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21/07/2011

Naïfs théâtres de verdure, ceux qui refont le monde autour d'eux

   Tel est le titre d'un nouvel article que j'ai consacré, dans la récente deuxième livraison de la revue littéraire Jardins, publié aux éditions du Sandre, aux environnements spontanés créés par des retraités de la classe ouvrière. Ce n°2 de la revue est placé sous le signe du "réenchantement". Pas d'images, que du texte, j'aime ce parti-pris radical qui concernera tous ceux qui ne désespèrent pas encore complètement de la pensée et de la lecture. Il est possible de déambuler parmi les jardins en pensée seulement, c'est même plus libertaire, car chaque lecteur se fait les images qu'il veut en lisant (c'est pourquoi un lecteur est invariablement déçu lorsqu'il découvre une adaptation filmée d'après une de ses lectures).

 

 

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     Lisons quelques lignes au hasard, prises dans une des nombreuses contributions de ce numéro, celle de Claude Dourguin, Propos de jardins:

      "Au hasard des déambulations à travers les villes, des promenades matinales - à moins que ce ne soit, saison favorable, dans les soirées -, parfois on surprend des jardins. Une rue devient provinciale, tranquille où traversent des chats, quelque chose ici se desserre, le temps, dirait-on, est comme suspendu, au-dessus d'un mur des branches font signe. On ne voit presque rien, des feuillages, parfois un rosier qui a grimpé hardi tend deux, trois roses au ciel, pourtant le pas s'éteint de lui-même, et l'on reste là, pensif, reconnaissant - quelle présence inconnue fait ce don? Car de l'autre côté, on le sait bien, dérobé aux furieux constructeurs, tenant tête, un petit enclos de résistance verte, une délectation, une rêverie."

     Dans ma propre contribution, Naïfs théâtres de verdure, je reviens bien entendu sur un certain nombre de créateurs d'environnements hétéroclites naïfs ou bruts, certains évoqués dans mon livre Eloge des Jardins anarchiques. J'en profite ici pour pointer davantage les sources et les techniques employées pour faire naître ces statues et autres édifices étonnants, eux aussi exemples inconscients de "résistance aux furieux constructeurs". Travaillant sans aucune honte de la copie, mais adeptes d'un détournement qui ne dit pas son nom, concernant à la fois les matériaux, mais aussi les thèmes, les sujets, les modèles. On n'a pas de culture? Qu'à cela ne tienne, on récupère celle qu'on trouve autour de soi, notamment dans la petite boîte à images qui bougent, et vogue la galère, on bricole et on invente, on s'incorpore tout ce qui passe sous l'oeil et la main, comme Ferdinand Cheval dans son Palais, où des fragments de maquettes d'autres architectures se retrouvent absorbés, digérés, recrachés ente deux cascades de rocaille...

 

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Palais Idéal du Facteur Cheval, maquette incorporée dans la façade est, ph. Bruno Montpied, 2011

 

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Le couple Pauline et Charles Billy à Civrieux-d'Azergues, ph BM, 1990 ; autour d'eux les maquettes de monuments du monde entier que Charles avait "lâchés" et organisés dans le jardin entretenu par Pauline, inspiré qu'il avait été par les maquettes d'architecture installées dans les niches de la façade ouest du Palais de Ferdinand Cheval.

 

     Ces créateurs se hissent, par delà la constatation de leur vie dissipée dans des tâches aliénées à la nécessité de survivre matériellement, à la position de nouveaux héros de la classe ouvrière ou paysanne, par le dépassement qu'opérent leurs constructions automatiques, tels des poèmes de ciment nés comme du chiendent.

 

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Bruno Montpied, première page de Naïfs théâtres de verdure, ceux qui refont le monde autour d'eux, Jardins n°2

Le n°2 de Jardins est disponible dans toutes les bonnes librairies un peu curieuses, par exemple à l'Ecume des Pages, à St-Germain-des-Prés, à Paris (6e ardt). Sinon, on peut aussi s'adresser aux Editions du Sandre, 57, rue du Docteur Blanche, 75016, Paris. Il existe aussi un site web lié à la revue: http://revuejardins.blogspot.com/, où l'on trouvera une adresse électronique où demander la revue. Ce site propose quelques images (il faut bien penser à  ceux qui trouvent les textes trop longs...).

 

16/07/2011

Tournée musicalternative dans les lieux du singulier ou du brut

     Là encore, le lapin blanc de l'info singulière ne cesse de retarder (c'est pourquoi il regarde compulsivement sa montre). Il me faut vous signaler de toute urgence, avant la fin du jour, le programme chargé d'un groupe au nom particulièrement compliqué L'Autopsie A Révélé Que La Mort Etait Due A L'Autopsie, composé de quatre musiciens expérimentaux, par ailleurs férus, paraît-il, d'art singulier et d'art brut (Franck de Quengo, Sébastien Borgo -qui prépare, dit le programme de leur tournée, un livre sur les "aménagements artistiques des maisons et jardins d'Alsace", on attend de voir ça...-, Nicolas Marmin/Aka Bondage (je sais pas ce que ça veut dire ce double nom) et Anla Courtis, qui ne sera présent que par des enregistrements semble-t-il).

 

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Au Musée du Pays Foyen, quelques têtes de Franck Barret, la femme de l'explorateur et Jeanne d'Arc, Ste-Foy-la-Grande, ph. Bruno Montpied, 2008

 

     Je ne sais pas trop ce que vaut la musique de ces messieurs, mais l'originalité de leur projet consiste à mes yeux dans le tour de France qu'ils annoncent pour la semaine qui commence demain du 17 au 25 juillet, qui va les faire tenter d'instaurer un dialogue musical avec les lieux insolites où ils ont prévu de confronter leur propre inspiration. Sept lieux sont au programme, la Halle St-Pierre dimanche 17, à 15h (le concert donne accès aussi à l'expo sur la collection de Charlotte Zander), lundi 18 à "la Forge" de Florence Marie, à Honfleur (concert à 20h), mardi 19, à la Grotte-Chapelle de Jean-Michel Chesné à Malakoff (pas d'horaire indiqué, se reporter au programme général de cette tournée) le mercredi 20 au Musée du Pays Foyen, où est conservé un ensemble de vestiges de statues en terre sauvées de la ferme de Franck Barret (concert à 18h30 au musée et à 21h au bar "Le Chai"), le vendredi 22 juillet sur le site de "la Construction Insolite" du Musée des Arts Buissonniers à St-Sever-du Moustier (concert à 21h), le samedi 23 à la Villa aux Cent Regards de Victor Grazzi à Montpellier (pas d'horaire indiqué, renseignements au 06 68 38 65 45) et le lundi 25 au Festival "Laisser le passage libre" à Barnave dans le Vercors, http://www.laisserlepassagelibre.org.

 

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La "Construction Insolite" à St-Sever-du-Moustier (Aveyron), chantier en cours..., ph.BM, 2011

    

15/07/2011

Monchâtre dans l'Aveyron, une expo en fanfares

     Vite, vite, dit le lapin blanc de l'information singulière et buissonnière, il me faut vite annoncer pour demain samedi 16 juillet les 15e rencontres de fanfares, et autres "joutes aveyronnaises de musiques acoustiques et ambulatoires" (ouf, je l'ai dit d'une traite sans respirer!) qui vont se tenir dans l'inspiré village de Saint-Sever-du-Moustier à partir de 16h. Demandez le programme ci-dessous:

Fête des fanfares à St-Sever, 2011.jpg

     St-Sever qui n'a rien de sévère ni d'austère abrite on le sait déjà peut-être un excellent petit musée, judicieusement nommé "Musée des arts buissonniers", animé par l'association Les Nouveaux Troubadours qui a deux cordes (au moins) à son arc, le chantier constamment in progress de la "Construction Insolite" (j'y reviendrai) et la Maison Coubez au coeur du village, face à l'église aux belles gargouilles, qui cache une excellente collection d'art brut et d'art singulier.

 

F.Monchâtre à St-Sever, 2011.jpg

François Monchâtre, exposition au Musée des Arts Buissonniers à St-Sever-du-Moustier du 16 juillet au 17 septembre 2011

   

     Ce dernier corpus fait l'objet d'un tri assez efficace (rien à voir avec les festivals du même nom se tenant un peu partout en France qui mettent en avant des centaines de faiseurs de têtes à Toto nés de la dernière pluie, sous-sous-arrière-petits-enfants édulcorés de Gaston Chaissac). J'y reviendrai là aussi. Demain 16 juillet, c'est aussi dans ce musée le vernissage d'une expo consacrée à François Monchâtre, un ancêtre (si je peux me permettre, pardon M. Monchâtre si vous me lisez) du bon art vraiment singulier. Monchâtre est connu pour ses machines et ses personnages de crétins "du néant retournant au néant", comme il est dit sur une plaquette d'invitation à une autre exposition qui elle se tient déjà depuis le 30 juin jusqu'au 18 septembre à Rodez, dans la galerie Sainte-Catherine (Maison départementale de la culture, 5, place Sainte-Catherine, 12000 Rodez; site: www.aveyron-culture.com/saintecatherine et blog: www.mdc12.fr). A noter que le commissariat de cette expo a été confié à l'équipe, qui aime à rester anonyme, du Musée des Arts Buissonniers. 

F.Monchâtre à Rodez, 2011.jpg

Monchâtre à Rodez aussi, ph. Jean-Claude Launey

14/07/2011

Gabriel Albert, première monographie sur un inspiré par les services de l'Inventaire

     Est paru en mars, (le même mois que mon bouquin Eloge des Jardins Anarchiques), un magnifique ouvrage de taille imposante, bourré de photos, plans et documents divers, qui inventorie l'intégralité des 420 statues (dont une trentaine de volées) que laissa le menuisier Gabriel Albert à sa mort en 2000 (il était né en 1904, il faillit couvrir tout le siècle) dans son jardin à Nantillé (Charente-Maritime). C'est le résultat du travail hors-pair de divers auteurs, au premier plan desquels Michel Valière, Fabrice Bonnifait, Thierry Allard et Yann Oury, travail illustré de nombreuses photos, principalement de Gilles Beauvarlet, Raphaël Jean, et Christian Rome (accessoirement, on retrouve aussi des photos anciennes de Jacques Verroust et de votre serviteur, notamment lorsqu'il s'agit de montrer des statues disparues, ou des positionnements de ces mêmes statues différents de ceux d'aujourd'hui).

 

Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve

 

      Ce livre, "Le Jardin de Gabriel, l'univers poétique d'un créateur saintongeais", est édité dans la collection Images du Patrimoine, n°266, par le service de l'Inventaire de la Région Poitou-Charentes (depuis 2004, ce sont les régions qui sous le contrôle de l'état se chargent des enquêtes d'inventaire du patrimoine), en collaboration avec les éditions Geste.

 

Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve

Gabriel Albert, jeune fille à l'oiseau, ph.Bruno Montpied, 2006

 

     Le livre est une somme qui permet véritablement de faire presque le tour de la question du jardin de Gabriel.Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve Des photos aériennes, des plans du jardin avec les emplacements des statues volées, des descriptions minutieuses des oeuvres sur place, le tout rédigé avec simplicité et précision (comme savent le faire les auteurs de ces cahiers d'Inventaire généralement, ce qui rend leurs ouvrages particulièrement agréables à parcourir), sans oublier le lien que l'on peut faire avec le site de l'Inventaire Poitou-Charentes, où l'on retrouvera une carte interactive du site, ainsi qu'un diaporama, et 411 statues étudiées sur un total de 420 créées par Gabriel Albert, tout cela donne le sentiment que l'on a fait véritablement le tour du sujet, de la manière la plus objective, sans se payer de mots inutiles.

 

Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve

Jardin de Gabriel Albert photographié en 1988, trois ans avant que ne s'arrête l'auteur, ph.BM ; à droite scène de l'Angélus de Millet

 

     L'amateur a désormais en main un outil adéquat pour partir à la découverte de cet homme singulier improvisé sculpteur à sa retraite, après des années de labeur, qui ne lui avaient pas fait oublier ses rêves de jeunesse, où il avait caressé un court moment l'espoir de devenir un jour artiste. Ce qui est un cas resté exceptionnel dans le corpus des "inspirés du bord des routes". Je ne vois qu'un Gaston Mouly, sculpteur et dessinateur lotois, qui puisse lui être comparé pour ce désir refoulé d'être artiste. Parmi les descriptions des statues, on trouve également nombre de renseignements documentant la façon de travailler d'Albert, ainsi que les sources des images qu'il a cherchées dans certains cas à transposer ou à imiter.

 

Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve

 

     Ce site est cependant - en dépit de cette publication, qui ne manquera pas d'interpeller tous les acteurs responsables de la pérennité de cet ensemble rare de sculpture autodidacte naïve en plein air - ce site est toujours en danger de ruine. La préfecture de la région Poitou-Charentes vient de promulguer un arrêté « portant inscription aux Monuments Historiques » de «  ce jardin [qui] présente au point de vue de l’histoire et de l’art un intérêt suffisant pour en rendre désirable la préservation en raison du caractère unique de cette œuvre souvent assimilée aux meilleures productions de l’art brut ». En attendant, les statues perdent la face, et les corps se couvrent d'une lèpre grise bien disgrâcieuse. Contrairement à  certains avis formulés dans le livre de l'Inventaire, je trouve l'état actuel du jardin très dégradé par rapport à ce qu'il était en 1988, date à laquelle je l'ai visité. Il était alors dans toute sa splendeur. Les statues étaient à l'apogée de leur éclat, leur modelé, leur finesse faisaient alors toute l'originalité du site. La restauration du site devrait viser à retrouver cet âge d'or devenu bien lointain.

