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29/02/2012

L'homme aux bonbons

    Marie Paccou est cinéaste à Billom où elle organise un Festival du Film Bricolé. Elle a aussi consacré un court-métrage de 8 min 10 exactement, L'Homme aux bonbons (sous-titre: "l'histoire vraie d'un homme qui cherchait l'amour") à un certain Hubert Germain, qui était jusqu'à une époque récente une figure populaire de cette ville du Puy-de-Dôme (il est décédé en ), où on le surnommait "le Père Noël ambulant". Doux, plutôt innocent, sans doute muni d'une pension d'invalidité, il était connu pour deux comportements que le film souligne, il offrait sans cesse des bonbons (des Magnificat, sortes de caramels au lait crémeux), parfois en cachette, et surtout aux femmes, à qui il décernait des étoiles de gentillesse (en tout bien tout honneur comme on dit).marie paccou,l'homme aux bonbons,hubert germain,billom,cinéma et arts populaires,musiques d'outre-normes Ces douceurs étaient des petits cailloux blancs qui reliaient les gens les uns aux autres. Le deuxième comportement était sa participation, avec le groupe de rock auvergnat les Flying tractors, à des concerts, où il effectuait des sortes de performances, se roulant par terre, et chantant des scies de Joe Dassin (j'irai cueilir sur la colline un bouquet d'églantines...) ou de Pierre Perret (Tonton Cristobal est revenu...). Le film est court et faute de plus d'archives ne montre pas beaucoup cet aspect du talent très spécial d'Hubert Germain. Il semble du reste que dans la région, on n'ait pas pu garder beaucoup d'enregistrements de ces performances qui pourtant tenaient, a priori, du chant d'outre-normes tel que nous le cherchons et tel que nous le trouvons rarement. Le film de Marie Paccou est réalisé de façon atypique pour un documentaire, c'est presque un film d'animation avec son montage rapide, ses pixillations, ses témoignages hachés. Ce qui émerge à la toute fin, c'est la solitude de cet homme privé d'amour en raison de son handicap. Le cri final jeté en concert apparaît déchirant à cette lumière.


DVD : HUBERT l'homme aux bonbons (extrait) par heeza

Je crois savoir que le film sera diffusé le samedi 2 juin prochain dans le cadre du Festival Hors-Champ de cinéma autour des Arts singuliers à Nice (auditorium du MAMAC le samedi et bibliothèque Louis Nucéra le vendredi 1er). On peut demander le film en écrivant aux Films de l'Arlequin, 23, rue de Meslay, 75003 Paris (00 331 42 77 20 55), et arlequin@wanadoo.fr ou www.filmsdelarlequin.com

12/02/2012

"303" n°119

      C'est bien énigmatique comme titre, n'est-ce pas?303,eva prouteau,art brut,art immédiat,art singulier,bruno montpied,laurent danchin,armand goupil

    303, arts, recherches et créations est en réalité le titre complet de cette belle revue qui existe depuis au moins trente ans, financée par la région des Pays de la Loire, dans un premier temps consacrée en grande partie au patrimoine de cette région, puis depuis quelques années plus spécialement à la recherche en art. Le n°119, daté de janvier dernier, est un numéro spécial "art brut, outsider, modeste", concocté par Eva Prouteau qui collabore régulièrement à la revue.

    Au sommaire, on n'a pas joué forcément la carte du foisonnement comme ce fut le cas lors du numéro spécial de la revue Area sur le même sujet l'année dernière. Les textes sont plus longs que dans ce dernier magazine qui privilégie les entretiens synthétiques plutôt que les textes de fond. Eva Prouteau a préféré placer l'éclairage sur certains points permettant de souligner l'éclectisme des productions classées avec plus ou moins de rigueur dans l'art soi-disant "brut", toutes relevant cependant d'une forme de poésie singulière. Derrière son entreprise de "décloisonnement" des catégories et des appellations –ce qui ne signifie pas pour elle confusion des genres et des catégories, mais plutôt besoin d'établir des passerelles dans le respect de la valeur des uns et des autres– on sent chez elle un goût marqué pour les petites collections secrètes, notamment d'art populaire insolite, comme celle du musée des traditions de la Guérinière à Noirmoutier, ou celle des cibles de tir du Cercle de Chemazé (sud de la Mayenne ; déjà évoquées par Pascale Mitonneau dans le n°78 de la même revue 303 en 2003 avec des illustrations différentes), passionnantes œuvres d'art forain destinées à être criblées de balles, goût également apparent lorsqu'elle évoque avec sagacité l'existence de la Folk Archive, ce collectage par la photographie de "formes esthétiques non valorisées" (graffiti, sculptures de sable, motos et voitures customisées, épouvantails... Que des sujets que sur ce blog nous prisons particulièrement comme nos lecteurs l'ont sûrement remarqué) établi par deux artistes anglais, Jeremy Deller et Allan Kane. Il est aussi question ici et là dans la revue de l'art des douilles d'obus ciselées par les Poilus (article de Laurent Tixador et Eva Prouteau), et aussi d'un environnement belge, celui de Jean-Pierre Schetz, à Jupille, prés de Liège (dont Brigitte Van Den Bossche, collaboratrice du MADmusée dans cette dernière ville, auteur de l'article dans 303 a contribué à sauver des vestiges à la Fabuloserie, comme je l'avais constaté en juillet dernier –voir également la note que j'avais consacrée à ce site sur ce blog ; les quelques sculptures conservées par Caroline Bourbonnais ont été installées sur une sorte de ponton)

 

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Le cochon, 1963, contreplaqué, collection des cibles de l'Union de Chemazé, photo extraite du n°78 de la revue 303 (article de Pascale Mitonneau) en septembre 2003

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Cible peinte, collection Jean Estaque, ph. Bruno Montpied, 2009 (collection donc distincte de la collection des cibles de Chemazé)

 

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Fragments préservés de Jean-Pierre Schetz à la Fabuloserie dans le parc d'environnements, et au loin les statues de Camille Vidal, ph. BM, 2011 (ceci n'est pas dans le n° spécial de 303)

   A propos d'environnements, j'ai participé à ce numéro avec deux textes, l'un sur les sites d'habitants-paysagistes dans les Pays de la Loire (Aux jardins des délices populaires, texte où sont évoqués Louis Licois, Marcel Baudouin, Camille Jamain, Emile Taugourdeau, André Pailloux, Michel Chauvé, Henri Travert, Bernard Roux, et les maisons de Rossetti et Pennier dans la périphérie du Mans), plus un autre sur Armand Goupil, ce peintre amateur étonnant, ancien instituteur, originaire de la Sarthe, dont j'ai déjà eu l'occasion de donner sur ce blog maints autres aperçus.

 

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Armand Goupil, Barbe blanche, 11-X-61, huile sur carton, rassemblement Jean-Philippe Reverdy (image inédite, non publiée dans le numéro de 303)


    Laurent Danchin publie une contribution à propos de la distinction à faire selon lui dans l'art des médiumniques entre les créateurs savants et les créateurs plus populaires. Oubliant peut-être de préciser que l'art brut n'a pas insisté sur cette distinction parce que ses thuriféraires cherchant à mettre en évidence l'existence d'un art intime, surgi des profondeurs de l'inconscient, n'avaient que faire d'opérer de telles distinctions (de même qu'entre art des fous et art des non-fous). En fait, l'intervention de Danchin participe d'une remise en cause de la validité conceptuelle de l'art brut, ce qui peut paraître surprenant de la part de quelqu'un qui fait désormais partie du comité consultatif de la collection d'Art Brut à Lausanne. Personnellement, dans l'art des médiumniques, à qui je trouve généralement de l'unité, (s'il fallait opérer des distinctions, ce serait plutôt au niveau formel, les architectures, les symétrisations d'Augustin Lesage, Fleury-Joseph Crépin, Victor Simon d'un côté, face aux sinuosités botaniques des spirites tchèques par exemple), dans l'art des médiumniques donc, je trouve un raffinement qui n'est lui pas plus le fait des autodidactes populaires que des savants en rupture de ban (comme Victorien Sardou ou Marguerite Burnat-Provins), provenant en fait plutôt du recours à l'automatisme graphique, ce qui avait fasciné André Breton en 1933 (dans Le Message automatique), mais n'avait pas empêché un peintre comme André Masson de pratiquer le dit automatisme dans son dessin et sa peinture dès les années 20.

 

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Cecilie Markova, sans titre, daté 22-5-1960, coll. BM (illustration non insérée dans le numéro de 303)

    Ce numéro se focalise sur certains autres points, les écrits de Chaissac, l'art d'Hélène Reimann, le point de vue de Savine Faupin sur la réouverture du LaM avec son extension vouée à l'art brut, et surtout avec son opinion sur l'art brut aujourd'hui, cohérente avec la position d'une conservatrice de musée. Ce qu'elle dit de la façon dont André Breton envisageait l'art brut, et de son clivage avec Dubuffet me paraît discutable mais ce serait trop long d'en parler ici.

 

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Hélène Reimann, sans titre, avant 1987, donation L'Aracine, LaM de Villeneuve-d'Ascq ; reproduit dans 303


     La coordonnatrice de ce numéro a également donné l'occasion à Jean-Louis Lanoux alias Animula Vagula (le pseudo a été révélé publiquement sur internet) de se lancer dans un grand numéro impérialiste de "mère des blogs" qu'il espère sans doute, comme à son habitude, masquer sous l'humour (jamais exempt de coups de pied de l'âne). Le chapeau de cette intervention intitulée "les  Dérives d'Animula Vagula" définit comment, avec sa femme Catherine Edelman, il a orienté leur projet de blog fin 2005, en élaborant une autofiction campant une "jeune blogueuse affairée" imaginaire, "qui adore jouer avec les codes identitaires de la blogosphère"... [Ce chapeau, rédigé par l'éditeur du dossier sans que cela soit indiqué par un artifice typographique distinctif – voir commentaire de J2L ci-après – reflète assez bien le concept du blog animulesque selon moi, à tel point qu'y sentant à ce point l'influence des auteurs de ce blog, je suis fondé à considérer ce chapeau comme étant écrit par eux...]. Lanoux cherchant ainsi comme souvent à paraître rester "djeune", non déconnecté de la réalité, toujours "in", comme on disait autrefois. Cette explication permet aussi, bénéfice secondaire, de noyer le fait que ce genre de "cybercarnet" n'est en réalité qu'un support d'expression nouveau pour des intellectuels marginaux qui faisaient
auparavant, par exemple, des fanzines tapés à la machine, et qui, désolé Jean-Louis, pour le coup, l'avaient du reste cette fois précédé, en particulier dans l'intérêt pour les formes d'art populaire les plus hétéroclites ("Animula" ne cesse de le répéter, elle se veut la prem's, belle imposture). "Mère des blogs", tu parles! Sa dérive dérape vite dans le gonflage de chevilles (comme il s'en aperçoit d'ailleurs, car il est lucide le bougre, trop peut-être), et dans un narcissisme échevelé dont le lecteur n'a que faire. Laissons-le se caresser avec ces qualifications de "référence dans le monde de l'art brut" et passons à autre chose. 

