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26/12/2012

Arsène Vasseur, un autre créateur anonyme en Picardie

    Cela fait quelque temps que Laurent Jacquy (du blog Les Beaux Dimanches, voir liens en colonne de droite) m'a fait passer une minuscule brochure consacré à un autodidacte inconnu nommé Arsène Vasseur, document qui paraît être la seule trace  qu'ait bien voulu laisser transpirer le Musée de Picardie, en organisant à Amiens du 27 février au 28 mars 1999 une exposition au Centre Culturel du Safran.Album de l'expo AV 99.jpg

    Il s'agissait pour ce musée de faire découvrir, à l'occasion d'un événement exceptionnel (la quatrième édition de la série "Le Musée sort de sa réserve"), les objets, les "œuvres", les meubles décorés – voire certains documents photographiques ? – qui furent légués au musée après la mort du créateur. Arsène Vasseur, né en 1914, est en effet décédé en 1994. Malheureusement, peut-être par manque de sous?, ou par manque de motivation (plus probable, hélas, mais je ne voudrais pas me montrer trop pessimiste...), l'exposition, apparemment, n'a pas fait l'objet d'un catalogue (si je m'en tiens à ce que m'en a dit Laurent Jacquy). C'est bien dommage, étant donné que c'était la première fois qu'on sortait le bonhomme des réserves où il se retrouve enfoui... A peine a-t-on songé à laisser aux enfants un petit livret-questionnaire agrémenté de quleques minuscules photos qui me laissent personnellement grandement sur ma faim, mais qui constitue en même temps le seul tremplin dont mon imagination se saisit, tentant de vous transmettre une curiosité que j'espère contagieuse. Ce livret évoque les créations de ce Vasseur, à mon grand étonnement de lecteur éloigné, avec un sous-entendu que son œuvre est bien connue... Tu parles...

 

Arsène,-Magic-délirium-caco.jpg

Arsène Vasseur, Magic délirium cacophonic

Arsène,-avec-entre-autres-t.jpg

Vue de l'intérieur de la maison d'Arsène Vasseur avec différents tableaux d'hommage, à sa femme entre autres, et télévision décorée au premier plan 

     Il semble que l'homme ait eu deux passions, sa femme et ses violons d'Ingres qui consistaient à orner sa demeure de mosaïques de perles, de tableaux d'assemblages, de meubles richement ornés de matériaux divers agglomérés par-dessus (voir le tourne-disques à cornet que j'immisce au bas de cette note, ou la télévision recouverte d'un décor), s'élevant à la hauteur d'oeuvres commémoratives assez insolites, comme le meuble d'hommage à la Tour Eiffel bizarroïde ci-dessous...

 

Arsène-meuble-d'hommage-à-l.jpg

      En farfouillant sur internet, on ne trouve que fort peu de choses sur Arsène Vasseur. Le Musée de PicardieMusée de Picardie.jpg ne dispose pas d'une numérisation de ses collections les plus secrètes. Seul un entrefilet extrait d'un vieux numéro de L'Œil (n°504, mars 1999) apporte de maigres précisions: "Personnalité discrète, douée d’un véritable génie inventif, cet autodidacte a su créer un art original, à mi-chemin entre art populaire et art forain, inspiré tantôt par sa vie familiale, tantôt par son environnement urbain ou ses occupations domestiques (la philatélie). Dans ses reliefs, composés de matériaux de récupération – et principalement de plastique – prédominent un principe d’accumulation et le choix de couleurs vives, mêlées arbitrairement". "Arbitrairement", cela me paraît discutable, mais passons... Quant à la philatélie, en effet, on y pense en tombant sur le tableau qui ressemble à un projet (ou une copie ?) de timbre commémorant les exploits de l'aviateur Jean Mermoz (je n'en connais pas la taille, le livret n'apportant bien entendu aucune précision sur le sujet... Pas davantage du reste que sur les autres pièces reproduites).

 

Arsène-projet-de-timbre-pou.jpg

Arsène Vasseur, Mermoz, la légende "Barlangue" en bas à droite me laisse quelque peu perplexe, auriez-vous des éclaircissements à apporter, vous qui me lisez? [Ah merci à Luc M de Rézé (voir commentaire ci-dessous) qui, comme il fallait bien sûr le faire, a cherché sur Internet et a compris qu'il s'agit d'une signature, et que donc ce tableau d'Arsène est probablement une copie agrandie d'un timbre existant]

 

      Plus généralement, la façon de mosaïquer, d'assembler de toutes petits fragments évoque les collages de morceaux de timbres comme il s'en est fait beaucoup au cours du XXe siècle.

 

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Anonyme, XXe siècle, collage de timbres pour représenter un vase et un bouquet, anc. coll. Michel Boudin, actuellement coll. BM

 

     Sans oublier que cela possède aussi des rapports avec les bannières commémoratives sur tissu des soldats réchappés de campagnes militaires, ainsi qu'avec la marquéterie ou les reliquaires. "L'armoire à illusion" ci-dessous, dont je ne sais ce qu'elle abritait d'illusionniste, aide à se l'imaginer.

Arsène,-armoire-à-illusion.jpg

Arsène Vasseur, Illusion

 

     A noter enfin que notre héros devait probablement goûter passablement la musique (il est rapporté dans le livret que son affection se portait plus vers la "Marinella" de Tino Rossi que vers des rythmes rock n'roll), à voir son tourne-disques rudement embelli et son panneau magico délirant "cacophonic" (voir ci-dessus).

 

Arsène-tourne-disque-avec-M.jpg

 

 

16/12/2012

La chute de la maison Péridier, la fin d'une merveille?

     Un des mes souvenirs d'enfants les plus enchantés se rapporte à une balade que nous avions faite en compagnie de ma mère et de mon frère à Saint-Jean-de-Monts en Vendée il y a maintenant près de 50 ans... Comme il est d'usage, ce souvenir s'est bien entendu décomposé puis recomposé, lentement modifié au fil du temps. Je nous vois, entraînés par moi qui étais pourtant le plus petit des trois, à aller s'enquérir d'un bâtiment que je trouvais étrange, ses toits et tourelles émergeant des frondaisons d'une pinède à l'horizon, loin derrière les limites de la ville (ce paysage, dans mon souvenir, se tient comme un monde parallèle, situé à côté de la dernière maison de la cité sur le front de mer, la limite de la ville à cette époque étant marquée d'une façon nette, presque irréelle, la dernière maison étant suivie par une dune, des joncs, la pinède plus loin, etc.). Je prêtais à la demeure éloignée des charmes qui attisaient ma curiosité, il fallait à toute force qu'on aille y voir de plus près. Nous l'atteignîmes après quelques centaines de mètres, qui  sont plutôt des kilomètres dans ma mémoire, et tournâmes autour, le bâtiment se révélant désaffecté, fermé en tout cas à une exploration plus poussée, ce que nous n'aurions sans doute pas pu faire de toute façon en cas de portes ouvertes, ma mère timorée veillant prudemment à la légalité de nos actions. Je me souviens encore que je supputais en regardant à travers les soupirails de la maison en apparence délaissée sur l'identité de son habitant. Il y avait de la hantise dans ce lieu...

      Mais je me souviens aussi surtout de la quête, peu importait au fond ce que nous aurions trouvé dans la maison. Il y avait au bout de cet horizon un pôle de curiosité recélant toute forme possible d'enchantement. Et c'est cela que j'ai à nouveau éprouvé en lisant la note que Dom (qui se présente comme un "fouineur, héliotrope, naturiste, voire randonueur, canyonneur")   mit en ligne il y a quelque temps déjà sur son excellent blog Hérault Insolite à propos de ce qu'il avait baptisé "La Villa Mystère" à Castries. Très extraordinaire demeure en vérité!... Et site d'art brut majeur, je n'hésite pas à l'affirmer.

 

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Vue depuis la rue du domaine de Feu Roger Péridier à Castries, ph. Bruno Montpied, juillet 2012

      Cette maison ressemble à un château, ou à une demeure princière, aristocratique, avec ses longues balustrades imitant celles du Château de Versailles (c'est le résultat de moulages à partir de balustres récupérés), ses têtes d'angelots incrustés un peu partout,environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques son jardin fort allongé qui constitue, depuis le portail portant altièrement le monogramme du propriétaire,environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques une véritable mise à distance du passant (Dom écrit dans la seconde note qu'il a consacrée sur son blog à Péridier, qu'il s'agit d'une petite "folie, digne héritière populaire des folies montpelliéraines de l’aristocratie languedocienne" ; oui, mais soulignons bien que le propriétaire de cette "folie" était un ouvrier, ce que l'adjectif de "populaire" dans le texte de Dom ne dit pas assez). La bâtisse au bout de la perspective ne paraît être qu'une façade, analogue au fond à un décor de théâtre. Enfoncée quelque peu dans le sol, étirée de façon incroyable, surmontée d'une coupole d'observatoire, d'une éolienne... Très étrange tout cela décidément...  

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Vue rapprochée de la "folie" du sieur Péridier, ph. BM, juillet 2012

     Si l'on regarde plus attentivement, on s'aperçoit tout à coup que sont semées au loin, devant la maison, des statues de style incontestablement naïvo-brut, représentant des personnages qui pourraient bien être les acteurs de la pièce dont la bâtisse constitue le décor précisément. Un toréador, une "Bohémienne" qui a perdu les attributs qui permettraient de l'identifier ainsi (à moi, elle me paraît avant tout, à l'origine, ressembler à une danseuse espagnole, le peigne fiché au sommet de sa chevelure, un éventail à la main droite ), un Africain en chéchia (chargé de signaler par un ingénieux mécanisme l'arrivée d'un visiteur en tapant sur un tam-tam), des animaux (autruche?, fauve, chèvre), un cavalier à califourchon sur un taureau...

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Toreador, en juillet 2012, il brandissait à l'origine une muleta... qui a depuis disparu, de même que ses chapeaux... De plus son bras droit est ici en position levée, alors qu'à l'origine il était baissé, on doit donc supposer qu'il a été tordu... ph.BM

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Voici comment était le toréador dans son état neuf, la muleta au bout du bras droit, la pique au bout du bras gauche, et il a son chapeau, ph archives Péridier (publiée sur le blog Hérault insolite), date? Peut-être les années 90? ; à noter qu'un dispositif lui permettait de tourner pour être plus commodémeent orienté vers le taureau qu'il était censé mater...

environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques A noter que sur cette photo, le toreador a un chapeau plus traditionnel... Ph Archives Péridier (blog Hérault insolite)

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La "Bohémienne" devant la maison, tournée d'une façon qui ne correspond pas à sa position initiale, et divers de ses attributs d'origine ayant disparu, ph BM, juillet 2012

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Roger Péridier au milieu de son jardin, derrière la "Bohémienne", femme espagnole à la jupe jaune, tenant un éventail à la main et un peigne fiché au sommet de sa tête, ph Archives Péridier (sur le blog Hérault insolite), années 90?

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Un cavalier chevauchant un taureau, ph Archives Péridier (blog Hérault insolite) ; le taureau est toujours debout en 2012, mais le cavalier gît à terre renversé dans les herbes qui envahissent tout désormais...

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Vue de face du jardin avec la demeure en fond de perspective, archives blog Hérault insolite, années 90? 

     La plupart de ces figures sont fort abîmées, renversées à terre, recouvertes par la végétation qui envahit peu à peu le domaine en pleine décadence, passablement saccagé par des vandales insensibles à la magie et à la rareté du lieu.

      On trouve aussi sur internet un clip de jeunes musiciens qui se sont filmés dans le domaine en ruine, poussant la désinvolture à se montrer dansant avec l'Espagnole qu'ils font virevolter. Certes, leur démarche procède certainement à leurs yeux d'une volonté de faire connaître le lieu, mais les escalades qu'ils y font, le jeu avec l'Espagnole, il est vrai pourvue elle aussi d'un système rotatif, peuvent avoir des conséquences imprévisibles sur d'autres plus vandales qu'eux.

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Autruche (?) et autre statue renversées, ph BM, juillet 2012

       Le domaine Péridier est en effet à l'abandon, les héritiers de l'endroit étant divisés sur le sort à lui faire. Dom a pu cependant rencontrer deux petits-enfants, Amélie et Stéphan, qui ont su conserver au moins quelques traces photographiques révélant comment se présentait le site du temps de sa splendeur. Le père de ces deux petits-enfants affiche lui aussi la volonté de faire quelque chose pour sauver ce patrimoine (non seulement familial, mais aussi collectif dans la mesure où les spectateurs qui passent devant cette demeure devraient avoir leur mot à dire sur cet ensemble architectural et artistique s'imposqnt dans le paysage commun. 

    Le temps de sa splendeur n'était probablement pas très éloigné d'aujourd'hui, puisque Roger Péridier, le créateur, ancien couvreur-zingueur et bricoleur de génie, n'est décédé qu'en 2003 (il était né en 1914, et créa son domaine des années 30 à la fin des années 70, affirme Dom),  mais la ruine se propage vite hélas.

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Roger Péridier au milieu de son domaine, vers la fin de sa vie? Ph. Archives Péridier (blog Hérault insolite

      Roger Péridier a fait sa folie à partir d'un emplacement où il y avait à l'origine un cabanon inséré au milieu des vignes. Il avait la conviction, au rebours de la plupart de ses voisins, qu'il pouvait dénicher une source sur cette terre en apparence aride. Le voisinage du viaduc de Castries tout proche devait l'inspirer...

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Fontaine et périscope fiché dessus, ph. BM, juillet 2012

    Il se mit à creuser un puits avec les moyens du bord et il parvint à faire jaillir de l'eau! Le puits est toujours en place aujourd'hui, sous l'éolienne,  à quelques mètres d'une fontaine munie d'un périscope destiné à propager la lumière par un jeu de miroirs jusque dans les étages creusés en dessous. Car Péridier, en bâtisseur et bricoleur inspirés, avait aussi taillé des salles souterraines, de même qu'il avait installé toutes sortes d'ingénieux dispositifs que Dom détaille excellemment sur son blog Hérault insolite, et que je ne reprends pas ici, vous renvoyant à lui.environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques

Fauve, ph BM, juillet 2012

     L'ensemble de cette propriété aujourd'hui en pleine décadence, saccagée par toutes sortes de squatteurs inconscients, qui ne réalisent pas le génie mis en œuvre par Péridier et l'exemple qu'il nous donne en matière d'ingéniosité, d'économie d'énergie (ses éoliennes bricolées par lui, ses moteurs fabriqués à partir de fragments de machines-outils récupérées, un monte-charge...), déployées non seulement par souci écologique mais plus sûrement par goût du jeu et de l'ingéniosité recherchée pour elle-même, l'ensemble de cette propriété devrait bien entendu être sauvé, même si son charme a disparu depuis que son auteur nous a quittés. Elle ne doit pas être vendue, ni modifiée. Aux armes, amateurs des génies des bords de routes! C'est la poésie la plus pure qui meurt là-bas au milieu de l'Hérault...

 

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L'Africain en chéchia renvoyé à la jungle... Ph BM, juillet 2012

 

24/11/2012

Info-Miettes (20)

Boudin et Jakobowicz arrivent à Bègles

     Prochaine expo au Musée de la Création Franche, qui continue de permettre aux artistes et créateurs de la collection permanente de montrer leurs derniers travaux, Marie Jakobowicz et Michel Boudin. Ce dernier, on le sait, propose des dessins à l'encre où des petites bêtes ne cessent de tarabuster les êtres humains, histoire peut-être de leur rabattre le caquet.

 

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Michel Boudin, sans titre, encre sur papier vélin, 65 x 51 cm

 

     Sur la seconde, voici le texte qu'elle m'avait dans un premier temps demandé pour la présenter de façon franche (c'était son souhait à elle, des gens qui diraient le pour et le contre, et l'entre deux...) et qu'elle a finalement fait remplacer par une autre présentation:

     "Marie Jakobowicz me laisse perplexe. Si j’apprécie ses anciens pastels, discipline qu’elle pratique avec une aisance qu’elle a fini (bizarrement !) par trouver suspecte, je reste réservé en ce qui concerne toutes sortes d’autres travaux qu’elle veut de contenu « engagé » comme on disait dans les années 70. Ce choix à mon avis plombe l’envolée du merveilleux dont elle était aussi dépositaire.

         Et je me demande si ses réticences, sa suspicion à l’égard de sa maîtrise du pastel ne viendrait pas de son traumatisme concernant l’extermination des Juifs par les Nazis. Une descendante des familles massacrées ne pouvant plus pratiquer la moindre forme d’expression sans se sentir obligée à la vigilance… Si cela était avéré, on mesurerait là à quel point cette tragédie et cette folie ont poussé loin leurs ruptures et leurs censures. N’y a-t-il donc plus de place, Marie, pour un merveilleux sans hantise du massacre ?"

Marie Jakobowicz et Michel Boudin au Musée de la Création Franche du 7 décembre 2012 au 20 janvier 2013.

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Guy Girard, lui, expose dans un couloir

 

expo (3)-1.jpg

     Guy Girard expose quant à lui à partir de jeudi prochain 29 novembre dans la Galerie du Couloir, espace dédié paraît-il aux petits formats (ce qui semble adéquat avec le nom de la galerie). Les horaires et jours de monstration sont assez particuliers. Le jeudi 29 novembre, c'est de 19h30 à 22h. Puis c'est entrée libre le samedi 1er décembre ainsi que le dimanche 2 de 14h à 18h. Ensuite, du 3 au 20, on visite sur rendez-vous: 06 19 63 64 51. Pour les artistes, l'heure est venue des jeux de pistes. L'art sincère d'aujourd'hui se cache au fond d'un labyrinthe. Il est passé par ici, il repassera par là...

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Jean Estaque voit des saints partout

     Il expose cette fois à Montluçon, avec une proposition de nouveaux saints qui n'auraient pas déplu au marquis de Bièvre qui était grand amateur comme on sait de calembours bons. Ci-dessous par exemple voyez le portrait de saint-Ethique.

 

expo nov 2012 montluçon.jpg

 

       Trouverons-nous encore dans cette expo Saint-Bol, Sainte-Hure, et peut-être aussi Saint-Dé, Saint-Trait et Saint-Plaie?

Galerie Ecriture, 1 rue Pierre Petit (ça ne s'invente pas, mais ce n'est sans doute pas le même qui est bien connu dans l'art brut), Montluçon, exposition du 28 novembre 2012 au 14 février 2013.

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Alexis Lippstreu exposé chez Berst et au Madmusée

      En cette fin d'année, on assiste à une déferlante Alexis Lippstreu à Liège et à Paris. Trois expos simultanées se tiennent pour vanter le travail de ce créateur handicapé qui s'est fait une spécialité (ou à qui on a fait une spécialité?) de transposer des chefs-d'œuvre de l'art dans une sorte de réduction graphique tout à fait fascinante (j'ai déjà eu l'occasion de montrer des images sur ce blog). Il paraît être en même temps un cheval de bataille exemplaire pour ceux qui voudraient mélanger art brut, art moderne et art contemporain dans la même arlequinade artistique ("artification", qu'ils disent, sans lésiner sur les néologismes effroyables).

Alexis Lippstreu au Madmusée du 1er décembre 2012 au 16 février 2013. A la Galerie Christian Berst, du 7 décembre 2012 au 12 janvier 2013. Au BAL (musée des Beaux-Arts de Liège), du 30 novembre 2012 au 16 février 2013.

