Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/01/2017

A vendre un Sefolosha et deux Roland Vincent (vendus)

     Comme dans le cas du "proto-fusil" d'André Robillard vendu par un ami dont je m'étais fait l'intermédiaire, voici déjà quelque temps, je signale à nouveau des mises en vente, d'une part de deux œuvres réalisées par un créateur "brut", Roland Vincent, maçon sculpteur vivant dans la Creuse (deux statuettes faisant partie de sa série dites communément des "babioles" ; elles ne sont plus disponibles, NDLR 9 octobre 2017), et d'autre part d'une œuvre d'une artiste de la mouvance "art singulier", Christine Sefolosha, une peinture qui fait partie de sa série dite des "Terres" (appelée ainsi en raison des matières graineuses qui donnent un effet de relief et des pigments aux couleurs terreuses, rouge, brun, sombre...).

     Voici ci-dessous les deux statuettes de Roland Vincent (vendues):

 

roland vincent,christine sefolosha,art brut,art singulier                            roland vincent,christine sefolosha,art brut,art singulier

Roland Vincent, à gauche une statuette sans titre ("le musicien à la cornemuse"), 38cm (H) ; à droite une autre également sans titre ("le tambourinaire"), 32 cm (H), poudre de granit à la colle forte sur matériaux recyclés, années 2000, coll. privée. 

 

     Et voici l'œuvre, également sans titre, de la peintre suisse Christine Sefolosha (il me semble que des peintures de cette série des "terres" ne sont pas si fréquentes) :

Christine-Sefolosha-Sans-ti.jpg

Christine Sefolosha, sans titre, 54 x 80 cm, technique mixte sur carton contrecollé et agrafé sur panneau de bois, 1994 (série des "terres"").

 

Si quelqu'un est intéressé, prière de me contacter en privé (voir ci-dessus "Me contacter", juste au-dessus de la vignette représentant un sciapode), le prix pour Séfolosha apparemment en dessous des prix pratiqués pour les peintures de cette artiste de cette période. Depuis le 17 janvier, l'œuvre de cette dernière est visible en format d'image plus grand dans la "Boutique du Poignard subtil" (voir colonne de droite pour en trouver l'accès).

01/01/2017

Frère de tout le monde...

       Frère de tout le monde, voici qui peut parfois entraîner de lourdes responsabilités... Bonne année nouvelle à tous, cela dit.

voeux 2016-2017.jpg

Dessin de Huub  Niessen, Brother of everybody...

 

       A signaler en 2017 deux événements me concernant de près : une exposition Bruno Montpied-Huub Niessen à la Galerie Dettinger-Mayer, 4 place Gailleton à Lyon 2e ardt – du 17 mars au 7avril –... et la parution de mon nouveau livre, un inventaire des environnements populaires spontanés, intitulé Le Gazouillis des éléphants, (sortie prévue à l'automne 2017, aux éditions du Sandre). Cela devrait être un gros ouvrage plein d'images et de textes inédits, de quoi faire le panégyrique d'une véritable France parallèle des créateurs ingénus inconnus...

Page annonçant la parution du Gazouillis dans carte catalogue du Sandre.JPG

Cette annonce figurait dans la dernière carte de vœux des éditions du Sandre en 2016, avec les parutions à venir...

23/12/2016

Jean-Louis Cerisier et ses "contrées intermédiaires, 1972-2016", un bel ouvrage pour les fêtes

     Le peintre Jean-Louis Cerisier, dont j'ai déjà eu ici de nombreuses occasions de parler, publie en cette fin d'année une monographie sur son œuvre qu'il envisage rétrospectivement. Titre complet : Jean-Louis Cerisier, contrées intermédiaires. Dessins, peintures et compositions, 1972-2016. C'est le deuxième titre de la collection Les Cahiers de la Création Naïve et Singulière que dirige par ailleurs le même Cerisier ("charité bien ordonnée, etc."..!). On se souviendra peut-être que j'avais chroniqué, sur ce même blog, le n°1, consacré à Serge Paillard, le visionnaire des pommes de terre.

Contrées intermédiaires, 1ère et 4e de couverture (2).jpg

Le livre sur Jean-Louis Cerisier, ph. Bruno Montpied, 2016.

      Il a demandé quelques contributions à des auteurs extérieurs (Gérard Sendrey - qui signe là un de ses meilleurs textes, j'ai trouvé – votre serviteur, Bruno Montpied (texte intitulé Un Cerisier parmi mes talismans), et des notices, analysant certains tableaux, dues à Françoise Limouzy).

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

Jean-Louis Cerisier, Imaginaires Le rêve, huile sur panneau de bois, 39x49 cm, 1983, coll. ville de Laval ; cette peinture n'est pas reproduite dans le livre Contrées intermédiaires.

 

     Dans mon texte, je confesse vers la fin que  l'œuvre de Jean-Louis Cerisier me ravit surtout lorsqu'elle s'applique à générer une atmosphère onirique au sein d'une représentation en apparence réaliste (exemple le tableau ci-dessus), mais que cette opération reste "intermittente"... Le mot, je le sais, a chiffonné le peintre qui a tout de même accepté de publier le texte. D'après lui, la "majorité de son œuvre est onirique"... Et, effectivement, à parcourir l'iconographie choisie pour cette monographie, il semble que l'artiste mayennais a tout fait pour me faire mentir, en sélectionnant ses pièces avec soin du côté de l'imaginaire et du mystère. Il faut dire que pour les commentateurs extérieurs, même ceux qui ont approché, comme moi, régulièrement l'œuvre (je crois bien avoir été un des tout premiers à l'avoir défendue, dès 1992, dans un entrefilet de Création Franche n°5, puis en 1994, dans mon  fanzine L'Art immédiat n°1 (dont tous les textes dataient en réalité de 1990), références bibliographiques que je dois déplorer, cela dit, de ne  pas voir indiquées dans la bibliographie finale de l'ouvrage), il a toujours été difficile de s'en faire une idée exacte, des pans entiers en restant secrets. Comment, dans ces conditions, M. Cerisier, espérer que vos exégètes pourront être parfaitement documentés afin de fonder au mieux leurs analyses?

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

Bon de commande de l'ouvrage, ci-dessus en JPEG, ce qui ne le rend pas très lisible mais permet de voir à quoi ça ressemble.... On veillera donc à l'imprimer plutôt au format PDF, comme je le propose ici même en suivant ce lien.

 

      Personnellement, je me suis posé la question d'une possible intermittence à l'onirisme, suite aux deux expositions que nous fîmes ensemble, au musée de la Création franche en 2011 et au Manoir des Renaudières à Carquefou en 2015. J'y vis une tendance de l'artiste à s'essayer à des "compositions" un peu trop formalistes et gratuites, comme si l'auteur se mirait en elles dans une certaine pose artiste (voir ci-dessous La Grande Côte), voire à des scènes sans grande saveur (une série de maisons simples par exemple exposée à Carquefou). Ce livre évite ce genre d'œuvres, (hormis quelques-unes, les plus réussies dans le genre), et donne donc en apparence tort à ma remarque...

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, La Grande Côte, expo au musée de la Création franche, ph. B.M. (non reproduit dans Contrées intermédiaires).

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, L'escalier et la fenêtre, tempera, 28,5x20cm, 2008, coll. de l'artiste ; extrait du livre Contrées intermédiaires, exemple de tableau où le cadrage est particulièrement étudié.

 

     L'ouvrage (de 112 pages) est illustré de 85 reproductions couleur, choisies en fonction des époques, et des différentes techniques, (gouache, grattage, ardoises, collage, etc.), "compositions", ou  marottes (Cerisier aime découper certains de ces tableaux, le cadrage jouant un grand rôle dans son travail - influence que l'on pourrait  imputer, au début de l'œuvre cerisiéenne, à son admiration pour le grand peintre "naïf" (ou réaliste poétique?) Jules Lefranc, qui par ailleurs fut à l'origine du musée d'art naïf du Vieux-Château, à Laval, ville où Jean-Louis Cerisier a grandi).

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, Le petit déjeuner, stylo sur papier, 23x30,5 cm, 1984, ph. et coll. B.M. (œuvre reproduite dans Contrées intermédiaires) ; exemple d'œuvre où une extrême importance est accordée au service à thé aux étranges rutilances...

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, Scène d'intérieur avec arrosoir, huile sur toile, 92x73cm, 2005, coll. privée Rouen (œuvre reproduite dans Contrées intermédiaires) ; où l'on retrouve le soin particulier de l'auteur du tableau pour le rendu mystérieux et disproportionné des objets, après le service à thé du dessin ci-avant, voici en l'occurrence ces pots de fleurs où l'on perçoit encore d'étranges phosphorescences (comme le décrit Françoise Limouzy dans une de ses analyses) ; l'effet de perspective n'explique pas tout dans ce gigantisme...!

 

      En majorité, les peintures choisies reflètent avec grand sérieux l'amour du peintre pour les objets (qu'à mon avis, il restitue avec une étrangeté et une maestria plus grandes que lorsqu'il campe des êtres humains, voir ci-dessus les deux œuvres que je mets en vis-à-vis), les situations aux statuts énigmatiques, les paysages, confinant parfois à l'abstraction ou au visionnaire, comme dans le cas de Ardoise Paysage I de 2008 , qui n'est pas loin de faire penser, par sa qualité et son esprit, aux paysages "surréalisant" de Joseph Sima, ce peintre fameux du groupe Le Grand Jeu.

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, Ardoise Paysage I, gouache sur ardoise, 30x20cm, 2008, coll. privée, Châteaubriant ; œuvre reproduite dans Contrées intermédiaires.

 

      En ce qui concerne la dimension visionnaire, je produirai également en exemple cette petite peinture intitulée Souvenir de Versailles (2004 - où passe le souvenir d'un art visionnaire  fin XIXe siècle un peu nordique ; il ne m'étonne pas qu'elle soit partie dans une collection privée en Finlande) ou encore Le cerf-volant de 1988 (dont, moi qui l'ai vu en train d'être peint à même le sol dans un camping, j'ai publié une esquisse dessinée au stylo en noir et blanc dans l'Art immédiat n°1, voir plus bas) .

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, Souvenir de Versailles, gouache et crayons de couleur, 29,7x21 cm, 2004, coll. privée, Finlande (œuvre reproduite dans Contrées intermédiaires).

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L. Cerisier, Le cerf-volant, huile sur panneau de bois, 19x13 cm, 1988, coll. privée, Paris (œuvre reproduite dans Contrées intermédiaires)

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

Page 15 de mon fanzine L'Art Immédiat, daté de 1994, avec mon premier texte sur Jean-Louis Cerisier, Portrait-minute daté du 17 juillet 1988, écrit pendant la réalisation du Cerf-volant.

 

       Il y a aussi chez Cerisier une dimension ingénue ou naïve, n'ayons pas peur du mot, si détesté des critiques d'art académiques vite effarouchés devant l'innocence – ou pour le dire autrement, un réalisme poétique qui ne débouche pas toujours nécessairement sur l'onirisme, comme dans le cas de ce paysage parisien, représentant le café de la Grosse Bouteille, qui existe (existait?) réellement Boulevard Richard-Lenoir dans le XIe ardt, mais hélas!, plus pour longtemps, si l'on en croit un article du Parisien de mai dernier, qui prédisait la destruction prochaine du bistrot miteux dont on atteste la présence depuis les années 1920 (la bouteille ayant changé au moins deux fois de matériau). Doisneau l'a photographiée dans les années 1960... Une fois de plus, les édiles parisiens se font remarquer par leur insensibilité crétine à la poésie du Paris populaire. On ne parle même pas d'essayer de remiser la bouteille "en plastique médiocre des années 1950" dans un quelconque musée Carnavalet., mais plutôt de l'intégrer en deux dimensions dans une fresque du square qui va remplacer le bistrot (on voit le genre d'ici...).

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

J-L.Cerisier, La grosse bouteille, gouache sur carton, 32x25 cm, 1995, coll. privée, Paris (œuvre reproduite dans Contrées intermédiaires, appelée à devenir un document historique...) ; les pompiers qui paraissent l'avoir encordée et semblent prêts à la faire tomber sont prémonitoires, hélas...; l'étiquette Byrrh me paraît fantaisiste, mais c'est à vérifier, quelque Isabelle Molitor ou Régis Gayraud de passage vont bien nous le confirmer ou l'infirmer...

jean-louis cerisier,art naïf,contrées intermédiaires,cns 53,art singulier,bruno montpied,gérard sendrey,françoise limouzy

Robert Doisneau, la Grosse Bouteille aux couleurs du Picon en 1961.

