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11/08/2011

René Rigal, ou la sculpture-phasme

    Qu'il est doux de vagabonder dans le labyrinthe des minuscules départementales, bien loin des autoroutes où comme de juste, on ne trouve aucun inspiré du bord des autoroutes, cela tombe sous le sens. On voyage au cœur du néant sur ces rails de ciment, hors géographie, si loin de toute réalité que les régions et édifices que l'on aurait pu rencontrer n'existent que sur le papier, je veux dire, sur ces panneaux couleur de fèces qui nous donnent l'impression de flotter dans un monde virtuel. Sur les autoroutes, on ne sort pas de son ordinateur.

 

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Ph. Bruno Montpied

 

      Je vois tout à coup une flèche, "Musée éclaté". Je murmure dans ma barbe, on ne va pas aller voir bien sûr ce musée éclaté, pourtant, c'est un drôle de  nom... Et surprise, mon camarade au volant braque aussitôt, enfilant une route encore plus minuscule qui serpente en grimpant sur des collines en direction d'un village nommé Cardaillac. On est au nord de Figeac, et non loin de Capdenac. Le "Musée éclaté" se fait désirer, et l'on finit par y pénétrer, alors que ce n'est pas l'heure d'ouverture. Il y a un sculpteur à l'intérieur qui pourrait m'intéresser, me dit une dame qui anime ce musée, qui est en réalité "éclaté" parce qu'en plusieurs parties, genre écomusée rural sur les métiers et les écoles de jadis. Marie Mage, c'est son nom magnifique, nous conduit à la partie brocante, musée de tout (des museums of everything, y en a aussi dans nos belles provinces, y a pas qu'à Londres), où elle me montre le sculpteur en question, ou du moins ses oeuvres. Et je reconnais subitement les figures filiformesmusée éclaté,rené rigal,association hors-champ,marie mage,macary et pennet,galerie la menuiserie,jean-michel deslettres aussi dégingandées que des phasmes humains saisis dans le bois, c'est de René Rigal!

 

 

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René Rigal, Si tous les gars du monde voulaient se donner la main... Expositon le Musée éclaté, Cardaillac, été 2011, ph. BM 

   Ô, la belle coïncidence... Je n'en avais jamais vu autrement que sous la forme d'un charmant petit documentaire projeté dans un festival Hors-Champ à Nice (René ne tape pas la belote de Philippe Macary et Jean-Marc Pennet, 13 min, 2000 ; à noter que René Rigal apparaît aussi plus briévement dans un film de Paolo Mucciarelli, Truc d'esprit, art singulier en France, 30 min, 2006).

 

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Ph.BM

 

      Des sculpteurs autodidactes exploitant les formes naturelles du bois, les racines, les branches ou les souches, il en existe souvent. Dans le cas de René Rigal, disparu hélas tout récemment (il sculpta de 1978, date de sa mise à la retraite de conducteur de train, jusqu'à sa mort, survenue apparemment en novembre 2008voir commentaire ci-après), on a affaire à un exceptionnel créateur du fait de son choix de bois aux formes étirées, tendant au filiforme, à la liane serpentine, ce qui ne l'empêchait pas pour autant de voir en eux divers personnages ou animaux.musée éclaté,rené rigal,association hors-champ,marie mage,macary et pennet,galerie la menuiserie,jean-michel deslettres Dans le musée éclaté, c'était surtout des personnages humains qui avaient colonisé l'espace pour une période sans doute transitoire (je ne me rappelle plus très bien ce que Mme Mage nous a dit, c'était comme un tourbillon de rencontrer ces statues si étonnantes, si dansantes).

     Dans le livre édité par l'association Hors-Champ, le Petit Dictionnaire Hors-Champ de l'Art Brut au Cinéma, Gilbert Fenouille fait une remarque fort plausible: "René Rigal en a eu assez de suivre les rails du conformisme social et les horaires rigides. C'est peut-être pour ça qu'au moment de la retraite, il s'est mis à sculpter les bois tordus." La sinuosité de ses chevaliers à longues figures renvoie probablement à la capricieuse ligne de vie qu'il avait dû suivre dès le travail abandonné.

 

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Ph.BM

 

     Le film de Pennet et Macary ne durait qu'une douzaine de minutes et les renseignements sur M.Rigal manquent aujourd'hui passablement. Il faudrait probablement s'adresser à la galerie La Menuiserie à Rodez pour en apprendre un peu plus. Ce sculpteur a eu ses œuvres fort bien servies par un excellent photographe, Jean-Michel Deslettres. Des clichés de ce dernier ont été notamment publiésdans un petit catalogue non daté que réalisa la galerie La Menuiserie après la mort du créateur (donc cette année). Il est souhaitable cependant qu'on consacre un jour un peu plus de papier à l'évocation de l'ensemble des pièces sculptées de cet excellent créateur. 

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Photo Jean-Michel Deslettres sur la couverture du catalogue de La Menuiserie

 

Comment accéder au Musée Eclaté? On va jusqu'à la place de la Tour, 46100, Cardaillac. Tél 05 65 40 10 63 ou 05 65 40 15 65. www.musee-eclate-cardaillac.fr (7 lieux "chargés d'histoire" à visiter avec des guides, maison du semalier, saboterie, moulin à huile de noix, l'étuve à pruneaux...). Le village de Cardaillac est très charmant, et il y a un bistrot si je me souviens bien... 

06/08/2011

Les amis de l'oeuvre de l'abbé Fouré au Sémaphore de la Pointe du Grouin

     Joëlle Jouneau et son Association des Amis de l'Œuvre de l'abbé Fouré remettent le couvert pour une expo du 10 au 24 août à Rothéneuf (dans la salle de quartier) sur le cher Ermite (pas si ermite que ça puisqu'il avait une bonne, a-t-on appris grâce au livre de Jean Jéhan...). C'est le prolongement de l'expo de décembre 2010 dont j'avais parlé et que peu de monde avait pu aller voir. Elle est en outre complétée d'une présentation de la Côte d'Emeraude à la Belle Epoque. Espérons que comme en décembre dernier, à cette occasion on puisse voir surgir d'on ne sait quel placard quelque petite oeuvre d'Adofe-Julien Fouré revenue faire un tour devant nos yeux ébahis.

 

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    De plus Mme Jouneau m'apprend que l'association occupera le Sémaphore de la Pointe du Grouin, situé entre Rothéneuf et Cancale, non loin de St-Coulomb, de septembre à novembre. Qu'on se le dise, si l'on passe par là cet automne. Ce sera l'occasion pour ceux que la visite des rochers sculptés aurait laissés sur leur faim d'en apprendre un peu plus sur le sens de ces rochers qui n'ont que très peu à voir avec l'histoire de corsaires que les gérants du lieu véhiculent à leur propos depuis cent ans.

 

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Rochers sculptés de l'abbé Fouré, une vache, des généraux de la Guerre des Boers, ph Bruno Montpied, 2009

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Jeanne du Minihic (un type sculpté par l'abbé ici, la femme du marin qui attend le retour de son mari, les yeux anxieux fixés sur l'horizon) ; sculpture disparue aujourd'hui, carte postale Guérin, St-Malo, peut-être années 1910?

Et un rappel...:

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Dossier paru en janvier 2010 dans la revue L'Or aux 13 îles n°1 (Jean-Christophe Belotti, 7, rue de la Houzelle, 77250, Veneux-les-Sablons)

 

05/08/2011

Le Musée des Arts Buissonniers

     Joli nom que celui de ce musée situé dans le village sympathique de Saint-Sever-du-Moustier dans l'Aveyron, près des monts de Lacaune, au nord du Languedoc, dans une zone qui a fait parler d'elle pour la découverte depuis plusieurs années de statues-menhirs Statue-menhir blog Anna Galore.jpgaux dessins en relief passionnants (voir ci-contre photo Anna Galore).

musée des arts buissonniers,art singulier,art brut,jerzy ruszczynski,statues-menhirs     Le musée qui organise des expositions temporaires chaque été possède une collection permanente, apparemment réduite certes, mais de très grande promesse (ci-dessus une moto "Spéciale Sophia Loren" de Jean Tourlonias par exemple, ph. B.M.).

 

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Annie Tolliver, Musée des Arts buissonniers, ph. B.Montpied, 2011

   Ses responsables, qui ne cherchent pas particulièrement à se mettre en avant, sont soucieux de qualité et d'originalité, sans non plus tomber dans des débats sans fin sur la terminologie qu'il conviendrait d'adopter quant à leurs choix et leurs goûts, leurs rencontres avec telle ou telle création. "Art buissonnier" est le seul terme qu'ils mettent au premier plan, et c'est fort bien choisi, très poétique, je leur envie ce mot... Le public saura ainsi s'y retrouver de loin, il aura affaire ici à des créateurs qui fréquentent les chemins de traverse, et les collections inspirées.

 

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Patrick Chapelière, 2007, Musée des Arts Buissonniers, ph.BM, 2011

 

     Le musée est animé par une association, Les Nouveaux Troubadours, qui ne se contente pas de bâtir une collection d'œuvres mais organise aussi des stages accueillant divers groupes qui sont conviés à participer au chantier érigeant petit à petit une "construction insolite" (terme utilisé provisoirement?). musée des arts buissonniers,art singulier,art brut,jerzy ruszczynski,statues-menhirsC'est un work in progress collectif en somme, dont j'ai déjà parlé il y a peu, qui tient à la fois du musée de Robert Tatin, de la maison de Jacques Lucas (lui-même émule de Tatin, je crois), du jardin des Tarots de Nikki de Saint-Phalle (c'est le toboggan dans un coin qui m'y fait penser), du Palais Idéal aussi, par moments on peut même lui trouver un vague côté Nek Chand, ou simplement hindou (toujours le toboggan avec son visage au-dessus), etc...

 

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Un mur sur la terrasse supérieure avec des galets peints et assemblés, réalisation récente semble-t-il..., ph. BM, 2011

     Ça part en feux d'artifice, dans tous les sens, en fonction des multiples et variés intervenants, plasticiens qui s'y collent de façon intermittente ou continue.

 

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L'église en contrebas de la Construction Insolite à St-Sever-du-Moustier, ph.BM, 2011

 

     La construction en question est située sur une colline qui domine le village, de là-haut on voit fort bien l'église et le bourg qui se nichent en contrebas, une comparaison s'esquisse de l'architecture de l'église à celle de la Construction Insolite.

 

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Et très probablement deux nouveaux troubadours..., ph. BM, 2011

   

30/07/2011

Esprits de la mine à Lewarde

     "Esprit Mine" au Centre Historique Minier de Lewarde (Nord), tel est le titre de l'expo qui a débuté le 1er juillet et se finira le 31 décembre de cette même année. Y sont réunis 16 artistes et créateurs, autodidactes et professionnels mêlés, "ayant entretenu dans leur démarche créatrice un rapport conscient ou inconscient à la culture minière, au charbon ou à la mémoire de la mine", comme le rapporte le site web d'ABCD qui a collaboré à cette expo en prêtant des oeuvres d'Anselme Boix-Vives. Ce sont surtout les autodidactes présents dans cette expo qui nous intéressent, comme de juste: Boix-Vives certes mais aussi Augustin Lesage, Félicien Delvigne, Gaston Duf, Jacques Trovic, Jean-Michel Wuilbeaux (venu du centre La Pommeraie) et Stefan Nowak (voir illustration ci-contre, "L'amour dans l'amour", oeuvre conservée au LaM de Villeneuve-d'Ascq.L_amour_dans_l_amour_Stefan_NOWAK LaM_Villeneuve_d_Ascq.jpg

 

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Jacques Trovic derrière une mosaïque, et non pas derrière une de ses tapisseries pour lesquelles il est davantage connu ; il s'agit d'un mineur devant un chevalet, ph. Bruno Montpied, novembre 2009 (est-ce que cette oeuvre a été sélectionnée à Lewarde, je ne sais pas, mais elle aurait pu...)

 

     Les liens et les créateurs populaires ayant des rapports avec la mine sont effectivement fort nombreux. Citons au passage le Félix Picques que j'ai mentionné dans ma note sur le n° récent d'Area sur l'Art et la Folie. Mais on pense aussi aux spirites de la région de Béthune, Arras, etc, les Lesage, ou les Victor Simon.

 

Victor-Simon (1903-1976), la toile jaune (hui sur t), 21 fév 71.jpg

Victor Simon, la Toile jaune, 21 février 1971, coll d'art brut du LaM, Villeneuve-d'Ascq

 

     On pense aussi à ces créateurs d'environnements spontanés, ou anarchiques (mot synonyme), que l'on rencontre depuis déjà un siècle dans le Nord et le Pas-de-Calais, à commencer par un Charles Pecqueur ancien mineur qui fit une fresque dans son jardin sur Blanche-Neige et ses 7 nains revenus de la mine (Neige blanche, rêve d'antithèse absolue pour un qui a le corps immergé dans le charbon et la nuit des galeries?), révélé autrefois par Bernard Lassus et Francis David (voir ci-contre photo de ce dernier).Charles-Péqueur,-Blanche-Ne.jpg D'autres ont travaillé aux Houillères, comme Léon Evangélaire à Pont-à-Vendin, auteur de statues en ciment ou Remy Callot à Carvin qui a vu ses mosaïques préservées par la commune.

