30/10/2012
Bruno Montpied au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval
Rendez-vous pour une présentation d'Eloge des Jardins anarchiques, le livre de votre serviteur, et une projection de Bricoleurs de Paradis, le film de Remy Ricordeau co-écrit avec BM, au musée du Vieux-Château à Laval mardi 6 novembre à 20h. Un débat est prévu au programme... A bientôt donc.
Le livre et, ci-dessous, une galette du DVD à laquelle vous avez échappé (malheureusement, parce qu'elle était bien adéquate avec les moulinets de monsieur Pailloux, tournant même plus vite que tout ce que les vents de Vendée auraient pu lui proposer)
13:04 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art naïf, Art populaire contemporain, Environnements populaires spontanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bruno montpied, remy ricordeau, eloge des jardins anarchiques, bricoleurs de paradis, environnements spontanés, art sans artistes, musée d'art naïf et singulier de laval |
Imprimer
25/10/2012
Villefranche-sur-Saône déroule le tapis rouge pour Guy Brunet
Guy Brunet devant l'entrée de sa maison, où sa fresque sur l'âge d'or d'Hollywood a tendance à se détériorer, juillet 2012, ph. Bruno Montpied
Guy Brunet, c'est cet éternel adolescent, né en 1945 et resté pour la vie ensorcelé par l'âge d'or d'Hollywood (des années 30 aux années 60, les seules décades du cinéma américain qui trouvent grâces à ses yeux d'envoûté des salles obscures). Ayant grandi entre des parents gérants d'un cinéma nommé le Plaza à Cagnac-les-Mines dans le Tarn (entre 1949 et 1963, précise Alain Moreau dans le dépliant qui accompagne l'exposition montée à Villefranche-sur-Saône du 31 octobre au 11 novembre), il n'a en effet jamais pu quitter l'univers irréel et scintillant des écrans.
Exposition Guy Brunet à Villefranche-sur-Saône
Comme un drogué en manque, il lui faut reprendre éternellement sa dose de pellicule, se reprojeter dans ce monde à deux dimensions de belles dames aux chevelures indécoiffables, de séducteurs élégants et irrésistibles, où le savoir-vivre et le langage châtié paraissent innés, où la musique fait vibrer les passions à tout coup, ce monde de dieux et de déesses modernes en somme... Dehors, règnent la poussière, l'aridité, l'abandon et la misère. Le bassin des mines de Decazeville, en décadence depuis longtemps, est morose, et pue la mort. Brunet lui-même, seul de façon infinie, habite dans une bâtisse plus qu'austère, mais qu'importe puisqu'il a rempli l'espace de cet habitat de ses 750 silhouettes en carton peint représentant des comédiens, des producteurs, des metteurs en scène, des musiciens qui lui font escorte et lui tiennent compagnie. Une bien étrange armée en vérité, comme chargée de le défendre, faisant bouclier de leur corps...
Acteurs ? Réalisateurs? Producteurs américains? Les figurines en carton peint de Guy Brunet à son domicile, juillet 2001, ph BM
Au coeur de son royaume obscur, brille perpétuellement l'écran de ses rêves cinématographiques. Il a réalisé avec un amateurisme poignant, depuis le début des années 2000, dans son studio-bureau, minuscule unité de création enserrée de toutes parts par des monceaux de documents divers, une douzaine de documentaires et de films historiques (dont le dernier, qui veut évoquer "Le monde magique des frères Lumière", sera projeté à Villefranche dans le cadre de l'exposition, "en avant-première" – à signaler tout de même qu'un long extrait avait été projeté en juin dernier au dernier festival autour des Art Singuliers par l'association Hors-Champ à Nice, en présence du reste de Guy Brunet, qui s'y est déjà rendu plusieurs fois).
Dans le studio de cinéma où Guy Brunet crée ses films... 2012, ph.BM
Ses figurines en carton, ses décors aussi, ses affiches (il en a réalisé des dizaines et des dizaines, déjà plusieurs fois exposées, notamment au Musée International des Arts Modestes de Sète) sont réalisés avant tout dans l'orbite de création de ses films. Il écrit des scénarii depuis l'âge de 16 ans, au même âge où il a commencé à faire des affiches (il confie même avoir commencé à dessiner des affiches dès l'âge de 7 ans). Primitives affiches dont le style fort sommaire et très enfantin est fort éloigné de la maîtrise qu'il atteignit par la suite dans ses réinterprétations des modèles d'affiches originales, comme on s'en convaincra avec ces deux exemples d'affiches de jeunesse que je donne ci-dessous, et qui me paraissent bien inédits (probablement réalisées aux alentours de ses 7 ans?). A comparer avec une troisème affiche plus récente.
Guy Brunet, "Attilus chef des Carthaginois", affiche de jeunesse (d'un film imaginaire inventé pour les besoins de l'affiche par Brunet), vers 1952? ; Coll. BM
Guy Brunet, "Laurel et Hardy, fameux soldats" (là aussi, titre d'un film imaginaire selon moi), vers 1952? ; Coll. BM
Guy Brunet, affiche exposée au Musée International d'Art Naïf de Nice dans le cadre des rencontres autour de l'Art singulier de l'Association Hors-Champ en 2005
Toutes ces créations doivent donc converger vers le but principal de Guy, dresser une sorte de couronne de fleurs de pellicule cinématographique, une véritable guirlande de documentaires célébrant le septième art où il s'est définitivement réfugié, et particulièrement le cinéma américain. Comme il le dit dans l'interview que j'ai réalisée en sa compagnie à son domicile l'été dernier, tout cela est fait pour "les générations futures, les adultes et les jeunes". On reconnaîtra aisément qu'il s'agit là d'une oeuvre des plus atypiques. Qu'on la range dans l'art modeste ou dans l'art brut est une (gentille) querelle qui paraît un peu dérisoire à côté de cette originalité à nulle autre pareille.
Guy Brunet et son ami Burt Lancaster, 2012, ph. BM
Exposition Guy Brunet, Affiches, films, silhouettes de vedettes de films, fresques et éléments de décors, logos de firmes cinématographiques (300 œuvres exposées ; commissaire d'exposition Alain Moreau), dans la salle des Échevins de Villefranche-sur-Saône (69), du 31 octobre au 11 novembre 2012.Entrée libre. Lu-Sa, 14h-19h. Di, 11h-17h.
Une rencontre avec Guy Brunet, animée par Clovis Prévost (photographe, cinéaste, auteur qui prépare actuellement un film sur Guy Brunet), aura lieu samedi 3 novembre à 11h, dans la salle des Échevins. Elle sera suivie d'une visite de l'exposition et d'un verre de l'amitié.
10:08 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art inclassable, Art naïf, Art populaire contemporain, Cinéma et arts (notamment populaires) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guy brunet, art modeste, alain moreau, clovis prévost, association hors-champ, cagnac-les-mines, cinéma le plaza, cinéma naïf, burt lancaster |
Imprimer
20/10/2012
Le nouveau catalogue de la Collection de l'Art Brut
En attendant que la municipalité de Lausanne se déniche un(e) nouveau(elle) directeur(trice) pour la collection de l'Art Brut, les responsables précédent (Lucienne Peiry) et actuel (Sarah Lombardi) s'affairent et publient par exemple ce nouveau catalogue de la Collection dont la couverture est aux couleurs de la magnifique Laure Pigeon (qui dessinait avec de l'encre et... une plume – par prédestination sans doute?).
Mais – et ici je formule une critique de fanatique de la dite collection – on aurait pu attendre, puisque l'on nous parle d'un "catalogue", enfin le catalogue raisonné exhaustif de la Collection avec tous ses créateurs, mis à jour... Une sorte de pavé sur papier bible dans le genre de la collection Bouquins chez Albin Michel, sans nécessairement beaucoup d'images (ou alors sous forme de vignettes), histoire que le public des mordus se fasse une idée du vaste et éclectique panorama de l'art brut tel qu'amassé depuis les années 40 jusqu'à aujourd'hui (je le verrai bien comme un annuaire!). Au lieu de ça, on a droit ici, une fois de plus à un échantillonnage de ce que l'on pourrait trouver dans le Château de Beaulieu si l'on voulait faire un petit détour par la jolie Suisse, sans savoir que les réserves de ce musée extraordinaire abritent en fait bien d'autres trésors.
Johann Hauser, sans titre, 1969, mine de plomb, craie grasse et crayon de couleur sur papier, 40 x 30 cm, Photo : Claude Bornand, Collection de l’Art Brut, Lausanne
J'écris "une fois de plus" parce que l'on avait déjà vu paraître en 2001 un ouvrage de nature voisine, signé par Michel Thévoz, à l'enseigne des Musées Suisses, qui comprenait une sélection de 36 créateurs de la collection, livre qui prenait l'allure d'une esquisse de catalogue de la collection (et qui est, dit le site web de la collection, désormais épuisé ; voir ci-contre).
Dans le catalogue récemment publié, une cinquantaine de créateurs ont droit à des notices et quelques images (magnifiquement imprimées, dois-je le souligner). On nous y annonce que la Collection possède environ 60 000 œuvres désormais. Mais je le répète (j'aime ressasser), on aimerait voir tous les autres. Pour y arriver, à moins de collectionner les livres sur la collection depuis des décennies, comme s'y emploient quelques vieux de la vieille campant sur leurs trésors (il y a notamment les 22 fascicules que la Compagnie, puis la Collection de l'Art Brut, ont édités depuis les années 60 jusqu'à aujourd'hui), on se prend à rêver d'une numérisation de toutes les notices sur les créateurs avec des images de toutes leurs oeuvres... Vaste programme!
Catalogue de l'exposition de 1967 au Musée des Arts Décoratifs
Il me semble que c'est le quatrième catalogue dans l'histoire de la Collection, après celui de 1967 (qui était le catalogue de l'exposition au Musée des Arts Décoratifs de Paris, la collection provenant à l'époque de la Compagnie de l'Art Brut située rue de Vaugirard, dans le même bâtiment qui abrite aujourd'hui la Fondation Dubuffet ; il y avait selon Michel Thévoz 700 œuvres de présentées dans cette expo, en provenance de 75 auteurs). Le deuxième catalogue, dont la maquette copiait celle du catalogue des arts décoratifs, parut quatre ans plus tard en 1971 à l'égide, pour le coup, de la Collection de l'Art Brut qui venait d'être donnée à Lausanne. Ce catalogue-là recensait, toujours selon Thévoz, "4104 œuvres de 133 auteurs" (en 1975, un an avant l'ouverture de la Collection au public, il précise que la donation était passée à "quelques 5000 œuvres"). Lucienne Peiry, dans l'ouvrage très bien documenté qu'elle a consacrée à l'art brut en 1997 (chez Flammarion), signale que la collection d'art brut comprenait en 1996, soit vingt-et-un ans plus tard, environ 15 000 pièces, tandis que la collection Neuve Invention – les cas-limites de l'art brut – en rassemblait environ 5000 (entre parenthèses, on aimerait bien savoir ce que devient cette collection Neuve Invention dite autrefois "collection annexe"; a-t-on annexée l'annexe?).
Aloïse Corbaz, Napoléon, 1943, crayon de couleur sur papier, 58 x 45 cm, photo : Arnaud Conne, Collection de l’Art Brut, Lausanne
On peut se demander à combien d'auteurs on en est arrivé aujourd'hui (je ne trouve pas dans le nouveau catalogue de chiffre à ce sujet), étant donné le fantastique accroissement du nombre d'œuvres depuis 1971 (de 5000, il y a quarante ans, puis de 15 000 il y a seize ans, on est passé, accroissement conséquent tout de même, à 60 000 ce qui paraît prouver une accélération des acquisitions rassemblées à Lausanne sous le vocable d'art brut ; la prospection internationalisée n'y étant sans doute pas pour rien). Le public qui découvre l'art brut aujourd'hui – et il n'y a pas de doute qu'il est en train de s'accroître avec l'extension du marché autour de l'art brut et l'écho que lui accordent simultanément les média – ne se doute pas de l'incroyable variété des créations conservées dans ce temple d'Ali Baba qu'est la Collection de l'Art Brut à Lausanne. Le catalogue qui vient de paraître, malgré son élégance et sa qualité d'impression inégalable (Skira + Flammarion + Collection de l'Art Brut...), est bien loin de le renseigner à ce sujet.
19:16 Publié dans Art Brut, Napoléon et l'art populaire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : collection de l'art brut, lucienne peiry, sarah lombardi, michel thévoz, catalogues d'art brut, johan hauser, aloïse, neuve invention, skira |
Imprimer
18/10/2012
Collection de l'Art Brut recherche conservateur...