 

Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve

Photogramme extrait de mon ensemble de films en Super 8 "Les Jardins de l'art immédiat", 1988 (le personnage au gibus à droite a disparu aujourd'hui du jardin, probablement volé ; les statues alors étaient en leur âge d'or)

Gabriel Albert, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, habitants-paysagistes, inventaire du patrimoine, sculpture naïve

Article de Sud-Ouest, juin 2011 ; communiqué par Patrick Métais, que je remercie ici

Le livre est trouvable à la librairie de la Halle St-Pierre à Paris. Sinon, dans toutes les bonnes librairies, comme on dit. On se reportera au site de l'Inventaire Poitou-Charentes pour d'éventuelles commandes.

   

02/07/2011

Info-Miettes (12)

Expo Ody Saban tout l'été au musée de la Création Franche

     Cela se tiendra du 1er juillet au 4 septembre au musée de Bègles.

 

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Du côté de chez Chave maintenant...

    Galerie Alphonse Chave, à Vence, on monte une exposition intitulée de façon un peu tarabiscotée je trouve, "L'harmonie des antonymes", avec en épigraphe sur le carton d'invitation quelques mots d'Héraclite d'où il ressort que "tout [surtout l'harmonie] devient par discorde" (le Poignard Subtil se voit ainsi confirmé dans ses choix)... Du 18 juin à fin août 2011. Avec Georges Bru, Gaston Chaissac, Gérard Eppelé, Jean Dubuffet, Slavko Kopac, Max Ernst, G.Lauro, Jean-François Ozenda, Jacques Prévert, Georges Ribemont-Dessaignes et alii... Tél: 04 93 58 03 45.

Le Musée des arts populaires de Laduz n'est plus subventionné...

     Jacqueline Humbert se bat toujours pour maintenir la merveilleuse collection construite par elle et son mari décédé en 1990, Raymond Humbert. La région lui refuse la subvention qu'elle recevait pourtant depuis plusieurs années. A-t-on décidé d'étrangler par l'indifférence et l'insensibilité (pour ne pas dire l'ignorance) des élus toutes les collections d'art populaire, qu'elles soient comme en l'espèce privée, mais ouverte aux publics de tous âges, ou qu'elles soient étatiques comme celle de l'ex-musée des ATP autrefois installé près du Jardin d'Acclimatation dans le Bois de Boulogne à Paris, et qui végète à présent dans on ne sait quel entrepôt en attendant que se bâtisse le mirifique bâtiment promis depuis des lustres près du fort Saint-Jean à Marseille?

 

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    En attendant, le musée de Laduz tient cependant à organiser une exposition d'été, et cette fois on reviendra à la peinture de Raymond Humbert qui fut un admirable paysagiste abstrait, parallèlement à sa passion pour l'art populaire qu'il interprétait en visionnaire. Sans doute, Jacqueline Humbert puisera dans la force intacte des oeuvres de ce grand vivant l'énergie de faire face aux défis qui attendent le musée. Je ne saurai trop inviter tous ceux qui subodorent la poésie présente au sein des arts populaires à venir visiter ce musée champêtre qui n'a rien à voir avec les collections habituelles de vieux outils poussiéreux. Sa muséographie est sans cesse attractive, attachée à mettre en valeur tous les côtés inspirants de la vie créatrice des campagnes anciennes, en s'appuyant sur la valeur esthétique des objets présentés. Son département de sculpture populaire insolite de plus flirte avec l'art brut, de même que ceux de la marine populaire ou de la mémoire des campagnes font parfois allusion à l'art naïf.

 

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Akram Sartakhti

    J'ai laissé passé l'occasion de parler de cette femme iranienne (née en 1950) qui chipa les pastels de son petit-fils pour lui montrer ce dont elle était aussi capable, non mais... (on pensa à d'autres qui firent de même, comme M'an Jeanne par exemple, ou Joseph Barbiero encouragé par un fils artiste, ou encore Boix-Vives lui-même... non?). La cafétéria de la Halle Saint-Pierre abritait une petite expo de ses oeuvres colorées et stylisées du 10 janvier au 13 février dernier.Akram 6.jpg La galerie Hamer à Amsterdam l'a aussi exposée entre mars et mai, avec une brochure à la clé préfacée par Laurent Danchin qui précise dedans qu'elle a commencé il y a seulement dix ans et que malgré le fait qu'elle ait caché d'abord ses oeuvres à son petit-fils, ce dernier, ayant quand même découvert ses dessins, les porta à l'attention de quelques experts, ce qui amena une ou deux oeuvres de sa grand-mère au musée d'art contemporain de Téhéran. C'est pour le peu qu'on a pu en voir à la Halle, une oeuvre fraîche et spontanée, joyeusement colorée et dégageant une grande vitalité grâce à la conjugaison de formes simples, suggestives avec de sensuels contrastes de teintes. Seuls les fonds peuvent paraître un peu vite faits comme si la peintre n'y attachait que peu d'importance. On ressent alors une impression de travail fait dans l'urgence, avec la bizarre sensation d'une précipitation.Akram 5.jpg

     Une autre peintre autodidacte iranienne existait aussi naguère, décédée à présent, qui était peut-être plus inspirée et brute qu'Akram Sartakhti, à savoir Mokarrameh Ghanbari, que ce blog-ci a évoqué voici déjà quelque temps, que l'on se reporte à... ces notes...

 

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Une oeuvre de Mokarrameh Ghanbari

Au Madmusée de Liège on révise son histoire...

     "Harvest", c'est le titre de l'exposition estivale du Musée d'Art Différencié (qui donne ce bel acronyme de MAD), titre très Neil Young, un peu trop anglais pour mon goût (est-ce que "moisson", ça fait péquenot chez nos amis belges...?). Elle se tiendra en deux lieux, en accès libre, au MADmusée du 2 juillet au 10 septembre, et au Grand Curtius, toujours à Liège, du 2 juillet au 13 novembre. Le propos du commissaire d'exposition (Brigitte Van Den Bossche?) est de montrer comment le "futur de la collection se dessine, grâce aux acquis des dernières années".ody saban,raymond humbert,akram sartakhti,mokarrameh,galerie hamer,art singulier,laduz,jacuqeline humbert,arts populaires ruraux,art contemporain iranien Depuis que j'ai vu des parties de ces acquis à l'expo parisienne de la Maison des Métallos, j'acquiesce à toutes ces propositions. Donc, que ceux qui le peuvent aillent faire un tour à Liège, une fois.

24/06/2011

Marie Espalieu dans Gazogène n°32

     Voici un numéro de la revue Gazogène qui voudrait nous faire plus amplement découvrir les bois naturels peints et assemblés d'une dame Marie Espalieu (1923-2007) qui vécut à Crayssac dans le Ségala (je sais pas où c'est, je vais voir sur Google, ah, c'est prés de Cahors, au nord-ouest, pas loin de Catus,  la région où vivait Gaston Mouly). Cette dame a été photographiée par Robert Doisneau, et l'on dirait que c'est son seul titre de gloire tant les contributeurs de cette revue ne cessent de nous le répéter.

 

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    La revue est en effet constituée de plusieurs textes de différents auteurs qui se marchent sur les pieds les uns des autres, répétant les mêmes choses, la candeur, la voyance, les bois qui parlent, etc. N'eut-il pas été plus utile et plus efficace de se contenter de dresser un catalogue en images des oeuvres de cette dame, restée encore passablement inconnue jusqu'à présent -du moins au large du Ségala- avec quelque bon texte décrivant sa façon de travailler, une petite bio, plus une analyse plus fouillée (il suffisait pour ce faire de laisser parler Benoît Decron, l'ancien conservateur du musée de l'Abbaye Sainte-Croix aux Sables-d'Olonne qui dans ce numéro livre une saine analyse remettant en question divers clichés)? La revue part un peu dans cette direction avec de nombreuses illustrations. Hélas, elles restent pour la plupart en noir et blanc, ce qui pour une œuvre où la couleur joue un grand rôle, on l'avouera, est un choix bizarre (mais Gazogène on le sait, il nous le serine assez, fait le choix de "l'humilité"... à moins que ce ne soit celui du misérabilisme?).

    Car les oeuvres de Marie Espalieu en bois peint, assemblées avec des clous, frustes, parfois enfantines, proches de certains travaux populaires de patience du temps jadis des campagnes, méritaient bien un hommage. Un hommage qui aurait évité d'être un prétexte pour certains d'étaler leurs ego (qu'ai-je à faire du "Tonton René" de monsieur Maurice?...) ou leurs états de service (toujours monsieur Maurice qui se montre par deux fois en photo, publie trois textes -je ne compte pas les textes non signés- dont un ancien qui ne fait que rajouter à la redondance  générale du numéro). Tout cela sans doute de peur d'être oublié vraisemblablement, mais t'inquiète pas Jean-François, ça finira tout de même par arriver, hélas).

La Revue Gazogène est diffusée, à Paris, à la librairie de la Halle Saint-Pierre. Sinon, on peut se la procurer en écrivant à Jean-François Maurice (comme de juste!), Le Bourg, 46140 Belaye.jfmaurice@laposte.net. Il vous en coûtera 17 € le numéro. 

20/06/2011

Toujours plus d'Acézat!

    Me voici de retour de Bordeaux, le cabas bien chargé de photos de peintures d'Acézat, l'artiste inconnue (ou méconnue?) dont j'ai déjà parlé sur ce blog à trois reprises. Remarquable peintre que j'ai rencontrée là! Grâce en tout premier lieu à Alain Garret, à Astrid aussi qui en avait parlé à Alain, et puis aussi désormais grâce au mari aimant d'Andrée Acézat, Lino Sartori, ancien chef de chantier dans le bâtiment devenu lui aussi artiste à la retraite, encouragé sans doute par le compagnonnage avec cette femme qui pratiqua l'art toute sa vie. Il faut aussi rendre grâce à un collectionneur de la région qui souhaite garder l'anonymat. Ce dernier a mis à l'abri une bonne partie de la production d'Acézat, production qui aurait très bien pu partir au feu, son auteur ayant failli faire le vide à un moment donné (faute d'attention à son travail?)... Comme je l'ai dit dans une précédente note, une chaîne de solidarité admirative se met en place, empêchant de laisser couler vers l'oubli la mémoire de cette créatrice authentique et tout à fait à l'écart.

 

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Andrée Acézat entre Alain Garret (à gauche) et son mari Lino Sartori (à droite), vers 2001, archives Sartori

 

     L'œuvre de cette dame au regard incisif vis-à-vis de ses contemporains, ou "caustique" comme me le souffle Garret, vous pourriez facilement la manquer, si vous  vous contentiez de survoler la pointe immergée de l'iceberg (les quelques images qui font sa signature apparente, celles que j'ai utilisées justement en premier sur ce blog). Acézat ne cherchait pas à plaire, mais elle dessinait parfois avec un laissez-aller plus puéril qu'enfantin, qui la mettait au bord du dessin humoristique et du croquis de bande dessinée (il m'arrive de penser à des dessins de Reiser devant certains de ses croquis).andrée acézat,acézat,lino sartori,alain garret,art singulier,création franche Certains travaux -rares- se répètent sur papier au format 32x25 cm, parfois avec un peu de relâchement aux limites d'un dessin un peu potache. Un style se met en place à partir d'une époque donnée, avec des personnages à grosse tête - si grosse qu'elle englobe le cou qui disparaît dans la masse- des torses d'un seul bloc, avec des membres grêles, filiformes, des pieds réduits à leur plus simple expression, mais presque jamais de jambes, ou alors comme les bras, de simples fils de fer... Cette écriture qui constitue une marque de fabrique peut aux yeux d'un spectateur inattentif ou blasé passer pour uniforme et faire riper l'oeil vers un jugement à l'emporte-pièce. Oh, c'est encore un de ces bonshommes enflés et gribouillés, pourra se dire ce spectateur distrait (débordé d'informations culturelles venant de tous côtés)...

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Acézat, titre non communiqué, 1998, env. 29,7 x 21 cm, coll. A.Garret ; ph.BM

 

      Mais non, si ces bonshommes-là ont une allure certes ultra-simplette, ils véhiculent simultanément une forte et singulière émotion, un sens de la tragédie quotidienne, pointée avec distance par l'artiste  malgré son économie de moyens, tragédie masquée ou traduite par moments en humour noir et goût de la caricature. Cette dernière ne  l'emporte pas au final pourtant. Car Acézat fait défiler l'humanité devant nous dans un cortège de désastre, voire de dépit, dirait-on. C'est une galerie de portraits d'adultes, et non pas d'enfants comme je l'avais cru primitivement. Ces adultes reviennent sous l'oeil d'Acézat tels des vieux enfants. Des moutards mal vieillis. Une de ses plus belles toiles (ce sont souvent ces dernières qui sont les œuvres les plus abouties) s'intitule précisément "le dépit" (la grande majorité de ses peintures ont des titres, la plupart du temps au verso).