 

 

 

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Remy Callot, Carvin (Pas-de-Calais, détail d'une fresque en mosaïque (scène égyptienne antique?), ph. BM, octobre 2008

 Centre Historique Minier de Lewarde, Fosse Delloye BP 30039, rue d’Erchin, 59 287 Lewarde. 03 27 95 82 82. http://www.chm-lewarde.com/

 

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Plaque émaillée d'avertissement dans les mines, signalée par Laurent Jacquy, voir son blog Les Beaux Dimanches

 

 

26/07/2011

Le Palais Idéal, Mont-Saint-Michel de l'Art Brut

     "La marchandise culturelle est la marchandise idéale, celle qui fait avaler toutes les autres", disait, je crois à peu prés, Raoul Vaneigem. Et l'art brut, même et surtout peut-être lorsqu'il s'agit d'un monument aussi conséquent que le Palais Idéal du facteur Ferdinand Cheval, ne fait pas exception à la règle. Bien qu'il ait été au départ aussi une machine de guerre, inconsciente bien entendu, contre l'univers réifié distillé par l'empire de la marchandise. Produits dérivés dans la boutique du Palais, tee-shirts marqués "le rêve, obstinément" (ou quelque chose dans ce genre...), cartes postales, petit commerce seulement en gestation actuellement à Hauterives, mais qui n'en doutons pas ne demande qu'à se développer, avec l'essor parallèle des festivals de jazz ou de variétés qui sont montés devant le Palais, devenu simple faire-valoir des cabotins en tous genres du music-hall, cette évolution ne pouvait manquer d'advenir, diront les Cassandre en tous genres.

     Si le Palais Idéal continue,  à côté de ce cirque, et plus encore depuis que les campagnes de restauration l'ont admirablement remis en lumière, à irradier sa merveilleuse et bouleversante poésie, les commerces environnants s'en donnent à coeur joie. En voici un florilège photographique...

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Commençons par une enseigne où le sciapode pourrait avoir ses habitudes... Ph. BM, 2011

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Ce boulanger fait-il une association avec le postérieur du facteur Cheval? C'est pas sûr, mais un lacanien de passage ne le raterait pas...

 

21/07/2011

Naïfs théâtres de verdure, ceux qui refont le monde autour d'eux

   Tel est le titre d'un nouvel article que j'ai consacré, dans la récente deuxième livraison de la revue littéraire Jardins, publié aux éditions du Sandre, aux environnements spontanés créés par des retraités de la classe ouvrière. Ce n°2 de la revue est placé sous le signe du "réenchantement". Pas d'images, que du texte, j'aime ce parti-pris radical qui concernera tous ceux qui ne désespèrent pas encore complètement de la pensée et de la lecture. Il est possible de déambuler parmi les jardins en pensée seulement, c'est même plus libertaire, car chaque lecteur se fait les images qu'il veut en lisant (c'est pourquoi un lecteur est invariablement déçu lorsqu'il découvre une adaptation filmée d'après une de ses lectures).

 

 

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     Lisons quelques lignes au hasard, prises dans une des nombreuses contributions de ce numéro, celle de Claude Dourguin, Propos de jardins:

      "Au hasard des déambulations à travers les villes, des promenades matinales - à moins que ce ne soit, saison favorable, dans les soirées -, parfois on surprend des jardins. Une rue devient provinciale, tranquille où traversent des chats, quelque chose ici se desserre, le temps, dirait-on, est comme suspendu, au-dessus d'un mur des branches font signe. On ne voit presque rien, des feuillages, parfois un rosier qui a grimpé hardi tend deux, trois roses au ciel, pourtant le pas s'éteint de lui-même, et l'on reste là, pensif, reconnaissant - quelle présence inconnue fait ce don? Car de l'autre côté, on le sait bien, dérobé aux furieux constructeurs, tenant tête, un petit enclos de résistance verte, une délectation, une rêverie."

     Dans ma propre contribution, Naïfs théâtres de verdure, je reviens bien entendu sur un certain nombre de créateurs d'environnements hétéroclites naïfs ou bruts, certains évoqués dans mon livre Eloge des Jardins anarchiques. J'en profite ici pour pointer davantage les sources et les techniques employées pour faire naître ces statues et autres édifices étonnants, eux aussi exemples inconscients de "résistance aux furieux constructeurs". Travaillant sans aucune honte de la copie, mais adeptes d'un détournement qui ne dit pas son nom, concernant à la fois les matériaux, mais aussi les thèmes, les sujets, les modèles. On n'a pas de culture? Qu'à cela ne tienne, on récupère celle qu'on trouve autour de soi, notamment dans la petite boîte à images qui bougent, et vogue la galère, on bricole et on invente, on s'incorpore tout ce qui passe sous l'oeil et la main, comme Ferdinand Cheval dans son Palais, où des fragments de maquettes d'autres architectures se retrouvent absorbés, digérés, recrachés ente deux cascades de rocaille...

 

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Palais Idéal du Facteur Cheval, maquette incorporée dans la façade est, ph. Bruno Montpied, 2011

 

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Le couple Pauline et Charles Billy à Civrieux-d'Azergues, ph BM, 1990 ; autour d'eux les maquettes de monuments du monde entier que Charles avait "lâchés" et organisés dans le jardin entretenu par Pauline, inspiré qu'il avait été par les maquettes d'architecture installées dans les niches de la façade ouest du Palais de Ferdinand Cheval.

 

     Ces créateurs se hissent, par delà la constatation de leur vie dissipée dans des tâches aliénées à la nécessité de survivre matériellement, à la position de nouveaux héros de la classe ouvrière ou paysanne, par le dépassement qu'opérent leurs constructions automatiques, tels des poèmes de ciment nés comme du chiendent.

 

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Bruno Montpied, première page de Naïfs théâtres de verdure, ceux qui refont le monde autour d'eux, Jardins n°2

Le n°2 de Jardins est disponible dans toutes les bonnes librairies un peu curieuses, par exemple à l'Ecume des Pages, à St-Germain-des-Prés, à Paris (6e ardt). Sinon, on peut aussi s'adresser aux Editions du Sandre, 57, rue du Docteur Blanche, 75016, Paris. Il existe aussi un site web lié à la revue: http://revuejardins.blogspot.com/, où l'on trouvera une adresse électronique où demander la revue. Ce site propose quelques images (il faut bien penser à  ceux qui trouvent les textes trop longs...).

 

16/07/2011

Tournée musicalternative dans les lieux du singulier ou du brut

     Là encore, le lapin blanc de l'info singulière ne cesse de retarder (c'est pourquoi il regarde compulsivement sa montre). Il me faut vous signaler de toute urgence, avant la fin du jour, le programme chargé d'un groupe au nom particulièrement compliqué L'Autopsie A Révélé Que La Mort Etait Due A L'Autopsie, composé de quatre musiciens expérimentaux, par ailleurs férus, paraît-il, d'art singulier et d'art brut (Franck de Quengo, Sébastien Borgo -qui prépare, dit le programme de leur tournée, un livre sur les "aménagements artistiques des maisons et jardins d'Alsace", on attend de voir ça...-, Nicolas Marmin/Aka Bondage (je sais pas ce que ça veut dire ce double nom) et Anla Courtis, qui ne sera présent que par des enregistrements semble-t-il).

 

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Au Musée du Pays Foyen, quelques têtes de Franck Barret, la femme de l'explorateur et Jeanne d'Arc, Ste-Foy-la-Grande, ph. Bruno Montpied, 2008

 

     Je ne sais pas trop ce que vaut la musique de ces messieurs, mais l'originalité de leur projet consiste à mes yeux dans le tour de France qu'ils annoncent pour la semaine qui commence demain du 17 au 25 juillet, qui va les faire tenter d'instaurer un dialogue musical avec les lieux insolites où ils ont prévu de confronter leur propre inspiration. Sept lieux sont au programme, la Halle St-Pierre dimanche 17, à 15h (le concert donne accès aussi à l'expo sur la collection de Charlotte Zander), lundi 18 à "la Forge" de Florence Marie, à Honfleur (concert à 20h), mardi 19, à la Grotte-Chapelle de Jean-Michel Chesné à Malakoff (pas d'horaire indiqué, se reporter au programme général de cette tournée) le mercredi 20 au Musée du Pays Foyen, où est conservé un ensemble de vestiges de statues en terre sauvées de la ferme de Franck Barret (concert à 18h30 au musée et à 21h au bar "Le Chai"), le vendredi 22 juillet sur le site de "la Construction Insolite" du Musée des Arts Buissonniers à St-Sever-du Moustier (concert à 21h), le samedi 23 à la Villa aux Cent Regards de Victor Grazzi à Montpellier (pas d'horaire indiqué, renseignements au 06 68 38 65 45) et le lundi 25 au Festival "Laisser le passage libre" à Barnave dans le Vercors, http://www.laisserlepassagelibre.org.

 

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La "Construction Insolite" à St-Sever-du-Moustier (Aveyron), chantier en cours..., ph.BM, 2011

    

15/07/2011

Monchâtre dans l'Aveyron, une expo en fanfares

     Vite, vite, dit le lapin blanc de l'information singulière et buissonnière, il me faut vite annoncer pour demain samedi 16 juillet les 15e rencontres de fanfares, et autres "joutes aveyronnaises de musiques acoustiques et ambulatoires" (ouf, je l'ai dit d'une traite sans respirer!) qui vont se tenir dans l'inspiré village de Saint-Sever-du-Moustier à partir de 16h. Demandez le programme ci-dessous:

Fête des fanfares à St-Sever, 2011.jpg

     St-Sever qui n'a rien de sévère ni d'austère abrite on le sait déjà peut-être un excellent petit musée, judicieusement nommé "Musée des arts buissonniers", animé par l'association Les Nouveaux Troubadours qui a deux cordes (au moins) à son arc, le chantier constamment in progress de la "Construction Insolite" (j'y reviendrai) et la Maison Coubez au coeur du village, face à l'église aux belles gargouilles, qui cache une excellente collection d'art brut et d'art singulier.

 

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François Monchâtre, exposition au Musée des Arts Buissonniers à St-Sever-du-Moustier du 16 juillet au 17 septembre 2011

   

     Ce dernier corpus fait l'objet d'un tri assez efficace (rien à voir avec les festivals du même nom se tenant un peu partout en France qui mettent en avant des centaines de faiseurs de têtes à Toto nés de la dernière pluie, sous-sous-arrière-petits-enfants édulcorés de Gaston Chaissac). J'y reviendrai là aussi. Demain 16 juillet, c'est aussi dans ce musée le vernissage d'une expo consacrée à François Monchâtre, un ancêtre (si je peux me permettre, pardon M. Monchâtre si vous me lisez) du bon art vraiment singulier. Monchâtre est connu pour ses machines et ses personnages de crétins "du néant retournant au néant", comme il est dit sur une plaquette d'invitation à une autre exposition qui elle se tient déjà depuis le 30 juin jusqu'au 18 septembre à Rodez, dans la galerie Sainte-Catherine (Maison départementale de la culture, 5, place Sainte-Catherine, 12000 Rodez; site: www.aveyron-culture.com/saintecatherine et blog: www.mdc12.fr). A noter que le commissariat de cette expo a été confié à l'équipe, qui aime à rester anonyme, du Musée des Arts Buissonniers. 

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Monchâtre à Rodez aussi, ph. Jean-Claude Launey

11/07/2011

Etrange petite pierre, sur laquelle on ne bâtira pas d'église

      Voici la photo que j'ai prise naguère, dans un environnement français que mes lecteurs reconnaîtront sans trop hésiter. A gagner ce que j'ai en rayon pour le moment, à savoir une bêtise de Cambrai...

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Moi, je pense à un corps nu comme saisi au moment où, la tête s'écrasant contre le sol, la suite du corps est restée suspendue, dans un équilibre étrange, cul en l'air, les cuisses serrées, alors que manquent les mollets et les pieds... Les bras étant revenus se croiser sous la poitrine pour assurer l'amortissement de la chute sans doute (peine perdue! L'écrasement a annulé tout espoir). Sinon, en dehors de la vision de ce corps cul par-dessus tête, on peut également songer à une vulgaire crotte de chien façonnée là de façon farceuse par le maître des lieux (auquel, usuellement,  on ne supposait pas tant d'humour). Photo Bruno Montpied, 2011

02/07/2011

Info-Miettes (12)

Expo Ody Saban tout l'été au musée de la Création Franche

     Cela se tiendra du 1er juillet au 4 septembre au musée de Bègles.

 

Ody-Invitation-Bègles-2011-.jpg

Du côté de chez Chave maintenant...

    Galerie Alphonse Chave, à Vence, on monte une exposition intitulée de façon un peu tarabiscotée je trouve, "L'harmonie des antonymes", avec en épigraphe sur le carton d'invitation quelques mots d'Héraclite d'où il ressort que "tout [surtout l'harmonie] devient par discorde" (le Poignard Subtil se voit ainsi confirmé dans ses choix)... Du 18 juin à fin août 2011. Avec Georges Bru, Gaston Chaissac, Gérard Eppelé, Jean Dubuffet, Slavko Kopac, Max Ernst, G.Lauro, Jean-François Ozenda, Jacques Prévert, Georges Ribemont-Dessaignes et alii... Tél: 04 93 58 03 45.

Le Musée des arts populaires de Laduz n'est plus subventionné...