   On regrettera dans ce numéro spécial, au chapitre des absents, qu'on n'ait pas plutôt interrogé ou demandé des contributions à la Collection ABCD qui s'interroge sur l'art brut aujourd'hui, ou bien qu'on ne se soit pas intéressé à l'évolution, en direction de l'art singulier, du musée d'art naïf de Laval, musée de la région des pays de la Loire pourtant. Etait-ce par manque de place? Le numéro en l'état actuel suscitera déjà, rien que dans les régions ouest, de bien fécondes questions sur les nouvelles façons d'envisager et de pratiquer l'art aujourd'hui. 

A signaler le samedi 21 avril, au Lieu Unique à Nantes, la présentation de la revue, dans le cadre d'un "week-end singulier" organisé par Patrick Gyger (auteur également dans la revue d'un article sur Daniel Johnston), où sera également projeté le film Bricoleurs de Paradis, Le Gazouillis des éléphants de Remy Ricordeau, avec un débat pour suivre, animé par Eva Prouteau. Durant la période du 7 mars au 20 mai, se tiendra au Lieu unique une expo consacrée à Daniel Johnston, Welcome to my world! D'autres intervenants sont également annoncés durant ce week-end comme Bruno Decharme, Barbara Safarova, Mario Del Curto, etc. Voir le site web du Lieu unique.

20/12/2011

La Passerelle et les Bricoleurs à la Maison Rouge

 Nicolas-Les-Romains-Juin-06.jpg   Voici donc que s'annonce une exposition des créatifs du foyer d'art plastique de la Passerelle à Cherbourg (Nicolas, Pascal, Christine, Patrice, etc.) dont j'ai maintes fois eu l'occasion de parler dans cette colonne sans fin (ou presque). Et pas n'importe où puisqu'il s'agit cette fois des locaux de la Maison Rouge-Fondation Antoine de Galbert, et plus exactement de son "Vestibule", qui est en fait la dernière salle du parcours d'exposition...Pascal,-chaisedécorée,avr10.jpg

       Plusieurs productions de l'atelier seront présentées, et en parallèle, ceux qui ne le connaîtraient pas auront aussi l'occasion de voir le documentaire, désormais "célèbre" sur ce blog, de Remy Ricordeau, coécrit par votre serviteur, Bricoleurs de paradis, consacré à des créateurs populaires d'environnements, et diffusé dans le cinéma de poche du bout de ce "vestibule". Le tout devant se tenir du 21 décembre 2011 jusqu'au 15 janvier 2012 (vernissage le jeudi 22 à partir de 17h). A noter que cette manifestation est à l'initiative d'un membre du personnel, Sophie Gaucher, selon une politique de l'établissement qui souhaite donner aux différents membres de son équipe le droit de proposer telle ou telle exposition de leur choix.

 

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Kévin, Dinosaures, 50x70cm, 2010, ph La Passerelle ; et au-dessus, successivement, Nicolas, Les Romains, 2006, puis Pascal, chaise décorée, ph. Bruno Montpied

      Comme on le constatera, ce petit événement ne cloisonne pas les créateurs autodidactes entre eux, et surtout pas ceux qui proviennent des ateliers d'art pour handicapés,  n'est-ce pas, Mme Dubarry, de la Mairie de Paris? (Voir note précédente du 11 décembre)

16/12/2011

Des bricoleurs de paradis au pays de Lourdes, un miracle à coup sûr

   Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé des tribulations de notre film à Remy Ricordeau et à moi. Cette fois, trois rencontres sont au programme pour les amis pyrénéens, le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) est projeté le 17 décembre, aujourd'hui même (vite, lâchez votre ordinateur et filez-y!) à la Médiathèque du Pays de Lourdes à 19h, puis à la Maison de la Vallée de Luz le lundi 19 décembre à 21h, enfin à L'Hospitalet à Barèges le jeudi 22 décembre à 21h. Le livre Eloge des Jardins Anarchiques,qui contient le DVD du film faut-il le rappeler, sera évidemment présenté par la même occasion. Toutes ces projections se feront en présence du seul réalisateur du film Remy Ricordeau, son coauteur étant appelé vers d'autres cieux...

 

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Hommage aux créateurs des bas-côtés qui transforment leurs maisons et jardins en royaumes fantastiques... (Phrase liminaire tout en haut de cette affiche, imprimée en rouge)

     Par ailleurs, signalons l'épuisement du premier tirage d'Eloge, et félicitons tous ceux qui auront acquis cette première édition en passe de devenir collector. Un deuxième tirage est prévu pour aujourd'hui, on a pensé à vous, les retardataires.

18/10/2011

Des jardins anarchiques aux étudiants en architecture de Belleville

    Suite de la tournée de présentation du livre et du film dont je vous abreuve sur ce blog depuis un certain temps, aura lieu vendredi 21 octobre, à la fin de cette semaine, une nouvelle séance de présentation à 19h à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Belleville (60, bd de la Villette, 19e), avec mézigue et Remy Ricordeau.

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    Ce sera peut-être, entre autres, l'occasion de relever ce qui, outre les habitats plus purement paysagistes, relèverait plus précisément de l'architecture dans les environnements évoqués dans le livre et le film. Dans une liste provisoire, je citerais ici le jardin de colonnades d'objets récupérés (ou réemployés comme on dit aujourd'hui de façon plus neutre) de Bohdan Litnianski, la maison de Mme C. (dont on voit un détail sur l'affiche ci-dessus de la manifestation dont je vous cause), la Tour Eiffel de M. Henri Travert, l'habitat troglodytique de Bernard Roux, le Palais Idéal de Cheval, la maison de Monsieur G., le Jardin de Nous Deux de Pauline et Charles Billy, les cabanes du meunier Debord, l'Eglise vivante et Parlante du curé Paysant, le petit musée privé de la famille Montégudet, la fantaisie médiévale de Joseph Meyer, sans compter les fresquistes en mosaïque ou peinture qui recouvrent leurs maisons d'une prolifération de décors colorés.

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Tour Travert dans le Maine-et-Loire, ph. Bruno Montpied, 2003

04/09/2011

A Clermont-Ferrand pour écouter le gazouillis des éléphants

       Nouvelle occasion pour les amateurs de tous poils de venir discuter avec les auteurs du film Bricoleurs de paradis: ce sera à Clermont-Ferrand, samedi 10 septembre à 20h30, au cinéma le Rio, situé 178 rue Sous les Vignes, dans la bonne ville rouge et noire au dessous du volcan, où le film sera projeté, et le livre Eloge des jardins anarchiques mis en vente pour ceux qui souhaiteraient garder de la documentation sur la question des environnements naïfs (je rappelle que le film Bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants) est édité en DVD dans le livre). En première partie, nous souhaitons aussi passer le film de Jacques Brunius, Violons d'Ingres (de 1939). En cas d'indisponibilité de ce dernier, nous passerions Le Faiseur de marmots de Jacques Malnou et Catherine Varoqui, consacré à François Michaud, sculpteur naïvo-brut de la Creuse entre 1850 et 1880. Les projections devraient durer environ une heure trente.

 

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Pierre Maïllis-Laval, l'opérateur du film et Remy Ricordeau pendant le tournage de Bricoleurs de paradis, chez Yvette et Pierre Darcel en Bretagne, ph. Bruno Montpied, juillet 2010

 

11/08/2011

René Rigal, ou la sculpture-phasme

    Qu'il est doux de vagabonder dans le labyrinthe des minuscules départementales, bien loin des autoroutes où comme de juste, on ne trouve aucun inspiré du bord des autoroutes, cela tombe sous le sens. On voyage au cœur du néant sur ces rails de ciment, hors géographie, si loin de toute réalité que les régions et édifices que l'on aurait pu rencontrer n'existent que sur le papier, je veux dire, sur ces panneaux couleur de fèces qui nous donnent l'impression de flotter dans un monde virtuel. Sur les autoroutes, on ne sort pas de son ordinateur.

 

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Ph. Bruno Montpied

 

      Je vois tout à coup une flèche, "Musée éclaté". Je murmure dans ma barbe, on ne va pas aller voir bien sûr ce musée éclaté, pourtant, c'est un drôle de  nom... Et surprise, mon camarade au volant braque aussitôt, enfilant une route encore plus minuscule qui serpente en grimpant sur des collines en direction d'un village nommé Cardaillac. On est au nord de Figeac, et non loin de Capdenac. Le "Musée éclaté" se fait désirer, et l'on finit par y pénétrer, alors que ce n'est pas l'heure d'ouverture. Il y a un sculpteur à l'intérieur qui pourrait m'intéresser, me dit une dame qui anime ce musée, qui est en réalité "éclaté" parce qu'en plusieurs parties, genre écomusée rural sur les métiers et les écoles de jadis. Marie Mage, c'est son nom magnifique, nous conduit à la partie brocante, musée de tout (des museums of everything, y en a aussi dans nos belles provinces, y a pas qu'à Londres), où elle me montre le sculpteur en question, ou du moins ses oeuvres. Et je reconnais subitement les figures filiformesmusée éclaté,rené rigal,association hors-champ,marie mage,macary et pennet,galerie la menuiserie,jean-michel deslettres aussi dégingandées que des phasmes humains saisis dans le bois, c'est de René Rigal!

 

 

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René Rigal, Si tous les gars du monde voulaient se donner la main... Expositon le Musée éclaté, Cardaillac, été 2011, ph. BM 

   Ô, la belle coïncidence... Je n'en avais jamais vu autrement que sous la forme d'un charmant petit documentaire projeté dans un festival Hors-Champ à Nice (René ne tape pas la belote de Philippe Macary et Jean-Marc Pennet, 13 min, 2000 ; à noter que René Rigal apparaît aussi plus briévement dans un film de Paolo Mucciarelli, Truc d'esprit, art singulier en France, 30 min, 2006).

 

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Ph.BM

 

      Des sculpteurs autodidactes exploitant les formes naturelles du bois, les racines, les branches ou les souches, il en existe souvent. Dans le cas de René Rigal, disparu hélas tout récemment (il sculpta de 1978, date de sa mise à la retraite de conducteur de train, jusqu'à sa mort, survenue apparemment en novembre 2008voir commentaire ci-après), on a affaire à un exceptionnel créateur du fait de son choix de bois aux formes étirées, tendant au filiforme, à la liane serpentine, ce qui ne l'empêchait pas pour autant de voir en eux divers personnages ou animaux.musée éclaté,rené rigal,association hors-champ,marie mage,macary et pennet,galerie la menuiserie,jean-michel deslettres Dans le musée éclaté, c'était surtout des personnages humains qui avaient colonisé l'espace pour une période sans doute transitoire (je ne me rappelle plus très bien ce que Mme Mage nous a dit, c'était comme un tourbillon de rencontrer ces statues si étonnantes, si dansantes).

     Dans le livre édité par l'association Hors-Champ, le Petit Dictionnaire Hors-Champ de l'Art Brut au Cinéma, Gilbert Fenouille fait une remarque fort plausible: "René Rigal en a eu assez de suivre les rails du conformisme social et les horaires rigides. C'est peut-être pour ça qu'au moment de la retraite, il s'est mis à sculpter les bois tordus." La sinuosité de ses chevaliers à longues figures renvoie probablement à la capricieuse ligne de vie qu'il avait dû suivre dès le travail abandonné.