      Mais plutôt de continuer cette note, mieux vaut vous inciter à vous procurer l'ouvrage, édité, est-il besoin de le souligner?, avec beaucoup de courage et d'audace par l'artiste lui-même.

09/12/2016

L'art clandestin de Pierre Caran

      Est paru en secret l'an dernier un bel ouvrage d'art auto-édité par Mme Thérèse Joly, la compagne de Pierre Caran, un créateur fort original (1940-2008), décédé d'un cancer qu'il avait essayé d'oublier, ou de surmonter, grâce à son activité humoreuse d'artiste recycleur qui se déploya durant les six dernières années de sa vie.

pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor

Pierre Caran, ouvrage édité à l'initiative de Thérèse Joly, novembre 2015 ; en couverture, Totem, peinture à l'eau sur bois et collage, 2004.

 

      Totalement inconnu des amateurs d'art brut, d'art naïf ou singulier, d'art d'autodidactes – ce qu'était en matière artistique Pierre Caran apparemment, qui fit carrière comme médiateur culturel dans la région de Thonon-les-Bains, et donc était largement pourvu en matière de connaissances de toutes sortes – ce poète clandestin réalisa en secret une œuvre des plus attachantes, si l'on s'en rapporte aux nombreuses pièces présentées dans ce livre, variées et surprenantes, manifestant par leurs titres, mais aussi par les matières, couleurs, techniques mises en œuvre, le raffinement culturel de l'auteur, mixé paradoxalement à un dessin archaïsant, aussi stylisé que l'art enfantin, que ne reniait sans doute pas Pierre Caran.

pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor

Pierre Caran, L'enfant, collage et assemblage d'éléments divers sur racine, peinture à l'eau, 2006. 

 

     Cette œuvre fut produite dans l'intimité, seulement connue d'un cercle de proches, dont deux d'entre eux, fort célèbres, Valère Novarina et Michel Butor ont donné des textes pour les besoins de l'ouvrage, la biographie du créateur et la description de l'œuvre étant pour leur part confiées à Emmanuel Boussuge, que les lecteurs de ce blog connaissent quelque peu. Même le livre aurait pu ne pas dépasser le cercle des proches, si Thérèse Joly n'avait pas eu l'heureuse idée d'en déposer quelques exemplaires¹ à la librairie de la Halle St-Pierre, où son animateur, Pascal Hecker, me le fit voir (une petite exposition, peut-être pas très "lisible", se tenait sur les murs de la librairie au même moment). Toutefois, on peut noter une unique exposition organisée après sa disparition, à la Chapelle Saint-Bon, à Thonon en 2009.

pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor

Pierre Caran, Hommage à Valère Novarina, peinture à l'eau sur bois et pierre, 2006.

 

      L'œuvre comprend beaucoup d'assemblages, de galets, pierres, ou bois trouvés dans sa région, près du lac Léman², qu'il laissait tels quels, ou bien sur lesquels il intervenait, les repeignant selon les cas plus ou moins intégralement, les mettant en scène (c'était un homme qui aimait le théâtre et le cinéma), les associant parfois à des références littéraires (car il était aussi féru de littérature), les mêlant à d'autres matières réemployées. Il ne se contentait pas de ces interprétations sur objets naturels,pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor il peignit et dessina aussi (voir ci-contre son Autoportrait, de 2005), écrivit divers textes, toujours dans le même bref laps de temps  durant lequel la maladie lui mit le grappin dessus. Plusieurs de ces œuvres sont des évocations de scènes liées à sa maladie et aux traitements. Ce qui me frappe dans cette production, outre le raffinement dont il faisait preuve, c'est qu'il ne s'abandonne jamais à la facilité, comme tant d'autres artistes dits "singuliers" peuvent au contraire s'y vautrer. Ces derniers se contentent généralement de rapprochements évidents (produisant à la pelle des "Têtes à Toto", à l'aide par exemple de deux enjoliveurs et d'un peigne). Chez Caran, nulle paresse, un souffle poétique, greffée sur un vécu et une souffrance – jamais complaisamment mise en avant –, se déploie authentiquement.

pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor

Pierre Caran, L'enfer sur terre, peinture à l'eau sur toile, 70x60cm, 2008 ; terrible peinture à mon avis.

 

      Emmanuel Boussuge, dans sa contribution, se demande où le situer : art brut? Art singulier?... Peut-être que pour ce genre de créateurs cultivés, autodidacte en matière artistique, on pourrait créer une nouvelle étiquette: l'Art clandestin? Il ne serait pas seul sous cette appellation, les jardins secrets d'écrivains par exemple étant légion (exemples, ceux de Victor Hugo, August Strindberg, Marguerite Burnat-Provins, etc.)...

pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor

Pierre Caran, Reflets dans l'eau, peinture à l'eau sur papier, galets collés, 40x50cm, 2007.

 

      J'incite fortement mes lecteurs à acquérir cet ouvrage, histoire de distinguer un peu mieux où se situe aujourd'hui le véritable génie "singulier".

______

¹ On peut toujours les y trouver, et sinon, on peut commander l'ouvrage (35€, port compris) à Mme Thérèse Joly en écrivant à joly.photos@free.fr , ou aux Editions des Amis de Pierre Caran, 4 avenue du général de Gaulle, 74200 Thonon-les-Bains.

² Thonon-les-Bains, rappelons-le, est située juste en face de Lausanne, de l'autre côté du lac Léman. Ville où s'abrite la Collection de l'Art Brut... On ne sait si Pierre Caran eut l'occasion d'aller visiter ce mirifique endroit, où il aurait trouvé de nombreux cousins par l'esprit, sinon par le style et la technique, de son art...

03/12/2016

"Jean-Dubuffet-Alain Bourbonnais: Collectionner l'art brut", une correspondance ou un calque?

      Vient de paraître chez Albin Michel un magnifique ouvrage, un pavé orange, consacré, par delà la correspondance entre Jean Dubuffet et Alain Bourbonnais qu'il met en scène (dans un appareil critique dû à Déborah Couette), à l'histoire de l'activité de la galerie nommée l'Atelier Jacob (de 1972 à 1982) et de la constitution de la collection "d'Art-Hors-les-Normes" de la Fabuloserie (ouverte à Dicy dans l'Yonne de 1983 jusqu'à aujourd'hui).

jean dubuffet,alain bourbonnais,correspondances épistolaires,art brut,art-hors-les-normes,collectionner l'art brut,collectionneurs,fabuloserie,déborah couette,ateleir jacob,sophie bourbonnais,fabuloserie-paris

Photo Bruno Montpied

      Disons d'emblée que ce gros livre est d'abord un très beau livre d'images. Son iconographie est riche et variée, couvrant à la fois les œuvres d'art brut d'auteurs qui furent exposées ou non à l'Atelier Jacob et les œuvres, plus nombreuses, d'artistes ou d'auteurs travaillant "sous le vent de l'art brut", pour reprendre la terminologie de Jean Dubuffet. Beaucoup de ces œuvres sont inconnues, en terme de publication. Grâce à la recherche qu'a menée Déborah Couette, on découvre les filiations et les échanges qui ont existé entre Alain Bourbonnais et son foyer d'art hors-les-normes (étiquette suggérée par Dubuffet) d'une part, et, d'autre part, la collection de l'art brut et sa documentation installée dans les années 1960-70 encore rue de Vaugirard (dans l'hôtel particulier qui est devenu aujourd'hui le siège de la Fondation Dubuffet), où Bourbonnais allait en compagnie de sa femme Caroline puiser des idées et des informations pour sa propre collection.



Un feuilletage du livre en moins de 15secondes (et non pas un effeuillage, Bousquetou, si vous traînez encore par ces pages...), film B.M.

 

      Mais au fur et à mesure de la lecture se dégage une curieuse constatation. Dubuffet, on le sait depuis peu (grâce à un témoignage de Michel Thévoz paru dans le catalogue des 40 ans de la collection de Lausanne), donna sa collection d'art brut à la ville de Lausanne, après avoir refusé de la confier à une institution française (il craignit même un temps que sa donation soit bloquée à la frontière lors de son transfert en Suisse), ne voulant pas que son "Art Brut" (il préférait les majuscules) soit mélangé à l'art moderne du Centre Georges Pompidou (cela devrait nous faire réfléchir actuellement, alors qu'art brut et art contemporain ont entamé une drôle de valse ensemble...). Ce transfert prit place en 71 (la Collection au Château de Beaulieu ne s'ouvrant au public qu'en 1976). Alain Bourbonnais, c'est ce qui apparaît de manière éclatante dans l'ouvrage paru chez Albin Michel, était en admiration éperdue devant l'œuvre de Dubuffet elle-même. Il la suivait depuis pas mal de temps. Il admirait également, en parallèle, ses collections d'art brut. Et il tenta donc de renouveler l'expérience à Paris, puis en Bourgogne, en se calquant sur Dubuffet. Ce mot de "calque", ce n'est pas moi qui l'invente, il apparaît dans une lettre de Dubuffet à Michel Thévoz (premier conservateur de la Collection d'Art Brut), publiée dans cette correspondance (p.383 ; lettre du 13 octobre 1978): "Alain Bourbonnais paraît s'appliquer à calquer ce qui  a été fait pour la Collection de l'Art Brut et faire à son tour en France à l'identique, ce qui me donne un peu de malaise." Dubuffet, pour conjurer ce malaise qui l'étreint par moments, aide pourtant Bourbonnais, surtout en l'orientant vers des créateurs qui appartiennent plutôt à ce que Dubuffet a classé dans sa "collection annexe", intitulée par la suite par Thévoz et Dubuffet "Neuve Invention". Mais Dubuffet n'en est pas moins méfiant, attentif de façon sourcilleuse à ce que Bourbonnais ne joue pas les usurpateurs. Une lettre publiée elle aussi dans cette correspondance montre un Dubuffet fort mécontent, après avoir vu une émission de télévision ayant présenté les œuvres de Bourbonnais, et ses collections comme de "l'art brut" (voir p. 348, lettre du 12 janvier 1980 ; et aussi, p. 148, la lettre parue bien auparavant le 6 décembre 1972). Pourtant, Bourbonnais – que je devine fort matois et malin, diplomate et rusé (mais Dubuffet en face lui rend des points! Au fond, au fil de cette correspondance, on suit une passionnante partie d'échecs...) – ne cesse de protester de son amitié, de son admiration et de son respect à l'égard du peintre-théoricien. Il pousse  même l'imitation de Dubuffet jusque à copier son attitude sourcilleuse vis-à-vis de l'usurpation du mot "art brut", en lui signalant telle ou telle récupération du terme.

jean dubuffet,alain bourbonnais,correspondances épistolaires,art brut,art-hors-les-normes,collectionner l'art brut,collectionneurs,fabuloserie,déborah couette,ateleir jacob,sophie bourbonnais,fabuloserie-paris

Alain Bourbonnais, quatre "Turbulents" parmi d'autres dans la salle qui leur est consacrée dans la Fabuloserie (au rez-de-chaussée), été 2016, ph. B.M.

 

     Même l'œuvre de Bourbonnais est imprégnée de sa fascination pour celle de Dubuffet. Ses lithographies du début des années 1970 (voir p.49 et p.51) portent la marque de son admiration. Et plus tard, les "Turbulents" eux-mêmes, grosses poupées carnavalesques articulées dans lesquelles un homme peut parfois se glisser pour les animer, paraissent passablement cousines des gigantesques marionnettes que Dubuffet avait conçues pour son spectacle "Coucou Bazar", dans les mêmes années (le spectacle semble avoir été monté pour la première fois en 1973 aux USA).

     Cette fascination de Bourbonnais, notamment  pour les collections de Dubuffet, sa conviction qu'il existe un continent de créateurs méconnus – sur ces mots, "artiste", "créateur" , "productions", on trouve plusieurs lettres, entre autres de Dubuffet, qui rendent clairement compte des problèmes qui s'agitent derrière la terminologie, voir notamment p.347, la lettre de Dubuffet du 6 février 1978 –, on la retrouvera, quelques années plus tard (1982), chez les fondateurs de l'association l'Aracine, dont un des membres, Michel Nedjar – artiste autodidacte affilié approximativement selon moi à l'Art Brut – avait exposé dès 1975 à l'Atelier Jacob.