Direction de l'administration générale et de la culture
Lieu de travail
- Collection de l'Art Brut - Av. des Bergières 11-13
Mission(s)
- diriger le musée
- confirmer le musée dans son rôle de collection-mère d'art brut
- renforcer le rayonnement de l'institution sur le plan régional et international
Profil souhaité
- formation universitaire complète en histoire de l'art et connaissances en muséologie
- spécialisation dans le domaine de l'art brut
- expérience dans la direction de musées
- expérience dans l'organisation d'expositions
- aptitudes à la communication et à la gestion d'équipe
- intérêt marqué pour la culture lausannoise
- maîtrise de l'anglais
Entrée en fonction
- 1er mars 2013 ou à convenir
Renseignements
- M. Fabien Ruf, chef de service, 021 315 25 25, fabien.ruf@lausanne.ch
Postulation
Nos postes sont ouverts tant aux femmes qu'aux hommes."
08:53 Publié dans Art Brut | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : collection de l'art brut de lausanne, dubuffet |
Imprimer
16/10/2012
Week-end immersif chez les bandits
La Halle Saint-Pierre propose comme on le sait de temps à autre des animations qui peuvent durer le temps d'un week-end. Celui qui arrive bientôt, les 27-28 octobre, à l'ouverture des vacances de Toussaint, va fournir pêle-mêle des "conférences, débats, lectures, musique, films, en compagnie de philosophes, historiens de l’art, anthropologues et artistes..." Il paraît que ce sera, je cite encore le laïus de la communicante de la Halle, "une occasion de prolonger les questionnements pluriels mis en œuvre par l’exposition" (Banditi dell'Arte). Comme je ne suis pas là pour donner systématiquement une information complète sur les manifestations (les sites web, c'est pas fait pour les chiens, si vous voulez avoir le programme complet, cliquez, mes bons amis), je ne vous indiquerai que ce qui a retenu mon attention et suscité mes velléités de déplacement pour assister aux interventions ci-dessous, à savoir les conférences du samedi matin autour de Lombroso et du musée d'anthropologie criminelle de Turin (dont plusieurs pièces présentées dans l'expo au rez-de-chaussée demandaient d'en apprendre plus sur cette collection) avec notamment à la fin de la matinée (semble-t-il), l'intervention intitulée "Collection Lombroso : du document à l’œuvre", par Barbara Safarova, "présidente de l’association abcd, docteur en philosophie, maître de conférence en esthétique" (n'en jetez plus). L'après-midi du samedi, je crois bien que j'irai me promener ailleurs (d'autres expos à voir). Je ne reviendrai, je le crains et je l'imagine, que le dimanche après-midi de 14h à 18h pour Marc Décimo (conférence "les pierres parlent et nous on les écoute"), Marina Giordano (art et textile chez les outsiders italiens), Laurent Danchin (qui nous causera des "Banditi della critica", vaste programme) et Lucienne Peiry (pour le "désencadrement de l'art chez Podesta, Bosco et Nanetti"). Je ne pense pas pouvoir rester pour le concert de clôture (Gustavo Giacosa et le Fausto Ferraiuolo Trio Jazz) se rapportant "aux chants de bandits et à un hommage à Pier Paolo Pasolini". Ce dernier ne m'intéresse que très faiblement en effet. Mais chacun est libre d'en juger autrement, n'est-ce pas.
19:44 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art naïf, Art populaire insolite, Environnements populaires spontanés, Fous littéraires ou écrits bruts, Graffiti | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : halle saint-pierre, banditi dell'arte, gustavo giacosa, week-end immersif, barbara safarova, cesare lombroso, marc décimo, laurent danchin, lucienne peiry |
Imprimer
4ème biennale de l'art partagé
On ne trouve plus de qualificatif pour les artistes présents dans cette biennale montée par l'association Œil'Art de Jean-Louis Faravel, alors c'est tout simplement l'art partagé... Et pourtant, n'y a-t-il vraiment aucune caractéristique qui se dégage des productions variées que l'on verra à Rives en Isère? Il me semble qu'en cherchant bien on y arriverait. Ceci dit, même avec un qualificatif ne qualifiant rien on arrive à créer un nouveau label. Car il est peut-être question ici surtout de gens qui pratiquent l'art en amateurs, en semi professionnels, d'une façon proche de tout un chacun, dans la vie quotidienne, comme on pratique le bricolage ou le jardinage, dans un sens de partage des recherches, sans que le commerce vienne par trop bouleverser l'ensemble, sans qu'une quelconque idée de sacralisation vienne se superposer à cela, retranchant nos artistes de l'homme du commun? Communiste, la biennale de l'art partagé? Ou bien ne serait-ce qu'une foire d'artistes de plus, désireux de se faire connaître comme de vulgaires marchandises esthétiques new look? A vous de trancher si vous passez par l'Isère dans les mois qui viennent.
C'est du 27 octobre au 18 novembre 2012.
19:14 Publié dans Art moderne ou contemporain acceptable, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : oeil'art, 4ème biennale de l'art partagé, jean-louis faravel, rives, david braillon, patrick chapelière, michel dave, marie-jeanne faravel, yves-jules fleuri, joël lorand, gilles manéro, ruzena, jacques trovic, jacqueline vizcaïno |
Imprimer
15/10/2012
Peinture rustique moderne
"Mes préférences vont d'emblée à la peinture rustique moderne. Peintre de village, je lui reste fidèle, trop sûr de faire fausse route si je cherchais à peindre à la façon des artistes peintres des capitales et sous-préfectures.
Nous autres les ruraux de 1946, nous n'avons plus les préjugés d'hier, nous avons évolué et pouvons sans crainte faire des créations à notre idée, insouciants de ce qu'en penseront les bourgeois et d'autres. Dans nos campagnes désertes, rien n'interrompt la méditation si nécessaire avant toute création artistique, et nous ne recevons que de bien faibles échos de ce qu'on peint dans les cités prestigieuses. Quant à la vie moins intellectuelle et plus saine qui est la nôtre, elle favorise l'éclosion de nos créations. N'ayant nul besoin du dessin et de la palette des autres, oubliant l'univers et travaillant sans autre souci que de progresser d'une façon continue jusqu'à notre mort, des nouveautés nous appartiennent, il n'y a qu'à ramasser.
Sur divers sentiers suivis au cours de mes recherches, j'ai trouvé les bouquets, masques, portraits, etc. que je peux dire miens. Demain s'ajouteront à ma collection d'autres choses autant miennes.
Sans gestes théâtraux, ni mise en scène phénoménale, il n'y a qu'à parcourir certaines pistes qu'on reconnaît bien vite quoiqu'à peine visibles et on en revient avec des richesses pour son pays, pour la terre entière. Ma peinture rustique moderne est encore assez pauvre, mais dans une vingtaine d'années, j'espère qu'elle sera riche, presque autant que la terre."
Gaston Chaissac, texte paru dans la revue Centres, 1946.
Graffito de Gaston Chaissac dans les latrines de l'ancienne école publique de Ste-Florence-de-L'Oie, ph. Bruno Montpied, 2012
00:03 Publié dans Art singulier, Lexique et définitions des arts populaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture rustique moderne, gaston chaissac, art singulier, lexique des arts populaires |
Imprimer
13/10/2012
Qu'est-ce qu'un "ballon interdit"?
Panneau dans le Xe (non, le XIe) ardt à Paris
Il faut faire attention aux bifurcations de sens induites par un pluriel oublié, comme dans le panneau ci-dessus. Qu'est-ce que ces jeux menés avec un ballon interdit, me suis-je dit tout à coup? A quoi ressemble ce dernier? Pourquoi l'a-t-on interdit? A moins que ce ne soit un ballon perplexe qui reste interdit, interrogatif, devant certaines situations imprévues. Ce qui voulait au départ signifier l'interdiction de jouer au ballon dans la rue (le fait qu'il y ait une mosquée avec beaucoup de fidèles sur les trottoirs à 30 mètres n'y est peut-être pas étranger?) se renverse en un sens opposé. Ici, semble proclamer le panneau du fait de la faute de pluriel, on joue avec un ballon interdit. Un ballon en forme de pénis pour les filles, ou de mamelle pour les garçons? En forme de chipolata? Un ballon rempli de sauce tomate? Une piñata? Un ballon aux inscriptions subversives ou scabreuses? Un ballon en forme de coussin péteur? Etc., etc.... Allons, vivent les fautes de français...
14:13 Publié dans Inscriptions mémorables ou drôlatiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : inscriptions drôlatiques, fautes d'orthographe, signalisation onirique |
Imprimer
Entrée des médiums, spiritisme et art de Victor Hugo à André Breton
Débutera le 18 octobre prochain l'exposition susdite à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris, prévue pour durer jusqu'au 20 janvier 2013. On y découvrira du nouveau sur l'art médiumnique, notamment des dessins, gravures et documents jamais vus de Victorien Sardou.
Victorien Sardou, La maison du prophète Elie, vers 1857, encre sur papier, 47 x 60 cm, collection M. et Mme Claude de Flers, Paris, ©Studio Sébert
Ce dernier, comme le comte Le Goarant de Tromelin, Léon Petitjean, Augustin Lesage, fait partie des créateurs médiuniques évoqués par André Breton dans Le Message Automatique, texte de 1933 publié dans la revue Minotaure. Ils furent ensuite avidement recherchés par les thuriféraires de l'Art Brut.

Le Comte de Tromelin, sans titre (femmes et monstres), entre 1902 et 1907 (si l'on se base sur le catalogue d'une précédente exposition à la Halle Saint-Pierre à Paris en 1999, Art spirite, médiumnique, visionnaire, messages d'outre-monde), crayon sur papier, 38 x 51 cm, Collection de l'Art Brut, Lausanne, ©Claude Bornand
Léon Petitjean, sans titre, 1922, mine de plomb, encre et aquarelle sur papier, 32 x 17,4 cm, collection ABCD, Montreuil, © collection ABCD/ photo Patrick Goatelen
En fait, on va assister semble-t-il à une revue des principaux créateurs se revendiquant d'esprits désincarnés leur ayant intimé d'écrire ou de dessiner, voire parfois comme dans le cas de la médium Marthe Béraud de se servir d'eux comme truchement pour ectoplasmes (on l'avait déjà vu dans l'expo Le Troisième oeil. La photographie et l'occulte montée à la Maison Européenne de la Photographie à Paris en 2004-2005).
Hélène Smith, plante d'ornement martienne, [fin 1896-été 1899], aquarelle sur papier, 18,5 x 11 cm, Bibliothèque de Genève © Bibliothèque de Genève
Hélène Smith, la célèbre patiente du Dr Flournoy qui parlait le Martien et représentait à l'occasion des paysages de Mars, viendra refaire un tour également, ainsi que Madge Gill, bien connue dans l'art brut, et Fernand Desmoulin dont on a déjà vu au moins deux expositions à la galerie de Messine autrefois, puis à la galerie Christian Berst, sans compter les oeuvres plus post-impressionnistes visionnaires toujours visibles je pense au musée de Brantôme dans le Périgord où je les photographiai vers 1992 (voir ci-contre).
Là, dans cette expo, plus axée sur le médiumnique, ce seront des dessins de Desmoulin plus "automatiques", venus de l'Institut de Métapsychique International ou de la collection ABCD, bien représentée une fois de plus dès que l'on parle de médiums.
Peut-être que la surprise sera à chercher plutôt du côté d'Hugo d'Alesi (semble-t-il une découverte de la collection ABCD) et d'un(e?) certain(e?) "SV" dont l'un des dessins faits de motifs floraux, qui ne sont pas sans faire songer à l'art spirite tchèque (tel qu'à Paris on avait pu également le découvrir à la Halle Saint-Pierre grâce à l'entremise d'Alena Nadvornikova), sert pour le carton d'invitation à l'expo.
On nous présente aussi un médium contemporain, Philippe Deloison, dont je ne trouve pas, si je ne me base que sur une reproduction insérée dans le dossier de presse de l'expo, que son esprit soit aussi bien inspiré que ceux de ses collègues médiums plus anciens...

Enfin, on a mêlé à ces productions d'autodidactes en matière de dessin des expériences automatiques de divers surréalistes, comme Man Ray, André Masson ou encore Robert Desnos (on sait qu'aujourd'hui encore des créateurs se revendiquant surréalistes, tel Jan Svankmajer en République tchèque, pratiquent des expériences dites médiumniques de création automatique).

