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06/07/2011

Cheminement d'un papotier

      Un papotier, est-ce que cela papote? Est-ce que cela n'a rien à voir avec l'argile et le métier qui lui donne forme? Est-ce un voisin du compotier? Un papotier, je gage que vous n'en aviez jamais entendu parler, c'est cela, tel que je le découvris sur une carte postale ancienne:

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     Etrange facétie qui consista vers 1590 à sculpter cette effigie à la mâchoire toujours prête à se décrocher, aux yeux roulant dans des orbites selon des axes distincts, qui papotait quand la fantaisie en prenait à l'organiste qui l'actionnait de derrière son orgue en pleine église. Il s'en passait de bonnes autrefois. En tout cas l'objet est rare, la plupart de ses semblables ont disparu, on se demande bien pourquoi...

 

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Papotier provenant de l'église Notre-Dame d'Avénières, près de Laval, Coll. Musée d'Art Naïf et d'Art Singulier du Vieux-Château de Laval, ph. Bruno Montpied, 2011

 

      Tout à coup, en passant récemment par la patrie du Douanier Rousseau, au musée d'art naïf et singulier de la ville, quelle ne fut pas ma surprise de retomber sur le papotier, mais cette fois grandeur nature, un peu abandonné, à l'écart dans une tour du Vieux-Château... La notice y explique que la figure grotesque avait été enlevée du buffet d'orgue de l'église en 1878 et qu'elle avait été conservée dans une collection privée jusqu'à sa vente en 2006. On y ajoute que "les sculpteurs et facteurs d'orgue [au XVe-XVIe siècles] surchargeaient les buffets de carillons, automates vociférateurs, têtes grimaçantes "et menus attrafuz destinés à l'amusement des petits et des grands". Nul doute que les "petits et les grands" devaient effectivement grandement s'esclaffer devant cette tête dont les yeux roulaient dans deux sens différents tandis que la mâchoire s'ouvrait si largement qu'on eût pu croire à son complet et imminent décrochage. Les messes ne s'en trouvaient-elles pas troublées du coup? N'y eut-il pas quelques bonnes âmes ulcérées devant ces innocentes farces, perçues peu à peu comme vaguement sacrilèges, d'où leur disparition consécutive durant nos siècles dits modernes...? A voir. Le hasard me mit une fois de plus sur les traces du papotier. Chez un camarade brocanteur, je trouvais une ancienne brochure annonçant une vente chez Drouot, en 2006, sous le patronage de l'expert Martine Houze. En couverture, le papotier était mis à l'honneur. C'était dans cette vente que le musée d'art naïf de Laval avait fait ses emplettes, à n'en pas douter.

 

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A noter que la notice de ce catalogue, due sans doute à Martine Houze, avance le nom d'un "maître menuisier" du nom de Jean Dubois (nom prédestinant encore une fois), comme sculpteur de la tête en 1590. La légende de l'ancienne carte postale placée au début de cette note signale le nom de Florentin Lusson comme auteur plutôt de l'orgue que du buffet. Jean Dubois qui "faisait jouer les estoiles"... C'est joliment dit.

 

     

02/07/2011

Info-Miettes (12)

Expo Ody Saban tout l'été au musée de la Création Franche

     Cela se tiendra du 1er juillet au 4 septembre au musée de Bègles.

 

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Du côté de chez Chave maintenant...

    Galerie Alphonse Chave, à Vence, on monte une exposition intitulée de façon un peu tarabiscotée je trouve, "L'harmonie des antonymes", avec en épigraphe sur le carton d'invitation quelques mots d'Héraclite d'où il ressort que "tout [surtout l'harmonie] devient par discorde" (le Poignard Subtil se voit ainsi confirmé dans ses choix)... Du 18 juin à fin août 2011. Avec Georges Bru, Gaston Chaissac, Gérard Eppelé, Jean Dubuffet, Slavko Kopac, Max Ernst, G.Lauro, Jean-François Ozenda, Jacques Prévert, Georges Ribemont-Dessaignes et alii... Tél: 04 93 58 03 45.

Le Musée des arts populaires de Laduz n'est plus subventionné...

     Jacqueline Humbert se bat toujours pour maintenir la merveilleuse collection construite par elle et son mari décédé en 1990, Raymond Humbert. La région lui refuse la subvention qu'elle recevait pourtant depuis plusieurs années. A-t-on décidé d'étrangler par l'indifférence et l'insensibilité (pour ne pas dire l'ignorance) des élus toutes les collections d'art populaire, qu'elles soient comme en l'espèce privée, mais ouverte aux publics de tous âges, ou qu'elles soient étatiques comme celle de l'ex-musée des ATP autrefois installé près du Jardin d'Acclimatation dans le Bois de Boulogne à Paris, et qui végète à présent dans on ne sait quel entrepôt en attendant que se bâtisse le mirifique bâtiment promis depuis des lustres près du fort Saint-Jean à Marseille?

 

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    En attendant, le musée de Laduz tient cependant à organiser une exposition d'été, et cette fois on reviendra à la peinture de Raymond Humbert qui fut un admirable paysagiste abstrait, parallèlement à sa passion pour l'art populaire qu'il interprétait en visionnaire. Sans doute, Jacqueline Humbert puisera dans la force intacte des oeuvres de ce grand vivant l'énergie de faire face aux défis qui attendent le musée. Je ne saurai trop inviter tous ceux qui subodorent la poésie présente au sein des arts populaires à venir visiter ce musée champêtre qui n'a rien à voir avec les collections habituelles de vieux outils poussiéreux. Sa muséographie est sans cesse attractive, attachée à mettre en valeur tous les côtés inspirants de la vie créatrice des campagnes anciennes, en s'appuyant sur la valeur esthétique des objets présentés. Son département de sculpture populaire insolite de plus flirte avec l'art brut, de même que ceux de la marine populaire ou de la mémoire des campagnes font parfois allusion à l'art naïf.

 

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Akram Sartakhti

    J'ai laissé passé l'occasion de parler de cette femme iranienne (née en 1950) qui chipa les pastels de son petit-fils pour lui montrer ce dont elle était aussi capable, non mais... (on pensa à d'autres qui firent de même, comme M'an Jeanne par exemple, ou Joseph Barbiero encouragé par un fils artiste, ou encore Boix-Vives lui-même... non?). La cafétéria de la Halle Saint-Pierre abritait une petite expo de ses oeuvres colorées et stylisées du 10 janvier au 13 février dernier.Akram 6.jpg La galerie Hamer à Amsterdam l'a aussi exposée entre mars et mai, avec une brochure à la clé préfacée par Laurent Danchin qui précise dedans qu'elle a commencé il y a seulement dix ans et que malgré le fait qu'elle ait caché d'abord ses oeuvres à son petit-fils, ce dernier, ayant quand même découvert ses dessins, les porta à l'attention de quelques experts, ce qui amena une ou deux oeuvres de sa grand-mère au musée d'art contemporain de Téhéran. C'est pour le peu qu'on a pu en voir à la Halle, une oeuvre fraîche et spontanée, joyeusement colorée et dégageant une grande vitalité grâce à la conjugaison de formes simples, suggestives avec de sensuels contrastes de teintes. Seuls les fonds peuvent paraître un peu vite faits comme si la peintre n'y attachait que peu d'importance. On ressent alors une impression de travail fait dans l'urgence, avec la bizarre sensation d'une précipitation.Akram 5.jpg

     Une autre peintre autodidacte iranienne existait aussi naguère, décédée à présent, qui était peut-être plus inspirée et brute qu'Akram Sartakhti, à savoir Mokarrameh Ghanbari, que ce blog-ci a évoqué voici déjà quelque temps, que l'on se reporte à... ces notes...

 

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Une oeuvre de Mokarrameh Ghanbari

Au Madmusée de Liège on révise son histoire...

     "Harvest", c'est le titre de l'exposition estivale du Musée d'Art Différencié (qui donne ce bel acronyme de MAD), titre très Neil Young, un peu trop anglais pour mon goût (est-ce que "moisson", ça fait péquenot chez nos amis belges...?). Elle se tiendra en deux lieux, en accès libre, au MADmusée du 2 juillet au 10 septembre, et au Grand Curtius, toujours à Liège, du 2 juillet au 13 novembre. Le propos du commissaire d'exposition (Brigitte Van Den Bossche?) est de montrer comment le "futur de la collection se dessine, grâce aux acquis des dernières années".ody saban,raymond humbert,akram sartakhti,mokarrameh,galerie hamer,art singulier,laduz,jacuqeline humbert,arts populaires ruraux,art contemporain iranien Depuis que j'ai vu des parties de ces acquis à l'expo parisienne de la Maison des Métallos, j'acquiesce à toutes ces propositions. Donc, que ceux qui le peuvent aillent faire un tour à Liège, une fois.

26/06/2011

Agenda de l'été pour Eloge des Jardins Anarchiques et Bricoleurs de Paradis

      Veuillez, je vous prie, chers lecteurs du Poignard qui serez dans les parages où auront lieu cet été diverses présentations et projections du livre et du film déjà tant de fois évoqués dans cette colonne, noter dès à présent les dates suivantes:

Dimanche 3 juillet: Musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier, Aveyron, l’après-midi (17h), projection et présentation du livre, débat.

 

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Mardi 5 Juillet, présentation et projection au Pibouliot, St Croix Vallée française, à 20h  (Cévennes, prés d’Alès). La projection des Bricoleurs sera suivie d'un débat et précédée de quelques courts métrages réalisés localement. Comme c'est dans le cadre d'une fête sur 2 jours (le lendemain c'est musical), un bar et un restaurant associatifs seront ouverts les 2 jours. Il y aura également un stand de librairie.

 

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Samedi 9 juillet. Hauterives (Drôme, village du Palais Idéal du Facteur Cheval): à la librairie Au Baz'art des mots, présentation du livre et projection du film à 20h30.