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L'art brut italien à travers le cinéma documentaire, une programmation de Pierre-Jean Wurtz et Denis Lavaud

    C'est à la Halle Saint-Pierre (sans laquelle on ne sait pas ce que l'on deviendrait) que cela va se passer, durant le week-end du 15 et du 16 décembre. Un second programme de films courts a en effet été programmé pour ces dates. A découvrir ci-dessous:

Samedi 15 décembre 13h30 - 17h30

- Pennarelli (Antonio Dalla Valle) di La Manica Lungo officina creativa, 2003, 29’.
En présence d’Alain Bouillet, commissaire d’expositions, écrivain (c'est sur un atelier de créateurs handicapés, si je ne me trompe pas? NDR)

- Nella prospettiva della chiusura lampo de Paolo Pisanelli, 1997, 54’.
En présence d’Alain Bouillet

- Pietro Ghizzardi de Muriel Anssens, 2004, 10’

- Alla ricerca del giardino incantato (Marcello Cammi) di Piero Farina, Marisa Fogliarini con Marco Farotto, 2012, 21’, (c'est tout en italien, sur le jardin détruit de Cammi)

- Luci Sospese. L’opera irriducibile (Mario Andreoli) de Gabriele Mina, 2010, 27’. (Là aussi, c'est pas sous-titré, mais il y aura sans doute un interprète dans la salle, enfin on verra bien...) 
En présence de Gustavo Giacosa, commissaire de l’exposition

 

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La "Crèche" de Mario Andreoli telle qu'elle s'illumine aux alentours de Noël sur une colline ligure, ph extraite du site de la Galerie Rizoi à Turin

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La colline de M. Andreoli, de jour... ph Gabriele Mina

 

Dimanche 16 décembre 13h30 - 17h30

- Un « facteur Cheval » en Sardaigne (Fellicu Fadda) de Giuseppe Trudu, 2004, 47’.
En présence du réalisateur

- Un sculpteur de l’île aux ânes blancs (Enrico Mereu) de Giuseppe Trudu, 2009, 38’.
En présence du réalisateur

- Melina Riccio de Gustavo Giacosa, 2009, 10’. En présence du réalisateur

- Eugenio Santoro de Dominique Clément, Chantal Woodtli, 1994, 12’. (A signaler que ce film est édité dans le DVD intitulé "Art Brut" avec deux autres courts, un consacré à Ni-Tanjung par Erika Mannoni et un autre de la même Mannoni consacré à Lobanov; le film sur Santoro est plus précisément intitulé dans ce DVD "Les jardins de l'imaginaire" ; le tout est édité par la Collection de l'Art Brut et la Télévision Suisse)

- Antipasti (surprises à l’italienne) 45 ‘.
Suite de petits plats (films) divers et variés, exubérants, bigarrés, goûteux. (Dont paraît-il des films de Bernard Dattas sur des "choses" vues en Sardaigne)

 Pour tout renseignement complémentaire, on peut contacter Denis Lavaud himself : 01 42 45 19 67/06 75 94 16 48.

A la Halle Saint-Pierre encore, le retour du "Petit Paris" de Marcel Dhièvre

    Marcel Dhièvre est connu depuis les années 70 grâce au livre Les Inspirés du Bord des Routes de Jacques Lacarrière et Jacques Verroust où l'on peut voir cinq belles photos et un fragment de témoignage de Dhièvre. C'est peut-être grâce à ce livre que sa maison richement décorée de fresques et d'ornementations diverses peintes et parfois sculptées en relief parvint à être classée monument historique dès 1984 (né en 1898, il décéda en 1977).

 

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Image récupérée sur le site d'une association qui défendait, notamment sur la toile, "le Petit-Paris", l'association Entre-Tenir ; l'affirmation "je ne suis pas un artiste" avait été très justement repérée par ce site web, avis aux "artificateurs"...

 

      Il avait en effet réalisé une magnifique décoration naïve, brute, ou simplement populaire, sur les murs d'angle à l'extérieur de son magasin de vêtements (il était vendeur en confection dans la lingerie et les vêtements de travail) à Saint-Dizier dans la Haute-Marne. Il avait poussé le bouchon plus loin en peignant (ce n'était pas un mosaïste) les murs intérieurs de la petite bâtisse, mais aussi divers petits sujets, des animaux, des tableaux de fleurs, des paysages. C'était comme il le disait lui-même également un tour de force dans la mesure où, paralysé de la main droite, il avait dû tout faire de la main gauche.

 

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Marcel Dhièvre, la façade d'"Au Petit Paris", vers 1976, ph Jacques Verroust

 

     Il avait appelé cette maison "Au Petit Paris", car la ville-lumière, où il allait se fournir chaque semaine, l'avait charmé au point de le pousser à représenter dans des médaillons l'Arc de Triomphe sur sa façade, ainsi que la Tour Eiffel, la Madeleine, les quais de la Seine, et la nef symbole de la capitale. L'ensemble connut quelques vicissitudes pendant de nombreuses années. Diverses bonnes volontés tentaient régulièrement d'alerter l'opinion pour essayer de sauver une maison qui visiblement résistait dans le souvenir de la population de St-Dizier (cet attachement d'une ville populaire à un tel monument naïf est assez touchant je trouve). L'illustratrice Kathy Couprie racheta à un moment le magasin, y faisant quelques réparations, puis ce fut la mairie, sous l'impulsion d'un maire UMP, François Cornut-Gentille (comme l'a signalé entre autres un article paru cet été dans La Croix, dû à Aude Carasco), qui l'acquit dans les années 2000. Là aussi, comme dans le cas de Gabriel Albert en Charente-Maritime, on veut "valoriser", on parle d'installer dansle Petit Paris un "café associatif", et d'installer à côté l'atelier d'art-thérapie de l'hôpital psychiatrique voisin... Surtout, on a fait rénover, terme plus exact que "restaurer", les peintures intérieures et extérieures (on peut juger du résultat sur une galerie d'images mises en ligne sur Flickr par la mairie), les tableaux, les petits sujets divers et variés que la mairie a récupérés. Si l'on compare ces rénovations, dues à M. Renaud Dubrigny, un employé municipal à la peinture qui s'est passionné, nous dit-on pour ce travail de renaissance d'un chef-d'oeuvre populaire, aux photos du livre de Jacques Verroust, on pourrait dire que les couleurs de la rénovation sont un peu flashy, mais baste, on s'en contentera, car y avait-il moyen de faire mieux avec les subsides disponibles? On peut aussi s'en consoler en constatant que le restaurateur a remis les décors à l'identique, quant aux sujets représentés, du moins si l'on en juge à travers les informations de la presse et d'internet.

 

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Deux tableaux de Marcel Dhièvre restaurés par la ville de St-Dizier

 

       Simplement, il faut bien être conscient qu'un Marcel Dhièvre ne peut ressusciter, et que lon a désormais autre chose à la place de sa maison décorée de son vivant, comme le musée d'une inspiration, soit un beau paradoxe... 

      Enfin signalons qu'un livre vient de paraître qui traite de ce monument, celui de Henri-Pierre Jeudy, Le Naïf, le Brut, le Primitif, au Petit Paris, aux éditions Châtelet-Voltaire (basées dans la Haute-Marne). Il viendra en parler à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre samedi 1er décembre à 16h.

17/11/2012

Postérité des environnements (7): Gabriel Albert sous cloche?

     Transmis par Patrick Métais, un article de Sud-Ouest m'apprend que le jardin de Gabriel Albert a reçu la visite de l'ineffable Ségolène Royal, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, qui a fait part de son désir de valoriser et préserver le site et que sa région soit maître d'œuvre de ce point de vue. Il semblerait, à lire cet article, que l'Etat, via la DRAC, et la Région travailleraient sur un projet de valorisation culturelle et scientifique du jardin. On souhaiterait ainsi créer sur place un centre d'interprétation et un atelier de restauration des statues. Ces dernières sont on le sait passablement abîmées, tandis que plusieurs ont disparu, victimes de voleurs.

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Le jardin de Gabriel Albert (que l'on voit coiffé d'une casquette au fond devant le moulin), avec Christine Bruces-Cerisier, Anita Albert, Jean-Louis Cerisier, le jour où nous visitâmes les Albert en 1988, ph. Bruno Montpied 

     Il paraît que l'on songe même à mettre l'ensemble du site dans une serre... Alors Gabriel, bientôt comme le fromage, sous cloche? Cela illustre bien les conséquences de la reprise en main d'un site d'art populaire par une instance conservatrice. Avec la perspective de le faire entrer dans la postérité et de l'installer dans une certaine pérennité, le site se métamorphose en autre chose, de plus pétrifié. Un comble pour un jardin de statues en ciment armé... Du coup,  par contraste avec ce qui risque d'advenir quand on l'aura réifié sous un dôme (comme chez Euclides da Costa Ferreira), ce ciment reviendra dans nos souvenirs, à l'époque où son auteur était encore vivant, moins solide, presque palpitant.

     Mais l'on dira bien sûr, en chœur, "c'est mieux que rien..." Ah, mais je m'interroge décidément sur ce "rien". Pas sûr, pas sûr... Mais, bon, on pourrait dire aussi, un jardin, ça peut se mettre sous serre, argument habile...

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La Maison Bleue d'Euclides da Costa Ferreira à Dives-sur-Mer, vue de la rue, état en juillet 2012 (le site fut recouvert d'un dôme en urgence, avec les moyens du bord, dans l'idée de le mettre hors d'eau, mais la situation perdure... Peut-être faut-il voir dans ce sarcophage plus ou moins translucide comme la métaphore d'une chrysalide dans laquelle une mue s'opère, prélude à l'essor d'un futur nouveau papillon?), ph BM

 

30/10/2012

Bruno Montpied au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval

     Rendez-vous pour une présentation d'Eloge des Jardins anarchiques, le livre de votre serviteur, et une projection de Bricoleurs de Paradis, le film de Remy Ricordeau co-écrit avec BM, au musée du Vieux-Château à Laval mardi 6 novembre à 20h. Un débat est prévu au programme... A bientôt donc.

 

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Le livre et, ci-dessous, une galette du DVD à laquelle vous avez échappé (malheureusement, parce qu'elle était bien adéquate avec les moulinets de monsieur Pailloux, tournant même plus vite que tout ce que les vents de Vendée auraient pu lui proposer)

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16/10/2012

Week-end immersif chez les bandits

    La Halle Saint-Pierre propose comme on le sait de temps à autre des animations qui peuvent durer le temps d'un week-end. Celui qui arrive bientôt, les 27-28 octobre, à l'ouverture des vacances de Toussaint, va fournir pêle-mêle des "conférences, débats, lectures, musique, films, en compagnie de philosophes, historiens de l’art, anthropologues et artistes..." Il paraît que ce sera, je cite encore le laïus de la communicante de la Halle, "une occasion de prolonger les questionnements pluriels mis en œuvre par l’exposition" (Banditi dell'Arte). Comme je ne suis pas là pour donner systématiquement une information complète sur les manifestations (les sites web, c'est pas fait pour les chiens, si vous voulez avoir le programme complet, cliquez, mes bons amis), je ne vous indiquerai que ce qui a retenu mon attention et suscité mes velléités de déplacement pour assister aux interventions ci-dessous, à savoir les conférences du samedi matin autour de Lombroso et du musée d'anthropologie criminelle de Turin (dont plusieurs pièces présentées dans l'expo au rez-de-chaussée demandaient d'en apprendre plus sur cette collection) avec notamment à la fin de la matinée (semble-t-il), l'intervention intitulée "Collection Lombroso : du document à l’œuvre", par Barbara Safarova, "présidente de l’association abcd, docteur en philosophie, maître de conférence en esthétique" (n'en jetez plus). L'après-midi du samedi, je crois bien que j'irai me promener ailleurs (d'autres expos à voir). Je ne reviendrai, je le crains et je l'imagine, que le dimanche après-midi de 14h à 18h pour Marc Décimo (conférence "les pierres parlent et nous on les écoute"), Marina Giordano (art et textile chez les outsiders italiens), Laurent Danchin (qui nous causera des "Banditi della critica", vaste programme) et Lucienne Peiry (pour le "désencadrement de l'art chez Podesta, Bosco et Nanetti"). Je ne pense pas pouvoir rester pour le concert de clôture (Gustavo Giacosa et le Fausto Ferraiuolo Trio Jazz) se rapportant "aux chants de  bandits et à un hommage à Pier Paolo Pasolini". Ce dernier ne m'intéresse que très faiblement en effet. Mais chacun est libre d'en juger autrement, n'est-ce pas.

 


30/09/2012

Info-Miettes (19)

    Cela faisait longtemps que je n'avais pas rassemblé quelques infos-miettes, mais la rentrée bat son plein dirait-on, et les expos et autres manifestations se pressent au portillon. Alors je m'y résouds, ce qui est aussi une manière d'expédier les informations en question sans trop m'appesantir.

Carol Bailly à Lausanne, Galerie du Marché

(Avec une mise à jour concernant la note ci-après, que je date du 23 novembre)

      "Carol BAILLY, Œuvres récentes, du 4 octobre au 3 novembre, vernissage en présence de Mme Bailly le samedi 6 octobre de 10h à 15h" (il doit y avoir un repas à des horaires pareils). Tel est le message qui a claqué devant mes yeux ébaubis ce soir, en provenance de la galerie lausannoise du Marché tenue par Jean-David Mermod.Caroll Bailly Audrey Hepburn, 24x32 cm.jpg J'avais récemment bien apprécié les dessins d'après des vedettes pop (dont la mirobolante Amy Winehouse pour qui je dois avouer un faible, ou Audrey Hepburn – voir ci-contre) qui avaient été montrés au Musée de la Création Franche. On retrouve la même qualité dans les visuels que m'a adressés la galerie, avec cependant une question qui me tarabuste un peu devant deux d'entre eux, peints sur carton.

 

Carol Bailly, Vanessa Paradis, 50x75 cm.jpg

Carol Bailly, Vanessa Paradis, 50 x 75 cm, Galerie du Marché

Caroll Bailly Resting 50x70cm.jpg

CB, Resting, 50 x 70 cm, Galerie du Marché


     N'y aurait-il pas eu une petite influence, justement en rapport avec ce qui se montre de temps à autre à Bègles à la Création Franche, du travail d'un autre "singulier", Pierre Albasser? On sait que celui-ci s'est donné pour cahier des charges la contrainte librement consentie de n'employer comme support de ses vertiges graphiques que des cartons d'emballage alimentaire. Dans les cartons peints de Carol Bailly ci-dessus, les contours tout en découpures et en évidements paraissent indiquer des supports en relation assez similaire avec ceux du sieur Albasser. Halluciné-je?

Eh bien oui, j'hallucinais... La créatrice a protesté, à juste raison, il n'y a pas eu influence, seulement concomittance. Carol Bailly utilise ce genre de support alimentaire, mon cher Watson, depuis des lustres, et sans connaître Albasser (là, c'est dommage). Et c'est vrai qu'après tout, dessiner ou peindre sur cartons d'emballage, ça n'est pas si nouveau que ça, comme je feignais de le croire dans mon paragraphe précédent. Moi aussi, je dessine là-dessus de temps à autre (en ce moment, ç'est les dessous de crêpes). Pas de quoi se crêper le chignon en somme. Et tout ça, c'était surtout histoire de faire parler de l'ami Albasser...

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Claudine Goux, Raak, Gérard Sendrey dans une nouvelle galerie lyonnaise dédiée (semble-t-il ) à la création franche et autres singuliers), Le Coeur au Ventre

    Gérard Sendrey, dans sa correspondance circulaire, se montre ravi qu'une nouvelle galerie se propose en la bonne ville de Lyon de faire connaître la création franche qui se trouve représentée en l'occurrence par lui, Goux et Raak.

    On leur souhaite bonne chance bien évidemment, en espérant que le public lyonnais leur réservera bon accueil, en dépit des goûts affichés régulièrement par ce dernier de façon un peu trop chauvine pour les artistes du cru. A Lyon, on se croit souvent seul à créer (mais n'est-ce pas un phénomène que l'on retrouve dans de nombreuses régions? Je ne l'ai cependant jamais ressenti en région bordelaise par exemple, et encore moins à Paris).

Galerie Le Coeur au Ventre animée par Marion Hanna (ex-animatrice de la galerie Lucrèce à Paris), 27, rue Tramassac, 69005 Lyon, tél: 06 86 10 36 70, du jeu au sam de 14h à 19h.

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A Lyon, il y a aussi et toujours, pour notre plus grand bonheur, la Galerie Dettinger-Mayer

carol bailly,gérard sendrey,galerie du marché,création franche,art singulier,sophie gaucher,galerie dettinger-mayer,lynette ricker,dimitri d       Alain Dettinger, fin connaisseur de la nature lyonnaise quant à lui, loin des modes, loin de tout conformisme, continue de creuser son sillon personnel qui fait de lui un galeriste unique, ce qui est bien trop rare, hélas. Il vient de m'envoyer sans plus d'explication, comme à son habitude, un carton de ses deux prochaines expositions simultanées qui intriguent elles aussi: Dimitri et Lynette Ricker. Qui sont-ils? A vérifier sur place sans doute. Quelque chose me dit, et j'espère ne faire aucune gaffe, qu'Alain Dettinger s'est tourné en l'espèce vers des créateurs un peu plus bruts qu'à l'accoutumée...

Dernière minute: un honorable correspondant bordelais me signale que ces deux créateurs proviennent des recherches de Jean-Louis Faravel qui les exposent dans ses biennales de Rives (en Isère). Ce dernier a en effet un certain flair, voire un flair certain pour dégoter ce genre de créateurs venus des foyers d'art pour handicapés.

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Dimitri

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Lynette Ricker

 

Expositions du 28 septembre au 27 octobre, à la galerie, 4, place Gailleton, 69002, Lyon. Pour plus de renseignements, voir le site de la galerie.

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Sophie Gaucher fait parler d'elle

    Grosse actualité en cet automne et cette fin d'année pour la dessinatrice Sophie Gaucher que je m'étais amusé à vous faire découvrir récemment en candidat mystère. Il faut se rendre sur son site web fort complet et intriguant je trouve:  http://monfournissoir.free.fr/monfournissoir/index.html

 

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Sophie Gaucher, sculpture...


     Elle m'a signalé certains de ses travaux fort intéressants, qui ne se limitent pas au dessin et de loin.

 

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Collage et dessin

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Et le dessin seul qui continue... Toujours aussi captivant

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Une journée à Nantes consacrée à François Tosquelles, précurseur de la psychothérapie institutionnelle

carol bailly,gérard sendrey,galerie du marché,création franche,art singulier,sophie gaucher,galerie dettinger-mayer,lynette ricker,dimitri d    C'est pour le 20 octobre cette journée, pour tous ceux qui voudraient en apprendre un peu plus long sur ce psychiatre venu de Catalogne espagnole en fuyant les franquistes en 36, connaissance du Dr Ferdière, qui s'installa à l'hôpital de St-Alban-sur-Limagnole en Margeride. Il fut à l'origine du mouvement psychiatrique émancipateur appelé par Georges Daumézon, par la suite (comme me l'a signalé Jacques Canselier à qui je dois l'information), "psychothérapie institutionnelle" qui visait à rendre leur dignité aux malades enfouis dans le carcan hospitalier (à ce que j'ai cru comprendre), en leur confiant des moyens de reprendre pied dans la société, en les laissant notamment libres de s'adonner aux occupations qui leur plaisaient comme la création artistique. St-Alban eut comme pensionnaires comme on sait le sculpteur-assembleur et dessinateur Auguste Forestier, ainsi que Clément, celui qui sculpta les parois de bois de sa cellule avec un bout de cuillère en métal, deux personnages assez célèbres dans le corpus de l'art brut.

