'altitude) de Chichicastenangoart populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modeste (j'adore ce nom, et je réfléchis désormais fortement à la possibilité d'y aller installer le siège de ce blog) où l'on devine (oui, c'est le mot, parce qu'il faut avoir de bons yeux vu la qualité du cliché) des statues du même style que celles ci-dessus. Le village, nous dit internet, est connu pour conserver des traces de la culture traditionnelle maya. Les statues qu'on devine sur l'étal correspondent aux statues de Le Meur et Chapeau, elles sont toutes presque plates, anguleuses et surtout pourvues de gros yeux cernés d'un épais trait noir. art populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modesteIl semble donc que là-bas on trouve ainsi plusieurs traces d'une piété populaire qui mêle sans doute d'anciennes croyances indiennes aux mythes chrétiens. Bref, il fallait chercher du côté de l'Amérique Centrale. Ouf, on est un peu plus instruit.

      Et puis tiens, en me promenant au hasard sur internet je suis tombé sur le site de l'artiste Eliane Larus, une sorte de petite cousine de Chaissac, où il est question d'un séjour qu'elle fit dans ce fameux Chichicastenango. Rien à voir avec nos statues?

 

 

09/11/2014

Sculpture populaire polonaise

     Le hasard a voulu que je photographie à de très brefs intervalles deux œuvres de sculpteurs naïfs polonais venues faire un tour à des dates non précisées dans notre belle contrée de France. Voici en effet un Maréchal Foch, au garde-à-vous (comme tout bon soldat et aussi comme toute bonne statue...),  sculpté par Jan Lamecki (mort en 1960), aux yeux quelque peu protubérants et hypnotiques, ce qui paraît être une marque de fabrique de ce sculpteur —curieusement, c'est souvent par la façon de faire les yeux, et les arcades sourcilières que l'on différencie plusieurs sculpteurs naïfs polonais (car dieu sait qu'il y en a, tant on les a poussés par là-bas, sous l'ancien régime communiste, comme après, par habitude, car la chose paraît continuer aujourd'hui que le régime a changé) ; les styles de sculpture dans l'art naïf polonais, aux moyens limités, très sobres, rendent parfois difficiles en effet de départager ce qui appartient aux uns ou aux autres.

 

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Jan Lamecki, Ferdinand Foch, coll. privée, Paris, ph. Bruno Montpied ; Foch, à ce que m'a communiqué l'ami Régis Gayraud, était populaire en Pologne pour avoir soutenu, après la guerre de 14-18, la reconstruction de la Pologne en une seule entité, sans couloir de Dantzig

 

     Autre œuvre, cette fois il s'agit d'un fascinant groupe de cinq statuettes, signées de Stanislaw Denkiewicz (1913-1990) en 1975. Il s'agit en l'espèce d'un hommage à une mère, peut-être la femme à la longue jupe plissée présente au centre du groupe.

 

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Stanislaw Denkiewicz, statues pour un jubilé à l'occasion d'une "année de la femme", 8-3-1975, coll. privée, Paris, ph. BM

   Le texte, gravé dans le socle, entre grappe de raisin et fleurs nouées (symboles de prospérité et d'affection?), dit ceci en polonais (merci à Jean-Louis Cerisier pour sa traduction): "En cette journée internationale de la femme, nos vœux que tu vives cent ans, Maman". Le mot "Jubilé" est quant à lui gravé sur le rebord avant peint en vert. Chaque personnage a presque une seule arcade sourcilière, tandis que leurs yeux ont une fixité qui fait une bonne part de leur charme... Les nez très géométriques, style Île de Pâques, leurs bouches comme des entailles, les visages identiques (c'est une famille, mais tout de même...) leur donnent une allure presque effrayante. Ce sont peut-être les quatre enfants, trois sœurs et un frère, entourant la mère à la jupe plissée, personnage le plus grand au milieu de l'arc de cercle. Ces enfants portent tous une fleur chacun (le garçon ayant perdu la sienne, la brassée d'herbe visible dans son poing étant un remplacement imaginé par le brocanteur qui vendait ces statues), et pas la grande femme, ce qui implique qu'elle peut être la mère, les fleurs lui étant destinées.