     Jacqueline Humbert se bat toujours pour maintenir la merveilleuse collection construite par elle et son mari décédé en 1990, Raymond Humbert. La région lui refuse la subvention qu'elle recevait pourtant depuis plusieurs années. A-t-on décidé d'étrangler par l'indifférence et l'insensibilité (pour ne pas dire l'ignorance) des élus toutes les collections d'art populaire, qu'elles soient comme en l'espèce privée, mais ouverte aux publics de tous âges, ou qu'elles soient étatiques comme celle de l'ex-musée des ATP autrefois installé près du Jardin d'Acclimatation dans le Bois de Boulogne à Paris, et qui végète à présent dans on ne sait quel entrepôt en attendant que se bâtisse le mirifique bâtiment promis depuis des lustres près du fort Saint-Jean à Marseille?

 

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    En attendant, le musée de Laduz tient cependant à organiser une exposition d'été, et cette fois on reviendra à la peinture de Raymond Humbert qui fut un admirable paysagiste abstrait, parallèlement à sa passion pour l'art populaire qu'il interprétait en visionnaire. Sans doute, Jacqueline Humbert puisera dans la force intacte des oeuvres de ce grand vivant l'énergie de faire face aux défis qui attendent le musée. Je ne saurai trop inviter tous ceux qui subodorent la poésie présente au sein des arts populaires à venir visiter ce musée champêtre qui n'a rien à voir avec les collections habituelles de vieux outils poussiéreux. Sa muséographie est sans cesse attractive, attachée à mettre en valeur tous les côtés inspirants de la vie créatrice des campagnes anciennes, en s'appuyant sur la valeur esthétique des objets présentés. Son département de sculpture populaire insolite de plus flirte avec l'art brut, de même que ceux de la marine populaire ou de la mémoire des campagnes font parfois allusion à l'art naïf.

 

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Akram Sartakhti

    J'ai laissé passé l'occasion de parler de cette femme iranienne (née en 1950) qui chipa les pastels de son petit-fils pour lui montrer ce dont elle était aussi capable, non mais... (on pensa à d'autres qui firent de même, comme M'an Jeanne par exemple, ou Joseph Barbiero encouragé par un fils artiste, ou encore Boix-Vives lui-même... non?). La cafétéria de la Halle Saint-Pierre abritait une petite expo de ses oeuvres colorées et stylisées du 10 janvier au 13 février dernier.Akram 6.jpg La galerie Hamer à Amsterdam l'a aussi exposée entre mars et mai, avec une brochure à la clé préfacée par Laurent Danchin qui précise dedans qu'elle a commencé il y a seulement dix ans et que malgré le fait qu'elle ait caché d'abord ses oeuvres à son petit-fils, ce dernier, ayant quand même découvert ses dessins, les porta à l'attention de quelques experts, ce qui amena une ou deux oeuvres de sa grand-mère au musée d'art contemporain de Téhéran. C'est pour le peu qu'on a pu en voir à la Halle, une oeuvre fraîche et spontanée, joyeusement colorée et dégageant une grande vitalité grâce à la conjugaison de formes simples, suggestives avec de sensuels contrastes de teintes. Seuls les fonds peuvent paraître un peu vite faits comme si la peintre n'y attachait que peu d'importance. On ressent alors une impression de travail fait dans l'urgence, avec la bizarre sensation d'une précipitation.Akram 5.jpg

     Une autre peintre autodidacte iranienne existait aussi naguère, décédée à présent, qui était peut-être plus inspirée et brute qu'Akram Sartakhti, à savoir Mokarrameh Ghanbari, que ce blog-ci a évoqué voici déjà quelque temps, que l'on se reporte à... ces notes...

 

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Une oeuvre de Mokarrameh Ghanbari

Au Madmusée de Liège on révise son histoire...

     "Harvest", c'est le titre de l'exposition estivale du Musée d'Art Différencié (qui donne ce bel acronyme de MAD), titre très Neil Young, un peu trop anglais pour mon goût (est-ce que "moisson", ça fait péquenot chez nos amis belges...?). Elle se tiendra en deux lieux, en accès libre, au MADmusée du 2 juillet au 10 septembre, et au Grand Curtius, toujours à Liège, du 2 juillet au 13 novembre. Le propos du commissaire d'exposition (Brigitte Van Den Bossche?) est de montrer comment le "futur de la collection se dessine, grâce aux acquis des dernières années".ody saban,raymond humbert,akram sartakhti,mokarrameh,galerie hamer,art singulier,laduz,jacuqeline humbert,arts populaires ruraux,art contemporain iranien Depuis que j'ai vu des parties de ces acquis à l'expo parisienne de la Maison des Métallos, j'acquiesce à toutes ces propositions. Donc, que ceux qui le peuvent aillent faire un tour à Liège, une fois.

24/06/2011

Marie Espalieu dans Gazogène n°32

     Voici un numéro de la revue Gazogène qui voudrait nous faire plus amplement découvrir les bois naturels peints et assemblés d'une dame Marie Espalieu (1923-2007) qui vécut à Crayssac dans le Ségala (je sais pas où c'est, je vais voir sur Google, ah, c'est prés de Cahors, au nord-ouest, pas loin de Catus,  la région où vivait Gaston Mouly). Cette dame a été photographiée par Robert Doisneau, et l'on dirait que c'est son seul titre de gloire tant les contributeurs de cette revue ne cessent de nous le répéter.

 

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    La revue est en effet constituée de plusieurs textes de différents auteurs qui se marchent sur les pieds les uns des autres, répétant les mêmes choses, la candeur, la voyance, les bois qui parlent, etc. N'eut-il pas été plus utile et plus efficace de se contenter de dresser un catalogue en images des oeuvres de cette dame, restée encore passablement inconnue jusqu'à présent -du moins au large du Ségala- avec quelque bon texte décrivant sa façon de travailler, une petite bio, plus une analyse plus fouillée (il suffisait pour ce faire de laisser parler Benoît Decron, l'ancien conservateur du musée de l'Abbaye Sainte-Croix aux Sables-d'Olonne qui dans ce numéro livre une saine analyse remettant en question divers clichés)? La revue part un peu dans cette direction avec de nombreuses illustrations. Hélas, elles restent pour la plupart en noir et blanc, ce qui pour une œuvre où la couleur joue un grand rôle, on l'avouera, est un choix bizarre (mais Gazogène on le sait, il nous le serine assez, fait le choix de "l'humilité"... à moins que ce ne soit celui du misérabilisme?).

    Car les oeuvres de Marie Espalieu en bois peint, assemblées avec des clous, frustes, parfois enfantines, proches de certains travaux populaires de patience du temps jadis des campagnes, méritaient bien un hommage. Un hommage qui aurait évité d'être un prétexte pour certains d'étaler leurs ego (qu'ai-je à faire du "Tonton René" de monsieur Maurice?...) ou leurs états de service (toujours monsieur Maurice qui se montre par deux fois en photo, publie trois textes -je ne compte pas les textes non signés- dont un ancien qui ne fait que rajouter à la redondance  générale du numéro). Tout cela sans doute de peur d'être oublié vraisemblablement, mais t'inquiète pas Jean-François, ça finira tout de même par arriver, hélas).

La Revue Gazogène est diffusée, à Paris, à la librairie de la Halle Saint-Pierre. Sinon, on peut se la procurer en écrivant à Jean-François Maurice (comme de juste!), Le Bourg, 46140 Belaye.jfmaurice@laposte.net. Il vous en coûtera 17 € le numéro. 

07/06/2011

Yves-Jules Fleuri portraiture les grands Suisses

     Jean-David Mermod qui préside aux destinées de la Galerie du Marché à Lausanne a proposé récemment à Yves-Jules Fleuri, qui se faisait appeler récemment seulement Yves Jules de tirer le portrait d'un certain nombre de célébrités suisses. Fleuri est connu pour aimer brosser des portraits hauts en couleur de toutes sortes de personnages, a priori non pour les caricaturer, mais y aboutissant quand même, à son corps défendant semble-t-il. J'en ai déjà parlé sur ce blog. Mermod a envoyé à Yves Poelman, le cicerone et le chaperon d'Yves-Jules, une centaine de photos de Vaudois connus. L'artiste a fait son choix là-dedans. Cela donne 45 portraits.

 

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Yves Jules, Félix Vallotton

 

    La Galerie du Marché présente le résultat de ces travaux du 10 juin au 23 juillet (vernissage jeudi 9 dès 17h30). Au vu des quelques portraits en ligne sur le site de la galerie (j'en reproduis deux ici même), l'expo promet d'être réjouissante. Elle s'intitule au fait "Y'en a point comme nous".

yves fleuri,galerie du marché,jean-daniel mermod,art brut

 

 

 

Galerie du Marché, 1, escaliers du Marché, 1003 Lausanne. 021 311 41 80. 079 212 14 17. Contact : info@galeriedumarche.ch

 

 

Yves Jules, Roger Fédérer 

05/06/2011

Où trouver "Eloge des Jardins anarchiques"? Liste des points de vente

     Voici la liste des points de vente telle qu'elle pouvait être établie en mai (plutôt vers le début de ce mois). J'ai essayé de situer les librairies quand j'avais le temps... La liste n'est probablement pas exhaustive, le diffuseur (Court-Circuit diffusion) ayant probablement trouvé d'autres librairies entre temps, mais en l'état, elle peut tout de même être utile, je pense. Il se peut également que certains points de vente mentionnés ci-après n'aient déjà plus de livres. Il ne faut pas hésiter dans ce cas à passer commande à votre libraire (ceci étant valable aussi dans n'importe quel lieu ne figurant pas dans cette liste ; le diffuseur s'engage à honorer toutes les commandes que lui feront les librairies où que ce soit).

Paris: 

Librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard (18e ardt), L’Arbre à lettres dans les 3e, 5e, 12e, 13e ardts, L’Alinéa, L’Appel du livre, L’Attrape-Cœurs (18e), L’Atelier 9, L’Atelier (20e), Atout-Livre (12e), Librairie des Batignolles (17e), Les Buveurs d’encre, Le Cabanon, Le Merle Moqueur (20e), Chapitre.com, Le Comptoir des Mots, Compagnie (5e), Dédale (5e), Le Divan (15e), L’Ecume des pages (6e), La Friche (11e), Librairie des Gâtines, Le Genre Urbain, Gibert Joseph (Bd St-Michel, 6e), Les Guetteurs de vent (11e), L’Harmattan (5e), La Hune (6e), L’Humeur vagabonde (18e), L’Iris noir (11e), Les Jardins d’Olivier (rue Gay-Lussac, 5e), Libralire (11e), Le Livre Ecarlate, Libre Ere, Matière à lire, La Maison Rustique (6e), Le Merle Moqueur (20e), MK DVD Loire (19e), Le 104 (19e), Le Monte-en-l’Air (20e), Libraire du Musée du Louvre/RMN (1er), Les Oiseaux Rares (13e), Page 189, Parallèles (1er), Librairie du Parc/Actes Sud (La Villette, 19e), Flammarion Centre Pompidou (1er), Publico (11e), Quilombo (11e), Un Regard Moderne (5e), SFL Danton (6e), Librairie Jean Touzot, Tropiques, Tschann (6e), Vendredi (9e), La 25e Heure (5e), Equipages (20e), Le Flâneur des deux rives (6e), La lucarne des écrivains (19e), Comme un roman, Le 104 (19e), La FNAC

Couronne de Paris

78 (Yvelines) : Le Livre Bleu, Versailles, 92 (Hauts-de-Seine): Au Grillon, Nanterre, 93 (Seine St-Denis): Folies d’Encre, Montreuil ; Folies d’Encre-Liberté sur parole, St-Ouen ; La Malle aux histoires, Pantin ; Les Mots Passants, Aubervilliers ; SFL Alizé, St-Denis ; La Traverse, La Courneuve (centre-ville),  94 (Val de Marne): L’envie de lire, rue Gabriel Péri, IvryGénérale Libr’Est, Charenton-Le Pont ; Gibert Joseph, Vitry ; Millepages, Vincennes.

Régions

06 (Alpes-Maritimes): Librairie Jean Jaurés, Nice ; Librairie Masséna, Nice.

10 (Aube): Les Passeurs de textes, Troyes.

11 (Aude): Mots et Cie, Carcassonne.

12 (Aveyron): Musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier.

13 (Bouches-du-Rhône):  Bouquinerie des 5 avenues, bd de la Libération, Marseille ; Gibert Joseph, Marseille ; Le Greffier de St-Yves, rue Venture, Marseille (1er ardt) ;  Le Lièvre de Mars, rue des 3 Mages, Marseille ; Maupetit (éd. Actes Sud), Bd de la Canebière, Marseille ; L’Odeur du Temps, Marseille ; Librairie Vents du sud, Aix-en-Provence ; Libraire de l’Université, Aix-en-Provence ; Librairie La Provence, Aix-en-Provence ; Goulard, Aix-en-Provence.

14 (Calvados): Brouillon de culture/L’Université, Caen ; Euréka street, place de la république, Caen.

16 (Charente):  Librairie MCL, Angoulême.

17 (Charente-Maritime): Les Saisons, La Rochelle.

22 (Côtes d’Armor):  Gwalarn, Lannion ; Mots et Images, Guingamp ; Centre Leclerc, Plérin.

23 (Creuse): Maison de la Pierre, à Masgot (commune de Fransèches), hameau du sculpteur François Michaud.

24 (Dordogne): Marbot, Périgueux.