      Mais, au final, Alain et Caroline Bourbonnais finiront par bâtir une collection qui s'éloignera de l'Art Brut, plus axée en effet sur des créateurs et artistes marginaux (l'Art-hors-les-normes, l'Art singulier, la Neuve invention, la Création franche, l'Outsider art anglo-saxon sont des labels plus ou moins synonymes servant à rassembler ces productions), restant sur un plan de communication avec l'extérieur, cherchant à exposer dans des structures alternatives. Ils rassembleront aussi des éléments venus d'environnements populaires spontanés (Petit-Pierre, Charles Pecqueur, François Portrat, etc.), environnements qui sont le fait d'individus recherchant la communication avec leur voisinage immédiat.

     L'art brut est on le sait un terme qui s'applique davantage à de grands pratiquants de l'art au contraire autarciques, se souciant comme de l'an quarante de faire connaître leurs œuvres. C'est un corpus d'œuvres exprimées par de grands individualistes, la plupart du temps débranchés de toute relation avec le reste de la société, œuvres d'exclus, de rejetés par le système social, qui à la faveur de cette exclusion, inventent une écriture originale, construite sur les ruines de leurs relations aux autres. 

jean dubuffet,alain bourbonnais,correspondances épistolaires,art brut,art-hors-les-normes,collectionner l'art brut,collectionneurs,fabuloserie,déborah couette,ateleir jacob,sophie bourbonnais,fabuloserie-paris

Marcel Landreau, un couple, statues en silex collés sauvegardées à la Fabuloserie (contrairement à l'Aracine qui ne put en conserver faute à un conflit avec l'auteur) ; Marcel Landreau est l'auteur d'un incroyable environnement spontané à Mantes-la-Ville qui a été démantelé par le créateur lui-même au début des années 1990 ; ph. B.M., 2015.

      Le départ (vu peut-être comme un exil) de la collection d'art brut de Dubuffet pour la Suisse fut un véritable traumatisme pour beaucoup d'amateurs dans ces années-là (fin des années 1970, début des années 1980). C'est visiblement un tournant dans l'histoire de l'art brut, et plus généralement dans l'histoire de la création hors circuit traditionnel des Beaux-Arts.

jean dubuffet,alain bourbonnais,correspondances épistolaires,art brut,art-hors-les-normes,collectionner l'art brut,collectionneurs,fabuloserie,déborah couette,ateleir jacob,sophie bourbonnais,fabuloserie-paris

Collection de pièces d'Emile Ratier présentées à l'avant-dernier étage de la Fabuloserie à Dicy, ph. B.M., 2015.

 

      L'ouvrage "Collectionner l'art brut" apparaît comme un document essentiel pour comprendre cette histoire.

      Au chapitre des points criticables (points formels seulement) : si la maquette générale de l'ouvrage est dans l'ensemble fort belle et attractive, il reste que les notes de bas de page (que, personnellement, j'ai le vice d'aimer lire...) ont été éditées dans un corps véritablement microscopique qui les rend difficilement lisibles de tous ceux qui n'ont pas, ou plus, un œil de lynx. Ce genre de défaut typographique apparaît de plus en plus fréquent dans l'édition contemporaine, comme si un certain savoir traditionnel (justifié pourtant au départ par le respect dû aux lecteurs) s'était perdu du côté des maquettistes. Autre chose qui me chiffonne: en plusieurs endroits du livre, on confond, abusivement à mon sens, "Neuve Invention" (collection annexe, Singuliers...) et Art Brut, par exemple dans le libellé de  légendes placées à côté des œuvres de la Collection de l'Art Brut. Comme si une volonté se dessinait chez les concepteurs du livre – ou plutôt des responsables de la collection de l'Art Brut ? Il semble bien que ce soit plutôt du côté de l'éditeur qu'il faudrait aller voir... Voir commentaires ci-dessous de Déborah Couette, puis celui, nettement plus éclairant, du documentaliste de la Collection de l'Art Brut, Vincent Monod... – de tout amalgamer, contrairement à ce que demande Dubuffet pourtant tout au long de cette correspondance avec Alain Bourbonnais...

 

A signaler que la sortie de cet ouvrage, Collectionner l'art brut, correspondance Jean Dubuffet-Alain Bourbonnais, fera l'objet d'une présentation au public le 12 décembre à la Fondation Dubuffet (de 18h à 21 h, 137 rue de Sèvres, dans le VIe ardt, à Paris), en même temps que sera présentée une autre publication récente, tout aussi intéressante, réalisée par la Collection de l'Art Brut, SIK ISEA et les éditions 5 Continents, l'Almanach de l'Art Brutjean dubuffet,alain bourbonnais,correspondances épistolaires,art brut,art-hors-les-normes,collectionner l'art brut,collectionneurs,fabuloserie,déborah couette,ateleir jacob,sophie bourbonnais,fabuloserie-paris,marcel landreau,émile ratier

Parallèlement, dans le nouvel espace de la Fabuloserie-Paris (retour des choses, cette nouvelle galerie,  animée par Sophie Bourbonnais, fille d'Alain et Caroline Bourbonnais, est ouverte à côté de l'emplacement de l'ancien Atelier Jacob, au 52 rue Jacob Paris VIe ardt (ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous au 01 42 60 84 23 ; voir aussi fabuloserie.paris@gmail.com), se tient une exposition consacrée à quatre artistes défendus par la Fabuloserie : Francis Marshall, To Bich Hai, Genowefa Jankowska et Genowefa Magiera (vernissage le 8 décembre de 18h à 21h).

jean dubuffet,alain bourbonnais,correspondances épistolaires,art brut,art-hors-les-normes,collectionner l'art brut,collectionneurs,fabuloserie,déborah couette,ateleir jacob,sophie bourbonnais,fabuloserie-paris,marcel landreau,émile ratier

Un nouveau venu à la Fabuloserie: Jean Branciard (que les lecteurs de ce blog reconnaîtront comme un artiste que nous avons défendu parmi les tout premiers ; je suis content que le Poignard Subtil puisse voir ainsi ses choix corroborés par ceux de la Fabuloserie), ph. B.M., 2016.


Film de Joanna Lasserre sur le vernissage de la sortie de "Collectionner l'art brut" les 22 et 23 octobre derniers, avec pour l'occasion, une exposition d'œuvres de la Fabuloserie dans un Atelier Jacob provisoirement réinstallé dans ses anciens locaux.

27/11/2016

Claude, Clovis Prévost et les Bâtisseurs de l'imaginaire

     Claude (l'épouse et  l'écrivain) et Clovis (l'époux photographe et cinéaste) Prévost font reparaître les Bâtisseurs de l'Imaginaire qu'ils avaient publié aux éditions de l'Est en 1990. On sait – et si on ne le sait pas, on devrait le savoir! – que le couple travaille depuis une cinquantaine d'années sur le sujet des habitants autodidactes, créateurs bruts, naïfs ou singuliers d'environnements fantaisistes, mettant en jeu sculpture, bas-reliefs, mosaïque, peinture, sonorisation parfois, poésie naturelle détournée, architecture (plus rarement), accumulation, land art sauvage... Ils sont les auteurs de nombreux films sur le sujet, d'expositions multimédia, de livres, et font figure de ce fait de grands initiateurs historiques à l'art de l'immédiat, et à l'art total, terme qu'ils chérissent plus particulièrement, après les photographes Robert Doisneau ou Gilles Ehrmann qui les avaient précédés de quelques années et sont disparus aujourd'hui. Clovis Prévost est à mon avis un grand photographe qui plus est, doublé d'un cinéaste de documentaire de très grande qualité, au style particulier. Pour sa bio-biblio-filmographie, voir ici.

Claude et Clovis Prévost interviewés à la Halle St-Pierre par Olga Caldas

 

 Couv. (2) Bâtisseus C&C Prévost 150 .jpg    Outre le fait que les chapitres initiaux paraissent avoir été remodelés dans certains cas (je n'ai pas encore le livre, mais je m'en rends compte en voyant les pages filmées dans l'interview filmé ci-dessus), la réédition de leur ouvrage de 1990 (cette fois aux Editions Klincksieck  Les Belles Lettres) comporte des chapitres supplémentaires par rapport à la première édition. Quatre exactement. Chaque chapitre étant consacré à un seul "bâtisseur" à chaque fois (en l'occurrence dans la première édition: le Facteur Cheval, Chomo, Fernand Chatelain, l'abbé Fouré, Monsieur G. - Gaston Gastineau, de son vrai nom -, Marcel Landreau, Picassiette, Camille Vidal, Irial Vets, et Robert Garcet), les quatre créateurs qui ont été ajoutés dans cette nouvelle mouture sont : Robert Vasseur, Robert Tatin, Roger Rousseau et Guy Brunet. Personnellement, si je ne connais pas "l'œuvre" de Roger Rousseau (qui paraît dépouiller des sols du Lot pour restituer les amas rocheux désormais dénudés qu'ils contiennent, réalisant ainsi volontairement ou involontairement une sorte de "land art" sauvage), et si je ne sais donc pas si l'on a affaire  avec lui plutôt à un artiste qu'à un homme sans qualité particulière, je n'hésite pas à ranger en art singulier (art contemporain de marginaux) Robert Tatin et Chomo, qui, en dépit de leur originalité, restaient très "artistes" (faisant référence à des cultures artistiques modernes diverses). Claude et Clovis Prévost se refusent à faire le distingo entre art brut stricto sensu et artistes marginaux, ce n'est pas leur affaire. Leur message essentiel consiste à attirer notre attention sur le fait que, pour ces créateurs en plein air, l'espace fonctionne comme un discours.

G Gastineau (2) dvt fresquesur rue, Cpr74.jpg

Gaston Gastineau (appelé "Monsieur G." par les Prévost) devant une de ses fresques qui donnait sur la rue à Nesles-la-Giberde, Seine-et-Marne, photo Clovis Prévost, 1974.

 

     Samedi 3 décembre, samedi prochain donc, à 15h (entrée libre), à l'auditorium de la Halle St-Pierre, Claude et Clovis viendront présenter leur livre et, par la même occasion, projetteront trois de leurs anciens films : Robert Tatin, les signes de l'homme (28min.), Le Facteur Cheval, "Où le songe devient la réalité" (13 ou 26 min. ? Car il existe deux versions), et Chomo, "le fou est au bout de la flèche" (28 min.). C'est un événement à ne pas manquer.

Mme-Isidore-dvt-maison-Pica.jpg

Mme Isidore, devant la maison qu'avait couverte de mosaïque son mari, Raymond, surnommé Picassiette, ph. Clovis Prévost

     Et citons pour clore cette note ce passage final de la préface de Michel Thévoz (reprise d'un texte de 1978), dont la conclusion vient confirmer le titre que j'avais choisi pour mon propre ouvrage paru en 2011 (Eloge des jardins anarchiques) :

     " (...) les bâtisseurs dont il est question, Camille Vidal, Fernand Chatelain, Irial Vets, Marcel Landreau, Raymond Isidore (dit Picassiette), Monsieur G., le Facteur Cheval, Chomo, Robert Tatin et quelques autres, ont entrepris de transgresser les règlements et usages et d'affronter les ricanements de leur entourage, pour échafauder cette manière de philosophie personnelle et concrète où l'habiter, le sentir, le penser et le vivre trouvent une expression encyclopédique et monumentale. Bien que, en cette période de programmation urbanistique, le terme résonne péjorativement dans la bouche des architectes les plus éclairés — ou qui se croient tels — nous dirons que cette exposition constitue un éloge de l'anarchie architecturale."

Michel Thévoz, à propos de l'exposition "Les Bâtisseurs de l'Imaginaire" de Claude L. et Clovis Prévost, présentée fin 1978 début 1979 à la Collection de l'art brut de Lausanne.

 

22/11/2016

La Maison sous les Paupières, une galerie aux champs

     Anne Billon – certains s'en souviennent peut-être encore dans ce monde de plus en plus d'atteint d'Alzheimer collectif – travailla de 1989 à 2011, aux côtés de Gérard Sendrey, au Musée de la Création franche à Bègles, où elle s'occupait, en particulier, de la revue du même nom. Comme elle le dit dans le dossier de presse qu'elle a rédigé pour expliquer sa nouvelle démarche – l'ouverture d'une galerie à la campagne (dans l'Entre-deux-mers), nommée "La Maison sous les paupières" –, par la suite, "les aléas de la vie professionnelle l'amenèrent à exercer un tout autre métier, plus alimentaire..." (mon cher Watson). Ceci sans que cela altère sa passion pour la création, la sienne d'abord et aussi celle des autres artistes et créateurs qu'elle se refuse à n'envisager que dans une seule catégorie de création, ce qui l'intéresse étant en définitive la création authentique, loin de tout étiquetage.