     Cette journée de rencontre intitulée "François Tosquelles ou la décence ordinaire" comporte un programme où l'on pourra écouter parmi d'autres, Jean Oury, Elsie Le Coguic, et Jacques Vallet (ancien directeur de la revue "Le fou parle"). Pour en savoir plus, on clique ici.

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Des bâtisseurs de Babel à Rome

 

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      Roberta Trapani nous informe qu'elle sera commissaire d'exposition pour un parcours photographique présentant trois "costruttori di babele", Bonaria Manca, Luigi Lineri et Giovanni Cammarata, et ce au musée Billoti à Rome. Les photographes étant Alberto Ferrero, Rodolfo Hernandez et Salvatore Bongiorno.

 

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Bonaria Manca et ses costumes excentriques, ph Mario Del Curto (à l'expo "Des Rives", déc. 2011/janvier 2012 à Gènes, organisée par Gustavo Giacosa)


     Comme je l'ai déjà signalé ici, on doit ce terme de  "Bâtisseurs de Babel" à Gabriele Mina, anthropologue auteur d'un livre éponyme qui souhaite en matière d'environnements italiens mettre avant tout l'accent sur leur dimension d'utopie. Lineri amasse et assemble des galets qu'il glane dans le lit de la rivière Adige, les classant en fonction de leurs formes ("des angles droits, des bétails, des poissons, des agneaux, des phallus, des femmes enceintes, des oeufs cosmiques"). Cammarata (1914-2002) avait créé quant à lui un environnement sculptural et architectural à la périphérie de Messine en Sicile qui était tout à fait étonnant. Il fut presque entièrement détruit pour qu'on puisse bâtir à la place... un centre commercial. Bonaria Manca, paysanne sarde, décore depuis 1997 l'intérieur de sa maison de grandes fresques évoquant ses souvenirs de sa vie rurale en Sardaigne et aussi des figures imaginaires représentant des esprits liés à sa mythologie personnelle.

 

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Giovanni Cammarata, un de ses pachydermes, photo Florent Naulin/Teresa Maranzano, extr du livre d'Eva Di Stefano, Irregolari, art brut e outsider art in Sicilia, Kalós, Palerme, 2008 ; (encore un éléphant qui gazouille...)

 

       Le vernissage, samedi  29 septembre, qui se déroulera en présence des créateurs Luigi Lineri et Bonaria Manca, verra à 16h30 la présentation de l'ouvrage et du projet « Costruttori di Babele » par Gabriele Mina. A 17h seront présentés les univers de Cammarata, Lineri et Manca par Daniela Rosi "(commissaire d’expositions et directeur culturel du Centre de réadaptation neurologique "Franca Martini" à Trento, elle coordonne l'Observatoire National de l'Art Outsider à l'Académie des Beaux-Arts Cignaroli de Vérone)". Roberta Trapani "(doctorante en histoire de l’art et membre du CrAB, elle étudie les espaces visionnaires contemporains, notamment en France)" et Pier Paolo Zampieri "(chercheur en sociologie urbaine à l'Université de Messine)" lui prêteront main forte. Si des lecteurs francophones sont dans les environs de Rome ce jour-là, qu'ils n'hésitent donc pas (du reste, ne dit-on pas que tous les chemins y mènent?)...

Musée Carlo Bilotti - Orangerie Villa Borghese, Viale Fiorello La Guardia, Rome. Du 30 septembre au 14 octobre 2012. 


08/09/2012

L'étrange fontaine de Soleymieux

Cette note contient des mises à jour (signalées en rouge) suite aux commentaires de Régis Gayraud

    Nous descendions en direction de Montbrison dans le département de la Loire, cet été, quand l'un d'entre nous (Régis Gayraud pour ne pas le nommer qui en bon conducteur avait l'oeil à tout, ce qui explique qu'il ait perçu en premier l'étrange objet) s'avisa d'une fontaine qui nous faisait face, sur une petite place, dans la commune de Soleymieux, qui jouxte celle de St-Jean-Soleymieux placée légèrement plus haut qu'elle sur les contreforts du Forez.

 

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Fontaine de Soleymieux, Photo Bruno Montpied, 2012


    Ô, la bizarre fontaine... Nous récriâmes-nous en choeur. Comme vous pourrez vous-même en juger d'après l'image ci-dessus (une de ses faces)... Quel était cet animal à la tête glabre, à la cuisse musculeuse, le dos comme couvert d'écailles, les yeux faits de deux billes incrustées..., vaguement écroulé, plié en avant ? Spontanément, je pensai pour ma part à une sorte de tortue.

 

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Un autre aspect de la statue ; c'est ce côté qui me fit penser d'abord à une tortue, ph.BM, 2012


   Nous fîmes bientôt cercle autour de la dite fontaine, et voyant notre curiosité, un homme vint à nous, le maire du village qui paraissait sortir d'une réunion, à qui je demandai bien vite la signification de cette statue fort hybride et difficile à interpréter. Il ne s'était, nous confia-t-il, jamais vraiment posé la question, occupé qu'il était par bien d'autres problèmes plus urgents (mais notre curiosité l'intéressait). Une seconde personne arriva, puis une troisième, qui se révéla être l'instituteur du lieu. Chacun faisait assaut d'imagination devant le personnage énigmatique. On se mit à déambuler dans le village, allant frapper à la porte des uns et des autres, réveillant des siestes, interrogeant les érudits disponibles. Une légende se mit à prendre corps au gré de notre balade. De la tortue, on était passé à l'évocation d'une grenouille, enfin à celle d'un "soldat romain" (ce qui me parut sur le moment une interprétation à 180° d'écart par rapport aux deux précédentes ; mais on verra qu'une hypothèse pour le moment considérée comme finale tient dans un mixte des deux, ce qui correspond finalement assez bien à une statue de type nettement hybride...). Puis l'instituteur parut se rappeler que la fontaine avait un rapport avec celle placée sur une place dans le bourg situé plus haut, celui de St-Jean-Soleymieux. Qu'une légende la disait en provenance d'un château des environs (enfin... Tout de même assez distant), à Chénereilles (plusieurs cartes postales des deux bourgs indiquent cette provenance).

 

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Soleymieux, carte postale des années 50? 60? La statue est à droite, sur la même place où nous la trouvâmes en juillet 2012


     Au bar-tabac du coin, une ancienne carte postale encadrée montrait la place avec sa fontaine surmontée d'une statue disparaissant malheureusement dans l'ombre d'une frondaison (voir ci-dessus). Remontés jusqu'au bourg de St-Jean, nous constatâmes que la fontaine indiquée par l'instituteur ne diposait que d'un simple socle ou fronton orné de motifs floraux sans grande originalité.

 

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Côté gauche de la statue "tortue-grenouille-soldat romain", ph.BM, 2012


   Il fallait enquêter. Des cartes postales anciennes montrent que l'instituteur avait peut-être raison... La statue située à Soleymieux sur l'actuelle fontaine paraît provenir de la fontaine de St-Jean-Soleymieux (celle qui a une base décorée de motifs floraux). Est-ce cette dernière qui a été créée en 1808, selon un rapport de délibération du conseil municipal de Soleymieux comme me l'a aimablement signalé le maire de Soleymieux, M. J-L.Jayol? La statue représentait à l'origine, aux dires de ce rapport, "un triton à tête humaine, comme un dieu marin mi-homme (pour le buste) mi-poisson"... Et cette statue ainsi que sa base ornée proviennent bien du château de Chénereilles, toujours selon le même rapport, ce qui rejoint les légendes des cartes postales. Comme quoi j'étais retombé avec mes camarades sur le mythe de la sirène, cette fois dans une version masculine...

 

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Carte montrant la fontaine dans le bourg de St-Jean-Soleymieux, non encore déplacée à Soleymieux ; années 1920, 1930?

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Le triton...? Avec à sa base, peut-être sa queue de poisson?


     Plusieurs cartes postales difficiles à dater – peut-être des années 1920 ? – montrent peut-être le fameux triton, homme-poisson de la mythologie gréco-latine, fruit des amours de Poséidon et d'Amphytrite, en place sur la fontaine du bourg supérieur de St-Jean. Une autre – nettement postérieure avec son enseigne des PTT qui paraît remonter aux années 1950? – la montre toujours à la même place, alors que celle vue dans le bar-tabac de Soleymieux montre la statue déplacée sur la fontaine du bourg inférieur.

 

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Carte avec enseigne PTT, prise à St-Jean-Soleymieux, avant le déplacement de la statue donc...


      Et c'est ce qui fait le noyau du principal mystère qui me retient dans la découverte de l'actuelle statue. A quelle époque s'est effectuée le transfert du triton de St-Jean-Soleymieux à son emplacement contemporain dans le bourg inférieur de Soleymieux (s'il y a eu transfert)? Et surtout, qu'est-ce qui s'est passé pour que cette statue se soit ainsi métamorphosée,  à coup de greffes et emplâtres de ciment, en l'actuel bizarroïde bestiole hybride qui ressemble de loin à une verge au repos? Est-ce le fruit d'une "restauration" de type Cecilia Gimenez? Car cela y ressemble fortement, je trouve, depuis qu'à peu de temps de notre passage dans la Loire, je suis tombé sur l'affaire de la restauration du Christ de l'église de Borja...

      L'actuelle statue paraît être le résultat d'une modification "brute" due à un quelconque autodidacte populaire qui peut-être à la suite d'un pari farceur a réalisé là une création tout à fait humoreuse, mutation artistique basée sur une dérivation et un détournement de statue académique à la base. C'est le mystère qu'il reste à éclaircir et j'attends donc avec curiosité les réactions des chercheurs sur la question...

 

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Triton ou verge molle, Soleymieux, ph.BM, 2012


05/08/2012

Pierre Sourisseau sculpteur de souvenirs en chemin creux

     J'ai découvert un nouveau site de création en plein air dû à un autodidacte encore en Vendée, dans le même département que celui d'André Pailloux, ce bon Pailloux qui est en passe de devenir célèbre désormais depuis que ses coordonnées ont été jetées  en pâture au public (inconsidérément, je ne le répéterai jamais assez).

 

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Autoportrait du créateur Pierre Sourisseau en chef de chantier, ph. Bruno Montpied, 2012

         Le monsieur qui l'a créé depuis déjà quelque temps, depuis qu'il a pris sa retraite de maçon (encore un), s'appelle Pierre Sourisseau. Ses terrains où il a semé diverses sculptures et peintures, ainsi que des textes,  se situent dans la région des Herbiers, dans les terres donc. On peut donner son nom, car son travail, son œuvre, qui tiennent à la fois du mémorialiste et de l'artiste, tantôt naïf, tantôt réaliste (au point d'en être ici et là presque kitsch), sont assez particuliers pour qu'on tente de leur faire un peu de publicité. De plus, il a déjà fait l'objet d'une courte évocation dans un magazine diffusé à l'intention des retraités "entre Sèvre et Loire", le magazine Racines (article n°221 de juillet 2011 dû à Yvelise Richard).

 

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Vue d'une partie du petit musée de Pierre Sourisseau, 2012, ph. BM

 

         Grosso modo, il y a trois zones d'intervention. La première est en intérieur, il s'agit d'un petit musée où dans deux pièces, situées dans un petit bâtiment en annexe de son habitation principale, on trouve des peintures, des sculptures, et des objets divers, des textes visant à fixer les souvenirs de l'auteur, notamment de sa participation à la guerre d'Algérie durant un an, dans l'Oranais. L'autre grand sujet qui fascine M. Sourisseau étant les guerres de Vendée, ainsi que les filiations qu'il entretient via la lignée de sa femme avec les acteurs vendéens de ces conflits de l'époque révolutionnaire, notamment avec un certain Charles Deslandes. Il a établi l'arbre généalogique de sa famille en lien avec cette histoire (arbre illustré d'un tableau naïf).

 

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Pierre Sourisseau, peinture dans son petit musée, scène de la guerre de Vendée, ph.BM, 2012

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Pierre Sourisseau, souvenir de la guerre d'Algérie

 

      Un parallèle curieux entre ces deux séries d'événements s'est esquissé par la suite en moi lorsque je revisitai les photos que j'ai faites de ces œuvres. C'est étrange comme les soldats républicains venant menacer les paysans vendéens dans certaine peinture de Sourisseau paraissent ressembler aux soldats français face aux Arabes d'Algérie. Il s'agit de semblables affrontements de soldats de l'état républicain face à des populations indigènes qu'il s'agit de mettre au pas. Pourtant, dans l'esprit de M. Sourisseau, ce parallèle est loin d'être patent, m'a-t-il semblé, Quoiqu'il ne m'ait pas donné son opinion à l'égard de la guerre à laquelle il avait participé ("sans tuer personne", ajouta-t-il tout de même, et fréquemment, pendant nos entretiens).

 

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Le jardin de M. Sourisseau, au premier plan Charles Deslandes, l'ancêtre de la famille, le cavalier à l'arrière-plan, le Chevalier du Landreau, autre personnage historique régional et au loin, les bustes de Sarkozy et de sa femme Carla Bruni... Ph BM, 2012

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Pierre Sourisseau, Sarkozy et sa Carla, qui paraît représentée telle un pesant fardeau, ph. BM, 2012

 

     La deuxième zone concerne le jardin qui entoure sa maison et longe la route, d'où l'on peut apercevoir, si l'on ne passe pas trop vite, de la voiture, les quelques statues, point trop nombreuses, qui l'agrémentent avec sobriété.pierre sourisseau,environnements spontanés,archéologie naïve,guerres de vendée,guerre d'algérie

De haut en bas sur l'image ci-contre, Mitterrand, De Gaulle, Chirac, Sarkozy, Giscard, Pompidou, ph. BM, 2012

     La troisième zone s'étire sur près de 500 mètres, tout au long d'un chemin creux d'âge respectable, dont l'histoire fait rêver grandement l'auteur, qui passe devant sa maison et s'enfonce dans le bocage en direction d'une ancienne gare où allaient s'embarquer les appelés militaires, où passèrent aussi, à une époque encore plus ancienne, les Vendéens insurgés. Pierre Sourisseau, qui nous en fit faire la visite, tel un guide de monument historique, paraît toujours peu ou prou entendre les cliquetis des faux, ou des baïonnettes, ou les cris des hommes se pressant sur l'étroit et profond chemin chargé d'une histoire invisible à tout autre oeil que le sien.

 

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Pierre Sourisseau devant sa "hutte gauloise" sur le chemin creux, ph. BM, 2012

 

      Le chemin égrène sur une très grande longueur (originalité unique à ma connaissance) des statues, taillées directement dans le bois des arbres (naïves et visionnaires) ou modelées dans l'argile (très, trop, réalistes), des installations du genre écomusée, bricolées en plein air par cet historien autodidacte, des panneaux explicatifs, des installations plus ludiques aussi à l'intention de ses petis enfants (une fusée qui décolle à la manivelle un peu plus bas dans le chemin). On y évoque pêle-mêle les Gaulois, des saints chrétiens (St-Roch), les guerres vendéennes encore et toujours, des figures politiques (Sarkozy, Ségolène Royal, séquelles de la campagne présidentielle de 2007), certaines plus régionales (des maires locaux). De temps à autre, comme émergeant du fond d'une mémoire ancestrale plus païenne, des figures féériques ou fantastiques, hélas trop rares, poussent vers le spectateur leurs trognes ou leurs corps de racines, ce qui je dois bien l'avouer m'enchante davantage que tout le reste.

 

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Pierre Sourisseau, figure fantastique dans un arbre creux, ph.BM, 2012

 

      Pierre Sourisseau paraît ainsi hésiter, comme bon nombre d'autres autodidactes point trop sûrs de leur langage et déférents envers l'art savant, entre un réalisme de santons et un art naïf qui paraît d'emblée, en ce qui le concerne, correspondre pourtant à son langage naturel. Dans l'épaisse brochure de souvenirs qu'il a laissée derrière lui en 2008, il se recommande, comme pour asseoir une légitimité d'artiste qu'on pourrait lui contester puisqu'il n'a pas fait d'école, de l'enseignement et de l'appui d'un sculpteur local de monument aux morts, Yves Guiberteau. Parler de lui sur ce blog, qui est comme on sait acquis aux langages plus ingénus qui nous touchent davantage que les langages pompiers, pourra peut-être aider ce créateur original à choisir une voie plus en accord avec la langue féérique de la nature qui visiblement l'interpelle et nous enchante comme lui.

 

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Pierre Sourisseau, au bout du chemin creux, avec son "Tractosaure", voiture-arbre... qui fleurit encore, ph.BM, 2012

 

08/07/2012

Gabriel Albert et Roger Lanzac

     Parmi les centaines de statues qu'a créées Gabriel Albert à Nantillé en Charente-Maritime, une d'entre elles, selon les auteurs de Gabriel Albert, l'univers poétique d'un créateur saintongeais¹, représenterait Roger Lanzac, ancien animateur de télévision, qui servit aussi de Monsieur Loyal dans la Piste aux Etoiles, émission consacrée au cirque. Je trouvais enfant que ce rôle du reste ne lui allait pas. Je ne voyais pas un Monsieur Loyal avec des valises sous les yeux aussi voyantes que les siennes. Tombant récemment sur un portrait dédicacé de Roger Lanzac, publié sur le savoureux blog de Laurent Jacquy, Les Beaux Dimanches, je me suis dit qu'il pourrait être fructueux de les confronter en images ici même.

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Photo Bruno Montpied (détail), 2006

Photo dédicacée de R.Lanzac, blog Jacquy.jpg

Photo empruntée au blog Les Beaux Dimanches

   Il semblerait plausible de rapprocher le modèle et la statue, si l'on admet qu'Albert a accentué les traits caractéristiques du visage de Lanzac. Les sourcils de la photo sont nettement dessinés, Albert les a faits fournis. Les poches sous les yeux, qui étaient une véritable signature physique du présentateur sont bien visibles sur le visage de ciment. Les pommettes également sont rendues. Les proportions allongées de cette face lanzaquienne ont été aussi accentuées, par un souci d'expressivité ou simplement parce que Gabriel Albert voyait Lanzac ainsi, un homme à longue figure. Le dessin des lèvres assez sinueux a été de même bien relevé par le sculpteur-modeleur. Seul peut-être le menton, fort pointu chez Albert, a pu être exagéré par rapport au portrait original. Mais là aussi peut-être, on peut retrouver un désir albertien de caricature...


 

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1. Michel Valière, Fabrice Bonnifait, Thierry Allard, Yann Oury, Collection Inventaire du patrimoine n°266, éditions Région Poitou-Charentes et Geste Editions, 2011

03/07/2012

Des jardins de fantaisie populaire à Dives-sur-Mer (presque) tout l'été

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      Je continue à présenter Bricoleurs de paradis (cette fois avec son réalisateur Remy Ricordeau), ainsi que mon livre Eloge des Jardins Anarchiques, le 10 juillet prochain à 20h à la Médiathèque Jacques Prévert de Dives-sur-Mer, dans le Calvados, ville où comme on sait se trouve la Maison Bleue d'Euclides da Costa Ferreira.