 

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Andrée Acézat, Le dépit, 2000, huile sur toile, env.80x60cm, coll. particulière, Bordeaux ; ph.BM

 

      Tout indique qu'Acézat, c'était une pure. Née en 1922, disparue en 2009 à 87 ans, elle fit les Beaux-Arts de Bordeaux, cinq ans d'étude pendant la seconde guerre. De ces années de Beaux-Arts il reste quelques souvenirs conservés pieusement par son mari, prouvant un talent de peintre traditionnel tout à fait établi.

 

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Acézat, bol et coloquinte, 1993, coll Sartori

 

      Puis un choc physique se produit, un cancer aux alentours de 1983-1984. Semble s'en être ensuivi un choc intellectuel, et esthétique aussi. De plus, Acézat découvre, avec Lino Sartori, le site de la Création Franche dont il semble qu'ils aient suivi régulièrement les expositions (je me dis que j'ai dû souvent les y croiser sans le savoir), à partir du milieu de ces mêmes années 1990. Une évolution s'opère dans les peintures et les dessins d'Acézat de ces années-là, progressivement, par paliers, mais radicale quand on compare ses anciens travaux plus académiquement picturaux avec les nouveaux, plus spontanés, plus colorés, au dessin hyper simplifié, et chargés d'humour et peut-être d'une conscience du désastre humain. Les dates qu'elle appose méticuleusement, à côté de sa signature, habitudes gardées sans doute de l'époque des Beaux-Arts, sont là pour nous prouver cette évolution. Elle jette ses anciennes leçons par dessus les moulins, si on peut dire, on sent aussi qu'elle a pu dans ces années-là, outre la création franche avec ses peintres primitivistes et singuliers, découvrir la spontanéité tonique et sensuelle d'un groupe tel que Cobra, sans négliger pour autant des références plus anciennes à l'expressionnisme. Une de ses toiles des derniers temps est peinte explicitement dans la lumière de Cobra (et d'Asger Jorn même peut-être?).

 

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Acézat, titre non encore identifié, 2005, coll. Sartori

 

     Le tournant esquissé en 1991, 92, 93, 94, est définitvement pris en 1995. Il lui reste onze ans à vivre. Elle va se mettre à dessiner avec furie plusieurs heures par jour sans dételer, enchaînant dans la même journée plusieurs dessins. Cette rage est probablement à la source du désir de peindre qui va prendre à son tour son mari, qui, lui, décide de peindre surtout sur des souches de bois avec une grande dextérité brute. La technique d'Acézat sur papier, au moyen de feutres et de crayons de couleur, semble être de commencer par des fragments d'oeuvres répudiées, puis déchirées, recollées sur une nouvelle feuille, et à partir desquelles son imagination graphique se mettait à improviser. Lino Sartori a gardé de ces commencements qui aident à comprendre à partir de quoi elle pouvait commencer ses dessins.

 

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Travail préparatoire laissé de côté par Acézat, et conservé par son mari, fragments pouvant servir à des rehauts, des surlignages, des retouches...

 

     Acézat a très peu exposé, semble-t-il, et le peu qui lui a été consacré l'a été fait sur la région bordelaise. Le Musée de la Création Franche aurait été à même de la recevoir, mais cela ne s'est pas fait, j'ignore actuellement pourquoi, s'il y eut un véritable contact entre elle et ses animateurs. Elle donnait ses dessins. Tout aurait pu se disperser sans les brocantes, refuges des artistes négligés. Une seconde vie s'ouvrira-t-elle pour Andrée Acézat? Je le souhaite ardemment.

 

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Andrée Acézat, titre non encore identifié, huile sur toile, 2002

  

10/06/2011

Victoire et Défaite, à chacun son lot

J.-Galeani-Victoire-et-.jpg

J.Galeani, Victoire, Défaite, 1919, coll.particulière, ph.Bruno Montpied

J.-Galeani-nscrip.jpg

Inscription au verso du tableau précédent: "se tableau qui avez 3 m X 2m50 fut Censure aux Salin de la Nationnale Paris 1919 J.Galeani", coll. particulière, ph. BM

     Je dois à deux collectionneurs qui souhaitent garder l'anonymat la découverte de ce tableau naïf réalisé vraisemblablement à la fin de la Grande Guerre. C'est visiblement une charge contre les possédants accusés d'être des profiteurs de guerre. La "Victoire" de 1918 est celle du magnat à gauche tripotant ses sacs d'or pendant qu'en arrière-plan les cheminées de ses usines fonctionnent à plein régime, couronnées de drapeaux tricolores. La "Défaite" en revanche est réservée au Poilu qui revient estropié auprès de sa famille, qui n'a pas l'air bien riche elle, leur drapeau en berne cette fois-ci, et la croix derrière la scène semblant dire que le martyr a été réservé aux petits pendant que les gros s'en mettaient plein les poches. L'inscription placée au dos du tableau semble indiquer que cette peinture fut accompagnée d'une autre beaucoup plus grande (car 3m x 2,50m n'est absolument pas la dimension de cette œuvre retrouvée), qui fut refusée dans un salon. En tout état de cause, il semble que nous soyons en présence d'une peinture anarchiste. J. Galeani en est l'auteur, un nom à retenir, en espérant retrouver d'autres œuvres de ce trublion...

07/06/2011

Yves-Jules Fleuri portraiture les grands Suisses

     Jean-David Mermod qui préside aux destinées de la Galerie du Marché à Lausanne a proposé récemment à Yves-Jules Fleuri, qui se faisait appeler récemment seulement Yves Jules de tirer le portrait d'un certain nombre de célébrités suisses. Fleuri est connu pour aimer brosser des portraits hauts en couleur de toutes sortes de personnages, a priori non pour les caricaturer, mais y aboutissant quand même, à son corps défendant semble-t-il. J'en ai déjà parlé sur ce blog. Mermod a envoyé à Yves Poelman, le cicerone et le chaperon d'Yves-Jules, une centaine de photos de Vaudois connus. L'artiste a fait son choix là-dedans. Cela donne 45 portraits.

 

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Yves Jules, Félix Vallotton

 

    La Galerie du Marché présente le résultat de ces travaux du 10 juin au 23 juillet (vernissage jeudi 9 dès 17h30). Au vu des quelques portraits en ligne sur le site de la galerie (j'en reproduis deux ici même), l'expo promet d'être réjouissante. Elle s'intitule au fait "Y'en a point comme nous".

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Galerie du Marché, 1, escaliers du Marché, 1003 Lausanne. 021 311 41 80. 079 212 14 17. Contact : info@galeriedumarche.ch

 

 

Yves Jules, Roger Fédérer 

05/06/2011

Où trouver "Eloge des Jardins anarchiques"? Liste des points de vente

     Voici la liste des points de vente telle qu'elle pouvait être établie en mai (plutôt vers le début de ce mois). J'ai essayé de situer les librairies quand j'avais le temps... La liste n'est probablement pas exhaustive, le diffuseur (Court-Circuit diffusion) ayant probablement trouvé d'autres librairies entre temps, mais en l'état, elle peut tout de même être utile, je pense. Il se peut également que certains points de vente mentionnés ci-après n'aient déjà plus de livres. Il ne faut pas hésiter dans ce cas à passer commande à votre libraire (ceci étant valable aussi dans n'importe quel lieu ne figurant pas dans cette liste ; le diffuseur s'engage à honorer toutes les commandes que lui feront les librairies où que ce soit).

Paris: 

Librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard (18e ardt), L’Arbre à lettres dans les 3e, 5e, 12e, 13e ardts, L’Alinéa, L’Appel du livre, L’Attrape-Cœurs (18e), L’Atelier 9, L’Atelier (20e), Atout-Livre (12e), Librairie des Batignolles (17e), Les Buveurs d’encre, Le Cabanon, Le Merle Moqueur (20e), Chapitre.com, Le Comptoir des Mots, Compagnie (5e), Dédale (5e), Le Divan (15e), L’Ecume des pages (6e), La Friche (11e), Librairie des Gâtines, Le Genre Urbain, Gibert Joseph (Bd St-Michel, 6e), Les Guetteurs de vent (11e), L’Harmattan (5e), La Hune (6e), L’Humeur vagabonde (18e), L’Iris noir (11e), Les Jardins d’Olivier (rue Gay-Lussac, 5e), Libralire (11e), Le Livre Ecarlate, Libre Ere, Matière à lire, La Maison Rustique (6e), Le Merle Moqueur (20e), MK DVD Loire (19e), Le 104 (19e), Le Monte-en-l’Air (20e), Libraire du Musée du Louvre/RMN (1er), Les Oiseaux Rares (13e), Page 189, Parallèles (1er), Librairie du Parc/Actes Sud (La Villette, 19e), Flammarion Centre Pompidou (1er), Publico (11e), Quilombo (11e), Un Regard Moderne (5e), SFL Danton (6e), Librairie Jean Touzot, Tropiques, Tschann (6e), Vendredi (9e), La 25e Heure (5e), Equipages (20e), Le Flâneur des deux rives (6e), La lucarne des écrivains (19e), Comme un roman, Le 104 (19e), La FNAC

Couronne de Paris

78 (Yvelines) : Le Livre Bleu, Versailles, 92 (Hauts-de-Seine): Au Grillon, Nanterre, 93 (Seine St-Denis): Folies d’Encre, Montreuil ; Folies d’Encre-Liberté sur parole, St-Ouen ; La Malle aux histoires, Pantin ; Les Mots Passants, Aubervilliers ; SFL Alizé, St-Denis ; La Traverse, La Courneuve (centre-ville),  94 (Val de Marne): L’envie de lire, rue Gabriel Péri, IvryGénérale Libr’Est, Charenton-Le Pont ; Gibert Joseph, Vitry ; Millepages, Vincennes.

Régions

06 (Alpes-Maritimes): Librairie Jean Jaurés, Nice ; Librairie Masséna, Nice.

10 (Aube): Les Passeurs de textes, Troyes.

11 (Aude): Mots et Cie, Carcassonne.

12 (Aveyron): Musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier.

13 (Bouches-du-Rhône):  Bouquinerie des 5 avenues, bd de la Libération, Marseille ; Gibert Joseph, Marseille ; Le Greffier de St-Yves, rue Venture, Marseille (1er ardt) ;  Le Lièvre de Mars, rue des 3 Mages, Marseille ; Maupetit (éd. Actes Sud), Bd de la Canebière, Marseille ; L’Odeur du Temps, Marseille ; Librairie Vents du sud, Aix-en-Provence ; Libraire de l’Université, Aix-en-Provence ; Librairie La Provence, Aix-en-Provence ; Goulard, Aix-en-Provence.

14 (Calvados): Brouillon de culture/L’Université, Caen ; Euréka street, place de la république, Caen.

16 (Charente):  Librairie MCL, Angoulême.

17 (Charente-Maritime): Les Saisons, La Rochelle.

22 (Côtes d’Armor):  Gwalarn, Lannion ; Mots et Images, Guingamp ; Centre Leclerc, Plérin.

23 (Creuse): Maison de la Pierre, à Masgot (commune de Fransèches), hameau du sculpteur François Michaud.

24 (Dordogne): Marbot, Périgueux.

25 (Doubs): Camponovo, Besançon ; Les Sandales d’Empédocle, Besançon.

26 (Drôme): Le Bazar des Mots, Hauterives.

29 (Finistère): Caplan and Co, près de Morlaix, à Poul Rodou par Guimaëc ; La Petite Librairie, rue Danton, Brest ; Daniel Roignant, bouquiniste, Brest.

30 (Gard): Sauramps en Cévennes, place St-Jean, Alès.

31 (Haute-Garonne): Castela, Toulouse ; Gibert Joseph, Toulouse ; Ombres blanches, Toulouse ; Privat, Toulouse ; Terra Nova, Toulouse.

33 (Gironde): La Machine à lire,  Bordeaux ;  La Mauvaise Réputation, Bordeaux ; Mollat, Bordeaux) ;  Librairie du Muguet, Bordeaux.

34 (Hérault): Gibert Joseph, Montpellier ; Le Grain des Mots, bd du Jeu de Paume, Montpellier ; Sauramps, Montpellier.

35 (Ille-et-Vilaine): Le chercheur d’art, 1, rue Hoche, Rennes ; La Cour des Miracles, rue Penhoët, Rennes ; Forum du Livre, Rennes ; Librairie Le Failler, Rennes.

38 (Isère): Lucioles, Vienne ; Le Square Librairie de l’Université, Grenoble ; Association Antigone, Grenoble.

39 (Jura): Jacques, Dôle.

42 (Loire):  Lune et l’Autre librairie, St-Etienne ; Librairie de Paris, St-Etienne).

44 (Loire-Atlantique): Coiffard, Nantes ; Durance, Nantes ; Vent d’Ouest Lieu unique, Nantes ; Boutique Bientôt, Nantes ; La voix au chapitre, St-Nazaire.