Fragment d'explication sur la maison sous les paupières.JPG

Extrait du dossier de presse de "La Maison sous les paupières"

Carton d'invitation J L Giraud.JPG

     Samedi prochain aura lieu le vernissage de la première exposition qu'elle monte à Rauzan, le village où elle a posé ses bagages depuis déjà quelques années aux côtés de son compagnon artiste, Gilles Manero, qui la seconde grandement dans les travaux de la galerie et qui, par l'exigence qu'on lui connaît, est un gage de soin dans la dimension esthétique qui a dû être apportée à l'architecture intérieure de cette galerie d'un nouveau genre.

JL Giraud le vnérable locataire d'une campagne sobre... 2016.JPG

Un des nombreux autoportraits de Jean-Luc Giraud (voir le clip réalisé par l'auteur ci-dessous)

       Elle invite Jean-Luc Giraud à exposer dans ce projet un peu risqué, elle ne le cache pas, d'installer une galerie en pleine campagne, au milieu des vignes bordelaises (on est en conséquence assuré de ne  pas manquer de bon vin aux vernissages, c'est déjà un bon point du lieu). J-L. Giraud est connu pour ses autoportraits variés, aux contextualisations fantaisistes, parfois absurdes.


Cliquer deux fois (PC...) sur l'image pour  l'ouvrir sur la totalité de votre écran...

 

      Au programme pour la suite, devrait s'annoncer également Bernard Briantais, autre Nantais qui a fait les beaux jours du Manoir des Renaudières à Carquefou.

      Après avoir déjà remarqué la "Maison du Tailleu" de Jean et Michelle Estaque à Savennes dans la Creuse, là aussi galerie dans un village, je souhaite bon vent et bonne chance à son tour à la "Maison sous les Paupières" de Rauzan, qu'elle nous aide à mieux rêver, et par voie de conséquence, à mieux voir...

 

18/11/2016

Une conférence illustrée sur une collection privée d'art immédiat (art brut, art naïf, art populaire, art singulier...)

Gérard ROBERT, Président, et l'Association Amarrage ont le plaisir de vous inviter à

Une conférence de Bruno Montpied*

 "ART BRUT, ART NAÏF, ART POPULAIRE, ARTS SINGULIERS :

 QU'EST-CE QUE C'EST ?"

 (Conférence illustrée de photos d'oeuvres d'une collection privée)


LE JEUDI 24 NOVEMBRE 2016, à 19h30

(Entrée libre)

 à la

 Galerie Amarrage

88 rue des Rosiers
Saint-Ouen/93400

 
Métro : Ligne 13/station Garibaldi - Ligne 4/station Porte de Clignancourt
Bus 85/arrêt Marché Paul Bert.


* Depuis le 22 octobre (jusqu'au 4 décembre 2016), la Galerie Amarrage accueille
"Aventures de lignes, treize imaginistes-intimistes en marge de l'art contemporain",
une exposition proposée par Bruno Montpied.

(Tous les jeudis,vendredis, samedis et dimanches de 14H à 19H.
Tél. - 01 40 10 05 46 ou portable - 06 70 89 52 62).

Vue d'une partie de l'expo (2) en regardant la rue, nov 16.jpg

Vue d'une partie de l'expo "Aventures de lignes" ; la conférence se tiendra au milieu de la galerie, avec un écran et un vidéo-projecteur, des chaises...

*

       Depuis des années, l'auteur de la conférence a accès aux éléments divers d'une collection privée qui illustre sa notion d'art immédiat, notion qui lui permet d'associer sans hiérarchie l'art brut et l'art naïf, l'art populaire et les arts singuliers (intimistes, clandestins, visionnaires, surréaliste spontané...) dans un ensemble où chaque œuvre n'est pas considérée comme inférieure aux autres et où l'on respecte, pour des besoins de communication, les limites entre chaque genre... Ci-dessous quelques-unes des œuvres (plus d'une centaine durant la conférence) qui seront montrées en photo au cours de cette balade-causerie...:

André-Gouin,-La-Chatte-méta.jpg

André Gouin, La chatte métamorphosée en femme, 59x51 cm, peinture sur papier marouflée sur panneau de bois, 1987, coll. privée, ph. Bruno Montpied.

Mau-gri.jpg

Maugri, sans titre, 30x42 cm, stylo sur papier et sur cadre, vers 1990, coll. privée et ph. B.M.

Anonyme (A.Te),(2) OuvrageEnCheveux Vers1845.jpg

Anonyme (monogramme "A.Te"), sous-verre représentant le tombeau d'un soldat de Napoléon, réalisé en assemblage de cheveux véritables (probablement du mort dont on voit le tombeau) et brins végétaux, 50x57 cm, cadre en pichepin, 1845, coll. privée, ph. B.M.

Martha-Grünenwaldt,-dessin-.jpg

Martha Grünenwaldt, sans titre, dessin aux feutres, années 1980, coll. privée, ph. B.M.

Paul-Duhem,-sans-titre,-(pe.jpgPaul Duhem, sans titre, pastel et gouache (?) sur papier fort, 41x28,5 cm,  années 1990, coll. privée, ph.B.M.

Kashinath Chawan (2), sans titre (Ganesha), 32x24 cm, stylo bic sur carton, ss date.jpg

Kashinath Chawan, sans titre (Ganesha, le dieu éléphant de l'hindouisme), stylo sur carton de boîte à chaussures, 31x24 cm, signature au verso avec l'empreinte digitale de l'auteur (un cireur de chaussures), années 2010 (?), coll. privée, ph. B.M.

Marie-Claire Guyot (2), A tte vitesse sur la machine infernale, pointe sèche, 1971.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Claire Guyot, A toute vitesse sur la machine infernale, 24x34 cm, pointe sèche (une des trois épreuves d'artiste existantes), 1971 ; Marie-Claire Guyot, plus connue pour ses peintures ou ses pastels aux tonalités visionnaires et expressionnistes, a pratiqué la gravure durant une courte période, entre 1969 et 1973 ; Française, mariée à un Italien, elle vivait dans le pays de son époux ; coll. privée, ph.B.M.

bruno montpied,conférences,art immédiat,galerie amarrage,aventures de lignes,collection,martha grünenwaldt,ouvrages en cheveux,andré gouin,maugri,paul duhem,kashinath chawan,marie-claire guyot

Louis et Céline Beynet, bouteille peinte (deux ramasseurs de pommes), années 1980-1990, coll. privée, ph.B.M.

 

04/11/2016

Aventures de lignes (13): Gérald Stehr

Gérald Stehr

 

       Drôle de zèbre que ce Gérald Stehr, grand amateur de jeux de mots étourdissants, entre autres lorsqu’il s’agissait pour lui, à une certaine époque, de se moquer de la caste des médecins en psychiatrie, écrivain virtuose d’un langage décomposé-recomposé, auteur de livres pour la jeunesse, adaptateur de textes et formateur pour le théâtre, et peintre épris de gigantisme. Il se voulait à une époque émule de l’artiste situationniste italien Giuseppe Pinot-Gallizio, créateur en 1959 d’une « Caverne de l’Anti-Matière » que Gérald aurait rêvé de prolonger à sa manière.

       Ce que j’aime particulièrement dans son travail éclectique, ce sont ses taches de Rorschach, ses taches symétriquement obtenues par pliage. Cela s’inscrit dans une longue tradition, remontant au moins jusqu’au début du XIXe siècle (Gérald parle sempiternellement d’une étude qu’il prépare sur le sujet, mais quand verra-t-elle le jour ?). Ce fut, entre autres expérimentations, un jeu de société à la fin de ce dernier siècle justement : on demandait aux amis de réaliser une sorte de « totem » de leur personnalité profonde grâce à un pliage de leur signature encrée. Cela donnait souvent d’étranges insectes…

       Gérald a réussi, par une technique qui lui est propre, à donner une dimension considérable à ses taches de type Rorschach, et il a réussi à les transférer sur toile. Toute une foule de figures, tantôt monstrueuses, tantôt angéliques, tantôt grotesques, tantôt puériles (etc.), ont bientôt surgi sur ces supports. On n’en finit jamais de les appréhender tant le regard n’est pas toujours disposé à aborder ensemble les différentes lectures de ces images proprement visionnaires. 

      (Voir entre autres livres publiés par Gérald Stehr, Voyage en Rorschachie, éditions du Paradoxe, 2002 ; voir aussi B.M., note du 30-06-2007 dans le Poignard Subtil).

Série Homo Rorschachiens à roulettes (2), expo St-Ouen.jpg

Gérald Stehr, peinture n°1 de la série Homo rorschachiens à roulettes, 180x72 cm, 2016.

03/11/2016

Aventures de lignes (12): Ruzena

 Ruzena

 

       Voici une autre créatrice bien secrète, à la modestie quasi « maladive », cultivant ses activités de dessinatrice, détourneuse, modificatrice, collagiste au plus profond de l’ombre, s’abritant derrière un compagnon tout aussi créatif qu’elle, dans une jolie petite maison de l’Entre-Deux-Mers, dans un village niché au creux des vignes du Bordelais. Elle fut longtemps l’assistante du fondateur d’un musée d’art singulier où elle officiait sous son nom d’état-civil, sans jamais parler de son univers créatif caché, s’effaçant avec volupté devant son travail en faveur des créateurs et artistes exposés…

             Peut-être que cette « surréaliste dans la modestie » cache en réalité une volonté de puissance paradoxale, on ne saurait l’affirmer… Toujours est-il que son effacement se retrouvait point par point dans les corps et les visages aux yeux vides de cette foule d’homuncules en collant noir qui dégringolent sempiternellement de ses lianes, de ses cieux vaporeux, de ses fonds d’une incertaine jungle qui pourrait être aussi bien une forêt anatomique ‒ écheveau de veines, nerfs ou cheveux ? C’est un très étrange théâtre, bien obsessionnel, qu’elle peint là, avec constance, transformant parfois les tiges de ses plantes sans début ni fin en muscles ou en cuisses démesurés. Il m’est arrivé de voir, en ses personnages proches de l’insecte et de la larve, des êtres mort-nés qui erraient dans un entre-monde, celui des existences hésitant à naître… Mais dans les dessins donnés pour l'exposition de St-Ouen, je me suis aperçu que les yeux n'étaient plus vides. Eveil de nouvelles potentialités ? Fin de la modestie?

 

(Voir B.M., « Les belles au bois mordant », texte de présentation de l’exposition de Ruzena à la galerie Dettinger-Mayer, Lyon, avril-mai 2005 ; et note du Poignard Subtil du 30-10-2008)

Dyptique (2) exposé à Aventures de lignes, oct-nov 2016.jpg

Ruzena, sans titre, dyptique de deux dessins de 15x10,5 cm, technique mixte sur papier, 2015. Exposé à "Aventures de lignes" à la galerie Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen, du 22 octobre au 4 décembre 2016 ; dans ces deux dessins opposés, un visage ouvre les yeux quand l'autre ferme ses paupières (qui ressemblent par ailleurs aux lèvres de sexes féminins)

02/11/2016

Aventures de lignes (11): Bruno Montpied (votre serviteur)

Bruno Montpied

 

        Je peins et je dessine depuis la fin des années 1970, avant tout pour mon plaisir et ma récréation personnelle. J’ai plongé avec délice, au début, dans les couleurs acryliques, peignant en pâte épaisse, parfois avec les doigts. Je recherchais des explosions, de la violence, de l’expressivité, dans un foisonnement baroque. Puis, un temps plus serein est venu. J’ai basculé du côté des encres, de l’eau, de la mine de plomb, de la tache et des lignes folles, délaissant souvent le pinceau pour le rapidographe et les marqueurs. En parallèle, je bâtissais petit à petit un réseau d’images doubles, voire triples, aux multiples lectures, pour m’y perdre comme dans un bain de visions. Les enfants que j’animais dans les écoles venaient sûrement gambader sur mes feuilles. Des figures solitaires étranges, grotesques ou bénignes, sont revenues au premier plan ces dernières années. Les titres furent très vite importants, puisqu’écriture et dessin sont pour moi des vases communicants.