 

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Ph.BM

 

     Le film de Pennet et Macary ne durait qu'une douzaine de minutes et les renseignements sur M.Rigal manquent aujourd'hui passablement. Il faudrait probablement s'adresser à la galerie La Menuiserie à Rodez pour en apprendre un peu plus. Ce sculpteur a eu ses œuvres fort bien servies par un excellent photographe, Jean-Michel Deslettres. Des clichés de ce dernier ont été notamment publiésdans un petit catalogue non daté que réalisa la galerie La Menuiserie après la mort du créateur (donc cette année). Il est souhaitable cependant qu'on consacre un jour un peu plus de papier à l'évocation de l'ensemble des pièces sculptées de cet excellent créateur. 

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Photo Jean-Michel Deslettres sur la couverture du catalogue de La Menuiserie

 

Comment accéder au Musée Eclaté? On va jusqu'à la place de la Tour, 46100, Cardaillac. Tél 05 65 40 10 63 ou 05 65 40 15 65. www.musee-eclate-cardaillac.fr (7 lieux "chargés d'histoire" à visiter avec des guides, maison du semalier, saboterie, moulin à huile de noix, l'étuve à pruneaux...). Le village de Cardaillac est très charmant, et il y a un bistrot si je me souviens bien... 

26/06/2011

Agenda de l'été pour Eloge des Jardins Anarchiques et Bricoleurs de Paradis

      Veuillez, je vous prie, chers lecteurs du Poignard qui serez dans les parages où auront lieu cet été diverses présentations et projections du livre et du film déjà tant de fois évoqués dans cette colonne, noter dès à présent les dates suivantes:

Dimanche 3 juillet: Musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier, Aveyron, l’après-midi (17h), projection et présentation du livre, débat.

 

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Mardi 5 Juillet, présentation et projection au Pibouliot, St Croix Vallée française, à 20h  (Cévennes, prés d’Alès). La projection des Bricoleurs sera suivie d'un débat et précédée de quelques courts métrages réalisés localement. Comme c'est dans le cadre d'une fête sur 2 jours (le lendemain c'est musical), un bar et un restaurant associatifs seront ouverts les 2 jours. Il y aura également un stand de librairie.

 

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Samedi 9 juillet. Hauterives (Drôme, village du Palais Idéal du Facteur Cheval): à la librairie Au Baz'art des mots, présentation du livre et projection du film à 20h30.

 

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Et vendredi 12 août (juste au début du week-end de l'Assomption), diffusion des Bricoleurs de Paradis sur Planète (France), 20h40...

     Ce sera l'occasion pour ceux qui voudraient se procurer le livre, et qui auraient du mal à le trouver à proximité de leur domicile, de le prendre à cette occasion.

18/05/2011

14e festival du film d'art singulier

      Voici le programme du prochain festival organisé par l'association Hors-Champ à Nice, consacré aux documentaires autour des arts populaires spontanés. Cela se répartit sur deux jours, durant une partie du week-end de l'Ascension.

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       Je regrette de ne pas pouvoir aller à Nice cette année encore, j'aurais bien vu surtout les films de Ferdi Roth, cinéaste allemand je crois (ou batave?), probablement des années 70, sur l'ancien mineur Charles Pecqueur (il n'y a pas beaucoup de documents "mouvants" sur ce dernier qui avait fait une fresque magnifique d'âpreté naïve et brute sur le mur de clôture de son jardin dans le Pas-de-Calais, voir le livre de Bernard Lassus, Jardins imaginaires), sur le jardin de faïence de l'ouvrier Da Costa Ferreira, sur le manège de Petit-Pierre le vacher (que je devine tourné sur le lieu d'origine comme l'avait fait Emmanuel Clot) ou encore sur les statues naïves du marin Frédéric Paranthoën, bien oublié celui-ci.

 

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Frédéric Paranthoën, 1988, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, films Super8 muets, Bruno Montpied

 

03/05/2011

Rémy et Bruno virent du côté de la librairie Libralire

     Jeudi 5 mai, retenez cette date si vous n'en avez pas déjà assez de venir rencontrer Remy Ricordeau et moi-même autour du film Bricoleurs de paradis (le Gazouillis des éléphants) et du livre Eloge des jardins anarchiques. Nous ferons une projection au sous-sol de la librairie à partir de 18H30. Puis si les questions fusent, on fera un débat avec le public présent. Petite nouveauté dans le cadre de cette présentation, j'ai installé sur les murs de la librairie une mini expo de quinze photos de sites d'art brut, tirées au format 21 x 29,7 cm. Des affiches de format nettement plus grand complètent l'ensemble, de façon à frapper l'attention des visiteurs de la librairie. L'expo dure jusqu'à fin mai.

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Emile Taugourdeau, 1991, photo Bruno Montpied

       Voici la liste des créateurs dont l'oeuvre ou le portrait s'affichent actuellement sur les murs de la librairie : Fernand Châtelain (2002, avant la restauration du site), Jean Grard, Bohdan Litnianski, Arthur Vanabelle, Pierre Darcel, Alfonso Calleja, Emile Taugourdeau, Raymond Guitet, André Gourlet, René Escaffre, Baptistin Pastouret, M. Clément, Louis Licois, Alexis Le Breton, Bernard Aubert, André Pailloux.

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Bernard Aubert, Maine-et-Loire, 2009, photo BM

La librairie Libralire se situe au 116 de la rue Saint-Maur dans le XIe ardt à Paris. 

09/04/2011

Les Jardins anarchiques (rappel et actualités)

     Petit rappel: nouveau rendez-vous sur Radio-Libertaire, ce samedi 9 avril à partir de 21h jusqu'à 23h dans l'émission "Les Jardins d'Orphée" animée par Anita Fernandez. Remy Ricordeau et Bruno Montpied, chacun dans un espace délimité, y sont à nouveau invités, dans la première heure (21h-22h). C'est l'occasion de parler des jardins anarchiques et du gazouillis des éléphants sous de nouveaux angles et avec d'autres accents.

Eloge des jardins anarchiques au lit

    De son côté la diffusion du livre continue de s'étendre. Nouvelles librairies parisiennes où l'on peut le rencontrer: l'Arbre à lettres à RépubliqueEloge des jardins anarchiques à la librairie L'arbre à lettres, République entre un livre sur la tulipe et un autre sur la poétique des jardins (on sent que les libraires hésitent sur les emplacements), L'Ecume des pages (où il est quelque peu marginalisé dans le rayon arts au-dessus d'un rayonnage spécial art brut) à St-Germain-des-Prés, L'Eloge  dans la librairie L'Ecume des pages, avril 2011 aux Oiseaux Rares, rue Vulpian, dans le XIIIe ardt. On l'a également vu dans un des trois espaces de la librairie L'Atelier, rue du Jourdain dans le XXe, celui qui s'appelle l'Atelier d'à côté, consacré plus spécifiquement aux livres d'art, ainsi qu'à la librairie du centre culturel appelé le 104 dans le XIXe ardt.  

30/03/2011

Actualité des Bricoleurs et des Jardiniers anarchiques

       Quelques petites informations à ajouter:

    Le dimanche 3 avril, celui qui vient, nous serons Remy Ricordeau et moi-même à la Halle Saint-Pierre à 14h30 où, si tout se passe bien, nous devrions projeter Bricoleurs de paradis (le Gazouillis des éléphants) dans l'auditorium (il fait 52 minutes), et présenter le livre Eloge des jardins anarchiques. Un petit débat peut s'ensuivre avec le public présent dans cette salle fort conviviale. Puis, pour sacrifier à l'usage, je m'en irai signer le livre à qui voudra de quelque dédicace. Il est inutile d'ajouter que le livre est en effet désormais en vente sur les tables non pas de la loi mais de la librairie de la Halle. On me signale d'autres librairies, les Guetteurs du vent (avenue Parmentier),vitrine des guetteurs du vent ave Parmentier dans le XIe ardt.jpg Libralire (rue St-Maur), et La Friche dans le XIe ardt qui proposent le livre à la vente elles aussi. Et La Machine à lire à Bordeaux aussi. Il doit y en avoir d'autres mais les voies du diffuseur du livre me sont pour le moment encore un peu impénétrables. Le samedi 9 avril, il y aura une émission de Radio-Libertaire (oui, encore) dans Les Jardins d'Orphée d'Anita Fernandés, entre 21h et 23h, où il est prévu de parler du film et du livre ainsi que de l'exposition La Ville fertile qui a lieu en ce moment à la cité de l'Architecture et du Patrimoine à Paris au Trocadéro.

 

Jardin de René Escaffre, 2004, photo Bruno Montpied.jpg

Site de René Escaffre (disparu en 2008) à Roumens dans le Lauragais, 2004, photo Bruno Montpied 

 

    A signaler enfin, surtout pour mes lecteurs québécois qui ne s'intéressent pas qu'à leurs compatriotes patenteux que Bricoleurs de paradis sera diffusé sur la filiale québécoise de Planète au Canada, et non pas sur la chaîne documentaire française, les jeudi 14 et vendredi 15 avril prochains (le 14 à 21h et le 15 à 13h). Une bonne occasion pour eux de faire un bout de chemin avec les homologues français des inspirés canadiens (dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici et sur ce blog). Pour les téléspectateurs français qui n'auraient pas acquis le livre et le DVD, la diffusion sur Planète en France aura lieu le 1er août prochain.

 

Statue d'André Hardy à St-Quentin-les-Chardonnets, juillet 2010, ph.Bruno Montpied.jpg

Statuette dans le "jardin extraordinaire" d'André Hardy (actuellement en voie de démantèlement), juillet 2010, photo BM ; ne lui trouvez-vous pas un petit côté vaudou à cette poupée aux yeux vides?

  

26/03/2011

Nouvelle diffusion de "Bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)"

(Une mise à jour a été apportée à cette note primitivement publiée le 19 mars)

    Après France 3 Normandie en janvier qui a diffusé une première fois notre film Bricoleurs de paradis, c'est au tour de France 3 Bretagne et de France 3 Pays de Loire de nous faire un peu de place à nouveau sur vos écrans plats et autres vestiges cathodiques. Ce sera pour le samedi 26 mars à 15h25 sur les deux chaînes. Je me suis laissé dire que les heureux possesseurs d'un bouquet de chaînes contenant tous les FR3 (genre Free) pourront eux aussi voir le film, qu'ils soient à Marseille ou à Lille, voire à Biarritz, Paris, etc.

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Chez M. Roux, tournage des Bricoleurs de paradis, juillet 2010, ph.Bruno Montpied

 

    Et pour ceux qui le rateront et voudront se rattraper, il restera la possibilité de le voir en DVD en acquérant le livre Eloge des Jardins anarchiques, ils auront en outre en bonus divers documents qui ne seront pas diffusés sur les chaînes de FR3, comme une interview de Savine Faupin, deux petits films extraits de mes courts-métrages en super 8 des années 80 à 90 (sur Raymond Guitet et Marcel Landreau), et des fragments d'interview des élus que nous avions interrogés, Remy Ricordeau et moi, sur le site d'André Hardy, que nous fûmes, semble-t-il, donc les derniers à avoir filmé...

