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01/02/2026

Exposition Montpied à la galerie Blandine Roques (Montauban)

       Pour mes 50 ans de peinture et dessin, je fête cet anniversaire avec une exposition personnelle présentant 40 dessins de ma série actuelle des "Empilés", à la Galerie Blandine Roques, place du Coq, à Montauban (entre Bordeaux et Toulouse). Cela se tiendra entre le 5 mars et le 18 avril prochains. La grande majorité des oeuvres n'ont jamais été exposées. Seules trois ou quatre le furent à l'Atelier Véron à Paris, récemment, en fin d'année 2025.

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Bruno Montpied, "Tache au pays des empilés (les Empilés 20)", 40x30 cm, technique mixte sur papier, 2025, ph. B.M..

 

     Je suis content que cela se produise dans cette bonne ville des bords du Tarn où j'ai déjà eu l'occasion d'exposer (deux tableaux) grâce à feu Paul Duchein – dont l'ombre reste un grand souvenir pour maints Montalbanais amateurs de singularités – au musée Ingres, très proche de la place du Coq, à l'occasion d'une exposition collective en 2006 qui s'intitulait "Le moi et son double". J'y suis venu également vers 2012 pour une causerie autour du film "Bricoleurs de paradis" et de mon premier livre, où un DVD du film était joint, Eloge des jardins anarchiques (éditions L'Insomniaque", 2011).

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Bruno Montpied, "Empilés nés de la dernière pluie (les Empilés 48)", 40x30 cm, technique mixte sur papier, 2025, ph. B.M. 

 

        40 œuvres de la série les Empilés, dis-je, car en effet, depuis l'année dernière les formes se sont mises à monter, à grimper, escalader mes supports, papier ou carton entoilé, de manière timide (jusqu'à présent) comme s'il s'agissait de gagner le ciel (mais lequel?). Voici ce que j'écris en guise de présentation de l'exposition sur le carton d'annonce de l'exposition qui devrait incessamment être édité par la galerie:

 

LES EMPILÉS

      Les années s'empilent. Les références, les noms, les découvertes bâtissent des piles qui grimpent vers le ciel. Et mes dessins tout à coup ont commencé depuis 2025 à traduire ces empilements eux aussi... Comme une lointaine réminiscence, également, des décors dits « à la Grottesque » créés à partir de la Renaissance¹, ancêtres du dessin automatique des surréalistes, tous m’ayant toujours frappé. Des personnages, des motifs décoratifs imaginaires, tout un vocabulaire de formes les plus variées possibles se sont mis à escalader mes supports de papier à la verticale, dans une varappe graphique énigmatique. Ce qui a eu pour effet, simultanément, de récapituler les éléments épars du lexique iconographique produits au cours de mes 50 années de création picturale et graphique, tout en ressuscitant le goût de la couleur qui a toujours été présent chez moi.

      Car, oui, 1976-2026, grâce à Blandine Roques, mes Empilés me souhaitent, je m’en suis avisé subitement, un bon anniversaire, celui, en 50 berges de création plastique, d’un certain espoir  de maturité enfin conquise…

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Bruno Montpied, "L'Hirsute parmi les empilés (les Empilés 72)", 40x30 cm, technique mixte sur papier, 2026, ph.B.M.

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     1. "Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formes en suspension dans l'air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour le plus doué. "
         (
Giorgio VASARI, De la peinture, Introduction technique, chapitre XIV, vers 1550. Cité sur le site web suivant https://www.meublepeint.com/grotesque.htm).

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Bruno Montpied, "Equilibristes empilés (les Empilés 12)", 30x30 cm, technique mixte sur papier, 2025, ph. B.M. ; non exposé à Montauban, ce dessin fait partie des premiers "empilés" qui commencèrent d'abord à la fin de ma série en format carré précédente... C'est à partir de ce douzième dessin que se mit véritablement en place l'escalade, ou la suspension, des formes.

26/01/2026

Le voleur des musées (4), l'exposition "Merveilles" au Musée de la Manufacture de Sèvres

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Photo Bruno Montpied, dans la station du métro Pont de Sèvres, 2024.

 

     Depuis quelque temps, donc, je vais beaucoup baguenauder dans les musées, pour voir des expositions temporaires ou pour musarder dans les collections permanentes. En 2024, un de mes plus beaux souvenirs d'exploration muséale s'attache à la visite de l'exposition du Musée de la Manufacture de Sèvres qui pour l'anniversaire de ses 200 ans (du 11 octobre 2024 au 11 mars 2025) avait conçu l'expo "Merveilles" qui rassemblait des chefs d'œuvre tirés de ses collections de céramiques variées, choisies parfois pour leur virtuosité aux limites de l'exploit technique, mais surtout pour leur aspect inattendu, curieux, excentrique, insolite. La poésie des contes ou du merveilleux littéraire était aussi convoquée au détour d'une salle aux murs peints en bleu... Lewis Carroll, avec son Alice, était ainsi cité avec une installation de théières de toutes sortes illustrant la scène de la dégustation de thé avec le chapelier fou. 

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Panneau d'introduction à la partie de l'exposition "Merveilles" qui présentait des objets choisis avant tout pour leur aspect insolite ; ph. B.M., 2024.

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La salle aux théières avec évocation d'Alice au pays des merveilles, exposition "Merveilles", musée de la Manufacture de Sèvres, ph. B.M. 2024.

 

      Je trouve toujours que c'est un bon angle d'attaque que de mettre en avant auprès du public, à l'occasion de ce genre d'expo anniversaire, les curiosités cachées dans les collections. C'est une judicieuse façon d'amorcer l'intérêt d'un public qui ne serait pas attiré, a priori, par la spécialité du musée, ici la céramique sous toutes ses formes (j'avais moi-même un a priori sur la céramique, que cette expo m'a permis de remettre en question). Cela fonctionne comme un hameçonnage...

        Parmi les différentes œuvres qui m'ont accroché, et que j'ai photographiées, il y avait par exemple la saynète ci-dessous:

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Porcelaine de la Fabrique de Konstnetzon, Riga (Lettonie), premier tiers du XXe siècle, collection du Musée national de Céramique, exposition "Merveilles" ; ph. B.M., 2024.

 

    Reposant sur une coquille Saint-Jacques semblable à une conque, deux grenouilles se livrent à une séance de pose inattendue: l'une tend à l'autre le masque du visage d'une jeune enfant ; la seconde, cachée sous le drap de son appareil photo, vise à capter ce masque à travers l'objectif qu'il pointe vers lui.

        Il me semble que ce genre de thème, des grenouilles anthropomorphisées se livrant à des singeries (les singes eux-mêmes ont plusieurs fois été mis à contribution dans l'art de la même façon), on le rencontre régulièrement dans l'art décoratif. Pas plus tard qu'il y a quelques jours, en visitant l'exposition sur l'Art Déco  au musée des Arts Décoratifs à Paris, je suis ainsi tombé en arrêt sur ce magnifique surtout où l'on voit deux grenouilles de part et d'autre de l'objet ouvrir grand la gueule en s'apprêtant à engloutir deux bancs de poissons.

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René Lalique, Poissons et grenouilles, verre moulé et taillé, bronze argenté, vers 1905; coll. musée des Arts décoratifs, exposition Art Déco, 2026 ; ph. B.M., 2026.

 

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Peter Pan, de James Barrie, était, au détour d'une salle, lui aussi présent à l'expo "Merveilles".

13/01/2026

DICTIONNAIRE DU POIGNARD SUBTIL

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Pierres:

     "C'est qu'il n'est ni être, ni objet, ni monstre, ni monument, ni événement, ni spectacle de la nature, de l'histoire, de la fable ou du rêve, dont un regard séduit ne puisse deviner l'image dans les taches, les dessins, les silhouettes des pierres."

       Roger Caillois, L'Écriture des pierres, 1970.

06/01/2026

Les découvertes de la galerie Dettinger à l'encan

     Le 15 janvier prochain, à Lyon, chez de Baecque, aura lieu une grande vente d'œuvres contemporaines, certes provenant d'un "couple d'amateurs lyonnais" ainsi également que de l'atelier de l'artiste Danielle Stéphane, tout en étant très liées aux multiples défrichages d'Alain Dettinger, tels qu'il en présente au fil des années dans sa galerie de la place Gailleton, et tels que j'en ai souvent parlé sur ce même blog.

       Les estimations dans cette vente sont absolument ridicules.

     Dans le tas, se retrouve un de mes dessins, estimé à peau de balle comme le reste. Il avait été acquis par ce couple d'amateurs lyonnais. Voir ci-dessous. Avis aux amateurs donc...

 

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Bruno Montpied, La Mangeuse d'hommes, technique mixte sur papier, 24x18 cm, 2011.

01/01/2026

Januarius...

      "Janvier, janvier !"... On croirait entendre dans le vide gris de l'hiver – via une hallucination de genre homophonique – la voix de Gabin gueuler dans La Traversée de Paris pour se moquer du marché noir du commerçant Jambier, le charcutier rapace joué par de Funès. Mais janvier, en latin "januarius", c'est dérivé de Janus, le dieu au double visage, le "dieu des commencements, des passages et des portes", qui est sans doute à l'origine de la tradition qui consiste à faire retour sur l'année écoulée et à se formuler aux uns et aux autres des vœux de bonheur pour l'année nouvelle.

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Une face d'un Janus retrouvé à l'entrée d'un sanctuaire gallo-romain à Estrées-Saint-Denis (Oise).

31/12/2025

Le chant des intervalles: le site de Fred en lisière de Paris

      Ma camarade Arielle va dans des lieux où je ne vais guère, comme cette fois où elle est allée voir un espace de street artistes fourré dans le soubassement d'une arche de périphérique (ou de bretelle de périphérique, je ne sais plus), du côté du XIXe arrondissement, grâce à la munificente (!) générosité de la Ville... Mais elle connaît ma curiosité pour des créations insolites de plein air. En sortant de ce local, face à lui, son regard a été récemment aimanté par une énigmatique installation.