25 (Doubs): Camponovo, Besançon ; Les Sandales d’Empédocle, Besançon.

26 (Drôme): Le Bazar des Mots, Hauterives.

29 (Finistère): Caplan and Co, près de Morlaix, à Poul Rodou par Guimaëc ; La Petite Librairie, rue Danton, Brest ; Daniel Roignant, bouquiniste, Brest.

30 (Gard): Sauramps en Cévennes, place St-Jean, Alès.

31 (Haute-Garonne): Castela, Toulouse ; Gibert Joseph, Toulouse ; Ombres blanches, Toulouse ; Privat, Toulouse ; Terra Nova, Toulouse.

33 (Gironde): La Machine à lire,  Bordeaux ;  La Mauvaise Réputation, Bordeaux ; Mollat, Bordeaux) ;  Librairie du Muguet, Bordeaux.

34 (Hérault): Gibert Joseph, Montpellier ; Le Grain des Mots, bd du Jeu de Paume, Montpellier ; Sauramps, Montpellier.

35 (Ille-et-Vilaine): Le chercheur d’art, 1, rue Hoche, Rennes ; La Cour des Miracles, rue Penhoët, Rennes ; Forum du Livre, Rennes ; Librairie Le Failler, Rennes.

38 (Isère): Lucioles, Vienne ; Le Square Librairie de l’Université, Grenoble ; Association Antigone, Grenoble.

39 (Jura): Jacques, Dôle.

42 (Loire):  Lune et l’Autre librairie, St-Etienne ; Librairie de Paris, St-Etienne).

44 (Loire-Atlantique): Coiffard, Nantes ; Durance, Nantes ; Vent d’Ouest Lieu unique, Nantes ; Boutique Bientôt, Nantes ; La voix au chapitre, St-Nazaire.

45 (Loiret): Les Temps Modernes, Orléans.

46 (Lot): Régis Benatré, Biars-sur-Céré.

49 (Maine-et-Loire): Contact, Angers ; Les Nuits bleues, rue Maillé, Angers. 

53 (Mayenne): Livres compagnie/chapitre, Laval ; Libraire du musée d'art naïf du Vieux-Château, Laval. 

54 (Meurthe-et-Moselle): L’Autre rive,Nancy ; Hall du Livre/Privat, Nancy.

57 (Moselle): Hisler even, Metz.

59 (Nord): Le Bateau-Livre, rue Gambetta, Lille ; Le Furet du Nord, Lille ; La Boutique du Lieu (musée du LaM, musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Villeneuve-d’Ascq) ; L’Harmattan/Les Alizés, Lille ; Librairie Meura, Lille.

64 (Pyrénées-Atlantique):  L’Alinéa, Bayonne ; Mattin Megadenda/Librairie Elkar, Bayonne. 

66 (Pyrénées-Orientales): Torcatis, Perpignan.

67 (Bas-Rhin): Broglie, Strasbourg ; Kléber, Strasbourg ; Quai des Brumes, Strasbourg ; Libr’Air, Obernai.

68 (Haut-Rhin): Bisey, Mulhouse.

69 (Rhône): Le Bal des ardents, Lyon ; La boutique des Marais, Lyon ; Au bonheur des Ogres, Lyon ; Decitre 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, Lyon et banlieues ; Michel Descours, Lyon ; Passages, Lyon ; Librairie la Presse, Lyon ; Terre des Livres, rue de Marseille, Lyon 7e.

72 (Sarthe):  Librairie Doucet, Le Mans.

73 (Savoie): Garin théâtre, Chambéry ; Librairie Rousseau, Chambéry.

76 (Seine-Maritime):  Le chat-pitre, Fécamp (?).

80 (Somme):  Martelle, Amiens.

82 (Tarn-et-Garonne): Ça sent le book (libraire itinérant ?).

84 (Vaucluse):  La Mémoire du Monde, Avignon.

88 (Vosges): La Licorne, Epinal ;  Panorama 88/ Quai des mots, Epinal.

89 (Yonne): Comptoir de vente de la Fabuloserie, Dicy ; comptoir de vente de livres et autres catalogues, revues du musée rural des arts populaires, collection Humbert, à Laduz.

Belgique

Bozarshop ; Filigranes ; La Licorne ; A livre ouvert/Le Rat conteur ; Livre aux trésors SPRL ; Papyrus ; Pax ; Point Virgule ; Tropismes ; Bookshop d'Art et Marges museum, à Bruxelles ?

Suisse

Collection de l’Art Brut, Lausanne.

 

Librairie Basta! Chauderon, Petit-Rocher 4, Lausanne.

 

Librairie Basta! Dorigny, L'Anthropole, Université de Lausanne.

Eloge chez Lalane à la Bastille, mai 11.jpg

L'Eloge se glisse partout... Stand à la Foire de la Bastille, mai 2011, ph. BM

A signaler: une nouvelle présentation du livre, accompagnée d'une projection du film Bricoleurs de paradis, aura lieu le vendredi 17 juin à la librairie Atout-Livre dans le XIIe ardt à 19h30. BM et Remy Ricordeau seront présents. Atout-livre 12e.jpg

 

28/05/2011

Déchiffrer les messages d'outre-tombe de l'abbé Fouré... (A propos du site de l'ancienne Croix de l'Ermite)

     Non, tout n'est pas dit sur l'abbé Fouré, ses rochers et ses bois sculptés, sa bonne (oui, il avait une bonne du curé, comme nous l'a appris le livre paru récemment de Jean Jéhan, elle s'appelait Marie Lefranc et maintenant à Rothéneuf, les fins limiers de l'Association de Joëlle Jouneau sont à la recherche de ses descendants, avis à la population, s'il y en a un qui surfe sur internet, il est le bienvenu ici)... Tout n'est pas dit, et loin de là!

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L'abbé Fouré lisant, vers 1906, son journal réactionnaire favori (Le Salut, devenu collaborateur pendant la guerre ultérieure de 39-45, si je me souviens bien...) ; à sa gauche, à terre on distingue le gisant d'un homme d'épée avec hermine à sa tête (symbole de la Bretagne), et inscription en latin "Olim fuit" ("Il fut, jadis")

 

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Photo Bruno Montpied, 2010

 

    En particulier, les amateurs se rappellent le gisant sculpté par l'abbé situé à quelque encablures du site principal des rochers, sur le chemin des douaniers (ou des contrebandiers, selon l'idéologie que l'on défend...), soit dans une zone pour laquelle personne n'eut jamais l'idée saugrenue de faire payer un droit de péage. A ce propos, on peut toujours s'étonner de la rupture qui est faite au niveau du site des Rochers sculptés de ce chemin qui aurait dû normalement suivre le littoral, or il a été détourné, et ce depuis des lustres, à la suite d'on ne sait quel passe-droit apparemment. Mais revenons à nos moutons et en l'occurrence au site actuellement appelé "de la Croix du Christ" (et anciennement appelé "de la Croix de l'Ermite", croix qui du reste était plantée à un endroit plus éloigné de quelques mètres de l'emplacement actuel).

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Emplacement de la Croix du Christ, vue zoomée depuis les rochers, ph. BM, 2010

      Il a été dit par Frédéric Altmann dans son livre de 1985, La vérité sur l'abbé Fouéré (éditions AM, Nice), que le gisant situé à côté de la croix était à n'en pas douter un certain "Saint-Judicaël, roi de Dommonée"... Il ajoute que ce n'est pas "Jean, duc de Bretagne", qu'il qualifie (légèrement, comme on va le voir) "d'inscription fantaisiste". De cette affirmation, il n'apporte aucune preuve (d'où sort-il cet invraisemblable Judicaël, je me le demande depuis des lustres?). Du coup, Jean Jéhan, dans son propre récent livre, lui emboîte allégrement le pas sur ce détail. Altmann apporte cette affirmation aux pages 113 et 114 de son livre. Il reproduit une carte qui ne porte pas le cachet de l'abbé (celui-ci authentifiait ses cartes avec un cachet surtout -je pense- pour contrer le commerce de cartes non autorisé par lui), carte où l'on peut lire, en guise de légende du gisant: "Rothéneuf, rochers sculptés. Jean, duc de Bretagne". Voir ci-dessous:

 

Jean-Duc-de-Bretagne-carte-.jpg

 

     Certes, il n'y a pas le cachet de l'abbé. Altmann veut y voir une preuve que la carte est légendée de façon suspecte ; or, même si le commerçant qui l'édita ne paya pas de droits à l'abbé, cela n'implique pas qu'il ait mal travaillé automatiquement dans les légendes qu'il imprimait. Il fallait trouver un indice plus stable pour confirmer ou infirmer cette légende. La preuve que la légende est correcte m'a été enfin fournie par une autre carte que j'ai découverte tout récemment  et que je ne me souviens pas avoir vue éditée ailleurs. Je la reproduis ci-dessous:

Jean-IIII-Duc-de....jpg

 

    Ah, bien sûr, ce n'est pas évident à déchiffrer, surtout sur un écran d'ordinateur peut-être. La photo sur la carte n'est pas de très bonne qualité qui plus est. Alors, la maison ne refusant rien à ses lecteurs, je m'en vais vous l'agrandir en entourant d'un trait photoshoppeur l'inscription tracée à la main sur le rocher situé à gauche prés du gisant, ce même rocher contre lequel l'abbé s'appuie sur la carte où il lit "le Salut". Car, oui, il y a bel et bien une inscription!

 

Jean IIII Duc de, inscrip soulignée.jpg

 

    Sur ce rocher, l'inscription, tracée de la main de l'abbé (la graphie est assez proche d'autres inscriptions qui étaient visibles autrefois sur le site des rochers, voir ci-dessous), peut se reconstituer ainsi: "Jean IIII (ou IV), duc de Bretagne"... L'abbé maîtrisait-il mal les chiffres latins? On croit lire en effet quatre I, mais peut-être est-ce seulement la faute à l'imprécison de la photo. Il me semble que nous avons là une preuve à peu prés certaine du sens que prêtait l'abbé à son gisant. On sait en effet (grâce à l'historien régionaliste Noguette, alias Eugène Herpin, qui se fit le mémorialiste partiel de l'abbé), que l'abbé était entiché de patriotisme breton. L'histoire de ce "Jean IV" ne pouvait que le retenir. Chef de la Bretagne, il en avait été chassé par le  roi de France Charles V en 1378, qui voulait réunir la Bretagne à sa couronne. Jean IV avait dû s'exiler en Angleterre. Rappelé par les nobles bretons, il débarqua à Dinard (comme on sait ville toute proche de St-Malo), fit la guerre à Charles V et reconquit la Bretagne. Ces faits d'armes (encore chantés aujourd'hui en Bretagne paraît-il, voir Gilles Servat) ont dû grandement impressionner l'abbé!

 

Graphie Fouré.jpg

Inscriptions qui se lisaient dans les rochers du vivant de l'abbé, apposées par lui ou en tout cas avec son accord, décrivant des personnages qui semblent avoir été inventés par l'abbé qui rêvait sur les anciens habitants de Rothéneuf ; leurs noms étaient apposés au-dessus des personnages sculptés qu'ils étaient chargés de légender, au nombre desquels se trouve un Jacques Cartier ; à noter aussi que le chiffre latin IV est correctement orthographié ici ("Jean IV fainéant"...) ; la graphie paraît très proche de celle du rocher du gisant

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Sceau de Jean IV, Duc de Bretagne ; on notera les hermines sur son écu et son pourpoint, ainsi que l'épée, deux détails que l'on retrouve sur le gisant sculpté par l'abbé

     A noter que l'association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par Joëlle Jouneau, se propose de faire nettoyer dans les mois qui viennent cette fameuse sculpture de gisant qui actuellement devient difficile à "lire", étant donné les nombreux lichens qui la couvrent. 

 

 

22/05/2011

A la poursuite d'Emile Taugourdeau

    Les fragments d'un jardin d'art brut dispersés à travers les brocantes et les collections privées ou publiques me font parfois penser au mythe du dieu Osiris dont le corps coupé en morceaux est peu à peu reconstitué par sa femme la déesse Isis condamnée à le restituer morceau par morceau selon les différents lieux d'Egypte où elle les retrouve (on me corrigera si je me trompe dans le souvenir sûrement ultra-simplifié et condensé que je garde de ce mythe).

 

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Emile Taugourdeau à gauche, son petit-fils Erick, et le maire de la commune au milieu du jardin, photo 1970-1971, archives famille Taugourdeau ; le jardin est alors surtout rempli par des animaux (on sait que M.Taugourdeau commença par l'effigie d'un canard dont la mort avait affligé ses petits-enfants) 

   

      J'ai déjà eu l'occasion de parler du jardin d'Emile Taugourdeau (voir mon bouquin Eloge des Jardins anarchiques, où un chapitre entier lui est consacré, et le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des éléphants) ; voir aussi cette note du blog). Il fut créé entre la fin des années 50 de l'autre siècle et 1989, année de la disparition de son auteur (il avait 72 ans). Le créateur (né en 1917) avait été blessé au pied à la guerre de 39-45, et en gardait des séquelles plus ou moins handicapantes. Dans les dernières années, suite à une série d'infarctus, il s'était surtout mis à peindre des tableaux en ciment, fort naïfs, fort beaux, qu'il "rafraîchissait" périodiquement à coups de jets d'eau.