       Ma première exposition personnelle date de 1987. J’ai fait depuis des donations à quelques musées spécialisés. Par ailleurs je suis l’auteur de trois livres consacrés à des créateurs populaires autodidactes, Eloge des jardins anarchiques (2011), Andrée Acézat, oublier le passé (2015), et Marcel Vinsard, l’homme aux mille modèles (2016).

 

            (Pour prolonger cette courte notice, voir en particulier l’entretien que j’ai réalisé en 2011 avec Pascal Julou, et qui fut mis en ligne sur Foutraque.com ( partie 1 et partie 2 ) ; cela aborde plusieurs aspects de mes activités, les recherches sur les arts populaires individualistes entre autres, ou, à la fin de l’entretien, mon activité graphico-picturale).

L'enfant bleu (2) dans le désert noir, 36x27 cm, 2015.jpg

Bruno Montpied, L'enfant bleu dans le désert noir, 36x27 cm, technique mixte sur page de magazine, 2015 ; œuvre exposée à "Aventures de lignes", galerie Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen, du 22 octobre au 4 décembre 2016.

bruno montpied,galerie amarrage,aventures de lignes,art singulier,images doubles

Bruno Montpied, première œuvre sur toile (3F), pastel et acrylique, 1977, coll. privée, Paris ; photo B. M. ; voir commentaires ci-dessous.

 

01/11/2016

Aventures de lignes (10): Gilles Manero

Gilles Manero

 

       Etrange artiste que Gilles Manero, dont je ne finis jamais de faire le tour ‒ pas qu’il soit physiquement volumineux ! ‒ parce que ses univers plastiques et graphiques sont fort variés et souvent secrets. Cet ancien photographe (son métier est la photogravure) s’est fait connaître à une époque avec des disques vinyles qu’il recouvrait de peinture (pas d’inquiétudes mal placées, c’était des enregistrements du genre « marches de l’armée rouge » et autres sessions kitsch… Pas des incunables de la pop music). Tout un poulailler insolite s’y ébattait, qui me faisait surnommer l’artiste en moi-même le « Jérôme Bosch de la volaille »…

           Il a confectionné, depuis, des cadrans d’horloges ornementés, a engendré une série de dessins modifiés sur des personnages imaginaires venus d’un pays « gouloukien », il a pratiqué le collage, le détournement de gravures, le simple dessin à la mine de plomb. Au fond, on peut dire qu’il adore les expérimentations, recherchant des supports extrêmement éclectiques et improbables (comme ce matériau appelé tarlatane qu’il colle sur du papier photographique), ne rechignant pas devant l’usage d’images numériques imprimées qu’il surpeint ensuite, les triturant ou les froissant parfois au surplus.

          Je dois avouer un faible pour ces expérimentations avant tout, et son univers graphique, très souvent visionnaire et proprement surréaliste (si les défenseurs contemporains de ce mouvement étaient plus curieux, ils n’hésiteraient pas à lui demander de se joindre à eux). Parmi ses créations hétéroclites, je lui ai demandé pour les besoins de cette exposition uniquement des dessins, comme autant d’exemples de cette production expérimentatrice fort séduisante quoique inexplicablement occultée (y a-t-il donc si peu de curiosité en France ?).

       (Sur Gilles, Manero, voir Bruno Montpied, note du 7-12-2010 dans le Poignard Subtil)

gilles manero,art singulier,expérimentations graphiques,surréalisme spontané,art visionnaire

Gilles Manero, Rêves de vol, 24x44 cm, pigments, crayons graphite et couleurs sur carton préparé, 2013, exposé à "Aventures de lignes", galerie  Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen, du 22 octobre au 4 décembre 2016.

31/10/2016

Aventures de lignes (9): Solange Knopf

Solange Knopf

 

       Créatrice belge, face aux combats que l’existence nous propose, Solange Knopf, comme d’autres, a trouvé à distendre les nœuds des tensions grâce au dessin et à la peinture (son travail me paraît avant tout graphique). Exposée depuis 2003, elle est aujourd’hui représentée par une grande galerie américaine. Je suis entré en contact avec elle en 2010, trouvant dans son art et son imagerie des échos de grandes figures féminines de l’art brut et apparentées, Unica Zürn, Guo Fengyi, Josefa Tolra, par exemple. Depuis quelques années, elle s’est dégagée de ces diverses influences afin de bâtir un univers imaginaire personnel. Je suis particulièrement sensible à sa série intitulée « Behind the darkness » où, sur des fonds noirs, comme nocturnes, flottent ou tourbillonnent des formes, des êtres, ou des fleurs dans une soupe cellulaire onirique. Les deux dessins de format 22,9 x 48 cm, en forme de frises, que j’expose à la galerie Amarrage, font partie de cette série.

(Voir B. M., « Quelques questions à Solange Knopf au-delà des ténèbres », entretien avec l’artiste dans Création Franche n°41, Bègles, décembre 2014)

 

Solange Knopf (2) ss titre 2014 série Behind the darkness.jpgSolange Knopf, sans titre, de la série "Behind the darkness", 22,9 x 48 cm, technique mixte sur papier Steinbach, 2014, coll. et ph. Bruno Montpied ; exposé à "Aventures de lignes", galerie Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen, du 22 octobre au 4 décembre 2016

 

30/10/2016

Aventures de lignes (8) : José Guirao

José Guirao 

      

      José a commencé la création par le biais de la photographie qu’il a pratiquée initialement en autodidacte absolu. Venu d’Arles et monté à Paris à la fin des années 1970, de père espagnol, ce qui a une influence sur ses goûts culturels, il a aussi fait à une époque, en amateur, du cinéma Super 8 (des déambulations dans divers lieux). Dans la photographie, ses goûts le poussèrent à s’intéresser, à une certaine période, à l’art baroque, à la beauté des femmes, à une certaine grâce extatique, présente par exemple dans les tableaux ou statues d’église. Il livre également, durant un temps, des superpositions d’images faites par diapositives projetées sur des objets ou des êtres.

       Depuis quelques années, il s’est jeté avec fureur dans le dessin au crayon et à la mine de plomb, outils simples qui lui suffisent, et auxquels il se limite dans une attitude semblant empreinte d’un certain ascétisme graphique. Son vocabulaire iconographique se borne volontairement aux visages qui l’obsèdent, aux mains et aux fragments de corps enchevêtrés… 

    (Voir Bruno Montpied, « José Guirao, dessinateur par réaction vitale », dans Création Franche n°42, juin 2015, Bègles)

(les 3 mains) (2) 80x60 cm, c.2008.jpg

José Guirao, Les trois mains, 80x60cm, crayon graphite sur papier, vers 2008 ; dessin exposé à "Aventures de lignes", galerie Amarrage, 88 rue des rosiers, St-Ouen, du 22 octobre au 4 décembre 2016.

28/10/2016

Aventures de lignes (6): Alain Garret

Alain Garret

 

     Alain Garret est un peintre qui a eu longtemps pour originalité de recouvrir, et de détourner, des canevas kitsch reproduisant des paysages, des natures mortes, etc., dénichés dans les brocantes, lieux où il aime aller chiner. Ces tableaux de tissu, où l’on trouve des intervalles entre les fils, freinent le passage du pinceau et le badigeon d’huile, et cela induit un tremblé dans les formes représentées, comme si les images de Garret étaient floues. J’en aime le foisonnement, dans ses œuvres les plus réussies.

     L’artiste par ailleurs recherche par ces tableaux à fixer des réseaux de faits et de coïncidences qu’il a été amené à constater dans sa vie quotidienne, et qu’il préfère appeler des « synchronicités » (André Breton parlait de « hasard objectif »). Ces réseaux lui permettent de dévoiler un sens latent qui resterait occulté sans cette mise en réseau. Il s’est servi à un moment de ses tableaux en les filmant et en les proposant sur le site internet qu’il créa à une époque, « vidéomancie.com », afin de proposer un jeu d’oracles aux amateurs, auto-oracles ou oracles assistés par sa compagne Hélène. Alain Garret n’hésite pas non plus à faire servir sa peinture à une lecture politique du monde.

     (Voir sur Alain Garret, le Poignard Subtil, note du 21-05-2009)

alain garret, peintures sur canevas, détournements, modifications, synchronicité, hasard objectif, coïncidencess

Alain Garret, Danseurs bretons, huile sur canevas, vers 2009, coll. et photo Bruno Montpied ; ce tableau ne fait pas partie de l'exposition "Aventures de lignes", galerie Amarrage à St-Ouen.

27/10/2016

Aventures de lignes (5): Darnish

Darnish

 

       Féru d’art vivant, de musique populaire principalement américaine, de cinéma (également américain), et d’art, celui qui se fait appeler Darnish (sobriquet qu’on lui a donné dans son adolescence dans le Morbihan) a plusieurs cordes à son arc. Il manie le collage avec plaisir que ce soit en volume ou sur surface plane.

       En tant que fils de marin breton, le monde de la mer l’inspire logiquement. Ses ruines en bouteille (non exposées à St-Ouen, où il n’a regroupé que des assemblages de plus grand format ; les ruines en bouteille sont plus petites, quoique réalisées de la même façon que ces assemblages) viennent tout droit des ouvrages de patience de certains de ces marins (surtout les bateaux en bouteille, qui supposent un tour de force de la part des experts de la chose). Leur conception s’est croisée avec son admiration pour les créations d’un Kurt Schwitters dont le Merzbau ‒ structure cubiste qui envahissait les différents étages de l’immeuble de Schwitters à Hanovre ‒ a marqué Darnish. On pense aux œuvres des constructivistes russes, etc. Il lui arrive également de s’aventurer du côté de paysages visionnaires, semant de gros sel ses lacs d’encre pour faire lever des halos oniriques. Il met la culture populaire au service de l’art, revitalisant ce dernier grâce à son indéniable et modeste sincérité.

      (Voir sur Darnish, B. M., le Poignard Subtil, note du 09-11-2012)

 

art contemporain,darnish,cinéma et collage,constructivisme,schwitters,ruines en bouteilles,art de l'assemblage

Le Retour, 47x43cm, carton, bois, collage, acrylique, 2016 ; exposé à la galerie Amarrage (du 22 octobre au 4 décembre 2016, 88 rue des Rosiers, St-Ouen)

26/10/2016

Aventures de lignes (4): Caroline Dahyot

Caroline Dahyot

 

       Caroline Dahyot est une charmante artiste qui a créé une maison mirage sur les falaises d’Ault dans la Somme : la Villa Verveine. Elle l’a peinturlurée de haut en bas, dans tous les sens, au point de se mettre un jour à dos la municipalité que ses outrances picturales en plein air révulsaient. A une époque précédente, elle a même été traitée de « sorcière » par des femmes jalouses de sa liberté. Elle peint, elle brode des « tapisseries », elle crée des assemblages de tissus, fils, morceaux de poupée, et autres matériaux, elle dessine sur des draps, elle joue de la musique de temps à autre (elle a participé à un groupe intitulé « Duo des falaises »). On ne devrait pas la pousser beaucoup pour lui faire avouer qu’elle aussi est intéressée par l’art total (c’est pourquoi je lui ai proposé, un jour, de réaliser un dessin en commun sur drap). Lorsqu’elle expose (comme dans les festivals d’Art et Déchirure à Rouen), elle aime constituer des installations regroupant les différentes facettes de son goût pour la création.

       Ses œuvres reflètent un besoin vital de construire une sorte de « sagesse » qu’elle bâtit au fil de sa vie et qui a souvent trait à ses rapports amoureux ou familiaux.

 

     (Voir sur Caroline Dahyot, B.M., note du 24-05-2010 dans le Poignard Subtil ; exposée dans "Aventures de lignes", du 22 octobre au 4 décembre à la galerie Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen)

aventures de lignes,galerie amarrage,caroline dahyot,art singulier,imaginiste-intimiste,environnements singuliers,art total

 

Caroline Dahyot et Bruno Montpied, peinture en commun, Vers la sorcière et l'oiseau-guerrier, acrylique, et broderie, 2011 (ph. B.M. ; exposé à la galerie Amarrage)

aventures de lignes,galerie amarrage,caroline dahyot,art singulier,imaginiste-intimiste,environnements singuliers,art total

L'auteur se cache sous un masque de poupée éclaté... ph.B.M., 2016

25/10/2016

Aventures de lignes (3): Migas Chelsky

Migas Chelsky

 

       Voici un deuxième instituteur (cf. note précédente  sur ce blog, du 24-10-2016), à la retraite aujourd’hui (nous avons trois retraités dans l’exposition), quoique très actif comme tout bon retraité qui se respecte. Migas Chelsky est un grand amateur de cinéma, en particulier de cinéma amateur. Il a fondé avec d’autres amis une cinémathèque dédiée à cette forme de cinéma spécialisé dans les formats 9,5 mm, 16 mm et super 8 (il y rassemble à la fois des pellicules et du matériel). Il a lui-même réalisé quelques films en Super 8 et organise à l’occasion des festivals avec des projections.