 

Photo de la première vue (2).JPG

A première vue, l'énigme de l'autre côté de la rue ; ph. Bruno Montpied, 2025.

Photo de seconde vue (2).JPG

On se rapproche... Mais qu'est-ce donc? ; ph. B.M., 2025.

 

       Qu'était-ce? Qu'est-ce que ces casiers peinturlurés de vives couleurs signifiaient, placés sur un talus à la pente prononcée, pratiquement imperceptibles du moins de la part des conducteurs d'autos qui passent sur cette bretelle de périphérique plutôt à vive allure, pressés de se retrouver ailleurs (les lieux ne prêtent en effet nullement à la délectation esthétique)? En échangeant par sms et bientôt téléphone avec Arielle, j'évoquai une écriture peut-être, faite de caractères carrés, destinée à prendre lisibilité depuis les airs... Pure divagation! Elle, elle sortait d'un milieu de street artistes. N'était-ce pas tout bonnement une création gratuite d'un quelconque membre de cette honorable confrérie? Derrière ce terrain pentu, bel exemple d'espace interstitiel où souvent des marginaux s'installent, au risque de se polluer gravement les poumons des vapeurs d'essence passablement concentrées en de tels endroits, on discerne des bungalows de style Algeco où s'étalent tags et graffs.

Photo du talus plus redressé (2).JPG

Les bungalows tagués ; ph. B.M., 2025.

A travers la grille de clôture (2).JPG

En se rapprochant toujours plus... ; p. B.M., 2025.

 

       En se rapprochant, en examinant ces casiers à travers les grillages de clôture, nous finîmes par nous rapprocher de la vérité. Lequel d'entre nous (nous avions aussi demandé à mon ombre favorite, le sieur Régis Gayraud, mon omniscient assistant, qu'il m'arrive d'appeler familièrement "Dieu" de ce fait, de nous accompagner) formula le premier l'idée que ces casiers étaient en fait des carrés de culture (je penchais pour un jardin partagé)...? Une culture dans les deux sens du mot! Régis pointa du doigt, pour étayer l'hypothèse, une grande tige de tournesol fané qui émergeait d'un des carrés. Les herbes folles avaient envahi la plupart des zones délimitées, si bien qu'on pouvait croire à un abandon du lieu. La rencontre qui allait suivre avec l'animateur du lieu allait nous convaincre que cet apparent délaissement n'était que temporaire, avant tout dû à la saison hivernale.

 

Le potager apparaît (2).JPG

En détaillant les différents carrés, on se rendit compte qu'ils renfermaient, parfois dans des secondes délimitations en croix, voire en damier, des espaces où l'on faisait pousser des légumes, et même, par endroits des arbustes fruitiers ; ph. B.M., 2025.

Un carré potager (2).JPG

Dans ce carré-ci, les sous-délimitations de zones de culture apparaissent plus nettement ; ph. B.M., 2025.

 

      Il nous apparaissait évident que pour en savoir plus, il fallait contourner le lieu et tenter de nous y introduire par l'arrière, du côté des Algeco précisément. Ce que nous fîmes allégrement. C'était un foyer des Restos du Cœur qui était au-dessus, à ce que nous constatâmes rapidement. Nous eûmes le bonheur de tomber sur un monsieur qui voulut bien, suite à nos questions sur les fameux carrés peints, appeler l'auteur – car il y avait un auteur... Et nous vîmes surgir un grand gaillard, prénommé Fred, souriant, coiffé d'une insolite casquette de capitaine de navire, heureux de nous servir de guide spontané vers le jardin du talus. Il avait eu l'idée, apparemment seul, de créer en cet endroit abandonné, propriété de la SNCF (alors que le terrain des Restos est propriété de la Ville de Paris, ce qui occasionne des divergences de points de vue sur qui doit entretenir quoi...), pour le transformer de friche-dépotoir, à l'origine, en jardin potager et verger dont les productions allaient parfois améliorer l'ordinaire des Restos du Cœur dont Fred, champion de générosité, était de surcroît l'un des bénévoles. Il avait su tirer un parti pratique de la pente facilitant peut-être le travail de la terre du fait de l'inclination du sol (?). C'était donc bien un jardin... qu'il partageait à sa manière, un "jardin partagé", initiative spontanée venue d'un seul individu...

 

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Fred, "l'artiste", le démiurge, fondateur du jardin "partagé" sauvage de cette Porte de la Villette ; ph. B.M. 2025.

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Conversation au sommet, face aux buildings moches du pourtour parisien, Fred et l'auteur de ces lignes ; ph. Régis Gayraud, 2025.

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La pente facilite-t-elle le travail de la terre? ; ph. B.M., 2025.

 

       Faire pousser des légumes ou des fruits ne lui avait pas suffi, il avait décidé de copieusement peinturlurer les cadres en bois, issus d'anciennes palettes, et c'était cela qui signifiait sa joie d'avoir su métamorphoser toute cette insignifiance en havre de fécondité. Est-ce de ma part, notation morbide ou tout au contraire soulignement de la permanence d'une culture caribéenne (Fred est martiniquais) où la mort n'est pas vue comme la fin d'un chemin mais le début d'un autre, comme ce jardin est la métamorphose d'un lieu de mort en lieu de vie : est-ce que certains  rectangles de culture n'évoquaient pas, aussi, certaines tombes, notamment vaudou?

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Puis-je interpréter ces croix au chevet de ces rectangles et carrés de potager comme des marques funéraires? ; à noter aussi l'allée de bois peint qui fait figure de terrasse permettant au jardinier de circuler plus aisément et de niveau ; ph.B.M., 2025.

07/12/2025

Alice Massénat à la librairie de la Halle Saint-Pierre

Alice Massénat

  

          Parfois, je me dis que tous ses dessins ‒ au pastel sec le plus souvent, où vient jouer parfois un peu d’encre ‒ sont nés d’une cordelette triturée machinalement par son père Bernard, qu’elle a conservée, accrochée au mur comme une œuvre ‒ et, après tout, pourquoi pas ? De l’art involontaire aussi énigmatique que tel nuage ou telle tache dans une agate ‒, dont la forme sinueuse ressemble fort à ses gesticulations graphiques sans fin sur papier et carton, telles des danses à jamais figées.

 

Cordelette tressée et façonnée par B. Massénat, date inconnue, coll Alice Massénat (2).JPG

Bernard Massénat, cordelette tressée sans doute machinalement, sans date, coll. Alice Massénat.

 

          Elle écrit des poèmes auxquels je ne comprends rien, voguant dans la plus parfaite obscurité quand je la lis. Mais je trouve que ce qu’elle y dit niche peut-être plus adéquatement dans les lignes dites abstraites de ses compositions flottantes, effilochées, formes en loques, ébauches d’êtres qui ne peuvent parvenir à naître, dirait-on.

      C’est une poétesse abstraite, Alice, qui court derrière un lapin que lui a posé l’existence.

            (Texte proposé à la librairie de la Halle Saint-Pierre et finalement censuré...)

 

Alice Massénat, sans titre (le Minotaure, titre BM), encre et pastel sec, 46x38cm, 2018 (2).JPG

Alice Massénat, sans titre (le Minotaure, titre donné par moi en aparté), encre et pastel sec sur papier, 46x38 cm, 2018 ; photo et collection Bruno Montpied ; à l'heure où j'écris ces lignes, cette reproduction est insérée sur le site internet de la Halle sans légende, et sans précision sur l'appartenance de l'œuvre à ma collection : bonjour le sans gêne et l'approximation...

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Alice Massénat, sans titre, encre et pastel sec sur papier, 40x30cm, 2017 ; ph. et coll. B.M.

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Alice Massénat, sans titre, encre et pastel sec sur papier, 40x30cm, 2017 ; coll. de l'artiste.

 

     On peut voir à la librairie de cette Halle Saint-Pierre, jusqu'à début janvier, une petite sélection des travaux d'Alice : un grand format sur carton et quelques dessins sur papier de plus petit format. Et l'on trouvera aussi sous peu quelques-unes de ses oeuvres poétiques en livres. Un dessin d'Alice figurera dans mon article sur les femmes automatistes actuelles qui devrait paraître dans le prochain numéro de Création franche à la fin de cette année.

26/11/2025

L'atelier de Boris Vian et l'appartement attenant de Jacques Prévert Cité Véron à Paris en péril...

     Paris et péril ont tendance à se confondre, pas seulement homophoniquement... J'apprends que le Moulin Rouge, propriétaire des maisons où vécurent les trois satrapes, Boris Vian, Jacques Prévert et un chien ami des deux, voudrait effacer ces lieux du paysage parisien. Une pétition contre cela est à signer!

https://c.org/n8DkjtXCLh

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Robert Forestier (alias Robert Véreux), une peinture imitant un tableau du Douanier Rousseau, faisant partie des collections de Boris Vian dans son atelier de la Cité Véron. 

21/11/2025

Le voleur des musées (3), au "Neubau" et au "Kunstmuseum" de Bâle

     Le Neubau à Bâle, ça ne veut pas dire le nœud beau, selon une plaisante homophonie. C'est en réalité le "nouveau bâtiment", construit à côté du Kunstmuseum de la ville, aux fins d'y abriter, à ce que je crus comprendre, en y visitant récemment une exposition consacrée aux fantômes, des expositions temporaires – le musée principal étant consacré à abriter les collections permanentes, où l'on découvre entre autres un magnifique Douanier Rousseau, "La muse inspirant le poète", portrait de Marie Laurencin et d'Apollinaire. Marie Laurencin y apparaît en grosse dondon, ce qui ne manque pas de sel quand on se rappelle qu'elle était plutôt mince en réalité.

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Henri Rousseau, dit "Le Douanier", La muse inspirant le poète, 1909, collection permanente du Kunstmuseum de Bâle, ph. Bruno Montpied.