 

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Photo Francis David, vers 1985 (le jardin est alors à son apogée)

       La végétation a recouvert et mangé peu à peu le parc de sculptures, effaçant depuis longtemps le souvenir d'un "parc", tel qu'on peut le restituer en regardant par exemple la photo ci-dessus de Francis David, parue dans le n°190 du magazine Gault/Millau en février 1985. C'est plutôt une jungle à présent où s'enfouissent les statues étouffées par le lierre et autres lianes. Plusieurs de ses statues ont disparu, parfois à cause de vols, mais aussi parce que la famille les vend à des brocanteurs ou des antiquaires de passage.

     Du coup, il en réapparaît de temps à autre. Très récemment on a vu à Paris, exposés sur des tréteaux dans la rue, des footballeurs, des lapins et des grenouilles d'Emile Taugourdeau (ça voyage). Ces derniers batraciens, comme je l'ai déjà dit, me font craquer. En dépit de leur forme ultra simple, elles sont très expressives et touchantes. Voici ci-dessous celle que j'ai acquise très récemment, rescapée de la brocante.

 

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Photo Bruno Montpied, 2011

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La grenouiile de droite est une parente de la grenouille retrouvée, ou bien sa jumelle, photo BM, 1991

 

     J'en profite pour montrer d'autres sculptures que je possède d'Emile Taugourdeau, acquises directement auprès de son épouse il y a quelques années. Au départ, mon but en les acquérant était de les mettre à l'abri, en cas d'accentuation alors prévisible du déclin du jardin. Au fil du temps, je me suis attaché à ces personnages. J'ai cependant dans l'idée de pouvoir un jour les léguer à un musée spécialisé dans l'art brut et les environnements spontanés.

 

emile taugourdeau,environnements spontanés,habitants-paysagistes,sculpture naïve,eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)Emile Taugourdeau, un Auvergnat...

Deux masques...emile taugourdeau,environnements spontanés,habitants-paysagistes,sculpture naïve,eloge des jardins anarchiques,bricoleurs de paradis (le gazouillis des éléphants)

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Un petit meunier

 

18/05/2011

14e festival du film d'art singulier

      Voici le programme du prochain festival organisé par l'association Hors-Champ à Nice, consacré aux documentaires autour des arts populaires spontanés. Cela se répartit sur deux jours, durant une partie du week-end de l'Ascension.

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       Je regrette de ne pas pouvoir aller à Nice cette année encore, j'aurais bien vu surtout les films de Ferdi Roth, cinéaste allemand je crois (ou batave?), probablement des années 70, sur l'ancien mineur Charles Pecqueur (il n'y a pas beaucoup de documents "mouvants" sur ce dernier qui avait fait une fresque magnifique d'âpreté naïve et brute sur le mur de clôture de son jardin dans le Pas-de-Calais, voir le livre de Bernard Lassus, Jardins imaginaires), sur le jardin de faïence de l'ouvrier Da Costa Ferreira, sur le manège de Petit-Pierre le vacher (que je devine tourné sur le lieu d'origine comme l'avait fait Emmanuel Clot) ou encore sur les statues naïves du marin Frédéric Paranthoën, bien oublié celui-ci.

 

Frédéric Paranthoën, royan, 1988, photogramme extr des Jardins de l'Art Immédiat, films super 8 de B.Montpied.jpg

Frédéric Paranthoën, 1988, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, films Super8 muets, Bruno Montpied

 

11/05/2011

Joseph Barbiero, un "barbu Müller" du deuxième rang?

     C'est l'impression que j'ai souvent avec les pierres sculptées de Joseph Barbiero, ce sculpteur et dessinateur d'origine italienne (venu en France après avoir fui Mussolini) qui vivait à Beaumont aux lisières de Clermont-Ferrand. Révélées pour la première fois aux amateurs d'art brut par les animateurs de l'Aracine à Neuilly-sur-Marne dans les années 80 de l'autre siècle, ces pierres taillées probablement avec difficulté dans la lave de Volvic (à partir de sa retraite prise en 1965) avaient des faux airs de Barbus Müller d'une autre veine. Joseph Barbiero était sincère, il n'y avait pas à en douter. Mais ses pièces n'étaient pas toutes de même niveau. A l'Aracine, c'était assez évident, il me semble. J'ai voulu un jour vérifier (c'était probablement en 1990), je suis allé me balader dans la banlieue de Clermont où j'avais l'adresse de M.Barbiero, je n'eus que quelques minutes pour pouvoir faire deux ou trois malheureuses photos des marches qui montaient vers le pavillon au-dessus où devait vivre le créateur. Mon impérieux cocher était pressé, ne s'intéressant que très modérément à l'art brut. Quelle ne fut pas ma déception en découvrant les pierres sculptées qui s'étageaient le long de cet escalier. Il n'y avait pas de quoi fouetter un chat, un aimable divertissement tout au plus.

 

joseph barbiero,galerie christian berst,art brut,barbus müler

Chez Joseph Barbiero, Beaumont, 1990, photo Bruno Montpied

joseph barbiero,galerie christian berst,art brut,barbus müler

 

     A la même époque, j'allai également voir une exposition organisée par l'antiquaire Jean Lelong du côté de Vic-le-Comte (à la galerie Calao).joseph barbiero,galerie christian berst,art brut,barbus müler En dehors des pierres qui continuaient de me paraître un peu pâles, étaient présentés des dessins au crayon aux tracés tremblotants, tremblé qui leur assurait beaucoup de charme. J'en achetai un tout petit, que j'ai toujours, merveilleux exemple de ce que Madeleine Lommel tentait de définir parfois, avec tendresse, comme une sorte d'art de la grande vieillesse. Comme une chorégraphie du geste détaché de toute attache terrestre, assez analogue au lent mouvement virevoltant d'une feuille séparée de sa branche en octobre. Le contraste entre l'aspect aérien de ces mini croquis, à la limite de la dissolution dans la grisaille des fonds des supports cartonnés, représentant des figures réduites à un état proche du squelettique, et la pesanteur des blocs de lave grossièrement taillés assure à Joseph Barbiero une place à part dans le corpus de l'art dit brut.

 

joseph barbiero,galerie christian berst,art brut,barbus müler

Joseph Barbiero, dessin au crayon sans titre, sans date, acquis en 1990, comportant un autre petit croquis à peine esquissé au verso, coll BM

 

La Galerie Christian Berst expose des oeuvres de Joseph Barbiero jusqu'au 4 juin, 3-5, passage des Gravilliers, dans le 3e ardt de Paris. A signaler aujourd'hui à 19h une causerie de Baptiste Brun sur "l'homme du commun" et une autre de Jean-Louis Lanoux sur Barbiero, les deux étant précédées d'un film de Christian Lamorelle diffusé primitivement sur FR3 en 1985.

24/04/2011

Séminaire d'art brut au Collège international de philosophie, intervention du 28 avril

     Barbara Safarova est partie pour six années de séminaire autour de l'art brut. Jeudi 28 avril, elle m'invite en compagnie de Baptiste Brun (du CrAB aux pinces pas encore en or) à m'exprimer sur les rapports qu'entretiennent l'art populaire et l'art brut. Chacune de nos interventions devrait durer dans les 30 à 40 minutes, le tout devant être suivi d'un petit débat, la séance étant prévue pour durer de 18h30 à 20h30.

 

 Katarina Detzel,1872-c 1939,extrait catalogue la Beauté insensée.jpg

Katarina Detzel et sa poupée masculine grandeur nature, photo extraite du catalogue de l'expo La Beauté Insensée, DR

 

    Après de courts préliminaires consacrés aux définitions, je devrais partir dans un sinueux zapping proposant diverses rubriques, spiritisme et univers populaire, dénégation de paternité, différences, point commun, érotisme, masques et carnaval, poupées, formes naturelles et créativité bruto-populaire, épouvantails, poyas et peintres d'alpage, ombres et silhouettes, Wölfli, les tatouages, la broderie, la question de la copie et du détournement, le cas Maugri... M'est avis qu'on me coupera la chique avant que j'arrive au bout!

 

 Sylvester klaüse, les laids, des femmes avec clochettes.jpg

Syvester klaüse d'Urnasch dans le Massif du Santis, en Suisse, femmes sauvages (en l'occurrence) sortant en procession à l'occasion des fêtes autour de la Saint-Sylvestre, photo extraite du livre d'Yvonne de Sike, Fêtes et croyances populaires en Europe, au fil des saisons, éd. Bordas, DR  

 

Rendez-vous donc jeudi 28 avril au Centre Parisien d'Etudes Critiques, 37 bis, rue du Sentier, Paris 2e ardt, Salle 2, 18h30-20h30. ENTREE LIBRE. 

23/04/2011

La Casa Leitao, quelques mètres cube de création pour soi, et de temps en temps pour les autres

    Grâces soient rendues à Laurent Jacquy qui a eu la gentillesse de m'emmener dans sa petite auto dériver sur les routes de la Somme. Il m'avait parlé l'air de rien d'un monsieur qui faisait "des choses" dans une sorte d'appentis ou de garage qu'il avait vu ouvert en filant sur une route non loin d'Abbeville sans pouvoir s'arrêter. Or, chaque fois qu'il repassait, comme de juste, le lieu était fermé. Le dieu des sites d'art brut me secondant généralement avec constance depuis pas mal de temps, il fallait me charger dans la petite auto!

 

José Leitao devant la casa Leitao, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, citoyen d'origine portugaise, sur le seuil de son atelier avec un Toutankhamon sur le feu, la "Casa Leitao", ph. Bruno Montpied

 

     Cela n'a pas loupé, le monsieur avait ouvert sa boutique (mot pas du tout idoine comme on le verra), comme exprès pour nous ce jour-là. On aurait dit qu'il nous attendait, sculptant un Toutankhamon sans trop d'application.

 

José Leitao,angle de l'atelier, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, les premières statues, ph Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, première photo ci-dessus, un angle de l'atelier-garage avec ses dizaines d'effigies sculptées entassées et couvertes de poussière ; deuxième photo ci-dessus, prés du cadre doré, les premières sculptures des femmes imaginaires, dont une joueuse de boules nue, sorte de Fanny?, ph BM

 

     Sacrée caverne d'Ali Baba que nous découvrîmes là! Dans un cube sombre, où une chatte ne retrouverait pas ses petits, José Leitao entasse au garde à vous ou en rangs d'oignon des dizaines et des dizaines de statues venues d'on ne sait trop quelle inspiration, mixant probablement plusieurs références - madones chrétiennes polonaises (un souvenir du sanctuaire de Jasna Gora à Czestochowa)?Madone du sanctuaire de Jasna Gora.jpg José Leitao, statuettes de madones chrétiennes dans un angle de l'atelier comme dans une grotte, ph. Bruno Montpied, 2011.jpgRéminiscences d'idoles hindoues? Statues africaines? Pièces de jeu d'échec géantes? Hermaphrodytes? Symboles islamiques (et pré-islamiques)? Têtes pharaoniques? - au sein d'un syncrétisme abandonné à la poussière et aux toiles d'araignée, il était difficile de se faire une religion.José Leitao, deux pièces comme des pions géants de jeu d'échec, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg Ayant découvert le talent de ciseler à peu près tout ce qui lui passe par la tête (souvent des femmes, et des mains de Fatima, parfois saignantes, et des symboles) au moment de sa retraite, après une vie passée comme travailleur dans une usine textile de la région - à présent abandonnée - José Leitao a eu l'air de nous dire que cette révélation lui avait paru trop tardive pour pouvoir l'autoriser à s'en faire un nouveau métier.José Leitao,plusieurs exemplaires variés de mains de Fatima, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg Si bien qu'il sculpte sans cesse pour lui-même avant tout, refusant opiniâtrement de vendre ces effigies qui lui donnent tant de plaisir à l'entourer ainsi, enserrant et cernant chaque jour un peu plus son modeste établi.

 

José Leitao au milieu de ses nombreuses khomsa (mains de Fatima), ph. Bruno Montpied.jpg

José Leitao vous salue bien, ph. BM

 

     On n'est pas dans une boutique donc. L'atelier bâille sur la route, l'ancien ouvrier sculpte au vu et au su de tous, populaire dans la région, où de nombreux articles de la presse régionale lui ont déjà été consacrés, parfois plus centrés sur les trois oies qui le suivent comme des toutous (alors que pour tout autre que lui elles n'ont que pincements cruels à distribuer) que sur ses étonnantes œuvres hésitant entre art naïf et art brut. Ce dernier pourrait en effet s'appliquer ici en raison du syncrétisme et des croisements de réminiscences culturelles mixées de façon originale. Certaines compositions, où Leitao a assemblé des objets sans rapports évidents (un cheval cabré et une main de Fatima par exemple ; une main de Fatima soudée à un front ; des empilements de têtes, des figures sans signification précise), relèvent d'une inventivité que l'on peut associer à l'art brut. Et puis il y a cette création très égocentrée, ce paradoxal désir de se montrer et de refuser dans le même mouvement de se séparer de ses œuvres (quoique ce refus ne soit pas si hermétique, son épouse nous confiera que le créateur fait parfois des dons). La poussière saupoudre d'ailleurs nombre des statues de son talc blanc, patine propre aux œuvres que l'on garde pour soi...

 

José Leitao,nombreuses  statues abandonnées à la poussière, ph. Bruno Montpied, 2011.jpg

Surpopulation au pays des effigies... Et puis, tiens?, que fait ce dinosaure ici...? Ph. BM

 

    Et puis, comme un clin d'oeil à mes propres inclinations, j'ai retrouvé ici des sirènes multiples.

