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27/12/2007

Pépé Vignes joue sûrement de l'accordéon au paradis

    Il me semble que personne n'en a parlé (*), mais Pépé Vignes s'en est allé. et cela fait déjà quelques mois cette année, cette année qui meurt à son tour... Nous ne savions plus grand-chose de lui depuis bien longtemps, tant il était protégé de ses admirateurs par ce qui lui restait de famille. Il serait temps de songer à repartir à sa recherche. Voici une première trace ci-dessous. 

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Pépé Vignes, sans titre, crayons de couleur sur papier Canson, 1976, coll.privée, Paris (ce qui pourrait ici ressembler aussi bien à un châlet suisse est en réalité un tonneau, normal pour un homme qui s'appelle Vignes...)
 
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(*): Personne? Pas tout à fait. En regardant mieux, j'ai trouvé que le site du musée de la Création Franche avait indiqué la date du décès de Joseph Vignes à la date de cette année... Un peu plus d'ampleur serait cependant souhaitable pour une telle nouvelle. Il n'y a pas que Julien Gracq qui mérite des hommages.
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Post-scriptum n°2: Personne? Ouh là là... Suite au commentaire de "fd" paru à la suite de cette note, j'ajoute qu'on doit signaler aussi le blog consacré à l'art singulier et à l'oeuvre de Jerzy Ruszczynki qui contient une notice sur Pépé Vignes enrichie de belles reproductions de ses oeuvres, notice où a été également signalée la date de décès de M.Vignes.

22/12/2007

Dictionnaire du Poignard Subtil

ART POPULAIRE:
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   "C'est quoi la culture populaire?
   C'est une culture de création. A l'opposé d'une culture de consommation, les paysans n'ont jamais acheté un épouvantail pour mettre dans leurs champs. Contrairement à l'art bourgeois qui doit durer, se veut exemplaire, l'art populaire est un art de l'immédiat motivé par un besoin collectif et créé avec les moyens du bord. La plume, le bois, la paille.
    Et périssable?
   Périssable et renouvelable continuellement. Evolutif. (...) C'est aussi le bonhomme de neige, la boulette de mie de pain que l'on roule à la fin d'un repas. L'expérience vécue en communauté. Le forgeron qui découpait une girouette pour le toit de son voisin ne la réalisait pas selon les canons de la beauté. Il racontait une histoire. Le tonnelier qui fabriquait un tonneau, le faisait à la vue et au sus de tous. Il partageait la même vie que celui qui s'en servait. C'était un lien journalier. Aujourd'hui, l'idée de promotion sociale a remplacé celle de fraternité."
    Raymond Humbert, extrait de Les cul-terreux: honneur aux morts!, Propos recueillis par Odile Van de Walle dans le n°16 de la revue Autrement, dossier Flagrants délits d'imaginaire, novembre 1978.
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Photo B.Montpied, Loir-et-Cher (non loin de Vendôme), 1992

20/11/2007

L'ange du bizarre, l'art immédiat par l'exemple

   Plutôt que chercher indéfiniment une définition qui tendrait au catégorique, pourquoi ne pas donner un exemple d'art immédiat comme il apparaît, tel un éclair, sans coup férir, au tournant du moment?

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B.Montpied, L'Ange chauve va tirer sa flèche, assemblage, 2007 (oeuvre détruite)

 

   Cet ange chauve, confectionné en pensant à autre chose (je ne faisais pas semblant de penser à autre chose, je vous prie de croire à ma sincérité), à partir d'un bâton d'esquimau (on a les Inuits qu'on peut...), d'une serviette en papier et d'une paille à l'esthétique Buren involontaire, et quelques traits de stylo à bille (qui est la seule activité interprétative qui aide à lire ce que je voyais dans l'objet), est venu aussi vite qu'il est reparti... Car je l'ai ensuite jeté, après l'avoir dûment photographié. Crise du logement oblige... Art immédiat, mystère de ce personnage né de la dernière pluie véritablement, cousin des sculptures involontaires que Dali recense, si mes souvenirs sont bons, dans un célèbre article de la revue Minotaure. Il tient un semblant d'arc, qui est aussi un noeud certes (il le tient? Ou plutôt ce dernier est suspendu à sa taille, les bras étant atrophiés...) La psychanalyse n'a plus alors qu'à jouer sa petite musique qui va toute seule... (arc, Eros ; noeud, phallus ; bras atrophiés, castration ; etc...). Rien n'est décidément plus risqué que le dessin, ou l'assemblage, automatiques...