    Enfin, diverses projections sont en projet ici ou là. La première aura lieu le dimanche 3 avril à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard dans le XVIIIe ardt de Paris, à 14h30 (merci à Julie Calver qui nous a posé la question en commentaire). Remy et moi, nous présenterons le film, et le livre, que je dédicacerai éventuellement aux personnes intéressées. L'Eloge sera en vente à la librairie de la Halle Saint-Pierre dès la semaine qui vient.

07/01/2011

"Bricoleurs de Paradis", le film où gazouillent les éléphants

Bricoleurs de paradis, DVD à paraître dans le livre L'Eloge des Jardins anarchiques, de Bruno Montpied, Editions de l'Insomniaque, mars 2011.jpg

Rabat du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques de Bruno Montpied (à paraître en mars aux Editions de l'Insomniaque), évoquant le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) dont le DVD sera joint au livre

 

     Alors, c'est parti pour le passage prochain en télévision du film de Remy Ricordeau, co-écrit avec votre serviteur,  Bruno Montpied. Cela s'appelle "Bricoleurs de Paradis", c'est produit par la maison Temps Noir, et cela sera visible pour les habitants de Normandie, le samedi 15 janvier à 15h30. De quoi est-ce que cela parle? Des environnement spontanés, des habitants-paysagistes, de l'art brut, des inspirés du bord des routes, des outsiders... Un des personnages du film, et pas l'un des moindres tant est peu commune sa réalisation dans le lopin de terre qui s'étend entre la rue et sa maison en Vendée, répond à  ces appellations qui le dépassent: et si je n'étais qu'un original?

 

andré Pailloux, Les moulinets dans le jardin,photo Bruno Montpied, 2010.jpg

André Pailloux, un détail de son site, une des découvertes inédites du film (et  du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques), photo Bruno Montpied, 2010 

 

       C'est l'homme du peu commun qui s'exprime ainsi, et peut-être le mot même "d'exprimer" est de trop. Car, au fur et à mesure du tournage et de la réalisation de notre projet, ce qui finit par revenir comme un leitmotiv fut que les inhabituels créateurs que nous visitions à travers la France (du Nord à la Normandie, des Pays de Loire à la Bretagne) avait décidément du mal à trouver des mots pour décrire leur travail, à répondre à nos questions qui les dérangeaient, et qui les déstabilisaient souvent (parfois à cause de leur âge aussi). On venait taper dans la fourmilière de leur inspiration, on ne les avait pas prévenus, ils n'étaient pas prêts, certains - comme Arthur Vanabelle - avaient entendu d'autres intervieweurs leur parler "d'art brut", alors ils nous resservaient la soupe, ils croyaient nous donner ce qu'ils pensaient que nous voulions entendre...

Chez Arthur Vanabelle, l'équipe de tournage du film   

L'équipe du film Bricoleurs de Paradis chezArthur Vanabelle; Remy Ricordeau, Stéphane Kayler, Pierre Maïllis-Laval, ph. BM, juin 2010

 

       Ce film est ainsi, il y eut un projet (cela fait plus de deux ans qu'il a été projeté, c'est incroyable  comme c'est long la réalisation de quelque projet que ce soit), on sentait bien que cela pourrait ressembler à une sorte d'enquête à travers le territoire français, comme un road-movie, disait Remy depuis le début, lui qui avait été passablement impressionné au début par les Glaneurs et la Glaneuse d'Agnès Varda (où l'on aperçoit un des sites que l'on retrouve dans notre film, celui de Bohdan Litnianski). Une enquête non pas policière mais plutôt une quête. Sur ces créateurs des bas-côtés, à tous les sens du terme, qui dressent sous le ciel de nos paysages uniformisés, leurs splendides lubies expressives, naïves ou brutes, faites avec "deux fois rien" (Arthur Vanabelle), des mosaïques, des statues, des empilements de matériaux de rebut, des reproductions de canons anti-aériens, des rochers sculptés, des moulinets multicolores, la quête, en cherchant à capturer quelque chose de la poésie spontanée, évanescente, de ces inspirations fantasques, débusqua sans crier gare de nouveaux environnements inconnus de très belles apparence et qualité. Le film permet ainsi de découvrir au moins trois sites nouveaux de première importance jamais vus au cinéma (et ailleurs): ceux d'André Pailloux, d'Alexis Le Breton (la seigneurie de la Mare au Poivre, dont j'ai déjà parlé ici), et la maison extraordinairement décorée d'une dentelle de plâtre et papier mâché de Madame C.

Rochers de Rothéneuf, tournage de Bricoleurs de Paradis, film de Remy Ricordeau, 2010, ph. Bruno Montpied.jpg

Aux rochers sculptés de Rothéneuf sculptés voici cent ans par l'abbé Fouré

       Est-ce de l'art? La question voletait sans cesse au-dessus de nos têtes.Bien sûr, répondit Savine Faupin dans l'interview que je fis d'elle dans le chantier du LaM en juin 2010 (on trouvera cette interview dans les bonus du DVD du film, voir une prochaine information à ce sujet sur ce blog), c'est de l'art, quoique modeste. Vanabelle, qui est très sollicité par les gens d'association et de musée qui voudraient préserver ce qui peut l'être de son environnement étonnant et mémorable, dit "on est tous un artiste, non?" (il sait prendre la casaque qu'on lui tend...). Pierre Darcel en Bretagne dit que ce qu'il fait est plus vivant que ce que l'on trouve dans les musées (Vanabelle aussi dit cela, Picasso c'est pas si fameux...). chez André Gourlet, tournage de Bricoleurs de Paradis, juillet 2010, ph.Bruno Montpied.jpg André Gourlet dans le Morbihan se verrait bien dans un musée, pourquoi pas, mais André Pailloux, lui, trouverait que c'est bien de l'orgueil que de parler d'oeuvre à son sujet... On dirait bien que nos héros oscillent entre modestie et ambition démesurée parfois. Mais on pense finalement, et on le dit en conclusion du film, que si ces messieurs n'arrivent pas tout à fait à se situer face à ce monde de l'art (qui n'a au fond vraiment rien à voir avec cette création immédiate), c'est qu'ils vont bien plus loin, dans un monde où la séparation entre art et vie quotidienne n'existe plus. Un monde où l'on parvient parfois à entendre, comme dans la Seigneurie de la Mare au Poivre d'Alexis Le Breton (Morbihan), "gazouiller les éléphants"...

 

André Hardy,un éléphant dans son jardin, 2008, ph.Remy Ricordeau.jpg 

 André Hardy, éléphant dans son jardin à Saint-Quentin-les-Chardonnets (propriété privée), ph. Remy Ricordeau, 2008

  

Le documentaire Bricoleurs de Paradis sera diffusé a priori surtout sur FR3 régions (Normandie, Pays de Loire, Bretagne, peut-être Nord), mais aussi sur la chaîne Planète. Il sera également présenté le dimanche 3 avril 2011, à 14h, dans l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard dans le XVIIIe ardt à Paris.

27/11/2010

Caroline Dahyot et le Kamasutra

   Titre alléchant, n'est-ce pas? C'est le titre de l'exposition à laquelle, à partir du 10 décembre va participer Madame Dahyot à Roubaix.

affiche expo Kamasutra au Goût des Choses, Roubaix, déc 2010-Janvier 2011.jpg

   C'est surtout pour moi aussi l'occasion d'insérer ici un supplément en images et musique sur les poupées de l'artiste d'Ault, diaporama trouvé sur l'inépuisable Youtube. Sur cet inestimable site sont trouvables d'autres vidéos et montages réalisés par Caroline Dahyot et ses amis.

     La bande-son de cet opus pourrait intéresser les amateurs de musiques d'outre-normes également. 

10/10/2010

L'éternel retour de Jacques Brunius

    Jacques Brunius fut un homme lié au surréalisme jusqu'à sa mort (1967), survenue au moment du vernissage d'une exposition collective surréaliste en Angleterre, pays où il s'était installé durant la Seconde Guerre Mondiale, et où il avait exercé au nom de la résistance aux Nazis la fonction de speaker à la radio (peut-être que certains des célèbres messages codés envoyés aux résistants de l'autre côté de la Manche ont été prononcés par lui). Il fut poète, collagiste, comédien, cinéaste, homme de radio, critique de cinéma. Il a exercé une influence considérable sur diverses personnalités du surréalisme, a aidé à découvrir toutes sortes de créateurs cinématographiques ou littéraires (il fut en effet aussi traducteur). Ce fut un "génial touche-à-tout", comme l'écrivit André Breton, avec qui Brunius resta ami jusqu'au bout. Un créatif qui fut aussi plus passionné de l'action créative que de la publicité à donner à cette action. Les rares exégètes (Lucien Logette, Jean-Pierre Pagliano) qui se sont penchés sur son cas ont eu bien du mal à retrouver des archives qui pourraient aider à reconstituer son parcours complet dans les diverses formes d'action artistico-littéraire où il s'exerça.

Jacques Brunius,André Delons,Colette Brunius, par Denise Bellon, 1936.jpg

Jacques Brunius (en haut de l'escalier), André Delons, Colette Brunius, photo Denise Bellon, 1936 ; extraite du catalogue "Avec le facteur Cheval", Musée de la Poste  

 

       Il m'intéresse moi aussi depuis plusieurs années. J'ai eu l'occasion de revenir sur son rôle précurseur dans la découverte des créateurs autodidactes populaires dans les années 20-30 bien avant que Dubuffet n'arrive avec son "art brut". On commence à savoir en particulier qu'il fut l'auteur du merveilleux Violons d'Ingres (1939), où l'on voit entre autres des images du Palais Idéal, des rochers de l'abbé Fouré, ou de l'atelier du douanier Rousseau, et qui a été réédité en bonus dans le DVD "Mon frère Jacques", excellent documentaire de Pierre Prévert sur Jacques. 

Mon frère Jacques avec dans les bonus le film de Brunius, Violons d'Ingres.jpg 

      C'est peut-être à Brunius que l'on doit la reconnaissance par les milieux intellectuels (surréalistes en tête) du Palais Idéal du modeste facteur Ferdinand Cheval (j'écris "peut-être" car je suis plus prudent que Jean-Pierre Pagliano qui affirme sans ambages - notamment dans le livret du DVD "Mon frère Jacques" - que c'est Brunius qui a fait découvrir le Palais aux surréalistes ; nous n'avons pas de preuves écrites de ce fait à ma connaissance, et cela reste une supposition, plausible, mais une supposition quand même).

 

Jacques-Bernard Brunius et le facteur Cheval, programme des journées du 15 et du 16 octobre 2010 à Valence.jpg

 

       Voici qu'après l'exposition intitulée "Avec le facteur Cheval", qui s'était tenue en 2007 au Musée de la Poste (voir ici la note assez longue que je lui avais consacrée en son temps), on annonce (merci à Roberta Trapani de me les avoir signalées) deux journées de "films, rencontres et visite" intitulées "Jacques-Bernard Brunius et le facteur Cheval". Elles sont prévues pour le vendredi 15 et le samedi 16 cotobre dans la ville de Valence dans la salle du Lux (scène nationale). Demandez, en cliquant sur ces mots qui suivent: le programme... La manifestation est organisée conjointement par le Palais Idéal de Hauterives et Eric Le Roy, chef du service valorisation et enrichissement des Archives Françaises du Film/CNC, ce dernier monsieur étant aussi l'agent du fonds Denise Bellon, cette photographe connue qui photographia le Palais Idéal dans les années 30 pour Jacques Brunius (elle était sa belle-soeur), ce dernier ayant aussi réalisé des photos du Palais dans le but entre autres de faire un livre chez José Corti, projet qui n'alla pas jusqu'au bout.