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Portrait photographique de Marie Laurencin, publié sur Paris Zig-zag

       

     Je ne parlerai pas ici de cette expo sur les fantômes que j'ai chroniquée pour Artension (numéro à paraitre en janvier). Non, mais il y avait au bout de l'expo, ou du moins en marge de l'expo et plutôt dans le bâtiment de la collection permanente, un curieux tableau. Mon attention fut attirée sur lui à la suite d'une question que j'adressai à la conférencière qui me guidait durant ma visite des "fantômes". Je lui avais dit qu'il ne m'aurait pas étonné que des membres du personnel de surveillance du musée aient fini par voir à leur tour des fantômes, en particulier la nuit, à force de déambuler seuls dans les grandes salles passablement dépouillées et, il faut bien le dire, assez austères du musée. Ce genre de vision affecte souvent, je pense, plusieurs employés – notamment les plus sensibles et imaginatifs – qui travaillent seuls en nocturne dans des grands établissements. Je me souviens ainsi d'une femme de ménage antillaise qui m'avait confié ne pas pouvoir travailler seule, à la tombée de la nuit, dans l'école qu'elle était chargée de nettoyer après la fréquentation des élèves.

     La conférencière me répondit instantanément en me signalant un curieux tableau qui avait en effet résulté d'une imagination d'un membre des vigiles – dont le musée malencontreusement n'avait pas retenu le nom,  ce que je trouve symptomatique d'une certaine condescendance à l'égard de ceux qui se mêlent de s'exprimer sans en avoir le titre –, tableau qui était accroché à part, et ce tout de même depuis au moins cinquante ans,  sur un mur du rez-de-chaussée du musée principal.

        Le voici :

 

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Anonyme (un surveillant du Kunstmuseum de Bâle), sans titre (le fantôme du musée), vers 1960-1970 ; ph. B.M.

08/10/2025

Adieu Jacqueline, mais que le musée de Laduz renaisse à présent!

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12/09/2025

Le voleur des musées (2: le musée alsacien et ses dégorgeoirs)

     A Strasbourg, il y a une vieille, vieille maison qui est le siège du musée alsacien. Il partage, je crois, avec le musée Arlaten, à Arles, le privilège d'être une des toutes premières collections d'art populaire à avoir recueilli des objets par delà le collectage des coutumes, des contes, des chansons traditionnelles, c'est-à-dire par delà l'aspect immatériel du patrimoine populaire. Cette maison est splendide, sur le quai Saint-Nicolas qui borde la rivière l'Ill. Le centre ville est juste de l'autre côté.

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Deux photos de la cour intérieure du musée Alsacien de Strasbourg, avec un sonneur de cloche (peut-être en provenance d'un beffroi?), photos Bruno Montpied, 2017.

 

      Parmi les nombreuses pièces conservées, j'ai eu plaisir à retomber sur des mascarons que j'avais découverts au préalable dans un album pour la jeunesse de Philippe Fix, visant à l'intéresser à l'histoire, intitulé Il y a cent ans déjà (voir ICI ce qu'en dit l'auteur, ainsi que l'illustration que j'avais photographiée, ci-contre). le voleur des musées,musé alsacien,art populaire curieux,dégorgeoirs,vieille maison

        "Mascarons" n'est du reste pas le terme idoine, on parle plutôt en l'occurrence de "déversoirs" ou "dégorgeoirs" de moulins, voire même de "dégueuloirs".

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Différents types de masques-dégorgeoirs tel que reproduits dans le n°3 du Cabinet de l'amateur ("Effroyables gardiens, figures protectrices de moulins dans le Rhin supérieur, musée Alsacien", éditions des musées de Strasbourg, 2015), collection d'albums brochés consacrés à divers sujets insolites.

 

     Ces visages plus ou moins grotesques auraient très bien pu ne pas exister. On aurait pu se contenter de mettre de simples issues en bois pour laisser s'écouler le son que l'on séparait de la farine. Mais on avait besoin de créer ces figures pour éloigner les esprits maléfiques toujours prêts à abîmer les productions des hommes, en l'occurrence en y instillant le poison de l'ergot de seigle, responsable du "mal des ardents". Ces figurations cependant devaient aussi amuser les sculpteurs et les propriétaires des moulins, mobile de type ludique que l'on ne met pas toujours suffisamment en avant dans les motifs de création.

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Cartel explicatif sur les dégorgeoirs au musée Alsacien, reprenant l'illustration de Philippe Fix ; ph.B.M.

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Trois exemples de dégorgeoirs au musée Alsacien, ph. B.M., 2017.

 

       A noter que la collection de dégorgeoirs du musée Alsacien (ouvert en 1907) fut constituée grâce à Robert Forrer, l'un des créateurs du musée. Il en parla dès 1889 dans la Revue alsacienne illustrée, date où l'on commençait chez les ethnographes à étudier de près la culture matérielle populaire (je remercie Valérie Rousseau d'avoir attiré ma curiosité sur ce point).

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Parmi d'autres objets au musée Alsacien, cette collection de dossiers de chaises... On dira "ben oui, ce sont des chaises, quoi, que nous demandez-vous d'admirer là?" Précisément, la profusion et la variété des motifs décoratifs de ces chaises me paraît  admirable, par ce goût de varier l'esthétique des meubles, souci "inutile" selon le point de vue utilitariste courant, mais selon moi, au contraire, bien utile puisqu'il contribue à enchanter la vie quotidienne.

06/09/2025

Alicia Lasne à la Halle Saint-Pierre et à l'Atelier Véron

      Pour sa nouvelle exposition de rentrée ("L'étoffe des rêves"), la Halle Saint-Pierre présente des créations textiles d'auteurs variés. Ce n'est pas sans me rappeler une autre expo qui s'appelait "Sur le fil", organisée par Pascal Saumade et Barnabé Mons à la Folie Wazemmes à Lille, il y a quelques années (en 2009 exactement), qui avait fait le choix, dans la perspective de "l'art modeste", de ne pas se limiter à des créations d'artistes, mais aussi de montrer des créations pas nécessairement "artistiques", comme des canevas par exemple, ou des tissus brodés créés au sein d'un collectif de créatrices serbes. A la Halle, il me semble (l'expo n'est pas encore commencée au moment où j'écris ces lignes), ce ne seront qu'œuvres d'artistes, se revendiquant comme tels.

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       Au sein de ce projet, on retrouvera dès le 11 septembre, date du vernissage, en particulier les broderies, choisies ici en fonction de leurs plus grandes dimensions, d'Alicia Lasne, cette jeune artiste qu'on peut bien qualifier de "brute", étant donné son statut d'autodidacte, ou de "singulière", étant donné le fait qu'elle cherche à exposer, à la différence des bruts qui pondent sans se soucier pour qui ils pondent. Elle expose parallèlement depuis le 21 août – date bien "goupillée", pour une durée s'étendant jusqu'au 28 septembre – à l'Atelier Véron, première galerie à l'avoir défendue, et lieu que j'ai fortement tendance à soutenir, en particulier parce qu'ils sont montmartrois comme moi, et que nous avons pas mal de goûts en commun, par exemple cette artiste rouennaise, Alicia, sur qui j'ai commis un article dans l'Artension de juillet-août dernier (n°192).

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Article de B Montpied sur Alicia Lasne dans Artension n°192.

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Exposée à l'Atelier Véron

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Alicia Lasne, broderie exposée à la Halle Saint-Pierre.

      Influencée par les arts textiles péruviens, son iconographie élabore tout un discours "philosophique" tournant autour de la figure mythique sud-américaine de la Pachamama, sorte de mère-nature que l'autrice trouve de plus en plus agressée, au fur et à mesure des atteintes aux forêts, au réchauffement climatique, aux viols de l'industrie minière.

     Beaucoup des travaux d'Alicia sont disponibles à l'Atelier Véron qui achète la majorité de ses productions.

      A noter, de surplus, une autre créatrice qui sera présente aussi sur les cimaises de la Halle Saint-Pierre, Polly Vogel, dont l'Atelier Véron avait eu déjà l'occasion d'exposer quelques-uns de ses "monstres sauvages".

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Alicia Lasne, sans titre, broderie et accessoires incorporés (des pois chiches par exemple), 60x50 cm, 2025 ; ph. et Coll. B.M.

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Polly Vogel, monstres sauvages, ph. B.M.

13/08/2025

Le voleur des musées (1: le musée Daubigny)

       Pas mal d'esprits que je juge comme chagrins trouvent pénibles ces visiteurs qui dans les musées ou les expositions multiplient les photos devant les œuvres. Il est vrai que certains paraissent se contenter de cette opération dans l'approche des tableaux ou des statues, ayant un besoin viscéral, dirait-on, d'interposer leur appareil photo entre l'œuvre et leur regard, comme par nécessité d'imposer une interface.

    D'autres procèdent différemment, comme mézigue par exemple. J'opère des ponctions sur les cimaises, je prélève, je "vole" les œuvres qui me concernent, me surprennent, me parlent de préférence aux autres. J'ai donc décidé de commencer sur ce blog à rassembler quelques artefacts qui ont fait l'objet de ma fascination, ou ont simplement attiré mon attention. J'ai en effet multiplié les visites à des musées et expositions tous ces derniers mois.