27/10/2007

Le vingt-huitième numéro de "Création Franche"

 

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  Le n°28 de la revue Création Franche, qui paraît apparemment deux fois l'an, vient de sortir (numéro de septembre). Au sommaire, toujours une suite d'articles sur des créateurs variés, avec ce principe maintes fois réaffirmé auparavant par le rédacteur en chef Gérard Sendrey (artiste et deus ex machina du musée éponyme de la Création Franche, situé comme on sait au 33, ave du Maréchal de Lattre de Tassigny, 33130 à Bègles ; c'est aussi à cette adresse qu'on peut se procurer la revue (8€ le numéro), voir également ici le site du musée), on ne doit y parler que des vivants... Cependant, cette fois, il y a des petites entorses à la règle (mais elles sont justifiées). On parle dans ce numéro (article de mézigue, Bruno Montpied, un habitué des entorses...!) d'environnements spontanés datant "d'avant le facteur Cheval" (François Michaud, Jean Cacaud, la cave des Mousseaux à Dénezé-sous-Doué, une maison sculptée en Margeride, l'abbé Fouré -pas tout à fait d'avant le facteur Cheval celui-ci, c'était en fait un contemporain de Ferdinand- et surtout d'un certain Louis Licois et de son bas-relief très naïf à Baugé dans le Maine-et-Loire).

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Bas-relief de Louis Licois à Baugé (1843), inscription: "J'ai réussi grâce à l'Etre Suprême", (Photo B.Montpied)

   Gérard Sendrey lui-même  pratique aussi l'entorse à ses propres principes puisqu'il évoque dans ce numéro 28 la mémoire des magnifiques dessins tourmentés de Swen Westerberg, le défunt époux de Claude Brabant de la galerie l'Usine à Paris (qui défend depuis tant d'années la création imaginiste de tous bords). Il faut dire que ce principe ne s'applique pas, me semble-t-il, à des créateurs qui sont passés au milieu de nous furtivement et sans trompettes. La renommée n'a pas eu le temps d'apprendre leur existence que déjà ils s'éclipsaient. Et ils avaient très mal su faire leur propre publicité, ce qui est le péché des péchés au jour d'aujourd'hui... Autant dire que l'époque regorge encore plus que les précédentes de créateurs originaux que l'on n'a pas su remarquer. Swen est incontestablement de ceux-là. Les dessins que publie ce numéro de Création Franche, et qui ont déjà fait l'objet d'un livre édité par Claude Brabant dans le cadre de sa galerie (avec 270 dessins reproduits), datent apparemment des années 60. Moi qui ai fréquenté la galerie dans les années 80, je n'avais pas eu vent de leur existence, les dessins que j'avais alors vus ne m'ayant pas autant intrigué. L'auteur n'avait alors peut-être plus l'envie de les montrer.

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Dessin de Swen (veuillez cliquer dessus si vous voulez agrandir l'image)

    Joseph Ryczko, un vieux de la vieille dans ces domaines des arts buissonniers, nous fait découvrir des dessins très ornementaux d'une nouvelle au bataillon, Gabrielle Decarpigny, qui paraît vivre du côté des Pyrénées, dessins fort séduisants si l'on en juge par ceux qui sont reproduits ici.

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Gabrielle Decarpigny, dessins reproduits dans Création Franche

   Trois plumes venues de la Collection d'Art Brut de Lausanne, Sarah Lombardi, Lucienne Peiry et Pascale Marini occupent également le terrain de ce numéro avec des articles sur Rosa Zharkikh, sur les "travaux de dames", les textiles de l'art brut, et sur Donald Mitchell (il m'ennuie un peu celui-ci, déjà aperçu à Montreuil du côté d'ABCD il me semble...). Et que je n'oublie pas de mentionner un article également de Dino Menozzi sur l'artiste Tina San , Menozzi sur qui je reviendrai dans une note suivante de ce blog.