 Portrait caricatural de Brunius par Maurice Henry.jpg

Jacques Brunius, croqué par Maurice Henry, dessin reproduit dans le livre de Jean-Pierre Pagliano, Brunius (toujours disponible aux éditions L'âge d'Homme)

     Ces journées vont être l'occasion pour ceux qui pourront s'y déplacer de voir en particulier quelques films rares de Brunius, comme, en plus de Violons d'Ingres, Autour d'une évasion (ce court-métrage de 1931, où apparaît le bagnard anarchiste Dieudonné, a été restauré récemment par les Archives Françaises du Film ; Jean-Pierre Pagliano a signalé que le film avait été fait à partir d'éléments ramenés de Guyane par un certain "marquis de Silvagni" et Isabelle Marinone de son côté, dans la revue Réfractions n°11 (2003), a précisé que Brunius avait en fait repris un scénario de Jean Vigo qui s'intéressait beaucoup à ce Dieudonné que l'on avait accusé de faire partie de la Bande à Bonnot). On pourra également voir Sources noires (un "documentaire artistique" de 1937 au commentaire signé Robert Desnos) ou encore Records 37. Une rencontre est prévue avec Eric Le Roy, Christophe Bonin, Lucien Logette et Jean-Pierre Pagliano.          

                 Brunius-par-Pagliano.jpg              En marge du cinéma français, annoté Pagliano.jpg

A gauche le Brunius par J-P. Pagliano ; à droite le livre de Brunius "En marge du cinéma français" (1954) réédité à l'Age d'Homme en 1987, dans une présentation annotée et commentée par le même Pagliano

 

Sur Jacques Brunius, voir aussi Bruno Montpied, « Violons d’Ingres, un film de Jacques Bernard Brunius », Création franche n°25, Bègles, automne 2005. 

21/05/2010

Brises de Nice, un nouveau festival hors-champ

    Le chiffre 13 va sûrement leur porter bonheur à ce festival Hors-Champ, treizième du nom. Treize rencontres  de cinéma autour de l'art singulier, pour un festival qui devait s'arrêter au bout de dix éditions, il semble que le pli ait été pris et qu'à Nice on ait décidément pris goût à réunir son monde au printemps. Cela aura lieu cette fois sur deux jours, le vendredi 4 juin tout d'abord, dans l'auditorium de la Bibliothèque municipale de Nice, quelques films (déjà montrés dans les éditions précédentes) à l'usage des nouveaux spectateurs (sur Gilbert Peyre: que devient ce dernier au fait? ; sur Petit-Pierre et sur les châteaux de sable de Peter Wiersma, les deux films par le légendaire documentariste mort trop jeune Emmanuel Clot ; sur Yvonne Robert...). Et le samedi 5 juin surtout, dans l'auditorium du MAMAC de Nice, où là les films et autres documents présentés auront une toute autre importance, au point de vue de leur rareté.

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Programme-13èmes-Rencontres.jpg

     Le gros morceau (probablement, mais surtout pour un amateur "d'archive") sera sans doute la reprojection des photographies de Gilles Ehrmann, intitulées "Les inspirés et leurs demeures", à savoir sans doute des images (en couleur?) des sites évoqués par Ehrmann dans son livre au titre éponyme de 1962, ceux de Frédéric Séron, Malaquier, Chaissac, Fouré, Picassiette, etc., qui avaient été présentées à la fameuse exposition des "Singuliers de l'Art" au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris en 1978 (on se référera au catalogue de l'expo trouvable encore ici ou là, ou en bibliothèque). Mais bien entendu, la présentation du film de Michel Zimbacca et Jean-Louis Bédouin, L'invention du monde, avec des commentaires de Benjamin Péret, permettra aussi à d'autres amateurs, plus tournés vers les arts dits premiers, de découvrir là aussi un film mythique que l'on attend depuis bien trop longtemps en réédition sous forme de DVD (c'est pour aujourd'hui ou pour demain en effet?).

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     Les organisateurs de ce festival, qui se voue comme on le voit à un éclectique programme de documentaires d'art sur la créativité vivante, pas seulement borné à l'art brut ou singulier, se sont aussi tournés cette année vers la rediffusion du film de Jean Painlevé consacré à Calder qui fut tourné en 1955 et qui avait été un peu occulté par l'autre film tourné sur le cirque de semi-automates fait par Calder en fil de fer et autres bouts de chiffon, à savoir "le cirque de Calder" de Carlos Vilardebo en 1961. Le documentaire de Painlevé s'intitule "Le grand cirque Calder 1927" et il est disponible en DVD (édité par le Centre Pompidou et les documents cinématographiques dirigés par Brigitte Berg qui viendra à Nice présenter le film). Avec ses figures en matériaux précaires, il devance de plusieurs décennies des créations populaires comme celle de Petit-Pierre Avezard, aujourd'hui conservée à la Fabuloserie.

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Michel Nedjar, quelques poupées pour la fête de Pourim, ph Adam Rzepka, Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, extrait du livre "Poupées Pourim" paru chez Gallimard, coll. Giboulées en 2008

   Egalement présents, on pourra voir à Nice Alain Bouillet et Adam Nidzgorski présenter des images relatives à l'art brut et l'art populaire polonais (pour une confontation? Le programme ne le précise pas). On retrouvera aussi un film de Philippe Lespinasse et Andress Alvarez sur les reliquaires du Suisse Marc Moret, et un autre film consacré à la "grotte" de Maurice Dumoulin (autre créateur présenté à l'expo sur l'art brut fribourgeois naguère à la Collection de l'art brut à Lausanne). Bref, comme on le voit, du beau, du bon, rien que du bonheur.  

   

10/04/2010

Rouge Ciel se dévédise

      Le film de Bruno Decharme (93 minutes au compteur), Rouge Ciel (pourquoi "rouge", peut-être parce que le rouge est bon pour nous les schizophrènes, disait, je crois, Aloïse), présenté par les auteurs comme "le premier long-métrage sur l'art brut" (je n'ai pas cherché à vérifier), vient d'être édité en DVD. Je ne l'ai pas encore vu. J'ai seulement aperçu un teaser (un condensé quoi...) que l'on peut voir sur le site de la société de production Système B, ou sur Daily Motion.

 

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      De cette bande-annonce, outre un effet spectaculaire visant à une certaine surprise de la part du spectateur, je n'ai retenu pour le moment qu'une bizarre impression d'irréalité. Devant les propos de Michel Thévoz et Lucienne Peiry proférés sur un ton manquant de naturel (peut-être est-ce le côté helvétique tout de retenue?), ou ceux de Manuel Anceau qui nous fait le coup de la "poussière qui danse", jolie image, quoique pas très convaincante dans un second temps (on dirait que ce poète se fait avant tout plaisir), devant les photogrammes ci-dessous, plaçant les visages de certains des créateurs portraiturés dans le film en parallèle avec leurs propos écrits, on éprouve la sensation qu'on tient à distance ces personnes.

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Photogrammes du film Rouge Ciel de Bruno Decharme, Aloïse Corbaz, Zdenek Kosek, Henry Darger, George Widener

      Cela rejoint une autre impression que j'avais eue en regardant certains portraits présentés à part dans des expositions précédentes de la collection ABCD (j'ai dit ailleurs (dans la revue Création Franche) tout le bien que je pense de cette collection choisie avec sûreté, surtout en ce qui concerne les "classiques" de l'art brut). On contemple ces portraits filmés avec esthétisme, raffinement, virtuosité, et sensualité oserai-je même dire, mais on reste un peu sur sa faim, à côté de ces créateurs, de ces hommes et de ces femmes parqués dans l'Art Brut à majuscule.

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Petite histoire de l'art brut avec des animations dans le film Rouge Ciel

       Le sujet traitant sur un mode ludique et guilleret de l'histoire de l'art brut et de Dubuffet, de même, s'il représente une louable entreprise de subversion des discours établis en matière de documentaire sur l'art, ressemble aussi fort à une simple coquetterie. A noter aussi que certaines informations (présentes dans le dossier de presse), comme celle sur l'abbé Fouré, d'ordre factuel, auraient besoin de mise à jour (on nous y parle encore et toujours de l'inspiration des fameux "corsaires" de Rothéneuf que la recherche, depuis belle lurette, a pourtant représentés comme inexistants). Mais je devrai certainement approfondir ces quelques impressions, voire les remettre en question, dès que j'aurai vu l'ensemble du film. Pour le commander, voir ci-dessous:

Bon de commande DVD Rouge-Ciel.jpg

   

 

22/03/2010

Le plein pays de Jean-Marie M., nouvelle projection parisienne

     A signaler en complément de l'annonce ci-dessous, l'intervention d'Antoine Boutet le réalisateur du Plein Pays, film consacré au créateur d'un environnement souterrain du côté de Marminiac dans le Lot, lundi 22 mars, ce soir donc, dans l'émission Songs of praise sur Aligre FM. Les animateurs de cette émission m'ont également transmis un lien vers Daily Motion qui permet de voir un extrait du film et un entretien avec Antoine Boutet.
invitation à une projection à la SCAM, Le Plein Pays d'Antoine Boutet,26 mars10.jpg

21/02/2010

Playboy communiste, le DVD

Alain R., graffiti centre-ville de Rouen, ph. Bruno Montpied, 2005.jpg
Alain Rault, graffiti centre-ville de Rouen sur une armoire électrique, ph.Bruno Montpied, 2005

  Annoncée par commentaire interposé grâce à David Thouroude, il est peut-être bon d'insister quelque peu en lui faisant accéder à la dignité d'une note, voici donc la sortie , prévue pour mars, d'un DVD tiré du documentaire consacré par DT et Pascal Héranval à celui que j'appelle "Le griffonneur de Rouen", c'est-à-dire Alain R., vagabond des rues rouennaises, qui couvre en lettriste sauvage conséquent les murs de la ville de ses mots graffités dans des palimpsestes parfois aux limites de la lisibilité (voir l'armoire électrique près de la Poste en centre-ville). On se reportera pour en savoir plus sur ce sujet à la note que je lui ai déjà consacrée ainsi qu'au site "Playboy communiste" signalé sur ce blog dans mes "liens", où l'on peut voir des extraits du film, entre autres.

Alain R.portrait, ph. B.Montpied, 2005.jpg
Portrait que j'ai fait d'Alain R., en octobre 2005, BM

    Pour se le procurer, on écrit à MIL SABORDS, 9, rue Georges Braque, IMM. ALPHA, 76000 Rouen. Le DVD vaut 12  € + 3€ de frais de port. Paiement par chèque à l'ordre de MIL SABORDS. 