Robert Desnos, Mort d'André Breton (peinture médiumnique), vers 1922-1923, huile sur toile, 46 x 55 cm, collection particulière © Gérard Leyris/Ville de Paris
01:51 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Photographie, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : victor hugo, andré breton, robert desnos, art spirite, art médiumnique, hélène smith, le comte le goarant de tromelin, augustin lesage, philippe deloison, photographie et occultisme, victorien sardou, fernand desmoulin, abcd, surréalsime, jan svankmajer, hugo d'alési |
Imprimer
11/10/2012
Emilie Henry nous quitte
Je n'ai jamais su grand chose de la personne Emilie Henry. J'aimais simplement regarder certains de ses dessins bien ténébreux, où l'encre jouait de ses coulures et de ses brumes avec une délicatesse et une beauté hors du temps. J'en avais acheté deux un jour à Bègles, puisque c'est au musée de la Création Franche qu'elle se révéla. Je leur trouvais un côté hugolien et visionnaire, j'en attendais beaucoup de promesses.
Deux lavis d'Emilie Henry, vers 2009, coll. BM
Et puis voici qu'Emilie Henry, Strange Emily, a décidé de mettre la clé sous la porte dans la nuit du 3 au 4 octobre dernier. L'automne est propice aux départs en compagnie des feuilles mortes.
Elle en a fini avec cette (sa?) vallée de larmes sans doute. Et ses dessins restent désormais derrière elle, prenant avec le recul d'autres interprétations. Le passeur sur la barque, ne le reconnaît-on pas ? C'est Charon faisant passer les âmes aux enfers, et le fleuve, ne serait-ce pas du coup le Styx? L'oiseau qui passe arrache-t-il cette âme pour l'emporter au pays des ombres? L'œuvre toute entière prend à présent l'aspect d'une vaste tentative de préfiguration du monde obscur où vont migrer les morts après le parcours terrestre.
Emilie Henry, extrait d'un catalogue de vente aux enchères Néret-Minet en mai 2011
08:51 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : emilie henry, musée de la création franche, art singulier, art visionnaire |
Imprimer
08/10/2012
Collectionneurs de merveilleux nuages
En anglais, ils intitulent l'exposition "Collectors of skies". C'est la Galerie Andrew Edlin à New-York qui monte cela avec la complicité de Barbara Safarova et de Valérie Rousseau qui ont été pour l'occasion intronisées commissaires. C'est commencé depuis le 13 septembre et ça se termine le 3 novembre. Je sais, c'est pas la porte à côté, New-York, et j'imagine que mes lecteurs ne faisant pas partie de la Jet Set de l'art brut qui quadrille le blog, euh, non, le globe... en quête d'art brut dans tous les pays, resteront légèrement dubitatifs devant une telle adresse. Mais s'ils s'intéressent un tant soit peu à la poésie, aux nuages, à l'histoire et à la préhistoire de l'art brut, ils devront tout de même tendre une oreille attentive.
Le dessin de ce carton est d'Achilles G. Rizzoli (1936)
L'affiche du carton d'invitation électronique égrène des noms connus et beaucoup d'autres moins connus. Ne sommes-nous qu'en pays de bruts? Ce n'est pas sûr. Il semble que la galerie Andrew Edlin ait pris pour habitude d'engendrer des confrontations entre artistes contemporains inspirés (par exemple ici une "harpe de nuages" de Nicolas Reeves qui nous dit le carton d'invitation convertit "en temps réel la structure des nuages en séquences musicales", wow!) et créateurs de l'art brut. Guo Fengyi (voir ci-contre une reproduction venue d'une œuvre exposée à la galerie Christian Berst en son temps), Charles Dellschau, Henry Darger, Janko Domsic, Zdenek Kosek et Victor Hugo ne sont pas complètement inconnus des amateurs d'art brut. C'est qu'ils ont eu affaire avec les esprits et le hasard objectif des nuages et autres intersignes climatologiques (je pense à Kosek notamment, dont les théories liées aux réseaux de coïncidences si elles sont captivantes ne me font pas oublier que les documents et les diagrammes qu'ils nous livrent à l'appui ne sont pas bien folichons). Palmerino Sorgente est une trouvaille de la Société des Arts Indisciplinés (inactive désormais?) de la Québécoise Valérie Rousseau, devenue une familière de la grosse pomme entre-temps. Les autres noms ne me disent personnellement rien. A part, à part... Clémentine Ripoche bien sûr.
Sur cette dernière, on ne dispose vraiment que de très peu d'informations. Et pourtant... Dans l'histoire de l'art brut, elle représente le premier cas de création plastique venue d'ailleurs que rencontra Dubuffet bien avant l'art brut (des nuages en l'occurrence que l'intéressée interprétait, apparemment de façon visionnaire, dans un cahier de dessins, d'après ce que l'on en sait par les historiens de Dubuffet, et par l'autobiographie de ce dernier, rédigée "au pas de course", peu de temps avant qu'il décide d'abréger ses jours). La grande information nouvelle est qu'une correspondance entre Clémentine Ripoche et Dubuffet restée inédite à la Collection de l'Art Brut à Lausanne a été confiée pour l'occasion aux commissaires de l'exposition new-yorkaise. C'est un élément à verser au dossier Ripoche, en attendant que réapparaisse un jour (fort hypothétique hélas!) le fameux cahier dont Michel Thévoz a signalé (dans le catalogue de l'exposition à Lausanne du Nouveau Monde) qu'il n'avait pas été conservé par Dubuffet (sans doute parce qu'il le rendit à son auteur comme les lettres en témoignent – j'ai en effet pu par une faveur spéciale d'une des deux commissaires les consulter ; Clémentine tenait à ses dessins avec un acharnement compréhensible, mais cela fut peut-être cause simultanément de leur disparition ultérieure). Cela se passait en 1923, et montre bien que l'intérêt de Dubuffet pour ce qu'il allait appeler l'art brut à partir de 1945 avait commencé de germer dans ces années d'apprentissage de l'entre deux guerres.
Voici le passage où Dubuffet évoque la découverte de la visionnaire: "Je dus faire à vingt-deux ans (de fort mauvais gré) mon service militaire. Dans une forme privilégiée car après quelques mois d'exercice dans un fort je me vis affecté à Paris même, à l'Office météorologique (...). Ma prestation de soldat – fort peu militaire – comporta un moment de faire des relevés d'appareils enregistreurs fixés à tous les niveaux de la tour Eiffel et pour cela monter quotidiennement et par mauvais temps l'hiver des escaliers à claire-voie extrêmement hauts. J'eus aussi à répertorier des photographies de nuages parmi lesquelles je trouvai une pièce qui excita très vivement mon intérêt. C'était un cahier émanant d'une personne habitant un faubourg de Paris et relatant, illustrée de dessins, des observations du ciel. Celles-ci ne présentaient pas des nuages mais des défilés de chars et toutes sortes de cortèges et scènes dramatiques. Je fis plusieurs visites à cette visionnaire dont l'égarement tourna vite en totale démence." (Biographie au pas de course, pp 468-469, 1985 dans Prospectus et tous écrits suivants, T.IV).
Charles Méryon, Le Ministère de la Marine, eau-forte, 1865, 168 x 148 mm
Ces dessins de "défilés de chars et de toutes sortes de cortèges" m'évoquent irrésistiblement les cieux chargés eux aussi de chars fantastiques qu'on peut voir dans les gravures de Charles Méryon, qui fut l'illustrateur de Baudelaire.
On regrette vraiment intensément que ces visions de Mme Ripoche n'aient pas réapparu, et l'on se prend à rêver à ce que disait un jour Maugri, à savoir que les dessins s'ils sont forts peuvent se défendre seuls au delà de la mort de leur auteur, et se conserver par charme et ensorcèlement. Reviendront-ils donc un jour ces chars et ces cortèges pris dans les nuées de 1920, c'est la grâce que nous attendons...?
22:05 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art moderne ou contemporain acceptable, Confrontations | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer
30/09/2012
Info-Miettes (19)
Cela faisait longtemps que je n'avais pas rassemblé quelques infos-miettes, mais la rentrée bat son plein dirait-on, et les expos et autres manifestations se pressent au portillon. Alors je m'y résouds, ce qui est aussi une manière d'expédier les informations en question sans trop m'appesantir.
Carol Bailly à Lausanne, Galerie du Marché
(Avec une mise à jour concernant la note ci-après, que je date du 23 novembre)
"Carol BAILLY, Œuvres récentes, du 4 octobre au 3 novembre, vernissage en présence de Mme Bailly le samedi 6 octobre de 10h à 15h" (il doit y avoir un repas à des horaires pareils). Tel est le message qui a claqué devant mes yeux ébaubis ce soir, en provenance de la galerie lausannoise du Marché tenue par Jean-David Mermod.
J'avais récemment bien apprécié les dessins d'après des vedettes pop (dont la mirobolante Amy Winehouse pour qui je dois avouer un faible, ou Audrey Hepburn – voir ci-contre) qui avaient été montrés au Musée de la Création Franche. On retrouve la même qualité dans les visuels que m'a adressés la galerie, avec cependant une question qui me tarabuste un peu devant deux d'entre eux, peints sur carton.
Carol Bailly, Vanessa Paradis, 50 x 75 cm, Galerie du Marché
CB, Resting, 50 x 70 cm, Galerie du Marché
N'y aurait-il pas eu une petite influence, justement en rapport avec ce qui se montre de temps à autre à Bègles à la Création Franche, du travail d'un autre "singulier", Pierre Albasser? On sait que celui-ci s'est donné pour cahier des charges la contrainte librement consentie de n'employer comme support de ses vertiges graphiques que des cartons d'emballage alimentaire. Dans les cartons peints de Carol Bailly ci-dessus, les contours tout en découpures et en évidements paraissent indiquer des supports en relation assez similaire avec ceux du sieur Albasser. Halluciné-je?
Eh bien oui, j'hallucinais... La créatrice a protesté, à juste raison, il n'y a pas eu influence, seulement concomittance. Carol Bailly utilise ce genre de support alimentaire, mon cher Watson, depuis des lustres, et sans connaître Albasser (là, c'est dommage). Et c'est vrai qu'après tout, dessiner ou peindre sur cartons d'emballage, ça n'est pas si nouveau que ça, comme je feignais de le croire dans mon paragraphe précédent. Moi aussi, je dessine là-dessus de temps à autre (en ce moment, ç'est les dessous de crêpes). Pas de quoi se crêper le chignon en somme. Et tout ça, c'était surtout histoire de faire parler de l'ami Albasser...
*
Claudine Goux, Raak, Gérard Sendrey dans une nouvelle galerie lyonnaise dédiée (semble-t-il ) à la création franche et autres singuliers), Le Coeur au Ventre
Gérard Sendrey, dans sa correspondance circulaire, se montre ravi qu'une nouvelle galerie se propose en la bonne ville de Lyon de faire connaître la création franche qui se trouve représentée en l'occurrence par lui, Goux et Raak.
On leur souhaite bonne chance bien évidemment, en espérant que le public lyonnais leur réservera bon accueil, en dépit des goûts affichés régulièrement par ce dernier de façon un peu trop chauvine pour les artistes du cru. A Lyon, on se croit souvent seul à créer (mais n'est-ce pas un phénomène que l'on retrouve dans de nombreuses régions? Je ne l'ai cependant jamais ressenti en région bordelaise par exemple, et encore moins à Paris).
Galerie Le Coeur au Ventre animée par Marion Hanna (ex-animatrice de la galerie Lucrèce à Paris), 27, rue Tramassac, 69005 Lyon, tél: 06 86 10 36 70, du jeu au sam de 14h à 19h.
*
A Lyon, il y a aussi et toujours, pour notre plus grand bonheur, la Galerie Dettinger-Mayer
Alain Dettinger, fin connaisseur de la nature lyonnaise quant à lui, loin des modes, loin de tout conformisme, continue de creuser son sillon personnel qui fait de lui un galeriste unique, ce qui est bien trop rare, hélas. Il vient de m'envoyer sans plus d'explication, comme à son habitude, un carton de ses deux prochaines expositions simultanées qui intriguent elles aussi: Dimitri et Lynette Ricker. Qui sont-ils? A vérifier sur place sans doute. Quelque chose me dit, et j'espère ne faire aucune gaffe, qu'Alain Dettinger s'est tourné en l'espèce vers des créateurs un peu plus bruts qu'à l'accoutumée...
Dernière minute: un honorable correspondant bordelais me signale que ces deux créateurs proviennent des recherches de Jean-Louis Faravel qui les exposent dans ses biennales de Rives (en Isère). Ce dernier a en effet un certain flair, voire un flair certain pour dégoter ce genre de créateurs venus des foyers d'art pour handicapés.
Dimitri
Lynette Ricker
Expositions du 28 septembre au 27 octobre, à la galerie, 4, place Gailleton, 69002, Lyon. Pour plus de renseignements, voir le site de la galerie.