 

Le musée Daubigny et l'art naïf

     A priori, Charles-François Daubigny (1818-1878), connu pour être un des fondateurs de l'Ecole de Barbizon, ne fait pas partie des peintres qui me séduisent beaucoup. Sa peinture paysagiste très sérieuse, très solide, est même plutôt ennuyeuse, sauf si l'on est des pays qu'il a représentés et que l'on veuille y retrouver des indices et des souvenirs capables de construire l'histoire de ces pays familiers (comme lorsque l'on voit ce paysage d'Auvers-sur-Oise privés d'arbres, datant d'un passé bien moins végétalisé). Son musée est sis à Auvers-sur-Oise où il avait son atelier, que je n'ai pas pu visiter faute d'être tombé le bon jour de visite. Cette maison-atelier recèle des peintures murales, paraît-il, réalisées avec d'autres amis peintres (Corot par exemple) et aussi  des enfants, dont son fils, Karl. C'était cela que j'aurais voulu voir, sans grande conviction non plus. Autre fait que je souhaitais vérifier, c'est pourquoi un département d'art naïf, qui est incrusté dans la collection permanente du musée, ne fait pas l'objet d'une présentation à l'exemple des tableaux de Daubigny. Je savais pourtant, pour l'avoir appris du site internet du lieu, que le musée est avant tout consacré au peintre d'Auvers. Et l'information me fut répétée par la sympathique conservatrice du lieu, Mme Agnès Saulnier-Chemin. La présence de la collection d'art naïf ne peut faire l'objet que de très partielles extractions au gré des expositions temporaires. Comme c'était le cas à l'occasion de l'expo qui se tenait le jour de ma visite, "Âmes animales". Une minuscule salle, un cabinet plutôt, montrait en effet un tableau de Bernard Vercruyce, des gravures de Corneille (qui s'est installé à Auvers et s'y est fait enterrer, non loin de la double tombe des frères Van Gogh) - mais peut-être fais-je une erreur, les gravures en question étant montrées dans une salle précédente ? - et aussi un fort beau tableau d'une inconnue au bataillon des peintres naïfs, Louise Gattet.

Louise Gattet, Le salon des chats, 1998, goua che sur bois, musée D, don de l (2).JPG

Louise Gattet, Le Salon des chats, gouache sur bois, 1998, musée Daubigny, don de l'artiste ; ph. (compressée) Bruno Montpied.

 

     Cette collection d'art naïf mériterait de faire l'objet d'une exposition complète au moins une fois, en laissant un catalogue disponible après coup pour les curieux. Il existe deux autres peintres intéressants en son sein, André Salaün, mort il y a vingt ans, et Bernard Vercruyce, qui vit je crois aujourd'hui à Auvers, grand spécialiste de la peinture de chats.

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André Salaün, La Chope la nuit, musée Daubigny.

04/08/2025

Dictionnaire du Poignard Subtil

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Platitude :

        « Car voilà : on a supposé la terre plate. C’était vrai, elle l’est encore aujourd’hui, de Paris à Asnières par exemple. Seulement n’empêche pas que la science prouve que la terre est surtout ronde. Ce qu’actuellement personne ne conteste. Or, actuellement, on en est encore malgré ça, à croire que la vie est plate et va de la naissance à la mort. »

         (Vincent Van Gogh, lettre à Émile Bernard, Arles, 1888).

         Citation reproduite sur la porte de l'ancienne librairie parisienne des Éditions du Sandre.

21/07/2025

Les collections d'art brut ne sont pas toutes pareilles

      L'exposition de 402 œuvres de la collection d'art brut de Bruno Decharme, tirée de sa donation récente au MNAM du Centre Georges Pompidou – ce qui correspond à un peu moins de la moitié de la totalité des oeuvres données –, et présentée cet été au Grand Palais rénové, pourrait faire croire au public qui n'a jamais entendu parler d'art brut qu'elle représente la seule collection d'art brut existante. Or, des collections d'art brut, il en est plusieurs, et de couleurs variées. Les contours de la notion étant de plus assez flous – l'autorité centrale qui était autrefois représentée par Dubuffet, l'inventeur de la notion et du terme, puis par Michel Thévoz, premier conservateur de la collection d'art brut donnée par Dubuffet à la ville de Lausanne, ayant grandement lâché du lest sur les autorisations d'étiqueter brut ou pas –, cela a encouragé depuis déjà quelques décennies les collectionneurs, les galeries, les artistes eux-mêmes à étiqueter bruts à tout va toutes sortes de productions. Il y a plusieurs arts bruts ainsi. Leur point commun restant est que l'on a toujours affaire à des non professionnels de l'art, sans formation artistique, sans référence à l'histoire de l'art passé ou contemporain. Mais l'on trouve désormais un art brut plus austère, peu sensuel, dépressif, à côté d'autres arts bruts plus tournés vers l'enfance, l'humour, la fantaisie, la plaisanterie, au nombre desquels on peut ranger la catégorie des environnements populaires spontanés toujours difficiles à classer, dans l'art brut ou dans l'art naïf, son frère ennemi.

       En même temps (ou du moins, durant ce même été mais sur une partie plus courte), que  l'exposition Decharme, se tenait (ça se termine dans cinq jours, le 26 juillet) une exposition intitulée "Vent d'art brut" sur l'île d'Oléron, à Saint-Pierre-d'Oléron précisément, regroupant plusieurs événements, projections, conférence, ateliers, expo... C'est l'association Art brut en compagnie, animée par Alain Moreau – dont la collection constitue le noyau central des divers lieux de monstration –, qui est à la baguette.

Programme Vent d'Art Brut_flyer.jpg

     J'ai déjà eu l'occasion de parler de cette association, qui avait déjà monté une expo au Fort de Vaise à Lyon il y a peu (2022).

Vue d'une salle avec maquettes de René guisset et pierre et raymonde petit.jpg

Vue d'une salle au Fort de Vaise en 2022, exposition d'Art Brut en compagnie, avec des œuvres, entre autres, de René Guisset, de Raymonde et Pierre Petit (toutes sur la table), et sur les murs, de Monique Le Chapelain, d'Yvonne Robert, d'Oscar Haus, de Pépé Vignes... tous créateurs que je collectionne comme Alain Moreau... ; ph Bruno Montpied, 2022.

 

     On y retrouvait diverses pièces qui sont montrées aussi à "Vent d'art brut", comme par exemple Monique Le Chapelain avec cet "oiseau éventail" de 1995: Monique Le chapelain, l'Oiseau éventail, 80x120cm, 1995 (2).jpg

      L'exposition de Saint-Pierre d'Oléron était dispatchée dans divers lieux, mais l'un d'eux, le château de Bonnemie, se posait en place principale.

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Le Château de Bonnemie ; ph.B.M. 2025.

 

      Joli espace, dans un grand parc, on y verrait bien s'installer un permanent musée d'art d'autodidactes bruts et naïfs...

       Il y a une incontestable fraîcheur d'inspiration dans les créateurs que recherche Alain Moreau (que je soupçonne parfois de regarder attentivement mon blog!). Comme par exemple dans le cas de Vivi Fortin, dont j'ai parlé sur cette colonne en 2019 (mais qui avait été primitivement décelé sur le blog "Les Grigris de Sophie", soyons honnête de le reconnaître...). 20250624_104053.jpgDivers volatiles  ouvrent et ferment  le parcours, tandis qu'un portrait du chanteur Renaud se dissimule dans un coin (voir ci-contre).

      Mais les manèges à la poétique fragilité de René Guisset, les soi-disant "jouets" de Raymonde et Pierre Petit – distribués dans l'expo sur une table, en une ronde qui a pris bien soin de les individualiser –, restituent des échos d'enfance, comme on en rencontre aussi au musée des Amoureux d'Angélique, autre collection d'art populaire ou brut ingénu que j'ai eu souvent l'occasion de défendre ici même et dans mes articles d'Artension. Ce qui résumerait peut-être d'un seul mot ce genre de collection, c'est le mot naïf de fait! Une collection d'art brut NAÏF... Le genre de mot qui ferait sauter en l'air les thuriféraires de l'art brut épris d'orthodoxie, thuriféraires qui ces temps-ci ont tendance à basculer dans l'oeuvre brute ennuyeuse, tristounette, dépressive, à base de striures de mots et de numérotations en nuage (comme il y en a beaucoup au Grand Palais justement). Personnellement, le lettrisme sauvage, auquel s'ajoute une passion pour le gribouillage (Dan Miller) ou l'embrouillamini (Judith Scott), aurait furieusement tendance à me tirer d'effroyables bâillements. Ce n'est que mon point de vue que je ne force personne à partager.

Emile Ratier, Raymonde et Pierre Petit, René Guisset (2).jpg

Emile Ratier, sur le banc à l'arrière-plan, les manèges de René Guisset au centre de la table, et les joyeux véhicules de Raymonde et Pierre Petit au pourtour ; exposition "Vent d'art brut", Château de Bonnemie, ph. B.M., 2025.

 

    J'éprouve plus de joie à contempler les œuvres d'Emile Ratier, les lièges de Gironella, les poétiques compositions de Patrick Chapelière, les sensibles peintures acryliques de Louis Poulain, les arabesques de Martha Grünewald, les involontaires charges d'Yves Jules (qui me donne souvent l'impression de construire un immense jeu de massacre des diverses personnalités aperçues dans les media), ou les drolatiques saynètes légendées de la paysanne Yvonne Robert (que l'on me permette de glisser ci-après une toile que je possède d'elle, tout à fait remarquable, et qui ne fut pas exposée à Oléron donc).

La Raison du plus fort, 46x55cm, h sur toile, 1976 (2).jpg

Yvonne Robert, La Raison du plus fort, huile sur toile, 46x55 cm, 1976 ; ph. et coll. B.M. (ancienne collection Francis Lichon).

Alain Moreau et un journaliste du Littoral, journal local, interview, juin 2025 (2).jpg

Exposition "Vent d'art brut", sur les marches du château de Bonnemie ; Alain Moreau dialogue avec un journaliste de la feuille locale, "le Littoral": "Vous savez, moi, ce que j'aime, ce sont les créateurs d'instinct... Et comme moi-même, je suis gouverné aussi par l'instinct, on s'entend fort bien, eux et moi..." ; ph. B.M., 2025.