 

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Et vendredi 12 août (juste au début du week-end de l'Assomption), diffusion des Bricoleurs de Paradis sur Planète (France), 20h40...

     Ce sera l'occasion pour ceux qui voudraient se procurer le livre, et qui auraient du mal à le trouver à proximité de leur domicile, de le prendre à cette occasion.

24/06/2011

Marie Espalieu dans Gazogène n°32

     Voici un numéro de la revue Gazogène qui voudrait nous faire plus amplement découvrir les bois naturels peints et assemblés d'une dame Marie Espalieu (1923-2007) qui vécut à Crayssac dans le Ségala (je sais pas où c'est, je vais voir sur Google, ah, c'est prés de Cahors, au nord-ouest, pas loin de Catus,  la région où vivait Gaston Mouly). Cette dame a été photographiée par Robert Doisneau, et l'on dirait que c'est son seul titre de gloire tant les contributeurs de cette revue ne cessent de nous le répéter.

 

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    La revue est en effet constituée de plusieurs textes de différents auteurs qui se marchent sur les pieds les uns des autres, répétant les mêmes choses, la candeur, la voyance, les bois qui parlent, etc. N'eut-il pas été plus utile et plus efficace de se contenter de dresser un catalogue en images des oeuvres de cette dame, restée encore passablement inconnue jusqu'à présent -du moins au large du Ségala- avec quelque bon texte décrivant sa façon de travailler, une petite bio, plus une analyse plus fouillée (il suffisait pour ce faire de laisser parler Benoît Decron, l'ancien conservateur du musée de l'Abbaye Sainte-Croix aux Sables-d'Olonne qui dans ce numéro livre une saine analyse remettant en question divers clichés)? La revue part un peu dans cette direction avec de nombreuses illustrations. Hélas, elles restent pour la plupart en noir et blanc, ce qui pour une œuvre où la couleur joue un grand rôle, on l'avouera, est un choix bizarre (mais Gazogène on le sait, il nous le serine assez, fait le choix de "l'humilité"... à moins que ce ne soit celui du misérabilisme?).

    Car les oeuvres de Marie Espalieu en bois peint, assemblées avec des clous, frustes, parfois enfantines, proches de certains travaux populaires de patience du temps jadis des campagnes, méritaient bien un hommage. Un hommage qui aurait évité d'être un prétexte pour certains d'étaler leurs ego (qu'ai-je à faire du "Tonton René" de monsieur Maurice?...) ou leurs états de service (toujours monsieur Maurice qui se montre par deux fois en photo, publie trois textes -je ne compte pas les textes non signés- dont un ancien qui ne fait que rajouter à la redondance  générale du numéro). Tout cela sans doute de peur d'être oublié vraisemblablement, mais t'inquiète pas Jean-François, ça finira tout de même par arriver, hélas).

La Revue Gazogène est diffusée, à Paris, à la librairie de la Halle Saint-Pierre. Sinon, on peut se la procurer en écrivant à Jean-François Maurice (comme de juste!), Le Bourg, 46140 Belaye.jfmaurice@laposte.net. Il vous en coûtera 17 € le numéro. 

20/06/2011

Toujours plus d'Acézat!

    Me voici de retour de Bordeaux, le cabas bien chargé de photos de peintures d'Acézat, l'artiste inconnue (ou méconnue?) dont j'ai déjà parlé sur ce blog à trois reprises. Remarquable peintre que j'ai rencontrée là! Grâce en tout premier lieu à Alain Garret, à Astrid aussi qui en avait parlé à Alain, et puis aussi désormais grâce au mari aimant d'Andrée Acézat, Lino Sartori, ancien chef de chantier dans le bâtiment devenu lui aussi artiste à la retraite, encouragé sans doute par le compagnonnage avec cette femme qui pratiqua l'art toute sa vie. Il faut aussi rendre grâce à un collectionneur de la région qui souhaite garder l'anonymat. Ce dernier a mis à l'abri une bonne partie de la production d'Acézat, production qui aurait très bien pu partir au feu, son auteur ayant failli faire le vide à un moment donné (faute d'attention à son travail?)... Comme je l'ai dit dans une précédente note, une chaîne de solidarité admirative se met en place, empêchant de laisser couler vers l'oubli la mémoire de cette créatrice authentique et tout à fait à l'écart.

 

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Andrée Acézat entre Alain Garret (à gauche) et son mari Lino Sartori (à droite), vers 2001, archives Sartori

 

     L'œuvre de cette dame au regard incisif vis-à-vis de ses contemporains, ou "caustique" comme me le souffle Garret, vous pourriez facilement la manquer, si vous  vous contentiez de survoler la pointe immergée de l'iceberg (les quelques images qui font sa signature apparente, celles que j'ai utilisées justement en premier sur ce blog). Acézat ne cherchait pas à plaire, mais elle dessinait parfois avec un laissez-aller plus puéril qu'enfantin, qui la mettait au bord du dessin humoristique et du croquis de bande dessinée (il m'arrive de penser à des dessins de Reiser devant certains de ses croquis).andrée acézat,acézat,lino sartori,alain garret,art singulier,création franche Certains travaux -rares- se répètent sur papier au format 32x25 cm, parfois avec un peu de relâchement aux limites d'un dessin un peu potache. Un style se met en place à partir d'une époque donnée, avec des personnages à grosse tête - si grosse qu'elle englobe le cou qui disparaît dans la masse- des torses d'un seul bloc, avec des membres grêles, filiformes, des pieds réduits à leur plus simple expression, mais presque jamais de jambes, ou alors comme les bras, de simples fils de fer... Cette écriture qui constitue une marque de fabrique peut aux yeux d'un spectateur inattentif ou blasé passer pour uniforme et faire riper l'oeil vers un jugement à l'emporte-pièce. Oh, c'est encore un de ces bonshommes enflés et gribouillés, pourra se dire ce spectateur distrait (débordé d'informations culturelles venant de tous côtés)...

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Acézat, titre non communiqué, 1998, env. 29,7 x 21 cm, coll. A.Garret ; ph.BM

 

      Mais non, si ces bonshommes-là ont une allure certes ultra-simplette, ils véhiculent simultanément une forte et singulière émotion, un sens de la tragédie quotidienne, pointée avec distance par l'artiste  malgré son économie de moyens, tragédie masquée ou traduite par moments en humour noir et goût de la caricature. Cette dernière ne  l'emporte pas au final pourtant. Car Acézat fait défiler l'humanité devant nous dans un cortège de désastre, voire de dépit, dirait-on. C'est une galerie de portraits d'adultes, et non pas d'enfants comme je l'avais cru primitivement. Ces adultes reviennent sous l'oeil d'Acézat tels des vieux enfants. Des moutards mal vieillis. Une de ses plus belles toiles (ce sont souvent ces dernières qui sont les œuvres les plus abouties) s'intitule précisément "le dépit" (la grande majorité de ses peintures ont des titres, la plupart du temps au verso).

 

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Andrée Acézat, Le dépit, 2000, huile sur toile, env.80x60cm, coll. particulière, Bordeaux ; ph.BM

 

      Tout indique qu'Acézat, c'était une pure. Née en 1922, disparue en 2009 à 87 ans, elle fit les Beaux-Arts de Bordeaux, cinq ans d'étude pendant la seconde guerre. De ces années de Beaux-Arts il reste quelques souvenirs conservés pieusement par son mari, prouvant un talent de peintre traditionnel tout à fait établi.

 

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Acézat, bol et coloquinte, 1993, coll Sartori

 

      Puis un choc physique se produit, un cancer aux alentours de 1983-1984. Semble s'en être ensuivi un choc intellectuel, et esthétique aussi. De plus, Acézat découvre, avec Lino Sartori, le site de la Création Franche dont il semble qu'ils aient suivi régulièrement les expositions (je me dis que j'ai dû souvent les y croiser sans le savoir), à partir du milieu de ces mêmes années 1990. Une évolution s'opère dans les peintures et les dessins d'Acézat de ces années-là, progressivement, par paliers, mais radicale quand on compare ses anciens travaux plus académiquement picturaux avec les nouveaux, plus spontanés, plus colorés, au dessin hyper simplifié, et chargés d'humour et peut-être d'une conscience du désastre humain. Les dates qu'elle appose méticuleusement, à côté de sa signature, habitudes gardées sans doute de l'époque des Beaux-Arts, sont là pour nous prouver cette évolution. Elle jette ses anciennes leçons par dessus les moulins, si on peut dire, on sent aussi qu'elle a pu dans ces années-là, outre la création franche avec ses peintres primitivistes et singuliers, découvrir la spontanéité tonique et sensuelle d'un groupe tel que Cobra, sans négliger pour autant des références plus anciennes à l'expressionnisme. Une de ses toiles des derniers temps est peinte explicitement dans la lumière de Cobra (et d'Asger Jorn même peut-être?).

 

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Acézat, titre non encore identifié, 2005, coll. Sartori

 

     Le tournant esquissé en 1991, 92, 93, 94, est définitvement pris en 1995. Il lui reste onze ans à vivre. Elle va se mettre à dessiner avec furie plusieurs heures par jour sans dételer, enchaînant dans la même journée plusieurs dessins. Cette rage est probablement à la source du désir de peindre qui va prendre à son tour son mari, qui, lui, décide de peindre surtout sur des souches de bois avec une grande dextérité brute. La technique d'Acézat sur papier, au moyen de feutres et de crayons de couleur, semble être de commencer par des fragments d'oeuvres répudiées, puis déchirées, recollées sur une nouvelle feuille, et à partir desquelles son imagination graphique se mettait à improviser. Lino Sartori a gardé de ces commencements qui aident à comprendre à partir de quoi elle pouvait commencer ses dessins.

 

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Travail préparatoire laissé de côté par Acézat, et conservé par son mari, fragments pouvant servir à des rehauts, des surlignages, des retouches...