*
Sophie Gaucher fait parler d'elle
Grosse actualité en cet automne et cette fin d'année pour la dessinatrice Sophie Gaucher que je m'étais amusé à vous faire découvrir récemment en candidat mystère. Il faut se rendre sur son site web fort complet et intriguant je trouve: http://monfournissoir.free.fr/monfournissoir/index.html
Sophie Gaucher, sculpture...
Elle m'a signalé certains de ses travaux fort intéressants, qui ne se limitent pas au dessin et de loin.
Collage et dessin
Et le dessin seul qui continue... Toujours aussi captivant
*
Une journée à Nantes consacrée à François Tosquelles, précurseur de la psychothérapie institutionnelle
C'est pour le 20 octobre cette journée, pour tous ceux qui voudraient en apprendre un peu plus long sur ce psychiatre venu de Catalogne espagnole en fuyant les franquistes en 36, connaissance du Dr Ferdière, qui s'installa à l'hôpital de St-Alban-sur-Limagnole en Margeride. Il fut à l'origine du mouvement psychiatrique émancipateur appelé par Georges Daumézon, par la suite (comme me l'a signalé Jacques Canselier à qui je dois l'information), "psychothérapie institutionnelle" qui visait à rendre leur dignité aux malades enfouis dans le carcan hospitalier (à ce que j'ai cru comprendre), en leur confiant des moyens de reprendre pied dans la société, en les laissant notamment libres de s'adonner aux occupations qui leur plaisaient comme la création artistique. St-Alban eut comme pensionnaires comme on sait le sculpteur-assembleur et dessinateur Auguste Forestier, ainsi que Clément, celui qui sculpta les parois de bois de sa cellule avec un bout de cuillère en métal, deux personnages assez célèbres dans le corpus de l'art brut.
Cette journée de rencontre intitulée "François Tosquelles ou la décence ordinaire" comporte un programme où l'on pourra écouter parmi d'autres, Jean Oury, Elsie Le Coguic, et Jacques Vallet (ancien directeur de la revue "Le fou parle"). Pour en savoir plus, on clique ici.
*
Des bâtisseurs de Babel à Rome
Roberta Trapani nous informe qu'elle sera commissaire d'exposition pour un parcours photographique présentant trois "costruttori di babele", Bonaria Manca, Luigi Lineri et Giovanni Cammarata, et ce au musée Billoti à Rome. Les photographes étant Alberto Ferrero, Rodolfo Hernandez et Salvatore Bongiorno.
Bonaria Manca et ses costumes excentriques, ph Mario Del Curto (à l'expo "Des Rives", déc. 2011/janvier 2012 à Gènes, organisée par Gustavo Giacosa)
Comme je l'ai déjà signalé ici, on doit ce terme de "Bâtisseurs de Babel" à Gabriele Mina, anthropologue auteur d'un livre éponyme qui souhaite en matière d'environnements italiens mettre avant tout l'accent sur leur dimension d'utopie. Lineri amasse et assemble des galets qu'il glane dans le lit de la rivière Adige, les classant en fonction de leurs formes ("des angles droits, des bétails, des poissons, des agneaux, des phallus, des femmes enceintes, des oeufs cosmiques"). Cammarata (1914-2002) avait créé quant à lui un environnement sculptural et architectural à la périphérie de Messine en Sicile qui était tout à fait étonnant. Il fut presque entièrement détruit pour qu'on puisse bâtir à la place... un centre commercial. Bonaria Manca, paysanne sarde, décore depuis 1997 l'intérieur de sa maison de grandes fresques évoquant ses souvenirs de sa vie rurale en Sardaigne et aussi des figures imaginaires représentant des esprits liés à sa mythologie personnelle.
Giovanni Cammarata, un de ses pachydermes, photo Florent Naulin/Teresa Maranzano, extr du livre d'Eva Di Stefano, Irregolari, art brut e outsider art in Sicilia, Kalós, Palerme, 2008 ; (encore un éléphant qui gazouille...)
Le vernissage, samedi 29 septembre, qui se déroulera en présence des créateurs Luigi Lineri et Bonaria Manca, verra à 16h30 la présentation de l'ouvrage et du projet « Costruttori di Babele » par Gabriele Mina. A 17h seront présentés les univers de Cammarata, Lineri et Manca par Daniela Rosi "(commissaire d’expositions et directeur culturel du Centre de réadaptation neurologique "Franca Martini" à Trento, elle coordonne l'Observatoire National de l'Art Outsider à l'Académie des Beaux-Arts Cignaroli de Vérone)". Roberta Trapani "(doctorante en histoire de l’art et membre du CrAB, elle étudie les espaces visionnaires contemporains, notamment en France)" et Pier Paolo Zampieri "(chercheur en sociologie urbaine à l'Université de Messine)" lui prêteront main forte. Si des lecteurs francophones sont dans les environs de Rome ce jour-là, qu'ils n'hésitent donc pas (du reste, ne dit-on pas que tous les chemins y mènent?)...
Musée Carlo Bilotti - Orangerie Villa Borghese, Viale Fiorello La Guardia, Rome. Du 30 septembre au 14 octobre 2012.
17:19 Publié dans Art Brut, Art moderne ou contemporain acceptable, Art singulier, Environnements populaires spontanés | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : carol bailly, gérard sendrey, galerie du marché, création franche, art singulier, sophie gaucher, galerie dettinger-mayer, lynette ricker, dimitri, françois tosquelles, psychothérapie institutionnelle, costruttori di babele, gabriele mina, eva di stefano, camaratta, bonaria manca, luigi lineri, roberta trapani, mario del curto |
Imprimer
23/09/2012
L'idiome du village, une exposition proposée par le musicien Jean-François Vrod
"Inauguration en musique de l'exposition 'L'Idiome du village", art brut, populaire,
avec le Trio la Soustraction des Fleurs
Jean-François Vrod, violon, voix - Frédéric Aurier, violon, voix - Sylvain Lemêtre, zarb, voix - Sam Mary, lumières
11 octobre 2012 à 18h30
Maison des arts plastiques Rosa Bonheur - 94550 Chevilly-Larue
renseignements : 01 56 34 08 37"
Tel est le message quelque peu laconique que l'on trouve sur le site web du violoniste à la fois traditionnel et contemporain Jean-François Vrod (en cliquant sur le lien vous trouverez une bio particulièrement synthétique sur son parcours). J'avais déjà entendu parler d'une exposition organisée à partir de sa collection personnelle de créateurs bruts et populaires, expo qui s'était tenue en banlieue parisienne au sud, je ne me souviens plus de la commune (Les Ulis?), il y a quelques années (2004?). Je l'avais loupée, à mon grand dam. D'autant que j'appréciais le musicien jusque là pour certains de ses enregistrements particulièrement poétiques (notamment un disque de 1996, "Voyage" édité chez le label Auvidis, absolument enchanteur, puis un disque solo édité chez Cinq Planètes). Je suis assez amateur de musiques traditionnelles à mes heures. Apprendre donc que ce musicien a tressé des passerelles entre musiques traditionnelles, improvisation et arts populaires est plutôt captivant.
Extrait (les Miroirs) du Cd "Voyage" (1996) de Jean-François Vrod, C. Declercq, et C. Joris
En fait, il a conçu dès 1999 cette exposition comme une sorte de manifestation en perpétuel chantier, au gré de ses découvertes, sous le titre générique de "L'idiome du village". Voici sur son site ce qu'il en dit: "... le musicien de tradition orale y est envisagé comme membre de la grande famille d'artistes en marge de l'histoire de l'art (Bruts, aliénés, enfants, primitifs contemporains...)."
Jean-François Vrod tenant une statuette en bois de style naïf (auteur anonyme), trouvée sur une brocante en Vendée
Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir comment s'articule exactement la musique de Jean-François Vrod avec les objets ou les œuvres exposées par lui. L'exposition d'une centaine de pièces qui se monte à partir du 11 octobre, et qui durera jusqu'au 10 décembre, à la Maison des arts plastiques Rosa Bonheur à Chevilly-Larue tombera donc à point nommé pour vérifier ce détail. A priori seront présentés "pêle-mêle" (ce sont les mots de l'artiste) des bruts (Yvonne Robert par exemple), des populaires et des contemporains du genre marginalisé. Voici les noms que j'ai pu obtenir auprès de Jean-François Vrod: "pas de noms vraiment connus: Slimane Houalli, (sculpture animaliére à base de coquilles d'huitres), André Poirson, sculpteur sur bois ; Yvonne Robert, paysanne-peintre de Vendée; Robert Battefort, dessinateur naïf ; Pierre Diet et Philippe Durand, sculpteurs lozériens, Jeanine Suchet-Roux, peintre; Roland Vincent, sculpteur sur pierre creusois; Joseph Bouton sculpteur du Bourbonnais, Denis Simmonet sculpteur sur bois flottés de L'île de Noirmoutier ; Frédéric Le Junter plasticien et musicien... Hormis Roland Vincent, sculpteur sur pierre et poudre de granit, que j'ai déjà évoqué dans ce blog (et que j'ai exposé moi-même dans un Festival d'Art Singulier à Aubagne en 2006), je ne connais pas grand-monde dans cette liste. Le nom de Jeanine Suchet-Roux me dit quelque chose, elle fut exposée au Printemps des Singuliers voici quelques années à Paris, il s'agit d'une artiste dite singulière et non pas populaire ou naïve. Les amateurs d'art populaire devront se rendre sur place pour y retrouver les leurs...
J'ai l'impression que Jean-François Vrod au gré de ses balades et concerts, et autres "conférences musicales" (sur les "êtres fantastiques en Dauphiné" par exemple), glane toutes sortes d'expressions marginales qui l'intriguent, et comme il s'intéresse aussi passablement aux musiques du Massif Central, où il a fait du collectage, peut-être même est-il tombé sur quelques "chapluzaïres" tels que ceux que j'ai évoqués dans cette ancienne note.
Ci-contre, Roland Vincent, sans titre (un tambourinaire?), vers 2005, coll Bruno Montpied
Jean-François Vrod et un petit vélo en bois (à rajouter aux autres vélos populaires mentionnés sur ce blog), lui aussi trouvé sur une brocante en Vendée
21:05 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art naïf, Art populaire contemporain, Art populaire insolite, Art singulier, Confrontations, Véhicules créatifs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean-françois vrod, vélos insolites et populaires, musiques traditionnelles, musiques d'outre-normes, yvonne robert, roland vincent, chapluzaïres, art populaire, art naïf, art singulie, l'idiome du village, maison d'arts plastiques rosa bonheurr |
Imprimer
20/09/2012
Télescopages délicieux
Il y a des cadavres exquis mais aussi des télescopages délectables. J'ai déjà eu l'occasion d'en présenter deux, l'un où il était question d'un Passage Dieu avec port du casque obligatoire, et l'autre d'une "bonne nouvelle" du genre plutôt cruel. En voici quatre autres exemples glanés ces dernières années (cela n'est pas si fréquent, hélas, cela ferait plus de motifs de rigolade, mais l'on s'en contentera faute de mieux).
Sur une armoire électrique dans la rue à Evreux en 2008, ph. Bruno Montpied ; le théâtre se trouve là investi d'une mission nettement plus intense
Magie des associations... Le palais idéal du facteur Ferdinand Cheval, beau repaire de toutes les marges appelées à devenir des centres? Ph BM, 2011
Rue Mouffetard, Paris Ve ardt, vers 2009, ph. BM ; Ce qui arrive aux vieux sages qui fatiguent leurs auditoires
Panneau près du rond-point des Champs-Elysées, magie des rencontres significatives, date indéterminée (récente bien entendu) ; communiquée par Robert Douard et Michel Valière
15:26 Publié dans Inscriptions mémorables ou drôlatiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, télescopages drolatiques, facteur cheval, hauterives, mouffetard, patriarches, guignol, élysée |
Imprimer
11/09/2012
L'étrange fontaine de Soleymieux, passons une deuxième couche...
La réaction de Régis Gayraud, surtout son deuxième commentaire à ma note précédente, me conduit à proposer une nouvelle hypothèse.