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Programme Vent d'Art Brut_événements.jpg

Et, pour finir, une petite remarque facétieuse: Alain Moreau n'y a pas songé, mais un "vent", dans le langage familier, ce peut être aussi un pet... Quelque ennemi de cette manifestation pourrait user de cette synonymie afin de la brocarder... Du danger de choisir vite ses titres...

01/06/2025

"L'art du peuple", un mini film chez Konbini TV sur trois inspirés, en présence du sciapode...

film réalisation Mathieu Habasque

20/05/2025

Une après-midi pour découvrir Germaine Coupet, dite "Existence", et le livre sur elle de Martine Willot

       Le 31 mai, à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, à 15h, se tiendra une présentation visant à faire découvrir une écrivaine et une peintre naïve et populaire originaire du Limousin, Germaine Coupet, surnommée Existence (1892-1952) par ses amis Henri-Pierre Roché et Franz Hessel.

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Portrait photographique d'Existence par Man Ray.

 

        Bergère, aventureuse, n'ayant guère froid aux yeux, modèle à Montparnasse (photographiée par Man Ray), elle avait gardé au cœur la nostalgie de son enfance âpre et trépidante, fauchée aussi, passé dans son cher Limousin, non loin de Saint-Léonard de Noblat dans les années du début XXe siècle, en un temps où la civilisation rurale était d'un autre âge, comme d'un autre pays, distinct de celui des villes. Cela rejaillit dans deux nouvelles, écrites avec force et authenticité, publiées dans les années 1930, "Village" et "Didi".

Existence, Mère, enfant et chèvre (compressé).jpg

Existence, portrait de sa mère, Catherine, raconteuse et forte personnalité...

 

     Les éditions Plein Chant, en 2006, avaient déjà confié aux deux chercheurs passionnés des peintres naïfs montmartrois, Bertrand et Martine Willot, éditeurs de diverses biographies de ces peintres à l'enseigne de La Vie d'Artiste, le soin de présenter ces nouvelles de Germaine Coupet, assorties des souvenirs de sa sœur Céline.

Couv Nouvelles paysannes.jpg

Dans la collection Voix d'en bas, chère à Edmond Thomas des éditions Plein Chant...

 

      A peu d'années de cela, en allant visiter le musée Cécile Sabourdy à Vicq-sur-Breuilh, au sud de Limoges, j'avais été surpris de tomber, à côté de tableaux de naïfs fort valables, comme ceux de Cécile Sabourdy, autre peintre limousine, mais aussi de Maurice Loirand, de Bauchant, ou encore de Robert Masduraud, sur des œuvres d'Existence, à l'univers à la fois délicat et rugueux. Ce musée de Vicq sur Breuilh possède en effet, venus d'une collection particulière (et donc pas présents dans la collection permanente si j'ai bien compris), des tableaux de notre ex-bergère. Cette dernière mania ainsi deux moyens d'expression, l'écriture et la peinture, tous deux au service de l'évocation de la vie d'autrefois telle qu'elle l'avait connue dans sa jeunesse. Les deux moyens se complètent harmonieusement en effet, mais le phénomène n'est pas si fréquent chez les créatifs prolétaires.

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Existence, portrait de groupe dans la verdure.

Roulade sur la colline Accrochage été 2021 m C Sabourdy (2).JPG

Existence, jeux d'enfants (roulade sur une colline).

 

      Paru cette année, Dite Existence, une amie de Jules et Jim, par Martine Willot, aux éditions La Vie d'Artiste, revient sur la biographie de Germaine Coupet, apportant de passionnants nouveaux développements sur ses liens, en particulier, avec l'écrivain Henri-Pierre Roché, l'auteur du roman Jules et Jim, porté au cinéma on le sait par François Truffaut, et avec son camarade Jules, l'écrivain allemand Franz Hessel, l'auteur des chroniques intitulées Flâneries parisiennes, entre autres. C'est à eux qu'elle dut son surnom, qu'elle adopta pour signer ses peintures.

Martine Willot, Dite Existence, une amie de Jules et Jim (2).jpg

Le livre de Martine Willot, Dite Existence, une amie de Jules et Jim, éditions La Vie d'Artiste AWD.

 

     C'est donc à la suite de cet ouvrage que Martine Willot, secondée par une conteuse, Frida Morrone (de la compagnie Astolfo sulla luna), qui lira des passages des nouvelles d'Existence, et avec mon soutien (pour passer des reproductions des peintures et dessins d'Existence, en la mettant en regard avec d'autres peintres naïfs, pour souligner points communs et différences), vient à la Halle Saint-Pierre le 31 mai pour le défendre.

      Mon intervention, en marge de celle de Martine Willot, vise à lancer un signe à nouveau à tous ceux qui n’ont pas abandonné l’idée de continuer de s’intéresser au corpus vaste et hétéroclite de l’art naïf, genre d’art autodidacte qui a été supplanté (injustement) par la vogue de l’art brut depuis quelques décennies. L’art naïf insolite et de qualité (à distinguer de l’art naïf mièvre et gentillet) a toujours quelque chose à nous dire.

Existence, La promenade du petit maître (2).JPG

Existence, La promenade du petit-maître (l'image pourrait facilement illustrer le passage où Existence évoque dans Village cette promenade d'enfant étouffé par son environnement bourgeois corseté).

18/05/2025

Un inspiré à la Dominique, l'art brut est décidément mondial

Statues (couple) à la Dominique, ph Pascal Hecker.jpg

Site à la Dominique, comme un couple couvert de sucre glace ;  photo Pascal Hecker, 2025.

    

       Je dois avouer que j'étais dans un état second lorsque l'ami Pascal Hecker m'a appelé pour commenter une volée de photos (prises par lui, je crois, mais ne n'en suis plus tout à fait sûr) représentant des éléments de décor insolites, situés très près de la bordure de route, quelque part sur l'île de la Dominique, endroit paradisiaque où il semble être allé pérégriner ces derniers temps. Cela se situe aux Caraïbes, entre la Guadeloupe et la Martinique, cette Dominique, qui fut une colonie britannique et qui est désormais indépendante, restant cependant membre du Commonwealth. Pascal s'est trouvé surpris de découvrir un ensemble de petits édifices munis pour certains de croix, comme si on était dans un cimetière, et pour d'autres flanqués de sorte de clochetons protubérants.

Edifice avec croix, La Dominique, ph P Hecker.jpg

Photo P.H., 2025.

Edifice avec clochetons et tour, la Dominique, ph P Hecker.jpg

"Next door" est-il inscrit sur une porte, comme pour indiquer une autre entrée... de W-C? Ou d'une chambre d'une sorte de motel bizarre? Ou de l'entrée d'un lieu sacré, une fontaine consacrée par exemple? ; ph. Pascal Hecker, 2025.

 

       Une sorte de tour de Babel sommaire, à moins qu'il ne s'agisse d'une tour de Pise redressée (par l'auteur n'ayant pas perçu ce détail, ou bien ayant sciemment voulu la redresser?) se tient très près de la route, ayant en outre une petite sœur à un autre endroit (voir ci-dessus). 

Sorte de tour de Babel à la Dominique, ph Pascal Hecker.jpg

Tour de Babel? ; ph. P.H., 2025.

 

       Autres curiosités au sein de ce complexe d'inspiré dominicain, on trouve des statues. Outre le couple couvert de sucre glace que j'ai incrusté au début de cette note, on relève aussi une statue de boxeur (il me semble bien), peut-être une réminiscence de l'ancienne activité du propriétaire? Elle jouxte une statue orange de femme ailée dont le photographe n'a pas daigné nous fournir l'apparence côté face...

Statue de boxeur à la Dominique, ph Pascal Hecker.jpg

Le boxeur à la carrure maousse ; ph. P.H., 2025

Statue femme ailée, La Dominique ph P Hecker.jpg

Le dos de la femme ailée - levant les bras? - qui me fait penser à une statue qui lui ressemblait, sorte de harpie, dans le jardin de statues naïves de Martial Besse dans le Lot-et-Garonne (voir le Gazouillis des éléphants et Eloge des Jardins anarchiques) ; ph. P.H., 2025.

 

      Cela ne s'arrête pas là, on peut aussi voir sous une sorte d'avancée de toit un autre couple de statues, façonnée d'une manière tout aussi brute que les autres, et pas couvertes de peinture cette fois.

Statues couple sous abri d'un petit édifice, la Dominique, ph P Hecker.jpg

Comme un couple de gardiens... ; ph. P.H., 2025.

 

      Et, à d'autres endroits, on aperçoit également des éléments d'architecture qui font un peu songer à des ornements mauresques, comme un souvenir d'influence hispanique?

Arche, site la Dominique, ph P Hecker.jpg

Une arche à laquelle je trouve une vague ressemblance avec de l'ornementation de palais arabo-andalou... ; ph. P. Hecker, 2025.