02/02/2010

Le Plein Pays d'Antoine Boutet, séance de rattrapage

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Jean-Marie M. en 1987, photogramme extrait des Jardins del'art immédiat, Bruno Montpied

     Pour ceux qui auraient raté les séances du cinéma Le Méliés à Montreuil (voir note du 1er octobre 2009) où avait été projeté le film sur Jean-Marie M., Le Plein Pays d'Antoine Boutet, on propose une séance de rattrapage, au cinéma Le Nouveau Latina, 20, rue du Temple, dans le 4e ardt à Paris, mercredi 10 février à 19h. L'occasion de découvrir, ou de re-découvrir, les talents de chanteur brut du Jean-Marie, plus connu auparavant comme prophète apocalyptique, creuseur obsessionnel de galeries souterraines à la recherche d'improbables civilisations oubliées.

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Un appel à cesser de procréer de Jean-Marie M. parue dans un article de Walter Lewino en 1984

19/11/2009

Chomo pour ceux qui ne le verront pas à Paris

    Voici un lien vers le site de FR3 qui a mis en ligne un petit sujet filmé dans l'expo qui continue de se tenir actuellement à la Halle St-Pierre (il a été diffusé à partir du 9 novembre dans différents JT). On y voit différents intervenants s'exprimer succinctement à son sujet, Geneviève Chomeaux, fille de l'artiste, Antoine de Maximy qui fut l'auteur autrefois d'un documentaire sur Chomo et Laurent Danchin, commissaire de l'expo. Geneviève Chomeaux se balade dans le site actuel de son père, où l'on se rend compte (fugitivement car les images ne durent pas longtemps) qu'il ne paraît pas  rester d'oeuvres installées à l'air libre dans la forêt autour des sanctuaires (toujours debout), le site ayant été remanié profondément désormais. Ce qui pose la question: où sont-elles à présent? Dans des collections privées? Probablement: collection Chomeaux (la famille de Chomo), collection Josette Rispal, collections citées dans le catalogue de l'expo.



10/11/2009

Info-miettes (6)

Art en Marge...

devient Art ET Marges. Cette association a poussé les murs semble-t-il et agrandi ses locaux, ce qui lui permet, annonce-t-elle sur son site internet modifié lui aussi, de présenter ses riches collections (2500 oeuvres réunies en 25 ans d'existence) dans "un confort muséal optimal". Mazette... Ils ouvriront leurs portes sur cet espace muséal tout neuf le 2 décembre 2009 prochain à 18h. Juste avant une année 2010 qui s'annonce comme une date inspirante pour beaucoup d'amateurs et d'animateurs férus d'art spontané en tous genres (Villeneuve-d'Ascq, Lausanne et sa Collection d'art brut qui fait des travaux de rénovation au Château de Beaulieu...). Comme si le XXIe siècle du triomphe de l'art brut et consorts commençait seulement en 2010. Pour marquer le coup, l'association a remanié aussi son nom, histoire de faire écho à leurs préoccupations plus récentes qui consistent à établir des confrontations entre artistes isolés, étrangers aux milieux professionnels de l'art, voire même des artistes très reconnus (Max Ernst), avec des personnes "psychologiquement fragiles", handicapées. Leur exposition de rentrée s'intitulera "Liaisons insolites".

 
AlexisL,uneoeuvre ArtToutsimplement.jpg
Alexis Lippstreu, un de ses dessins, extrait du site "L'Art tout simplement"

Discographisme créatif... 

Tel est le titre d'un livre paru aux éditions Bricolage /En Marge en octobre dernier qui m'a été signalé par Cosmo Helectra de l'émission Songs of praise (Aligre FM). Il s'agit d'une tentative de compilation de couvertures de vinyls sur lesquelles leurs propriétaires sont intervenus à divers titres et de diverses manières, dessins, peinture, collages, montages divers.extrait de discographisme créatif, éditions Bricolage, 2009.jpg Il semble que les pochettes en question aient été pour la plupart collectées dans les brocantes et autres disquaires alternatifs. Un art involontaire, fort désinvolte en tout cas, fait en s'amusant, non trop éloigné des dessins que l'on griffonne au téléphone ou pendant des cours casse-pieds.Couverture de disque modifiée, extrait du livre Discographisme créatif, éditions Bricolage, 2009.jpg

Le livre est présenté dans différents endroits dont on trouvera les références sur le site indiqué en lien ci-dessus. Il est également diffusé à la librairie Bimbo Tower dans le passage Saint-Antoine, dans le XIe ardt à Paris.

LES ANGES DE LA PISTE...

est le titre d'un film de Remy Ricordeau que j'ai déjà eu l'occasion de citer ici. C'est une balade avec une troupe de jeunes artistes de cirque chinois qui se débattent contre le déclin de leur activité, la crise économique, les difficultés de survivre dans la Chine campagnarde contemporaine.Les anges de la piste, film de Remy Ricordeau, le camion....jpg Le véritable héros du film est le camion servant à transporter leurs vies et tout leur matériel, qu'ils poussent, réparent sans cesse, et qui est perpétuellement au bord de l'avarie définitive. Un mythe de Sisyphe revisité en somme... Ce long-métrage documentaire (76 min.) sort actuellement en DVD. Voir ce site pour les détails de toute commande éventuelle. A signaler qu'édité entre autres par L'Harmattan, le DVD devrait de ce fait être trouvable au comptoir de vente de DVD de cette maison d'édition que l'on trouve à côté de ses librairies, rue des Ecoles dans le 5e ardt à Paris. 

Les anges de la piste, film de Remy Ricordeau,couverture du DVD, 2009.jpg
 
 
Jean-Louis Faravel et son association Oeil'Art...
 
 
exposent chez Arthésée qui leur donne carte blanche. Cela se passera à Villefontaine en Isère. Les artistes présentés ne sont pas indiqués sur le carton d'invitation. Des films de Philippe Lespinasse sur des sujets ayant trait à l'art brut seront également projetés à cette occasion (sans que là non plus on ne daigne nous en dire plus...). Bref, c'est pour les inconditionnels et les initiés.
 
 
Invit.Renc13.jpg
Addendum du 15 novembre:
     Suite à cette note, Thésée (cinéaste d'art qui anime l'association Arthésée) a souhaité éclairer nos lanternes quant aux films projetés. Il s'agit de deux films de Lespinasse relatifs à l'art brut japonais extraits de l'ensemble intitulé "Diamants bruts du Japon" (édité en DVD par Lokomotiv Films et la Collection de l'art brut de Lausanne), consacrés aux créateurs suivants, Shinichi Sawada et Yoshimitsu Tomizuka. Les artistes et créateurs présentés par Oeil'art sont nombreux, citons-en quelques-uns, un sculpteur, Dominique Bottemane, des peintres ou dessinateurs, l'incontournable Joël Lorand, Marilena Pelosi, Ruzena, Yvonne Robert, Bruno Montpied (ça me rappelle quelqu'un), Adam Nidzgorski, Alexis Lippstreu, Martha Grünenwaldt, Jean-Marie Heyligen, Eric Gougelin, Claudine Goux, Marie-Jeanne Faravel, etc.

25/10/2009

Frédéric Séron

     Retour vers le passé, ce sera l'incipit pour aujourd'hui.

     J'espère que l'INA ne m'en voudra pas de leur faire un peu de publicité en les mettant en lien avec mon modeste blog. Ainsi que de la mise en ligne de quelques photos capturées grâce à l'obligeance du camarade Jean-Jacques que je remercie hautement ici, et d'abord pour le renseignement précieux qu'il m'a fourni: sur le site de l'INA, on trouve depuis quelque temps, dans la rubrique "le journal de votre naissance", à la date du 25 octobre 1961, un reportage intitulé "Poésie pas morte" où l'on nous parle d'une exposition sur des oeuvres d'autodidactes (on reconnaît bien vite des photos de Gilles Ehrmann, qui était à cette date sur le point de publier son livre Les Inspirés et leurs demeures aux éditions du Temps, publié au 4e trimestre 1962 ).

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Image d'ouverture du reportage, 1961, ina.fr

    L'exposition n'est pas autrement décrite, ni située. Nous sommes dans un fragment de journal d'actualités (on le trouve à la 5e minute - à peu prés - du journal  qui parle aussi d'inondations au Japon, d'affrontements entre Wallons et Flamands, de refoulements par avions de manifestants "musulmans algériens" de la France vers l'Algérie, de Kroutchev et d'autres sujets de l'actualité de l'époque). Je n'ai pour l'instant pas trouvé d'ouvrages - notamment ceux qui ont été faits sur Gilles Ehrmann qui ne situent ses premières expositions qu'à partir de 1965... - qui puissent renseigner sur l'exposition en question. Qui est l'auteur du reportage? On ne nous le dit pas non plus.

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Frédéric Séron peignant l'effigie de Clémenceau, "le Père la Victoire", 1961, ina.fr
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Sirène au premier plan et Clémenceau au bout de l'allée, chez Frédéric Séron dans les années 50, photo extraite du livre de Gilles Ehrmann, Les inspirés et leurs demeures

      Toujours est-il qu'on voit tout à coup, après l'introduction d'usage qui est consacrée à des images de l'exposition, d'autres vues prises cette fois directement sur les sites des divers inspirés évoqués dans l'expo. Autant dire que sur ces créateurs-là les films ne courent pas les rues, et ce dernier reportage pourrait bien être l'un des seuls (1): on découvre ainsi, revenus du passé en pleine forme, leurs oeuvres encore toutes fraîches, Frédéric Séron et ses statues du Pressoir-Prompt (aujourd'hui  son jardin et sa maison ont semble-t-il disparu pour cause d'élargissement de la Nationale 7 qui les longeait dans l'Essonne), Raymond Isidore, dit Picassiette, en train de composer une mosaïque sur le sol devant sa petite maison, la paume de la main remplie de fragments d'assiettes, sa femme en train de coudre sur la machine que son mari avait également couverte de mosaïque, ou encore M. Marmin, le pépiniériste des Essarts en Vendée, qui avait taillé des animaux dans des arbustes sur une prairie prés de sa maison (le jeune homme qu'on voit tailler les arbustes est probablement un acteur, car Marmin photographié par Ehrmann n'a pas du tout la même apparence, ni le même âge...).

PicassietteJPEG, scène du Nouveau Testament en silhouettes blanches, Les J de l'AI, 1981.jpg
Picassiette, scène biblique, photogramme extraite des Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied, 1982

     Frédéric Séron est montré en train de  confectionner ses statues, disposant son ciment sur des armatures de fil de fer, badigeonnant une de ses statues dont le commentaire nous apprend fortuitement le nom (Un "Père la victoire" évoquant Georges Clémenceau, à qui l'on attribue la victoire de la Guerre 14-18), enfermant dans ses statues nous dit-on "sa carte de visite et le journal du jour".