       A côté de cela, il pratique diverses techniques artistiques, peinture, collage et dessin principalement, ne dédaignant pas de créer avec d’autres artistes (il a fait partie d’un groupe sur Soissons). Il a exposé récemment une série d’œuvres sur le thème des maisons. C’est avant tout ses séries de dessins en noir et blanc qui me retiennent dans son travail (ainsi que ses recherches du côté du cinéma amateur). Son trait arachnéen fait preuve d’une virtuosité tout à fait étonnante, digne des plus grands dessinateurs visionnaires du moment. La relative discrétion et la modestie dont il s’entoure demandent des relais pour que soit davantage portée au public la révélation de son talent. C’est ce à quoi je m’emploie ici même, modestement comme il se doit…

         (Voir B.M., note du 9-7-2015 dans le Poignard Subtil)

migas chelsky,michel gasqui,collages,art visionnaire,dessin,cinéma amateurMigas Chelsky, sans titre,  encre sur papier, 29,7x21 cm, sans date, ph. M.C. (exposé à "Aventures de lignes", galerie Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen du 22 octobre au 4 décembre).

 

24/10/2016

Aventures de lignes (2): Jean-Louis Cerisier

Jean-Louis Cerisier

 

         Né en Loire-Atlantique, et ayant passé sa jeunesse à Laval, Jean-Louis Cerisier, de sa profession instituteur (il y en a deux dans l'exposition "Aventures de lignes"), a été marqué par les grandes figures de l’art naïf et de l’art dit « singulier » (ce dernier regroupant des artistes post-art brut et post-art naïf, qui réalisent parfois, comme Jean-Louis, une synthèse des deux corpus) de la préfecture de la Mayenne : le Douanier Rousseau, Jules Lefranc, Henri Trouillard, Robert Tatin et Jacques Reumeau. Il n’est pas insensible à la nébuleuse d’artistes installés dans la région. Un de ses meilleurs amis d’enfance est le peintre et dessinateur visionnaire Serge Paillard.

        Jean-Louis oscille aussi dans son art entre naïveté et singularité, et ce depuis sa jeunesse, lorsque certains de ses dessins ressemblaient à des expérimentations surréalistes, avec des machines bizarres. Il a multiplié ses techniques au fil du temps, que ce soit grattage ou collage, détournements d’images trouvées aux Puces ou dans la rue, découpages, etc. Il aime à construire une iconographie faite de paysages ou de scènes subtilement démarqués du réel quoique passés au tamis d’un regard fasciné par l’aspect parfois étrange du monde et de l’existence. Des souvenirs d’enfance viennent probablement imprégner les résultats de ses explorations iconographiques, de même que le souvenir de peintures admirées dans le vaste corpus de l’art dit naïf, qu’il soit français ou venu des pays slaves ou baltes (Pologne, Lituanie), auxquels Jean-Louis voue une grande admiration.

 

(Voir B.M., « Le pays au-delà des grilles, Jean-Louis Cerisier », dans Création Franche n°14, Bègles, avril 1997 ; ainsi que plusieurs notes dans le Poignard Subtil ; à noter aussi que des œuvres de Cerisier sont présentes dans le musée d'art naïf et d'arts singuliers du Vieux-Château à Laval)

Inventions, une rangée de fétiches aquatiques, aquarelle et stylo surlignés, 30x25 cm, 2016 (2).jpg

Jean-Louis Cerisier, Inventions, une rangée de fétiches aquatiques, aquarelle surlignée au stylo, 30x25 cm, 2016 ;  exposée à "Aventures de lignes", galerie Amarrage (88, rue des Rosiers, St-Ouen du 22 octobre au 4 décembre), collection privée, photo J-L.C.

23/10/2016

Aventures de lignes à Saint-Ouen (1) : Marie Audin

Marie Audin

 

          Dermatologue de profession, ancienne militante, Marie s’est un jour prise pour une abeille en se jetant dans ce qu’elle a appelé le « pricking » (piquage ?), l’aiguille sens dessus dessous, piquant de son dard dans les deux sens ses supports, dans ce qui ressemble à un prolongement des soins sur les milliers de peaux traitées au cours de sa carrière, comme une façon de soigner le monde d’une autre manière, dans une acupuncture créatrice… Elle joue ainsi de ces perforations minuscules qui ponctuent de nouveaux pores ses supports, elle ajoute de la broderie et du fil (ligatures ?), elle teinte ses fonds à l’aquarelle ou à l’encre, elle trace au rapidographe des figures jamais loin de se muer en cartes pour des géographies imaginaires

        J’ai découvert cette œuvre aux techniques originales au Musée de la Création Franche de Bègles où elle avait trouvé, en 2004, en la personne de son ancien responsable, Gérard Sendrey, un grand encouragement à reprendre la création qu’elle avait pratiquée jusque-là, surtout en peinture, que de manière sporadique (à partir des années 1990).

       (Voir Bruno Montpied,  « Marie Adda : sous la peau des images », dans Création Franche n°33, Bègles, novembre 2010 ; « Adda » était en 2010 le nom marital de Marie Audin)

Sans titre (tête à la larme) (2), 2014.jpg

Marie Audin, sans titre, environ 30x24 cm, pricking, fil et aquarelle, 2014 ; exposé à St-Ouen à la galerie Amarrrage (88 rue des Rosiers du 22 octobre au 4 décembre 3016) 

22/10/2016

"Aventures de lignes, treize imaginistes-intimistes en marge de l'art contemporain", une exposition organisée par Bruno Montpied

Le vernissage, c'est aujourd'hui!

aventures de lignes,bruno montpied,galerie amarrage saint-ouen,art singulier,imaginistes,intimistes,marge de l'art contemporain

aventures de lignes,bruno montpied,galerie amarrage saint-ouen,art singulier,imaginistes,intimistes,marge de l'art contemporain

Exposants: Marie Audin, Jean-Louis Cerisier, Migas Chelsky, Darnish, Caroline Dahyot, Alain Garret, Régis Gayraud, José Guirao, Solange Knopf, Gilles Manero, Bruno Montpied, RuzenaGérald Stehr ; le vernissage est en entrée libre, en particulier tous les lecteurs du Poignard Subtil sont cordialement invités...  

      

     Sur une proposition de Guy Girard, membre de l’association qui gère la galerie Amarrage, j’ai décidé de réunir pour quelques semaines un choix d’artistes exposant généralement dans des circuits alternatifs, que l’on qualifie ailleurs de « Singuliers », et que j'ai tous défendus, au moins une fois, sur ce blog. Le terme "singuliers", on le sait, est de plus en plus galvaudé dans les festivals qui se sont emparés de l’étiquette, les poncifs esthétiques s’y faisant légion, au point d'y anéantir tout réelle "singularité". C’est pourquoi j’ai cru bon d’employer, pour les besoins de l'exposition que j'organise, un autre terme, en dépit de son aspect un peu « intellectuel » : imaginiste-intimiste ; il désigne à la fois la prépondérance de l’imagination dans les travaux présentés et le caractère indépendant de leurs auteurs.

aventures de lignes,bruno montpied,galerie amarrage saint-ouen,art singulier,imaginistes,intimistes,marge de l'art contemporain

Solange Knopf, série Behind the darkness, 23x48 cm,  vers 2014, coll. privée, Paris, ph. Bruno Montpied ; œuvre exposée à St-Ouen

 

     Depuis l’essor de l’art brut‒ cet art pratiqué par des non-professionnels de l’art, qui résulte d’une pulsion irrépressible et qui se manifeste dans tous les secteurs de la société, quoique pour une large part dans les milieux défavorisés et populaires ‒ de nombreux artistes sont apparus, prenant exemple sur la position morale des créateurs de l’art brut, qui étaient plus soucieux de pouvoir s’exprimer que d’en retirer un bénéfice matériel.

      L’art brut se caractérise par une forme d’autarcie mentale, un individualisme esthétique, un désintérêt vis-à-vis de la communication ultérieure de son art. A une époque où l’apparence est devenue l’alpha et l’oméga de toute attitude sociale, il n’est pas irraisonné d’attirer l’attention sur l’engouement actuel de beaucoup d’amateurs d’art pour ces grands introvertis de l’art que sont les auteurs d’art brut, œuvrant en dehors de tout souci du « paraître ».

aventures de lignes,bruno montpied,galerie amarrage saint-ouen,art singulier,imaginistes,intimistes,marge de l'art contemporain

Bruno Montpied, En surfant sur les sirènes, 40x30cm, 2016, ph. B.M ; œuvre exposée à St-Ouen

 

       Les artistes rassemblés ici*  sont tous sensibles à cet assaut de sincérité appliquée à la création, à ce rappel à l’ordre d’une certaine pureté d’intention. Esthétiquement en outre, on reconnaîtra parmi ces œuvres un goût marqué pour une certaine stylisation et pour des techniques d’expression innovantes, qu’elles se rencontrent chez des artistes plus influencés par l’art naïf (Cerisier), l'art brut (Guirao), le surréalisme et l’expressionnisme naïfs (Manero, Montpied, Gayraud, Garret), le dadaïsme et les cultures populaires (Darnish), l’art textile (Dahyot, Audin), ou par l’art visionnaire, voire fantastique (Gasqui, Ruzena, Knopf, Stehr).

 

aventures de lignes,bruno montpied,galerie amarrage saint-ouen,art singulier,imaginistes,intimistes,marge de l'art contemporain

Marie Audin, sans titre, 24x30 cm, sans date (avant 2010), ph. B.M. ; œuvre exposée à St-Ouen 

      C’est une sélection partielle, comme la pointe immergée d’un iceberg qui cache beaucoup plus d’artistes actuellement installés en France tout aussi originaux et inventifs, et tout aussi peu médiatisés, les media contemporains n’accomplissant plus leur mission d’information depuis belle lurette.

 

* Expo du 22 octobre (vernissage de 15h à 19h) au 4 décembre. Galerie associative Amarrage à Saint-Ouen, 88 rue des Rosiers. Je donnerai une "conférence-promenade" au sujet de l'art brut, l'art naïf, les environnements spontanés et l'art singulier en me basant sur des images d'œuvres en provenance d'une collection privée vouée à ces catégories, le jeudi 24 novembre à 19h30, dans les mêmes locaux.

A signaler qu'une petite librairie de divers ouvrages et catalogues (dont les quatre titres de la collection la Petite Brute par exemple) se rapportant aux artistes exposés sera disponible dans la galerie.

aventures de lignes,bruno montpied,galerie amarrage saint-ouen,art singulier,imaginistes,intimistes,marge de l'art contemporain

Vue de la galerie Amarrage... ph.B.M., 2016

15/10/2016

Gérald Stehr ne voit que du bleu, expo chez KO21, rue Haxo

      "KO, rue Haxo", on dirait un titre pour roman noir, n'est-il pas? Et pourtant, rien à voir... Ou plutôt si, il y a quelque chose à voir : les toiles rorschachiennes de Gérald Stehr, notre ami peintre visionnaire périodiquement épris de gigantisme pictural. KO 21, c'est le nom de la galerie qui l'expose en ce moment jusqu'au 22 octobre (tiens, c'est justement la date du jour où débute l'exposition collective que j'organise à St-Ouen, voir note à paraître le 18 octobre)... Quelle organisation sans faille...). Rue Haxo, c'est dans le 20e ardt, pas loin de la Porte des Lilas. Oui, rencontrer la création contemporaine inventive nécessite un certain goût du labyrinthe urbain...

Trois peintures rorschachiennes chez KO21 (2).jpg

Gérald Stehr, galerie KO 21, octobre 2016, ph. Bruno Montpied

 

     Gérald Stehr aime nager dans le bleu d'où il fait surgir ses figures de rêve ou de cauchemar, ses "homo rorschachiens", à roulettes ou non, hybrides parfois, greffés d'éléments zoomorphes, ou parfois comme repêchés d'on ne sait quels fonds marins d'exploration subconsciente, quelquefois aussi juxtaposés à des textes manuscrits qui leur composent un fond (ce que je goûte moins, en ce qui me concerne, préférant les figures seules sur fond uni, bien plus frappantes).