45 (Loiret): Les Temps Modernes, Orléans.

46 (Lot): Régis Benatré, Biars-sur-Céré.

49 (Maine-et-Loire): Contact, Angers ; Les Nuits bleues, rue Maillé, Angers. 

53 (Mayenne): Livres compagnie/chapitre, Laval ; Libraire du musée d'art naïf du Vieux-Château, Laval. 

54 (Meurthe-et-Moselle): L’Autre rive,Nancy ; Hall du Livre/Privat, Nancy.

57 (Moselle): Hisler even, Metz.

59 (Nord): Le Bateau-Livre, rue Gambetta, Lille ; Le Furet du Nord, Lille ; La Boutique du Lieu (musée du LaM, musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Villeneuve-d’Ascq) ; L’Harmattan/Les Alizés, Lille ; Librairie Meura, Lille.

64 (Pyrénées-Atlantique):  L’Alinéa, Bayonne ; Mattin Megadenda/Librairie Elkar, Bayonne. 

66 (Pyrénées-Orientales): Torcatis, Perpignan.

67 (Bas-Rhin): Broglie, Strasbourg ; Kléber, Strasbourg ; Quai des Brumes, Strasbourg ; Libr’Air, Obernai.

68 (Haut-Rhin): Bisey, Mulhouse.

69 (Rhône): Le Bal des ardents, Lyon ; La boutique des Marais, Lyon ; Au bonheur des Ogres, Lyon ; Decitre 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, Lyon et banlieues ; Michel Descours, Lyon ; Passages, Lyon ; Librairie la Presse, Lyon ; Terre des Livres, rue de Marseille, Lyon 7e.

72 (Sarthe):  Librairie Doucet, Le Mans.

73 (Savoie): Garin théâtre, Chambéry ; Librairie Rousseau, Chambéry.

76 (Seine-Maritime):  Le chat-pitre, Fécamp (?).

80 (Somme):  Martelle, Amiens.

82 (Tarn-et-Garonne): Ça sent le book (libraire itinérant ?).

84 (Vaucluse):  La Mémoire du Monde, Avignon.

88 (Vosges): La Licorne, Epinal ;  Panorama 88/ Quai des mots, Epinal.

89 (Yonne): Comptoir de vente de la Fabuloserie, Dicy ; comptoir de vente de livres et autres catalogues, revues du musée rural des arts populaires, collection Humbert, à Laduz.

Belgique

Bozarshop ; Filigranes ; La Licorne ; A livre ouvert/Le Rat conteur ; Livre aux trésors SPRL ; Papyrus ; Pax ; Point Virgule ; Tropismes ; Bookshop d'Art et Marges museum, à Bruxelles ?

Suisse

Collection de l’Art Brut, Lausanne.

 

Librairie Basta! Chauderon, Petit-Rocher 4, Lausanne.

 

Librairie Basta! Dorigny, L'Anthropole, Université de Lausanne.

Eloge chez Lalane à la Bastille, mai 11.jpg

L'Eloge se glisse partout... Stand à la Foire de la Bastille, mai 2011, ph. BM

A signaler: une nouvelle présentation du livre, accompagnée d'une projection du film Bricoleurs de paradis, aura lieu le vendredi 17 juin à la librairie Atout-Livre dans le XIIe ardt à 19h30. BM et Remy Ricordeau seront présents. Atout-livre 12e.jpg

 

02/06/2011

Les rêves du soldat Goupil

     La dispersion du fonds du peintre secret Armand Goupil (voir ma flopée de notes précédentes sur le cas) continue son petit bonhomme de chemin si je puis dire. Mais il continue de m'arriver parallèlement quelques renseignements. Je dois à Mme Martineau, heureuse passionnée du cas Goupil, la communication de nouvelles peintures inconnues du sieur Armand. Une d'entre elles en particulier m'a tapé dans l'oeil, sa propriétaire dit qu'on pourrait l'appeler le "Rêve du prisonnier". Voici l'image:

 

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Armand Goupil, 1917, 23-II-60, coll et ph. N.Martineau

 

      L'homme redressé sous la couverture grise probablement militaire, à cause de sa barbe semble bien être une évocation du peintre lui-même qui, comme je l'ai rappelé dans une de mes dernières notes, grâce aux souvenirs de son fils Armand Goupil (junior), par ailleurs auteur d'un ouvrage traitant de Jules Verne, a été fait prisonnier pendant la bataille de Verdun en 1916. La peinture porte le titre de 1917, date à laquelle Goupil était encore prisonnier (il ne fut libéré qu'en 1918). Il rêve peut-être, ou il a une vision, c'est du pareil au même. Une jolie succube vient le visiter dans les airs au dessus de sa couche, le buste suggestivement penché en avant. Si on le compare à d'autres peintures, on s'aperçoit qu'Armand Goupil paraît priser les corps féminins en train de se balader en apesanteur dans les airs. Voir ci-dessous cette image très cosmique.

 

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Armand Goupil, 20-XII-59, rassemblement Philippe Lalane ; photo BM

 

     On m'a également communiqué depuis peu une autre peinture de Goupil, représentant un soldat de la guerre de 14 en train de crapahuter, le matricule 146 frappé au coin de sa vareuse et de son képi. Le soldat est-il un autoportrait là encore? On peut le supposer. La date dans le coin gauche inférieur de la peinture indique mai 1915. La date de l'oeuvre nous signale également qu'elle a été réalisée 13 jours avant celle du "rêve du prisonnier"...

 

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Armand Goupil, mai 1915, 10-II-60, ph. BM

    Si on retourne ce carton, on a la surprise de découvrir au verso, plus secrète, une esquisse représentant... Evidemment une femme, en train de danser semble-t-il le charleston... Un paraphe, ce qui paraît rare, accompagne l'esquisse, avec l'indication "Le Mans".

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28/05/2011

Déchiffrer les messages d'outre-tombe de l'abbé Fouré... (A propos du site de l'ancienne Croix de l'Ermite)

     Non, tout n'est pas dit sur l'abbé Fouré, ses rochers et ses bois sculptés, sa bonne (oui, il avait une bonne du curé, comme nous l'a appris le livre paru récemment de Jean Jéhan, elle s'appelait Marie Lefranc et maintenant à Rothéneuf, les fins limiers de l'Association de Joëlle Jouneau sont à la recherche de ses descendants, avis à la population, s'il y en a un qui surfe sur internet, il est le bienvenu ici)... Tout n'est pas dit, et loin de là!

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L'abbé Fouré lisant, vers 1906, son journal réactionnaire favori (Le Salut, devenu collaborateur pendant la guerre ultérieure de 39-45, si je me souviens bien...) ; à sa gauche, à terre on distingue le gisant d'un homme d'épée avec hermine à sa tête (symbole de la Bretagne), et inscription en latin "Olim fuit" ("Il fut, jadis")

 

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Photo Bruno Montpied, 2010

 

    En particulier, les amateurs se rappellent le gisant sculpté par l'abbé situé à quelque encablures du site principal des rochers, sur le chemin des douaniers (ou des contrebandiers, selon l'idéologie que l'on défend...), soit dans une zone pour laquelle personne n'eut jamais l'idée saugrenue de faire payer un droit de péage. A ce propos, on peut toujours s'étonner de la rupture qui est faite au niveau du site des Rochers sculptés de ce chemin qui aurait dû normalement suivre le littoral, or il a été détourné, et ce depuis des lustres, à la suite d'on ne sait quel passe-droit apparemment. Mais revenons à nos moutons et en l'occurrence au site actuellement appelé "de la Croix du Christ" (et anciennement appelé "de la Croix de l'Ermite", croix qui du reste était plantée à un endroit plus éloigné de quelques mètres de l'emplacement actuel).

Vue-de-la-Croix-depuis-les-.jpg

Emplacement de la Croix du Christ, vue zoomée depuis les rochers, ph. BM, 2010

      Il a été dit par Frédéric Altmann dans son livre de 1985, La vérité sur l'abbé Fouéré (éditions AM, Nice), que le gisant situé à côté de la croix était à n'en pas douter un certain "Saint-Judicaël, roi de Dommonée"... Il ajoute que ce n'est pas "Jean, duc de Bretagne", qu'il qualifie (légèrement, comme on va le voir) "d'inscription fantaisiste". De cette affirmation, il n'apporte aucune preuve (d'où sort-il cet invraisemblable Judicaël, je me le demande depuis des lustres?). Du coup, Jean Jéhan, dans son propre récent livre, lui emboîte allégrement le pas sur ce détail. Altmann apporte cette affirmation aux pages 113 et 114 de son livre. Il reproduit une carte qui ne porte pas le cachet de l'abbé (celui-ci authentifiait ses cartes avec un cachet surtout -je pense- pour contrer le commerce de cartes non autorisé par lui), carte où l'on peut lire, en guise de légende du gisant: "Rothéneuf, rochers sculptés. Jean, duc de Bretagne". Voir ci-dessous:

 

Jean-Duc-de-Bretagne-carte-.jpg

 

     Certes, il n'y a pas le cachet de l'abbé. Altmann veut y voir une preuve que la carte est légendée de façon suspecte ; or, même si le commerçant qui l'édita ne paya pas de droits à l'abbé, cela n'implique pas qu'il ait mal travaillé automatiquement dans les légendes qu'il imprimait. Il fallait trouver un indice plus stable pour confirmer ou infirmer cette légende. La preuve que la légende est correcte m'a été enfin fournie par une autre carte que j'ai découverte tout récemment  et que je ne me souviens pas avoir vue éditée ailleurs. Je la reproduis ci-dessous:

Jean-IIII-Duc-de....jpg

 

    Ah, bien sûr, ce n'est pas évident à déchiffrer, surtout sur un écran d'ordinateur peut-être. La photo sur la carte n'est pas de très bonne qualité qui plus est. Alors, la maison ne refusant rien à ses lecteurs, je m'en vais vous l'agrandir en entourant d'un trait photoshoppeur l'inscription tracée à la main sur le rocher situé à gauche prés du gisant, ce même rocher contre lequel l'abbé s'appuie sur la carte où il lit "le Salut". Car, oui, il y a bel et bien une inscription!

 

Jean IIII Duc de, inscrip soulignée.jpg

 

    Sur ce rocher, l'inscription, tracée de la main de l'abbé (la graphie est assez proche d'autres inscriptions qui étaient visibles autrefois sur le site des rochers, voir ci-dessous), peut se reconstituer ainsi: "Jean IIII (ou IV), duc de Bretagne"... L'abbé maîtrisait-il mal les chiffres latins? On croit lire en effet quatre I, mais peut-être est-ce seulement la faute à l'imprécison de la photo. Il me semble que nous avons là une preuve à peu prés certaine du sens que prêtait l'abbé à son gisant. On sait en effet (grâce à l'historien régionaliste Noguette, alias Eugène Herpin, qui se fit le mémorialiste partiel de l'abbé), que l'abbé était entiché de patriotisme breton. L'histoire de ce "Jean IV" ne pouvait que le retenir. Chef de la Bretagne, il en avait été chassé par le  roi de France Charles V en 1378, qui voulait réunir la Bretagne à sa couronne. Jean IV avait dû s'exiler en Angleterre. Rappelé par les nobles bretons, il débarqua à Dinard (comme on sait ville toute proche de St-Malo), fit la guerre à Charles V et reconquit la Bretagne. Ces faits d'armes (encore chantés aujourd'hui en Bretagne paraît-il, voir Gilles Servat) ont dû grandement impressionner l'abbé!

 

Graphie Fouré.jpg

Inscriptions qui se lisaient dans les rochers du vivant de l'abbé, apposées par lui ou en tout cas avec son accord, décrivant des personnages qui semblent avoir été inventés par l'abbé qui rêvait sur les anciens habitants de Rothéneuf ; leurs noms étaient apposés au-dessus des personnages sculptés qu'ils étaient chargés de légender, au nombre desquels se trouve un Jacques Cartier ; à noter aussi que le chiffre latin IV est correctement orthographié ici ("Jean IV fainéant"...) ; la graphie paraît très proche de celle du rocher du gisant

Sceau_de_Jean_IV_-_Duc_de_Bretagne.png

Sceau de Jean IV, Duc de Bretagne ; on notera les hermines sur son écu et son pourpoint, ainsi que l'épée, deux détails que l'on retrouve sur le gisant sculpté par l'abbé

     A noter que l'association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par Joëlle Jouneau, se propose de faire nettoyer dans les mois qui viennent cette fameuse sculpture de gisant qui actuellement devient difficile à "lire", étant donné les nombreux lichens qui la couvrent. 

 

 

Du côté des créatifs: Coco Fronsac et ses images cuisinées

       Grâce à l'ami Philippe Lalanovitch, j'ai été mis sur le rail qui mène au blog aux multiples et variés albums d'images créées par Coco Fronsac, artiste qui manipule les objets et les images, la plupart chinés dans les brocantes qu'elle paraît hanter. Voici la liste de ces albums dans lesquels il est fort instructif d'aller zig-zaguer: Vision négative, les ex-voto de Coco Fronsac, les photos spirites de Coco Fronsac, the Zelda's sexy-girls, La mort n'en saura rien, les reliquaires de Coco Fronsac, Vive la mariée, les Momies de C.F., les poupées de C.F., les chamanes de C.F., l'érotisme sous globes de C.F.,  une image dans une autre par C.F., le cabinet de curiosités de C.F., les collages de C.F.,  les petites filles modèles de C.F...