 

José Leitao,sirène au buste voilé rose, ph.Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao,sirène, ph.Bruno Montpied, 2011.jpg

José Leitao, sirènes, ph.BM

 

      

09/04/2011

Les Jardins anarchiques (rappel et actualités)

     Petit rappel: nouveau rendez-vous sur Radio-Libertaire, ce samedi 9 avril à partir de 21h jusqu'à 23h dans l'émission "Les Jardins d'Orphée" animée par Anita Fernandez. Remy Ricordeau et Bruno Montpied, chacun dans un espace délimité, y sont à nouveau invités, dans la première heure (21h-22h). C'est l'occasion de parler des jardins anarchiques et du gazouillis des éléphants sous de nouveaux angles et avec d'autres accents.

Eloge des jardins anarchiques au lit

    De son côté la diffusion du livre continue de s'étendre. Nouvelles librairies parisiennes où l'on peut le rencontrer: l'Arbre à lettres à RépubliqueEloge des jardins anarchiques à la librairie L'arbre à lettres, République entre un livre sur la tulipe et un autre sur la poétique des jardins (on sent que les libraires hésitent sur les emplacements), L'Ecume des pages (où il est quelque peu marginalisé dans le rayon arts au-dessus d'un rayonnage spécial art brut) à St-Germain-des-Prés, L'Eloge  dans la librairie L'Ecume des pages, avril 2011 aux Oiseaux Rares, rue Vulpian, dans le XIIIe ardt. On l'a également vu dans un des trois espaces de la librairie L'Atelier, rue du Jourdain dans le XXe, celui qui s'appelle l'Atelier d'à côté, consacré plus spécifiquement aux livres d'art, ainsi qu'à la librairie du centre culturel appelé le 104 dans le XIXe ardt.  

20/03/2011

Art, folie et alentours, le n°24 de la revue Area

(Cette note contient une petite mise à jour à la fin, datant du 24 mars...)

     Area est une revue fort bien maquettée, dirigée par le critique d'art et collectionneur, curieux de diverses formes d'expressions picturales Alin Avila, qui travailla aussi sur France-Culture. Dans la série déjà longue de ses numéros, on rencontre à l'occasion divers évocations de figures autodidactes de l'art, comme Henry Darger ou Jacques Trovic,Jacques Trovic, Le Bijoutier,2007,coll de l'artiste en 2009, ph. Bruno Montpied.jpg qui se retrouvent ainsi mêlés sans distinction particulière au tout-venant de la création contemporaine. Alin Avila a une sensibilité pour la création hors des chemins battus, en témoigne un des articles parus dans le n°16 de novembre 1978 de la revue Autrement, dossier "Flagrants délits d'imaginaire". Consacré à un ancien mineur du Nord devenu concierge à Paris, Félix Picques,  peignant naïvement ses souvenirs de la mine, la découverte provenait d'une "rencontre" d'Alin Avila, nous y dit-on.

 

Félix Picques,Autrement n°16, 1978.jpglix Picques

 Area 24, art, folie et alentours, mars 2011.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Voici que le n°24 de la revue se trouve consacré aux rapports de l'art et de la folie, et leurs alentours. Je n'ai pas le détail du sommaire (en scrutant avec une loupe la couverture reproduite sur le carton d'invitation, on devine des entretiens avec beaucoup d'acteurs connus et moins connus du champ de l'art brut ; même mézigue y a participé sur une proposition de Roberta Trapani, par un mini-entretien autour de mon livre Eloge des jardins anarchiques ; on trouve aussi au hasard de la revue une évocation du griffonneur de Rouen Alain Rault, "lettriste" spontané, déjà mentionné sur ce blog ). Le carton d'invitation annonce un vernissage pour le jeudi 31 mars prochain, avec une exposition d'oeuvres provenant de la collection de l'hôpital Sainte-Anne (le Centre d'Etude de l'expression, animé par Anne-Marie Dubois qui a déjà consacré pas moins de quatre tomes de livre à cette collection, belle et intriguante surtout grâce à ses oeuvres anciennes, c'est-à-dire entrées dans la collection avant 1950). Les oeuvres qui seront montrées chez Area proviennent de Gilbert Legube, Aloïse Corbaz, Francisca Baron, Fikaïte, Guillaume Pujolle, etc.

  Guillaume Pujolle, Area 60 ans après.jpg 

Aquarelle de Guillaume Pujolle ci-dessus, rare et belle...

 

  

     L'exposition s'intitule "60 ans après? Reconstitution de l'Exposition internationale d'art psychopathologique de 1950". Le sous-titre m'a plongé immédiatement dans des abîmes de perplexité. Veut-on nous dire qu'il va s'agir de reconstituer cette exposition historique fort vaste dans le loft de la galerie Area? Cela serait digne du livre Guiness des records. Ou bien est-ce l'annonce d'un projet à venir au musée Singer-Polignac à Ste-Anne, wait and see...  Si l'on veut se renseigner sur ce Centre d'Etude de l'Expression (et l'exposition "d'art psychopathologique" de 1950), voici un lien vers un document en PDF, rédigé par Anne-Marie Dubois pour un numéro de la Revue du Praticien daté de 2004 (il est à télécharger sur le site de cette revue). Il a le mérite d'être court et condensé.

L'exposition à la galerie Area (50, rue d'Hauteville, 10e Paris, fond de cour 2ème étage) se tient entre le 31 mars (jour de vernissage) et le 14 mai 2011. Elle est ouverte du mercredi au samedi de 15h à 19h. Le n° 24 de la revue sort au même moment. A signaler également, le jeudi 24 mars à 20h, la présentation de ce même numéro spécial à la librairie L'atelier (2 bis, rue Jourdain, Paris 20e), avec une "conversation autour de l'art brut : de la folie à la reconnaissance ?" entre les intervenants Alain Avila, Anne-Marie Dubois et Céline Delavaux.


07/03/2011

Séminaire d'art brut au Collège philosophal

    Non, non, non, ça ne s'écrit pas comme ça mais bien Collège International de Philosophie, ce qui donne en sigle CIPH, mais pas ammoniacal. La mode des séminaires sur l'art brut bat son plein, il y avait le CrAB (est-ce que c'est bien comme ça les différentes tailles de lettres dans leur sigle à eux?) qui s'est déjà mis sur les rangs dans le cadre de l'INHA (Institut national d'Histoire de l'art, 2, rue Vivienne, Paris 2e, en accès libre), avec des conférence pointues en matinée (9h30-12h) sur l'art brut et la folie (le 31 mars), les écrits bruts le 14 mai, les architectures spontanées, le 17 septembre, art brut et primitivismes le 19 novembre... Que de sigles, que de sigles, fais-moi un sigle, pourrait-on reprendre en choeur.

INHA-Galerie_Colbert.jpg

     Au CIPH, c'est Barbara Safarova de la collection et association ABCD qui est maîtresse d'oeuvre. En préambule de la première année de son séminaire (parti pour se tenir six ans), qui s'intitule "Quêtes identitaires et inventions du corps à travers les oeuvres d'art brut", Mme Safarova écrit: " Face au bombardement d’images normopathiques, souvent obscènes, qui nous entourent et qui prétendent définir toute forme identitaire, les œuvres d’art brut offriraient-elles un échappatoire ? Un point d’ancrage, une direction possible pour nos quêtes de vérité et de sens ? Face à certaines d’entre elles l’émotion nous saisit, proche du vertige ; on ressent l’inquiétude, parfois l’angoisse de se confronter à une «horrible découverte», celle de la chair chaotique et informe. Dans le même temps, on se sent happé, fasciné par leur pouvoir salvateur, qui semble nous donner accès à une forme de savoir universel, proche de «l’illumination»." La barre est d'emblée mise très haut, l'art brut se voit investi d'une mission menant au savoir universel, et en l'espèce capable de remettre en cause les "images normopathiques" notamment du corps (en regard, le programme du CIPH montre une des oeuvres de Lubos Plny,Lubos Plny.jpg sorte d'anatomie écorchée abstraite et visionnaire, que je trouve personnellement plus savante que "brute", ce qui ne réduit en rien sa force je m'empresse de l'ajouter). L'art brut serait-il du côté de l'écorché, sans jeu de mots? Et du coup serait fort proche de cette peinture si à la mode aujourd'hui dans l'art contemporain qui consiste à exhiber les dessous du corps humain, coupé en tranches et coulé dans la résine, ou dénudé comme un poulet déplumé (Rustin), ou coulant comme une lente dégobillade humaine dans un raffinement coloré (Bacon)? Peut-être, cela vaut réflexion (après tout Bellmer et ses anatomies démantibulées marchaient sur ces traces-là lui aussi). Mais n'y aurait-il pas en ce moment aussi une certaine tendance inconsciente à faire évoluer le concept d'art brut vers un concept d'art-le-plus-créatif qui se rapproche de plus en plus du concept de l'art tout court? Ce genre de question se retrouvera-t-elle posée au gré des différentes interventions inscrites dans le programme du CIPH au premier trimestre de cette année? A voir donc. Suivez le programme. A noter que la première rencontre aura lieu le 10 mars prochain.

16/02/2011

Nouvelle expo sur l'abbé Fouré, à St-Malo cette fois

    Le Poignard Subtil, le blog qui vous donne en primeur les infos sur les expos dont ne parlent pas les médias artistiques (et pour cause? Ce silence indique peut-être que selon ces médias il ne s'agit pas d'art, mais alors qui en parlera ?... car tout de même, ces rochers et bois sculptés par l'ermite de Rothéneuf nous intéressent beaucoup) : une nouvelle manifestation est organisée début mars dans la ville de Saint-Malo, aux archives municipales, et toujours à l'instigation de l'Association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par la main énergique de Joëlle Jouneau.

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Affiche faite à partir d'une carte postale agrandie montrant l'abbé posant devant la "besace" et le tronc qui était destiné à recueillir les dons qu'il distribuait, disait-il, aux pauvres

06/02/2011

Franck Montardier, à la fois déroutant et familier

     Laurent Jacquy m'informe d'une exposition mystérieuse qui va bientôt s'achever à l'espace d'exposition le Safran à Amiens. Elle a ouvert le 7 janvier dernier et se termine le 11 février prochain. J'ai tardé à la répercuter sur ce blog. Mais tout n'est pas perdu, on la reverra du 14 mars au 15 avril 2011 à la galerie des Beaux-Arts d'Abbeville (18, rue des Capucins, tél: 03.22.24.41.15 ; le lieu dépend de l'école municipale des Beaux-Arts de la Communauté de Communes de l'Abbevillois).

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    Mystérieuse? Oui, un peu, car j'ai l'impression que le peintre présenté, Franck Montardier, n'est guère connu, en dehors de la Picardie, et que les rares images visibles de son travail s'apparentent à des sortes d'esquisses jetées à la diable sur des supports de fortune, loin de toute volonté esthétisante, tant paraît pressante la nécessité de dire quelque chose avec des dessins, des traces colorées que l'on n'estime pas utile d'insérer dans une composition... Comme si l'on voulait en priorité fixer des empreintes brutes des sensations vécues.

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Franck Montardier, Figures, visages, acrylique sur toile

 

    Un dossier de presse était joint à l'information de l'expo, confirmant le peu de sacralisation du créateur vis-à-vis des matériaux de sa quête: "Planches trouvées, plaques d'aggloméré, cartons, toiles ou chiffons sont autant de supports possibles pour déployer une imagerie à la fois familière et déroutante". Ce dossier comporte d'autres remarques qui m'ont titillé. "Franck Montardier n'a aucune référence historique et ne s'inscrit dans aucune école ou filiation artistique. Il ne se reconnaît pas non plus comme artiste ni même peintre et n'a aucune ambition artistique". Il ne se reconnait pas comme artiste, il crée avant toute chose dans un état d'urgence. L'oeuvre, nous dit-on (je n'ai vu que quelques pauvres reproductions, ce qui ne m'embarrasse nullement pour annoncer d'avance le probable intérêt que l'on doit pouvoir éprouver à la rencontre d'une telle production, étant donné les signaux envoyés), se déploie du côté des portraits, des saynètes, des paysages, s'attardant par moment sur le thème des bateaux, qui a notre agrément (et même notre agréement) sur ce blog... Il semble bien que les travaux de ce monsieur ressemblent en définitive à une sorte de carnet de ses voyages intérieurs, centré avant tout sur le désir de capter des bribes de la vie telle qu'elle va, bien plus que sur le fait de bâtir une oeuvre esthétique. C'est le genre de démarche qui  a bien sûr toutes les chances de nous captiver, au Poignard subtil.

Franck Montardier 1.jpg 

 

29/01/2011

Info-Miettes (11)

Disparition de René-François Gregogna

     Gregogna a quitté cette vallée de larmes le 17 janvier dernier dans sa 85e année. J'ai eu l'occasion de parler ici du film qui lui avait été consacré par Anne Desanlis (disponible aujourd'hui en DVD). Tous ceux qui voudraient ne pas le perdre complètement sont invités à le revoir. Pour les autres, ce sera l'occasion de découvrir un créateur marginal haut en couleur, d'une élégance physique hors du commun, qui eut une grande influence sur les artistes de la Figuration dite Libre du côté de Sète et Pézenas. Et qui, ce que l'on sait moins, avait été dans sa jeunesse durablement marqué par la rencontre avec un inspiré du bord des routes des années 30, Alphonse Gurlhie (on voit des oeuvres de ce dernier dans le Violons d'Ingres de Jacques Brunius, doc de 1939). J'avais eu le temps, lors du passage de René-François à Paris pour l'avant-première du film d'Anne Desanlis, de l'interviewer au sujet de Gurlhie et autres.