Le lièvre qui a faim (ptet) (2).jpg

Gérald Stehr, "Homo rorschachien" qui sera exposé à la galerie Amarrage bientôt, à partir du 22 octobre, ph. B.M., 2016

 

     On l'aura reconnu, Stehr utilise le fameux pliage symétrisant les taches d'huile (ou d'acrylique?) bleue, que l'on connaît plus communément sous le nom de "test de Rorschach". Il a réussi à l'étendre à de grandes surfaces et à des supports toilés, où viennent s'ébattre ses poulpes humanoïdes, ses escargots dubitatifs, ses insectes hypnotiseurs, ses monstres aux origines mythologiques imaginaires (ou non), découverts dans le pays de Rorschachie (qui a peut-être des frontières limitrophes avec la Patatonie du Lavallois Serge Paillard ? ).

Homos rorschachiens de KO 21 (2).jpg

Gérald Stehr, "Homos rorschachiens" se multipliant à la galerie KO 21, ph.B.M., oct. 2016

 

Gérald Stehr, exposition "Et par trois fois vainqueur...", galerie KO21, 78 rue Haxo, Paris 20e ardt. Du 6 octobre au 22 octobre 2016. 

03/10/2016

Gilbert Peyre, quand les objets s'amusent sans les hommes...

       La nouvelle grande exposition d'automne de la Halle Saint-Pierre à Paris s'est ouverte récemment sur le théâtre d'objets et les automates de Gilbert Peyre, un ancien artiste de Montmartre qui avait autrefois son atelier non loin de la Halle à Montmartre, rue Durantin. Les deux niveaux de la Halle lui sont consacrés, et pour une fois, il n'y a pas de différence de qualité d'un étage à l'autre (c'est parfois en effet meilleur en bas, ou supposé tel...).

Danseuse-du-ventre,-1985,-électromécanique.jpg

Gilbert Peyre, Danseuse du ventre, électromécanique, 1985, ph. Bruno Montpied, 2016

 

      Je suis resté un peu sur ma faim, je dois dire, en visitant en avant-première l'exposition. Serai-je devenu trop blasé? Bien sûr, il doit y avoir de cela, un béotien découvrant pour la première fois cet ensemble d'œuvres d'art automatisées (ou pas), fait de bouts de fils de fer et d'autres matériaux récupérés, serait bien entendu tout ébaubi. Ah, on peut faire ça, se dirait-il, émerveillé ? Ce serait oublier les coups d'essai préalables, le cirque de Calder  des années 1930-1950 (merveille de poésie précaire qu'ont restituée deux cinéastes dont Jean Painlevé, déjà cité sur ce blog)DVDCirque Calder.jpg, les œuvres des années 1970 de Roland Roure, ou bien le manège de Petit-Pierre sauvegardé à la Fabuloserie. Si on peut trouver une beauté étrange aux sculptures "électromécaniques ou électropneumatiques" de Gilbert Peyre, il reste qu'elles prennent avant tout plus de charme lorsqu'elles s'animent. Même si toutes ne relèvent pas d'une inspiration égale. Certaines ne s'élèvent pas au-delà d'une plaisanterie de type potache, comme celles qui s'intitule "Aquarium" (1990) et "Nounours pisseur" (2010-2016). D'autres font dans le style fantastique, du type "ange exterminateur" de Bunuel (où une main se déplaçait toute seule), voir "Le  bras" de 2010-2016.

image d'aquarium.JPG

Détail de "l'Aquarium" de Gilbert Peyre ; les boîtes de sardines se déplacent comme poissons rouges dans un aquarium... Oui, bon... ; ph. B.M.

 

Nounours pisseur.JPG

LE BRAS.JPG

Gilbert Peyre, Le Bras ;  un bras détaché se déplace seul... Avec une belle main comme en cire... ; ph. B.M.

 

      Le meilleur dans l'exposition est plutôt à rechercher du côté des théâtres d'objets, ou de ce que l'artiste appelle une "SculpturOpéra". Là, on va beaucoup plus loin et l'on atteint à quelque chose de profond et, disons-le, d'inquiétant. Car cette entreprise, où Peyre déchaîne les objets, les poupées décapitées, les armoires batttantes, les lapins naturalisés en folie (réminiscence du lapin en retard d'Alice au Pays des Merveilles sans doute?), paraît prophétiser un univers proche où les objets auront pris le pouvoir, une fois peut-être que l'homme aura achevé de leur greffer des cerveaux électroniques aux performances d'intelligence plus sophistiquées que celles qu'il peut se permettre lui-même. Les théories transhumanistes venues d'Amérique semblent le confirmer : des robots perfectionnés vont venir, remplaçant les hommes. N'ayant plus d'affects ni d'émotions, n'ayant plus besoin d'air, de nourriture, mais juste d'énergie, leur intelligence leur permettant de veiller à leur maintenance éternelle, ils pourront aller coloniser les étoiles, une fusée plantée dans le derrière... Et nous abandonner à notre pauvre boulet de chair pantelante...

Poupée-dans-un-lit.jpg

Gilbert Peyre, une poupée digne de Chucky? (Elle n'était pas animée lors de mon passage), ph. B.M.

 

      C'est ce à quoi je méditais en contemplant les extraits de films projetés dans une salle du rez-de-chaussée, comme "Le piano" (réalisation Eric Garreau, 2011 ; le film montrait "La petite forme", une première étape de la sculpturOpéra, "Avant le combat - version originale"), ou l'animation au premier étage de la sculpturOpéra intitulée "Cupidon propriétaire de l'immeuble situé sur l'Enfer et le Paradis", qui était une présentation réduite par rapport à la représentation intégrale (de 60 minutes) qui a tourné en divers lieux théâtraux, avec des acteurs incorporés à des déguisements animés, jouant des rôles paraissant ridiculiser l'homme justement (voir ci-dessous un bout de film visible à son propos sur YouTube).

     

 

"Cupidon", SculpturOpéra de Gilbert Peyre, Vidéo 3'43, Bâle, Septembre 2011

 

       L'intelligence artificielle triomphante, les anti-humanistes (je me demande parfois si la Halle St-Pierre ne leur fait pas trop souvent les yeux doux) pavoiseront, leur homme vu comme un super-prédateur qui fait tout mal sera sur le point d'être rangé aux poubelles de l'histoire (qui sera pour le coup bien achevée, puisque les robots auront-ils encore besoin d'une histoire, en dehors d'un simple archivage de faits bruts?). Le singe perfectionné sera enfin proclamé roi.


Gilbert Peyre, Singe...

 

Expo "Gilbert Peyre, l'électromécanomaniaque", du 16 septembre 2016 au 26 février 2017 (c'est long...), Halle Saint-Pierre, 2 rue Ronsard, 75018 Paris.

17/09/2016

La Fabuloserie remet un pied à Paris

     La Fabuloserie Paris est le nom de la galerie que vient d'ouvrir Sophie Bourbonnais à St-Germain-des-Prés, renouant avec les origines de la Fabuloserie, origines qui avaient pour nom l'Atelier Jacob, ouvert quant à lui de 1972 à 1982. Cette galerie fut la première à représenter l'art brut à Paris, alors appelé "art hors-les-normes", du fait des interdits de Dubuffet vis-à-vis de l'appellation qu'il se réservait (à un moment, en 1972, où sa collection de la rue de Vaugirard était en train de migrer vers Lausanne, migration qui mit six ans avant qu'on puisse la voir muséographiée au "Château" de Beaulieu).

     Le vernissage de la nouvelle galerie "fabulosante" a lieu aujourd'hui à partir de 15h... Voici les intentions qu'affichent sans ambages ses animateurs :

ouverture de la Fabuloserie Paris 17 9 16.JPGOuverture de la Fabuloserie-Paris, 17 sept 2016 (2).jpg

Œuvre de Michèle Burles

    C'est donc un nouveau souffle que se donne la Fabuloserie dont les rênes ont été reprises récemment, après la disparition de Caroline Bourbonnais en 2014 (le fondateur de l'Atelier Jacob et de la Fabuloserie, Alain Bourbonnais, étant disparu beaucoup trop tôt, en 1988), par ses filles Agnès et Sophie. On pourra commencer par la galerie parisienne pour des expositions centrées sur des créateurs et artistes défendus par la collection de Dicy (Yonne) – en tout premier lieu cette fois Michèle Burles, artiste très inventive mais pas assez remarquée, je trouve –, en s'en servant comme d'un marchepied en quelque sorte pour rebondir ensuite à Dicy, pour visiter la collection princeps. Ou, tout au contraire, venu de Dicy, on viendra à Paris afin d'en apprendre davantage sur l'œuvre de tel ou tel découvert primitivement en Bourgogne. Les animateurs de l'endroit promettent cependant de ne pas s'en tenir aux artistes ou créateurs déjà collectionnés, mais d'ouvrir la nouvelle galerie à d'autres œuvres récemment découvertes.

     Une librairie annoncée sur l'art brut et apparentés, avec événements à la clé (dont des projections de films...), est une initiative supplémentaire heureuse, car les occasions de dénicher de la documentation et de la littérature sur les sujets qui nous occupent restaient rares jusqu'ici, en dépit de l'excellente librairie de la Halle St-Pierre.

Avis sur la correspondance Bourbonnais-Dubuffet.JPG

Alain Bourbonnais, la salle aux turbulents (2) .jpg

Alain Bourbonnais et ses "Turbulents" à la Fabuloserie, ph. Bruno Montpied, 2016

Avis d'accueil et info pratiques.JPG

 

14/09/2016

L'homme aux patates révèle de nouveaux éléments sur la Patatonie

Carton_SergePaillard_Patatonie_Recto (1).jpg

     Nouvelle exposition de Serge Paillard et de son ami archéologue et explorateur le professeur Caldnitz, je présume, le tout commençant dans quatre jours... De retour de cette contrée mythique de Patatonie dont Serge Paillard eut la révélation en dessinant d'innombrables pommes de terre. Ces dernières recélaient des messages venus de ce grand lointain intérieur... Et, bientôt, ne tardèrent pas à apparaître diverses trouvailles archéologiques que Serge Paillard a déjà exposées à quelques reprises, notamment à Montreuil en 2011. Voir ci-dessous quelques-unes de ses trouvailles, ainsi qu'une rare carte de la Patatonie (mais il existe aussi une "photo satellite de la Sidérie orientale"...). Ci-dessus, l'affiche de la nouvelle expo à la Maison Rigolote de Laval (ancienne maison qu'un artiste lavallois a léguée pour qu'on en fasse un lieu d'exposition pour les artistes qui lui succéderaient) nous montre une pierre qui présente une figuration quasi spectrale, qui me fait penser aux silex où Robert Garcet en Belgique, sous sa tour d'Eben-Ezer, voyait, en ce qui le concernait, des signes de civilisation disparue... En réalité, si on consulte le site internet de Serge, on apprend que cette pierre appartient à une "Grotte dite des Anciennes Existences".

Echantillons de vestiges patatoniens, chez SG(2).jpg

Vestiges patatoniens que l'on pouvait voir à un moment à Laval dans l'atelier de l'artiste, ph. Bruno Montpied, 2012

Carte de la Patatonie, oct11 Montreuil (3).jpg

Rare document, montrant la carte de la Patatonie, qui ressemble à la mappemonde d'une planète inconnue, Montreuil, ph.B.M., 2011

Premier-SouvenirDePatatonie.jpg

Serge Paillard, Premier souvenir de Patatonie (émergence du Visage), dessin à l'encre sur papier, 29,7x21 cm, vers 2009, ph.B.M.

art singulier,patatonie,dessins d'après pommes de terre,serge paillard,professeur callnitz,cartographie imaginaire,pierres peintes,robert garcet,musée du silex,maison rigolote de laval

La Maison Rigolote, à Laval, ph. B.M., 2016

18/08/2016

René Rigal à la Maison du Tailleu, chez Michelle et Jean Estaque

Expo Rigal à la Maison du Tailleu en 2016.png

Exposition René Rigal à la Maison du Tailleu du 1er août au 4 septembre 2016 (La Maison du Tailleu : Place de l'Église, 23000 (la Creuse), Savennes, France)

    "Jean et Michelle Estaque seront heureux de vous recevoir pendant la durée de cette exposition tous les week-ends et jours fériés de 15h à 19h et sur rendez-vous au 05 55 80 00 59".