 

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Coco Fronsac, Quand est-ce qu'on mange?, collage, "une image dans l'autre"

 

     Une des techniques préférées de l'auteur est le collage, par exemple du positif sur des négatifs, ou bien un fragment d'image posé sur une autre dans laquelle elle introduit un vacillement du sens, soutenu par un goût sans faille des accords de couleurs. Le "collage" peut s'exécuter aussi par le détour d'un gouachage plaqué sur des têtes de personnages qui posent sur des anciennes photos en noir et blanc dont l'artiste paraît avoir une collection illimitée.communion.jpg On est là à nouveau dans un goût de la modification moqueuse, et de la démystification, genre prisé de beaucoup d'artistes modernes (il y aurait d'ailleurs un beau projet d'exposition à monter sur ce thème, le "détournement et la modification dans l'art").

 

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Coco Fronsac, "St-André Breton", ex-voto

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Coco Fronsac, le facteur, ex-voto

 

     Mais le collage s'étend aussi à la troisième dimension par des "reliquaires de voyage", des hommages à diverses figures tutélaires (dont l'André Breton que je lui emprunte ici, ou un Facteur Cheval) qu'elle appelle "ex-voto" ; des globes érotiques, des fausses pièces d'art premier, etc. La peinture est aussi mise à contribution dans son "cabinet de curiosités" où des portraits voulus bizarres évoquent parfois un art forain super-déviant.

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Coco Fronsac, Curiosités

     On sent que toute l'imagerie ancienne pourrait par contamination progressive passer ainsi à la moulinette de Coco Fronsac...

Coco Fronsac expose à Paris prochainement, expo "Chahut" à la galerie UN LIVRE UNE IMAGE (consacrée à la photographie), 17, rue Alexandre Dumas, Paris XIe. Du 10 juin au 2 juillet, vernissage le 9 juin de 16h30 à 21h. TLJ sauf dimanche de 14h à 19h.

 

Coco Fronsac carton invitation chahut.jpg

  

22/05/2011

A la poursuite d'Emile Taugourdeau

    Les fragments d'un jardin d'art brut dispersés à travers les brocantes et les collections privées ou publiques me font parfois penser au mythe du dieu Osiris dont le corps coupé en morceaux est peu à peu reconstitué par sa femme la déesse Isis condamnée à le restituer morceau par morceau selon les différents lieux d'Egypte où elle les retrouve (on me corrigera si je me trompe dans le souvenir sûrement ultra-simplifié et condensé que je garde de ce mythe).

 

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Emile Taugourdeau à gauche, son petit-fils Erick, et le maire de la commune au milieu du jardin, photo 1970-1971, archives famille Taugourdeau ; le jardin est alors surtout rempli par des animaux (on sait que M.Taugourdeau commença par l'effigie d'un canard dont la mort avait affligé ses petits-enfants) 

   

      J'ai déjà eu l'occasion de parler du jardin d'Emile Taugourdeau (voir mon bouquin Eloge des Jardins anarchiques, où un chapitre entier lui est consacré, et le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des éléphants) ; voir aussi cette note du blog). Il fut créé entre la fin des années 50 de l'autre siècle et 1989, année de la disparition de son auteur (il avait 72 ans). Le créateur (né en 1917) avait été blessé au pied à la guerre de 39-45, et en gardait des séquelles plus ou moins handicapantes. Dans les dernières années, suite à une série d'infarctus, il s'était surtout mis à peindre des tableaux en ciment, fort naïfs, fort beaux, qu'il "rafraîchissait" périodiquement à coups de jets d'eau.

 

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Photo Francis David, vers 1985 (le jardin est alors à son apogée)

       La végétation a recouvert et mangé peu à peu le parc de sculptures, effaçant depuis longtemps le souvenir d'un "parc", tel qu'on peut le restituer en regardant par exemple la photo ci-dessus de Francis David, parue dans le n°190 du magazine Gault/Millau en février 1985. C'est plutôt une jungle à présent où s'enfouissent les statues étouffées par le lierre et autres lianes. Plusieurs de ses statues ont disparu, parfois à cause de vols, mais aussi parce que la famille les vend à des brocanteurs ou des antiquaires de passage.

     Du coup, il en réapparaît de temps à autre. Très récemment on a vu à Paris, exposés sur des tréteaux dans la rue, des footballeurs, des lapins et des grenouilles d'Emile Taugourdeau (ça voyage). Ces derniers batraciens, comme je l'ai déjà dit, me font craquer. En dépit de leur forme ultra simple, elles sont très expressives et touchantes. Voici ci-dessous celle que j'ai acquise très récemment, rescapée de la brocante.

 

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Photo Bruno Montpied, 2011

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La grenouiile de droite est une parente de la grenouille retrouvée, ou bien sa jumelle, photo BM, 1991

 

     J'en profite pour montrer d'autres sculptures que je possède d'Emile Taugourdeau, acquises directement auprès de son épouse il y a quelques années. Au départ, mon but en les acquérant était de les mettre à l'abri, en cas d'accentuation alors prévisible du déclin du jardin. Au fil du temps, je me suis attaché à ces personnages. J'ai cependant dans l'idée de pouvoir un jour les léguer à un musée spécialisé dans l'art brut et les environnements spontanés.

 

emile taugourdeau,environnements spontanés,habitants-paysagistes,sculpture naïve,eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)Emile Taugourdeau, un Auvergnat...

Deux masques...emile taugourdeau,environnements spontanés,habitants-paysagistes,sculpture naïve,eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)

emile taugourdeau,environnements spontanés,habitants-paysagistes,sculpture naïve,eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)

Un petit meunier

 

19/05/2011

Les tronches au balcon

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E.Posteaux, Vieux Bouchons, liège sculpté dans des bouchons de Champagne, sans date, ancien "rassemblement" Philippe Lalane, ph. Bruno Montpied

    Voici ce que j'ai déniché sur la Foire à la Brocante de la Bastille qui commence officiellement aujourd'hui jeudi 19 mai. J'y ai bien été aidé, faut dire, par l'ami Philippe Lalane, dont on visitera le stand toujours avec fruit, d'autant que les stands environnants sont aussi bien inspirés. A quoi reconnaît-on ce stand me direz-vous? C'est le seul sur la Foire à vendre Eloge des Jardins Anarchiques...

18/05/2011

14e festival du film d'art singulier

      Voici le programme du prochain festival organisé par l'association Hors-Champ à Nice, consacré aux documentaires autour des arts populaires spontanés. Cela se répartit sur deux jours, durant une partie du week-end de l'Ascension.

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       Je regrette de ne pas pouvoir aller à Nice cette année encore, j'aurais bien vu surtout les films de Ferdi Roth, cinéaste allemand je crois (ou batave?), probablement des années 70, sur l'ancien mineur Charles Pecqueur (il n'y a pas beaucoup de documents "mouvants" sur ce dernier qui avait fait une fresque magnifique d'âpreté naïve et brute sur le mur de clôture de son jardin dans le Pas-de-Calais, voir le livre de Bernard Lassus, Jardins imaginaires), sur le jardin de faïence de l'ouvrier Da Costa Ferreira, sur le manège de Petit-Pierre le vacher (que je devine tourné sur le lieu d'origine comme l'avait fait Emmanuel Clot) ou encore sur les statues naïves du marin Frédéric Paranthoën, bien oublié celui-ci.

 

Frédéric Paranthoën, royan, 1988, photogramme extr des Jardins de l'Art Immédiat, films super 8 de B.Montpied.jpg

Frédéric Paranthoën, 1988, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, films Super8 muets, Bruno Montpied

 

08/05/2011

Une enquête sur le Merveilleux

    Une nouvelle revue, intitulée Mirabilia, est en gestation et se propose pour son premier numéro d'explorer ce que tout un chacun peut entendre aujourd'hui sous le terme de merveilleux. Voici l'enquête que les animateurs de cette future revue publient sur le site web créé tout exprès:

Le Merveilleux, enquête

 

1/ Sous quelle(s) forme(s) selon vous, le « merveilleux » se révèle-t-il aujourd’hui ?

 

2/ S’il en est un, dans quel domaine le merveilleux vous paraît-il le plus à même de se manifester ? 

 

3/ Vous est-il arrivé d’éprouver une sensation que vous qualifieriez, au sens propre du terme, « d’émerveillement » – surprise, stupeur, émoi… Pouvez-vous en préciser les circonstances ?

 

4/ Si vous deviez « émerveiller » l’être aimé, un(e) ami(e), un enfant, que feriez-vous ?

Les réponses à cette enquête seront publiées dans le premier numéro de la revue.

 

Merci d’adresser vos réponses, –pas plus de 500 signes par question, si possible– en précisant vos nom et profession à : Revue Mirabilia, 393, rue des Pyrénées, 75020, Paris, ou par mail à contact@revue-mirabilia.fr

 

*

 

The Marvellous, inquiry

 

1/ In what form(s) the marvellous appears there today?

 

2/ If there is one, in which field the marvellous, according to you, seems the most likely to occur ?

 

3/ Have you happened to experience a sensation you would describe as a "wonder" in the true sense of the word -surprise, astonishment, emotion... Can you specify the circumstances?

 

4/ If you had to "wonder" the loved one, a friend, a child, what would you do?

 

The answers will be published in the first issue of Mirabilia.

Please send us your reply –no more than 30 words for each question, if possible– specifying your name and profession, to Revue Mirabilia, 393, rue des Pyrénées, 75020, Paris, France.
Or by mail to: contact@revue-mirabilia.fr

 

Bruno Montpied, La nuit des merveilles,1997.jpg

Bruno Montpied, La nuit des merveilles, 50x 65 cm, 1997

  

23/04/2011

La Casa Leitao, quelques mètres cube de création pour soi, et de temps en temps pour les autres

    Grâces soient rendues à Laurent Jacquy qui a eu la gentillesse de m'emmener dans sa petite auto dériver sur les routes de la Somme. Il m'avait parlé l'air de rien d'un monsieur qui faisait "des choses" dans une sorte d'appentis ou de garage qu'il avait vu ouvert en filant sur une route non loin d'Abbeville sans pouvoir s'arrêter. Or, chaque fois qu'il repassait, comme de juste, le lieu était fermé. Le dieu des sites d'art brut me secondant généralement avec constance depuis pas mal de temps, il fallait me charger dans la petite auto!

 

José Leitao devant la casa Leitao, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, citoyen d'origine portugaise, sur le seuil de son atelier avec un Toutankhamon sur le feu, la "Casa Leitao", ph. Bruno Montpied

 

     Cela n'a pas loupé, le monsieur avait ouvert sa boutique (mot pas du tout idoine comme on le verra), comme exprès pour nous ce jour-là. On aurait dit qu'il nous attendait, sculptant un Toutankhamon sans trop d'application.

 

José Leitao,angle de l'atelier, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, les premières statues, ph Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, première photo ci-dessus, un angle de l'atelier-garage avec ses dizaines d'effigies sculptées entassées et couvertes de poussière ; deuxième photo ci-dessus, prés du cadre doré, les premières sculptures des femmes imaginaires, dont une joueuse de boules nue, sorte de Fanny?, ph BM

 

     Sacrée caverne d'Ali Baba que nous découvrîmes là! Dans un cube sombre, où une chatte ne retrouverait pas ses petits, José Leitao entasse au garde à vous ou en rangs d'oignon des dizaines et des dizaines de statues venues d'on ne sait trop quelle inspiration, mixant probablement plusieurs références - madones chrétiennes polonaises (un souvenir du sanctuaire de Jasna Gora à Czestochowa)?Madone du sanctuaire de Jasna Gora.jpg José Leitao, statuettes de madones chrétiennes dans un angle de l'atelier comme dans une grotte, ph. Bruno Montpied, 2011.jpgRéminiscences d'idoles hindoues? Statues africaines? Pièces de jeu d'échec géantes? Hermaphrodytes? Symboles islamiques (et pré-islamiques)? Têtes pharaoniques? - au sein d'un syncrétisme abandonné à la poussière et aux toiles d'araignée, il était difficile de se faire une religion.José Leitao, deux pièces comme des pions géants de jeu d'échec, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg Ayant découvert le talent de ciseler à peu près tout ce qui lui passe par la tête (souvent des femmes, et des mains de Fatima, parfois saignantes, et des symboles) au moment de sa retraite, après une vie passée comme travailleur dans une usine textile de la région - à présent abandonnée - José Leitao a eu l'air de nous dire que cette révélation lui avait paru trop tardive pour pouvoir l'autoriser à s'en faire un nouveau métier.José Leitao,plusieurs exemplaires variés de mains de Fatima, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg Si bien qu'il sculpte sans cesse pour lui-même avant tout, refusant opiniâtrement de vendre ces effigies qui lui donnent tant de plaisir à l'entourer ainsi, enserrant et cernant chaque jour un peu plus son modeste établi.