Le fait est, qu'à ma grande honte (je n'avais pas vérifié), Soleymieux et Saint-Jean-Soleymieux, comme nous le signale Régis, sont bien deux communes distinctes. Cela a une conséquence importante pour mes raisonnements précédents. D'autre part, je reconnais que moi aussi j'étais quelque peu chiffonné devant la carte Cim de St-Jean, montrant la statue avec un casque, statue que je proposais de voir déplacée ensuite plus bas sur la place de Soleymieux, quand je la comparais à la photo de cette dernière place où l'on voit mal la fontaine et surtout le personnage qui la surmonte. Je pensais que cette photo pouvait peut-être dater des mêmes années que la carte Cim parce que j'étais persuadé que la statue du triton provenait de St-Jean, trompé que j'étais par les affirmations de l'instituteur mentionnées dans ma note précédente... Les détails que nous indique Régis sur son ancienneté probable font déduire que la statue qui se trouve dans ces années de début XXe siècle devant le bureau de tabac ne peut être la même que celle qu'on voit, bleutée, sur la carte montrant la fontaine de St-Jean-Soleymieux. Il est possible qu'une confusion se soit opérée dans la mémoire des habitants puisque les légendes des deux fontaines donnent le même château de Chénereilles comme lieu d'origine des statues des deux fontaines.
Je parlais ci-dessus d'une conséquence importante qu'apporte l'information que les deux communes sont distinctes. Le rapport sur la délibération du conseil municipal que j'ai cité dans ma précédente note indique formellement qu'une fontaine surmontée d'un triton a été érigée en 1808 sur la place de Soleymieux (et non de St-Jean). Il est dès lors possible d'imaginer que le triton est resté en place pendant les deux siècles sur la place, et que c'est lui qui, victime d'un dégât à une date indéterminée (probablement après-guerre, et peut-être même dans les années 70, voir les images ci-dessous?), a été "métamorphosé" dans l'état où je l'ai photographié, état étrange, Ô combien... L'autre statue de St-Jean, qui ressemble elle davantage au fameux "soldat romain" (et moins à un triton à dire vrai) proposé par un témoin le jour de notre rencontre de cet été, et qui fait passablement rêver notre ami Régis, cette autre statue est probablement complètement distincte de celle de Soleymieux. L'hypothèse d'un déplacement de statue n'était étayée que par les souvenirs trompeurs de notre ami instituteur, qui n'en était pas tout à fait certain du reste (comme dit Régis, et c'est bien sûr cela qui nous séduit infiniment dans cette petite recherche qui ne se voudrait rationnelle en apparence que pour laisser en sous-main l'imagination se déployer, "ainsi naissent les légendes"...).
J'ai cherché sur la toile d'autres cartes montrant la fontaine de Soleymieux. L'objectif étant d'en trouver une qui montrerait enfin plus exactement l'état antérieur de la fontaine de Soleymieux. Voici quatre images qui font progresser le schmilblic, je trouve.
Une carte aux alentours des années 20 peut-être... On voit la fontaine et son personnage sur la droite...
qui en dépit de son aspect d'amas blanchâtre accentué par la pixélisation ne paraît vraiment pas ressembler à un soldat, mais bien plutôt à une sorte d'animal...
Autre vue de la même place, toujours à Soleymieux, la statue est à droite, même difficulté à la discerner précisément, mais ce ne paraît décidément pas être un soldat...
Carte moderne dentelée (1971), la "bestiole" de la fontaine paraît pourvue d'yeux proéminents, à la différence de l'aspect lissé d'aujourd'hui, sa cuisse gauche est bien dessinée, et à la réflexion ne correspond en rien à la statue de la fontaine de St-Jean... Cependant, il est à noter que l'on n'a toujours pas vu sur ces images quelque chose qui pût ressembler à une queue de poisson...
Une photo (date indéterminée) telle qu'on peut la trouver sur le site de la mairie de Soleymieux ; à noter un aspect lissé de la statue comme si elle était en argile... (Un peu comme mes hypothèses, remodelables à volonté?)
Pour moi, la vérité commence peut-être enfin à se dessiner. La fontaine de Soleymieux était surmontée d'un triton, ce qui est assez banal au fond pour une fontaine, mobilier urbain de transition entre milieu aquatique et milieu terrestre, dont le symbole peut facilement être un homme- poisson. Il y a eu une "restauration" à un moment donné. Qui en fut l'auteur? On peut chercher à le savoir sans pouvoir attirer les foudres sur lui, car contrairement au christ de Mme Gimenez à Borja, la profanation est ici bien moindre. Qui se soucie d'un triton? Du coup, l'insolite de la statue actuelle a plus de chance d'apparaître aux yeux de tous. Quant au soldat romain, cher Régis, on ne sait où il s'en fut, car il est désormais bien absent du socle entrevu à St-Jean.
Triton de Qasr Lybia, époque byzantine (il me semble...)
20:55 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art populaire contemporain, Art singulier, Confrontations | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tritons, soleymieux, fontaines, forez, art immédiat, restauration rapide, qasr lybia, st-jean-soleymieux |
Imprimer
08/09/2012
L'étrange fontaine de Soleymieux
Cette note contient des mises à jour (signalées en rouge) suite aux commentaires de Régis Gayraud
Nous descendions en direction de Montbrison dans le département de la Loire, cet été, quand l'un d'entre nous (Régis Gayraud pour ne pas le nommer qui en bon conducteur avait l'oeil à tout, ce qui explique qu'il ait perçu en premier l'étrange objet) s'avisa d'une fontaine qui nous faisait face, sur une petite place, dans la commune de Soleymieux, qui jouxte celle de St-Jean-Soleymieux placée légèrement plus haut qu'elle sur les contreforts du Forez.
Fontaine de Soleymieux, Photo Bruno Montpied, 2012
Ô, la bizarre fontaine... Nous récriâmes-nous en choeur. Comme vous pourrez vous-même en juger d'après l'image ci-dessus (une de ses faces)... Quel était cet animal à la tête glabre, à la cuisse musculeuse, le dos comme couvert d'écailles, les yeux faits de deux billes incrustées..., vaguement écroulé, plié en avant ? Spontanément, je pensai pour ma part à une sorte de tortue.
Un autre aspect de la statue ; c'est ce côté qui me fit penser d'abord à une tortue, ph.BM, 2012
Nous fîmes bientôt cercle autour de la dite fontaine, et voyant notre curiosité, un homme vint à nous, le maire du village qui paraissait sortir d'une réunion, à qui je demandai bien vite la signification de cette statue fort hybride et difficile à interpréter. Il ne s'était, nous confia-t-il, jamais vraiment posé la question, occupé qu'il était par bien d'autres problèmes plus urgents (mais notre curiosité l'intéressait). Une seconde personne arriva, puis une troisième, qui se révéla être l'instituteur du lieu. Chacun faisait assaut d'imagination devant le personnage énigmatique. On se mit à déambuler dans le village, allant frapper à la porte des uns et des autres, réveillant des siestes, interrogeant les érudits disponibles. Une légende se mit à prendre corps au gré de notre balade. De la tortue, on était passé à l'évocation d'une grenouille, enfin à celle d'un "soldat romain" (ce qui me parut sur le moment une interprétation à 180° d'écart par rapport aux deux précédentes ; mais on verra qu'une hypothèse pour le moment considérée comme finale tient dans un mixte des deux, ce qui correspond finalement assez bien à une statue de type nettement hybride...). Puis l'instituteur parut se rappeler que la fontaine avait un rapport avec celle placée sur une place dans le bourg situé plus haut, celui de St-Jean-Soleymieux. Qu'une légende la disait en provenance d'un château des environs (enfin... Tout de même assez distant), à Chénereilles (plusieurs cartes postales des deux bourgs indiquent cette provenance).
Soleymieux, carte postale des années 50? 60? La statue est à droite, sur la même place où nous la trouvâmes en juillet 2012
Au bar-tabac du coin, une ancienne carte postale encadrée montrait la place avec sa fontaine surmontée d'une statue disparaissant malheureusement dans l'ombre d'une frondaison (voir ci-dessus). Remontés jusqu'au bourg de St-Jean, nous constatâmes que la fontaine indiquée par l'instituteur ne diposait que d'un simple socle ou fronton orné de motifs floraux sans grande originalité.
Côté gauche de la statue "tortue-grenouille-soldat romain", ph.BM, 2012
Il fallait enquêter. Des cartes postales anciennes montrent que l'instituteur avait peut-être raison... La statue située à Soleymieux sur l'actuelle fontaine paraît provenir de la fontaine de St-Jean-Soleymieux (celle qui a une base décorée de motifs floraux). Est-ce cette dernière qui a été créée en 1808, selon un rapport de délibération du conseil municipal de Soleymieux comme me l'a aimablement signalé le maire de Soleymieux, M. J-L.Jayol? La statue représentait à l'origine, aux dires de ce rapport, "un triton à tête humaine, comme un dieu marin mi-homme (pour le buste) mi-poisson"... Et cette statue ainsi que sa base ornée proviennent bien du château de Chénereilles, toujours selon le même rapport, ce qui rejoint les légendes des cartes postales. Comme quoi j'étais retombé avec mes camarades sur le mythe de la sirène, cette fois dans une version masculine...
Carte montrant la fontaine dans le bourg de St-Jean-Soleymieux, non encore déplacée à Soleymieux ; années 1920, 1930?
Le triton...? Avec à sa base, peut-être sa queue de poisson?
Plusieurs cartes postales difficiles à dater – peut-être des années 1920 ? – montrent peut-être le fameux triton, homme-poisson de la mythologie gréco-latine, fruit des amours de Poséidon et d'Amphytrite, en place sur la fontaine du bourg supérieur de St-Jean. Une autre – nettement postérieure avec son enseigne des PTT qui paraît remonter aux années 1950? – la montre toujours à la même place, alors que celle vue dans le bar-tabac de Soleymieux montre la statue déplacée sur la fontaine du bourg inférieur.
Carte avec enseigne PTT, prise à St-Jean-Soleymieux, avant le déplacement de la statue donc...
Et c'est ce qui fait le noyau du principal mystère qui me retient dans la découverte de l'actuelle statue. A quelle époque s'est effectuée le transfert du triton de St-Jean-Soleymieux à son emplacement contemporain dans le bourg inférieur de Soleymieux (s'il y a eu transfert)? Et surtout, qu'est-ce qui s'est passé pour que cette statue se soit ainsi métamorphosée, à coup de greffes et emplâtres de ciment, en l'actuel bizarroïde bestiole hybride qui ressemble de loin à une verge au repos? Est-ce le fruit d'une "restauration" de type Cecilia Gimenez? Car cela y ressemble fortement, je trouve, depuis qu'à peu de temps de notre passage dans la Loire, je suis tombé sur l'affaire de la restauration du Christ de l'église de Borja...
L'actuelle statue paraît être le résultat d'une modification "brute" due à un quelconque autodidacte populaire qui peut-être à la suite d'un pari farceur a réalisé là une création tout à fait humoreuse, mutation artistique basée sur une dérivation et un détournement de statue académique à la base. C'est le mystère qu'il reste à éclaircir et j'attends donc avec curiosité les réactions des chercheurs sur la question...
Triton ou verge molle, Soleymieux, ph.BM, 2012
17:59 Publié dans Art immédiat, Art populaire contemporain, Confrontations, Environnements populaires spontanés | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : saint-jean-soleymieux, fontaine de soleymieux, modifications d'oeuvres d'art, art spontané, fontaines insolites, cécilia gimenez, tritons, mythologie gréco-romaine |
Imprimer
07/09/2012
Emancipations à Ste-Anne
On ne trouve pas de l'art brut inédit tous les jours. Le Centre d'Etude de l'Expression, situé dans le Centre Hospitalier Ste-Anne et dirigé par Anne-Marie Dubois, avec la collaboration de Jean-Christophe Philippi et Antoine Gentil (c'est la deuxième fois que ces deux-là travaillent avec le Musée Singer-Polignac, le lieu où sont traditionnellement montées les expos du Centre d'Etude)¹, propose pour les semaines qui viennent la manifestation intitulée "Emancipations". Aux dires de Jean-Christophe Philippi, on devrait y trouver du nouveau, notamment des oeuvres de la Collection Ste-Anne peu vues voire jamais exhibées.
Voici ce qu'en dit Anne-Marie Dubois dans le communiqué de presse:
« S’émanciper, c’est sortir des sentiers battus, des carcans et avoir accès à de nouvelles libertés de regards et d’expressions. Cette nouvelle exposition constituée de rencontres entre des artistes provenant d’horizons différents, permet à la Collection Ste-Anne d’affirmer sa particularité hors des catégories et des références pré-établies.