11/04/2025

Sur un dessin d'Hélène Lagnieu

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Hélène Lagnieu, Le grand passeur, technique mixte (graphique) sur papier, 45 x 100 cm, 2022. Exposée  jusqu'au 20 mai 2025 à l'Atelier Véron, 31 rue Véron à Montmartre (Paris). www.atelier-veron.com

 

 

Le grand passeur

(sur un dessin d’Hélène Lagnieu)

 

 

      J’étais un grand mammifère marin dérivant sous un courant mou, l’œil mouillé (bien sûr, mais humide aussi d’un vague désespoir), les lèvres entrouvertes pour absorber ce qui passe, menu fretin, algues, plancton, débris, au sein d’une mer idéale (sans poison)… et, plus merveilleux, rachetant de ces débris, avalée tel Pinocchio rejoignant son père dans le ventre d’une baleine, une femme nue aux longs cheveux gris, sur le corps de laquelle, en transparence, étaient visibles les trompes de Fallope, si semblables à des cornes de bélier, comme un guidon auquel s’agripper... (Trompes de Fallope ‒ trompes d’abondance ? ‒ et cornes sont des leitmotivs de l’artiste)

      J’étais un paysage flottant, à crinière ou nageoire moirées, petit bois à la lisière d’un horizon hérissé d’une tête de femme contre laquelle reposait le museau bienveillant d’un cerf (cerf, cerf, ouvre moi, car le chasseur me tuera ?) au regard énamouré. Composite paysage, agrégeant éponges, grumeaux dorés, épine dorsale d’un poisson dévoré, au bout de laquelle fondait une goutte rose, comme la naissance d’un nouvel organe, et un quadrupède à tête ourlée de collerette et dos sommé d’une double autre tête, femme (ou homme) et hybride, caprin ou cheval, tout à la fois, dont les racines étaient les poils de la bête…

      Tout était ramification, arborescence, capillarité en moi qui suis essentiellement un agrégat de figures et matières aussi inattendues que celles des tableaux de Jérôme Bosch, à l’exemple de ce museau de reptile surgissant d’une corolle de chair éclosant, à moins qu’il ne s’agisse d’un minuscule tronc d’arbre mort. La leçon de Dali n’a pas été oubliée non plus, regardez dans les lames de mon aileron caudal cette ébauche de désagrégation sur le point de générer une image incessamment à naître, peut-être des fourmis, animaux chéris du grand Salvador. Dans chaque lambeau de ce rassemblement de chairs roses et pâles, dans ces coraux tremblotants, rappelant des déchiquetures de viande rosâtre réchappées d’un étal de boucherie ou de poissonnerie, peut à tout moment se dévoiler une figure imprévue, par exemple ce poisson à bec drolatique escorté d’un être spectral – son commensal –, presque squelette. Le tout flottant dans des fragments anatomiques, avec glandes, poumons aux filaments labyrinthiques, posés dans des mousses et lichens.

      Mais ce tout va, flotte doucettement, porté par le courant blanc, dans la mer invisible du rêve.

 

      Bruno Montpied, avril 2025.

04/03/2025

Audi, Oh dis...

     Il paraît, à ce que m'a dit Régis Gayraud, mon correspondant spécialiste des bagnoles en tous genres et toutes époques, que chez Audi, marque allemande je crois, ils ne comprennent pas trop pourquoi une certaine gamme de tutures de chez eux ne se vend que modérément en France.  C'est pourtant pas très difficile à comprendre lorsqu'on découvre le sous-titre desdits bolides, semblant vouloir rivaliser avec les meilleures de nos productions intestinales...

Audi étron.jpg   !

25/02/2025

Un tableau ancien d'Alain Dettinger exhumé d'une loge de concierge...

EXPOSITION SURPRISE

Autour de l'image.jpg

Du 28 février au 3 mars 2025
 

Alain DETTINGER
 

à la galerie Autour de l'Image, au 44 rue Sala Lyon 2

 


EXHUMATION

 

Alain Dettinger, Sans titre, 1969 (tableau retrouvé), 2,50x1,50 m environ..jpg

Sans titre, Acrylique sur toile de jute, 213x127cm, 1969.

 

Le mot de Bruno Montpied

 

         Il sortait des Beaux-Arts en 1969, le jeune Alain, et il n’avait qu’une envie,  celle de désapprendre à dessiner, abandonner la posture réaliste, et notamment se détourner des peintres lyonnais. Dubuffet, Chaissac et d’autres artistes primitivistes du même calibre faisaient souffler un vent où l’on réduisait les têtes à des graffiti. Il prenait exemple sur eux.

          C’est dans une loge de concierge que fut retrouvé récemment un grand format de cette époque. Qu’y voit-on ? Une foule de carnaval où se pressent comme des faces de clown, éberluées. Cela respire un tendre expressionnisme, empreint d’un zeste d’esprit caricatural. Alain Dettinger n’en avait sans doute pas conscience alors, mais, avant sa période des Robots, il avait déjà pris place parmi les préfigurateurs de l’art que l’on appelle aujourd’hui « singulier », les inspirés de l’art brut et du primitivisme, cette cohorte d’artistes en rupture de ban qui refusent les académismes. Ces derniers cherchent à pauvrement mimer une réalité seulement envisagée dans sa version rétinienne.

31/01/2025

Olga la bifurqueuse (attention, article de pur copinage)

 Portrait d'Olga derrière le rideau de ses photos.jpg       Olga, on la connaît à la Halle Saint-Pierre où elle s'est longtemps occupée de la com'. Maintenant, il paraît, les pages se tournant (nos amis les premiers libraires, Laurence puis Pascal, se sont carapatés en tête, laissant la place à des nouveaux, tout aussi sympathiques, Stéphane et Elizabeth), qu'Olga a préféré laisser la place, pouvant ainsi s'adonner à sa passion centrale, la photographie. Elle s'en vient, jusqu'au 16 mars, présenter dans la partie "Galerie" de la Halle (rez-de-chaussée) quelques-uns de ses travaux actuels (voir photo ci-dessus de Bruno Montpied).

Les sentiers qui bifurquent.jpg

Olga Caldas, expo "Le Jardin aux sentiers qui bifurquent", dossier de presse à la Halle Saint-Pierre.

 

     Et ce que je préfère chez elle, quand elle ne se lance pas dans des expos-concepts pour jouer à la grande photographe – du genre ficelage en faux shibari des uns et des autres (je me suis laissé dire que l'on a retrouvé jusqu'à l'ami Régis Gayraud, par exemple, qui s'était laissé ligoter, mais vraiment pas très serré...) – , c'est sa grande sensibilité vis-à-vis de la chose botanique. Dans l'expo de la Halle, on peut ainsi voir, agrandies comme par hasard (elle sait ce qu'elle fait de mieux, la bougresse!), deux corolles aux mystères veloutés comme la chair noire et blanche de crémeux cygnes. Rien que ces deux clichés méritent le détour par la Halle.

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Olga Caldas, volute florale, 2024.

 

     D'autant que bientôt devrait débuter une nouvelle expo dans la salle du bas consacrée à l'intriguant art brut iranien. Que de raisons de débarquer à la Halle Saint-Pierre, donc...

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Olga Caldas (2024), quelle est cette lumière cachée au fond de ce calice, de quel délice est-il la promesse?

08/01/2025

La cabane sauvage de Nicolae (un petit Richard Greaves en plein Paris)

      Décidément depuis quelque temps, peut-être du fait de la grande tolérance, de la municipalité et des pouvoirs publics, il paraît normal de voir se multiplier des initiatives architecturées sauvages en plein espace public. J'ai déjà parlé sur ce blog ou sur Instagram d'autres créations dues à des SDF et autres marginaux (je pense notamment à Papillon qui était Gare de l'Est, évoqué sur mon profil Instagram ("Zoufi54") à la date du 4 mai 2022 1 - Avril 22, 3 (2).jpg(voir ci-contre), ou bien encore à Michel Godin des Mers, qui réclamait par le truchement d'une voile hissée entre deux vélos un logement gratuit pour tous). Dès que je peux, je photographie leurs invraisemblables constructions réalisées à même la rue, en l'occurrence ici par-dessus, semble-t-il, un équipement du mobilier urbain qui a servi de fondation en quelque sorte. Boulevard Raspail, entre l'immeuble de verre de Jean Nouvel conçu pour la Fondation Cartier (qui va bientôt déménager), et de l'autre côté du boulevard, deux écoles d'architectures (l'école Camondo et l'Ecole Spéciale d'Architecture), extraordinaire et ironique pied de nez à l'architecture et à la culture savantes en somme, se dresse actuellement la première cabane de bidonville à étage que je connaisse à Paris... Cela représente un saut qualitatif certain dans l'architecture précaire et sauvage en milieu urbain.

 

2, la cabane, plus près (2).jpg

3 De face, ec spe d'archi au fond à gauche (2).jpg

4. L'entrée de la cabane (2).jpg

La cabane de Nicolae, photos Bruno Montpied, 26 décembre 2024 ; comme il est demandé sur un panonceau rédigé à la demande du constructeur, j'ai laissé un peu de sous dans une corbeille pour remercier d'avoir pris ces photos, sans être bien assuré que cette menue monnaie, exposée au vu et au su de tous les passants, ne soit pas dérobée, car je n'ai vu personne le jour de mon passage...

 

      L'auteur paraît se prénommer Nicolae, diminutif Nico. Prénom qui sonne roumain ou moldave. Il y a des inscriptions à plusieurs endroits de la cabane, assez hétéroclites et désordonnées, un peu comme l'architecture de l'ensemble, fait de bric et de broc, à l'aide de clous et de planchettes, d'accessoires récupérés, tout en paraissant solide. On pense inévitablement aux cabanes, certes infiniment plus développées, de guingois, qu'avaient édifiées au Canada l'artiste Richard Greaves, avant de les abandonner à un sort "aléatoire" (voir ci-contre une photo de Mario Del Curto montrant la "Maison des Trois petits cochons"). Richard Greaves, Maison des trois petits cochons, ph Del Curto.jpg

 

5. La cabane de profil (2).jpg

La cabane de Nicolae de profil, avec des inscriptions au ras du sol, où le prénom d'Elvis, Presley sans doute, revient une première fois (il est répété ailleurs aussi) ; des boîtiers de DVD sont collés ici et là sur le mur, avec d'autres formes comme placées au petit bonheur ; on voit que la base, peinte en mauve, est une construction déjà présente sur le trottoir, dont l'auteur s'est servi comme base par détournement de fonction ; comme on le voit aussi, il y a un escalier desservant un étage qui éloigne probablement l'occupant de la rue et de ses possibles importuns ; ph. B.M., 2024.

6. Escalier à la Greaves, marmite à clous (2).jpg

L'aspect hasardeux des montants de l'escalier, qui me font penser plus particulièrement à Richard Greaves ; ph. B.M., 2024.