 

José Leitao au milieu de ses nombreuses khomsa (mains de Fatima), ph. Bruno Montpied.jpg

José Leitao vous salue bien, ph. BM

 

     On n'est pas dans une boutique donc. L'atelier bâille sur la route, l'ancien ouvrier sculpte au vu et au su de tous, populaire dans la région, où de nombreux articles de la presse régionale lui ont déjà été consacrés, parfois plus centrés sur les trois oies qui le suivent comme des toutous (alors que pour tout autre que lui elles n'ont que pincements cruels à distribuer) que sur ses étonnantes œuvres hésitant entre art naïf et art brut. Ce dernier pourrait en effet s'appliquer ici en raison du syncrétisme et des croisements de réminiscences culturelles mixées de façon originale. Certaines compositions, où Leitao a assemblé des objets sans rapports évidents (un cheval cabré et une main de Fatima par exemple ; une main de Fatima soudée à un front ; des empilements de têtes, des figures sans signification précise), relèvent d'une inventivité que l'on peut associer à l'art brut. Et puis il y a cette création très égocentrée, ce paradoxal désir de se montrer et de refuser dans le même mouvement de se séparer de ses œuvres (quoique ce refus ne soit pas si hermétique, son épouse nous confiera que le créateur fait parfois des dons). La poussière saupoudre d'ailleurs nombre des statues de son talc blanc, patine propre aux œuvres que l'on garde pour soi...

 

José Leitao,nombreuses  statues abandonnées à la poussière, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

Surpopulation au pays des effigies... Et puis, tiens?, que fait ce dinosaure ici...? Ph. BM

 

    Et puis, comme un clin d'oeil à mes propres inclinations, j'ai retrouvé ici des sirènes multiples.

 

José Leitao,sirène au buste voilé rose, ph.Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao,sirène, ph.Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, sirènes, ph.BM

 

      

10/04/2011

Les beaux dimanches, un nouveau blog, par Laurent Jacquy

     Ah, que je suis content ce matin d'avoir enfin trouvé le temps d'aller me promener sur le blog récemment créé (en février 2011) de Laurent Jacquy dont j'ai déjà parlé ici et . "Les beaux dimanches", que cela s'appelle. "Une chose en amenant une autre" est le sous-titre et le programme du blog fonctionnant par association d'idées, très bon concept adapté à la forme des blogs qui incite à être primesautier, à sauter du coq à l'âne perpétuellement, entraînant leurs lecteurs dans un vagabondage infusant progressivement dans une atmosphère d'onirisme éveillé.

 

laurent jacquy,les beaux dimanches,travailler tue

Carte postale réalisée par Laurent Jacquy d'après photos de Gilles Ehrmann (pour Picassiette à sa fenêtre) et ancienne carte postale du facteur Cheval, titre de la carte: "En gîte à Chartres", 2011

 

      Laurent Jacquy paraît être un chineur invétéré (d'où peut-être les beaux dimanches de découverte?), et le créateur de cartes postales par photomontage concentrées sur les aventures imaginaires du facteur Cheval, voir la dernière ci-dessus. Il est collectionneur aussi de divers objets, sculptures et peintures naïves, ou naïvistes décalées (je pense notamment aux sculptures représentant des personnages célèbres de son copain Yann Paris, dont un portrait pris au musée de la Création Franche figure sur le blog), photographe de sites d'art brut (j'ai découvert ainsi un nouvel environnement situé dans le village poétiquement nommé "l'Etoile" dans la Somme, sommet de poésie naïve) dont celui de Bohdan Litnianski qu'il contribua à faire connaître avec le livre Le jardin des merveilles de Bodan Litnianski aux éditions Vivement dimanche en 2004.

 

laurent jacquy,les beaux dimanches,travailler tue

Photo Laurent Jacquy

 

     Sur son blog, riche de trouvailles en tous genres (musicales, publicitaires, petites publications curieuses retrouvées comme une collection du Cahier de Marottes et Violons d'Ingres dont j'avais entendu autrefois parler par le docteur Ferdière qui y avait collaboré par un article sur des objets de la poésie naturelle, bois flottés, etc.), je me suis longuement arrêté en particulier sur son album de photos consacrées à de vieilles affiches publicitaires naïvement dessinées cherchant à prévenir les travailleurs de l'industrie des divers types d'accidents du travail possibles. L'ensemble, mis bout à bout, compose un panorama qui ne donne pas très envie d'aller travailler. Laurent Jacquy a du reste intitulé avec sagacité la note qui introduit ce dossier: "Travailler tue"...

 

laurent jacquy,les beaux dimanches,travailler tue

Affiche publiée sur le blog Les beaux dimanches

 

    Dès maintenant, j'ai la joie d'ajouter ce blog cousin du Poignard à la liste déjà longue des blogs dont je ne saurai trop encourager mes fidèles (ou moins fidèles) lecteurs à faire la visite.  

20/03/2011

Art, folie et alentours, le n°24 de la revue Area

(Cette note contient une petite mise à jour à la fin, datant du 24 mars...)

     Area est une revue fort bien maquettée, dirigée par le critique d'art et collectionneur, curieux de diverses formes d'expressions picturales Alin Avila, qui travailla aussi sur France-Culture. Dans la série déjà longue de ses numéros, on rencontre à l'occasion divers évocations de figures autodidactes de l'art, comme Henry Darger ou Jacques Trovic,Jacques Trovic, Le Bijoutier,2007,coll de l'artiste en 2009, ph. Bruno Montpied.jpg qui se retrouvent ainsi mêlés sans distinction particulière au tout-venant de la création contemporaine. Alin Avila a une sensibilité pour la création hors des chemins battus, en témoigne un des articles parus dans le n°16 de novembre 1978 de la revue Autrement, dossier "Flagrants délits d'imaginaire". Consacré à un ancien mineur du Nord devenu concierge à Paris, Félix Picques,  peignant naïvement ses souvenirs de la mine, la découverte provenait d'une "rencontre" d'Alin Avila, nous y dit-on.

 

Félix Picques,Autrement n°16, 1978.jpglix Picques

 Area 24, art, folie et alentours, mars 2011.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Voici que le n°24 de la revue se trouve consacré aux rapports de l'art et de la folie, et leurs alentours. Je n'ai pas le détail du sommaire (en scrutant avec une loupe la couverture reproduite sur le carton d'invitation, on devine des entretiens avec beaucoup d'acteurs connus et moins connus du champ de l'art brut ; même mézigue y a participé sur une proposition de Roberta Trapani, par un mini-entretien autour de mon livre Eloge des jardins anarchiques ; on trouve aussi au hasard de la revue une évocation du griffonneur de Rouen Alain Rault, "lettriste" spontané, déjà mentionné sur ce blog ). Le carton d'invitation annonce un vernissage pour le jeudi 31 mars prochain, avec une exposition d'oeuvres provenant de la collection de l'hôpital Sainte-Anne (le Centre d'Etude de l'expression, animé par Anne-Marie Dubois qui a déjà consacré pas moins de quatre tomes de livre à cette collection, belle et intriguante surtout grâce à ses oeuvres anciennes, c'est-à-dire entrées dans la collection avant 1950). Les oeuvres qui seront montrées chez Area proviennent de Gilbert Legube, Aloïse Corbaz, Francisca Baron, Fikaïte, Guillaume Pujolle, etc.

  Guillaume Pujolle, Area 60 ans après.jpg 

Aquarelle de Guillaume Pujolle ci-dessus, rare et belle...

 

  

     L'exposition s'intitule "60 ans après? Reconstitution de l'Exposition internationale d'art psychopathologique de 1950". Le sous-titre m'a plongé immédiatement dans des abîmes de perplexité. Veut-on nous dire qu'il va s'agir de reconstituer cette exposition historique fort vaste dans le loft de la galerie Area? Cela serait digne du livre Guiness des records. Ou bien est-ce l'annonce d'un projet à venir au musée Singer-Polignac à Ste-Anne, wait and see...  Si l'on veut se renseigner sur ce Centre d'Etude de l'Expression (et l'exposition "d'art psychopathologique" de 1950), voici un lien vers un document en PDF, rédigé par Anne-Marie Dubois pour un numéro de la Revue du Praticien daté de 2004 (il est à télécharger sur le site de cette revue). Il a le mérite d'être court et condensé.

L'exposition à la galerie Area (50, rue d'Hauteville, 10e Paris, fond de cour 2ème étage) se tient entre le 31 mars (jour de vernissage) et le 14 mai 2011. Elle est ouverte du mercredi au samedi de 15h à 19h. Le n° 24 de la revue sort au même moment. A signaler également, le jeudi 24 mars à 20h, la présentation de ce même numéro spécial à la librairie L'atelier (2 bis, rue Jourdain, Paris 20e), avec une "conversation autour de l'art brut : de la folie à la reconnaissance ?" entre les intervenants Alain Avila, Anne-Marie Dubois et Céline Delavaux.


03/03/2011

Soyez les bienvenus chez Fatima

    Mystérieuses photos venues du Maroc, dans les Gorges du Dadès (et oui, on a manqué Dada de peu), voici quelques traces d'un environnement étrange, expédiées par notre correspondant Michel Boudin, chercheur au flair légendaire. Le goût des simulacres de ciment (ou de terre séchée?) appartient décidément à toutes les cultures.

Chez Fatima,Gorges du Dadès,photo Michel Boudin, 2011.jpg

      Peut-être sommes-nous en présence d'un bistrot, que l'on a agrémenté de quelques statues pour égayer un décor un peu trop dépouillé? De qui sont ces oeuvres, mon correspondant à son habitude n'a pas été bavard, me réduisant aux conjectures...?Chez Fatima, Gorges du Dadès, photo Michel Boudin, 2011.jpg On doit remarquer une signature difficile à déchiffrer précisément, au bas d'une peinture sur le mur de terre de chez Fatima: "Ahorb Abdellah, Kenitra". Sans doute le peintre du portrait présumé de Fatima, la tenancière de l'auberge? Les points d'interrogation voltigent en tous sens.

 

Chez Fatima, Gorges du Dadès,photo Michel Boudin, 2011.jpgChez Fatima,Gorges du Dadès, photo Michel Boudin, 2011.jpg

 

      Kenitra, c'est où? Entre Rabat et Fés, au nord du pays. Est-ce loin des Gorges du Dadès où notre excursionniste est allé dénicher cette galerie en plein air? Oui, c'est pas du tout le même coin. Gogol maps nous signale qu'il y a des Gorges du Dadès (rien à voir avec les grands du même nom) à la latitude de Marrakech, elle-même ville à la la latitude de la célèbre Essaouira, l'ancienne Mogador, la ville où comme les amateurs d'art brut marocain le savent a fleuri une "école" de créateurs autodidactes remarquables (comme Ali Maimoune, ce créateur qui fut, entre autres lieux, présenté  autrefois au musée de la Création franche à Bègles).

Ali Maimoune, oeuvre de la collection permanente du musée de la Création franche, Bègles, ph. Bruno Montpied.jpg

Ali Maimoune, oeuvre au musée de la Création franche

Erraad, coll.Durande-Letourneau, ph.Bruno Montpied

Erraad, peintre d'Essaouira, coll. Durande-Letourneau

    Y a-t-il un rapport avec ces voisinages? On serait évidemment tenté de le penser. Même si le style des sculptures et de la peinture n'a rien à voir avec la peinture d'Essaouira. Il y a peut-être seulement dans ces coins-là une même tradition d'audace à s'exprimer.

Chez Fatima, Gorges du Dadès, ph.Michel Boudin, 2011.jpg

Chez Fatima, Gorges du Dadès, ph.Michel boudin, 2011.jpg

(Les photos de chez Fatima sont dues à Michel Boudin, celles des peintres d'Essaouira à Bruno Montpied)

22/02/2011

Fanny revient s'exposer

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Fanny anonyme (signée JK, datée 1961), trouvée par l'antiquaire Michel Boudin

 

    L'Art en Marche de Lapalisse délivre ces jours-ci une intéressante information, distincte des expositions que cette association-collection-galerie (je ne sais comment les qualifier au juste) monte régulièrement dans l'Allier. Il s'agit d'une expo de Fanny, tableaux, sculptures, collages, moulages, photographies - les techniques sont variées, selon le degré de capacité à reproduire des arrière-trains plus ou moins réalistes -  qui va ouvrir à Mably à partir du 5 mars (vernissage le 4 à 18h), à quelques kilomètres au nord de Roanne, jusqu'au 20 mars, à l'Espace de la Tour.

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    Si la Fanny montrée sur le carton ci-dessus m'apparaît quelque peu mièvre, il faut savoir aussi que les talents se révèlent généralement très inégaux dans ce corpus (et ce pétrus). La bible, pour connaître un peu mieux un bon échantillon de ces représentations destinées à être embrassées par les boulistes perdant 13 (ou 15) à 0 leurs parties, dans la région lyonnaise et ailleurs, est sans contexte le livre de Mérou et Fouskoudis que l'antiquaire Lucien Henry m'avait indiqué autrefois (éditions Terre et Mer, 1982).La-Fanny,-couv,-1982.jpg Voici deux ou trois images extraites de cet inestimable ouvrage qui prouveront que certaines Fanny peuvent s'élever au rang de chefs-d'oeuvre naïfs.