 

     Acézat a très peu exposé, semble-t-il, et le peu qui lui a été consacré l'a été fait sur la région bordelaise. Le Musée de la Création Franche aurait été à même de la recevoir, mais cela ne s'est pas fait, j'ignore actuellement pourquoi, s'il y eut un véritable contact entre elle et ses animateurs. Elle donnait ses dessins. Tout aurait pu se disperser sans les brocantes, refuges des artistes négligés. Une seconde vie s'ouvrira-t-elle pour Andrée Acézat? Je le souhaite ardemment.

 

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Andrée Acézat, titre non encore identifié, huile sur toile, 2002

  

15/06/2011

La chose étrange place de l'Hôtel de Ville

      Nous avons remarqué une étrange boîte vitrée installée sur les marches (ou les bancs) des fontaines de l'Hôtel de Ville mercredi 1er juin, un camarade et moi.

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Place de l'Hôtel de Ville, Paris, ph. Bruno Montpied, 2011

    Son auteur ne paraissait pas (plus?) être aux alentours. A quoi servait-elle? Cela ressemblait vaguement à une machinerie. Il y avait une chaîne de vélo à l'intérieur paraissant destinée à entraîner quelques rouages indistincts dans le bas de la boîte. On remarquait des lettres placées verticalement, des blanches, H M N G, et des noires à l'horizontale, J (?), T U R. Une étiquette était en outre collée, comme menaçante: "Pas dproblem je vous retrouverai / Promi". Que voulait dire ce dispositif? Comment avait-il pu atterrir là? Mystère et boules de gomme... Si quelque lecteur pouvait nous apporter quelques éclaircissements, nous lui en serions extrêmement reconnaissants. 

10/06/2011

Victoire et Défaite, à chacun son lot

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J.Galeani, Victoire, Défaite, 1919, coll.particulière, ph.Bruno Montpied

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Inscription au verso du tableau précédent: "se tableau qui avez 3 m X 2m50 fut Censure aux Salin de la Nationnale Paris 1919 J.Galeani", coll. particulière, ph. BM

     Je dois à deux collectionneurs qui souhaitent garder l'anonymat la découverte de ce tableau naïf réalisé vraisemblablement à la fin de la Grande Guerre. C'est visiblement une charge contre les possédants accusés d'être des profiteurs de guerre. La "Victoire" de 1918 est celle du magnat à gauche tripotant ses sacs d'or pendant qu'en arrière-plan les cheminées de ses usines fonctionnent à plein régime, couronnées de drapeaux tricolores. La "Défaite" en revanche est réservée au Poilu qui revient estropié auprès de sa famille, qui n'a pas l'air bien riche elle, leur drapeau en berne cette fois-ci, et la croix derrière la scène semblant dire que le martyr a été réservé aux petits pendant que les gros s'en mettaient plein les poches. L'inscription placée au dos du tableau semble indiquer que cette peinture fut accompagnée d'une autre beaucoup plus grande (car 3m x 2,50m n'est absolument pas la dimension de cette œuvre retrouvée), qui fut refusée dans un salon. En tout état de cause, il semble que nous soyons en présence d'une peinture anarchiste. J. Galeani en est l'auteur, un nom à retenir, en espérant retrouver d'autres œuvres de ce trublion...

07/06/2011

Yves-Jules Fleuri portraiture les grands Suisses

     Jean-David Mermod qui préside aux destinées de la Galerie du Marché à Lausanne a proposé récemment à Yves-Jules Fleuri, qui se faisait appeler récemment seulement Yves Jules de tirer le portrait d'un certain nombre de célébrités suisses. Fleuri est connu pour aimer brosser des portraits hauts en couleur de toutes sortes de personnages, a priori non pour les caricaturer, mais y aboutissant quand même, à son corps défendant semble-t-il. J'en ai déjà parlé sur ce blog. Mermod a envoyé à Yves Poelman, le cicerone et le chaperon d'Yves-Jules, une centaine de photos de Vaudois connus. L'artiste a fait son choix là-dedans. Cela donne 45 portraits.

 

yves fleuri,galerie du marché,jean-daniel mermod,art brut

Yves Jules, Félix Vallotton

 

    La Galerie du Marché présente le résultat de ces travaux du 10 juin au 23 juillet (vernissage jeudi 9 dès 17h30). Au vu des quelques portraits en ligne sur le site de la galerie (j'en reproduis deux ici même), l'expo promet d'être réjouissante. Elle s'intitule au fait "Y'en a point comme nous".

yves fleuri,galerie du marché,jean-daniel mermod,art brut

 

 

 

Galerie du Marché, 1, escaliers du Marché, 1003 Lausanne. 021 311 41 80. 079 212 14 17. Contact : info@galeriedumarche.ch

 

 

Yves Jules, Roger Fédérer 

05/06/2011

Où trouver "Eloge des Jardins anarchiques"? Liste des points de vente

     Voici la liste des points de vente telle qu'elle pouvait être établie en mai (plutôt vers le début de ce mois). J'ai essayé de situer les librairies quand j'avais le temps... La liste n'est probablement pas exhaustive, le diffuseur (Court-Circuit diffusion) ayant probablement trouvé d'autres librairies entre temps, mais en l'état, elle peut tout de même être utile, je pense. Il se peut également que certains points de vente mentionnés ci-après n'aient déjà plus de livres. Il ne faut pas hésiter dans ce cas à passer commande à votre libraire (ceci étant valable aussi dans n'importe quel lieu ne figurant pas dans cette liste ; le diffuseur s'engage à honorer toutes les commandes que lui feront les librairies où que ce soit).

Paris: 

Librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard (18e ardt), L’Arbre à lettres dans les 3e, 5e, 12e, 13e ardts, L’Alinéa, L’Appel du livre, L’Attrape-Cœurs (18e), L’Atelier 9, L’Atelier (20e), Atout-Livre (12e), Librairie des Batignolles (17e), Les Buveurs d’encre, Le Cabanon, Le Merle Moqueur (20e), Chapitre.com, Le Comptoir des Mots, Compagnie (5e), Dédale (5e), Le Divan (15e), L’Ecume des pages (6e), La Friche (11e), Librairie des Gâtines, Le Genre Urbain, Gibert Joseph (Bd St-Michel, 6e), Les Guetteurs de vent (11e), L’Harmattan (5e), La Hune (6e), L’Humeur vagabonde (18e), L’Iris noir (11e), Les Jardins d’Olivier (rue Gay-Lussac, 5e), Libralire (11e), Le Livre Ecarlate, Libre Ere, Matière à lire, La Maison Rustique (6e), Le Merle Moqueur (20e), MK DVD Loire (19e), Le 104 (19e), Le Monte-en-l’Air (20e), Libraire du Musée du Louvre/RMN (1er), Les Oiseaux Rares (13e), Page 189, Parallèles (1er), Librairie du Parc/Actes Sud (La Villette, 19e), Flammarion Centre Pompidou (1er), Publico (11e), Quilombo (11e), Un Regard Moderne (5e), SFL Danton (6e), Librairie Jean Touzot, Tropiques, Tschann (6e), Vendredi (9e), La 25e Heure (5e), Equipages (20e), Le Flâneur des deux rives (6e), La lucarne des écrivains (19e), Comme un roman, Le 104 (19e), La FNAC

Couronne de Paris

78 (Yvelines) : Le Livre Bleu, Versailles, 92 (Hauts-de-Seine): Au Grillon, Nanterre, 93 (Seine St-Denis): Folies d’Encre, Montreuil ; Folies d’Encre-Liberté sur parole, St-Ouen ; La Malle aux histoires, Pantin ; Les Mots Passants, Aubervilliers ; SFL Alizé, St-Denis ; La Traverse, La Courneuve (centre-ville),  94 (Val de Marne): L’envie de lire, rue Gabriel Péri, IvryGénérale Libr’Est, Charenton-Le Pont ; Gibert Joseph, Vitry ; Millepages, Vincennes.

Régions

06 (Alpes-Maritimes): Librairie Jean Jaurés, Nice ; Librairie Masséna, Nice.

10 (Aube): Les Passeurs de textes, Troyes.

11 (Aude): Mots et Cie, Carcassonne.

12 (Aveyron): Musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier.

13 (Bouches-du-Rhône):  Bouquinerie des 5 avenues, bd de la Libération, Marseille ; Gibert Joseph, Marseille ; Le Greffier de St-Yves, rue Venture, Marseille (1er ardt) ;  Le Lièvre de Mars, rue des 3 Mages, Marseille ; Maupetit (éd. Actes Sud), Bd de la Canebière, Marseille ; L’Odeur du Temps, Marseille ; Librairie Vents du sud, Aix-en-Provence ; Libraire de l’Université, Aix-en-Provence ; Librairie La Provence, Aix-en-Provence ; Goulard, Aix-en-Provence.

14 (Calvados): Brouillon de culture/L’Université, Caen ; Euréka street, place de la république, Caen.

16 (Charente):  Librairie MCL, Angoulême.

17 (Charente-Maritime): Les Saisons, La Rochelle.

22 (Côtes d’Armor):  Gwalarn, Lannion ; Mots et Images, Guingamp ; Centre Leclerc, Plérin.

23 (Creuse): Maison de la Pierre, à Masgot (commune de Fransèches), hameau du sculpteur François Michaud.

24 (Dordogne): Marbot, Périgueux.

25 (Doubs): Camponovo, Besançon ; Les Sandales d’Empédocle, Besançon.

26 (Drôme): Le Bazar des Mots, Hauterives.

29 (Finistère): Caplan and Co, près de Morlaix, à Poul Rodou par Guimaëc ; La Petite Librairie, rue Danton, Brest ; Daniel Roignant, bouquiniste, Brest.

30 (Gard): Sauramps en Cévennes, place St-Jean, Alès.