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Juliette Elisa Bataille, Vieille maison de Montmartre, 1949 (Photo Olivier Laffely, Coll.de l'Art Brut, Lausanne, publié dans le n°28 de Création Franche, article de Lucienne Peiry)

    Ce Création Franche est un numéro peut-être un peu plus bref que de coutume mais il contient des textes et des images qui apportent du nouveau et auront peut-être ainsi quelque chance de revenir nous hanter. 

18/10/2007

Les Jardins de l'art Brut de Marc Décimo, présentation du livre

J'ai reçu l'annonce ci-dessous ces jours-ci, je répercute... : 
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"R e n c o n t r e   d é b a t
avec  
Marc Décimo
auteur du livre
Les Jardins de l'art brut
(Editions Les Presses du Réel)
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samedi 10 novembre à 15 heures

Auditorium de la Halle Saint-Pierre
Entrée libre
***
     Les Jardins de l'art brut, de Marc Décimo, parution octobre 2007
     Un essai sur la naissance et le devenir de l'art brut, un parcours en images hors des musées.
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    A partir des traditions médicale, littéraire et artistique qui, chacune selon leur point de vue, se préoccupaient de l'"art des fous", émerge la notion d'art "brut", telle que la définit Jean Dubuffet. A savoir, finalement, la possibilité de faire du résolument neuf dans les pratiques artistiques. Et de croiser, chemin faisant, Raymond Queneau, André Breton et... Marcel Duchamp. 
   Si l'art "brut" trouve enfin place dans divers musées du monde et devient populaire, où aujourd'hui fuit cet art ? C'est ce à quoi se propose de répondre ce livre de façons diverses, explorant jardins et visitant le monde.
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   Maître de conférences à l'Université d'Orléans, Marc Décimo est linguiste, sémioticien et historien d'art. Il a publié une vingtaine de livres et de nombreux articles sur la sémiologie du fantastique, l'art brut, les fous littéraires, sur Marcel Duchamp et sur l'histoire et l'épistémologie de la linguistique.
*
(Auditorium Halle Saint Pierre, 2 rue Ronsard, 75018 Paris)  "
*
(Les images proviennent toutes du site de l'éditeur Les Presses du Réel)

02/10/2007

Pierrot Cassan, un imagier de l'immédiat: MASSIF EXCENTRAL (10)

   Il tenait un dépôt de pain sur la place Pompidou à Mauriac dans le Cantal. C'était une figure du bourg, modeste, discrète, qui ne fit que passer, et n'ayant que peu quitté sa région natale.

   Pourtant il a laissé de nombreuses traces dans la mémoire et les légendes locales. On se souvient de lui de manière tenace. Né en 1913, il est disparu en 1982. Pierre Cassan, dit plus communément Pierrot Cassan, fut charcutier avec ses parents de nombreuses années avant de tenir le dépôt de pain.

  Chétif de constitution, il se fit un point d'honneur à devenir moniteur de gymnastique, initiateur bénévole des gosses de son pays à la natation dans un bassin naturel, et sauveteur d'une quarantaine de personnes sur le point de se noyer. Cela à lui seul lui aurait assuré une place durant quelque temps dans la mémoire locale.

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Photo B.Montpied

  Il eut envie de faire plus. Il se mit sur le tard à peindre la vie de son village. Sur des pauvres cartons qu'il distribuait à l'occasion (car les témoins le répètent, il ne vendait pas). Par exemple à son ami peintre Pierre Mazar (peintre plus académique apparemment), qui les garda pour les sauvegarder. Ou à d'autres amis. Il les exposait sous la vitrine de sa boutique modeste, sans que les passants n'y prêtent beaucoup d'attention.

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Photo publiée sur l'affiche de l'exposition de la médiathèque de Mauriac

  Le temps aidant, les éloges ayant été réitérés par quelques supporters de la région (Pierre Mazar, ou l'écrivain Pierre Chaumeil, un ami de Robert Giraud ce dernier, le blog du "Copain de Doisneau" nous en a déjà parlé à l'occasion...), parfois venus de plus loin (Bernard Buffet...), plusieurs expositions lui ont été régulièrement consacrées, la dernière en date étant celle de la Médiathèque de Mauriac en février 2007. Cette même médiathèque se propose de conserver du reste l'oeuvre afin de la montrer de temps à autre.