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 Peinture sur bois, Pont-de-Claix (Isère)

Fraternelle-boule-du-monument-Caluire, 1930, ext La Fanny.jpg

 Fraternelle Boule du Monument, Caluire (Rhône), 1930 (cette peinture n'est pas sans rappeler certain tableau du naïf Camille Bombois)

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Fanny conservée au musée d'art naïf de Noyers-sur-Serein (Yonne)

 

 (L'Art en Marche, 9, rue du 8 mai 1945, 03120 Lapalisse ; à noter une conférence de Luis Marcel le 18 mars sur les lieux de l'expo, intitulée, vaste programme, "L'art brut existe-t-il?")

16/02/2011

Nouvelle expo sur l'abbé Fouré, à St-Malo cette fois

    Le Poignard Subtil, le blog qui vous donne en primeur les infos sur les expos dont ne parlent pas les médias artistiques (et pour cause? Ce silence indique peut-être que selon ces médias il ne s'agit pas d'art, mais alors qui en parlera ?... car tout de même, ces rochers et bois sculptés par l'ermite de Rothéneuf nous intéressent beaucoup) : une nouvelle manifestation est organisée début mars dans la ville de Saint-Malo, aux archives municipales, et toujours à l'instigation de l'Association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par la main énergique de Joëlle Jouneau.

AFFICHE-EXPO-ARCHIVES-2.jpg

Affiche faite à partir d'une carte postale agrandie montrant l'abbé posant devant la "besace" et le tronc qui était destiné à recueillir les dons qu'il distribuait, disait-il, aux pauvres

06/02/2011

Franck Montardier, à la fois déroutant et familier

     Laurent Jacquy m'informe d'une exposition mystérieuse qui va bientôt s'achever à l'espace d'exposition le Safran à Amiens. Elle a ouvert le 7 janvier dernier et se termine le 11 février prochain. J'ai tardé à la répercuter sur ce blog. Mais tout n'est pas perdu, on la reverra du 14 mars au 15 avril 2011 à la galerie des Beaux-Arts d'Abbeville (18, rue des Capucins, tél: 03.22.24.41.15 ; le lieu dépend de l'école municipale des Beaux-Arts de la Communauté de Communes de l'Abbevillois).

Franck Montardier expo Safran 2011.jpg

    Mystérieuse? Oui, un peu, car j'ai l'impression que le peintre présenté, Franck Montardier, n'est guère connu, en dehors de la Picardie, et que les rares images visibles de son travail s'apparentent à des sortes d'esquisses jetées à la diable sur des supports de fortune, loin de toute volonté esthétisante, tant paraît pressante la nécessité de dire quelque chose avec des dessins, des traces colorées que l'on n'estime pas utile d'insérer dans une composition... Comme si l'on voulait en priorité fixer des empreintes brutes des sensations vécues.

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Franck Montardier, Figures, visages, acrylique sur toile

 

    Un dossier de presse était joint à l'information de l'expo, confirmant le peu de sacralisation du créateur vis-à-vis des matériaux de sa quête: "Planches trouvées, plaques d'aggloméré, cartons, toiles ou chiffons sont autant de supports possibles pour déployer une imagerie à la fois familière et déroutante". Ce dossier comporte d'autres remarques qui m'ont titillé. "Franck Montardier n'a aucune référence historique et ne s'inscrit dans aucune école ou filiation artistique. Il ne se reconnaît pas non plus comme artiste ni même peintre et n'a aucune ambition artistique". Il ne se reconnait pas comme artiste, il crée avant toute chose dans un état d'urgence. L'oeuvre, nous dit-on (je n'ai vu que quelques pauvres reproductions, ce qui ne m'embarrasse nullement pour annoncer d'avance le probable intérêt que l'on doit pouvoir éprouver à la rencontre d'une telle production, étant donné les signaux envoyés), se déploie du côté des portraits, des saynètes, des paysages, s'attardant par moment sur le thème des bateaux, qui a notre agrément (et même notre agréement) sur ce blog... Il semble bien que les travaux de ce monsieur ressemblent en définitive à une sorte de carnet de ses voyages intérieurs, centré avant tout sur le désir de capter des bribes de la vie telle qu'elle va, bien plus que sur le fait de bâtir une oeuvre esthétique. C'est le genre de démarche qui  a bien sûr toutes les chances de nous captiver, au Poignard subtil.

Franck Montardier 1.jpg 

 

16/01/2011

Lundi 17 janvier, Recoins sur Aligre FM

       J'ai oublié... Demain a lieu une réunion au sommet de votre serviteur avec Emmanuel Boussuge, et Cosmo Hélectra, assisté de ses camarades de l'émission Songs of Praise sur Aligre FM (93.1), pour causer du dernier numéro 4 de Recoins. L'émission se tient de 19h30 à 21h, tous les lundis (elle peut être réécoutée par la suite sur le site d'Aligre FM). On va pouvoir entendre la musique dont nous parle Emmanuel et ses amis de la revue (Franck Fiat, Bastien Contraire, etc.) un peu plus concrètement qu'en lisant les pages de cette stimulante et attachante revue, où j'ai publié pour ma part en pré-publication un article sur Pierre et Yvette Darcel, qui se retrouvera dans mon livre, L'Eloge des Jardins Anarchiques.

(L'émission peut être écoutée en suivant ce lien vers un téléchargement: http://songsofpraise.hautetfort.com/)

     A noter aussi que la situation financière de cette radio associative est actuellement "au plus mal" pour citer les mots de Cosmo, "mettant en péril son avenir". Si vous pensez qu'il faut soutenir cette radio, faisant partie des lieux d'expression alternatifs qui nous sont précieux face aux grands médias décervelants, envoyez donc un chèque de soutien à Aligre FM, 42, rue de Montreuil, 75011 Paris.

Photo Emmanuel Boussuge, un poteau anthropomorphe du côté de Valuéjols, Cantal, 2010.jpg

 Photo Emmanuel Boussuge, 2010

09/01/2011

L'Eloge des Jardins Anarchiques, le livre de Bruno Montpied sort en mars

Maquette de le 1ère et de la 4ème de couv de L'Eloge des Jardins Anarchiques, Editions de l'Insomniaque, mars 2010.jpg

1ère et 4ème de couverture du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques, éditions de L'Insomniaque, avec les rabats déployés (dernière maquette établie au moment où j'écris ces lignes)

 

     Il y a le film, Bricoleurs de Paradis, qui sort bientôt à la télévision, mais il y aura aussi dans un peu plus de temps, quand le méchant hiver sera balayé par les giboulées, et que les bourgeons reviendront, L'Eloge des Jardins Anarchiques, publié par votre serviteur aux Editions de l'Insomniaque en mars. Les deux se complètent, et c'est pourquoi on retrouvera le film en DVD sous les rabats du livre.

L'Eloe des Jardins anarchiques, 1ère de couv, Editions de l'Insomniaque.jpg

Voir l'avis de souscription (pour acquérir ce livre avec une réduction) au bas de cette note

     Il s'est agi de rassembler un certain nombre d'articles anciens en les joignant à de nouveaux rédigés spécialement pour l'occasion. Les articles anciens ont été remaniés, pourvus de notes concernant quelques mises à jour d'information. La réédition de ces textes était souhaitée par moi depuis longtemps car ils avaient fait l'objet de publications dans des revues ou des livres restés en diffusion passablement confidentielle (Plein Chant, Création Franche, les premiers numéros de Raw Vision, Réfractions, Le Monde Libertaire, L'oeuvre énigmatique de François Michaud, Recoins...), quand ils n'avaient pas été raccourcis par les tribunes qui les avaient accueillies (Artension, 2ème série, pour Les Inspirés qui expirent, titre qui devint Voués à la destruction). Le projet parallèle de film avec Remy Ricordeau me permit de découvrir d'autres sites pour lesquels de nouveaux articles s'imposaient, sur Bohdan Litnianski, les vestiges du jardin d'Emile Taugourdeau, ou sur le jardin de moulins multicolores d'André Pailloux, par exemple. Par manque de place, j'ai été amené à regrouper un certain nombre de notices sur des sites pressentis pour être incorporés au film et qui ne furent pas toujours gardés au montage final (sur Alexis Le Breton, Bernard Roux, la maison "tricotée" de Madame C., André Hardy, André Gourlet, Léon Evangélaire, Joseph Meyer, Michele et Concetta Sassano, Remy Callot, etc.). J'en profitais aussi pour prolonger certains articles anciens en les incorporant dans une  mise à jour étendue (La Dynastie des Montégudet, rare cas de prolongement du travail d'un créateur par son fils).

René Montégudet portrait sur son crocodile, ph. Bruno Montpied, 2009.jpg

René Montégudet sur son crocodile (fils de Ludovic, dont des photos du site qu'il avait créé furent exposées aux Singuliers de l'Art en 1978 à Paris), ph. Bruno Montpied, 2009

 

    Il doit bien y avoir une trentaine de sites évoqués avec une certaine ampleur dans ce livre. Mais si l'on se réfère à l'index que j'ai ajouté au bout du livre, uniquement consacré à l'indexation des noms des créateurs cités à un moment donné de l'ouvrage, on atteint plus de  90 sites mentionnés, avec leur localisation (ou non!), leur état actuel (dans la mesure où j'ai  toujours l'information à ce sujet), les lieux qui les conservent en partie.... Une bibliographie passablement épaisse, et pas assez exhaustive à mon goût (mais il a bien fallu que je me réfrène), complète je pense utilement l'ensemble, à l'usage des chercheurs et des amateurs qui sont toujours attentifs à la mémoire de ces créateurs et des médiateurs qui ont aidé à les faire connaître.

Table des matières de L'Eloge des Jardins anarchiques, Ed. de L'Insomniaque.jpg

     Le problème de la médiation est un problème délicat. On a affaire en l'espèce - il faut sans cesse le rappeler - à des créateurs qui agissent au sein de propriétés  privées, avec, certes, à l'évidence, le besoin de montrer leurs réalisations depuis la rue ou la route qui passe devant chez eux. Parfois même, le jardin de ces gens ressemble à une galerie en plein air (exemple de Joseph Donadello, que j'ai évoqué sur ce blog, note qui a été développé pour les besoins du livre d'ailleurs).

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 Monsieur C., site en Normandie, détail d'une photo plus large de BM, 2010

 

       Il n'en reste pas moins que ces créateurs aiment montrer leurs "oeuvres" (mot qui les gêne) dans un cadre qui reste de l'ordre de l'environnement plus ou moins immédiat. Les relais sur l'information concernant leur existence, par des média plus ou moins puissants  (du petit passionné dans mon genre, jusqu'à la télévision régionale, voire nationale, en passant par la presse régionale) les dépassent généralement, même si ici ou là certains se montrent un peu mégalomanes.  La méfiance est même souvent au rendez-vous avec parfois des récriminations concernant une possible exploitation de leurs travaux par les photographes de passage, ou les cinéastes comme ceux de l'équipe à laquelle j'ai collaboré (j'en profite pour dire que jusqu'à présent, dans notre cas, ces profits sont restés largement imaginaires! Si les techniciens sont payés dans ce pays,  les auteurs ne sont pas souvent servis à la même enseigne...).

Chez Joseph Donadello, Panneau peint:Ralenti regarde moi, ph. Bruno Montpied, 2008.jpg

 Panneau chez Joseph Donadello, Saiguèdes, Haute-Garonne, ph. BM, 2008

 

      Les créateurs ne sont donc pas toujours bien conscients de ce qui peut arriver par ce long ruban routier dont ils attendent des regards, mais quels regards au juste? Je pense personnellement qu'ils les souhaitent discrets, bien élevés, respectueux. Les gros sabots des médias de ce point de vue pourraient leur causer du tort. Soyons-en conscients à leur place...

Alexis Le Breton, L'Art Sacré,ph. Bruno Montpied, 2010.jpg

 Alexis Le Breton, L'Art sacré..., parc de "la Seigneurie de la Mare au Poivre", Locqueltas, Morbihan, ph. BM, 2010

 

      A-t-on affaire à de l'art? Oui, si on entend ce terme dans son acception liée au seul façonnage, à la seule mise en forme. Mais non, si on rappelle que l'art c'est aussi un mode social de production, un discours théorique, une histoire, un marché surtout, une vision d'une certaine pérennité de l'oeuvre produite.     Mon livre, et le film aussi bien, évoquent l'aspect extrêmement éphémère de ces créations de plein vent, ce qui me fait les ranger sous le terme "d'art immédiat" (art de l'immédiat), et les problèmes de conservation qui découlent inévitablement de leur façon d'être créées (le problème est fort apparent dans le film lorsqu'est interrogé Claude Vasseur, le fils de Robert, qui se débat actuellement dans des difficultés quasi inextricables pour tenter de sauver le jardin de mosaïque de son père ; ce genre de problème est tellement aigu qu'on ne peut s'en tirer en traitant tous ceux qui prennent parti pour l'éphèmère "d'imbéciles", d'ignorants, etc, comme c'est le cas sur certains sites se présentant en champions exclusifs de la conservation de ces sites).