 

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Euclides da Costa Ferreira, détail au caméléon, dans les décors en mosaïque de "la Maison Bleue" à dives-sur-Mer, ph. Bruno Montpied, 2011 (pas dans l'expo)

       Cependant, il y a un bonus en supplément pour l'occasion, je prête également une petite exposition que j'ai conçue pour cette médiathèque, "Les jardins de fantaisie populaire", exposition prévue pour durer du 11 juillet jusqu'au 1er septembre.Emile-Taugourdeau,-masque-d.jpg Il y aura vingt photos de votre serviteur consacrées à divers sites d'inspirés du bord des routes (vingt sites différents: Châtelain, Litnianski, Jean Grard, Darcel, Taugourdeau, Calleja, Guitet, Gourlet, Escaffre, Pastouret, Clément, Licois, Le Breton, Bernard Aubert, Pailloux, Vanabelle, Jenthon, da Costa Ferreira, l'abbé Fouré, Bernard Roux),Clément,-un-schtroumpf,-boi.jpg plus quelques objets rescapés ou en provenance de divers sites (Taugourdeau, Pailloux, Clément, Céneré Hubert,Cénéré-Hubert,-Sans-titre-(.jpg Paul Waguet, René Jenthon, Donadello) et des affiches (des photos agrandies d'après le livre EJA). On pourra également se procurer  des exemplaires de mon livre en vente sur place (sous l'égide d'une librairie de Caen).Paul-Waguet,-sans-titre,-(r.jpg

 

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      Voici le texte qui est prévu pour accompagner l'expo (ici légèrement remanié):

       Le propos de cette petite exposition, montée en prolongement de la présentation le 10 juillet en cette même médiathèque de Dives du film de Remy Ricordeau, Bricoleurs de paradis (Le Gazouillis des éléphants), film inséré dans le livre Eloge des Jardins anarchiques de Bruno Montpied, est d’inviter à une balade et à une prise de conscience face aux créations de plein vent qui sont disséminées discrètement à travers le territoire de la France. Œuvres de gens du commun, le plus souvent commencées à la retraite, comme par un désir de clamer au monde que non, tout n’est pas fini, ces espaces « corrigés » sont variés. On rencontre ainsi des mosaïstes de bouts d’assiette, comme da Costa Ferreira, bien connu à Dives-sur-Mer, des jardins de statues naïves, des accumulations d’objets et de matériaux hétéroclites, des installations en maquettes de tanks, canons, ou monuments du monde entier réassemblés dans un nouvel ordre, des rochers sculptés, des branches interprétées, des arboretums semés de plaisanteries taillées dans le granit, un jardin comme un conte d’Andersen, une forêt de moulinets multicolores, le vélo extraordinaire, sculpture ambulante, de M. Pailloux en Vendée, un habitat troglodytique couvert de bas-reliefs, un autre à thématique mythologique, des jardins « zoologiques », etc.

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Aubade pour taureau (cornemuse, guitare, accordéon) par Alexis Le Breton, ph. BM, 2010 (pas dans l'expo)

         Les ouvriers, les artisans, les paysans s’abandonnent à leur fantaisie, dans un espace intermédiaire entre habitat et route, entre chez eux et chez tous, dans une sollicitation de leur imaginaire qui se déploie à la fois intimement, comme dans les œuvres de l’art brut, et pour être montrée au vu et au su de tous ceux qui passent (sans qu’il soit nécessaire d’entrer). Ils font de l’art, puisqu’ils sculptent, peignent, bâtissent, assemblent, collent, sans être pour autant des artistes (au sens convenu du terme, et notamment marchand). Ils le disent, ils sont avant tout des créateurs modestes, ne voulant pas se distinguer du commun des mortels, ils créent sur place pour se donner des fêtes à eux-mêmes et aux passants, dans une geste gratuite, toute de dépense sans autre contrepartie que la reconnaissance de ceux qui les visitent. Ils ne vendent généralement pas leurs travaux qui font partie de leur vie, ils se sont peut-être assez vendus comme ça durant leur vie de labeur. Ils se donnent le luxe de ne pas se lancer dans un petit commerce sur le tard. Ils ont une galerie en plein vent où il n’y a pas de marchandise (ou alors, très marginalement).

         Ils le savent, c’est le temps de la création qui est le meilleur de la vie.

        Da Costa Ferreira le savait, lui qui n’eut jamais d’autre richesse. Venez voir ses frères et sœurs qui sont plus nombreux que l’on aurait cru.

      Mais il ne faut pas oublier que la majorité de ces sites sont sur des terrains privés pas nécessairement ouverts aux visites. Dans ce domaine, il faudra faire preuve de tact et de respect à l’égard de créateurs atypiques montrant leur art sans inviter nécessairement à l'envahir…

L'inspiré menacé par les gros sabots

         C'est en raison de l'attention flottante, du côté "en l'air" de beaucoup de créateurs amateurs, qui sont des néophytes absolus en matière de communication, gens en général peu avertis des effets nocifs que peut avoir une information lancée sur internet (genre Facebook et ses 15 000 invités à des apéros tout à coup surdimensionnés) que je trouve totalement irresponsable l’idée de mettre leurs coordonnées sur la place publique (et internet est une place publique qui peut se révéler monstrueuse).

         Les inspirés qui créent pour leur plaisir sur le bord des routes, dans l’espace entre la route et leur habitat ne sont pas comme les artistes, toujours un peu cabotins qui ne demandent qu'à briller sous les sunlights...

      Avec l'amplification incroyable qui est désormais le lot de toute information passant par les médias modernes, on ne sait pas les conséquences fastes ou néfastes que cela pourrait avoir sur les créateurs amateurs, qui ne demandent au fond, comme public, que les passants de leur environnement immédiat (dans une sorte de parfait parallèle avec leur processus de création, œuvrant avec des matériaux de leur environnement immédiat là aussi). Ils ne songent pas forcément, dans leur modestie (oui, on peut les qualifier ainsi ; même leur mégalomanie possible reste modeste) à la terre entière, aux touristes en tous genres plus ou moins intéressés, passifs, consommateurs, moutonniers (dans consommateurs, il y a aussi « mateurs »).

         Dans le tas, il y aura peut-être bien des gens que cela passionnera et enchantera, mais l’information étalée devant tout le monde, que savons-nous si cela n'attirera pas aussi des vandales, des nuisibles qui aimeraient se payer par bêtise ces moulins? Internet n'a pas que des côtés positifs.

    Je me demande ce que cherche au fond celui (ou celle en l’occurrence…) qui publie à grands coups de trompe l’adresse d’un créateur modeste? Est-ce bien philanthropique, altruiste ? Ou bien tout au contraire n’entre-t-il pas dans ce geste un besoin plus secret, d’ordre pervers, d’aller jeter un innocent en pâture aux fauves de la médiatisation à outrance ? On voit bien à quelles conséquences dévastatrices mènent les réseaux sociaux type fesse-bouc.

       L’inspiré du bord des routes exhibe son travail en lisière de nos chemins, il est vrai. Mais c'est une exhibition pour passants immédiats, pour les voisins et les inconnus de passage à qui est tendue une main amicale. Je ne pense pas que ces créateurs s’adressent véritablement à la foule. Ils n’y songent absolument pas.

      Et c’est pourquoi il faut penser à leur place en cherchant à les garantir de l’assaut toujours possible de la multitude porteuse de « la bêtise à front de taureau » (comme disait je ne sais plus quel poète).

         Il est important de parler de leurs initiatives, ils nous en apprennent beaucoup sur ce que peut être une certaine créativité qui se déploie hors marché et hors système des Beaux-Arts. Il faut cependant filtrer, ne pas donner les adresses. Même donner les patronymes, cela peut être une lourde responsabilité (cela explique peut-être que pendant longtemps l'on n'ait pas connu autrement le nom de monsieur G., à Nesles-la-Gilberde). Personnellement, j’explique cela aux créateurs que je visite, en leur peignant les conséquences que pourrait leur apporter une trop grande médiatisation.

Le-couple-Billy,90,-(2).jpg         Un créateur que j'ai révélé au grand public dans les années 1990, via les journalistes qui reprirent son adresse à partir de mes articles, Charles Billy, dans le Rhône, à plus de 80 ans, vit défiler chez lui des milliers de personnes par été. Ce qui entraîna une crise cardiaque et sa disparition brutale. Il faisait la visite guidée à chaque groupe qui venait le voir... Il n'avait pas prévu le succès relayé par la voix amplifiée des média et qu'il ne pourrait plus suivre.

         A partir de là, j’ai commencé à réfléchir sur ce qu’il convient de divulguer en matière de coordonnées. Tous ces créateurs, au moment où leur œuvre atteint un certain volume, sont âgés, et parfois commencent à sérieusement fatiguer. Il me paraît évident qu’il faut faire attention à ne pas leur nuire.

         Les passionnés, avec les patronymes en leur possession, peuvent chercher par eux-mêmes les créateurs. Les "consommateurs", qui sont souvent paresseux, ne font pas l'effort de trouver l'adresse, et cela permet de freiner le trop grand flux de visiteurs qui pourrait être préjudiciable à nos amis du bord des routes.

         J’espère en conséquence que mon appel sera entendu par tous ceux qui ont des velléités d’étaler les coordonnées des inspirés sur la place publique, comme l’a fait récemment, par exemple, Mme Lepetit sur son blog Les grigris de Sophie au sujet d’André Pailloux. Il est facile d’obtenir de ce dernier, qui est un homme plutôt gentil et cordial, des consentements, y compris sur le fait d’étaler ses coordonnées (bien qu’à moi, comme je l’interrogeai récemment là-dessus, il m’ait assuré n’avoir donné aucune autorisation de ce type). Cela ne nous dédouane pas de nos responsabilités pour autant.

Ill: Pauline et Charles Billy, ph. Bruno Montpied, 1990

22/06/2012

Bricoleurs et jardiniers anarchiques au CDLA de St-Yrieix le 1er juillet...

 

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     Je continue mes pérégrinations pour aller porter la bonne parole autour de mon livre Eloge des Jardins Anarchiques en présentant en projection le film de Remy Ricordeau que j'ai écrit avec lui Bricoleurs de Paradis.

eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis,environnements spontanés,st-yrieix-la-perche,cdla,astrid verspieren,paul-armand gette     Cette fois-ci, ce sera à St-Yrieix-la-Perche, dans le Limousin (Corrèze...? Non... en Haute-Vienne, voir le pan sur le bec reçu en commentaire ci-après...), le dimanche 1er juillet à 11h au Centre culturel Jean-Pierre Fabrègues (6, ave du Maréchal De Lattre de Tassigny), dans le cadre des  rencontres "Des jardins, de la botanique" organisées par Didier Mathieu et Astrid Verspieren et le Centre du Livre d'Artiste dont on consultera le programme complet ici. Il y aura une projection du film suivie d'un débat. Les créateurs populaires de décors dans les jardins vont entrer ainsi dans un haut lieu de l'art contemporain. Quelles réactions vont-ils rencontrer? Wait and see... A noter que ces rencontres donneront lieu à la publication d'Actes par la suite.

     

18/06/2012

Le Jardin de Gabriel se visitera de nouveau bientôt

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    Nouveauté de la visite cette année, outre une guide-conférencière qui fait ses débuts sur place, Catherine d'Arzac, stagiaire à l'Atelier du Patrimoine de Saintonge, on fournira grâcieusement aux enfants des écoles qui viendront découvrir cette forêt de statues enchantées un livret qui devrait leur permettre d'interpréter les personnages proposés à leur curiosité par Gabriel Albert.

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Jardin de Gabriel Albert, allée de statues jusqu'au moulin et à la route, ph. Bruno Montpied, 2006

27/05/2012

Info-Miettes (18)

Arts buissonniers dans les rues de Capdenac

     Le 29 mai à 20h, c'est mardi prochain, dans le cadre de "L'Autre Festival" à Capdenac (Aveyron), avec l'association "Derrière le Hublot", aura lieu une projection de films autour de l'Art Brut et des Bâtisseurs de l'Imaginaire, avec un débat, le tout proposé par le Musée des Arts Buissonniers. L'événement se déroulera à la Médiathèque de Capdenac. Seront projetés Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) et un film sur Bohdan Litnianski.

 

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Bohdan Litnianski, Viry-Noureuil (Aisne), ph. Bruno Montpied, octobre 2008

     Par ailleurs, toujours dans le cadre de ce festival, les Arts Buissonniers sont invités à présenter ensuite une exposition, du 30 mai au 3 juin, basée sur la collection permanente qu'ils présentent habituellement dans leurs locaux de Saint-Sever-du-Moustier. On pourra notamment découvrir, sous le signe de l'assemblage, des pièces de Paul Amar qui sera tout cet été présenté aussi au Musée à Saint-Sever (expo La Folie des Coquillages du 16 juin au 10 novembre), et des pièces d'André Robillard, ainsi que des Staelens. Par ailleurs, prêtées par une association lotoise (voir le commentaire ci-dessous de JMC), des œuvres de Marie Espalieu seront également montrées.

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On reconnaît ici un "fusil" d'André Robillard

    Il y aura aussi une présentation du travail réalisé par 5 écoles primaires de l'Aveyron lors d'ateliers de création mis en place à l'occasion du spectacle "Petit Pierre". Ainsi qu'un atelier de création collective, ouvert à tous (les 2 et 3 juin prochains), atelier  dont les éléments iront, semble-t-il, rejoindre par la suite la "Construction collective" qui se bâtit progressivement sur les hauteurs de Saint-Sever, bâtiment hétéroclite dont j'ai déjà parlé ici et qui se bâtit par assemblage. Ce dernier mot est du reste le terme générique de cette carte blanche aux Arts Buissonniers.

Paul Amar sera bientôt exposé aussi à Chartres, patrie de Picassiette

    Je dois cette information au musée des Arts Buissonniers qui m'a signalé qu'outre l'expo qu'ils consacreront aux maquettes de coquillages rutilants de Paul Amar, ce dernier fera également partie d'une expo à Chartres, intitulée TOO MUCH ! FANTAISIES ET COQUILLAGES, du 23 juin 2012 au 26 août 2012.

Prieuré Saint-Vincent, 12, rue Porte-Cendreuse, Chartres. Informations : 02 37 23 41 43. www.chartres.fr

 

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Une œuvre de Paul Amar à la Collection de l'Art Brut à Lausanne, ph. Bruno Montpied, 2011


Jean-Louis Cerisier à la Lucarne des EcrivainsTriomphe-et-sacrifice,-tech.jpg

    Du 2 au 16 juin prochains, notre ami primitiviste lavallois, dont une donation d'œuvres vient d'entrer au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval, J-L. Cerisier, va exposer une quarantaine de peintures et dessins récents dans la sympathique librairie la Lucarne des Ecrivains, située dans le quartier populaire de la rue de l'Ourcq dans le XIXe ardt de Paris.

     "Jean-Louis CERISIER, dans un travail subtil d’exploration, se déclare  avide de « découvertes intimes à révéler ». Cette exposition généreuse raconte des histoires. Elle fait sa place au milieu des romans et s’y trouve bien. Le créateur de fiction plastique  sublime la représentation de la vie et « va au- delà » d’elle,  dans le plaisir affiché de peindre et le « bonheur immédiat à le partager »." (Françoise Limouzy, mai 2012)

Horaires : du mardi au samedi, de 10h30 à 19h ; dimanche et lundi : de 14h à 19h. Vernissage le mardi 5 juin à partir de 17h30. http://lucarnedesecrivains.free.fr et Mail : lalucarnedesecrivains@gmail.com

Illustration: Triomphe et sacrifice, technique mixte, 24x32, 2012

Jean Estaque s'exhibe quant à lui à Montauban

    C'est une façon de parler bien sûr, Jean Estaque n' a pas encore jeté son tablier par dessus les moulins. Ses œuvres viennent investir A la Soupe aux Livres (là aussi, une librairie?) du 11 mai au 18 juillet. Cela se situe au 28, fbg Lacapelle. Il y aura des peintures, des sculptures et de la littérature. Tout pour être heureux en somme. Pour plus de renseignements, on prend sa loupe et on examine l'affichette ci-dessous.

 

INVITATION ESTAQUE Montauban 12.jpg

Solange Knopf fait plus fort et débarque à New-York

S KnopfSSL12794.JPG    Cette dessinatrice belge, dont j'aime assez le travail (parce que ça ressemble à ce que je fais!...), m'annonce l'invitation que lui a lancée récemment la galerie Cavin-Morris à New-York. Félicitations à elle. Si on veut en voir plus, on peut aussi aller sur son site personnel. C'est un travail virtuose et inspiré qui paraît tout imprégné d'un frou-frou de palmes, de bruyère, de protoplasmes, avec grand tralala d'influences du côté d'Unica Zürn, d'Ursula aussi (voir ci-dessous l'expo parisienne qui débute le 31 mai), de l'art brut bien sûr aussi avec mention spéciale pour les médiumniques.

 

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Solange Knopf

Lionel, l'enfant bleu d'Henry Bauchau au LaM

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    C'est jusqu'au 21 juillet, au LaM de Villeneuve d'Ascq, près de Lille, et aussi à l'Université Catholique de Lille. Je ne sais pas grand chose de ce Lionel, adolescent suivi thérapeuthiquement par l'écrivain et psychanalyste Henry Bauchau qui écrivit un roman à son sujet. Savine Faupin, chargée du département art brut au LaM, en dit un peu plus sur la vidéo ci-dessous. Il paraît qu'il y a de nombreux labyrinthes, monstres, pays imaginaires et autres constellations dans son œuvre graphique. Un ensemble de dessins, gravures et sculptures, réalisés entre 1980 et 1998, est entré récemment au musée, don d'Henry Bauchau.


Coco Fronsac et Jim au cabinet de curiosité

Expo chez DA-EN 2012.jpg

"C'est une expo sur les cabinets de curiosités, oeuvres d'art contemporain et quelques pièces anciennes... J'y expose un de mes "Chamans", et François 3 crânes...", m'écrit l'exposante. "François", c'est l'artiste autrement appelé Jim Skull (ce qui veut dire "crâne" en anglais), spécialisé dans les reliquaires aux crânes surmodelés, dont certaines pièces ont été récemment publiées dans un beau livre sur les cabinets de curiosité, ce qui explique sans doute cette inclusion dans cette expo consacrée aux cabinets susdits.

Cabinet DA-END, 17 rue Guénégaud, 75006 PARIS. Tel +33 (0)1 43 29 48 64
Du mardi au samedi de 12h à 19h. JUSQU'AU 25 JUILLET.

L'Art Graphique de Nouvelle-Zélande au Madmusée

    Quatre créateurs néo-zélandais sont présentés à Liège du 12 mai dernier au 8 septembre prochain au Madmusée. L'expo prend par respect pour la Nouvelle-Zélande sans doute un titre anglais "Local Knowledge", ("connaissance locale"...?). Des quatre, une retient plus particulièrement l'attention sur l'écran, Susan King. Voir l'image ci-dessous...

 

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Bernhard Schultze et Ursula à la galerie Les Yeux Fertiles

     C'est comme pour ce couple de créateurs allemands (Schulze: 1918-2005, "art informel abstrait", Ursula (Bluhm): 1921-1999, "aux confins de l'art brut" –elle fut rangée en fait au sein de la Neuve Invention à Lausanne, à un moment, un peu comme Unica Zürn dont elle est proche graphiquement et avec qui elle partage la même nationalité allemande). Leurs œuvres seront exposées du 1er au 30 juin à la galerie Les Yeux Fertiles (vernissage le 31 mai dans le cadre "d'Art Saint-Germain-des-Prés"), et l'on a plus envie de s'arrêter devant Ursula que devant Bernhard, enfin si on se base sur l'image du carton d'invitation, et sans se référer forcément à l'étiquette "aux confins de l'art brut".