Il s’agit de se laisser guider par son plaisir et son émotion en s’émancipant de ses références artistiques et culturelles. »
Selon elle, les travaux des créateurs de la Collection, anciens pensionnaires d'hôpitaux où ils s'approprièrent l'art dans une démarche ultra-personnelle par besoin d'expression, histoire probablement de distendre un peu les barreaux de leurs cellules, ces travaux ne se nourriraient que d'eux-mêmes, à la différence des oeuvres d'artistes contemporains singuliers avec lesquelles l'expo organise une confrontation. C'est là revenir à une vision orthodoxe de l'art brut qui date des débuts de l'histoire de cette notion (époque de Dubuffet et Thévoz). Un art brut qui ne se nourrirait que de lui-même peut apparaître aujourd'hui comme une vue de l'esprit, lorsque l'on sait à quel point les créations dites brutes ou spontanées des milieux asilaires sont imprégnées et voisines des expressions populaires traditionnelles, participant d'une culture commune. Et lorsqu'il s'agit de créateurs enfermés d'origine culturelle plus savante, on ne peut faire abstraction si aisément de leurs connaissances artistiques préexistantes. Ce qui caractérise davantage l'art brut, plutôt que d'être hors-culture, c'est la rupture, l'urgence d'expression, la transgression. Ce sont ces notions que mettent en avant aujourd'hui ceux qui continuent de chercher sur l'art brut.
Alfred Passaqui, Collection Centre d'Etude de l'Expression
Et c'est ce point qui nous mobilise plutôt – et c'est une préocupation qui intéresse sans doute tous les artistes d'aujourd'hui – cette question de l'émancipation, ou de la rupture, comme disait Thévoz, opérée par les créateurs vis-à-vis des modèles d'expression disponibles. Quel est le levier qui déclenche ces déploiements graphiques surprenants, jamais vus, qui finissent par hanter nos mémoires par leur langage inédit et captivant? L'expo Emancipations paraît poser la question.
Hassan
("C'est un artiste d'origine sénégalaise qui travaille dans la rue à Barcelone, il dessine et grave des plans de maisons sur des planchettes de bois", J-C. Philippi)
Je n'ai pas la liste globale des créateurs et artistes proposés, mais on promet Gustave Cahoreau, Raymundo Camilo, Marie-Noëlle Fontan, Giordano Gelli, Régis Guyaux, Hassan, Paul Hugues, André Labelle, Michel Nedjar, Marilena Pelosi, Yvonne Robert (voir ci-contre La Chatte à Hortense s'appelle Vanille, de 2007, coll. BM, non exposé à Emancipations),
et des créateurs de la collection Sainte- Anne dont Alfred Passaqui, Maurice Blin, Jean Janès (que personnellement je ne trouve pas terrible). Ces deux derniers sont actuellement exposés au Musée d'Allard à Montbrison dans l'expo "De l'art brut et d'autres choses...", dont le commissaire d'exposition est Alin Avila, par ailleurs directeur de la revue Area². Voici à la suite quelques images de certains créateurs parmi les moins connus, présentés au musée Singer Polignac, que je dois à l'obligeance de Jean-Christophe Philippi pour plusieurs d'entre elles. On remarquera qu'un autre des fils rouges de l'expo renvoie aux réitérations de formes qui paraissent le mode privilégié de structuration des œuvres. Attention cependant que ce choix de montrer des images basées sur des répétitions de formes ne contribue pas ancrer dans l'esprit des amateurs que l'art brut peut être, lui aussi, le siège d'un certain nombre de poncifs (une expo à venir de Marco Raugei à la Galerie Rizomi de Turin allant aussi dans ce sens), tant il existe d'œuvres ressemblant parfois à des planches iconographiques de catalogues (véhicules divers en rang d'oignons à la David Braillon, parapluies de Gugging, vaches à la Krüsi, volatiles ou armes à la Blackstock, etc...).
Maurice Blin, tel qu'il est exposé au musée d'Allard à Montbrison ; "Loulou ayant chaud/Mit son nez au Paul Nord/Attrappa une engelure/Et repartit au Paule Sud,/Avec une couverture"...
Paul Hugues
("Paul Hugues est un artiste qui figure dans le premier catalogue de l'Aracine, il a dessiné à l'atelier de l'hôpital de Brévanne (gérontologie). C'est une oeuvre du grand âge", J-C. Philippi)
Giordano Gelli (provient de l'atelier de La Tinaia à Florence)
Régis Guyaux (centre d'art "'La Hesse" à Vielsam en Belgique)
____
¹ Jean-Christophe Philippi a par ailleurs fait l'objet d'une exposition personnelle au Musée Singer-Polignac, comme je l'avais également signalé en son temps.
² Cette exposition, à Montbrison (Loire), qui court jusqu'au 4 novembre prochain, a fait l'objet d'un catalogue où l'on retrouve les images des oeuvres montrées dans l'expo et quelques textes intéressants comme l'excellente contribution de Mme Michèle Gendrat, "ancienne élève de l'Ecole du Louvre", qui présente très honnêtement et très précisément ce qu'est l'Art Brut. A noter aussi que cette exposition présentait des panneaux gravés d'Alain R., détachés donc des murs de Rouen dont ils font partie usuellement. Exposés de façon ainsi déplacée, dans un contexte muséal, ils accédaient au rang d'œuvre de type lettriste. Un lettrisme brut... Le film Playboy communiste de David Thouroude et Pascal Héranval était diffusé parallèlement pour restituer heureusement le contexte d'origine de ces graffiti.
18:12 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art moderne ou contemporain acceptable, Art singulier, Confrontations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musée singer-polignac, centre d'étude de l'expression, jean-christophe philippi, anne-marie dubois, émancipations, art brut, art singulier, hassan, régis guyaux, paul hugues, yvonne robert, giordano gelli, la tinaia, alfred passaqui |
Imprimer
04/09/2012
Katuchevski dans le Marais
A signaler pour ceux qui suivent le feuilleton de la création katuchevskienne...
Expo du jeudi 6 au 29 septembre, Marcel Katuchevski et 3 autres artistes, Galerie Linz, 40 rue Quincampoix, Paris IVe, voir le site www.galerie-linz.com
09:33 Publié dans Art moderne ou contemporain acceptable, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marcel katuchevski, galerie linz, dessin contemporain, art singulier |
Imprimer
02/09/2012
Histoires de voir, à voir...
L'exposition ainsi intitulée à la Fondation Cartier à Paris veut nous entraîner du côté de "l'art naïf", à ce que dit le catalogue ("conçu comme un prolongement de l'exposition"). Après visite de l'expo, j'eus la forte impression que le terme n'avait pas le même sens pour moi que pour les organisateurs de la manifestation – ou, plus exactement, pour les auteurs du catalogue (je pense notamment à son texte liminaire dû à Laymert Garcia Dos Santos). C'est comme si on avait affaire à une conception venue d'ailleurs, d'une région du monde où les mots ont cheminé avec d'autres réseaux de sens (les commissaires de l'expo que je ne connaissais pas comme s'intéressant depuis longtemps aux arts naïfs – mais je suis bien loin d'être informé de tout – sont Hervé Chandès, Leanne Sacramone, assistés de conseillers comme André Magnin – plus connu lui par rapport aux arts populaires africains – ou encore Hervé Perdriolle (l'Inde) et Patrick Vilaire (Haïti)).
Le catalogue avec un dessin d'Isaka sur la couverture (dessinateur Huni Kuï (ou Kaxinawá) d'Amazonie brésilienne)
C'est pourtant bien à un décentrement de perspective que l'on nous invite, sans que cela s'étende a priori à la notion même d'art naïf. On invite avant tout dans le discours de l'exposition tel qu'on le trouve par exemple sur le site de la Fondation à remettre en cause les idées arrêtées professées par les amateurs d'arts savants vis-à-vis des arts pratiqués par des autodidactes naïfs ou "primitifs". Ce qui n'est pas un message absolument nouveau, on en conviendra (même s'il mérite toujours d'être réitéré).
"Art naïf" jusqu'à présent, en France, c'était plutôt réservé à un ensemble de peintures, et de sculptures, exécutées par des autodidactes d'origine populaire (souvent des déracinés) tentant de s'égaler aux plus grands des peintres et qui produisent un art autre cependant, où les éléments représentés sont proportionnés en fonction de la réalité affective, psychologique, sentimentale, etc., que leur accorde l'inconscient de chaque artiste (ce qui conduisit G-H.Luquet au début du XXe siècle à parler pour sa part de "réalisme intellectuel"). Certaines incapacités devant les volumes et la perspective les conduisent bien souvent vers des solutions plastiques inédites qui ravirent par exemple Picasso lorsqu'il découvrit certain tableau de Rousseau, dont les visages peints avec des repentirs lui parurent préfigurer ce qu'il créait lui-même dans sa période dite cubiste. L'art naïf, cela reste figuratif et se référant à la réalité perçue de façon rétinienne. C'est Bauchant, Rousseau, Vivin, Peyronnet, Lagru, Trouillard, Jean-Jean, Préfète Duffaut, Orneore Metelli, Ligabue, Dietrich, Trillhaase, Alfred Wallis, et toutes sortes d'anonymes, les ex-voto aussi...
Vidéo disponible sur le site de la fondation Cartier
Les créateurs, venus d'un peu partout (l'Amérique du Sud, l'Amérique Centrale, l'Afrique, l'Inde, l'Asie), à la fondation Cartier, dans une expo qui au fond semble faire un lointain écho à cette autre manifestation plus ancienne de 1989, Les Magiciens de la Terre,¹ ne me paraissent pas relever de cette définition traditionnelle de l'art naïf (à part peut-être le mièvre Hans Scherfig, ou l'intriguante céramiste brésilienne Isabel Mendes Da Cunha). On nous propose là plutôt des formes d'expression cherchant, sous des dehors archaïsants, ou s'efforçant de l'être, une forme d'immédiateté hésitant entre stylisation, décoratif et art pauvre. Le tout me laissant l'impression d'une recherche à la fois cultivée et de style enfantin, préférant parfois les formes sommaires aux limites du dégrossi (José Bezerra), recherche et parcours présentés dans une atmosphère douce et colorée comme du papier à bonbons (la muséographie d'Alessandro Mendini n'y étant pas pour rien, ses œuvres personnelles – que font-elles là? – étant par ailleurs particulièrement fades).
Exposition Histoires de Voir, image extraite du site de la Fondation Cartier
On a du mal à identifier ce qui appartient aux créateurs présentés et ce qui relève de la muséographie. Sont également mêlées les unes aux autres des expressions simples et des expressions fouillées (parmi ces dernières, citons les filets de pêche de l'Indien Jivy Soma Mashe qui parvient à des compositions complexes, tombant là aussi dans le décoratif, à l'aide d'éléments géométriques basiques comme le triangle, le rond et le carré ; les céramiques de la famille Ortiz au Mexique ; les drapeaux vaudou d'artistes haïtiens choisis en fonction de leur dimension à la fois stylisée, en apparence archaïque et encore décorative, alors qu'il en existe d'autres en Haïti bien plus figuratifs et narratifs dans ces mêmes supports). Ces expressions fouillées, voire complexes, sont là pour démontrer, semble-t-il, que l'art naïf et populaire n'est pas synonyme de simplet, ce que tout bon connaisseur du champ sait depuis longtemps. Mais la complexité proposée dévie trop souvent du côté d'un décoratif stylisé propre à séduire les designers contemporains. Tout cela est un peu trop raffiné, trop propret, il manque une certaine âpreté, une certaine rugosité.
Jean-Baptiste Jean Joseph, Pieuvre, 2001, drapeau en paillettes brodées sur tissu, 108x105,4 cm
Il y a du déchet aussi dans cette sélection: pourquoi avoir sélectionné par exemple le Scherfig déjà cité, et Mamadou Cissé, avec ses villes imaginaires ennuyeuses parce que sérielles et répétitives comme des circuits imprimés, pâle copie de Bodys Isek Kingelez (révélé en Europe voici prés de 25 ans dans les Magiciens de la Terre là encore), voire proche du Français récemment exposé au Pavillon Carré de Baudouin à Paris, Marcel Storr? Pourquoi avoir choisi aussi cet artiste japonais, Tadanori Yokoo (ci-dessous un portrait de Loti truffé de cigarettes), qui ouvre le bal au rez-de-chaussée de la Fondation avec des pochades d'étudiant, des Douanier Rousseau parodiés, qui intéressent surtout les enfants amateurs du jeu des 7 erreurs)?
On se sert aussi de la caution de Mme Nina Krstic, "directrice du musée des arts naïfs et marginaux" de Jagodina en Serbie, pour nous faire avaler la pilule de l'art naïf qu'on veut ici nous vendre, alors que les connaisseurs ont depuis longtemps la conviction que ce dernier musée rassemble des autodidactes en tous genres, la plupart très artistes bien plus que véritablement "naïfs" (comme c'est souvent le cas dans les pays slaves, où la confusion art populaire/art brut/art naïf/art singulier/art contemporain règne en maître). L'artiste qu'elle nous présente, Dragiša Stanisavljevic, "qui fait partie d'une famille d'artistes renommés du XXe siècle", comme elle dit, attire l'attention dans le catalogue et moins de visu dans l'expo, pratiquant une sculpture fort stylisée tendant au signe pur tant il cherche à réduire le nombre de ses lignes structurantes, mais on est là dans une recherche de simplicité qui laisse indifférent par manque d'émotion peut-être.