 

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Stanislaw Denkiewicz, le grand frère? Et/ou le sculpteur? Coll. privée, Paris, ph. BM

 

     Quel âge avait cette mère à qui ses enfants (et parmi eux le sculpteur, peut-être le seul homme du groupe, à gauche?) souhaitaient une longue vie? Sans doute un âge déjà certain, puisqu'on souhaite toujours une longue vie à nos aînés lorsque ces derniers ont déjà pas mal d'heures de vol... Et qu'en toute logique, ils ont moins d'années futures en stock que d'années écoulées... Cependant, si l'on accepte de laisser de côté quelque temps l'humour noir, on sent qu'à l'évidence, derrière ces faces de craie aux yeux fixes, se cache un amour entier pour la famille qui lie ces personnages dans un cercle. Et un amour des jupes plissées!

 

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Stanislaw Denkiewicz, détail de son groupe de statues représentant un hommage à une mère, coll. privée, Paris, ph. BM

 

 

07/11/2014

Qualité de mort

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Cliché pris au Québec, transmis par Michel Valière 

03/11/2014

Acrobatie en terre cuite

      "Objets de curiosité" est un terme qu'emploient certains brocanteurs et antiquaires, notamment ceux qui cherchent encore du côté de l'art populaire. Je vais vous en montrer un exemple, chiné il y a déjà quelque temps par un curieux sur le stand de Daniel Boniteau, émérite broc que l'on retrouve régulièrement au détour de plusieurs foires, comme par exemple celle qui débute ces jours-ci à la Bastille (du 6 au 16 novembre).

 

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Une drôle de pyramide humaine, sans date, sans signature, photo Bruno Montpied

 

      Drôle de pièce n'est-ce pas? En terre vernissée, elle paraît pouvoir servir de pichet, mais à la table de quelque érotomane distingué (ou pas). Son axe —pour le qualifier d'un euphémisme— est en effet creusé, un bec horizontal étant chargé de guider la sortie du liquide versé à l'intérieur par une petite rigole qui porte bien son nom. Ce liquide, jailli de cet axe, prend des allures tout bonnement scabreuses...

 

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Ph. BM

 

     Car, comme on s'en avise à présent que l'objet a été mieux scruté, la tige orange, moucheté comme une robe de léopard, et sur laquelle s'appuient différents corps nus, miniaturisés  proportionnellement à la tige-pichet (corps nus parmi lesquels on reconnaît une femme enceinte), cette tige est un phallus fièrement érigé. La femme prégnante voit d'ailleurs ce sexe géant surgir entre ses cuisses, tandis que ses voisins font pour l'un les pieds au "mur", couvert d'une substance blanchâtre laissant peu de doute sur sa provenance (voir image finale en bas de cette note), et pour deux autres une courte échelle plutôt goulue (l'homme placé en dessous d'une femme en est très visiblement émoustillé, voir ci-après, sa tête disparaissant du reste complètement dans l'entrejambe de sa partenaire).

 

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Ph. BM

 

    Un quatrième corps (voir première photo) est vautré au sol, présentant haut son postérieur joufflu. Des petits masques décorent la base, tandis que deux testicules un peu ramollis pendent à l'un de ses côtés, permettant aux jambes de la parturiente de s'y reposer comme sur deux coussins.

    Comment classer ce genre d'objet? Est-ce de l'art brut? De l'art pour érotomane? Distraction d'un potier en mal d'amour? De l'art populaire érotique? Peu m'importe au fond, la chose m'amuse et m'intrigue, plus vivante que tous les diagrammes, plans, schémas, cartes météo et autres gribouillages numérotés que l'on cherche à nous fourguer pour de l'art brut chez les marchands et collectionneurs qui font parler d'eux en ce moment.

 

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Un de nos fêtards baignant dans le foutre, à ce qu'il semble bien, ph. BM

 

 

30/10/2014

Boucherie, bouc, gaillard et chérie

Cette note contient une mise à jour (une correction) 

    Une autre photo prise par Fatimazara Khoubba et Alain Dettinger, cette fois du côté de Dornecy dans la Nièvre m'a été également adressé il y a peu.

B cherie, ph fatimazara et Dettinge, cav involontaire.jpg

 

    Selon Fatimazara, ce serait la révélation d'un boucher reconverti dans une viande plus tendre (excusez le jeu de mots trivial...). On pourrait l'imaginer à première vue. Cependant, examinons attentivement cette devanture d'ancienne boucherie-charcuterie reconvertie en brocante. C'était la boutique d'un certain Gaillard. Le broc qui l'a remplacé a inscrit pour sa part le nouveau nom de la maison, "le bouc qui fume"... Un gaillard, un bouc, qui "fume", qui vend, qui achète, qui débarrasse... Si j'habitais par là-bas, je m'inquiéterai des "chéries" qui croisent dans la rue.