31 (Haute-Garonne): Castela, Toulouse ; Gibert Joseph, Toulouse ; Ombres blanches, Toulouse ; Privat, Toulouse ; Terra Nova, Toulouse.

33 (Gironde): La Machine à lire,  Bordeaux ;  La Mauvaise Réputation, Bordeaux ; Mollat, Bordeaux) ;  Librairie du Muguet, Bordeaux.

34 (Hérault): Gibert Joseph, Montpellier ; Le Grain des Mots, bd du Jeu de Paume, Montpellier ; Sauramps, Montpellier.

35 (Ille-et-Vilaine): Le chercheur d’art, 1, rue Hoche, Rennes ; La Cour des Miracles, rue Penhoët, Rennes ; Forum du Livre, Rennes ; Librairie Le Failler, Rennes.

38 (Isère): Lucioles, Vienne ; Le Square Librairie de l’Université, Grenoble ; Association Antigone, Grenoble.

39 (Jura): Jacques, Dôle.

42 (Loire):  Lune et l’Autre librairie, St-Etienne ; Librairie de Paris, St-Etienne).

44 (Loire-Atlantique): Coiffard, Nantes ; Durance, Nantes ; Vent d’Ouest Lieu unique, Nantes ; Boutique Bientôt, Nantes ; La voix au chapitre, St-Nazaire.

45 (Loiret): Les Temps Modernes, Orléans.

46 (Lot): Régis Benatré, Biars-sur-Céré.

49 (Maine-et-Loire): Contact, Angers ; Les Nuits bleues, rue Maillé, Angers. 

53 (Mayenne): Livres compagnie/chapitre, Laval ; Libraire du musée d'art naïf du Vieux-Château, Laval. 

54 (Meurthe-et-Moselle): L’Autre rive,Nancy ; Hall du Livre/Privat, Nancy.

57 (Moselle): Hisler even, Metz.

59 (Nord): Le Bateau-Livre, rue Gambetta, Lille ; Le Furet du Nord, Lille ; La Boutique du Lieu (musée du LaM, musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Villeneuve-d’Ascq) ; L’Harmattan/Les Alizés, Lille ; Librairie Meura, Lille.

64 (Pyrénées-Atlantique):  L’Alinéa, Bayonne ; Mattin Megadenda/Librairie Elkar, Bayonne. 

66 (Pyrénées-Orientales): Torcatis, Perpignan.

67 (Bas-Rhin): Broglie, Strasbourg ; Kléber, Strasbourg ; Quai des Brumes, Strasbourg ; Libr’Air, Obernai.

68 (Haut-Rhin): Bisey, Mulhouse.

69 (Rhône): Le Bal des ardents, Lyon ; La boutique des Marais, Lyon ; Au bonheur des Ogres, Lyon ; Decitre 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, Lyon et banlieues ; Michel Descours, Lyon ; Passages, Lyon ; Librairie la Presse, Lyon ; Terre des Livres, rue de Marseille, Lyon 7e.

72 (Sarthe):  Librairie Doucet, Le Mans.

73 (Savoie): Garin théâtre, Chambéry ; Librairie Rousseau, Chambéry.

76 (Seine-Maritime):  Le chat-pitre, Fécamp (?).

80 (Somme):  Martelle, Amiens.

82 (Tarn-et-Garonne): Ça sent le book (libraire itinérant ?).

84 (Vaucluse):  La Mémoire du Monde, Avignon.

88 (Vosges): La Licorne, Epinal ;  Panorama 88/ Quai des mots, Epinal.

89 (Yonne): Comptoir de vente de la Fabuloserie, Dicy ; comptoir de vente de livres et autres catalogues, revues du musée rural des arts populaires, collection Humbert, à Laduz.

Belgique

Bozarshop ; Filigranes ; La Licorne ; A livre ouvert/Le Rat conteur ; Livre aux trésors SPRL ; Papyrus ; Pax ; Point Virgule ; Tropismes ; Bookshop d'Art et Marges museum, à Bruxelles ?

Suisse

Collection de l’Art Brut, Lausanne.

 

Librairie Basta! Chauderon, Petit-Rocher 4, Lausanne.

 

Librairie Basta! Dorigny, L'Anthropole, Université de Lausanne.

Eloge chez Lalane à la Bastille, mai 11.jpg

L'Eloge se glisse partout... Stand à la Foire de la Bastille, mai 2011, ph. BM

A signaler: une nouvelle présentation du livre, accompagnée d'une projection du film Bricoleurs de paradis, aura lieu le vendredi 17 juin à la librairie Atout-Livre dans le XIIe ardt à 19h30. BM et Remy Ricordeau seront présents. Atout-livre 12e.jpg

 

02/06/2011

Les rêves du soldat Goupil

     La dispersion du fonds du peintre secret Armand Goupil (voir ma flopée de notes précédentes sur le cas) continue son petit bonhomme de chemin si je puis dire. Mais il continue de m'arriver parallèlement quelques renseignements. Je dois à Mme Martineau, heureuse passionnée du cas Goupil, la communication de nouvelles peintures inconnues du sieur Armand. Une d'entre elles en particulier m'a tapé dans l'oeil, sa propriétaire dit qu'on pourrait l'appeler le "Rêve du prisonnier". Voici l'image:

 

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Armand Goupil, 1917, 23-II-60, coll et ph. N.Martineau

 

      L'homme redressé sous la couverture grise probablement militaire, à cause de sa barbe semble bien être une évocation du peintre lui-même qui, comme je l'ai rappelé dans une de mes dernières notes, grâce aux souvenirs de son fils Armand Goupil (junior), par ailleurs auteur d'un ouvrage traitant de Jules Verne, a été fait prisonnier pendant la bataille de Verdun en 1916. La peinture porte le titre de 1917, date à laquelle Goupil était encore prisonnier (il ne fut libéré qu'en 1918). Il rêve peut-être, ou il a une vision, c'est du pareil au même. Une jolie succube vient le visiter dans les airs au dessus de sa couche, le buste suggestivement penché en avant. Si on le compare à d'autres peintures, on s'aperçoit qu'Armand Goupil paraît priser les corps féminins en train de se balader en apesanteur dans les airs. Voir ci-dessous cette image très cosmique.

 

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Armand Goupil, 20-XII-59, rassemblement Philippe Lalane ; photo BM

 

     On m'a également communiqué depuis peu une autre peinture de Goupil, représentant un soldat de la guerre de 14 en train de crapahuter, le matricule 146 frappé au coin de sa vareuse et de son képi. Le soldat est-il un autoportrait là encore? On peut le supposer. La date dans le coin gauche inférieur de la peinture indique mai 1915. La date de l'oeuvre nous signale également qu'elle a été réalisée 13 jours avant celle du "rêve du prisonnier"...

 

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Armand Goupil, mai 1915, 10-II-60, ph. BM

    Si on retourne ce carton, on a la surprise de découvrir au verso, plus secrète, une esquisse représentant... Evidemment une femme, en train de danser semble-t-il le charleston... Un paraphe, ce qui paraît rare, accompagne l'esquisse, avec l'indication "Le Mans".

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31/05/2011

L'échappée de la dernière chance

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Bruno Montpied, L'échappée de la dernière chance, 24x18 cm, 2011

28/05/2011

Déchiffrer les messages d'outre-tombe de l'abbé Fouré... (A propos du site de l'ancienne Croix de l'Ermite)

     Non, tout n'est pas dit sur l'abbé Fouré, ses rochers et ses bois sculptés, sa bonne (oui, il avait une bonne du curé, comme nous l'a appris le livre paru récemment de Jean Jéhan, elle s'appelait Marie Lefranc et maintenant à Rothéneuf, les fins limiers de l'Association de Joëlle Jouneau sont à la recherche de ses descendants, avis à la population, s'il y en a un qui surfe sur internet, il est le bienvenu ici)... Tout n'est pas dit, et loin de là!

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L'abbé Fouré lisant, vers 1906, son journal réactionnaire favori (Le Salut, devenu collaborateur pendant la guerre ultérieure de 39-45, si je me souviens bien...) ; à sa gauche, à terre on distingue le gisant d'un homme d'épée avec hermine à sa tête (symbole de la Bretagne), et inscription en latin "Olim fuit" ("Il fut, jadis")

 

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Photo Bruno Montpied, 2010

 

    En particulier, les amateurs se rappellent le gisant sculpté par l'abbé situé à quelque encablures du site principal des rochers, sur le chemin des douaniers (ou des contrebandiers, selon l'idéologie que l'on défend...), soit dans une zone pour laquelle personne n'eut jamais l'idée saugrenue de faire payer un droit de péage. A ce propos, on peut toujours s'étonner de la rupture qui est faite au niveau du site des Rochers sculptés de ce chemin qui aurait dû normalement suivre le littoral, or il a été détourné, et ce depuis des lustres, à la suite d'on ne sait quel passe-droit apparemment. Mais revenons à nos moutons et en l'occurrence au site actuellement appelé "de la Croix du Christ" (et anciennement appelé "de la Croix de l'Ermite", croix qui du reste était plantée à un endroit plus éloigné de quelques mètres de l'emplacement actuel).