      On peut continuer à fouiller dans les archives de cette INA ouverte (depuis peu, semble-t-il) à l'art brut du passé, et notamment prolonger la recherche sur Frédéric Séron, sur lequel il existe de rares documents écrits (2), surtout accessibles du grand public. On trouve sur leur site un autre document rare, nettement inconnu  des chercheurs jusqu'à présent à ce que je subodore... Une interview de Frédéric Séron par Pierre Dumayet dans Lectures pour tous du 25/03/1954 (production RTF). Après des vues sur les statues du jardin (c'est muet, pas la peine de vous exciter sur votre ordinateur!), au bout d'une minute et des poussières, tous deux causent familièrement assis au jardin en toute cordialité du travail de Séron et de son contenu ("Dites donc M. Séron c'est pas par hasard si on trouve une Porteuse de pain dans votre maison...", "Ben oui, j'ai été trente ans boulanger..."), tandis qu'en fond sonore dialoguent des poules fort glousseuses. Il y révèle qu'il enfermait dans ses statues toutes sortes de journaux, pas seulement dans la perspective comme le signale de son côté Ehrmann, de fabriquer des sortes d'âmes dans des boîtes, mais plutôt avec l'arrière-pensée de mêler sa propre identité à celles des hommes qui faisaient l'Histoire de son temps. Il y avait certainement dans cette démarche un peu d'un rituel magique naïf, écho de rituels païens plus anciens et oubliés. Certains de ses sujets y sont évoqués pour les modèles qui les ont inspirés (la patineuse, la danseuse, "L'Etoile polaire"...). Séron avoue dessiner ses sujets au préalable, il parle un peu de sa technique (des balles de la guerre de 14-18 servaient de crocs au lion de 100 kilos qu'enserrait un serpent et que l'on voyait en premier lorsqu'on découvrait le jardin dans les années 80).

SéronLesanimauxsurlegarage5.jpg
Frédéric Séron, le lion sur le toit du garage au Pressoir-Prompt, photo extraite du n° spécial "Art naïf" de la revue Phantômas (1956)

    On y voit aussi, chose rarissime, des images des tableaux naïfs que confectionnait Séron. Du reste, Ehrmann a photographié Séron dans son intérieur devant une magnifique fresque naïve peinte sur un des murs de son logis (c'est sans doute par ces tableaux naïfs que le critique de l'art naïf Anatole Jakovsky est venu lui aussi visiter Séron dans les années 50). Dans l'interview de Dumayet, Séron commente en direct deux de ses tableaux, dont une chasse à courre, qui est le support de souvenirs, de récits, notamment liés à la guerre de 14 dont on comprend que Séron, ancien combattant, avait été copieusement marqué. Le second, intitulé "La paix chez les animaux", paraît remarquable.

     Rien de mieux pour se faire une idée vivante et réelle du genre de personnage et du type de créateur que ce petit documentaire de 8 minutes... Allez... Tous à l'INA...!

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(1). J'ai fait quelques images en Super 8 sur ce qu'il restait du site de Frédéric Séron au Pressoir-Prompt en 1987, des statues verdâtres, d'autres enfouies sous les ifs qui en croissant les avait recouvertes, la maison fermée et inhabitée ; j'avais rencontré à l'époque un voisin qui nous avait confié, à moi et à Jean-Claude Pinel, qu'il avait conservé quelques sujets, peu importants semblait-il, et qu'il surveillait le devenir de la maison : peut-on espérer qu'au Pressoir-Prompt, on ait songé dès lors à sauvegarder à part quelques oeuvres de Séron? Mon petit film a été incorporé dans l'ensemble plus important qui s'intitule Les Jardins de l'art immédiat.

(2). On peut lire sur Séron outre le livre de Gilles Ehrmann déjà cité, le très bon livre de Charles Soubeyran, Les Révoltés du merveilleux, aux éditions Le Temps qu'il fait (2004), consacré à Ehrmann et à Robert Doisneau. Ces derniers ont tous les deux photographié Séron. Soubeyran donne des pistes bibliographiques par la même occasion, il rappelle l'article que Robert Giraud publia en 1950 (soit dix ans avant Ehrmann), "Etoiles noires de Paris: Frédéric Séron est le bon Dieu du paradis des animaux" dans Paris Presse-L'Intransigeant, article qu'illustraient deux photos de Doisneau. Ce dernier évoque lui-même Séron dans son livre de souvenirs, A l'Imparfait de l'objectif (p. 131, - et non pas p.73, M. Soubeyran... - éd. Belfond, 1989). Anatole Jakovsky a évoqué, quoique vraiment entre les lignes, la figure de Séron dans Les Peintres Naïfs (éd. La Bibliothèque des Arts, 1956). J'ajoute à cette bibliographie deux références que peu de gens ont dû repérer, je gage... Dans un n° spécial de la revue Phantômas, consacré à l'Art naïf (n°7/8, hiver 1956), revue dirigée par Marcel Havrenne, Théodore Koenig et Joseph Noiret à Bruxelles, on trouve quelques photos (voir ci-dessus, ci-dessous, et ci-contre) du site de Frédéric Séron, et notamment une photo du créateur en compagnie du mystérieux pataphysicien J-H. Sainmont que l'on aperçoit - anonymat, et peut-être supercherie, obligent - de dos seulement... Les commentaires des photos sont de Sainmont.Phantômasnuméro1504,1956.jpg Une autre référence encore par rapport à Séron: l'article de Ralph Messac, "Un ancien boulanger a fabriqué un paradis en ciment" dans L'Information n°1504 du 7 septembre 1955 qui dénombre à l'époque (Séron, né en 1878, disparaît en 1959) 90 statues. A Dumayet, passé en 1954, il en signalait 88, dont une en cours... Ces chiffres paraissent donc authentiques. En 1987, lors de mon passage j'en vis nettement moins...   

Phantômas2pagesArtNaïfSéron.jpg
Deux pages sur Séron (et Camille Renault) dans Phantômas n°1504, 1956

18/09/2009

Un monde modeste, film sur Arte

     Le dimanche 27 septembre à 23h25 sur Arte, sera diffusé le documentaire de Stéphane Sinde, écrit avec Bernard Tournois, réalisé cette année, "Un monde modeste" (52 min).

Guy brunet, affiche peinte du film Un monde modeste.jpg
Affiche du film réalisée par Guy Brunet

      Consacré essentiellement à l'art modeste - ce concept voulu indélimité et forgé par Hervé Di Rosa, traitant d'un champ de l'art particulièrement vivant et souvent poétique, grosso modo l'art populaire manufacturé, le monde des collectionneurs de bibelots, objets et images publicitaires, le kitsch, etc. - ce film permet d'apercevoir (vite, car l'esthétique du film a fort à voir avec le clip) Guy Brunet dans son décor,La façade de l'immeuble où habite Guy Brunet, catalogue d'expo de l'Espace Antonin Artaud à Rodez, 2008.jpg Joseph Donadello,Joseph Donadello,Rio-Grande, photo Bruno Montpied, 2008.jpg Bernard Belluc et ses installations compulsives, Alfredo Vilchis, l'habitant-paysagiste populaire Yves Floch, "l'Organugamme" de Danielle Jacqui, ainsi que divers médiateurs, Hervé Di Rosa, Bernard Stiegler, et Pascal Saumade (récent commissaire de l'exposition "Kitsch-Catch",Affiche expo kitsch-catch, MIAM de Sète, 2009.jpg qui après une première installation à Lille, s'est déplacée ensuite début 2009 au Musée International des Arts Modestes à Sète, musée dont on voit quelques images fugitives dans le film).Enrique et Gerardo Velez, catcheurs en papier mâché peint à la main, catalogue Kitsch-Catch 2008.jpg

Yves Floch,portrait par Remy Ricordeau, 2008.jpg
Yves Floch au milieu de ses compositions, machines, bidules, personnages en matériaux recyclés et assemblés (Normandie), photo Remy Ricordeau, 2008

      Ce film, que nous avons vu en projection pour la presse (le P.S. ne recule devant rien pour satisfaire ses lecteurs), disons-le tout de suite, ne sert peut-être pas bien la cause de l'art dit modeste. Et encore moins celle des créateurs populaires qu'il nous laisse par bribes superficielles entrapercevoir. Le montage rapide, amusant au début, cherchant à créer l'illusion de la modernité (qui est aujourd'hui assimilée dans une large frange du cinéma documentaire à la vitesse, à l'épate par l'étourdissement, plutôt qu'au temps laissé à la réflexion), devient vite agaçant. Certains créateurs semblent même présentés pour amuser la galerie (Guy Brunet est montré en train de faire un film à partir de ses silhouettes naïves, faisant parler des effigies de cartons comme des marionnettes, le public rigole de tant de naïveté...). On amalgame les plus inspirés (Brunet, Donadello, Floch, Vilchis, Belluc) avec des histrions a priori légèrement hystériques et incohérents (Michel "El coyote" Giroud).

Alfredo Vilchis,ex-voto mexicain.jpg
Ex-voto d'Alfredo Vilchis (expo à la galerie Frédéric Moisan, 2009), photo extraite du livre de Pierre Schwartz sur les ex-voto paru au Seuil (voir le lien ci-dessus)

     De temps à autre des fragments surnagent. Le philosophe Bernard Stiegler (qui sort un livre chez Galilée ces temps-ci) insiste sur l'esprit de résistance à la pensée unique qui se manifeste chez les créateurs autodidactes, ainsi que sur la collectionnite qui caractériserait les travaux et autres objets réunis dans l'art modeste. Un artiste péruvien parle de cette nouvelle forme d'art qu'il pratique - et qui pourrait s'appliquer aussi à l'entreprise de Bernard Belluc - "le collage-archivage". Mais son interview, là comme ailleurs, passe à la vitesse du TGV, on a à peine le temps de le remarquer encore moins de s'en souvenir... Di Rosa, pourtant à l'origine le fondateur du concept d'art modeste, est à peine interrogé. Pascal Saumade, excellent dénicheur de talents populaires contemporains (ex-votos mexicains, imagerie du catch, affiches et portraits naïfs de Guy Brunet, posters faits main pour la publicité de films ghanéens de série Z), fait des apparitions fantomatiques.

Vitrine du MIAM à Sète, figurines collection de Bernard Belluc.jpg
Une vitrine du MIAM apparemment due à Bernard Belluc, figurines de jeu

     Le film  n'est qu'un tourbillon de couleurs et de fragments de phrases qui laisse l'amateur de ces formes d'art profondément sur sa faim. Pourtant le concept d'art modeste mériterait mieux, une collection de petits films (posés) sur chacun de ses domaines. On pourrait pousser plus loin l'interrogation à propos de ses diverses sous-catégories. L'art brut est-il un sous-ensemble de l'art modeste? Le terme de "modeste" n'est-il pas dépréciatif pour des Donadello, des Floch, des Guy Brunet, des Alfred Vilchis? Danielle Jacqui à un moment du film a le mérite d'avoir repéré le bât qui blesse, elle le clame avec netteté: "Je ne suis pas modeste, je fais l'Organugamme"... Jacqui pas modeste, ça, on peut dire qu'elle parle d'or. Il est du reste passablement paradoxal que le Musée des Arts modestes lui ait précisément proposé à elle d'exposer son projet en cours, le Colossal d'Art Brut, initialement projeté pour décorer la façade de la gare d'Aubagne (voir son blog en cliquant sur le lien à son nom).

Danielle Jacqui, détail de sa façade décorée au Pont de l'Etoile (Provence), photo Geneviève Berg, communiquée par J-P. Paraggio, 2009.JPG
Danielle Jacqui, détail de sa maison décorée au Pont de l'Etoile à Roquevaire-en-Provence, photo Geneviève Berg, 2009

      On aurait pu, surtout, laisser parler les créateurs populaires, et laisser de côté les spécialistes de la pensée, si intéressants soient-ils. Mais  peut-être veut-on voir le populo  sous un oripeau décidément trop modeste?