 

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Evelyne Postic revient chez Alain Dettinger: "la métamorphose du mille pattes"

     Là, c'est à Lyon que cela se passe. Place Gailleton, chez l'excellent galeriste Dettinger (aïe, on va encore me reprocher de manquer de ri-gueur-intel-lec-tu-elle parce qu'on me prouvera facilement que je donne ce genre de jugement de valeur parce qu'il m'a exposé un jour, mais non, il était déjà excellent avant cela...). Evelyne Postic s'en vient avec de nouvelles grandes compositions grises et roses avec des squelettes qui hésitent furieusement entre se prendre pour des montagnes ou pour des buissons d'épines.

 

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Pétra Werlé chez Béatrice Soulié

      Enfin, pour clore provisoirement cette litanie d'expos et manifestations en tous genres (l'actualité créatrice étant décidément au beau fixe ce printemps), je signale le retour de Pétra Werlé et de ses sculptures en mie de pain à la galerie Béatrice Soulié. On peut visiter sa galerie le même jour où l'on ira voir le cabinet de curiosité DA-END pour Coco Fronsac et Jim Skull, c'est commode. Cela s'appelle "Aime-moi mon amour!". L'expo durera du 31 mai au 13 juillet.

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25/05/2012

15e Rencontres du cinéma documentaire et des art singuliers à Nice

     Oyez, oyez, c'est reparti à Nice pour les XVe Rencontres organisées annuellement à Nice autour des arts spontanés ou singuliers (bruts, naïfs et extra dry), pour cette fois en deux jours, le vendredi après-midi à l'Auditorium de la bibliothèque Louis Nucéra et le samedi toute la journée à l'auditorium du MAMAC. Demandez le programme, voir la liste ci-dessous (c'est pour le week-end prochain début juin):

L’ASSOCIATION « HORS-CHAMP »

présente le 15ème Festival du Film d’Art Singulier

VENDREDI 1er JUIN 2012

Auditorium de la Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale Louis Nucera de Nice

Après-midi de 14h30 à 17h :

PierreD-,savache-,sonjardin.jpgBricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants) de Rémy Ricordeau (52’), en présence de son co-auteur Bruno Montpied

 

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Présentation du Gazouillis à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre en avril 2011, photographe non noté (qu'il m'en excuse)

Il pleut jamais dans l’Nord! de Jean-Michel Zazzi (12’), en présence du réalisateur

Roland Roure, constructeur de machines ludiques de Deidi Von Schaewen (26’; 1983... Un travail de jeunesse de cet auteur passée plus tard aux environnements spontanés du monde entier, voir son livre Mondes Imaginaires chez Taschen), en présence de Charles Soubeyran

SAMEDI 2 JUIN 2012

Auditorium du Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice

Samedi matin de 10h30 à 12H :

Hubert, l’homme aux bonbons de Marie Paccou (8’)

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DVD de l'Homme aux bonbons

Guo Fengyi et les rouleaux magiques de Philippe Lespinasse, Andress Alvarez (19’), en présence de Philippe Lespinasse

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DVD Gregory Blackstock, l'Encyclopédiste et Guo Fengyi et les rouleaux magiques de Lespinasse et Alvarez

Tante chinoise et les autres de David Perlov (17’), en présence de Nathalie Jungerman

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DVD inséré dans l'album de Marguerite Bonnevay (1882-1903), présenté par Nathalie Jungerman, Tante Chinoise et les autres, édité à la Table Ronde en 2009

Samedi après-midi de 14h30 à 17h30 :

Objectif : réussir ? de Michel Etter (20’), en présence du réalisateur

Petites actualités « Hors-Champ » de Grégoire Dumas (15’), en présence du « journaliste »

Grégory Blackstock, l’encyclopédiste de Philippe Lespinasse, Andress Alvarez (22’)

La valise de Lobanov de Erika Manoni (12’), en présence de Vincent Monod

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Alexandre Lobanov, un de ses dessins, coll privée, Paris

Les grandes Vacances de Pépé Vignes de Victor Simal (20’ ; où l'on voit ce que peut être une "musique brute"...)

Le monde magique des frères Lumière (extraits) de Guy Brunet (20’), en présence du réalisateur

Contact : 04 93 80 06 39 - http://hors-champ.hautetfort.com

08/05/2012

Deux outre-vélos

     Deux vélos autres se sont manifestés sous mon regard à quelques jours d'intervalle. D'abord celui ci-dessous, une mante qui se prend pour un vélo, ce qui est assez peu banal. Trouvé sur le site d'Etienne Cornevin, Nouvelles Hybrides.

sauterelle-à-velo, site Nouv Hybrides.jpg

      Et puis ce deuxième, venu du bord de l'Océan Atlantique, grâce à l'oeil avisé d'André Bernard. Très "surréaliste", si l'on pense à la selle d'abeilles, visible sur une ancienne (?) photo (?) de Meret Oppenheim (?)...

Vélo à huîtres.jpg

Vélo d'huîtres, créé naturellement par le temps et la mer, photo André Bernard, 2012

  Il me revient que l'on trouve aussi de temps à autre, parmi les cartes postales sur des sujets insolites, certaines images exhibant ce genre de concrétions sur vélocipède.  Par exemple cette dernière carte extraite de ma collection personnelle.

Vélo-couvert-d'huîtres,-cp.jpg

Vélo d'huîtres, carte postale sans date (années 70?)

     Le texte de la correspondante qui est au verso de cette carte non datée est d'un pathétique si poignant, en dépit de sa briéveté, que je ne résiste pas à vous le recopier (en modifiant légèrement le patronyme de son auteur):

"Bonjour, je m'appelle Pascal Erronée, j'ai 16 ans. Je ne part [sic] pas en vacances alors j'aimerais jouer à 3 mots pour une chanson. Voici mon numéro de téléphone: 4.... J'habite en Charente-Maritime, Marennes."

   Le jeu mentionné dans le texte de cette jeune fille qui-ne-partait-pas-en-vacances devrait donner la date approximative de cette courte missive qui ressemblait à une bouteille à la mer. Situation, hélas, banale...

    Enfin, pour complaire à RR qui grâce à sa mémoire sans faille (voir commentaire ci-après) se rappelle le vélo que nous vîmes ensemble dans le jardin de l'habitant-paysagiste naïf André Hardy à St-Quentin-des-Chardonnets (Orne), aujourd'hui en voie de démantélement et dispersion, voici le deux-roues que ce dernier avait installé sur sa pelouse. Sa mosaïque de coquillages peints en bleu et disposés assez régulièrement, à la différence des manières de la Nature, a certainement été inspirée peu ou prou par les fameux vélos couverts d'huîtres qu'on trouve exhibés ici et là sur les littoraux.

 

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Chez André Hardy, ph. Bruno Montpied, 2010

05/05/2012

Salon du livre libertaire à Paris, 11, 12 et 13 mai

Salon du livre lib affiche.jpg    Le week-end prochain s'ouvrira pour trois jours (c'est un wek-end agrandi) le Salon du Livre Libertaire où parmi d'autres (il y a beaucoup d'éditions anarchistes, tellement qu'elles tiennent désormais salon : elles sont 104, rien que ça), on retrouvera les publications des éditions de l'Insomniaque, dont le livre que je ressasse depuis l'année dernière (mais il y a toujours de nouveaux lecteurs sur ce blog, ce qui justifie cette campagne de pub sans fin...), à savoir Eloge des jardins anarchiques. Son auteur, mézigue, sera donc présent aux côtés des autres insomniaques, surtout le samedi et le dimanche, pour en causer entre quatre-z-yeux et pour apposer quelque dédicace éventuelle.1ère-couv-éloge-des-jardins.jpg Il doit y avoir aussi une table où je pourrai présenter les deux numéros de L'Or aux 13 îles, la revue de Jean-Christophe Belotti, puisqu'ils recèlent deux dossiers non sans rapport avec les jardins anarchiques et l'art brut, un sur le musée des bois sculptés de l'abbé Fouré (n°1) et un autre sur une collection d'art immédiat (n°2). Remy Ricordeau de son côté ne viendra pas présenter Bricoleurs de Paradis mais plutôt son plus récent DVD, Inventaire avant Liquidation et Putain d'Usine qui sera projeté je crois dans un local à part dans l'Espace des Blancs Manteaux. Il sera aussi sur le stand des Mutins de Pangée. Sinon, si tout cela ne vous concerne pas, n'hésitez pas à venir tout de même faire un tour pour découvrir le reste, il reste 102 éditeurs, du reste voici le programme.

    A noter parmi d'autres maisons d'éditions celle des Éditions Libertaires qui proposent entre autres un livre intitulé Eloge de la passe. Je vois d'ici certains qui auront l'esprit tourné à la malice (mais peut-être que les éditeurs l'avaient aussi): de quelle passe s'agit-il? Eh bien, pour une fois il s'agit de sport, et de sport vu par des libertaires. Et pourquoi pas?

(Eloge de la passe, Jean-Marc Raynaud, Philippe Pelletier, etc. "Le sport peut-il être un outil de luttes pour les anarchistes ? La pratique de sports (collectifs) peut-elle être un apprentissage à la vie en société libertaire ? C’est la thèse défendue par une vingtaine de militant-e-s dans cet ouvrage collectif. (Éditions Libertaires).")

01/05/2012

Les bâtisseurs de Babel de Gabriele Mina

     Gabriele n'est pas une dame mais un anthropologue italien, donc là-bas ils ont des "e" à la fin des Gabriel, ou des Michel.

   J'avais signalé il y a quelque temps l'apparition d'un site web appelé Costruttori di Babele qui était le signe avant-coureur d'une recherche en cours sur les sites et les environnements d'art populaire en Italie, où, comme on l'a découvert avec l'actuelle exposition Banditi Dell'Arte à la Halle Saint-Pierre, commencent à apparaître de plus en plus d'initiatives pour intéresser le public aux riches créations atypiques présentes dans ce pays déjà lourd d'un patrimoine artistique conséquent (vestiges gallo-romains, littérature latine, peinture de la Renaissance, mythologie chrétienne...), qui de ce fait a peut-être retardé plus qu'ailleurs la connaissance de la créativité populaire.

 

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     Gabriele Mina a une position originale qu'il a tenté de résumer dans un texte en français qu'il m'a envoyé parallèlement à l'ouvrage ci-dessus paru à la fin de l'année 2011, et qui aide les non italophones à comprendre ce qu'il a voulu dire dans son livre principal, Costruttori di Babele, sulle tracce di architetture fantastiche e universi irregolari in Italia (je fais figurer ce texte en français en lien ici même, son titre étant Insiders, les constructeurs babéliques et nous ; il reprend en grande partie l'introduction italienne de son ouvrage). Il veut avant tout attirer l'attention sur ce qu'il appelle les Insiders, par opposition avec Outsiders. Ce terme d'Insiders paraît recouvrir des créateurs populaires non coupés du reste de la société, non marginalisés, œuvrant dans l’espace public. L’art populaire contemporain, ou art modeste, pourrait relever de cette dénomination. Régis Gayraud m’a signalé récemment que chez les historiens de l’ex-Union Soviétique, on parle de « non-conformistes intégrés » au sujet d’artistes non officiels en Russie. Ce qui paraît assez voisin de ce que l'on cherche à distinguer avec les Insiders. Ce serait une appellation disponible pour des anticonformistes non marginalisés ne relevant pas des courants de l’art officiel. Cela représenterait du coup beaucoup de créateurs, populaires ou non, professionnels ou amateurs, qui pourraient rentrer dans cette catégorie, pourvu qu’ils aient en commun une certaine indépendance d’esprit… Les environnements spontanés de créateurs, populaires ou non, reléveraient ainsi des Insiders... Et c'est bien ce qui paraît se constituer sous la plume de Gabriele Mina qui évoque dans l'ouvrage collectif qu'il a dirigé aux éditions Elèuthera à Milan une soixantaine de cas d'environnements créés par des hommes du peuple ou par des artistes (cette distinction paraissant nettement moins tranchée dans les résultats esthétiques qu'en France, où l'œuvre d'un Chomo ou d'un Tatin me paraît nettement différer de celle d'un Picassiette ou d'un Pailloux, être moins émouvante en tout cas). Dans les soixante, on retrouve certains créateurs évoqués à la Halle St-Pierre en ce moment même: Luigi Lineri, Marcello Cammi, Melina Riccio, Giovanni Bosco, Florenzo Pilia, Angelo Stagnaro, Giulio Rancilio, Bonaria Manca (chapitre écrit par Roberta Trapani), Vincent Maria Brunetti, Filippo Bentivegna, Maurizio Beccherini, Orpheo Bartolucci, Mario Andreoli...


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Mario Andreoli, détail de sa crèche de la Colline des Lumières (4000 m²...) qu'il illumine de début décembre à fin janvier à Manarola en Ligurie, photo extraite du site de la Galerie Rizomi à Turin (expo Ligurie brute)

 

      L'accent est davantage mis sur la notion d'anticonformisme et d'utopie (ce qui explique "Babel" à l'arrière-plan des recherches de Gabriele Mina), sur la revitalisation de la culture populaire contemporaine longtemps refoulée à la suite de l'histoire italienne –le fascisme ayant apparemment dès les années 20 choisi d'imposer à la population une resucée de la culture classique gréco-latine– que sur une critique de l'art d'élite, cause à laquelle je me suis attaché plus particulièrement avec mon propre livre Eloge des Jardins anarchiques dont Mina pourtant se proclame proche. On distingue en effet mal en parcourant Costruttori di Babele si on a affaire à des créateurs cultivés ou à des autodidactes créant à partir d'une culture populaire. Au point que je me suis demandé en le lisant avec difficulté (le problème de la langue) si les créateurs populaires italiens au fond n'avaient pas davantage de culture que les créateurs prolétaires français... C'est une hypothèse qui serait à creuser, pas complètement hasardée si l'on pense justement à la richesse du patrimoine et de l'histoire artistique italienne que j'évoquais ci-dessus.

 

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Bonaria Manca, Au travail, 1-11-1969, ph.Roberta Trapani


      Un point qui découle de cette quête utopique babélienne, "réaffirmer une appartenance de ces expressions excentriques au paysage culturel qui les entoure" (écrit Mina dans son texte en français mis en lien ci-dessus) est la critique qu'opère l'auteur vis-à-vis de l'art brut de Jean Dubuffet, accusé au fond de stérilisation par l'enfermement "dans la vitrine d'une vague diversité qui satisfait les attentes et le voyeurisme", au lieu d'être détruit par "l'asphyxiante culture". On retrouve là une critique de la ghettoïsation dans laquelle les défenseurs orthodoxes de l'art brut version Dubuffet enfermaient les créateurs de l'art brut, en en faisant, comme me le confiait récemment Bruno Decharme, s'il me permet d'ébruiter cette confidence personnelle, de nouveaux "dieux" (ou des "saints", comme disait pour sa part Dubuffet)... Or, comme disent nos amis anarchistes, ni dieu, ni maître! On ne va pas recréer une hiérarchie à l'envers, comme le demande au fond le marché de l'art qui se précipite chaque jour un peu plus vite sur la viande fraîche de l'art brut.

     Ce n'était pas ainsi qu'André Breton concevait les créateurs rangés dans l'art brut, il laissait dialoguer (un mot que Mina aime bien) les créateurs de toutes obédiences au sein de ses expositions internationales du surréalisme, il ne les mettait pas dans une réserve. Sans pour autant refuser de les documenter et d'indiquer leurs singularités. Les créateurs de l'art brut, les créateurs d'environnements n'étaient pas sans culture, la leur tenant davantage d'une culture populaire en miettes, en décadence, une culture dite de masse, un art modeste dirait Di Rosa aujourd'hui, dans laquelle ils repêchent les matériaux utiles à leur renaissance. C'est ma position dans mon Eloge. Et c'est ici effectivement que nous nous rejoignons Gabriele Mina et moi. De même que je lui suis reconnaissant d'avoir bien compris à quel point je refuse de me retrancher dans la rencontre avec les créateurs dans le film que j'ai écrit avec Remy Ricordeau, Bricoleurs de Paradis, parce que je trouve plus honnête de figurer à l'image avec les questions que l'on n'aura pas cachées.

A noter en outre que j'ai inséré à la demande de Gabriele Mina dans son ouvrage une réflexion sur la question de la conservation, ou non, des environnements d'autodidactes, intitulée La cura dell'ispirazione, Conservazione e prolugamento dei siti spontanei in Francia (en français: Entretenir l’inspiration, La conservation ou le prolongement des environnements spontanés en France), illustrée de trois photos montrant les sculptures abîmées de Gabriel Albert et de l'abbé Fouré.

Costruttori di Babele, vidéo

29/04/2012

Un DVD rien que pour Jacques Brunius

     Brunius a désormais un DVD à lui seul consacré. C'est Doriane films et les films de l'Equinoxe (ces derniers étant les gérants des droits relatifs à Brunius, ils s'occupent aussi du fonds Denise Bellon, la photographe belle-soeur de Brunius, avec qui ce dernier collabora à plusieurs reprises, notamment sur le Palais Idéal du Facteur Cheval) qui patronnent cette sortie toute récente.

 

Brunius le DVD.jpg

Couverture du DVD Jacques Brunius, Un cinéaste surréaliste, éd. Doriane Films et les Films de l'Equinoxe, sorti en mars 2012

    Quatre films, tous des documentaires, sont ainsi édités dans ce DVD: Autour d'une évasion (ultra rare; 65 min., 1931), Violons d'Ingres (30 min. ; 1937 ; déjà réédité dans le triple DVD Mon frère Jacques de Pierre Prévert,), Records 37 (28 min, 1937), ces trois derniers films ayant été tous restaurés par les Archives Françaises du Film et le CNC, et enfin Sources noires (38 min. ; 1937 ; docu "artistique" sur l'industrie pétrolière).

     Brunius, j'en parle souvent ici, c'est un homme qui me fascine et m'enchante. Par sa rigueur, son côté impitoyable aussi, dont on se fera une idée précise en lisant son livre de 1954, En marge du cinéma français, où il se livre en de certaines pages à des exécutions d'une rage inouïe (sur Cocteau notamment où sa verve anti Cocktail -un cocteau, des cocktails- fondée par rapport à certains des films de ce poète mondain -je pense notamment au Sang des Poètes d'une mièvrerie et d'un formalisme creux insupportables- dérape dans l'injustice lorsqu'il se livre à une descente en flammes de la Belle et la Bête ; on sait cependant à quel point Cocteau était haï des surréalistes, au point de faire dire à Philippe Soupault, comme le cite Jean-Pierre Pagliano dans son Brunius à l'Age d'Homme en 1987 (note 108, p.136): "Nous nous [les surréalistes] sommes éloignés du cinéma parce qu'il était aux mains de truqueurs comme Cocteau" ; ce genre de phrase est à retenir dans une histoire du cinéma et du surréalisme il me semble...). Brunius était un de ces passionnés, –de cinéma d'abord– qu'aucune tiédeur ne retenait de lâcher les chevaux. Son livre montre par ailleurs aussi quel redoutable théoricien du cinéma il pouvait être. La réunion des quatre films de ce DVD, mis en relation avec son livre, met en évidence en particulier son goût et son désir de promouvoir un cinéma de montage, au rythme particulièrement rapide (parfois même un peu trop rapide, empêchant de savourer les raccords, les analogies... comme dans Records 37, les plans sur le thème de la roue mise en parallèle avec les cercles concentriques générés par le jet d'un caillou dans l'eau par exemple). Il était là dans le droit fil des théories surréalistes s'inspirant de la phrase célèbre de Pierre Reverdy (que cite Brunius dans son livre, p. 128 de l'édition originale des éditions Arcanes): "[L'image poétique] ne peut naître d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique..." (Nord-Sud, mars 1918). Des "rapports lointains et justes", on les illustrera par exemple par ce rapprochement juste des formes des différentes roues avec des ronds dans l'eau, matières et objets pourtant éloignés les uns des autres dans la réalité. 