 

      La cabane proprement dite est précédée d'une installation qui ressemble à une sorte de préambule à trois dimensions, à mi chemin d'un parasol de plage et d'un arbre de Noël. Une inscription, dans un français maladroit, annonce deux fois sous deux orthographes différentes et toutes deux approximatives, "LAGE DE NOIE", et "LARRE.B NOOE", qui, à mon avis, désignent peut-être un "Arbre de Noël" (nous étions le lendemain de Noël). Arbre de Noël qui peut avoir été figuré par le panneau peint en vert qui supporte la deuxième inscription.

10. La cabane et les éléments avt l'entrée, (Lage de Noie) (2).jpg

ph. B.M., 2024.

 

     Au milieu de cette installation au sein de laquelle trône une grosse peluche rouge, l'auteur a posé un panonceau, signé Nico, s'adressant aux visiteurs, probablement rédigé avec l'aide d'une bonne âme et réclamant un peu d'aide. Un peu plus loin, avant la cabane, on découvre également une table surmontée d'une caisse sur laquelle repose un plateau hérissé de flûtes peintes en blanc : instrument de musique? Œuvre d'art? Difficile de se prononcer...

12. Avis Bonjour à toutes et à tous (2).jpg

Ph. B.M., 2024

 

Merci à Juliette et Jean-Louis Cerisier qui ont attiré mon attention sur ce lieu.

06/01/2025

Qui a occulté les jolis taureaux naïfs de l'ancienne boucherie de la rue Mouffetard?

    AVANT... 

Boucherie de la rue Mouffetard, près pl Contrescarpe, 2001 (2).jpg

Boucherie de la rue Mouffetard, près pl Contrescarpe, détail (2).jpg

La devanture de l'ancienne boucherie du 6 rue Mouffetard, Paris Ve ardt ; photos Bruno Montpied, 2001.

 

APRÈS (aujourd'hui)...

Boucherie ancienne 6 rue Mouffetard, 2024 (2) .jpg

La même devanture vingt-trois ans plus tard...  ; ph. B.M., 2024.

 

     Je n'étais pas repassé depuis belle lurette rue Mouffetard, à la hauteur de la place de la Contrescarpe, mais je devine que la modification (un gommage?) intervenue sur la façade du n°6 de la rue n'a pu intervenir que depuis peu... Le rouge de la façade étant encore présent, comme monté au front de l'immeuble sous l'affront subi.

     Qui a osé ce crime de lèse-majesté ayant consisté à nous effacer un signe de poésie primesautière de plus, pourtant en place depuis des décennies au cœur même du vieux Paris? Quel obscur vandale a-t-il occulté ces magnifiques taureaux et moutons, vestiges d'un ancien commerce de boucherie ? Le cercle des amateurs du vieux Paris populaire a-t-il eu une éclipse dans sa vigilance? On aimerait le savoir et surtout se consoler en pensant que les bovidés et ovins ont été mis en lieu sûr dans un quelconque musée Carnavalet...

    Paris s'en va, Paris s'efface, mais jusqu'à où et quand ? Et ne pense-t-on pas à nos braves touristes étrangers qui aiment davantage Paris que les Parisiens eux-mêmes et qui ne verront plus ce détail, pourtant un de ceux qui font de la capitale une curiosité pittoresque, un de ces témoins d'une autre vie quotidienne où la poésie pouvait être vécue aussi bien par le populo que par les bourgeois?

 

30/12/2024

Des Zoulous et de la céramique, une rencontre inattendue

       Les découvertes prennent place au hasard des balades dans les rues. Cette fois, cela s'est passé un jour de haute solitude comme j'en ai le secret. Je baguenaudais autour de la rue de Richelieu, et venais de rejoindre la rue Sainte-Anne, aux restaurants japonais et coréens que j'ai toujours envie d'essayer les uns après les autres, tant ils sont promesses de délices gustatifs. Et, je tombai plutôt ce jour-là sur des céramiques qui s'exhibaient derrière la vitrine d'une boutique d'orfèvrerie et d'argenterie, s'intitulant "Galerie" (...Isabelle Turquin), et qui avait été autrefois, apparemment, une pharmacie, puisque l'enseigne en lettres dorées existait toujours. Une affiche subsistait sur la porte d'entrée, annonçant une exposition qui s'était achevée début novembre, de "céramiques zouloues", en provenance d'un Atelier Ardmore sur lequel on ne pouvait recueillir la moindre précision supplémentaire (pour en savoir un peu plus, il faut aller sur le site web de ladite galerie).

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Photo Bruno Montpied, 2024.

 

     Les deux zèbres aux étranges couvre-chefs, ressemblant à des crabes, me frappèrent tout de suite. Et mes yeux éberlués dérivèrent alors, comme sujets à une aimantation, vers de non moins étranges pièces de vaisselle, brocs et vases, plats et pots, théières et soupières, saladier... aux rutilantes couleurs, et surtout "criblées", surmontées, d'animaux fort réalistement sculptés et peints, gambadant à leurs pourtours, en cabrioles parfois, recroquevillés en anses, tels les animaux de Barnard Palissy à la Renaissance qui, dans ses très rares plats de terre vernissée retrouvés, dont se sont inspirés nombre de suiveurs du XVIIe au XIXe siècle (tels qu'on en voit par exemple au Musée Dupuy-Mestreau, à Saintes, ville où vécut Palissy ; voir ci-contre un plat photographié par moi audit Musée), n'hésitait pas à en faire surgir plantes et animaux en relief. Plat de suiveur de Bernard Palissy, rustique figuline.jpg

On appela ces créations de céramique des "rustiques figulines".

 

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Un broc en céramique zouloue derrière la vitrine de la galerie Isabelle Turquin, dont l'anse est formée d'un singe ; ph. B.M.., 2024.

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Une soupière chevauchée par des éléphants que l'on imagine facilement en train de gazouiller... ; ph.B.M., 2024.

 

     Il y a quelque chose des prémices de l'Art Nouveau dans ce baroquisme-là. Les céramiques zouloues, venues d'un atelier d'Afrique du Sud, participent à mon sens de cette "rusticité"-là. Il y a quelque chose aussi du surréalisme et de son rapport aux objets devenus "à fonctionnement symbolique" durant les années 1930, dans cette utilisation d'effigies d'animaux africains, acrobatiquement assemblés et fusionnant comme autant d'éléments esthétiques libérés de leurs représentations habituelles, manipulés avec une grande souplesse, loin de tout réalisme en dépit de leur apparence de détail. On peut détailler le catalogue de cette exposition passée de la galerie de la rue Sainte-Anne (qui doit pouvoir montrer encore sur rendez-vous diverses pièces de cette céramique fort originale) en cliquant sur le lien des céramiques zouloues que j'ai placé plus haut dans cette note. Il mène directement au catalogue en pdf. Allez, je suis pas chien, je vous le remets ici aussi.

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Soupière aux panthères et théière avec gazelles; ph. B.M., 2024

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Saladier cerné de singes ; ph. B.M., 2024.

31/10/2024

"Le Gazouillis des éléphants", avec ses 305 inspirés des bords de route, reparaît ce jour!

      On a envie de prendre un grand portevoix pour clamer: Oyez! Oyez! Le Gazouillis des éléphants, vous l'aviez demandé, eh bien, le voici enfin qui reparaît, sous une livrée d'une autre couleur, histoire de marquer le passage du temps. C'est une réédition, il fallait l'indiquer par cette nouvelle couverture de teinte aubergine, et aussi en accomplissant une mise à jour de quelques informations, ce qui justifie qu'il soit marqué justement "édition revue et mise à jour". Il n'y a pas – je m'empresse de le préciser, car la question va m'être posée – de sites supplémentaires par rapport à la 1ère édition qui datait de 2017. Cela sera peut-être pour plus tard, "Le Gazouillis des éléphants, le supplément". Non, ici, on a des dates, des états actualisés de certains sites (dans la mesure où j'en fus informé, notamment par divers correspondants), un nom rétabli (Antoine Rabany, le sculpteur de certains Barbus Müller), des coquilles (rares) corrigées, la bibliographie légèrement augmentée, des choses comme ça...

 

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Le communiqué de presse...

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     Le livre est relié plus solidement, la couverture n'est plus feutrée, mais plus lisse (et peut-être un chouïa plus rigide), je dirais, mais les caractères dorés des titres et sous-titres ressortent avec plus de contraste sur ce fond violet (teinte aubergine, pour être précis). L'éditeur est Hoëbeke, qui appartient au groupe Gallimard, et les éditions du Sandre co-éditent. La maquette, la mise en pages n'ont pas changé. Je pense, je le souhaite, que cette nouvelle mouture sera encore plus diffusée que la première édition. De ce fait, tous ceux qui le recherchaient ne devraient pas avoir de mal, désormais, à en trouver un exemplaire...

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Roger Mercier (1926-2018), Poséidon et les sirènes, "Le Château de Bresse et Castille", à Damerey (Bourgogne) ; ce site serait visitable après demande en mairie... information de 2020 (exemple de mise à jour informative dans cette nouvelle édition, dans un domaine qui évolue perpétuellement) ; photo Bruno Montpied, 2013.

26/10/2024

Le phare perdu de Montparnasse

      Il était pour de faux, paraît-il, mais il nous éclairait poétiquement... Ce phare de la rue Castagnary, le long des voies de chemin de fer de la Gare de Montparnasse, démoli en 2017 était une sorte d'enseigne pour le commerce de poissonnerie situé en dessous. Il y avait un marin pêcheur en mannequin à ses pieds et il portait une inscription à calembour assez fin je trouve, à ce qu'a rapporté un certain Philippe Chain de l'association Paris Breton: "Les Bretons sont tous frères car ils n'ont Quimper". Las! Il a fallu rayer de la carte ce petit monument insolite, décalé dans le décor urbain environnant (tout en ayant un sens lié à son emplacement géographique), pour construire à la place des  logements.

     Les traces des Bretons à Paris s'effaçent, paraît-il, de plus en plus autour de cette gare de l'ouest.