13/08/2009

Léon Evangélaire et le Tarzan auquel on n'a pas pensé

    J'ai visité pour des raisons professionnelles, et donc sans m'y intéresser plus que ça, l'exposition Tarzan au musée du quai Branly (où ce qui m'a le plus charmé, c'est l'allée sinueuse où l'on aurait bien glissé sur une luge à roulettes avec les moutards, avec Johnny Weismüller projeté sur nos faces hilares au passage).

Tarzan!.jpg

Expo Tarzan! du 16 juin au 27 septembre 2009

 

     Et je me suis dit, que c'était en définitive regrettable que les orgnisateurs de l'expo n'aient pas connaissance d'un très beau Tarzan en ciment polychrome qui se tient toujours sous le ciel nuageux à l'ombre des terrils, là-bas vers le Pas-de-Calais, à Pont-en-Vendin, sur le minuscule lopin de terre qui s'étend devant la petite maison d'un ancien employé au chemin de fer des Houillères, au milieu d'animaux n'ayant pas toujours quelque chose à voir avec les vrais protagonistes des aventures africaines de Tarzan. Chez le bien nommé Léon Evangélaire, que nous a fait découvrir Francis David dans son Guide de l'art insolite Nord/Pas-de-Calais en 1984.

Léon Evangélaire,Jane,Tarzan,et autres animaux en ciment, photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Léon Evangélaire: Jane, Tarzan, Cheeta, flamant rose, poule, perroquets, caniche, écureuil et serpent... Photo Bruno Montpied, 2008

     J'ai tenté de rectifier le tir en l'imprimant sur une photocopie couleur que j'ai montrée aux petits visiteurs de l'expo que j'avais emmenés avec moi ce jour-là. Une goutte d'eau dans l'océan d'ignorance qui affecte les inspirés du bord des routes. Alors, je continue ici même, en me disant que nos gentils commissaires d'exposition vont parfois surfer sur le net de temps en temps eux aussi...

Léon Evangélaire, Tarzan seul,photoBruno Montpied, juin09.jpg
Tarzan en juin 2009, ph.B M

01/07/2009

Pierre Etaix a retrouvé les droits sur ses films

    J'avais récemment relayé l'information concernant Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière qui ne parvenaient pas à recouvrer leurs droits à faire de nouveau diffuser leurs films (Le soupirant, Yoyo, etc... ). J'apprends que ces derniers ont gagné en justice contre la société de production qui bloquait ces diffusions. Voir le lien suivant... La réédition en DVD des films de Pierre Etaix, espérons-le, après restauration, est en bonne voie, donc...?

16/06/2009

VENUS D'AILLEURS, atterrissage à Montmartre...

     Certaine que je connais à la Halle prononce "Vénusse d'ailleurs", c'est homologué je crois, de même que "Venus d'ailleurs". Pas des Martiens donc, mais aussi un peu des Vénusiens, ambition qu'il va falloir prouver, et pas plus tard que dimanche 21 juin prochain à la Halle Saint-Pierre, de 14h à 18H...Venus d'ailleurs,Halle St-Pierre le 21 juin.jpg

      Les animateurs de ce...comment appeler cela?... de ce foyer de création tous azimuts... Yohan-Armand Gil et Aurélie Aura par exemple (j'ai déjà eu l'occasion de citer les dessins du premier que j'admire beaucoup), "montent" à la capitale depuis Nîmes, leur port d'attache. Il s'agit d'être le plus foisonnant possible. C'est ainsi qu'ils viennent exposer les "Carnets nomades" de Michel CadièreVenus d'Ailleurs, Michel Cadière, dessin.jpg dont ils aiment la production graphique (l'expo se prolongera jusqu'au 5 juillet dans les locaux de la librairie de la Halle). Ils montrent aussi par la même occasion leur revue, éditée sous forme de livres-objets se divisant en trois parties généralement, avec à chaque livraison un mot-clé. Le n°9 sort pour l'occasion, en avant-première, centré sur le thème des jardins, avec au sommaire votre serviteur (un texte sur les jardins des autodidactes inspirés, Jardins-manifestes, jardins de fantaisie, territoirs libérés?, illustré de plusieurs photos), mais aussi Hervé Brunon, Lou Dubois, Yves Reynier, Bruno Garrigues, Peter Greenaway, Alain Suby, Rosine Buhler, Nina Reumaux (je ne connais que Dubois et Greenaway dans ce groupe).

Venus d'ailleurs n°9 .jpg
Le n°9 de la revue Venus d'Ailleurs, spécial Jardin, à droite en bas, une photo du livret contenant le texte de B.M., Jardins manifestes... Avec une photo du jardin de Joseph Donadello en couverture...
Venus d'Ailleurs n°2.jpg
Le n°2 de la revue

      Il y aura aussi du cinéma avec des projections à 14h30 et 15h30 des films d'Aurélie Aura, Estelle Brun, Vincent Capes, Remy Leboissetier et Florian Gerbaud. Des rencontres bien sûr, et des signatures avec Louis Pons annoncé, en même temps que Yohan-Armand Gil (il a édité des carnets de ses dessins dont l'esprit se situe semble-t-il entre Grandville et Roland Topor, le groupe Panique, ainsi qu'Alfred Jarry, faisant partie de ses références avouées, de même qu'un certain goût pour l'alchimie), Augustin Pineau, Chris Van Hansendonck.

Bohdan Litnianski, détail de son jardin à Viry-Noureuil, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
Bohdan Litnianski, un détail de son environnement fait d'un agglomérat de matériaux divers récupérés dans les décharges, ph.Bruno Montpied, 2008 (la photo est en noir et blanc dans la revue)

     Enfin, on nous annonce aussi un concert en hommage à l'art bruitiste de Luigi Russolo, ce futuriste du début XXe siècle, concert qui sera mené par Pascal Deleuze à 16h30. Quand je vous disais que cela partait tous azimuts...

04/06/2009

12èmes Rencontres autour de l'Art Singulier à Nice

     Et c'est reparti pour le 12ème festival Hors-Champ animé par Pierre-Jean Würtz toujours dans l'auditorium du musée d'art moderne de Nice... Voici le programme en espérant que vous pourrez le détailler. Cela se passe samedi prochain 6 juin (un jour pour débarquer...), de 10h à 17h30. L'entrée y est libre, il est bon de le souligner (c'est pas tous les jours gratuit ces temps-ci, n'est-ce pas?).

12e Rencontres autour de l'Art singulier, programme, mai 2009.jpg

      Deux films de Philippe Lespinasse et Andress Alvarez extraits de sa série éditée en DVD "Diamants bruts du Japon" (trouvable entre autres au comptoir de vente de la collection de l'Art Brut à Lausanne), consacrés à Eijiro Miyama (le matin) et Masao Obata (l'après-midi), sont notamment au programme.

Diamants bruts duJapon, DVD de Philippe Lespinasse et Andress Alvarez.jpg
DVD de Philippe Lespinasse et Andress Alvarez, production Lokomotiv Films et la Collection de l'Art Brut

      Une découverte sera certainement au rendez-vous, le film de 9 minutes de Michelangelo Antonioni, "la villa dei mostri" (Le Jardin de Bomarzo), qui sera projeté "en présence de Charles Soubeyran". C'est un peu le dada de Pierre-Jean que de retrouver ainsi des petits films curieux oubliés dans les filmographies et se rapportant aux "arts singuliers".

     Les spectateurs présents pourront certainement se délecter du court-métrage sur le Suisse Eugenio Santoro et ses sculptures anguleuses si expressives. On retrouvera aussi Guy Brunet qui annonce sur ce festival une "Télévision de demain". A noter que des rumeurs insistantes font état d'un projet d'exposition de ce dernier prévue pour dans un an au futur musée d'art brut de Villeneuve-d'Ascq. Info ou intox, on verra bien... J'aime à croire à l'info, moi qui l'avais signalé naguère à Madeleine Lommel dans un courriel, aprés l'avoir découvert dans une précédente édition du festival Hors-Champ.

    Pour le reste des films présents, je renvoie mes lecteurs au programme ci-dessus, en me contentant de relever que la présentation du film (d'Alan Govenar) sur le maquettiste Lucien Mouchet ne fera pas oublier qu'existe en France un autre ensemble de cirque miniature géant (oui, un paradoxe...), le Cirque Valdi (bien plus intéressant à mon humble avis que celui de Mouchet), dû à Maurice Masvignier à La Souterraine dans la Creuse. J'insère ci-dessous une vue de cette oeuvre, en partie automatisée (à signaler que Lucien Mouchet connaît bien l'oeuvre de Masvignier puisqu'il est parent avec lui).

Maurice Masvignier,détail de son cirque Valdi miniaturisé, ph.Bruno Montpied, 2005.jpg
Maurice Masvignier, détail, les spectateurs automatisés sous le chapiteau du Cirque Valdi, maquette à l'époque de la photo encore en évolution, ph.B.Montpied, La Souterraine, 2005

        Rapelons enfin que sera en supplément présenté le livre que l'association Hors-Champ a publié à la fin de l'année dernière, Petit Dictionnaire de l'Art Brut au Cinéma, dont j'ai déjà parlé sur Le Poignard Subtil.

20/04/2009

Libérez Pierre Etaix, ou du moins ses films

Je répercute cet appel que m'a transmis Mme Myriam Peignist, que je remercie ici:
"Chers amis,
A quatre-vingts ans, Pierre Etaix, clown, dessinateur et cinéaste ne peut plus montrer ses films !!
Ses cinq longs métrages (dont quatre co-écrits avec Jean-Claude Carrière) sont aujourd'hui totalement invisibles, victimes d'un imbroglio juridique scandaleux qui prive les auteurs de leurs droits et interdit toute diffusion (même gratuite)de leurs films.
Alors, si comme moi, vous souhaitez comprendre les raisons de ce rapt culturel et signer la pétition pour la ressortie des films de Pierre Etaix, visitez ce lien: http://sites.google.com/site/petitionetaix/
N'hésitez pas à faire suivre ce mail à tous vos contacts et amis avant le 10 mai 2009, date de remise de la pétition à  Madame Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication.
Par avance, merci de votre aide.
NB for English speaking friends: You can sign the petition for the re-release of Pierre Etaix'film HERE: http://www.ipetitions.com/petition/lesfilmsdetaix/index.h...
Thanks "

Pierre Etaix dans son film Yoyo (1964).jpg

Pierre Etaix dans son film Yoyo (1964), photo récupérée sur le blog "Globe Glauber et la médiathèque"

      Effectivement, je me demandais pourquoi on ne songeait nulle part à ressortir les films de Pierre Etaix, alors que celui-ci est toujours parmi nous, bien vivant, que c'est un immense créateur, peu commun, en marge de tout ce qui existe. Et notamment son film Yoyo que je me souviens avoir vu à sa sortie, alors que j'étais enfant et qui m'avait ennuyé à l'époque tout en me laissant un souvenir qui s'est bonifié avec le temps, me relançant périodiquement pour me dire, tu devrais le revoir, vérifier, c'était trop tôt, ce doit être un chef-d'oeuvre...