     Lui qui fut admiratif de cinéastes comme Jean Renoir (avec qui il collabora comme assistant -dans La Vie est à nous- et comme acteur -dans Partie de Campagne et Le Crime de Monsieur Lange), ou encore René Clair, Alberto Cavalcanti, Walter Ruttman, ou bien Luis Bunuel (dont il fut l'assistant sur L'Age d'Or), rêvait en effet d'un cinéma qui devait permettre, dans la continuité des films des avant-gardes des années 20, d'apporter un souffle nouveau basé sur les rapports égalitaires et complémentaires entre images toutes faites, tournées par d'autres (exemples des images d'actualités), musique, bruitage, et sous-titres. Brunius, en particulier voulait réformer l'usage du commentaire dominant par rapport aux autres langages du cinéma (image, bruits...).

      Dans Records 37, l'oreille du spectateur entend médusée ces mots, "Ni dieu, ni maître..." chantés en arrière-plan sonore (à moins que ce ne soit au premier plan?) sur un poème de Paul Valéry, alors que le film  continue simultanément et imperturbablement de dérouler sa litanie d'émerveillement devant les améliorations apportées au monde moderne par les différentes techniques ingénieuses qu'il nous présente.

Brunius, en marge du cinéma français, couverture.jpg     Le livre En marge du cinéma français dont maints chapitres ont été rédigés apparemment les années précédentes paraît déplorer que les recherches de montage, notamment de bandes d'actualités (comme dans Autour d'une évasion, où Brunius récupéra des images de Silvagni tournées en Guyane d'après l'enquête d'Albert Londres sur les bagnes, ainsi que les images rares, volées, filmées de derrière des persiennes entrebaillées par Gaston Chelle, opérateur de Pathé-Gaumont, montrant l'embarquement de bagnards à Saint-Martin-de-Ré dans les années 20 (ceci est révélé dans  l'instructif et synthétique livret du DVD par Nathaniel Greene), images qu'il entrelaça à des séquences qu'il filma à Paris avec Eugène Dieudonné, ancien anarchiste ayant fréquenté la  Bande à Bonnot et condamné injustement au bagne en Guyane), le livre de Brunius déplore que ses recherches de montage n'aient pas été reprises par d'autres. Cependant, au même moment (au début des années 50) les lettristes, tels Isou avec son Traité de Bave et d'Eternité où bande-son et bande-image se séparent à un moment du film de façon discrépante comme le qualifia Isou, ou tel Guy Debord qui fit au même moment des films sans images (Hurlements en faveur de Sade) puis par la suite dans ses films situationnistes des films de montage de bandes d'actualités et autres films tout faits, publicitaires entre autres, qu'il détournait, représentent à l'évidence des héritiers des théories cinématographiques de Brunius et autres surréalistes.

 

 

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Alphonse Benquet, portrait de sa femme Marie, 1889, coll. Rassat, ph. Bruno Montpied (sculpture inédite)

    Brunius qui ne s'en tint pas là, comme je ne cesse de le rappeler ici et là, devançant également Dubuffet et l'art brut par son film de 1937 Violons d'Ingres qui évoque diverses figures de l'art populaire comme le Facteur Cheval, l'abbé Fouré, Alphonse Benquet, Auguste Corsin, Alphonse Gurlhie, le Douanier Rousseau, divers artistes naïfs, associés à des figures excentriques populaires (le Diable Rouge), des inventeurs et des artisans populaires, tous représentants d'une persistance du génie de l'enfance se prolongeant à l'âge adulte. Autour d'une évasion, film d'une audace étonnante pour l'époque, puisqu'il traite dans la suite des enquêtes d'Albert Londres (voir son livre sur  Dieudonné, L'Homme qui s'évada et celui sur les bataillons d'Afrique, Dante n'avait rien vu, réédités au Serpent à Plumes), des conditions faites aux bagnards, montre à un moment dans les mains de Dieudonné un rouleau de peau humaine conservé en raison des tatouages qu'il recèle, tatouages que l'on voit dans un autre passage du film, dans les images de Silvagni en train d'être apposés sur les bras et les épaules des bagnards par des compagnons d'infortune.

 

Aoutr-d'une-évasion-Dieudon.jpgDieudonné déroulant la peau tatouée dans Autour d'une évasion

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L'opération de tatouage dans Autour d'une évasion

 

 

      Il reste à espérer que ce DVD soit le premier d'une série qui ne pourra se limiter sans doute qu'à deux compilations, la deuxième se consacrant à ses films tournés en Angleterre après la Seconde Guerre. Car on sait que Brunius, fuyant les Nazis, alla vivre là-bas, revenant de temps à autre après guerre voir ses amis et parents sur le continent, continuant à fréquenter le cercle surréaliste notamment, jusqu'à sa mort en 1967, la veille d'une grande exposition surréaliste à Londres qu'il avait grandement contribué à organiser (on le voit témoigner sur Jacques Prévert dans le film de Pierre Prévert Mon Frère Jacques en 1966,  rare moment de présence personnelle devant une caméra, en dehors de ses rôles de comédien).

      D'autres films furent réalisés par lui durant sa période anglaise (j'en ai évoqué un, Somewhere to live, dans la note ici et en lien), et notamment un film pour enfants, To the rescue (A la rescousse) en 1952, qu'il fit avec Richard Massingham que Pagliano présente comme "une sorte de pionnier, réinventant le cinéma pour son usage personnel", une sorte de "cinéaste du dimanche", bourré d'humour et d'esprit carrollien, goût qu'il partageait avec Brunius qui réalisa pour la radio française en 1966, un an avant sa mort, une émission fleuve d'environ huit heures sur Lewis Carroll (rediffusée en 1986 sur France-Culture : faudra-t-il attendre 2016 pour la réentendre? Qu'attend-on pour l'éditer en coffret?). Ce film fut apparemment la seule incursion de Brunius dans le domaine de la fiction, sorte de poursuite burlesque, nous dit toujours Jean-Pierre Pagliano, en hommage au cinéma comique des premiers temps. Il reçut le prix du meilleur film pour la jeunesse au festival de Venise 1953. On aimerait bien le voir...

A noter en bonus: le Palais Idéal d'Ado Kyrou (1958, déjà réédité en même temps que le film de Claude et Clovis Prévost sur le Facteur Cheval dans un autre DVD produit par le Palais Idéal de Hauterives), surtout une éclairante "rencontre autour de Brunius" au Lux, scène nationale de Valence (le 16/10/2010), avec Eric Le Roy (CNC, Archives Françaises du Film, Films de l'Equinoxe), Christophe Bonin, l'ancien directeur du Palais Idéal aujourd'hui nommé à d'autres responsabilités culturelles dans la Creuse, et Jean-Pierre Pagliano (rencontre que j'avais signalée en son temps sur ce blog), une "chronologie" de J-B. Brunius et un diaporama de photos de films et de dessins de Brunius.

21/04/2012

Info-Miettes (17)

Encore et toujours Marie Espalieu

     Cette fois les petits bonshommes en bois brut de Mme Espalieu quittent le Lot et vont voyager en Aveyron. Le Musée des Arts Buissonniers à St-Sever-du-Moustier a décidé d'en héberger quelques échantillons. Voir ci-dessous l'affiche de l'expo.

 

Marie-Espalieu-au-MAB.jpg


Des vinyls peints au pochoir

 

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      Certes... Mais je ne sais pas ce que ça vaut... Il paraît que c'est Cosmo qui les a fournis. Bon, mais qu'est ce que les artistes Gorellaume et FMR en ont fait? Je vous invite à aller vérifier avant moi, car je ne sais si j'aurai le temps d'aller voir rue Keller (ça se termine bientôt). Dans la série, microsillons peints... Tu vois, Gilles Manero, tu n'étais pas seul.

Caroline Dahyot au centre G.Désiré, tout un programme...

 

expo centre G.Déziré.jpeg

       Oui, je n'invente rien, Caroline Dahyot a exposé au centre G. Déziré à Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen (c'était ultra-court, du 10 au 14 avril dernier, j'ai pas eu le temps d'armer le tir). C'est amusant comme jeu de mots, le nom de ce centre. Je suppose que cette conjugaison au passé ne concerne, chère Caroline, que les œuvres montrées à cette occasion.

Un grand photographe présenté à la Galerie Dina Vierny à Paris

        Il n'y a plus beaucoup de grands photographes qui m'attirent. Une exception notable, Franck Horvat, dont chaque image me surprend et m'enchante. Voici une expo qui s'annonce à la galerie Dina Vierny à St-Germain-des-Prés. A ne pas manquer donc. Du 25 avril au 20 juillet. "Promenade à Carrare", cela s'appelle (le personnage dans la photo ci-dessous est peut-être taillé dans le marbre du même nom?).

Franck HORVAT-1.jpg

Galerie Dina Vierny, 36, rue Jacob, Paris VIe. Vernissage le 24 avril de 18h à 21h.

Jardins n°3 sort en librairie...

 

Jardins 3 couv.jpg     Je crois avoir signalé ma participation au n° précédent de cette séduisante revue littéraire qui était consacré au "Réenchantement". Le thème du n°3 est le "Temps" cette fois. Un vernissage pour la sortie de cette troisième livraison est prévu pour le 25 janvier de 18 h à 22 h dans la nouvelle librairie du Sandre, celle de la maison d'édition qui édite la revue comme de juste (5, rue du Marché-Ordener, Paris XVIIIe).

Michel Zimbacca et Choses Vues présentent leur dernière production...

 

Zimbacca, Invit aux films de Zimbacca copie.jpg

ET Marian Koopen au Musée de la Création Franche, ne pas oublier...

    J'aime beaucoup le graphisme de cette dame batave, j'ai même acquis un de ses dessins. La voici qui s'expose à Bègles (à côté de Phil Denise Smith, un Américain proche de Cobra), et c'est l'occasion de découvrir cette écriture très personnelle, en dépit de son aspect enfantin proche des graffiti. Cela tient de l'inscription comme angoissée où l'on n'aurait pas pour autant oublié toute enfance du regard. Cette rencontre d'une certaine noirceur, d'une hantise des nouages peut-être aussi, avec le tracé pur et simple de l'enfant assure un charme certain à ce que dessine Marian Koopen, que le Musée de la Création Franche défend avec beaucoup de raison, je trouve. Voir ici la plaquette que le musée lui a consacrée à l'occasion de cette exposition, avec un texte de Gérard Sendrey.PlaquetteKoopen-4e page.jpg

(L'expo se tient du 6 avril au 20 mai)

Et tiens, ci-dessous, voici le dessin de Koopen dans ma collec'...

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Marian Koopen, 20,5x16,5 cm, coll.BM

    Et puis, en voici encore un autre, que j'avais photographié au musée de la Création Franche, très enfantin seulement celui-ci pour le coup...

 

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Marian Koopen, Musée de la Création Franche, Bègles



14/04/2012

Quatre jours singuliers à Nantes avec entre autres le Gazouillis des Eléphants

Cette note contient une mise à jour

 

     C'est marqué "Un week-end singulier", mais c'est prévu pour durer quatre jours. Ils ont de la chance ces Nantais d'avoir des week-ends de quatre jours. Cela se passe au Lieu Unique, scène nationale, aménagée dans l'ancienne usine Lefèvre-Utile (ceux qui faisaient les petits LU), quai Ferdinand Favre, pas loin de la gare. Voir pour plus de précisions, le programme présenté sur leur site web, avec quelques bandes-annonce, que l'on peut aussi imprimer à partir du fichier en PDF que je vous propose en lien.

 

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L'affiche de l'événement, avec, je ne sais trop pourquoi, cette desperate housewife en compagnie d'une peluche kitsch, est-ce à dire que les créateurs populaires seraient dans l'esprit des concepteurs de ce week-end singulier assimilables au kitsch? En réalité, comme j'ai pu le constater en visionnant le film de Mario Del Curto et Bastien Genoux samedi 21 avril, l'image représente la médiumnique Henriette Zéphir dont on a extrait hors contexte ce portrait, cette extraction pouvant du coup légitimer ma première interprétation... J'en profite pour dire ici mon admiration pour ce film qui donne une certaine idée de la transparence et de la fluidité ; on aimerait vivre à la table à dessin pleine de lumière de ce zéphir... (ajout du 26 avril)

       C'est une programmation qui louvoie, dois-je dire, entre offres de contre-culture (concerts de musique avec entre autres celui d'un disciple de Moondog, Stephen Lakatos, exposition des dessins de Daniel Johnston – que j'eusse préféré voir sur scène personnellement, le trouvant nettement meilleur musicien que dessinateur –, présentation par Laurent Danchin de la revue L'Œuf Sauvage), et programmation de documentaires consacrés à l'art brut et aux inspirés des bords de route. Et c'est là que nous intervenons, samedi 21 avril, de 15h à 17h, avec une projection du Gazouillis des Eléphants (véritable titre des Bricoleurs de Paradis, titre que nous avons proposé parce que le premier avait déplu à un certain ponte de France 3...), le film de Remy Ricordeau, coécrit en ma compagnie, et une présentation concomitante de mon livre Eloge des Jardins Anarchiques, qui, à la lumière d'une discussion avec Eva Prouteau débouchera sur une autre présentation, le n° spécial récent de la splendide revue 303 consacré à "l'art outsider, brut, modeste". A signaler qu'à propos du film, Remy a également donné une petite interview à Aude Lavigne sur France-Culture tout récemment, dans l'émission "La Vignette" que l'on peut réécouter dans les podcasts de cette chaîne, voir ici le lien pour l'écouter.

Avec notre film, on retrouvera également des films de Mario Del Curto (sur Pya Hug, Macoto Toya, et Henriette Zéphyr), de Dominique Clément (Les Jardins de l'Imaginaire, sur Eugène Santoro), toujours le samedi (de 18h à 20h). Le dimanche, on retrouvera aussi le film de Bruno Decharme, Rouge Ciel (de 15h à 16h45), suivi d'une table ronde Decharme + Barbara Safarova + Sarah Lombardi, puis des films de Philippe Lespinasse (Judith Scott, Diamants bruts du Japon, et Ataa Oko) suivies d'une discussion avec Sarah Lombardi de nouveau, la nouvelle directrice intérimaire de la Collection de l'Art Brut (le tout entre 17 et 18h30). Qu'on se le dise, amis nantais et d'ailleurs...

11/03/2012

L'art hors-les-normes italien, une nouvelle exposition à la Halle Saint-Pierre

    Le printemps sera italien cette année. Du moins en ce qui concerne l'actualité des événements concernant la planète des arts bruts, naïfs ou populaires. C'est fait personnellement pour me plaire, étant donné les informations que j'ai souvent mises en ligne ici même sur le sujet.

banditi-dell-arteaffiche 2.jpg Affiche de l'expo, Les "portes" de Francesco Nardi, coll privée, © Halle St-Pierre

      "Banditi dell'arte" est le titre choisi par Martine Lusardy avec Gustavo Giacosa, commissaire désigné de l'exposition (j'ai déjà mentionné son nom en divers points de ce blog). C'est joli, ça fait bien ce titre, c'est offensif, les "bandits de l'art", mais est-ce bien tout à fait juste?... Les organisateurs de l'expo se fondent sur le fait que des travaux et des objets venus de collections historiques à la fois psychiatriques et carcérales, comme le musée Cesare Lombroso, le musée d'anthropologie de Turin et l'hôpital San Lazzaro de Reggio-Emilia (musée d'histoire de la psychiatrie) ont prouvé depuis longtemps le regard criminalisant qui fut porté sur certaines figures populaires créatives. Lombroso par exemple, au XIXe siècle, cherchait à mettre en évidence, en collectant tous les documents et objets possibles produits par des "criminels", l'origine innée de cette criminalité. Il allait jusqu'à trouver des traits physiques susceptibles d'être des marqueurs de la dangerosité des individus. Il lia folie, génie et criminalité, exerçant ainsi une influence notable sur les théories réactionnaires qui apparurent après lui, critiquant les avant-gardes artistiques (théories qui débouchèrent sur l'exposition nazie "d'art dégénéré" de 1933 en Allemagne, où furent mêlés œuvres expressionnistes, surréalistes, et travaux d'internés de la collection Prinzhorn, internés dont certains, comble de l'horreur, furent mis à mort par la suite dans les hôpitaux allemands).

 

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Francesco Toris, Le Nouveau Monde, © Musée d'Anthropologie de Turin ; A noter qu'il manquerait selon Maria Teresa Dolfin, "découvreuse" de l'œuvre en 2002-2003, une pièce sculptée importante sur cette pièce, une "Chimère", que Toris considérait comme "la pièce maîtresse de son œuvre"

     L'expo est construite ainsi en deux parties. La première donc, avec des travaux venus de ces collections –dont j'attends personnellement de voir avec beaucoup d'impatience l'extraordinaire maquette architecturée, en os de bovins, de Francesco Toris, "Le Nouveau monde" (1899-1905), sorti des réserves du musée d'anthropologie de Turin, véritable Tour de Babel arachnéenne, dressée depuis l'ossement d'une existence saccagée (à l'âge de 33 ans, cet ancien carabinier fut interné en hôpital psychiatrique), qui fut présentée pour la première fois en 2002-2003 par la Collection de l'Art Brut à Lausanne–, sans oublier les travaux venus des ateliers d'art pour divers patients en souffrance, comme Blu Cammello à Livourne, La Maninca Lunga, à Crémone, la Tinaïa à Florence, etc...

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Quelques numéros de la revue Arte Naive dirigée par Dino Menozzi (69 numéros publiés à Reggio-Emilia de1974 à 2002), qui s'ouvrit à partir du n°59 (1997) à l'art "outsider" ; on y parlait déjà de plusieurs créateurs qui sont présentés à l'expo Banditi dell'Arte, voir aussi la note que j'avais consacrée à la donation Menozzi à la Bibliothèque Panizzi

    La seconde partie est constituée, au premier étage (traditionnellement consacré à la Halle, sous un éclairage plus naturel, à l'art "ouvert"), aux "insiders" populaires par opposition aux oeuvres du rez-de-chaussée, espace du marginal, des créateurs enfermés, à tous les sens du terme, exposées du coup dans un espace noir, sans lumière venue de l'extérieur, "des représentants de l'art populaire contemporain" (selon les mots du dossier de presse de l'expo). Ces créateurs nous sont présentés comme des indépendants vis-à-vis du système des beaux-arts traditionnels, créant une "contestation institutionnelle et culturelle" (là aussi, je trouve cela exagéré). On y retrouve des "portes détournées" par Francesco Nardi, des peintures de Pietro Ghizzardi (que l'on a vu récemment exposé chez Christian Berst), des sculptures de Luigi Buffo (sauvées par le Musée des Amoureux d'Angélique dans l'Ariège ; voir photo Bruno Montpied ci-contre),art brut italien,art hors-les-normes,banditi dell'arte,cesare lombroso,francesco toris,le nouveau monde,art dégénéré,francesco nardi,pietro ghizzardi,luigi buffo,boudra,gabriele mina,costruttori di babele,galerie rizomi,marcello cammi des sculptures de Joseph Barbiero (préférées aux dessins du même). Y sont également évoquées les figures, récemment mises en lumière dans le livre sur les environnements spontanés italiens de Gabriele Mina, Costruttori di Babele, (les Bâtisseurs de Babel, éd. Eleuthéra), de Luigi Lineri, Vincent Brunetti, Mario Andreoli, Maurizio Becherini ou encore Marcello Cammi, ce créateur d'un jardin empli de centaines de statues à Bordighera, que j'ai chroniqué dès 1990 dans le Bulletin des Amis d'Ozenda, puis dans Raw Vision, et sur ce blog aussi.