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Photo B.M.

   La chasse et ses exploits rarement exempts d'innocentes fanfaronnades, que ce soit après des lièvres, un ours (cantalien?) ou des sangliers, étaient souvent sujets prisés par Pierre Cassan.

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Photo B.M.

   A d'autres moments, ce sont comme des grâces rendues aux compagnons animaux, l'âne, le boeuf, aux nécessaires travaux de tous les jours, à la bonne cuisine (où l'on retrouve le malheureux lièvre qui passe à la casserole "aurillacoise")...

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Photo B.M.

   De même que les saynètes galantes, parfois traitées avec un certain sens du grotesque, comme dans le cas de ces "poutous" échangés entre un certain "Jean-Claude Lassale" et une brune répondant au doux prénom de "Pétuninia"... 

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"Pour l'amour d'une poule, combat de coq à Mauriac"... Le peintre se fait à l'occasion moraliste (Photos B.M.)

   Il n'oublia pas non plus de rendre hommage à celui qu'il appelle, peut-être de manière un peu trop grandiloquente - avec quelque malice bon enfant?- le "maître", Pierre Mazar, plus simplement et avant tout "son ami".

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Photo B.M.

   Ce sont ainsi autant d'instantanés qu'il fixa avec simplicité, ou comme je préfère dire, avec immédiateté, réussissant avec une grâce sans apprêts à traduire directement  son appréhension sensible et truculente des spectacles qui l'environnaient dans son village, approche où il reste cependant difficile de faire la part entre malice et naïveté.

Remerciements à Jean Estaque qui me parla de Cassan aux environs de 1991, ce que je n'avais pas oublié, à Emmanuel Boussuge qui m'en reparla ces derniers temps, à Agnès Barbier qui m'a signalé l'expo de Mauriac, à Régis Gayraud qui nous y a conduits, et à Monique Lafarge de la Médiathèque de Mauriac qui m'a confié gentiment la trop rare documentation qui existe sur ce peintre, que je souhaite ardemment plus connu, spécialement de tous ceux qui s'intéressent aux limites de l'art brut et de l'art naïf. 

09/09/2007

Art immédiat des croix de chemin en Cantal: MASSIF EXCENTRAL (9)

     Il y a déjà plusieurs années, j'avais inséré dans un "Tour de France de quelques bricoles poétiques en plein air" (édition conjointe Gazogène/L'Art Immédiat, "à quelques exemplaires", 1993) une magnifique croix de chemin photographiée à Albepierre (près de Murat dans le Cantal) en 1990. La voici telle que photographiée à l'époque:

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(On lit la date de 1842 sous les pieds du Christ aux allures de marmot crucifié)

      Et la voici à nouveau photographiée en 2007, quinze ans plus tard, bien moins mise en valeur, comme si le sentiment esthétique s'était relâché dans la région...

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(La date est devenue duraille à déchiffrer, les lichens s'en donnent à coeur joie, mais rien d'irrémédiable cependant...)

      Je dis cela parce qu'une autre oeuvre d'art populaire que j'avais également photographiée et publiée dans le même "Tour de France" de 1993, une petite Pieta de facture archaïque et fort belle que j'avais extirpée pour les besoins de tirage de portrait de l'oratoire de bord des chemins où elle végétait (dans la même région, au-dessus d'Albepierre), quinze ans plus tard elle aussi, se trouve passablement amochée par une couche de peinture argentée et dorée, placée qui plus est sur un fond à la couleur un peu trop appuyée (Ripolin, quand tu nous tiens)...

(A gauche, la photo faite en 1990 ; à droite la même Pieta en 2007)

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      Il ne faudrait jamais repasser deux fois par les mêmes fleuves. Et se contenter des premières découvertes. Comme cette autre croix d'Albepierre, pourvue d'une sorte de bulbe en son milieu qui a reçu des décors, des figures symboliques d'une grande beauté simple.