Ciça, exposée dans Histoires de Voir, encore une nouvelle façon de faire les visages...
Par ailleurs certaines oeuvres également présentes dans cette expo fourre-tout sont en réalité des récits ou des représentations mythiques (exemple des dessins yanomanis fort passionnants comme ceux de Taniki par exemple), comme on les connaît chez les Aborigènes australiens, ou chez certains Amérindiens, ou Inuits (cela aussi est à rapprocher des Magiciens de la Terre où je me souviens que l'on pouvait voir, à la Grande Halle de la Villette, l'expo étant distribuée sur deux espaces, Beaubourg et La Villette, des dessins mnémotechniques supports de récits chamaniques). Cela fait un certain temps que les spécialistes ont repéré de ces images qui servent de support à des visions chamaniques, cosmologiques, étiologiques (les peintures indiennes en rouleaux verticaux comme supports de contes), voire médicinales (je pense aux rouleaux-remèdes éthiopiens qui avaient été montrés à l'expo Le roi Salomon et les maîtres du regard, Art et Médecine en Ethiopie, au regretté musée des Art Africains et Océaniens de la Porte Dorée).
Signalons aussi la présence d'un sculpteur d'origine incontestablement populaire, brésilien, Nino, surnom de Joao Cosmo Félix Dos Santos, dont les animaux ultra stylisés, à peine dégagés du bois informe dont ils furent tirés, retiennent l'attention du visiteur au sous-sol de l'expo, je pense à un éléphant notamment, tellement réduit à sa plus simple expression qu'il finit par ressembler à une espèce de molaire. On est là avec lui aux confins de l'art brut et de l'art populaire. A noter que des bustes de lui font également partie de la collection d'art brut ABCD à Montreuil.
Bustes de Nino (Dos Santos) sur le site d'ABCD ; non exposés à la Fondation Cartier
___
1. Une autre exposition qui se tint au Grand Palais à Paris, Brésil, Arts populaires, en 1987, paraît être aussi une source de cette expo à la Fondation Cartier. Y étaient notamment présents Nino et Ciça (dont un masque servait d'illustration au catalogue édité dans la revue L'Internationale de l'Imaginaire, n°8-9, printemps 1987).
L'exposition dure jusqu'au 21 octobre
17:40 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art naïf, Art populaire contemporain, Confrontations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoires de voir, fondation cartier, art naïf, art populaire, art brut, art immédiat, ciça, nino, abcd, art populaire brésilien, magiciens de la terre, nina krstic, yanomanis, huni kuï |
Imprimer
25/08/2012
Hommage à Cecilia Gimenez, rénovatrice et profanatrice, massacrée par les journalistes
Cecilia Gimenez, dame d'un âge avancé, à Borja en Espagne, repeignait depuis quelque temps, "restaurait", disent les média, un portrait du Christ datant du XIXe siècle, au reste assez banal, un Ecce Homo signé d'un certain Elias Garcia Martinez. Et voila-t-y pas que des bonnes âmes érudites de la région, probablement plutôt du genre bigot, s'émeuvent de ses exploits de peintre amateur devant ce que les media appellent un "massacre" de l'œuvre originale, pourtant vulgaire saint-sulpicerie ne pouvant causer le moindre début d'émotion chez un sincère amateur d'art. Mme Gimenez a en effet, tel Mr.Bean dans le premier long-métrage qui fut consacré à ses tribulations au cinéma (il modifiait en éternuant dessus puis en tentant de réparer son dégât, une toile célèbre de Whistler, je crois...), passablement modifié un portrait du Christ, réalisant involontairement un portrait assez singulier auquel l'œil s'attache en dépit des commentaires goguenards et crétins des journalistes (il ne faut pas se fier à la qualité médiocre – voulue? – de la reproduction ci-dessous, à la télévision on voit mieux l'image de Cécilia Gimenez).
A droite la nouvelle oeuvre brute, plus frappante que l'original je trouve, due à Cecilia Gimenez
"Grossier dessin d'enfant", dit le commentaire journalistique dans la vidéo ci-dessus (plutôt moins agressive que d'autres de ses confrères)... Et pan sur les dessins d'enfant!
Méconnaissable est le crapaud de Nazareth désormais... Mais pour combien de temps encore? Tous les journaux, le web, la télévision ont fait des choux gras de l'information, tombant à matraques raccourcies sur la pauvre octogénaire dont on apprend depuis quelques heures qu'elle est alitée, "victime de crises d'angoisse". Un beau résultat pour ces "grands professionnels de l'information"! Et bien sûr, on cherche à ricaner, à se gausser, à faire rire de cette dame, comme si on voulait, ce faisant, se décharger de la colère devant le constat de ce qui ressemble en fait ici à une profanation de l'icône christique, qui doit rester tabou, inviolable, immuable surtout. On veut que soit effacé le plus vite possible cet odieux saccage (avec l'octogénaire en prime?).
Cependant une pétition circule déjà pour tenter de sauver l'oeuvre – car c'en est une – que je trouve pour ma part plus brute ou populaire qu'expressionniste, comme elle est qualifiée dans cette pétition. Courage Cecilia, relevez-vous, vous n'êtes pas seule, il n'y a pas que des détracteurs, ailleurs on vous admire!
Cecila Gimenez
00:38 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art populaire contemporain, Confrontations | Lien permanent | Commentaires (58) | Tags : cecilia gimenez, borja, restauration réussie d'un christ d'elias garcia martinez, modifications, profanation, mr.bean, ecce homo |
Imprimer
19/08/2012
Une sirène d'Armand Goupil
Tenez, voici dans la chaleur de l'été une vue poissonneuse, une sirène en proue de barque, telle que l'a vue en 1955 Armand Goupil. Cela fait partie d'un carnet de croquis, format 31 sur 20 cm, comprenant 43 pages (et donc 43 croquis, tous datés de la même année, qui ont permis à Goupil d'essayer diverses techniques, autres que l'huile, comme les craies, le brou de noix, le fusain, les crayons de couleur, l'encre, la plume...). A rajouter à toutes les sirènes déjà vues sur cette colonne, et en espérant que mes commentateurs férus de Mami Wata ne s'échauffent pas plus que ça dessus...
Armand Goupil, Sirène du 23-IX-55, coll Bruno Montpied
Je renvoie les amateurs, qui voudraient en voir et en savoir plus sur Goupil, à mes articles, « L’œuvre intime d’Armand Goupil, l’inconnu de la Sarthe », paru dans 303, Arts recherches, créations n°119, Nantes, janvier 2012 (illustré de 6 photos), et « Armand Goupil, peintre inconnu, peintre domestique », paru dans Création franche n°29, avril 2008, Bègles. Sur ce blog, on peut également en découvrir passablement en allant vers ce lien.
10:18 Publié dans Art immédiat, Art naïf, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armand goupil, sirènes, figures de proue, art naïf, art singulier |
Imprimer
18/08/2012
Dans la clameur des invectives...
19:46 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art singulier, bruno montpied, invectives, flûte, chiens aboient caravane passe |
Imprimer
15/08/2012
Cadavre exquis intercontinental Yohan-Armand Gil-Bruno Montpied-Dan Stanciu-Sasha Vlad
Cela fait déjà quelque temps que je voudrais mettre en ligne le dessin ci-dessous réalisé à huit mains par les 4 auteurs susdits, venus d'horizons et de contrées divers, l'un d'entre eux (Sasha Vlad) vivant par delà l'Océan Atlantique, en Californie, ce qui permet de justifier l'adjectif d'intercontinental pour ce cadavre exquis. Le qualificatif de "cadavre exquis" n'étant pas au demeurant le terme exact, puisque ce dessin a été envoyé à compléter ou à prolonger sans que les parties déjà réalisées soient cachées. Il s'agit plutôt d'un dessin collectif réalisé par le biais de mails avec fichiers numériques (dessins scannés pour être communiqués sans passer par la Poste) et par des techniques plus matérielles aussi bien. C'est ainsi que l'état 1 est une photo numérique de Bruno Montpied imprimée sur papier à Paris, envoyée à Sasha Vlad aux USA. Ce dernier l'a modifiée directement sur le tirage, puis scannée et transmise à Yohan-Armand Gil à Nîmes qui l'a à son tour modifiée après l'avoir imprimée. Il l'a transmise alors à nouveau à BM, et ainsi de suite, ce dernier l'a envoyée à nouveau à Sasha qui l'a enfin envoyée à Dan Stanciu en Roumanie, puis retour au départ. BM a ajouté un troisième grain de sel et continué à faire tourner le projet. Au bout de cette chaîne, il n'y a plus eu cependant qu'un fichier numérique qui peut se décliner potentiellement en d'innombrables tirages, et donc pas d'œuvre unique, en théorie.
Mur à Villefranche-sur-Saône, Photo Bruno Montpied, 2009, état 1 du Cadavre Intercontinental
Etat 4 du Cadavre Intercontinental, modifié d'abord par Sasha, puis par Yohan-Armand Gil (qui l'a notamment retourné pour le continuer), 2009
Etat 5 du Cadavre Intercontinental, modifié par BM, 2009
Etat 6, modification par Sasha Vlad
Etat 7, modification Yohan-Armand Gil, 2009
Etat 8, modification par Dan Stanciu, 2009
J'annonce la fin des couffins et des boîtes à douleur, (titre collectif), état 10 final du Cadavre Intercontinental, Yohan-Armand Gil, Bruno Montpied, Dan Stanciu, Sasha Vlad, 2009
12/08/2012
Anne Van Der Linden à la Galerie Les Singuliers
L'artiste me demande si je peux annoncer sa prochaine exposition "Amour vache" à la Galerie Les Singuliers à Paris. Oui, je peux. Et même, je peux vous communiquer le dossier de presse.
On imagine que l'artiste s'est représentée dans le coin inférieur à droite, rigolant à ses propres mises en scène ; au passage, c'est ce genre de peinture qui a pu faire rapprocher Van Der Linden d'un Clovis Trouille, à cause des chauve-souris et du climat érotico-macabre goguenard
Ce sera à partir du 21 septembre 2012, au 138, bd Haussmann dans le 8e ardt. L'occasion de découvrir un univers pictural situable entre Crumb et Topor, univers qui se présente comme une anthologie de situations érotico-cruelles déclinées dans une combinatoire visant à l'encyclopédisme où l'artiste s'amuse comme lorsqu'elle était enfant avec ses poupées (sur un mode qu'on imagine plus rose...). Le but du jeu étant de se surprendre à imaginer une situation choquante à chaque fois inédite.
12:47 Publié dans Art moderne ou contemporain acceptable, Art populaire contemporain, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : anne van der linden, art contemporain, galerie les singuliers, crumb, topor |
Imprimer
05/08/2012
Pierre Sourisseau sculpteur de souvenirs en chemin creux
J'ai découvert un nouveau site de création en plein air dû à un autodidacte encore en Vendée, dans le même département que celui d'André Pailloux, ce bon Pailloux qui est en passe de devenir célèbre désormais depuis que ses coordonnées ont été jetées en pâture au public (inconsidérément, je ne le répéterai jamais assez).
Autoportrait du créateur Pierre Sourisseau en chef de chantier, ph. Bruno Montpied, 2012
Le monsieur qui l'a créé depuis déjà quelque temps, depuis qu'il a pris sa retraite de maçon (encore un), s'appelle Pierre Sourisseau. Ses terrains où il a semé diverses sculptures et peintures, ainsi que des textes, se situent dans la région des Herbiers, dans les terres donc. On peut donner son nom, car son travail, son œuvre, qui tiennent à la fois du mémorialiste et de l'artiste, tantôt naïf, tantôt réaliste (au point d'en être ici et là presque kitsch), sont assez particuliers pour qu'on tente de leur faire un peu de publicité. De plus, il a déjà fait l'objet d'une courte évocation dans un magazine diffusé à l'intention des retraités "entre Sèvre et Loire", le magazine Racines (article n°221 de juillet 2011 dû à Yvelise Richard).