 

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Le livre de Gabriele Mina récemment paru en Italie, avec la collaboration de divers auteurs (dont mézigue)

     A noter que la galerie Rizomi à Turin consacre à partir du 16 mars prochain, et ce jusqu'au 22 avril une sorte de rétrospective consacrée à Cammi, dont les sculptures furent balayées par une inondation de la rivière qui passait au milieu de son terrain. Un catalogue de 80 pages paraît à cette occasion (qui reprend mon texte de 1990 sur Cammi, Hôtel angoisse et jardin bachique, entre autres documents, et cette fois traduit en italien). (Voir ci-dessous dessin de Cammi à partir d'une tache de vin, coll. BM, et un détail de son jardin disparu à Bordighera, ph. BM, 1990)

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     Beaucoup de noms de créateurs sont mentionnés sur le carton d'invitation à l'expo, beaucoup étant à découvrir, d'autres à retrouver comme Filippo Bentivegna (connu depuis très longtemps par la Collection de l'Art Brut et le livre de Michel Random, l'Art Visionnaire, paru en 1979), Giovanni Podesta ou Carlo Zinelli, tous deux fort connus dans l'Art Brut, d'autres encore à confirmer comme Bonaria Manca, souvent chroniquée entre autres par Roberta Trapani, ou encore Giovanni Bosco, Marco Raugei, Oreste Nanetti, etc., etc.

 

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Francesco Borrello, Atelier La Maninca Lunga, expo Banditi dell'Arte

        Il reste qu'on s'étonne que les initiateurs de l'expo aient à ce point focalisé sur la notion de "bandits de l'art" qui évoquent une attitude offensive pas forcément patente chez les réprouvés ou les solitaires dont on met en évidence la créativité. Cette dernière s'exerce la majeure partie du temps, du reste, au sein d'une attitude non-violente. Ce qui colle mal avec cette vision activiste de l'art hors-les-normes ici mise en avant. Une posture hors-la-loi de pirate ou de brigand n'est pas spécifiquement l'attitude de la majorité de ces créateurs. Leurs expressions ne sont pas des brûlots dirigés vers la caste dominante. Mais plutôt le moyen de reprendre pied dans leur vie, dans un écart absolu vis-à-vis de la société de la multitude moutonnière. Un écart qui ne s'accompagne pas d'une prise d'armes pour autant... Tant et si bien que j'arrive à me convaincre que les commissaires de cette exposition, qui s'annonce certes passionnante, se sont faits surtout plaisir en titrant ainsi leur manifestation.

     Enfin, une autre remarque. Il est loisible de déplorer que la Halle Saint-Pierre n'ait apparemment pas demandé de collaboration à Eva Di Stefano qui effectue depuis déjà un certain temps un travail remarquable de défrichage et d'étude sur l'art brut et outsider italien à l'ombre de l'Université de Palerme en Sicile. On se convaincra aisément de la qualité de son travail en allant télécharger les numéros de sa revue virtuelle Osservatorio Outsider Art qui a mis en ligne jusqu'ici trois numéros.

      Et rappelons, au titre des manifestations ayant précédemment attiré l'attention sur l'art brut et hors-les-normes italien, l'exposition internationale d'art irrégulier, Beautés insensées, de 2007, qui, sous la direction de Bianca Tosatti, s'était tenue à la Salle d'Expositions du Quai Antoine Ier à Monaco. On y découvrait déjà, entre autres, les peintures de Tarcisio Merati, créateur que l'on retrouve annoncé dans Banditi dell'Arte.

 

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Tarcisio Merati, Petite machine, sans date, Bergame, Association Merati ; photo extraite du catalogue Beautés insensées

"Banditi dell'arte", exposition ouverte du 23 mars 2012 au 6 janvier 2013, vernissage le jeudi 22 mars. Halle Saint-Pierre, 2, rue Ronsard, 18e ardt Paris. T: 01 42 58 72 89.

"Marcello Cammi", exposition à la galerie Rizomi, Turin du 16 mars au 22 avril, corso Vittorio Emmanuele II, 28, 10123 Turin. T: 01 15 78 88 08.


03/03/2012

Du CrAB et des environnements spontanés

(Cette note a reçu deux mises à jour)

     Deux membres du CrAB (Centre de recherche autour de l'Art Brut), Roberta Trapani et Déborah Couette, paraissent s'intéresser aux environnements des autodidactes, populaires (Fouré, Cheval, Picassiette, Litnianski, Taugourdeau, Chatelain, etc.), ou non, sans opérer de distinction  avec les créateurs de sites plus "artistes" (ce qui n'est pas ma tasse de thé, comme je l'ai déjà plusieurs fois exprimé). A l'occasion en effet elles paraissent mettre l'accent aussi sur des sites d'artistes alternatifs (tels Jean Linard, ou Robert Tatin, ou Warminski, ou Chomo, etc.), ce qui pourrait avoir un sens si ces artistes alternatifs étaient présentés nettement à part (sans délirer non plus outre mesure sur leurs talents respectifs). 

    Que veulent-elles faire exactement, c'est peut-être – avant de les juger trop vite (faut dire, commencer par la défense du site de Jean Linard, ce ne serait pas le plus fascinant des choix, ça a un petit goût contre-culture résurgente qui peut donner l'impression qu'on veut ressusciter ces vieux babas-cools des années 70 qui furent aussi en même temps des récupérateurs du vrai art inspiré des bord des routes, créé lui par des gens infiniment plus modestes et infiniment moins m'as-tu-vu)– c'est le moment d'aller les écouter quand elles vont se présenter, en compagnie de Vincent Capt qui s'intéresse surtout par ailleurs aux écrits bruts et autres, dans le cadre de l'expo Marcel Storr, au Pavillon Carré de Baudouin, le jeudi 8 mars prochain, à 15h (oui, c'est pas un horaire pour ceusses qui ont des obligations salariées, ça, on n'a visiblement pas songé à eux...). Voici ci-dessous quelques précisions ultimes transmises par le service communication de la Mairie du XXe ardt:

"Murs, (an)architectures et villes utopiques

Carte blanche au CrAB pour une série d'interventions sur l’art brut et l'architecture fantastique animée par Laurent Danchin:

-Vincent Capt (Université de Lausanne/Université Paris VIII) analysera différents types de murs transfigurés par l’utilisation de diverses écritures.

-Déborah Couette (Université Paris I) abordera des œuvres picturales d’art brut qui figurent des architectures et des utopies urbanistiques.

-Roberta Trapani (Université de Palerme/Université Paris X) évoquera des œuvres monumentales - installations ou architectures insolites réalisées par des autodidactes excentriques - en présentant un projet italien inédit sur l'art spontané in situ, Bâtisseurs de Babel de l’anthropologue Gabriele Mina.

Pour finir, le collectif présentera L'invention rustique, documentaire réalisé en décembre 2011 par Jean-Michel Chesné, collectionneur de cartes postales d’anciens environnements insolites."
Pavillon Carré de Baudouin
, 121 rue de Ménilmontant, 75020, Paris.
Tél. 01 58 53 55 40. Accès : M° Gambetta (Lignes 3 et 3 Bis) ou bus 26 et 96 (Arrêt Pyrénées/Ménilmontant). Horaires d’ouverture au public : du mardi au samedi de 11h à 18h (sauf jours fériés).

(ENTRÉE LIBRE dans la limite des places disponibles)

12/02/2012

"303" n°119

      C'est bien énigmatique comme titre, n'est-ce pas?303,eva prouteau,art brut,art immédiat,art singulier,bruno montpied,laurent danchin,armand goupil

    303, arts, recherches et créations est en réalité le titre complet de cette belle revue qui existe depuis au moins trente ans, financée par la région des Pays de la Loire, dans un premier temps consacrée en grande partie au patrimoine de cette région, puis depuis quelques années plus spécialement à la recherche en art. Le n°119, daté de janvier dernier, est un numéro spécial "art brut, outsider, modeste", concocté par Eva Prouteau qui collabore régulièrement à la revue.

    Au sommaire, on n'a pas joué forcément la carte du foisonnement comme ce fut le cas lors du numéro spécial de la revue Area sur le même sujet l'année dernière. Les textes sont plus longs que dans ce dernier magazine qui privilégie les entretiens synthétiques plutôt que les textes de fond. Eva Prouteau a préféré placer l'éclairage sur certains points permettant de souligner l'éclectisme des productions classées avec plus ou moins de rigueur dans l'art soi-disant "brut", toutes relevant cependant d'une forme de poésie singulière. Derrière son entreprise de "décloisonnement" des catégories et des appellations –ce qui ne signifie pas pour elle confusion des genres et des catégories, mais plutôt besoin d'établir des passerelles dans le respect de la valeur des uns et des autres– on sent chez elle un goût marqué pour les petites collections secrètes, notamment d'art populaire insolite, comme celle du musée des traditions de la Guérinière à Noirmoutier, ou celle des cibles de tir du Cercle de Chemazé (sud de la Mayenne ; déjà évoquées par Pascale Mitonneau dans le n°78 de la même revue 303 en 2003 avec des illustrations différentes), passionnantes œuvres d'art forain destinées à être criblées de balles, goût également apparent lorsqu'elle évoque avec sagacité l'existence de la Folk Archive, ce collectage par la photographie de "formes esthétiques non valorisées" (graffiti, sculptures de sable, motos et voitures customisées, épouvantails... Que des sujets que sur ce blog nous prisons particulièrement comme nos lecteurs l'ont sûrement remarqué) établi par deux artistes anglais, Jeremy Deller et Allan Kane. Il est aussi question ici et là dans la revue de l'art des douilles d'obus ciselées par les Poilus (article de Laurent Tixador et Eva Prouteau), et aussi d'un environnement belge, celui de Jean-Pierre Schetz, à Jupille, prés de Liège (dont Brigitte Van Den Bossche, collaboratrice du MADmusée dans cette dernière ville, auteur de l'article dans 303 a contribué à sauver des vestiges à la Fabuloserie, comme je l'avais constaté en juillet dernier –voir également la note que j'avais consacrée à ce site sur ce blog ; les quelques sculptures conservées par Caroline Bourbonnais ont été installées sur une sorte de ponton)

 

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Le cochon, 1963, contreplaqué, collection des cibles de l'Union de Chemazé, photo extraite du n°78 de la revue 303 (article de Pascale Mitonneau) en septembre 2003

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Cible peinte, collection Jean Estaque, ph. Bruno Montpied, 2009 (collection donc distincte de la collection des cibles de Chemazé)

 

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Fragments préservés de Jean-Pierre Schetz à la Fabuloserie dans le parc d'environnements, et au loin les statues de Camille Vidal, ph. BM, 2011 (ceci n'est pas dans le n° spécial de 303)

   A propos d'environnements, j'ai participé à ce numéro avec deux textes, l'un sur les sites d'habitants-paysagistes dans les Pays de la Loire (Aux jardins des délices populaires, texte où sont évoqués Louis Licois, Marcel Baudouin, Camille Jamain, Emile Taugourdeau, André Pailloux, Michel Chauvé, Henri Travert, Bernard Roux, et les maisons de Rossetti et Pennier dans la périphérie du Mans), plus un autre sur Armand Goupil, ce peintre amateur étonnant, ancien instituteur, originaire de la Sarthe, dont j'ai déjà eu l'occasion de donner sur ce blog maints autres aperçus.

 

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Armand Goupil, Barbe blanche, 11-X-61, huile sur carton, rassemblement Jean-Philippe Reverdy (image inédite, non publiée dans le numéro de 303)


    Laurent Danchin publie une contribution à propos de la distinction à faire selon lui dans l'art des médiumniques entre les créateurs savants et les créateurs plus populaires. Oubliant peut-être de préciser que l'art brut n'a pas insisté sur cette distinction parce que ses thuriféraires cherchant à mettre en évidence l'existence d'un art intime, surgi des profondeurs de l'inconscient, n'avaient que faire d'opérer de telles distinctions (de même qu'entre art des fous et art des non-fous). En fait, l'intervention de Danchin participe d'une remise en cause de la validité conceptuelle de l'art brut, ce qui peut paraître surprenant de la part de quelqu'un qui fait désormais partie du comité consultatif de la collection d'Art Brut à Lausanne. Personnellement, dans l'art des médiumniques, à qui je trouve généralement de l'unité, (s'il fallait opérer des distinctions, ce serait plutôt au niveau formel, les architectures, les symétrisations d'Augustin Lesage, Fleury-Joseph Crépin, Victor Simon d'un côté, face aux sinuosités botaniques des spirites tchèques par exemple), dans l'art des médiumniques donc, je trouve un raffinement qui n'est lui pas plus le fait des autodidactes populaires que des savants en rupture de ban (comme Victorien Sardou ou Marguerite Burnat-Provins), provenant en fait plutôt du recours à l'automatisme graphique, ce qui avait fasciné André Breton en 1933 (dans Le Message automatique), mais n'avait pas empêché un peintre comme André Masson de pratiquer le dit automatisme dans son dessin et sa peinture dès les années 20.

 

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Cecilie Markova, sans titre, daté 22-5-1960, coll. BM (illustration non insérée dans le numéro de 303)

    Ce numéro se focalise sur certains autres points, les écrits de Chaissac, l'art d'Hélène Reimann, le point de vue de Savine Faupin sur la réouverture du LaM avec son extension vouée à l'art brut, et surtout avec son opinion sur l'art brut aujourd'hui, cohérente avec la position d'une conservatrice de musée. Ce qu'elle dit de la façon dont André Breton envisageait l'art brut, et de son clivage avec Dubuffet me paraît discutable mais ce serait trop long d'en parler ici.

 

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Hélène Reimann, sans titre, avant 1987, donation L'Aracine, LaM de Villeneuve-d'Ascq ; reproduit dans 303


     La coordonnatrice de ce numéro a également donné l'occasion à Jean-Louis Lanoux alias Animula Vagula (le pseudo a été révélé publiquement sur internet) de se lancer dans un grand numéro impérialiste de "mère des blogs" qu'il espère sans doute, comme à son habitude, masquer sous l'humour (jamais exempt de coups de pied de l'âne). Le chapeau de cette intervention intitulée "les  Dérives d'Animula Vagula" définit comment, avec sa femme Catherine Edelman, il a orienté leur projet de blog fin 2005, en élaborant une autofiction campant une "jeune blogueuse affairée" imaginaire, "qui adore jouer avec les codes identitaires de la blogosphère"... [Ce chapeau, rédigé par l'éditeur du dossier sans que cela soit indiqué par un artifice typographique distinctif – voir commentaire de J2L ci-après – reflète assez bien le concept du blog animulesque selon moi, à tel point qu'y sentant à ce point l'influence des auteurs de ce blog, je suis fondé à considérer ce chapeau comme étant écrit par eux...]. Lanoux cherchant ainsi comme souvent à paraître rester "djeune", non déconnecté de la réalité, toujours "in", comme on disait autrefois. Cette explication permet aussi, bénéfice secondaire, de noyer le fait que ce genre de "cybercarnet" n'est en réalité qu'un support d'expression nouveau pour des intellectuels marginaux qui faisaient
auparavant, par exemple, des fanzines tapés à la machine, et qui, désolé Jean-Louis, pour le coup, l'avaient du reste cette fois précédé, en particulier dans l'intérêt pour les formes d'art populaire les plus hétéroclites ("Animula" ne cesse de le répéter, elle se veut la prem's, belle imposture). "Mère des blogs", tu parles! Sa dérive dérape vite dans le gonflage de chevilles (comme il s'en aperçoit d'ailleurs, car il est lucide le bougre, trop peut-être), et dans un narcissisme échevelé dont le lecteur n'a que faire. Laissons-le se caresser avec ces qualifications de "référence dans le monde de l'art brut" et passons à autre chose. 

   On regrettera dans ce numéro spécial, au chapitre des absents, qu'on n'ait pas plutôt interrogé ou demandé des contributions à la Collection ABCD qui s'interroge sur l'art brut aujourd'hui, ou bien qu'on ne se soit pas intéressé à l'évolution, en direction de l'art singulier, du musée d'art naïf de Laval, musée de la région des pays de la Loire pourtant. Etait-ce par manque de place? Le numéro en l'état actuel suscitera déjà, rien que dans les régions ouest, de bien fécondes questions sur les nouvelles façons d'envisager et de pratiquer l'art aujourd'hui. 

A signaler le samedi 21 avril, au Lieu Unique à Nantes, la présentation de la revue, dans le cadre d'un "week-end singulier" organisé par Patrick Gyger (auteur également dans la revue d'un article sur Daniel Johnston), où sera également projeté le film Bricoleurs de Paradis, Le Gazouillis des éléphants de Remy Ricordeau, avec un débat pour suivre, animé par Eva Prouteau. Durant la période du 7 mars au 20 mai, se tiendra au Lieu unique une expo consacrée à Daniel Johnston, Welcome to my world! D'autres intervenants sont également annoncés durant ce week-end comme Bruno Decharme, Barbara Safarova, Mario Del Curto, etc. Voir le site web du Lieu unique.

04/02/2012

Info-Miettes (15)

Clovis Prévost expose à la Galerie Maeght

        C'est commencé depuis le 19 janvier et cela se terminera le 17 mars. Le photographe et cinéaste Clovis Prévost présente son parcours de photographe, ainsi que quelques films dans une salle à part, à la galerie Maeght pour qui il travailla longtemps à son département cinéma, faisant des films avec des artistes défendus par la célèbre galerie (Adami, Pol Bury, Calder, Chillida, Arroyo, Monory, Miro, Tapiés, Ubac, etc.). On trouvera également quelques évocations de créateurs plus autodidactes et populaires comme Robert Garcet et sa tour d'Eben-Ezer, le Facteur Cheval, l'abbé Fouré, monsieur G....martine lamy Des graffiti ont aussi fait l'objet des recherches de Prévost, de même que les architectures de Gaudi à Barcelone. A noter que le lien, qui aurait dû mener l'internaute, sur le site web de la galerie, vers un communiqué de presse, ne fonctionne pas. Le Poignard Subtil vous en donne plus... Ayant reçu du photographe le dossier de presse, probablement le même que celui qu'on devrait trouver sur le site de la galerie, je me fais un plaisir de vous le procurer, si vous voulez bien cliquer ici. A noter encore que sur les pages d'accueil de la galerie, on se garde bien de mentionner nos chers inspirés bruts, pas encore assez présentables peut-être?

(Illustration: Monsieur G., devant son autoportrait dans le Sanctuaire des Lasers à Nesles-la-Gilberde, Seine-et-Marne, 1977)

Martine Lamy, déesse avec arbre et oiseau?