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Emplacement de la Croix du Christ, vue zoomée depuis les rochers, ph. BM, 2010

      Il a été dit par Frédéric Altmann dans son livre de 1985, La vérité sur l'abbé Fouéré (éditions AM, Nice), que le gisant situé à côté de la croix était à n'en pas douter un certain "Saint-Judicaël, roi de Dommonée"... Il ajoute que ce n'est pas "Jean, duc de Bretagne", qu'il qualifie (légèrement, comme on va le voir) "d'inscription fantaisiste". De cette affirmation, il n'apporte aucune preuve (d'où sort-il cet invraisemblable Judicaël, je me le demande depuis des lustres?). Du coup, Jean Jéhan, dans son propre récent livre, lui emboîte allégrement le pas sur ce détail. Altmann apporte cette affirmation aux pages 113 et 114 de son livre. Il reproduit une carte qui ne porte pas le cachet de l'abbé (celui-ci authentifiait ses cartes avec un cachet surtout -je pense- pour contrer le commerce de cartes non autorisé par lui), carte où l'on peut lire, en guise de légende du gisant: "Rothéneuf, rochers sculptés. Jean, duc de Bretagne". Voir ci-dessous:

 

Jean-Duc-de-Bretagne-carte-.jpg

 

     Certes, il n'y a pas le cachet de l'abbé. Altmann veut y voir une preuve que la carte est légendée de façon suspecte ; or, même si le commerçant qui l'édita ne paya pas de droits à l'abbé, cela n'implique pas qu'il ait mal travaillé automatiquement dans les légendes qu'il imprimait. Il fallait trouver un indice plus stable pour confirmer ou infirmer cette légende. La preuve que la légende est correcte m'a été enfin fournie par une autre carte que j'ai découverte tout récemment  et que je ne me souviens pas avoir vue éditée ailleurs. Je la reproduis ci-dessous:

Jean-IIII-Duc-de....jpg

 

    Ah, bien sûr, ce n'est pas évident à déchiffrer, surtout sur un écran d'ordinateur peut-être. La photo sur la carte n'est pas de très bonne qualité qui plus est. Alors, la maison ne refusant rien à ses lecteurs, je m'en vais vous l'agrandir en entourant d'un trait photoshoppeur l'inscription tracée à la main sur le rocher situé à gauche prés du gisant, ce même rocher contre lequel l'abbé s'appuie sur la carte où il lit "le Salut". Car, oui, il y a bel et bien une inscription!

 

Jean IIII Duc de, inscrip soulignée.jpg

 

    Sur ce rocher, l'inscription, tracée de la main de l'abbé (la graphie est assez proche d'autres inscriptions qui étaient visibles autrefois sur le site des rochers, voir ci-dessous), peut se reconstituer ainsi: "Jean IIII (ou IV), duc de Bretagne"... L'abbé maîtrisait-il mal les chiffres latins? On croit lire en effet quatre I, mais peut-être est-ce seulement la faute à l'imprécison de la photo. Il me semble que nous avons là une preuve à peu prés certaine du sens que prêtait l'abbé à son gisant. On sait en effet (grâce à l'historien régionaliste Noguette, alias Eugène Herpin, qui se fit le mémorialiste partiel de l'abbé), que l'abbé était entiché de patriotisme breton. L'histoire de ce "Jean IV" ne pouvait que le retenir. Chef de la Bretagne, il en avait été chassé par le  roi de France Charles V en 1378, qui voulait réunir la Bretagne à sa couronne. Jean IV avait dû s'exiler en Angleterre. Rappelé par les nobles bretons, il débarqua à Dinard (comme on sait ville toute proche de St-Malo), fit la guerre à Charles V et reconquit la Bretagne. Ces faits d'armes (encore chantés aujourd'hui en Bretagne paraît-il, voir Gilles Servat) ont dû grandement impressionner l'abbé!

 

Graphie Fouré.jpg

Inscriptions qui se lisaient dans les rochers du vivant de l'abbé, apposées par lui ou en tout cas avec son accord, décrivant des personnages qui semblent avoir été inventés par l'abbé qui rêvait sur les anciens habitants de Rothéneuf ; leurs noms étaient apposés au-dessus des personnages sculptés qu'ils étaient chargés de légender, au nombre desquels se trouve un Jacques Cartier ; à noter aussi que le chiffre latin IV est correctement orthographié ici ("Jean IV fainéant"...) ; la graphie paraît très proche de celle du rocher du gisant

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Sceau de Jean IV, Duc de Bretagne ; on notera les hermines sur son écu et son pourpoint, ainsi que l'épée, deux détails que l'on retrouve sur le gisant sculpté par l'abbé

     A noter que l'association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par Joëlle Jouneau, se propose de faire nettoyer dans les mois qui viennent cette fameuse sculpture de gisant qui actuellement devient difficile à "lire", étant donné les nombreux lichens qui la couvrent. 

 

 

Du côté des créatifs: Coco Fronsac et ses images cuisinées

       Grâce à l'ami Philippe Lalanovitch, j'ai été mis sur le rail qui mène au blog aux multiples et variés albums d'images créées par Coco Fronsac, artiste qui manipule les objets et les images, la plupart chinés dans les brocantes qu'elle paraît hanter. Voici la liste de ces albums dans lesquels il est fort instructif d'aller zig-zaguer: Vision négative, les ex-voto de Coco Fronsac, les photos spirites de Coco Fronsac, the Zelda's sexy-girls, La mort n'en saura rien, les reliquaires de Coco Fronsac, Vive la mariée, les Momies de C.F., les poupées de C.F., les chamanes de C.F., l'érotisme sous globes de C.F.,  une image dans une autre par C.F., le cabinet de curiosités de C.F., les collages de C.F.,  les petites filles modèles de C.F...

 

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Coco Fronsac, Quand est-ce qu'on mange?, collage, "une image dans l'autre"

 

     Une des techniques préférées de l'auteur est le collage, par exemple du positif sur des négatifs, ou bien un fragment d'image posé sur une autre dans laquelle elle introduit un vacillement du sens, soutenu par un goût sans faille des accords de couleurs. Le "collage" peut s'exécuter aussi par le détour d'un gouachage plaqué sur des têtes de personnages qui posent sur des anciennes photos en noir et blanc dont l'artiste paraît avoir une collection illimitée.communion.jpg On est là à nouveau dans un goût de la modification moqueuse, et de la démystification, genre prisé de beaucoup d'artistes modernes (il y aurait d'ailleurs un beau projet d'exposition à monter sur ce thème, le "détournement et la modification dans l'art").

 

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Coco Fronsac, "St-André Breton", ex-voto

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Coco Fronsac, le facteur, ex-voto

 

     Mais le collage s'étend aussi à la troisième dimension par des "reliquaires de voyage", des hommages à diverses figures tutélaires (dont l'André Breton que je lui emprunte ici, ou un Facteur Cheval) qu'elle appelle "ex-voto" ; des globes érotiques, des fausses pièces d'art premier, etc. La peinture est aussi mise à contribution dans son "cabinet de curiosités" où des portraits voulus bizarres évoquent parfois un art forain super-déviant.

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Coco Fronsac, Curiosités

     On sent que toute l'imagerie ancienne pourrait par contamination progressive passer ainsi à la moulinette de Coco Fronsac...

Coco Fronsac expose à Paris prochainement, expo "Chahut" à la galerie UN LIVRE UNE IMAGE (consacrée à la photographie), 17, rue Alexandre Dumas, Paris XIe. Du 10 juin au 2 juillet, vernissage le 9 juin de 16h30 à 21h. TLJ sauf dimanche de 14h à 19h.

 

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22/05/2011

A la poursuite d'Emile Taugourdeau

    Les fragments d'un jardin d'art brut dispersés à travers les brocantes et les collections privées ou publiques me font parfois penser au mythe du dieu Osiris dont le corps coupé en morceaux est peu à peu reconstitué par sa femme la déesse Isis condamnée à le restituer morceau par morceau selon les différents lieux d'Egypte où elle les retrouve (on me corrigera si je me trompe dans le souvenir sûrement ultra-simplifié et condensé que je garde de ce mythe).

 

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Emile Taugourdeau à gauche, son petit-fils Erick, et le maire de la commune au milieu du jardin, photo 1970-1971, archives famille Taugourdeau ; le jardin est alors surtout rempli par des animaux (on sait que M.Taugourdeau commença par l'effigie d'un canard dont la mort avait affligé ses petits-enfants) 

   

      J'ai déjà eu l'occasion de parler du jardin d'Emile Taugourdeau (voir mon bouquin Eloge des Jardins anarchiques, où un chapitre entier lui est consacré, et le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des éléphants) ; voir aussi cette note du blog). Il fut créé entre la fin des années 50 de l'autre siècle et 1989, année de la disparition de son auteur (il avait 72 ans). Le créateur (né en 1917) avait été blessé au pied à la guerre de 39-45, et en gardait des séquelles plus ou moins handicapantes. Dans les dernières années, suite à une série d'infarctus, il s'était surtout mis à peindre des tableaux en ciment, fort naïfs, fort beaux, qu'il "rafraîchissait" périodiquement à coups de jets d'eau.

 

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Photo Francis David, vers 1985 (le jardin est alors à son apogée)

       La végétation a recouvert et mangé peu à peu le parc de sculptures, effaçant depuis longtemps le souvenir d'un "parc", tel qu'on peut le restituer en regardant par exemple la photo ci-dessus de Francis David, parue dans le n°190 du magazine Gault/Millau en février 1985. C'est plutôt une jungle à présent où s'enfouissent les statues étouffées par le lierre et autres lianes. Plusieurs de ses statues ont disparu, parfois à cause de vols, mais aussi parce que la famille les vend à des brocanteurs ou des antiquaires de passage.

     Du coup, il en réapparaît de temps à autre. Très récemment on a vu à Paris, exposés sur des tréteaux dans la rue, des footballeurs, des lapins et des grenouilles d'Emile Taugourdeau (ça voyage). Ces derniers batraciens, comme je l'ai déjà dit, me font craquer. En dépit de leur forme ultra simple, elles sont très expressives et touchantes. Voici ci-dessous celle que j'ai acquise très récemment, rescapée de la brocante.

 

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Photo Bruno Montpied, 2011

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La grenouiile de droite est une parente de la grenouille retrouvée, ou bien sa jumelle, photo BM, 1991

 

     J'en profite pour montrer d'autres sculptures que je possède d'Emile Taugourdeau, acquises directement auprès de son épouse il y a quelques années. Au départ, mon but en les acquérant était de les mettre à l'abri, en cas d'accentuation alors prévisible du déclin du jardin. Au fil du temps, je me suis attaché à ces personnages. J'ai cependant dans l'idée de pouvoir un jour les léguer à un musée spécialisé dans l'art brut et les environnements spontanés.