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      Ne dirait-on pas à contempler le visage ci-dessous, placé au revers de la croix ci-dessus, et qui pourrait bien représenter la Mort, ne dirait-on pas contempler une autre "face de carême", comme disait le sieur de Belvert  à propos des visages sculptés par Vaclav Levy (voir note du 12 juillet)? :

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(Photos B.Montpied)

      Les croix de chemin du Massif Central sont légion, quelques livres parus ces dernières années en dressent l'inventaire, ils sont utiles pour partir à leur découverte. Ces sculptures bien souvent ultra naïves, proches de l'art brut, anciennes (on en trouve au XVIIe siècle, au XVIIIe et surtout au XIXe siècle), réalisées par des sculpteurs provinciaux, bien souvent improvisés et autodidactes, réinterprétant des motifs codifiés de la statuaire religieuse de leur temps, sont aussi intéressantes à dénicher que les environnements spontanés type Palais Idéal et autres Picassiette. Elles en sont proches cousines, de même que les créations décoratives en rocaille que l'on voit encore ici ou là. Parmi les ouvrages, on distinguera celui de Pierre Moulier,"Croix de chemin de la Haute-Auvergne" aux éditions Créer, en 2003.

[Nous commençons un album de photos sur les croix de chemins à partir d'aujourd'hui (9 septembre 2007)]

28/07/2007

Introduction à l'art immédiat en Massif Central: MASSIF EXCENTRAL (1)

     La première note que j'ai écrite sur ce blog début juin concernait la Suisse et plus particulièrement la région d'Appenzell-Toggenburg que domine la montagne magique du Säntis.

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(Petit rappel, c'est ça le Säntis)

     Pôle magnétique que cette montagne semble-t-il irradiant l'inspiration vers ses "Sylvester klaüse", hommes sauvages errant dans la neige en quête d'offrandes humaines, épouvantails ambulants dont l'épouvantail en fer blanc du Magicien d'Oz est comme un écho amoindri... Déchaînant les muses, également, des peintres-paysans bien connus dans ces régions...

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    Or, il m'est apparu, après un tout récent voyage dans le Cantal, appelé là-bas par un ami dont j'avais fait la connaissance grâce à la lecture (qu'il avait faite avec beaucoup d'années de décalage) d'une plaquette éditée par moi à compte d'auteur en 1993 (son titre: Tour de France de quelques bricoles poétiques (inédites) en plein air, édition conjointe Gazogène/L'Art Immédiat), que nous avions ici aussi, en France, un massif -eh oui pas seulement une montagne- qui pourrait bien être un autre pôle magnétique d'inspiration, de par ses forces souterraines latentes, la chaîne des puys, le Massif Central et ses anciennes traces de volcanisme.

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Le Puy Mary vu du village du Claux et plus particulièrement vu depuis la tombe de l'excellent écrivain André Vers

      Les exemples de créations populaires sont ici légion que l'on songe aux mystérieux Barbus Müller (à l'origine de l'Art Brut), ou à d'autres sculpteurs sur lave comme Joseph Barbiero, au peintre classé dans l'Art Brut Jean Tourlonias (résidant à Cébazat), ou à cet autre peintre naïf bagnard, originaire de Clermont-Ferrand, Pierre Huguet, décorateur d'une église à Iracoubo en Guyane, à ce dessinateur étonnant de Toulon-sur-Allier nommé Alphonse Courson (révélé dans le recueil de textes divers rassemblés par Pascal Sigoda sous le titre L'Auvergne insolite), ou à l'imagier Pierrot Cassan à Mauriac dans le Cantal, ou encore à ces nombreux décors sculptés qui parsèment le Massif ici ou là, par exemple dans le Cantal, le Puy-de-Dôme, ou le Velay. On y trouve en nombre des croix de chemin d'un archaïsme et d'une ingénuité époustouflants, calvaires en étroite réduction des célèbres calvaires de Bretagne. Les Inspirés du Bord des Routes, si l'on n'a pas encore trouvé de sites d'une grande ampleur, sont aussi présents dans le Massif Central, à commencer par le plus ancien des environnements français en plein air, celui de François Michaud dans la Creuse, près du Plateau de Millevaches (voir ma note du 10 juin). Mais il y en a d'autres, dénichés parfois par moi (comme Michaël G. à St-Flour que je fis connaître à Emmanuel Boussuge qui l'a cité dans le n°1 de sa revue Recoins), parfois par d'autres comme Nicolas Galaud qui signala l'environnement de René Delrieu à Ally dans le Cantal.