      Jusqu'à présent, je n'étais pas trop amateur des créations de Martine Lamy. Je trouvais ses dessins de petites filles un peu trop sages (les dessins, mais aussi les petites filles?). Voici qu'elle expose sous le titre générique suivant, "L'arbre, l'oiseau, la déesse" au Centre Culturel de Saint-Yrieix (dont elle est native) dans la Haute-Vienne du 14 janvier au 10 mars. Je n'ai qu'une affiche/dépliant pour me faire une idée.Martine Lamy, 2012.jpg Il ne paraît plus y avoir dans ces compositions, tantôt broderies, tantôt peintures, qu'une seule petite fille, probablement la "déesse" promise par le titre. Toujours la même, clonée dirait-on, bizarrement "figée" comme dit Claudine Goux qui préface l'exposition, fillette modèle dont  l'impassibilité finit par inquiéter. Poupée qui ne paraît pas voir le décor autour d'elle changer de façon presque vénéneuse. La nuit l'entoure, les branches de l'arbre serpentent comme langues de plantes carnivores ou lanières de fouet. Cette imagerie devient donc un peu plus inquiétante, et du coup plus attirante.

Le Répertoire 2011 des Macchabées célèbres, tomes I, II, et tombe III, est paru...

    Je crois avoir annoncé l'année dernière la parution de ces listes dessinées par Laurent Jacquy à Amiens, qui s'amuse à une comptabilité graphico-nécrologique passablement déprimante de toutes les vedettes qui ont passé l'arme à gauche dans le courant de l'année écoulée. L'année 2011 s'avère avoir été plus remplie que la précédente en cette matière. Laurent Jacquy le souligne dans une note de son excellent blog Les Beaux Dimanches. Offre de troc originale pour l'occasion, il propose l'échange de ces répertoires avec ceux qui lui enverront une représentation de leur cru d'une de ces vedettes trépassées. Avis aux amateurs...

La vie et l'œuvre de l'abbé Fouré aux Forges de Paimpont

martine lamy     L'association fondée par Joëlle Jouneau continue de faire voyager ses documents, articles, cartes postales anciennes, sur le fameux abbé dont elle déplore qu'on ne connaisse pas mieux la vie et la signification de ses sculptures semées en plein vent sur la côte de Rothéneuf ainsi que par le passé dans le petit musée de l'ermitage qu'il louait dans le bourg (voir ici le lien vers la note qui renverra au dossier que j'ai concocté en janvier 2010 sur le sujet). L'expo est prévue pour débuter le 11 février tout proche et cette fois c'est à Paimpont qu'elle va. Et non, ce n'est pas un village de pompiers...

 

martine lamy

Les rochers de Rothéneuf à marée haute, ph. Bruno Montpied, 2010

 Et deux nouvelles expos au Musée de la Création Franche, Natasha Krenbol et Yvonne Robert

      Natasha Krenbol, j'aime bien ce qu'elle dessine, et depuis déjà longtemps (c'est même moi qui l'ai présenté le premier au musée de Bègles, en janvier 1996 dans Création Franche n°12, texte intitulé par la rédaction "Pour Natasha Krenbol" alors que le véritable titre était "Pour Natasha la Krenbol"... comme on disait "la" Callas, car c'est un peu une diva en effet, Natasha...). Voici qu'elle arrive avec pour la première fois une expo personnelle au musée de la Création Franche, pourquoi si tard, le dossier de presse ne nous le dit pas. C'est une peinture avec des silhouettes obtenues par évidement ou cernage de formes peintes dans de premières couches puis laissées en réserve, une peinture où souffle la note bleue du jazz, avec des petits esprits espiègles comme les Totopioks empruntés je crois aux Inuits, mais aussi des ânes qui trottent entre deux lignes, entre deux graffitis ressemblant comme deux gouttes d'eau à des improvisations au saxo. On pense aussi à Klee de temps à autre, lui qui était aussi pas mal obnubilé par la musique. Natasha exposera une centaine d'oeuvres au rez-de-chaussée du musée, peintures, dessins, et des planches de timbres également.

 

martine lamy

Natasha Krenbol, "Nous deux", technique mixte (extrait de la plaquette que lui consacre le musée)

     Avec elle, à Bègles, on retrouvera aussi la chroniqueuse plus ou moins moqueuse de sa campagne, Yvonne Robert, nonante ans en juin de cette année, que l'on a rangée dans l'art brut, mais qui pourrait tout aussi bien figurer dans l'art naïf contemporain. Elle, c'est sa quatrième expo à Bègles! 60 peintures acryliques et 20 à l'huile, le tout récent.

 

martine lamy

Yvonne Robert, acrylique sur papier, 2011 (extrait de la plaquette que lui consacre le musée)

   Comme d'autres raconteurs ruraux, elle croque ses voisins, les habitants de son pays vendéen, et a une prédilection aussi pour ceux qui ne font que passer en revanche, tout au contraire de ces sédentaires,  à savoir les Gitans, les Romanichels, les Bohémiens, les Tziganes, les Roms, dont elle a tiré plusieurs fois le portrait dans des variantes multiples.

Pour tout savoir sur ces expos qui se tiendront du 3 février au 18 mars 2012 au musée de la Création Franche, lire ici le dossier de presse.

Des connivences dans le Marais

       Au 15, rue de Thorigny, où gîte l'espace Topographie de l'Art, on nous annonce du 4 février (vernissage le 9) au 15 avril avoir aperçu des "connivences secrètes" entre les artistes Anémone de Blicquy (connais pas), Dado (connu, lui), Richard Greaves par l'entremise du photographe Mario Del Curto, Louis Pons, Judith Scott, Ronan-Jim Sévellec (des mises en boîte) et Davor Vrankic (connais pas non plus). Cette galerie avait déjà exposé par le passé l'excellent Marcel Katuchevsky.

 

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28/01/2012

C'est une Maison Bleue accrochée à sa chrysalide

da costa ferreira,la maison bleue,dives-sur-mer,éliane desprez,claude lechopier     A Dives-sur-Mer (Calvados), le maçon Euclides Da Costa Ferreira (voir ph. de J-C. Pinel ci-contre prise l'année de la disparition du maçon), ancien ouvrier de l'usine métallurgique Tréfimétaux, a laissé derrière lui en 1984 un ensemble de petits édifices (plutôt que des "maquettes") d'inspiration religieuse qu'il a bâtis de 1957 au début des années 1970. Couverts de mosaïque à dominante bleue, ses églises (Sacré-Coeur, l'église de Lourdes avec sa grotte) et chapelles (à Sainte-Rita-de-Cascia, à Notre-Dame-de-Fatima, à Notre-Dame-de-la-Délivrande, à Sainte-Thérèse) un tombeau, un moulin, son monument d'hommage à la chienne cosmonaute Laïka, décédée durant un voyage dans l'espace en spoutnik initié par les Soviétiques, ces murs de mosaïque à thématique animalière (ce qui paraît s'être le mieux conservé jusqu'à nos jours), le tout fait tantôt penser à un bout de Portugal avec ses azulejos qui serait tombé du ciel non loin du port de cette ville ouvrière (coincée entre deux stations balnéaires plutôt chics, Cabourg et Houlgate), tantôt penser les jours de grisaille hivernale à un cimetière (voire comme on l'a parfois suggéré à un cimetière pour chiens)...

 

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Monument à Laïka surmonté de son Spoutnik pivotant, la chapelle de Ste-Rita-de-Cascia derrière, et à gauche un fragment de la chapelle dédiée à ND de Fatima, photo Bruno Montpied, déc. 2011 (on note le retour de Laïka, la chienne en verre entourée d'un ruban rouge ; elle n'est plus installée sur place ordinairement)

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Laïka: allez! On remballe... ph BM
 

     Ce sont les habitants de la région qui ont appelé le site la "Maison Bleue", site par ailleurs inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1991 (sur une initiative de Mme Danielle Kosmalski à l'époque, selon ce que m'avait dit sa fille Katia, qui réalisa un court-métrage au même moment, subventionné par la mairie). Depuis prés de trente ans donc, le site perdure en dépit du décès de son créateur, vendu à la municipalité de Dives en 1989 par sa veuve. En 2005, une couverture dite translucide (qui m'a paru en train de s'obscurcir lorsque j'ai visité à nouveau le site en décembre dernier ; je n'y étais pas retourné depuis 1997) recouvre désormais le terrain Da Costa sur la totalité de ses 300 m².

 

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Le monument à Laïka au centre, une Tour Eiffel à gauche avec une partie du Sacré-Coeur, la chapelle à Ste-Thérèse complètement à droite, ph. BM, 2011

      Cette couverture maintenue par une charpente de tubes métalliques a un avantage: elle met le site hors d'eau. Mais elle a aussi un, voire plusieurs inconvénients: elle masque grandement le site des regards extérieurs (elle descend pour couvrir jusqu'au trottoir les fresques animalières que Da Costa avait installées sur le mur extérieur de sa petite propriété, comme une sorte d'appel modeste à entrer pour les amateurs désireux d'en voir plus ; les autres badauds passant sans être agressés puisque ces fresques restaient sages et décoratives). De plus, elle est passablement inesthétique, et dénature grandement le site d'origine en le transformant en site fermé, en le coupant du ciel, ce qui pour un homme pieux comme l'était Da Costa, fait encore plus contresens. Mais ce fut la solution retenue faute d'argent, et faute de plus de soutien extérieur. La municipalité de Dives (6000 hab.) possède déjà un patrimoine architectural plus savant qui lui coûte passablement du point de vue de l'entretien.

 

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Sacré-Coeur et Tour Eiffel, ph. BM, 2011


    En décembre dernier, furent inaugurés deux édifices qui ont été restaurés avec l'aide de l'association de sauvegarde de la Maison Bleue, de la municipalité, de la région, du département et de la Fondation du Patrimoine qui a intéressé à cette entreprise deux mécènes, la Fondation Alcoa de l'entreprise Hownet et Dalkia, filiale de Veolia. Les travaux de cette première tranche sont menés sous  l'autorité des Monuments Historiques. Il s'agit du monument d'hommage à Laïka (parfois appelé "mausolée" ce qui me paraît impropre puisque la chienne n'y est pas enterrée), et du Sacré-Coeur (dont l'architecture ne renvoie nullement à l'église connue de Paris). A noter que pour ce dernier, du fait de la position de la charpente métallique qui frôle la partie haute du monument, on n'a toujours pas pu remettre à son sommet le pinacle qui gît provisoirement dans une des anciennes chambres du coupe Ferreira (voir ci-contre la photo que j'avais faite de ce pinacle en 1997, s'élevant encore librement vers le ciel à l'époque).da costa ferreira,la maison bleue,dives-sur-mer,éliane desprez,claude lechopier

     Si le monument à Laïka m'a paru être inchangé par rapport à mes souvenirs, et aux photos que je conserve, tout cela ne remontant pas au delà de 1989 (je n'ai jamais rencontré l'auteur), le Sacré-Coeur, par son aspect blanc me laisse quelque peu perplexe. Les silhouettes d'animaux, qui l'émaillent ici et là, elles-mêmes de couleurs plutôt claires, ne paraissent pas trancher sur le fond trop peu contrasté, trop clair lui aussi. Sur quelle documentation s'est-on basée pour cette restauration? Dans le livre de Claude Lechopier, très précis, Une mosaïque à ciel ouvert, (éd. Cahiers du Temps, 2004), on trouve des images de ce Sacré-Coeur qui le montrent couvert de tesselles plus sombres sur lesquelles se détachent aisément les animaux. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

 

da costa ferreira,la maison bleue,dives-sur-mer,éliane desprez,claude lechopierPhoto (coll Médiathèque de Dives) extraite du livre de Claude Lechopier, Une Mosaïque à ciel ouvert

Le Sacré-Coeur après restauration, décembre 2011, ph. BMda costa ferreira,la maison bleue,dives-sur-mer,éliane desprez,claude lechopier


    Que s'est-il passé? A-t-on remplacé au fil du temps les morceaux plus sombres tombés suite aux injures du temps par des morceaux plus clairs? Ou bien, est-ce les joints blancs qui, débordant des tesselles, sont devenus un peu trop envahissants? Cela nuit au contraste en tout cas des silhouettes animales sur ce monument. Contraste qui heureusement ailleurs peut encore se percevoir. Cependant il est à noter que sur certaines mosaïques, notamment sur celles qui sont sur le mur donnant sur la rue, en 1997, j'avais photographié certaines figures contrastant déjà moins, se dissolvant presque sur le fond là aussi trop clair, mais c'était en 1997, peut-être y avait-il eu des restaurations bricolées?da costa ferreira,la maison bleue,dives-sur-mer,éliane desprez,claude lechopier Il ne semble pas que cela ait fait partie des goûts de Da Costa. On tremble, s'il revenait, devant les jugements qu'il émettrait, sachant son caractère peu facile qui est attesté par divers témoins ayant conversé avec lui (comme le témoignage de Pascale Herman dans son mémoire de fin d'études sur Da Costa en 1979 à l'Ecole Centrale de Lille dont elle a bien voulu me communiquer un extrait il y a quelque temps déjà).

     Da Costa Ferreira avait confié à la même Pascale Herman qu'il ne songeait pas à la postérité de ses réalisations: "Lorsque nous leur demandons ce que le jardin deviendra après leur mort, ils répondent que cela importe peu, que, pour l'instant, ils sont là tous les deux, et qu'ils ont encore le temps d'y penser". "Tous les deux", c'est-à-dire lui et sa femme, épouse qui fut à l'origine de la vente du site à la municipalité et qui est présentée comme "consciente de la dégradation rapide de l'œuvre" dans le dossier de presse de la municipalité relatif à la première tranche de restauration.

 

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Photo Pascale Herman, 1979, inséré sur son blog Les Inspirés du bord des routes (plus très actif, plus rien depuis septembre 2010)

       Si on doit conclure, pour le moment, dans l'ensemble le site a plutôt bien résisté jusqu'ici aux fameuses injures du temps, même si des visiteurs du site dans les années 70 revenant aujourd'hui le trouveraient peut-être certainement défraîchi par comparaison. Caché sous le dôme qui l'enveloppe, il fait songer à quelque gigantesque entité opérant peut-être en secret sa mue –comme la chenille dans sa chrysalide avant de devenir papillon? C'est tout le bonheur qu'on lui souhaite.

 

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Détail d'un des panneaux mosaïqués donnant autrefois directement sur la rue, ph BM, 1997


19/01/2012

Eloge des Jardins Anarchiques II, le jeu des 7 différences

     En ce début d'année nouvelle, faisons un nouveau jeu. A gagner un livre que j'ai en double, à choisir parmi les deux livres suivants: soit le livre en italien mais abondamment illustré de Gustavo Giacosa, Noi, quessi dessa parola che sempre cammina, sur Babylone, Giovanni Bosco, Helga Goetze, Oreste Nannetti, Melina Riccio et Carlo Torrighelli (2010), ou soit cet autre ouvrage, Art brut fribourgeois, catalogue d'une exposition de la Collection d'Art Brut en 2008.

    Comment gagner l'un de ses deux ouvrages? On va jouer au jeu des 7 différences en comparant (c'est là où réside la première difficulté, il faut pouvoir avoir les deux éditions, ou aller farfouiller dans des librairies où l'on trouverait encore les deux mélangées...) les deux tirages de mon livre Eloge des Jardins Anarchiques (éditions de l'Insomniaque). Ne compte pas au nombre des différences la mention de la date d'édition, mars 2011 pour la première et décembre 2011 pour la seconde (ce qui permet de distinguer les deux éditions).

        1ère-couv-éloge-des-jardins.jpg             EJA,-2e-tirage.jpg                  

Couverture du 1er tirage à gauche, et couv' du 2e tirage à droite (ne tenez pas compte des couleurs qui sont liées ici aux traitements différents des deux images par mon ordinateur)

    J'y ai repéré 7 différences, au moins... (ce chiffre de 7 me permet de rapprocher cette épreuve du jeu  classique pour enfants des 7 erreurs bien sûr), j'ai bien dit des "différences" et non des "erreurs". Dans les 7, il n'en est guère qu'une qui peut être taxée véritablement "d'erreur", les autres différences sont voulues. Pour gagner le livre, il faut trouver au moins, allez... On va dire au moins 5 différences sur 7, et ce dans tout le livre, 1ère et 4e de couv' comprises. Est-ce facile? Difficile? Cela dépend des lecteurs plus ou moins concernés par cette édition bien entendu... Bon... C'est parti.

20/12/2011

La Passerelle et les Bricoleurs à la Maison Rouge

 Nicolas-Les-Romains-Juin-06.jpg   Voici donc que s'annonce une exposition des créatifs du foyer d'art plastique de la Passerelle à Cherbourg (Nicolas, Pascal, Christine, Patrice, etc.) dont j'ai maintes fois eu l'occasion de parler dans cette colonne sans fin (ou presque). Et pas n'importe où puisqu'il s'agit cette fois des locaux de la Maison Rouge-Fondation Antoine de Galbert, et plus exactement de son "Vestibule", qui est en fait la dernière salle du parcours d'exposition...Pascal,-chaisedécorée,avr10.jpg

       Plusieurs productions de l'atelier seront présentées, et en parallèle, ceux qui ne le connaîtraient pas auront aussi l'occasion de voir le documentaire, désormais "célèbre" sur ce blog, de Remy Ricordeau, coécrit par votre serviteur, Bricoleurs de paradis, consacré à des créateurs populaires d'environnements, et diffusé dans le cinéma de poche du bout de ce "vestibule". Le tout devant se tenir du 21 décembre 2011 jusqu'au 15 janvier 2012 (vernissage le jeudi 22 à partir de 17h). A noter que cette manifestation est à l'initiative d'un membre du personnel, Sophie Gaucher, selon une politique de l'établissement qui souhaite donner aux différents membres de son équipe le droit de proposer telle ou telle exposition de leur choix.

 

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Kévin, Dinosaures, 50x70cm, 2010, ph La Passerelle ; et au-dessus, successivement, Nicolas, Les Romains, 2006, puis Pascal, chaise décorée, ph. Bruno Montpied

      Comme on le constatera, ce petit événement ne cloisonne pas les créateurs autodidactes entre eux, et surtout pas ceux qui proviennent des ateliers d'art pour handicapés,  n'est-ce pas, Mme Dubarry, de la Mairie de Paris? (Voir note précédente du 11 décembre)

16/12/2011

Des bricoleurs de paradis au pays de Lourdes, un miracle à coup sûr

   Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé des tribulations de notre film à Remy Ricordeau et à moi. Cette fois, trois rencontres sont au programme pour les amis pyrénéens, le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) est projeté le 17 décembre, aujourd'hui même (vite, lâchez votre ordinateur et filez-y!) à la Médiathèque du Pays de Lourdes à 19h, puis à la Maison de la Vallée de Luz le lundi 19 décembre à 21h, enfin à L'Hospitalet à Barèges le jeudi 22 décembre à 21h. Le livre Eloge des Jardins Anarchiques,qui contient le DVD du film faut-il le rappeler, sera évidemment présenté par la même occasion. Toutes ces projections se feront en présence du seul réalisateur du film Remy Ricordeau, son coauteur étant appelé vers d'autres cieux...

 

Affiche Médiathèque.jpg

Hommage aux créateurs des bas-côtés qui transforment leurs maisons et jardins en royaumes fantastiques... (Phrase liminaire tout en haut de cette affiche, imprimée en rouge)

     Par ailleurs, signalons l'épuisement du premier tirage d'Eloge, et félicitons tous ceux qui auront acquis cette première édition en passe de devenir collector. Un deuxième tirage est prévu pour aujourd'hui, on a pensé à vous, les retardataires.