Phare de la rue Castagnary, ens d'une poissonnerie (démoli).png

Rue Castagnary, XIVe arrondissement, Paris.

Phare de la rue Castagnary, près de la gare de montp (répl du ph du Croisic).png

Il semble que ce phare décoratif était une réplique d'un phare du Croisic.

13/10/2024

Après le Pont Travesti, le Galion évanoui...

       Je continue à vous parler des lieux poétiques que l'on fait disparaître sans coup férir... 

     Il y a pas mal d'années (40 ans?), je me souviens d'avoir découvert un peu par hasard un restaurant au décor poétique, sa thématique étant incontestablement maritime. Il s'appelait, me semble-t-il, le Galion, et tout dans sa décoration était en rapport avec ce type de navire. Il y avait des gros filins et cordages en guise de rampes, des sortes de hublots donnant sur la mer (en photo), des ancres peut-être, des voiles, des tentures. Le patron n'était pas pour autant un pirate et il n'y avait pas de malle au trésor cachée dans un coin, même si mon imagination a tendance  à en rajouter pour combler les trous dans mon souvenir incertain du lieu.

      J'aime toujours ce genre d'endroits, comme le bistrot A l'Éléphant qui se trouvait Boulevard Beaumarchais, non loin de la Bastille, dont le décor était aussi assez obsessionnel, systématiquement en rapport avec le pachyderme (appliques en forme d'éléphant, photos d'éléphants, éléphants sculptés en frise au-dessus du bar – l'ai-je rêvé ? –, éléphants minuscules sur les serviettes?, etc.). Je ne sais ce qui avait motivé les propriétaires, un mixte  de la légende (ou de la véridique anecdote?) de l'éléphant s'étant échappé d'un cirque (le Cirque d'Hiver tout proche?) et de l'éléphant ayant autrefois existé, en plâtre, éphémère, sur la place également toute proche de la Bastille, ce même éléphant à l'abri duquel Gavroche se cache dans les Misérables de Victor Hugo... Il a été effacé en tout cas, lui aussi.

     Ces lieux à thème décoratif poétique ont tendance décidément à disparaître, emportés par un asséchement imaginatif caractérisé propre aux nouveaux commerçants dont les mentalités volent au ras des pâquerettes. Le Galion, qu'en reste-t-il aujourd'hui? Rien du tout. Un restaurant turc a pris sa place et je gage qu'on y rêve beaucoup moins... C'était rue du Faubourg Saint-Denis, dans le 10e arrondissement...

 

Galion évanoui, remplacé par Sandwich turc, rue du Fbg St-Denis.jpg

Le Galion était à l'emplacement de l'actuel Grill Istanbul, sur la gauche de la photo (sous la flèche), tout près de la Gare de l'Est. Photo Bruno Montpied, octobre 2024.

25/09/2024

Jacques Brunius sur France-Culture bientôt

     Voici que dans les archives sonores de France-Culture, on annonce à une heure très matinale la rediffusion d'une émission de 1983 sur Jacques Brunius. Jugez-en plutôt ci-dessous. Ce sera l'occasion d'en apprendre plus sur ce sympathique surréaliste anglophile, touche à tout génial comme disait André Breton, collectionneur d'art insolite, grand curieux de toutes sortes de créations inopinées, cinéaste inventif (Violons d'Ingres, c'est lui), acteur, collagiste, critique de cinéma. J'en ai souvent parlé sur ce blog.

 

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Jacques Brunius dans le rôle de Fouché dans La Belle Espionne de Raoul Walsh.

*

Nuit du vendredi 11 octobre au samedi 12 octobre 2024

 04:27 - 06:37 Les samedis de France Culture - A la recherche de Brunius (1ère diffusion : 07/05/1983)

Par Paule Chavasse et Jean-Pierre Pagliano - Avec André Bay, Yannick Bellon, Louis Bloncourt, Anne Cottance, Marguerite Fawdry, Roland Penrose, Paul Grimault, Claude Heymann, Ado Kyrou, Pierre Prévert, Michel Laclos, Lucien Logette, Marc Maurette, Jean Mitry et Claude Roy - Avec en archives, les voix de Jacques Prévert et de Jacques Brunius dans la dernière émission des "Français parlent aux Français" (BBC) - Textes de Jacques Prévert, Lewis Carroll et Jacques Brunius - Interprétation Michel Bouquet, Pierre Delbon, René Farabet, Dominique Jayr, Michaël Lonsdale, Jean Topart et Maurice Travail - Réalisation Christine Berlamont.


podcast

Comptine lue par le sciapode à partir d'un recueil de comptains, comptines, formulettes et autres nursery ryhmes recueillis par Jacques Brunius (inédit?)

 

Portraits Une partie de campagne, ph Eli Lotar.JPG

Photo d'Eli Lotar en off du tournage (1936) de Partie de Campagne de Jean Renoir, avec les acteurs principaux, dont le deuxième à partir de la gauche, Brunius, et la troisième, Sylvia Bataille. Le film ne sortit qu'en 1946.

17/09/2024

Une trouvaille dans un bar alsacien par Darnish

Henri Rogy, l'Oiseau de France, 1912, tr ds des toilettes de bar, Colmar, ph Darnish.JPG

Henri Rogy, L'Oiseau de France, 1912 ; photo Darnish, 2024.

 

     Grâces soient rendues à l'œil aiguisé de l'ami Darnish qui m'a transmis la photo ci-dessus, d'après un tableau déniché dans les toilettes (!) d'un bar de Strasbourg. Où se cache l'art naïf? Dans des recoins dédaignés, dirait-on.

     Que dire de cette peinture, à part le fait qu'elle paraît représenter des Alsaciens saluant le passage d'un aéroplane venu de la France non occupée par les Prussiens, regardé avec les yeux de Chimène par des habitants nostalgiques de la France, la scène se déroulant au pied du poteau de frontière – datant de 1871! – entre ce dernier pays et le Reich allemand, ce dernier ayant annexé l'Alsace et une partie de la Lorraine, suite à la guerre perdue par Napoléon III.

   1912... Encore deux ans, et la guerre se rallumera, avec pour conséquence la reprise de l'Alsace et de la Lorraine dépecée, en 1918 (jusqu'à la guerre suivante, pour quelques années de plus d'annexion). En 1912, les rapports avec l'Allemagne sont tendus depuis 1905. La Lorraine n'est pas totalement occupée, tandis que Metz, qui apparaît sous forme de pancarte dans ce tableau, l'est (voir la carte ci-contre avec la frontière en jaune qui matérialise le découpage postérieur à la guerre de 1870). art naïf,henri rogy,revanche,alsace-lorraine occupée,patriotisme,guerre de 14-18,oiseau de france

 

 

      Des peintres prennent à cette époque le sujet de la revanche contre l'Allemagne pour sujet. Comme un certain Alfred Bettannier  (Metz, 1851 - Paris, 1932) qui réalise quelques tableaux marquants  comme La Conquête de la Lorraine en 1910 ou encore... Oiseau de France en 1912. "Oiseau de France", c'est précisément le titre du tableau retrouvé à Strasbourg. Tiens, tiens...

     Il s'avère que le tableau de ce titre, de Bettannier, montre la même saynète. Il a été visiblement édité en carte postale et a dû beaucoup circuler, en particulier en Lorraine au début de la décennie des années 1910. Rogy l'a démarqué sans l'ombre d'un doute, dans une attitude fréquente chez les artistes populaires (j'ai évoqué déjà sur ce blog le cas d'un certain Kobus qui sculptait des panneaux en bas-relief d'après des gravures). Voici la carte (en noir et blanc) du tableau de Bettannier:

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Alfred Bettannier, Reproduction photomécanique du tableau (original non localisé) L'Oiseau de France, Salon des Artistes français de 1912. ; cette reproduction sur papier est conservée au musée municipal de Nuits Saint-Georges.

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Alfred Bettannier, L'Oiseau de France, 1912 ; reproduction trouvable sur Wikipédia...visiblement du tableau original.

 

      Confronter les deux oeuvres permet de mesurer la différence entre la fraîcheur stylisée de l'art naïf et la banalité de l'art réaliste. On dirait aussi deux interprétations de classe vis-à-vis de mêmes gens réunis dans une même saynète. D'un côté, Rogy voit des gens simples (je dénombre 14 personnages dont deux enfants en avant du groupe, les pieds chaussés, les visages étant sommairement dessinés, les corps étant plutôt raides), là où Bettannier campe plutôt des gens respectables (je dénombre un peu plus de personnages: 18), certes choisis dans plusieurs catégories de la population (on voit un curé, des paysans, des garçons de la campagne en arrière-plan, avec les deux enfants de l'avant-plan qui sont pieds nus, cela dit, tous personnages peints avec souci du détail).

   J'ajoute ci-après l'explication figurant dans la notice de la POP (Plateforme Ouverte du Patrimoine), qui commente la reproduction d'après Bettannier : 

    " "C'est un oiseau qui vient de France" est une chanson revancharde évoquant l'annexion par l'Allemagne de l'Alsace-Lorraine, créée en 1885 par Camille Soubise (paroles) et Frédéric Boissière (musique). Elle conte l'espoir rendu à une fillette et un vieillard par l'arrivée en Alsace d'une hirondelle venue de France. En 1912, le sentiment "anti-allemand" est encore présent et la chanson très populaire, au point que le peintre français Albert Bettannier expose au Salon des Artistes Français le tableau reproduit ici, sous le titre "L'Oiseau de France". Il s'agit d'une mise en images de la chanson, dans laquelle on reconnaît la petite fille et le vieil homme, figurés avec d'autres Alsaciens à la frontière séparant l'Alsace de la France. Ce n'est pas un oiseau qui leur redonne l'espoir, mais un avion français. Car c'est aux alentours de l'année 1910 que l'aviation fait son entrée dans les armées européennes. La nouvelle machine de guerre incarne, ici, la possible reconquête des terres perdues."