Vue d'une partie du petit musée de Pierre Sourisseau, 2012, ph. BM
Grosso modo, il y a trois zones d'intervention. La première est en intérieur, il s'agit d'un petit musée où dans deux pièces, situées dans un petit bâtiment en annexe de son habitation principale, on trouve des peintures, des sculptures, et des objets divers, des textes visant à fixer les souvenirs de l'auteur, notamment de sa participation à la guerre d'Algérie durant un an, dans l'Oranais. L'autre grand sujet qui fascine M. Sourisseau étant les guerres de Vendée, ainsi que les filiations qu'il entretient via la lignée de sa femme avec les acteurs vendéens de ces conflits de l'époque révolutionnaire, notamment avec un certain Charles Deslandes. Il a établi l'arbre généalogique de sa famille en lien avec cette histoire (arbre illustré d'un tableau naïf).
Pierre Sourisseau, peinture dans son petit musée, scène de la guerre de Vendée, ph.BM, 2012
Pierre Sourisseau, souvenir de la guerre d'Algérie
Un parallèle curieux entre ces deux séries d'événements s'est esquissé par la suite en moi lorsque je revisitai les photos que j'ai faites de ces œuvres. C'est étrange comme les soldats républicains venant menacer les paysans vendéens dans certaine peinture de Sourisseau paraissent ressembler aux soldats français face aux Arabes d'Algérie. Il s'agit de semblables affrontements de soldats de l'état républicain face à des populations indigènes qu'il s'agit de mettre au pas. Pourtant, dans l'esprit de M. Sourisseau, ce parallèle est loin d'être patent, m'a-t-il semblé, Quoiqu'il ne m'ait pas donné son opinion à l'égard de la guerre à laquelle il avait participé ("sans tuer personne", ajouta-t-il tout de même, et fréquemment, pendant nos entretiens).
Le jardin de M. Sourisseau, au premier plan Charles Deslandes, l'ancêtre de la famille, le cavalier à l'arrière-plan, le Chevalier du Landreau, autre personnage historique régional et au loin, les bustes de Sarkozy et de sa femme Carla Bruni... Ph BM, 2012
Pierre Sourisseau, Sarkozy et sa Carla, qui paraît représentée telle un pesant fardeau, ph. BM, 2012
La deuxième zone concerne le jardin qui entoure sa maison et longe la route, d'où l'on peut apercevoir, si l'on ne passe pas trop vite, de la voiture, les quelques statues, point trop nombreuses, qui l'agrémentent avec sobriété.
De haut en bas sur l'image ci-contre, Mitterrand, De Gaulle, Chirac, Sarkozy, Giscard, Pompidou, ph. BM, 2012
La troisième zone s'étire sur près de 500 mètres, tout au long d'un chemin creux d'âge respectable, dont l'histoire fait rêver grandement l'auteur, qui passe devant sa maison et s'enfonce dans le bocage en direction d'une ancienne gare où allaient s'embarquer les appelés militaires, où passèrent aussi, à une époque encore plus ancienne, les Vendéens insurgés. Pierre Sourisseau, qui nous en fit faire la visite, tel un guide de monument historique, paraît toujours peu ou prou entendre les cliquetis des faux, ou des baïonnettes, ou les cris des hommes se pressant sur l'étroit et profond chemin chargé d'une histoire invisible à tout autre oeil que le sien.
Pierre Sourisseau devant sa "hutte gauloise" sur le chemin creux, ph. BM, 2012
Le chemin égrène sur une très grande longueur (originalité unique à ma connaissance) des statues, taillées directement dans le bois des arbres (naïves et visionnaires) ou modelées dans l'argile (très, trop, réalistes), des installations du genre écomusée, bricolées en plein air par cet historien autodidacte, des panneaux explicatifs, des installations plus ludiques aussi à l'intention de ses petis enfants (une fusée qui décolle à la manivelle un peu plus bas dans le chemin). On y évoque pêle-mêle les Gaulois, des saints chrétiens (St-Roch), les guerres vendéennes encore et toujours, des figures politiques (Sarkozy, Ségolène Royal, séquelles de la campagne présidentielle de 2007), certaines plus régionales (des maires locaux). De temps à autre, comme émergeant du fond d'une mémoire ancestrale plus païenne, des figures féériques ou fantastiques, hélas trop rares, poussent vers le spectateur leurs trognes ou leurs corps de racines, ce qui je dois bien l'avouer m'enchante davantage que tout le reste.
Pierre Sourisseau, figure fantastique dans un arbre creux, ph.BM, 2012
Pierre Sourisseau paraît ainsi hésiter, comme bon nombre d'autres autodidactes point trop sûrs de leur langage et déférents envers l'art savant, entre un réalisme de santons et un art naïf qui paraît d'emblée, en ce qui le concerne, correspondre pourtant à son langage naturel. Dans l'épaisse brochure de souvenirs qu'il a laissée derrière lui en 2008, il se recommande, comme pour asseoir une légitimité d'artiste qu'on pourrait lui contester puisqu'il n'a pas fait d'école, de l'enseignement et de l'appui d'un sculpteur local de monument aux morts, Yves Guiberteau. Parler de lui sur ce blog, qui est comme on sait acquis aux langages plus ingénus qui nous touchent davantage que les langages pompiers, pourra peut-être aider ce créateur original à choisir une voie plus en accord avec la langue féérique de la nature qui visiblement l'interpelle et nous enchante comme lui.
Pierre Sourisseau, au bout du chemin creux, avec son "Tractosaure", voiture-arbre... qui fleurit encore, ph.BM, 2012
17:50 Publié dans Art naïf, Art populaire contemporain, Environnements populaires spontanés, Poésie naturelle ou de hasard, paréidolies | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pierre sourisseau, habitants-paysagistes, environnements spontanés, archéologie naïve, guerres de vendée, guerre d'algérie, poésie naturelle, féérie des bois, nature interprétée, art populaire contemporain |
Imprimer
03/08/2012
Age d'Or et Age de Fer
Dans une note d'août 2008, parue au moment des précédents Jeux Olympiques qui se déroulaient alors à Pékin, j'évoquais le manque de réussite de la kayakiste Emilie Fer qui avait échoué à monter sur le podium. Et voici que quatre ans plus tard, cette dame ferrugineuse, en bonne alchimiste qui sait se révéler au moment décisif, a pu transformer en or le métal qui n'avait pas rouillé entre temps. Bravo à elle. Je n'ose pas écrire qu'elle a su repasser.
A noter aussi que son nom qui pouvait être considéré comme un aptonyme, un nom prédestinant, qui pouvait influer sur la qualité de ses performances aux Jeux en 2008, est devenu désormais un contre-aptonyme puisqu'il l'a peut-être conduite à un dépassement, une transmutation.

Photo AFP
00:02 Publié dans Noms ou lieux prédestinants | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : noms prédestinants, aptonymes, contre-aptonymes, émilie fer, jeux olympiques, canoé-kayak |
Imprimer
01/08/2012
Revue d'Olivier Hervy, avec un frontispice de Jean-Pierre Paraggio, une brassée d'aphorismes
Edité en hors-série dans la "collection de l'Umbo", en marge de la revuette L'Impromptu dont le n° 5 vient de sortir parallèlement (les deux publications disponibles chez Jean-Pierre Paraggio, 23, rue des Princes – y en a qui savent se dénicher des adresses pour chevilles enflées... – 31500 Toulouse, ou jeanpierreparaggio@yahoo.fr), voici une nouvelle brassée d'aphorismes d'Olivier Hervy dont j'ai déjà eu l'occasion par le passé de dire tout le bien que j'en pense, publiée sous le titre de Revue. Quelques exemples ci-dessous...
L'établi est un bureau qui n'a pas fait d'études.
L'entreprise Kodak qui est menacée de faillite risque de disparaître, comme pour parfaire son travail sur le souvenir.
Le saut de l'ange est la lettrine de la nage.
«Des ongles longs et vernis comme les siens elle doit passer des heures à les entretenir», me dit-elle admirative. Et les miens! Ils se rongent tout seuls?
Le marteau-piqueur est l'un des rares outils qui semble furieux. D'où son efficacité.
Etc...
02:22 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : olivier hervy, l'impromptu, jean-pierre paraggio, aphorismes |
Imprimer
28/07/2012
Création Franche n°36
Sortie des presses au début de la grande période de transhumance des juillétistes et des aoûtiens, on peut dire que la dernière livraison de la revue Création Franche, émanant du musée éponyme, se soucie comme d'une guigne des périodes traditionnelles de publication. C'est une revue sur l'art contemporain marginal qui paraît à des périodes marginales, et c'est donc cohérent.
Au sommaire de ce numéro, j'ai avant tout retenu les interventions de la nouvelle directrice de la Collection d'Art Brut de Lausanne, Sarah Lombardi, sur Frédéric Bruly-Bouabré, ainsi que l'article de Déborah Couette sur le thème du voyage dans l'art brut à travers les errances et les fugues d'un aliéné nommé Albert Dadas, personnage qui m'avais moi-même frappé dans le livre de Ian Hacking, Les Fous voyageurs (édité en français voici dix ans chez Les Empêcheurs de Penser en Rond en 2002), et que Savine Faupin avait déjà cité en 2007 dans le texte "Le Voyageur immobile" du catalogue de l'exposition "Trait d'Union, Les Chemins de l'Art Brut (6) à St-Alban-du-Limagnole" (pp.66-67).
René Rigal, L'Africain détail de Si tous les gars du monde... (autre titre, selon Jeanne Ferrieu de la galerie La Menuiserie à Rodez: Les cinq races), bouquet de cannes sculptées représentant chacune un type humain différent (Asiatique, Africain, Européen...) et guettées à leurs pieds par une effigie de diable cornu, Musée Eclaté de Cardaillac, ph. Bruno Montpied, 2011 ; par la suite, cet ensemble de sculptures a été transporté à la galerie La Menuiserie, où on peut la voir durant cet été
Pour ma part, je livre dans ce numéro un court texte, "René Rigal, hors des rails", à propos de ce sculpteur de branches hors du commun que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans la colonne de ce blog.
J'aurai l'occasion dans les mois qui viennent de revenir avec plus d'informations et de photos au sujet de ce grand créateur originaire de l'Aveyron, malheureusement disparu en 2008.
17:03 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art populaire contemporain, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : rené rigal, création franche n°36, albert dadas, déborah couette, savine faupin, art brut, chemins de l'art brut 6, sarah lombardi, bruly-bouabré, fous voyageurs, ian hacking |
Imprimer
25/07/2012
Pédophilie funéraire
01:04 Publié dans Danse macabre, art et coutumes funéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art funéraire, tombes insolites, kitsch, angelots, cul nu |
Imprimer
21/07/2012
Moi j'aime le Tour de France
Il y en a certains que le sport défrise. Pas moi, je dois l'avouer. Pour ces spectacles, que ce soit le rugby, le cyclisme, éventuellement le foot, et bientôt les Jeux Olympiques avec l'athlétisme et tout le fourbi, je suis le plus souvent preneur. Comme les handicapés mentaux du MADmusée, je suis. On leur a proposé les champions du Tour de cette année qui partait de Liège et cela a donné des résultats qui paraissent de loin, à en juger seulement par la mosaïque d'images envoyées en pièce jointe, plutôt variés et rigolos. Ils sont sensibles avant tout au spectacle que donne le Tour avec ses champions, leurs harnachements (ce sont des hommes-sandwich au service de toutes sortes de marchandises, et cela donne des arlequins aux tenues des plus bariolées), leurs machines, leurs acrobaties sur la route, leur aisance à franchir (presque) tous les obstacles (même si c'est parfois à l'aide de quelques substances pas très catholiques). J'aime comme d'habitude ce que fait Yves Jules, son Thomas Voeckler d'Europcar est assez réussi. Tour de France qui passait cette année non loin de la Drôme et de son Palais Idéal, ce qui a permis à Jean-Paul Olivier, l'esthète de service de France-Télévisons, de sortir le nez de ses sacro-saintes chapelles et autres abbayes (l'alibi culturel du Tour) pour proposer à nos yeux médusés un petit sujet sur le chef-d'œuvre du Facteur Cheval. Les millions de téléspectateurs qui regardaient ce jour-là n'en sont pas encore revenus. D'ici à ce que dans un avenir plus ou moins proche on voit passer des concours de Pailloux équipés de vélos tous plus ébouriffants les uns que les autres, je n'en serais guère étonné.
Exposition Tour de France / Portraits 2012 du 15 juin au 8 septembre 2012 au MADmusée
Le vélo hors catégorie d'André Pailloux en Vendée, 2010, photo Bruno Montpied
00:30 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : madmusée, tour de france, cyclisme, rugby, yves jules, facteur cheval, palais idéal du facteur cheval |
Imprimer

























































