 

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Deux masques...emile taugourdeau,environnements spontanés,habitants-paysagistes,sculpture naïve,eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)

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Un petit meunier

 

21/05/2011

Vrai ou faux? Enfants, répondez...

    Voici un quiz interrogeant la perplexité enfantine devant certains mots aux rapprochements troublants, un quiz qui tente de jouer avec malice des ignorances de nos chères têtes blondes.

Vrai ou faux?

On appelle canne à pêche un bâton qui sert à faire tomber les pêches sur un pêcher.

Un gendarme n'est pas seulement une autre sorte de policier, c'est aussi un petit saucisson.

Avarié veut dire pourri.

L'encens est utilisé pour faire marcher les voitures.

Un dada est une forme de loisir.

Il existe un vin qui s'appelle du Saint-Amour.

Jules Supervielle est le nom d'un mécanicien-garagiste célèbre.

 

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Les psychiatres vivent dans les cendres des cheminées. Ce sont de minuscules animaux friands de restes calcinés.

Les huîtres sont des coquillages qui se mangent crus.

Une charpente est une voiture qui se penche pour permettre aux personnes handicapées de descendre plus facilement de leur siège.

 

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Mouloudji est le nom d'un ancien chanteur de variétés français.

Le groin est le bout du museau du cochon.

Crucifier quelqu'un, c'est le forcer à manger de la viande crue.

Une bourriche est une sorte d'âne.

Une échauguette est un morceau de viande que l'on a très légèrement saisi (grillé).

 

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Un uhlan, c'était un soldat autrefois.

Le fromage de tête désigne un fromage qu'on se contente de déguster en imagination.

Trouver des salamandres, veut dire en Provence qu'on se lance dans des discussions compliquées.

Un taon est un instrument qui sert à mesurer la force du vent.

Un caténère, c'est un W-C en Belgique.

La Gangrène est le nom d'une célèbre danseuse de music-hall d'autrefois.

Le topinambour est un genre de petit tambourin fait avec de la peau de taupe.

La Bolivie tire son nom d'un monsieur qui s'appelait Simon Bolivar.

Les pélicans gardent de la nourriture dans leur bec comme si c'était un garde-manger.

Le rutabaga est un rythme de danse zoulou.

Un incunable est une personne qui souffre de ne pouvoir s'asseoir sur son derrière trop douloureux.

 

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On trouve des cocottes sur les bords des guidons de vélo.

Il existe une ville qui s'appelle Orange.

Les vergetures sont des jardins où l'on fait pousser uniquement des fleurs.

Le boudin noir se fabrique à partir du sang de cochon.

Le boudin blanc se fabrique à partir du sang de cygne.

Le bourdon s'appelle ainsi parce qu'il est toujours à la recherche d'une femelle qu'il ne trouve pas, ce qui lui donne le cafard.

 

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Une raie au beurre noir c'est une expression qu'on emploie pour signifier qu'on a tracé une ligne au milieu des cheveux juste là où l'on avait une bosse.

Un sosie est un ciseau fabriqué à l'envers.

Une soubrette est un instrument qui sert à réchauffer les lits en hiver.

On dit de quelqu'un qui est harassé (très fatigué) qu'il est devenu marabout.

Merckx est le nom d'un champion cycliste belge.

 

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19/05/2011

Les tronches au balcon

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E.Posteaux, Vieux Bouchons, liège sculpté dans des bouchons de Champagne, sans date, ancien "rassemblement" Philippe Lalane, ph. Bruno Montpied

    Voici ce que j'ai déniché sur la Foire à la Brocante de la Bastille qui commence officiellement aujourd'hui jeudi 19 mai. J'y ai bien été aidé, faut dire, par l'ami Philippe Lalane, dont on visitera le stand toujours avec fruit, d'autant que les stands environnants sont aussi bien inspirés. A quoi reconnaît-on ce stand me direz-vous? C'est le seul sur la Foire à vendre Eloge des Jardins Anarchiques...

18/05/2011

14e festival du film d'art singulier

      Voici le programme du prochain festival organisé par l'association Hors-Champ à Nice, consacré aux documentaires autour des arts populaires spontanés. Cela se répartit sur deux jours, durant une partie du week-end de l'Ascension.

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       Je regrette de ne pas pouvoir aller à Nice cette année encore, j'aurais bien vu surtout les films de Ferdi Roth, cinéaste allemand je crois (ou batave?), probablement des années 70, sur l'ancien mineur Charles Pecqueur (il n'y a pas beaucoup de documents "mouvants" sur ce dernier qui avait fait une fresque magnifique d'âpreté naïve et brute sur le mur de clôture de son jardin dans le Pas-de-Calais, voir le livre de Bernard Lassus, Jardins imaginaires), sur le jardin de faïence de l'ouvrier Da Costa Ferreira, sur le manège de Petit-Pierre le vacher (que je devine tourné sur le lieu d'origine comme l'avait fait Emmanuel Clot) ou encore sur les statues naïves du marin Frédéric Paranthoën, bien oublié celui-ci.

 

Frédéric Paranthoën, royan, 1988, photogramme extr des Jardins de l'Art Immédiat, films super 8 de B.Montpied.jpg

Frédéric Paranthoën, 1988, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, films Super8 muets, Bruno Montpied

 

16/05/2011

P.Touche, un prénom et un nom prédestinants?

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Vu à Paris, ph.BM, 2011

        Honni soit qui mal y pense... Car il peut paraître, dans le cadre de notre enquête intermittente sur les noms (et les prénoms) prédestinants, que si le prénom de ce médecin est Patrick, et qu'il a fait place par la suite au diminutif Pat', cela aura pu influencer son parcours professionnel en direction d'une défense des enfants.  

15/05/2011

Les murs de Brassaï à Dubuffet

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Grande première salle de la galerie Karsten Greve

        Plus que quelques jours pour aller jeter un coup d'oeil sur l'exposition "Brassaï et Dubuffet" à la Galerie Karsten Greve (5, rue Debelleyme dans le IIIe ardt parisien) puisqu'elle se termine le 21 mai. Cela dit, on y trouve surtout de nombreuses photos des magnifiques graffiti que Brassaï captura depuis les années 1930, et un peu moins d'oeuvres de Dubuffet mises en regard, ce qui au départ paraissait pourtant promis par le prospectus de la galerie. Car c'est bien ce rapport très présent dans les années 40, où Dubuffet suivait de prés les relevés photographiques de Brassaï , qui est le sujet de cette exposition.

 

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Brassaï, Graffiti de la Série V, Animaux: chimère, 1933-1956, tirage argentique, 50,8 x 40cm

 

      On y trouve ainsi les planches du poème de Guillevic sur "les Murs" (1945) illustré des lithographies de Dubuffet qui pointent très noires des murs lépreux où se lisent des graffiti recopiés avec application par l'inventeur de l'art brut, à côté des pisseurs ci-contre par exemple.brassaï,dubuffet,graffiti historiques,graffiti gravés,inscriptions sur les murs,écrits populaires,art enfantin,galerie kirsten grave Le prospectus de la galerie avec raison rappelle en hélléniste conséquent que lithographie veut dire gravure sur pierre. Ce qui était pour Dubuffet un moyen parmi d'autres de s'affronter lui aussi avec le mur dont les incisions expressives populaires allaient le ravir à la suite de Brassaï.brassaï,dubuffet,graffiti historiques,graffiti gravés,inscriptions sur les murs,écrits populaires,art enfantin,galerie kirsten grave Il démarque à l'époque les bonshommes aperçus au hasard de ses promenades dans un Paris où les galeries et les musées ne montraient plus grand chose sous l'Occupation (les murs des rues devenaient par contraste une  galerie alternative à ciel ouvert ; ci-contre un "Personnage" de Dubuffet datant de 1944, fait à "l'encre d'Inde sur papier, 26 x 21 cm", exposé à la galerie). Le mur l'inspira de plus non seulement pour ses graffiti mais aussi pour ses textures, comme le montre un tableau placé à l'entrée de la très belle première salle de la galerie (quel espace!).

 

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Jean Dubuffet, Langage des caves XI, 1958, Huile sur toile, 90 x 116 cm, (exposé à la galerie Karsten Greve)

 

Si on n'a pas le temps de passer à la galerie, faute à mon retard à vous en parler, on se rattrapera en allant dénicher en librairie ou bibliothèque les Graffiti de Brassaï parus naguère chez Flammarion (en 1993 déjà), ou bien encore le catalogue Brassaï, la maison que j'habite de la très bonne exposition qui a tourné entre Nantes et Nancy de septembre 2009 à mai 2010, et qui parlait des maints aspects de la création chez Brassaï qui nous ravissent (poésie naturelle, objets, "transmutations", collages, graffiti, photos insolites d'atelier, nus, etc.).

 

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Bruno Montpied, graffiti sur un platane à Bordeaux, 2010

  

11/05/2011

Joseph Barbiero, un "barbu Müller" du deuxième rang?

     C'est l'impression que j'ai souvent avec les pierres sculptées de Joseph Barbiero, ce sculpteur et dessinateur d'origine italienne (venu en France après avoir fui Mussolini) qui vivait à Beaumont aux lisières de Clermont-Ferrand. Révélées pour la première fois aux amateurs d'art brut par les animateurs de l'Aracine à Neuilly-sur-Marne dans les années 80 de l'autre siècle, ces pierres taillées probablement avec difficulté dans la lave de Volvic (à partir de sa retraite prise en 1965) avaient des faux airs de Barbus Müller d'une autre veine. Joseph Barbiero était sincère, il n'y avait pas à en douter. Mais ses pièces n'étaient pas toutes de même niveau. A l'Aracine, c'était assez évident, il me semble. J'ai voulu un jour vérifier (c'était probablement en 1990), je suis allé me balader dans la banlieue de Clermont où j'avais l'adresse de M.Barbiero, je n'eus que quelques minutes pour pouvoir faire deux ou trois malheureuses photos des marches qui montaient vers le pavillon au-dessus où devait vivre le créateur. Mon impérieux cocher était pressé, ne s'intéressant que très modérément à l'art brut. Quelle ne fut pas ma déception en découvrant les pierres sculptées qui s'étageaient le long de cet escalier. Il n'y avait pas de quoi fouetter un chat, un aimable divertissement tout au plus.