Robert Vasseur, honneur aux visiteurs, photo Remy Ricordeau, 2008.jpg

Chez Robert Vasseur, photo Remy Ricordeau, 2008

 

      Rendez-vous donc en mars, et le 3 avril plus physiquement parlant, à la Halle Saint-Pierre en début d'après-midi, un dimanche, pour la signature du livre et la présentation du film. En attendant, veuillez prendre connaissance de l'avis de souscription du livre (soit en PDF en cliquant sur le lien de l'avis ci-dessus, soit en imprimant l'image en faible résolution ci-dessous).

Avis de souscription pour L'Eloge des Jardins Anarchiques, Editions de l'Insomniaque.jpg  

      Les Editions de L'Insomniaque: 43, rue de Stalingrad, 93100 Monteuil-sous-Bois, Tél: 01 48 59 65 42. insomniaqueediteur@free.fr et le site web: www.insomniaqueediteur.org. Pour les libraires qui souhaitent vendre le livre, il faut s'adresser au diffuseur Court-Circuit Diffusion.

  

  

07/01/2011

"Bricoleurs de Paradis", le film où gazouillent les éléphants

Bricoleurs de paradis, DVD à paraître dans le livre L'Eloge des Jardins anarchiques, de Bruno Montpied, Editions de l'Insomniaque, mars 2011.jpg

Rabat du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques de Bruno Montpied (à paraître en mars aux Editions de l'Insomniaque), évoquant le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) dont le DVD sera joint au livre

 

     Alors, c'est parti pour le passage prochain en télévision du film de Remy Ricordeau, co-écrit avec votre serviteur,  Bruno Montpied. Cela s'appelle "Bricoleurs de Paradis", c'est produit par la maison Temps Noir, et cela sera visible pour les habitants de Normandie, le samedi 15 janvier à 15h30. De quoi est-ce que cela parle? Des environnement spontanés, des habitants-paysagistes, de l'art brut, des inspirés du bord des routes, des outsiders... Un des personnages du film, et pas l'un des moindres tant est peu commune sa réalisation dans le lopin de terre qui s'étend entre la rue et sa maison en Vendée, répond à  ces appellations qui le dépassent: et si je n'étais qu'un original?

 

andré Pailloux, Les moulinets dans le jardin,photo Bruno Montpied, 2010.jpg

André Pailloux, un détail de son site, une des découvertes inédites du film (et  du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques), photo Bruno Montpied, 2010 

 

       C'est l'homme du peu commun qui s'exprime ainsi, et peut-être le mot même "d'exprimer" est de trop. Car, au fur et à mesure du tournage et de la réalisation de notre projet, ce qui finit par revenir comme un leitmotiv fut que les inhabituels créateurs que nous visitions à travers la France (du Nord à la Normandie, des Pays de Loire à la Bretagne) avait décidément du mal à trouver des mots pour décrire leur travail, à répondre à nos questions qui les dérangeaient, et qui les déstabilisaient souvent (parfois à cause de leur âge aussi). On venait taper dans la fourmilière de leur inspiration, on ne les avait pas prévenus, ils n'étaient pas prêts, certains - comme Arthur Vanabelle - avaient entendu d'autres intervieweurs leur parler "d'art brut", alors ils nous resservaient la soupe, ils croyaient nous donner ce qu'ils pensaient que nous voulions entendre...

Chez Arthur Vanabelle, l'équipe de tournage du film   

L'équipe du film Bricoleurs de Paradis chezArthur Vanabelle; Remy Ricordeau, Stéphane Kayler, Pierre Maïllis-Laval, ph. BM, juin 2010

 

       Ce film est ainsi, il y eut un projet (cela fait plus de deux ans qu'il a été projeté, c'est incroyable  comme c'est long la réalisation de quelque projet que ce soit), on sentait bien que cela pourrait ressembler à une sorte d'enquête à travers le territoire français, comme un road-movie, disait Remy depuis le début, lui qui avait été passablement impressionné au début par les Glaneurs et la Glaneuse d'Agnès Varda (où l'on aperçoit un des sites que l'on retrouve dans notre film, celui de Bohdan Litnianski). Une enquête non pas policière mais plutôt une quête. Sur ces créateurs des bas-côtés, à tous les sens du terme, qui dressent sous le ciel de nos paysages uniformisés, leurs splendides lubies expressives, naïves ou brutes, faites avec "deux fois rien" (Arthur Vanabelle), des mosaïques, des statues, des empilements de matériaux de rebut, des reproductions de canons anti-aériens, des rochers sculptés, des moulinets multicolores, la quête, en cherchant à capturer quelque chose de la poésie spontanée, évanescente, de ces inspirations fantasques, débusqua sans crier gare de nouveaux environnements inconnus de très belles apparence et qualité. Le film permet ainsi de découvrir au moins trois sites nouveaux de première importance jamais vus au cinéma (et ailleurs): ceux d'André Pailloux, d'Alexis Le Breton (la seigneurie de la Mare au Poivre, dont j'ai déjà parlé ici), et la maison extraordinairement décorée d'une dentelle de plâtre et papier mâché de Madame C.

Rochers de Rothéneuf, tournage de Bricoleurs de Paradis, film de Remy Ricordeau, 2010, ph. Bruno Montpied.jpg

Aux rochers sculptés de Rothéneuf sculptés voici cent ans par l'abbé Fouré

       Est-ce de l'art? La question voletait sans cesse au-dessus de nos têtes.Bien sûr, répondit Savine Faupin dans l'interview que je fis d'elle dans le chantier du LaM en juin 2010 (on trouvera cette interview dans les bonus du DVD du film, voir une prochaine information à ce sujet sur ce blog), c'est de l'art, quoique modeste. Vanabelle, qui est très sollicité par les gens d'association et de musée qui voudraient préserver ce qui peut l'être de son environnement étonnant et mémorable, dit "on est tous un artiste, non?" (il sait prendre la casaque qu'on lui tend...). Pierre Darcel en Bretagne dit que ce qu'il fait est plus vivant que ce que l'on trouve dans les musées (Vanabelle aussi dit cela, Picasso c'est pas si fameux...). chez André Gourlet, tournage de Bricoleurs de Paradis, juillet 2010, ph.Bruno Montpied.jpg André Gourlet dans le Morbihan se verrait bien dans un musée, pourquoi pas, mais André Pailloux, lui, trouverait que c'est bien de l'orgueil que de parler d'oeuvre à son sujet... On dirait bien que nos héros oscillent entre modestie et ambition démesurée parfois. Mais on pense finalement, et on le dit en conclusion du film, que si ces messieurs n'arrivent pas tout à fait à se situer face à ce monde de l'art (qui n'a au fond vraiment rien à voir avec cette création immédiate), c'est qu'ils vont bien plus loin, dans un monde où la séparation entre art et vie quotidienne n'existe plus. Un monde où l'on parvient parfois à entendre, comme dans la Seigneurie de la Mare au Poivre d'Alexis Le Breton (Morbihan), "gazouiller les éléphants"...

 

André Hardy,un éléphant dans son jardin, 2008, ph.Remy Ricordeau.jpg 

 André Hardy, éléphant dans son jardin à Saint-Quentin-les-Chardonnets (propriété privée), ph. Remy Ricordeau, 2008

  

Le documentaire Bricoleurs de Paradis sera diffusé a priori surtout sur FR3 régions (Normandie, Pays de Loire, Bretagne, peut-être Nord), mais aussi sur la chaîne Planète. Il sera également présenté le dimanche 3 avril 2011, à 14h, dans l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard dans le XVIIIe ardt à Paris.

01/01/2011

Sauve-toi, Petit Poucet...

Bruno Montpied, Cherchant le Petit Poucet, 2011.jpg

Bruno Montpied, Cherchant le Petit Poucet, 24 x 17 cm, 1.1.11

      Il a le physique d'un ours vraiment mal léché. D'ailleurs, à propos de lèche, vous avez vu sa langue? Il en goutte des grains de poussière qui vont s'accumuler en un gros tas poudreux devant ses pieds. L'estomac proéminent, il s'avance d'un pas lourd à la recherche de celui dont il veut se venger, depuis qu'on lui a fait une mauvaise, une très mauvaise farce. Sa main gauche tient, au bout d'un bras démesuré, ballottant comme une chiffe molle, une petite hache. Ses hardes peu soignées, roussies à force d'être restées tant de fois trop prés des âtres, flottent au vent, on dirait une vague robe de chambre, il ne porte plus ses bottes habituelles qui lui faisaient gagner tellement de temps (c'est d'ailleurs pour cette raison que son corps a pris du poids, ne faisant plus les efforts dont le dispensaient ses bottes magiques). Il avance d'un pas lourd, des petites bêtes lui mordillent les chevilles pour tenter de le ralentir davantage. Le Petit Poucet est déjà loin. Il ne paraît pas pouvoir s'en rendre compte, car son crâne n'a pas eu la place de lui garantir une loge pour un cerveau suffisamment grand. Le peu qu'il lui reste, par surcroît, goutte de sa langue en particules de poussière. Il va bientôt buter dessus et s'étendre de tout son long, la gueule fendue sur sa propre hache.

31/12/2010

Voeux...

Carte de voeux 2011, Adofe-Julien Fouré, Rochers Sculptés de Rothéneuf, ph. Bruno Montpied, 2010.jpg

Adofe-Julien Fouré, tête barbue (le Christ?), site des Rochers Sculptés, Rothéneuf, photo Bruno Montpied, 2010

26/12/2010

Jean-Louis Cerisier bientôt au Musée de la Création Franche

      J'annonce cette exposition longtemps à l'avance pour le cas où l'on voudrait faire le voyage en réservant un billet à tarif réduit. L'inauguration aura lieu en effet le samedi 5 février, un samedi pour les voyageurs qui viendraient de beaucoup plus loin que Bègles, merci aux organisateurs du musée qui ont eu cette délicate attention.

 

 Jean-Louis Cerisier, Mythologie, 2009.jpg 

   Jean-Louis Cerisier, Mythologie, 2009

 

      Jean-Louis Cerisier, cela faisait longtemps que je n'avais plus parlé de ses travaux. J'avais même cru à un moment qu'il allait laisser tomber la peinture. Et puis voici que pas du tout il est reparti la fleur au fusil, ou plutôt qu'il n'a jamais cessé de créer sous roche, continuant à produire des tableaux, des travaux graphiques avec une belle opiniâtreté. Peut-être n'était-ce qu'une stratégie pour pouvoir continuer sur d'autres voies plus inédites, tranquillement, en se procurant le calme nécessaire. Je l'ai un peu enfermé au début dans l'art naïf, tant je continue de croire que dans ce domaine, on peut rencontrer d'aussi poétiques trouvailles qu'ailleurs (et Jean-Louis me faisait l'effet d'une de ces trouvailles). Naïf n'est pas forcément synonyme de mièvre et de peinture cu-cul. Lui-même paraissait s'enfermer dans un système, tout en cherchant à casser les limites qu'il s'assignait inconsciemment. Plusieurs de ses peintures, à un moment, attestent de ce besoin de rupture, par des jeux de décadrement. A une époque, comme le rappelle Françoise Limouzy dans le texte qui présentera Jean-Louis sur le carton d'invitation à l'exposition, ce dernier allait même jusqu'à scier ses anciens tableaux, cherchant de nouveaux cadrages, déboîtant, recomposant ses images comme un photographe ou un joueur de casse-tête genre Rubik's cube.Jean-Louis Cerisier, Portrait masqué,collage et peinture, 2000.jpg Certains  portraits masqués représentait un homme se cachant derrière un masque tatoué de cases, de grilles, de labyrinthes vaguement inquiétants. Aujourd'hui, il semble vouloir dépasser cette période. Une de ses dernières peintures, Mythologie (voir notre première illustration), montre ainsi un trio, au sein duquel on peut imaginer un personnage bras en croix comme une projection de l'auteur, enfin sorti avec ses compagnes d'un jardin fermé de grilles, à la végétation envahissante, quelque peu étouffante, s'échappant avec satisfaction semble-t-il de la toile d'araignée de fils blanchâtres qui occupe la composition par-dessus le jardin et le voile noir qui bouche une partie du cadre.

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Jean-Louis Cerisier, Les soeurs jumelles, 2010   

      A Bègles, au Musée de la Création Franche, du 5 février au 20 mars 2011, Jean-Louis Cerisier présentera une centaine d'oeuvres dont beaucoup d'inconnues, puisque la politique du musée est d'offrir aux regards, durant ces expositions, avant tout des oeuvres nouvelles de l'artiste, susceptibles de migrer vers d'autres collections. Jean-Louis a pour ambition de montrer diverses facettes de ses expérimentations, qui contiennent parfois des compositions en collage d'éléments pré-fabriqués par d'autres (comme dans l'oeuvre ci-dessus où l'on découvre un véritable dessin d'enfant recollé dans sa peinture), des peintures sur ardoise, des surlignages, des dessins fantastiques, parfois semi abstraits, etc., etc. Rendez-vous donc à Bègles le 5 février!