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Pierrot Cassan, scène de turf, dépôt à la Médiathèque de Mauriac (Cantal)

     Dans le Cantal, Emmanuel Boussuge, depuis quelque temps donc, sérieusement mordu par la passion de l'art populaire insolite en Auvergne, s'est mis à prospecter furieusement chaque arpent du Cantal oriental (encore l'oriental, comme pour la Suisse...!). Il est en passe de devenir le pape du linteau naïf. Pas une croix de chemin qu'il ne connaisse avec leurs différents éclairages de la journée... sans compter qu'il se trouve également le découvreur d'un certain nombre de créateurs non repérés jusqu'à présent (créateurs d'environnements, ou artistes populaires).

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(Photo B.Montpied)

      N'oublions pas que c'est aussi dans le Massif Central que commença l'aventure de l'Art Brut avec l'existence au sein de l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole en Margeride du sculpteur extraordinaire Auguste Forestier, dont la découverte par Dubuffet (en 1944) est antérieure aux découvertes qu'il fit par la suite en Suisse. Une exposition cet été, organisée par le Musée d'art moderne de Villeneuve-d'Ascq, se charge de le rappeler à nouveau.

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Un "Barbu Müller", sculpté dans la lave, et tel  qu'il est exposé du 4 juin au 1er Septembre au Château de Saint-Alban-sur-Limagnole dans le cadre de l'exposition Trait d'Union, les Chemins de l'Art Brut 6

     Je me propose donc dans les semaines qui viennent de revenir plus en détail sur ces différents sujets.

    Mais pourquoi "Massif Excentral", me direz-vous avant que je passe à la prochaine note ? C'est qu'il m'est aussi apparu (que d'apparitions en douze jours...) que ce Massif devenait de moins en moins central, ou du moins que ce centre, on le contournait, on l'oubliait, on le méprisait peut-être même, et que donc il devenait de plus excentré... De là, ce jeu de mots d'ex-central qui n'est guère malin, j'en conviens, mais qui constitue tout de même un titre acceptable... Ce Massif, arraché à sa condition qui aurait dû être centripète, abrite peut-être de ce fait tout ce qui compte aujourd'hui parmi les inspirés et les excentriques authentiques, bref dans la création la plus purement immédiate (c'est aussi dans le Massif Central, près du Velay, que s'abrita près de vingt ans le théoricien situationniste Guy Debord...).

    Une autre question subsidiaire... Pourquoi, alors qu'au pied du Säntis en Suisse, dans un pays idolâtrant ses ruminants, s'est développé l'art de la poya, peinture des montées aux alpages exposée sur les pignons, sur les étables, comme si cette peinture était faite pour les vaches elles-mêmes, pourquoi la même chose ne s'est pas produite dans le Massif Central? Une peinture pour les vaches, je ne sais (hormis les premiers peintres naïfs anglais) que Dubuffet pour l'avoir tentée (sûrement influencé par l'art des poyas suisse, dans ce pays qu'il aimait particulièrement). Mais j'aurai cependant l'occasion d'évoquer l'art pour les pigeons voyageurs des pigeonniers de Limagne...!

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Vaches de race Salers sous le Puy de la Tourte (Cantal), divinités égyptiennes? (Ph. B.Montpied)

05/06/2007

Im Lagerhaus, l'autre musée d'art brut en Suisse

  A feuilleter l'innombrable documentation sur l'art brut, on tombe parfois sur la mention du "Museum Im Lagerhaus" à Saint-Gall (St-Gallen en Suisse alémanique), spécialisé, ultra-spécialisé même, dans l'art brut et naïf suisse, uniquement suisse. Et pour corser le tout, ses deux animateurs principaux, Simone Schaufelberger-Breguet et Pierre Schaufelberger, lorsqu'on leur demande de préciser, ajoutent: oui, suisse et même de Suisse orientale...

  Nulle trace de chauvinisme derrière une telle spécialisation, comme je l'avais redouté en allant me promener à St-Gall récemment. Simplement, un désir de mieux faire  connaître une région méconnue à la fois sur le plan artistique et sur le plan géographique.