 

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Chez Joseph Barbiero, Beaumont, 1990, photo Bruno Montpied

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     A la même époque, j'allai également voir une exposition organisée par l'antiquaire Jean Lelong du côté de Vic-le-Comte (à la galerie Calao).joseph barbiero,galerie christian berst,art brut,barbus müler En dehors des pierres qui continuaient de me paraître un peu pâles, étaient présentés des dessins au crayon aux tracés tremblotants, tremblé qui leur assurait beaucoup de charme. J'en achetai un tout petit, que j'ai toujours, merveilleux exemple de ce que Madeleine Lommel tentait de définir parfois, avec tendresse, comme une sorte d'art de la grande vieillesse. Comme une chorégraphie du geste détaché de toute attache terrestre, assez analogue au lent mouvement virevoltant d'une feuille séparée de sa branche en octobre. Le contraste entre l'aspect aérien de ces mini croquis, à la limite de la dissolution dans la grisaille des fonds des supports cartonnés, représentant des figures réduites à un état proche du squelettique, et la pesanteur des blocs de lave grossièrement taillés assure à Joseph Barbiero une place à part dans le corpus de l'art dit brut.

 

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Joseph Barbiero, dessin au crayon sans titre, sans date, acquis en 1990, comportant un autre petit croquis à peine esquissé au verso, coll BM

 

La Galerie Christian Berst expose des oeuvres de Joseph Barbiero jusqu'au 4 juin, 3-5, passage des Gravilliers, dans le 3e ardt de Paris. A signaler aujourd'hui à 19h une causerie de Baptiste Brun sur "l'homme du commun" et une autre de Jean-Louis Lanoux sur Barbiero, les deux étant précédées d'un film de Christian Lamorelle diffusé primitivement sur FR3 en 1985.

10/05/2011

Un masque de Claude Ballaré

    J'ai reçu ça de Claude Ballaré... Il a une bonne tête, non? Qu'il en soit ici chaudement remercié. J'aime beaucoup ce poilu d'un nouveau genre.

Claude Ballaré,sans titre, vers 2011, ph.Bruno Montpied.jpg

Claude Ballaré, sans titre, sans date

08/05/2011

Une enquête sur le Merveilleux

    Une nouvelle revue, intitulée Mirabilia, est en gestation et se propose pour son premier numéro d'explorer ce que tout un chacun peut entendre aujourd'hui sous le terme de merveilleux. Voici l'enquête que les animateurs de cette future revue publient sur le site web créé tout exprès:

Le Merveilleux, enquête

 

1/ Sous quelle(s) forme(s) selon vous, le « merveilleux » se révèle-t-il aujourd’hui ?

 

2/ S’il en est un, dans quel domaine le merveilleux vous paraît-il le plus à même de se manifester ? 

 

3/ Vous est-il arrivé d’éprouver une sensation que vous qualifieriez, au sens propre du terme, « d’émerveillement » – surprise, stupeur, émoi… Pouvez-vous en préciser les circonstances ?

 

4/ Si vous deviez « émerveiller » l’être aimé, un(e) ami(e), un enfant, que feriez-vous ?

Les réponses à cette enquête seront publiées dans le premier numéro de la revue.

 

Merci d’adresser vos réponses, –pas plus de 500 signes par question, si possible– en précisant vos nom et profession à : Revue Mirabilia, 393, rue des Pyrénées, 75020, Paris, ou par mail à contact@revue-mirabilia.fr

 

*

 

The Marvellous, inquiry

 

1/ In what form(s) the marvellous appears there today?

 

2/ If there is one, in which field the marvellous, according to you, seems the most likely to occur ?

 

3/ Have you happened to experience a sensation you would describe as a "wonder" in the true sense of the word -surprise, astonishment, emotion... Can you specify the circumstances?

 

4/ If you had to "wonder" the loved one, a friend, a child, what would you do?

 

The answers will be published in the first issue of Mirabilia.

Please send us your reply –no more than 30 words for each question, if possible– specifying your name and profession, to Revue Mirabilia, 393, rue des Pyrénées, 75020, Paris, France.
Or by mail to: contact@revue-mirabilia.fr

 

Bruno Montpied, La nuit des merveilles,1997.jpg

Bruno Montpied, La nuit des merveilles, 50x 65 cm, 1997

  

03/05/2011

Rémy et Bruno virent du côté de la librairie Libralire

     Jeudi 5 mai, retenez cette date si vous n'en avez pas déjà assez de venir rencontrer Remy Ricordeau et moi-même autour du film Bricoleurs de paradis (le Gazouillis des éléphants) et du livre Eloge des jardins anarchiques. Nous ferons une projection au sous-sol de la librairie à partir de 18H30. Puis si les questions fusent, on fera un débat avec le public présent. Petite nouveauté dans le cadre de cette présentation, j'ai installé sur les murs de la librairie une mini expo de quinze photos de sites d'art brut, tirées au format 21 x 29,7 cm. Des affiches de format nettement plus grand complètent l'ensemble, de façon à frapper l'attention des visiteurs de la librairie. L'expo dure jusqu'à fin mai.

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Emile Taugourdeau, 1991, photo Bruno Montpied

       Voici la liste des créateurs dont l'oeuvre ou le portrait s'affichent actuellement sur les murs de la librairie : Fernand Châtelain (2002, avant la restauration du site), Jean Grard, Bohdan Litnianski, Arthur Vanabelle, Pierre Darcel, Alfonso Calleja, Emile Taugourdeau, Raymond Guitet, André Gourlet, René Escaffre, Baptistin Pastouret, M. Clément, Louis Licois, Alexis Le Breton, Bernard Aubert, André Pailloux.

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Bernard Aubert, Maine-et-Loire, 2009, photo BM

La librairie Libralire se situe au 116 de la rue Saint-Maur dans le XIe ardt à Paris. 

02/05/2011

Coup de fusil

    Tous les jours j'arpente ce trottoir pour descendre au turbin et en revenir. Cela fait déjà un paquet d'années que je l'use, et mes grolles aussi dessus. Je ne l'avais pas remarquée cette lézarde.

Unelézarde, Paris Xe ardt, fév 2011, ph Bruno Montpied.jpg  

    Les fentes sur le goudron, je ne les vois pas toujours, même si autrefois il m'est arrivé de faire un petit film Super 8 à leur sujet (cela s'intitulait Sur les trottoirs de nos villes). Celle-ci, vue en perspective, dans le sens de la marche, cadrée comme je l'ai fait avec mon portable, pourrait faire penser tout au plus à une espèce de profil aux lèvres pincées, pas très folichon. Ce soir-là, je n'ai rien vu pourtant, que des lignes tremblotantes. et puis tout à coup ce fut là, évident.

 

Fusil de hasard, Paris Xe ardt,2011, ph.Bruno Montpied.jpg

      Un fusil, et un immense qui plus est. Tracé avec un réalisme étonnant. Tellement étonnant qu'on en venait à imaginer un signe prophétique.

 

Empreintes au Monte-en-l'air

    Mystérieux ce titre, n'est-il pas? En réalité, Empreintes est le titre d'une revue imprimée avec entêtement en noir et blanc depuis quelques lustres déjà par l'animatrice de la galerie l'Usine, à Paris dans  le XIXe ardt, Claude Brabant. Et Le Monte-en-l'Air est le nom d'une librairie sise dans ce même district, à Ménilmontant. Tout est expliqué dans le carton ci-dessous:

Soir-e Empreintes.jpg

    Tout? Enfin pas tout à fait. Faudrait peut-être donner l'adresse (et puis le lien vers la librairie où on la voit avec le plan pour y aller). C'est au 71 rue de Ménilmontant et au 2 rue de la Mare (ça fait un angle entre les deux rues je pense). Avis aux lecteurs du Poignard, m'est avis que l'aigre de Meaux devrait rôder dans le coin mardi soir...

01/05/2011

Remy et Bruno migrent sur Radio-Aligre

     La communication continue, orchestrée par nous-mêmes, les auteurs du livre Eloge des jardins anarchiques et du film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des éléphants) sur les inconnus de l'art, les créateurs excentriques invisibles, qui pondent comme les poules, sans se préoccuper pour qui elles pondent. Si on ne le fait pas soi-même, hormis quelques revues qui font encore leur travail d'information de manière désintéressée, qui le fera?

Note Lefur Artension 107.jpg

Note de lecture par Patrick Lefur dans Artension n°107, mai-juin 2011

 

     En tout cas, pas ceux que l'on aurait imaginés au départ plutôt concernés, n'est-ce pas, les enfants du bac à sable, qui n'aimez pas qu'on partage les seaux et les pelles, les joujoux que vous vous croyiez les seuls à avoir le droit de manipuler (citons, pour ne pas vitupérer dans le vide, par exemple les blogs de messieurs Ryczko, Chesné et de miss Vague Ulla)? Non content de ne pas en parler, d'ailleurs certain d'entre eux, le nommé Ryczko encore lui, nous reproche même de "claironner" notre info sur notre propre blog, démasquant là son désir secret, qui doit être de nous voir bien correctement réduit au silence, eh bien, désolé Joseph...