Gregogna disparaît le 17 janvier 2011 à 84 ans.jpg

Bernard Thomas-Roudeix, de la toile à la terre, et au Sel

Expo Thomas-Roudeix, Espace Galerie du Sel, Sèvres 2011

     Au fil du temps, j'aime à contempler les travaux de Thomas-Roudeix, avec un plaisir qui s'affirme toujours davantage. Il  travaille la céramique émaillée et l'acrylique en peinture. Et voici l'occasion de découvrir le fruit de cinquante années de travail dans un Espace appelé la Galerie du Sel, installé 47, Grande Rue à Sèvres.Bernard Thomas-Roudeix, sans titre

     On dit de lui dans le carton d'invitation à cette prochaine expo (du 3 février au 6 mars) qu'il "a choisi le corps humain comme support principal de son art". "Impossibilité de communiquer, difformités, souffrances: l'homme est pour lui un vaste champ d'expériences et de possibilités d'expression". Il semblerait que parmi les influences qu'il revendique, on trouve Bacon. Il marche en effet sur ses traces, notamment en explorant une palette chromatique extrêmement raffinée et sensible. Et sans que son dessin se complaise dans la représentation de corps déchirés ou avilis qui sont parfois si en faveur chez d'autres peintres contemporains qui ne se lassent jamais de montrer les plaies et les chancres, les postures abaissantes.

Petit Pierre, pièce de théâtre pour la jeunesse par Suzanne Lebeau

Le manège de Petit Pierre,album pour la jeunesse de Michel Piquemal.jpg    Après André Robillard, Aloïse et autres créateurs d'art brut (dont les écrits, par exemple, ont aussi inspiré des dramaturges, que l'on se souvienne de la pièce de Patricia Allio jouée naguère un peu partout), voici que le théâtre s'attaque (façon de parler bien sûr) à Pierre Avezard (1909-1992), le créateur du célèbre manège automatisé en fils de fer et autres matériaux recyclés anciennement situé à la Fay-aux-Loges dans le Loiret et remonté par la suite dans le Parc de la Fabuloserie à Dicy dans l'Yonne.

     C'est au Théâtre de l'Est Parisien que cela se joue du 18 janvier au 5 février (pressez-vous!). Le fait que la pièce ait été classée et aussi écrite dans la perspective d'un théâtre pour la jeunesse est sûrement à mettre en lien avec l'édition pas très lointaine de l'album documentaire de Michel Piquemal et Merlin, le manège de Petit Pierre aux éditions Albin Michel jeunesse (en 2005). A ma connaissance, c'est la première fois qu'une pièce de théâtre pour la jeunesse choisit de camper l'oeuvre et l'existence d'un créateur brut devant des enfants.

L'univers enchanteur d'Anselme Boix-Vives

      Est-ce la simultanéité de la magnifique nouvelle exposition qui vient de commencer à la Halle Saint-Pierre (Sous le vent de l'Art brut, collection Charlotte Zander, du 17 janvier au 26 août 2011, Paris), où l'on peut voir entre autres merveilles, à l'étage quelques oeuvres d'Anselme Boix-Vives, est-ce cette présentation qui a donné l'occasion aux responsables de la galerie Alain Margaron de ressortir de leurs cartons d'autres oeuvres de cet ancien vendeur de primeurs? On pourrait le penser.

Anselme Boix-Vives, peinture exposée à la Galerie Margaron, 2011

Boix-Vives, Mariage des deux races ou Grand Mariage jaune, ripolin sur carton, 80 x 108 cm, 1965, ph. A. Ricci ; carton d'invitation à la Galerie Margaron

 

      Eh bien, tant mieux puisque cela nous donne la possibilité de découvrir quelques nouvelles plumes de sa gerbe de 2400 peintures et dessins, ayant constitué, paraît-il, aux yeux du créateur, "son paradis sur Terre" (extrait du catalogue de la Halle Saint-Pierre).

Galerie Alain Margaron, 5, rue du Perche, 75003 Paris. Exposition jusqu'au 26 février 2011.

Henriette Zéphir, 50 ans de dictée

     On avait remarqué à la Halle Saint-Pierre, il y a quelque temps (une exposition sur le dessin je crois) les dessins "médiumniques" de Mme Henriette Zéphir, née en 1920 dans la région toulousaine, qu'Alain Bouillet cherche à faire reparaître sous la lumière, car on l'avait un peu oubliée cette chère dame, depuis le fascicule n°14 de la Collection de l'Art Brut (1986), où une notice de Jean Dubuffet (de 1966) révélait son existence et ses travaux. Comme si ses dessins, à l'exemple des âmes qu'il lui fallait aider à brasser (vivant "dans les zones grises inférieures ; [il faut] les aider pour qu'elles parviennent à s'élever dans les zones de lumière"), avaient désormais besoin à leur tour d'un autre médium pour leur permettre de se réincarner.

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Henriette Zéphir, sans titre, 1965, crayon de couleur et encre de Chine sur papier plastifié, 23 x 32 cm

 

     On pourra contempler de nouveau des dessins de Mme Zéphir (une petite Zemankova à la française?) à la galerie Christian Berst du 4 février au 5 mars prochains. Le soir du vernissage (jeudi 3 février, à 20h précises), on aura aussi la possibilité de visionner un film de Mario Del Curto et Bastien Genoux (avec la collaboration d'Alain Bouillet), d'une quinzaine de minutes sur la même Henriette Zéphir.    

 

 

16/01/2011

Lundi 17 janvier, Recoins sur Aligre FM

       J'ai oublié... Demain a lieu une réunion au sommet de votre serviteur avec Emmanuel Boussuge, et Cosmo Hélectra, assisté de ses camarades de l'émission Songs of Praise sur Aligre FM (93.1), pour causer du dernier numéro 4 de Recoins. L'émission se tient de 19h30 à 21h, tous les lundis (elle peut être réécoutée par la suite sur le site d'Aligre FM). On va pouvoir entendre la musique dont nous parle Emmanuel et ses amis de la revue (Franck Fiat, Bastien Contraire, etc.) un peu plus concrètement qu'en lisant les pages de cette stimulante et attachante revue, où j'ai publié pour ma part en pré-publication un article sur Pierre et Yvette Darcel, qui se retrouvera dans mon livre, L'Eloge des Jardins Anarchiques.

(L'émission peut être écoutée en suivant ce lien vers un téléchargement: http://songsofpraise.hautetfort.com/)

     A noter aussi que la situation financière de cette radio associative est actuellement "au plus mal" pour citer les mots de Cosmo, "mettant en péril son avenir". Si vous pensez qu'il faut soutenir cette radio, faisant partie des lieux d'expression alternatifs qui nous sont précieux face aux grands médias décervelants, envoyez donc un chèque de soutien à Aligre FM, 42, rue de Montreuil, 75011 Paris.

Photo Emmanuel Boussuge, un poteau anthropomorphe du côté de Valuéjols, Cantal, 2010.jpg

 Photo Emmanuel Boussuge, 2010

09/01/2011

L'Eloge des Jardins Anarchiques, le livre de Bruno Montpied sort en mars

Maquette de le 1ère et de la 4ème de couv de L'Eloge des Jardins Anarchiques, Editions de l'Insomniaque, mars 2010.jpg

1ère et 4ème de couverture du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques, éditions de L'Insomniaque, avec les rabats déployés (dernière maquette établie au moment où j'écris ces lignes)

 

     Il y a le film, Bricoleurs de Paradis, qui sort bientôt à la télévision, mais il y aura aussi dans un peu plus de temps, quand le méchant hiver sera balayé par les giboulées, et que les bourgeons reviendront, L'Eloge des Jardins Anarchiques, publié par votre serviteur aux Editions de l'Insomniaque en mars. Les deux se complètent, et c'est pourquoi on retrouvera le film en DVD sous les rabats du livre.

L'Eloe des Jardins anarchiques, 1ère de couv, Editions de l'Insomniaque.jpg

Voir l'avis de souscription (pour acquérir ce livre avec une réduction) au bas de cette note

     Il s'est agi de rassembler un certain nombre d'articles anciens en les joignant à de nouveaux rédigés spécialement pour l'occasion. Les articles anciens ont été remaniés, pourvus de notes concernant quelques mises à jour d'information. La réédition de ces textes était souhaitée par moi depuis longtemps car ils avaient fait l'objet de publications dans des revues ou des livres restés en diffusion passablement confidentielle (Plein Chant, Création Franche, les premiers numéros de Raw Vision, Réfractions, Le Monde Libertaire, L'oeuvre énigmatique de François Michaud, Recoins...), quand ils n'avaient pas été raccourcis par les tribunes qui les avaient accueillies (Artension, 2ème série, pour Les Inspirés qui expirent, titre qui devint Voués à la destruction). Le projet parallèle de film avec Remy Ricordeau me permit de découvrir d'autres sites pour lesquels de nouveaux articles s'imposaient, sur Bohdan Litnianski, les vestiges du jardin d'Emile Taugourdeau, ou sur le jardin de moulins multicolores d'André Pailloux, par exemple. Par manque de place, j'ai été amené à regrouper un certain nombre de notices sur des sites pressentis pour être incorporés au film et qui ne furent pas toujours gardés au montage final (sur Alexis Le Breton, Bernard Roux, la maison "tricotée" de Madame C., André Hardy, André Gourlet, Léon Evangélaire, Joseph Meyer, Michele et Concetta Sassano, Remy Callot, etc.). J'en profitais aussi pour prolonger certains articles anciens en les incorporant dans une  mise à jour étendue (La Dynastie des Montégudet, rare cas de prolongement du travail d'un créateur par son fils).

René Montégudet portrait sur son crocodile, ph. Bruno Montpied, 2009.jpg

René Montégudet sur son crocodile (fils de Ludovic, dont des photos du site qu'il avait créé furent exposées aux Singuliers de l'Art en 1978 à Paris), ph. Bruno Montpied, 2009

 

    Il doit bien y avoir une trentaine de sites évoqués avec une certaine ampleur dans ce livre. Mais si l'on se réfère à l'index que j'ai ajouté au bout du livre, uniquement consacré à l'indexation des noms des créateurs cités à un moment donné de l'ouvrage, on atteint plus de  90 sites mentionnés, avec leur localisation (ou non!), leur état actuel (dans la mesure où j'ai  toujours l'information à ce sujet), les lieux qui les conservent en partie.... Une bibliographie passablement épaisse, et pas assez exhaustive à mon goût (mais il a bien fallu que je me réfrène), complète je pense utilement l'ensemble, à l'usage des chercheurs et des amateurs qui sont toujours attentifs à la mémoire de ces créateurs et des médiateurs qui ont aidé à les faire connaître.

Table des matières de L'Eloge des Jardins anarchiques, Ed. de L'Insomniaque.jpg

     Le problème de la médiation est un problème délicat. On a affaire en l'espèce - il faut sans cesse le rappeler - à des créateurs qui agissent au sein de propriétés  privées, avec, certes, à l'évidence, le besoin de montrer leurs réalisations depuis la rue ou la route qui passe devant chez eux. Parfois même, le jardin de ces gens ressemble à une galerie en plein air (exemple de Joseph Donadello, que j'ai évoqué sur ce blog, note qui a été développé pour les besoins du livre d'ailleurs).

Le-voile-de-ciment,détailGC.jpg

 Monsieur C., site en Normandie, détail d'une photo plus large de BM, 2010

 

       Il n'en reste pas moins que ces créateurs aiment montrer leurs "oeuvres" (mot qui les gêne) dans un cadre qui reste de l'ordre de l'environnement plus ou moins immédiat. Les relais sur l'information concernant leur existence, par des média plus ou moins puissants  (du petit passionné dans mon genre, jusqu'à la télévision régionale, voire nationale, en passant par la presse régionale) les dépassent généralement, même si ici ou là certains se montrent un peu mégalomanes.  La méfiance est même souvent au rendez-vous avec parfois des récriminations concernant une possible exploitation de leurs travaux par les photographes de passage, ou les cinéastes comme ceux de l'équipe à laquelle j'ai collaboré (j'en profite pour dire que jusqu'à présent, dans notre cas, ces profits sont restés largement imaginaires! Si les techniciens sont payés dans ce pays,  les auteurs ne sont pas souvent servis à la même enseigne...).

Chez Joseph Donadello, Panneau peint:Ralenti regarde moi, ph. Bruno Montpied, 2008.jpg

 Panneau chez Joseph Donadello, Saiguèdes, Haute-Garonne, ph. BM, 2008

 

      Les créateurs ne sont donc pas toujours bien conscients de ce qui peut arriver par ce long ruban routier dont ils attendent des regards, mais quels regards au juste? Je pense personnellement qu'ils les souhaitent discrets, bien élevés, respectueux. Les gros sabots des médias de ce point de vue pourraient leur causer du tort. Soyons-en conscients à leur place...