  Un autre des amis du musée, Peter Killer (j'adorerais m'appeler ainsi...), dans Le Säntis, montagne magiqueLe Massif du Säntis, ph.B.Montpied, 2007.jpg (publié dans le catalogue "Oh la vache", Art naïf suisse né autour de la montagne magique du Säntis, expo à la Halle Saint-Pierre en 1997 qui était entièrement pilotée par les animateurs du musée Im Lagerhaus) souligne qu'en Suisse l'art populaire singulier se rencontre avant tout dans deux zones "bien délimitées",  dans la zone ouest et dans la zone est. Rien au nord et au sud, donc...

  Ca tombe bien, il y avait déjà un musée d'art brut à l'ouest, celui de Lausanne pour ceux qui l'auraient oublié, il en fallait donc un à l'est et c'est à Saint-Gall qu'il est né voici déjà 19 ans... Non loin du massif de l'Alpstein que domine la montagne effectivement magique du Säntis (notre photo ci-dessus). Cependant, petite, ou grosse, différence avec Lausanne, on n'y montre pas seulement de l'"art brut". Les animateurs d'Im Lagerhaus (au fait, ça veut dire quelque chose comme "l'Entrepôt") se passionnent tout autant pour l'art brut (ils ont défendu Hans Krüzi ou Aloïs Wey par exemple) que pour les peintres paysans naïfs, voire naïfs-bruts, de l'Appenzell-Toggenburg (car c'est incroyable le nombre de générations de créateurs qui se sont succédées autour de cette fameuse montagne; on ne peut guère comparer ce genre de phénomène qu'à des pays comme Haïti où des dizaines de créateurs autodidactes se sont manifestés au fil du siècle; pourtant Haïti et la Suisse, le vaudou ou la vache, la pauvreté et la richesse, qu'est-ce qui les unit? Un seul trait commun peut-être, une certaine idée de la sauvagerie, les cérémonies vaudou et le rite des Sylvester Klaüse, les Hommes sauvages d'Urnasch, au pied du Säntis encore et toujours...). Ils aiment aussi ce qu'ils appellent, à la manière anglo-saxonne, les "Outsiders" (Ignacio Carles-Tolra par exemple). Ils laissent leur compas d'appréciation (un autre outil aussi utile qu'un poignard subtil) grand ouvert.

  Lors de ma visite ultra courte (deux heures de temps), avec la chance de tomber sur les deux animateurs du musée qui préparaient leur nouvelle exposition (sur des créateurs d'instruments de musique faits à partir de matériaux de récupération, Max Goldinger, Gottfried Röthlisberger et autres), je suis allé de découverte en découverte. Avez-vous entendu parler de Pya Hug?

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(Dans le musée de cire de Pya Hug, d'après photo Mario Del Curto)

       Connaissez-vous Ulrich Bleiker? Aloïs K.Hüllrigl? Et John Elsas (formidable, John Elsas)? Et Maria Török? Tous ces créateurs, je ne sais où je dois les ranger, je n'ai vu d'eux que leurs oeuvres accrochées dans la collection permanente, ou bien seulement en illustrations dans des livres (il y a une petite librairie extrêmement bien fournie) sans rien comprendre du contexte sociologique de leur création. Mais ce que j'ai vu m'a exceptionnellement intrigué, me donnant l'envie d'en apprendre plus. e91a335e07ad6fbbe4c53663f7fb7cea.jpgLa langue allemande est l'obstacle à l'amplification de la découverte, mais grâce aux deux animateurs de l'endroit, Pierre et Simone Schaufelberger, qui ont eu le courage et la générosité d'apprendre à parler un excellent français, on doit espérer que les ponts resteront jetés entre l'est et l'ouest. Je n'ai pas encore dit à quel point ces deux personnes m'ont laissé une grande impression de culture, de savoir-faire, de passion désintéressée pour ceux qu'ils rassemblent et tentent magnifiquement de faire connaître... Eh bien, c'est chose faite.

   A l'avenir, j'espère pouvoir revenir plus au large sur les créateurs ci-dessus mentionnés.

 

 

   Les photos de cette note sont dues à B.Montpied sauf celle de Pya Hug qui a été extraite par nos soins de la monographie Das  wunderbare Universum von Pya Hug écrite par Simone Schaufelberger (sans date), disponible au musée "Im Lagerhaus" (pour les contacts, cliquer sur le lien surligné en bleu au début de la note).