 

Ryczko, vers 93.jpgJoseph Ryczko, du temps qu'il cherchait le retour de l'archaïsme dans l'art contemporain (ou un truc dans le genre)... La belle trouvaille! Et quelle profonde inspiration pleine d'originalité...En fait, Ryczko, c'est l'inventeur de la Tête à Toto appliquée à l'art dit singulier ; (image extraite du catalogue du musée de la Création Franche)

         Telle n'est pas ma position, je partage l'info (et d'abord sur le blog, l'info que j'aime bien sûr, ce blog n'est pas un bulletin exhaustif de news d'art brut ), et pas seulement celle qui me concerne -bien évidemment! (Comme on le constatera en lisant mes archives ici présentes)- mais aussi celle qui me concerne, n'en déplaise aux pisseurs de fiel style friches de l'art ou petite âme errante. L'Eloge des jardins anarchiques a été conçu entre autres raisons dans l'idée d'élargir le cercle des individus qui peuvent se sentir concernés par cette création sans vénalité, sans arrivisme, sans autre ambition que de mettre de la surprise et de l'ingénuité dans le monde qui nous entoure, et de l'expression de soi sans alignement sur une quelconque conformité. Elargir le cercle et faire enrager les soi-disants spécialistes (rappelons qu'en argot un spécialiste c'est un tueur).

 

bac_sable_vario.jpg

 

      Remy Ricordeau et Bruno Montpied passent demain lundi entre 19h30 et 21h sur Radio-Aligre, dans l'émission Songs of Praise (93.1 FM Paris / Région Parisienne, puis ça sera en chargement sur le site de l'émission dans la semaine (donc captable du monde entier... Eh, Joseph c'est pas du clairon, ça?): http://songsofpraise.hautetfort.com/

24/04/2011

Séminaire d'art brut au Collège international de philosophie, intervention du 28 avril

     Barbara Safarova est partie pour six années de séminaire autour de l'art brut. Jeudi 28 avril, elle m'invite en compagnie de Baptiste Brun (du CrAB aux pinces pas encore en or) à m'exprimer sur les rapports qu'entretiennent l'art populaire et l'art brut. Chacune de nos interventions devrait durer dans les 30 à 40 minutes, le tout devant être suivi d'un petit débat, la séance étant prévue pour durer de 18h30 à 20h30.

 

 Katarina Detzel,1872-c 1939,extrait catalogue la Beauté insensée.jpg

Katarina Detzel et sa poupée masculine grandeur nature, photo extraite du catalogue de l'expo La Beauté Insensée, DR

 

    Après de courts préliminaires consacrés aux définitions, je devrais partir dans un sinueux zapping proposant diverses rubriques, spiritisme et univers populaire, dénégation de paternité, différences, point commun, érotisme, masques et carnaval, poupées, formes naturelles et créativité bruto-populaire, épouvantails, poyas et peintres d'alpage, ombres et silhouettes, Wölfli, les tatouages, la broderie, la question de la copie et du détournement, le cas Maugri... M'est avis qu'on me coupera la chique avant que j'arrive au bout!

 

 Sylvester klaüse, les laids, des femmes avec clochettes.jpg

Syvester klaüse d'Urnasch dans le Massif du Santis, en Suisse, femmes sauvages (en l'occurrence) sortant en procession à l'occasion des fêtes autour de la Saint-Sylvestre, photo extraite du livre d'Yvonne de Sike, Fêtes et croyances populaires en Europe, au fil des saisons, éd. Bordas, DR  

 

Rendez-vous donc jeudi 28 avril au Centre Parisien d'Etudes Critiques, 37 bis, rue du Sentier, Paris 2e ardt, Salle 2, 18h30-20h30. ENTREE LIBRE. 

23/04/2011

Mère et fille

Ma-man...jpg

Caroline Dahyot, Maman..., sans date?, ph Bruno Montpied

     Voici maman, mais laquelle? Celle de l'auteur, ou celle de la fille de l'auteur, si bien que cette mère aux cheveux rouges et à la bouche également purpurine, que l'écarlate borde avec sa fille, d'un ourlet de sang serpentin comme une algue, pourrait être aussi bien l'auteur du dessin, Caroline D., les yeux remplis d'une lueur comme légèrement égarée? La petite fille apparemment sage sur les genoux de sa mère qui la protège, regarde le spectateur du fond du nid-bunker de son quant à soi fortifié par un mur de cheveux. Elle semble bien précoce pour une petite fille (décidément, où est donc la mère dans cette peinture? Ne serait-ce pas aussi la fille qui est chargée d'être la mère de la mère? Dans cette oeuvre, les rôles semblent pouvoir permuter à volonté). Ce sont des dames de cœur toutes deux à ce qu'il paraît. Mais que dit cette lueur dans les yeux découpés de la mère, empruntés à une autre image on dirait, et que murmure l'ardente observation dans le regard de la fille? 

Projection à Montmartre

Figure aperçue à Montmartre,sept10.jpg

Bruno Montpied, Figure interprétée sur photo numérique floue un soir à Montmartre, septembre 2010 

La Casa Leitao, quelques mètres cube de création pour soi, et de temps en temps pour les autres

    Grâces soient rendues à Laurent Jacquy qui a eu la gentillesse de m'emmener dans sa petite auto dériver sur les routes de la Somme. Il m'avait parlé l'air de rien d'un monsieur qui faisait "des choses" dans une sorte d'appentis ou de garage qu'il avait vu ouvert en filant sur une route non loin d'Abbeville sans pouvoir s'arrêter. Or, chaque fois qu'il repassait, comme de juste, le lieu était fermé. Le dieu des sites d'art brut me secondant généralement avec constance depuis pas mal de temps, il fallait me charger dans la petite auto!

 

José Leitao devant la casa Leitao, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, citoyen d'origine portugaise, sur le seuil de son atelier avec un Toutankhamon sur le feu, la "Casa Leitao", ph. Bruno Montpied

 

     Cela n'a pas loupé, le monsieur avait ouvert sa boutique (mot pas du tout idoine comme on le verra), comme exprès pour nous ce jour-là. On aurait dit qu'il nous attendait, sculptant un Toutankhamon sans trop d'application.

 

José Leitao,angle de l'atelier, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, les premières statues, ph Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, première photo ci-dessus, un angle de l'atelier-garage avec ses dizaines d'effigies sculptées entassées et couvertes de poussière ; deuxième photo ci-dessus, prés du cadre doré, les premières sculptures des femmes imaginaires, dont une joueuse de boules nue, sorte de Fanny?, ph BM

 

     Sacrée caverne d'Ali Baba que nous découvrîmes là! Dans un cube sombre, où une chatte ne retrouverait pas ses petits, José Leitao entasse au garde à vous ou en rangs d'oignon des dizaines et des dizaines de statues venues d'on ne sait trop quelle inspiration, mixant probablement plusieurs références - madones chrétiennes polonaises (un souvenir du sanctuaire de Jasna Gora à Czestochowa)?Madone du sanctuaire de Jasna Gora.jpg José Leitao, statuettes de madones chrétiennes dans un angle de l'atelier comme dans une grotte, ph. Bruno Montpied, 2011.jpgRéminiscences d'idoles hindoues? Statues africaines? Pièces de jeu d'échec géantes? Hermaphrodytes? Symboles islamiques (et pré-islamiques)? Têtes pharaoniques? - au sein d'un syncrétisme abandonné à la poussière et aux toiles d'araignée, il était difficile de se faire une religion.José Leitao, deux pièces comme des pions géants de jeu d'échec, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg Ayant découvert le talent de ciseler à peu près tout ce qui lui passe par la tête (souvent des femmes, et des mains de Fatima, parfois saignantes, et des symboles) au moment de sa retraite, après une vie passée comme travailleur dans une usine textile de la région - à présent abandonnée - José Leitao a eu l'air de nous dire que cette révélation lui avait paru trop tardive pour pouvoir l'autoriser à s'en faire un nouveau métier.José Leitao,plusieurs exemplaires variés de mains de Fatima, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg Si bien qu'il sculpte sans cesse pour lui-même avant tout, refusant opiniâtrement de vendre ces effigies qui lui donnent tant de plaisir à l'entourer ainsi, enserrant et cernant chaque jour un peu plus son modeste établi.

 

José Leitao au milieu de ses nombreuses khomsa (mains de Fatima), ph. Bruno Montpied.jpg

José Leitao vous salue bien, ph. BM

 

     On n'est pas dans une boutique donc. L'atelier bâille sur la route, l'ancien ouvrier sculpte au vu et au su de tous, populaire dans la région, où de nombreux articles de la presse régionale lui ont déjà été consacrés, parfois plus centrés sur les trois oies qui le suivent comme des toutous (alors que pour tout autre que lui elles n'ont que pincements cruels à distribuer) que sur ses étonnantes œuvres hésitant entre art naïf et art brut. Ce dernier pourrait en effet s'appliquer ici en raison du syncrétisme et des croisements de réminiscences culturelles mixées de façon originale. Certaines compositions, où Leitao a assemblé des objets sans rapports évidents (un cheval cabré et une main de Fatima par exemple ; une main de Fatima soudée à un front ; des empilements de têtes, des figures sans signification précise), relèvent d'une inventivité que l'on peut associer à l'art brut. Et puis il y a cette création très égocentrée, ce paradoxal désir de se montrer et de refuser dans le même mouvement de se séparer de ses œuvres (quoique ce refus ne soit pas si hermétique, son épouse nous confiera que le créateur fait parfois des dons). La poussière saupoudre d'ailleurs nombre des statues de son talc blanc, patine propre aux œuvres que l'on garde pour soi...

 

José Leitao,nombreuses  statues abandonnées à la poussière, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

Surpopulation au pays des effigies... Et puis, tiens?, que fait ce dinosaure ici...? Ph. BM

 

    Et puis, comme un clin d'oeil à mes propres inclinations, j'ai retrouvé ici des sirènes multiples.

 

José Leitao,sirène au buste voilé rose, ph.Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao,sirène, ph.Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, sirènes, ph.BM