Alexis Le Breton, L'Art Sacré,ph. Bruno Montpied, 2010.jpg

 Alexis Le Breton, L'Art sacré..., parc de "la Seigneurie de la Mare au Poivre", Locqueltas, Morbihan, ph. BM, 2010

 

      A-t-on affaire à de l'art? Oui, si on entend ce terme dans son acception liée au seul façonnage, à la seule mise en forme. Mais non, si on rappelle que l'art c'est aussi un mode social de production, un discours théorique, une histoire, un marché surtout, une vision d'une certaine pérennité de l'oeuvre produite.     Mon livre, et le film aussi bien, évoquent l'aspect extrêmement éphémère de ces créations de plein vent, ce qui me fait les ranger sous le terme "d'art immédiat" (art de l'immédiat), et les problèmes de conservation qui découlent inévitablement de leur façon d'être créées (le problème est fort apparent dans le film lorsqu'est interrogé Claude Vasseur, le fils de Robert, qui se débat actuellement dans des difficultés quasi inextricables pour tenter de sauver le jardin de mosaïque de son père ; ce genre de problème est tellement aigu qu'on ne peut s'en tirer en traitant tous ceux qui prennent parti pour l'éphèmère "d'imbéciles", d'ignorants, etc, comme c'est le cas sur certains sites se présentant en champions exclusifs de la conservation de ces sites).

Robert Vasseur, honneur aux visiteurs, photo Remy Ricordeau, 2008.jpg

Chez Robert Vasseur, photo Remy Ricordeau, 2008

 

      Rendez-vous donc en mars, et le 3 avril plus physiquement parlant, à la Halle Saint-Pierre en début d'après-midi, un dimanche, pour la signature du livre et la présentation du film. En attendant, veuillez prendre connaissance de l'avis de souscription du livre (soit en PDF en cliquant sur le lien de l'avis ci-dessus, soit en imprimant l'image en faible résolution ci-dessous).

Avis de souscription pour L'Eloge des Jardins Anarchiques, Editions de l'Insomniaque.jpg  

      Les Editions de L'Insomniaque: 43, rue de Stalingrad, 93100 Monteuil-sous-Bois, Tél: 01 48 59 65 42. insomniaqueediteur@free.fr et le site web: www.insomniaqueediteur.org. Pour les libraires qui souhaitent vendre le livre, il faut s'adresser au diffuseur Court-Circuit Diffusion.

  

  

07/01/2011

"Bricoleurs de Paradis", le film où gazouillent les éléphants

Bricoleurs de paradis, DVD à paraître dans le livre L'Eloge des Jardins anarchiques, de Bruno Montpied, Editions de l'Insomniaque, mars 2011.jpg

Rabat du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques de Bruno Montpied (à paraître en mars aux Editions de l'Insomniaque), évoquant le film Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) dont le DVD sera joint au livre

 

     Alors, c'est parti pour le passage prochain en télévision du film de Remy Ricordeau, co-écrit avec votre serviteur,  Bruno Montpied. Cela s'appelle "Bricoleurs de Paradis", c'est produit par la maison Temps Noir, et cela sera visible pour les habitants de Normandie, le samedi 15 janvier à 15h30. De quoi est-ce que cela parle? Des environnement spontanés, des habitants-paysagistes, de l'art brut, des inspirés du bord des routes, des outsiders... Un des personnages du film, et pas l'un des moindres tant est peu commune sa réalisation dans le lopin de terre qui s'étend entre la rue et sa maison en Vendée, répond à  ces appellations qui le dépassent: et si je n'étais qu'un original?

 

andré Pailloux, Les moulinets dans le jardin,photo Bruno Montpied, 2010.jpg

André Pailloux, un détail de son site, une des découvertes inédites du film (et  du livre L'Eloge des Jardins Anarchiques), photo Bruno Montpied, 2010 

 

       C'est l'homme du peu commun qui s'exprime ainsi, et peut-être le mot même "d'exprimer" est de trop. Car, au fur et à mesure du tournage et de la réalisation de notre projet, ce qui finit par revenir comme un leitmotiv fut que les inhabituels créateurs que nous visitions à travers la France (du Nord à la Normandie, des Pays de Loire à la Bretagne) avait décidément du mal à trouver des mots pour décrire leur travail, à répondre à nos questions qui les dérangeaient, et qui les déstabilisaient souvent (parfois à cause de leur âge aussi). On venait taper dans la fourmilière de leur inspiration, on ne les avait pas prévenus, ils n'étaient pas prêts, certains - comme Arthur Vanabelle - avaient entendu d'autres intervieweurs leur parler "d'art brut", alors ils nous resservaient la soupe, ils croyaient nous donner ce qu'ils pensaient que nous voulions entendre...

Chez Arthur Vanabelle, l'équipe de tournage du film   

L'équipe du film Bricoleurs de Paradis chezArthur Vanabelle; Remy Ricordeau, Stéphane Kayler, Pierre Maïllis-Laval, ph. BM, juin 2010

 

       Ce film est ainsi, il y eut un projet (cela fait plus de deux ans qu'il a été projeté, c'est incroyable  comme c'est long la réalisation de quelque projet que ce soit), on sentait bien que cela pourrait ressembler à une sorte d'enquête à travers le territoire français, comme un road-movie, disait Remy depuis le début, lui qui avait été passablement impressionné au début par les Glaneurs et la Glaneuse d'Agnès Varda (où l'on aperçoit un des sites que l'on retrouve dans notre film, celui de Bohdan Litnianski). Une enquête non pas policière mais plutôt une quête. Sur ces créateurs des bas-côtés, à tous les sens du terme, qui dressent sous le ciel de nos paysages uniformisés, leurs splendides lubies expressives, naïves ou brutes, faites avec "deux fois rien" (Arthur Vanabelle), des mosaïques, des statues, des empilements de matériaux de rebut, des reproductions de canons anti-aériens, des rochers sculptés, des moulinets multicolores, la quête, en cherchant à capturer quelque chose de la poésie spontanée, évanescente, de ces inspirations fantasques, débusqua sans crier gare de nouveaux environnements inconnus de très belles apparence et qualité. Le film permet ainsi de découvrir au moins trois sites nouveaux de première importance jamais vus au cinéma (et ailleurs): ceux d'André Pailloux, d'Alexis Le Breton (la seigneurie de la Mare au Poivre, dont j'ai déjà parlé ici), et la maison extraordinairement décorée d'une dentelle de plâtre et papier mâché de Madame C.

Rochers de Rothéneuf, tournage de Bricoleurs de Paradis, film de Remy Ricordeau, 2010, ph. Bruno Montpied.jpg

Aux rochers sculptés de Rothéneuf sculptés voici cent ans par l'abbé Fouré

       Est-ce de l'art? La question voletait sans cesse au-dessus de nos têtes.Bien sûr, répondit Savine Faupin dans l'interview que je fis d'elle dans le chantier du LaM en juin 2010 (on trouvera cette interview dans les bonus du DVD du film, voir une prochaine information à ce sujet sur ce blog), c'est de l'art, quoique modeste. Vanabelle, qui est très sollicité par les gens d'association et de musée qui voudraient préserver ce qui peut l'être de son environnement étonnant et mémorable, dit "on est tous un artiste, non?" (il sait prendre la casaque qu'on lui tend...). Pierre Darcel en Bretagne dit que ce qu'il fait est plus vivant que ce que l'on trouve dans les musées (Vanabelle aussi dit cela, Picasso c'est pas si fameux...). chez André Gourlet, tournage de Bricoleurs de Paradis, juillet 2010, ph.Bruno Montpied.jpg André Gourlet dans le Morbihan se verrait bien dans un musée, pourquoi pas, mais André Pailloux, lui, trouverait que c'est bien de l'orgueil que de parler d'oeuvre à son sujet... On dirait bien que nos héros oscillent entre modestie et ambition démesurée parfois. Mais on pense finalement, et on le dit en conclusion du film, que si ces messieurs n'arrivent pas tout à fait à se situer face à ce monde de l'art (qui n'a au fond vraiment rien à voir avec cette création immédiate), c'est qu'ils vont bien plus loin, dans un monde où la séparation entre art et vie quotidienne n'existe plus. Un monde où l'on parvient parfois à entendre, comme dans la Seigneurie de la Mare au Poivre d'Alexis Le Breton (Morbihan), "gazouiller les éléphants"...

 

André Hardy,un éléphant dans son jardin, 2008, ph.Remy Ricordeau.jpg 

 André Hardy, éléphant dans son jardin à Saint-Quentin-les-Chardonnets (propriété privée), ph. Remy Ricordeau, 2008

  

Le documentaire Bricoleurs de Paradis sera diffusé a priori surtout sur FR3 régions (Normandie, Pays de Loire, Bretagne, peut-être Nord), mais aussi sur la chaîne Planète. Il sera également présenté le dimanche 3 avril 2011, à 14h, dans l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard dans le XVIIIe ardt à Paris.

31/12/2010

Voeux...

Carte de voeux 2011, Adofe-Julien Fouré, Rochers Sculptés de Rothéneuf, ph. Bruno Montpied, 2010.jpg

Adofe-Julien Fouré, tête barbue (le Christ?), site des Rochers Sculptés, Rothéneuf, photo Bruno Montpied, 2010

20/12/2010

Rothéneuf sous la neige, une sculpture de l'abbé Fouré réapparaît

               Le ciel était incroyablement noir en plein jour, la neige hésitait entre le gel et la déliquescence glacée. Ilot de lumière et de chaleur relative, une salle des fêtes sans fête abritait une exposition consacrée à l'ermite de Rothéneuf qui ne fut jamais vraiment un ermite.

Expo Fouré, nouvelle salle de quartier de Rothéneuf, 18 décembre 2010, ph.Bruno Montpied.jpg

 

 Vue de la nouvelle salle de quartier de Rothéneuf où se tenait (le 18 décembre seulement) une expo sur l'abbé Fouré montée par l'Association des amis de l'oeuvre de l'abbé Fouré, ph. Bruno Montpied, 2010

 

        On essayait de reconstruire l'œuvre, sa signification, ses sujets, comme dans une course après un gibier qui fuirait toujours plus dès qu'on s'en rapproche. Où étaient les visiteurs? Une petite trentaine, des gens âgés surtout, transis, grelottant sous d'épaisses couches de vêtements, qui avaient risqué les routes annoncées glissantes, dangereuses. Pour venir jusque là, du reste, il semblait qu'il ne pût y avoir que les taxis comme moyens de locomotion, ces derniers devant être pourvus de moyens magiques auxquels le conducteur ordinaire ne pouvait avoir accès... L'organisatrice se démenait, bien seule, ses rares aides l'ayant abandonnée, bloqués par les routes enneigées ou en retard. Le spécialiste parisien de l'ermite était là, lui, fidèle au rendez-vous, en dépit de ses éternels problèmes intestinaux. On l'enrôla comme magasinier, factotum, accrocheur de panneaux...

 

Table Montpied et de l'Or aux 13 îles, expo Fouré, Salle de quartier à Rothéneuf, 18 décembre 2010, ph.Bruno Montpied.jpg

Vue de l'expo à l'intérieur.jpg 

  Vue de l'exposition dans la grande salle de quartier, ph.BM

 

         Il y avait aussi un autre spécialiste présent, le régional de l’étape, retenu avant tout par la signature de son dernier livre, car il était là pour le vendre après tout, il ne participait en rien à l’organisation pratique de l’expo qui se montait devant ses yeux, ayant pris du retard.  

         L'organisatrice recevait pendant le même temps coups de téléphone sur coups de téléphone qui paraissaient destinés à lui ruiner le moral.         

        Tout ce travail ne se déployait que pour une journée, l’exposition devant être déménagée plus loin dans un autre local plus petit où l’accrochage s’annonçait moins volumineux. On s'agitait et on bossait comme des perdus pour une esquisse d'exposition permanente dans un lieu en plein hiver où l'on pouvait être assuré que l'on ne rencontrerait pas le moindre touriste en une telle saison. Il flottait un parfum très fort d'inanité sur tout cela...Est-ce pour cette raison que l'hiver et la neige m'apparurent menaçants, mortels? Les problèmes intestinaux y contribuaient aussi probablement...

Oeuvre de l'abbé Fouré, réapparue le 18 déc. 10, datée 1904, signée, offerte à Joséphine Macé, 1910, ph. Bruno Montpied.jpg

Une sculpture inconnue de l'abbé Fouré réapparaît..., photo BM

 

         Au milieu de ce qui aurait pu tourner finalement à la cagade généralisée, survint paradoxalement le petit miracle: apportée par une dame d'un âge avancé, apparut comme par enchantement une sculpture inconnue de l'abbé Fouré! Signée sur son socle, et datée de 1904 avec une autre inscription, "Oeuvres de l'ermite de Rothéneuf". Le pluriel sur "oeuvres" était curieux. L'objet, paraissant représenter un bouquet de roses, provenait de la fille - devenue la dame d'un âge avancé, s'appuyant sur une canne - de la personne à qui avait été offerte originellement la petite sculpture. Le nom de cette dernière se lisait sous le socle: Joséphine Macé, avec une date, 1910. La date même du décès de l'abbé, et de la vente aux enchères de ses meubles et sculptures... De là, à imaginer que cet objet avait été acquis à cette vente aux enchères où plusieurs habitants eurent à coeur d'emporter un souvenir de l'abbé (selon ce qu'en raconte Noguette dans son article "Au gré des enchères", voir mon dossier sur l'abbé Fouré dans L'Or aux 13 îles n°1), il pourrait n'y avoir qu'un pas.