     L'exposition dont il est question dans le petit message ci-dessus concerne l'œuvre de René Rigal, cet ancien cheminot de Capdenac qui sculpta des personnages filiformes dans de longues branches durant des années. Il chercha à les exposer dans des locaux et galeries de sa région, comme par exemple à la galerie La Menuiserie de Rodez, mêlant ainsi son œuvre d'autodidacte rustique – on pourrait aisément le ranger dans l'art rustique moderne avec Gaston Chaissac, qui inventa le terme, ou Gaston Mouly – à celles d'artistes contemporains provinciaux.

Eve-enlacee-par-le-serpent.jpg

René Rigal, Eve enlacée par le serpent, sans date, coll. privée Capdenac, ph. Bruno Montpied, 2012

Bouliste-détail-sa-tête.jpg

René Rigal, détail d'un bouliste, coll. privée Capdenac, ph.B.M., 2012

    Ses œuvres, dont bien des exemples sont conservés par sa femme au prénom – prédestinant pour un mari cheminot – de Micheline, sont variées et originales, recherchant l'audace dans leur conception.

R.-Rigal-Groupe-de-pélerins-St-Jacques (1), coll privée.jpg

René Rigal, groupe de pèlerins de Saint-Jacques, coll. privée, ph. inconnu, archives famille Rigal

 

   Même parmi les nombreux cas de transformateurs de branches en figures fantastiques ou réalistes, il fait figure de novateur. Le plus proche de lui étant peut-être Emile Chaudron qui dans la Haute-Marne, à Prez-sous-Lafauche, sculptait les brindilles, les branchettes d'épines ou de mirabelliers, créant comme une écriture arachnéenne proche des idéogrammes asiatiques. Ce dernier, qui était sculpteur sur meubles à la base, naïf malgré tout, exposa dans des salons parisiens ou régionaux, tout en se constituant un petit musée personnel qu'il ouvrit au public à partir de 1961 dans son village.

Rayonnages-d'exposition-dans-le musée-de-Lafauche.jpg

Emile Chaudron (disparu en 2014), autre sculpteur sur bois, rayonnages où sont désormais présentées ses œuvres dûment légendées dans le petit (et nouveau) musée "aux branches" municipal de Lafauche, ph. B.M., 2016

 

06/08/2016

Jeu: saurez-vous identifier l'auteur du dessin ci-dessous?

    Un petit jeu au creux de l'été, pour voir s'il y en a qui suivent, pas complètement débranchés sur les plages les doigts de pied en éventail... : d'après vous, de qui est le dessin que je mets en ligne ci-dessous? Un indice, sinon, ce serait trop dur. Le nom de l'auteur a déjà été cité depuis que ce blog existe. Je sais... Etant donné que le Poignard Subtil a été fondé en juin 2007, il ya eu du monde à défiler sur cette colonne immense. Mais il y a votre sagacité, votre pénétration, un style particulier, tout cela devrait aider. A gagner, le dernier numéro de la revue Création Franche, le n°44, qui vient de sortir.

IMG_4842_edited.jpg

19/07/2016

La Petite Brute en voyage, quelques dates dans le Massif Central

    Remy Ricordeau, réalisateur du film Denise et Maurice, dresseurs d'épouvantails, présent dans le livre du même nom (puisque c'est lui aussi qui l'a écrit), vient projeter cet opus dans trois lieux du Massif Central incessamment sous peu. Le directeur de la collection La Petite Brute, mézigue, où est publié le livre (troisième de la collection)  l'accompagnera pour présenter la collection et son propos, en espérant que de riches débats se développeront à la suite. C'est ainsi que seront présentés en dédicaces les trois livres déjà édités (Andrée Acézat, oublier le passé, de Bruno Montpied, Visionnaires de Taïwan, de Rémi Ricordeau, et donc Denise et Maurice, dresseurs d'épouvantails), ainsi qu'en avant-première le quatrième titre de la collection, Marcel Vinsard, l'homme aux mille modèles, écrit par Bruno Montpied. Pour ce dernier titre, un prix spécial sera consenti, pour fêter son avant-première.

denise chalvet,petite brute,remy ricordeau,bruno montpied,musée des arts buissonniers,cinéma et art populaire,marcel vinsard,andrée acézat,épouvantails

Voici les dates : le vendredi 22 juillet (dans trois jours donc), en soirée, vers 21 h, nous serons au Musée des Arts Buissonniers de Saint-Sever-du-Moustier. Le samedi 23 juillet, nous nous rendrons au cinéma de Millau (le Cinéode, 15, rue de La Condamine, dans le centre ville) pour une autre projection à 20h30 cette fois. Et enfin, le dimanche 24 juillet, c'est au cinéma d'Entraygues-sur-Truyère qu'aura lieu la troisième projection, à 21h (c'est le seul cinéma du bourg, y a pas à se tromper).

22/06/2016

Info-Miettes (28)

     Et voici un nouveau bouquet, ou plutôt panier, d'Info-miettes, qui suggèrent quelques pistes de voyage pour cet été aux uns et aux autres, mais aussi quelques idées pour rester résolument sédentaires à l'abri des flux touristiques...

 

Darnish exposé au Petit Casino d'Ailleurs

darnish, petit casino d'ailleurs, architectures babéliennes, maquettes, collages, cinéma     Le vernissage aura lieu le 26 juin. Darnish  expose, dans cet espace, situé à Ault dans la Somme (tout près de chez Caroline Dahyot), ses constructions babéliennes constituées de fragments de photos extraites de magazines, de peinture, de collage de papiers divers  dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce blog (voir ci-contre ce que Darnish intitule un "volume sans titre", hauteur 80 cm). Certaines d'entre elles se présentant comme des décors pour des éléments isolés, des silhouettes d'hommes ou de femmes comme évadés d'un film hollywoodien, ou bien réaliste poétique français, pour être projetés dans un monde souvent désert, infiniment plus kafkaïen (voir ci-dessous un bâtiment où apparaît le personnage joué par Bourvil apparemment dans La traversée de Paris)...

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exposition "tout l'été", ouverte principalement le mercredi matin, les week-end, ou sur RDV au 06 08 37 90 97

*

Roberta Trapani soutient une thèse à Paris: "Patrimoines irréguliers en France et en  Italie. Origines, artification, regard contemporain "

     Roberta Trapani appartient au CrAB (Collectif de recherche en Art Brut) et s'intéresse depuis plusieurs années aux environnements spontanés, sans se limiter, comme moi, aux créateurs populaires, mais en débordant vers un questionnement des possibilités d'un habitat autre, envisagé par les habitants ayant une conception inventive de l'architecture et de l'environnement. Elle a ainsi réalisé une thèse sur le sujet (menée sous la codirection de Fabrice Flahutez (Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense) et d'Eva di Stefano (Università degli Studi di Palermo), avec qui elle collabore aussi régulièrement dans l'édition de la revue italienne OOA, sur l'art outsider). Elle s'apprête à la soutenir bientôt (pas Eva di Stefano, mais sa thèse...).

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès

      Cette soutenance, ouverte au public, aura lieu le mardi 28 juin prochain à l'Institut national d'histoire de l'art à 14h30 (INHA, Paris, 2 rue Vivienne, salle Fabri-de-Pereisc, rez-de-chaussée).

*

Un passionné d'allumettes, Bernard Beynat, au musée du Veinazès

     Ce petit musée privé, dont j'ai déjà parlé aussi, notamment à propos du créateur d'un environnement nommé René Delrieu, dont des œuvres ont été abritées et protégées de l'anéantissement par ce musée, se trouve dans le Cantal non loin d'Aurillac.darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab Ses animateurs essayent d'enrichir ses collections, à partir de découvertes opérées semble-t-il la plupart du temps dans la région. Leur expo d'été (en lien le dossier de presse avec tous les renseignements pratiques pour venir au musée), intitulée "L'extraordinaire épopée d'un peuple d'allumettes", présente cette fois Bernard Beynat, un passionné de maquettes et de figurines en allumettes assemblées et mises en couleur.darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab On est, semble-t-il, dans l'exploit, le tour de force, l'habileté manuelle. Le personnage est épris d'Histoire et de monuments. il n'a pas hésité à déborder dans son jardin pour réaliser un village miniaturisé auquel il n'hésite pas à mêler des bâtiments inspirés de la Rome antique ou de l'Asie.

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab

*

 Pétition de soutien au maintien de l'émission de Philippe Meyer sur la chanson française sur France-Inter

     Au nombre de mes intérêts, je compte la chanson littéraire, poétique ou insolite francophone, qui, comme les cartes postales en matière de médium photographique populaire, est un vecteur de masse de la poésie pour le plus grand nombre. Il y a peu d'émissions de qualité je trouve sur la chanson dite  "à texte". Celle de Philippe Meyer, "La prochaine fois, je vous le chanterai", qui existe depuis 2002, hebdomadaire (tous les samedis à midi), en est une. Elle est actuellement menacée pour des raisons obscures (l'animateur de l'émission ne peut être, paraît-il, à la fois sur France-Culture et sur France-Inter ; il y a bien sûr une autre raison moins avouable). On m'invite à signer la pétition qui circule actuellement sur le site Mes opinions.com. Je l'ai fait ce matin, à vous de voir si vous voulez en faire autant.

*

Claude Massé au Musée de la Création Franche cet été

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou          Claude Massé, grand découvreur d'"art autre", comme il dit, mais aussi artiste singulier, vient pour l'été au Musée de la Création Franche à Bègles. Il expose ses "patots", figures en liège sculpté (matériau emblématique de sa région catalane du côté de Perpignan ; voir ci-contre certains "patots" en train d'être préparés pour l'expo), et, paraît-il aussi, certains aperçus de ses anciennes découvertes d'art brut, dont il avait fait don, il ya déjà quelque temps, à la collection permanente du Musée. Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, dans cette donation d'œuvres "autres", outre François Baloffi, une de ses découvertes comme toujours extrêmement touchantes,  je vénère particulièrement les petits  tableaux d'une rugueuse naïveté de Joseph Sagués.

 

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou

Joseph Sagués, donation Claude Massé (dans la collection permanente du Musée de la Création Franche), photo Bruno Montpied, 2009

Expo "Patots et autres de l'art", du 24 juin au 4 septembre, au Musée de la création franche à Bègles. "L'inauguration, le vendredi 24 juin à 18h au musée, sera précédée d'une rencontre, le "Grand partage de la Création Franche", autour du livre que lui consacre Serge Bonnery, Claude Massé l'Homme liège (éditions Trabucaire), à la Bibliothèque de Bègles le vendredi 24 juin à 16h30. Ce rendez-vous sera suivi d'une séance de signature."

*

Exposition de Jean-Louis Bigou, artiste et pas seulement découvreur de talents immédiats

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer

*

Et toujours à Villeneuve-les-Genêts, l'expo de mes photos d'après des environnements spontanés...

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou,claude massé,patots,art autre,musée de la création franche

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou,claude massé,patots,art autre,musée de la création franche

Café "Chez M'an Jeanne et Petit-Pierre", sans M'an Jeanne et Petit Pierre, mais avec d'autres inspirés ; vue de l'expo de photos de Bruno Montpied dans l'ancienne salle de bal de ce café de village réaffecté grâce à l'action de l'association Puys'art animée par Fabienne Clautiaux, ph. B.M., 28 mai 2016

   *

Alain Bouillet expose sa collection dans le Rouergue: "De l'humaine condition"...

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou,claude massé,patots,art autre,musée de la création franche,bruno montpied,puys'art

Très bonne collection d'art brut au sens orthodoxe du terme (des non artistes, des créateurs s'exprimant en dehors de tout souci d'être reconnus, pour eux-mêmes avant tout, en quêtant peut-être à travers une telle pratique un réconfort, un sursis existentiel, un enchantement dans leur vie...), que celle d'Alain Bouillet, qui l'a déjà montrée l'année dernière à Bages, et qui en a tiré un excellent catalogue où il raconte ses découvertes

*

"Les unes et les autres" au Musée Singer-Polignac à Ste-Anne, derniers jours

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou,claude massé,patots,art autre,musée de la création franche,bruno montpied,puys'art,alain bouillet      Je n'ai pas été très emballé par les derniers projets d'exposition montés dans le cadre du Centre d'Etude de l'Expression, ce qui explique que je n'en ai pas parlé depuis quelques mois. L'expo qui se termine bientôt (le 10 juillet), "Les unes et les autres", reprend des artistes et des créateurs qui ont déjà été montrés précédemment, toujours dans l'esprit qui anime le CEE, confronter artistes et pensionnaires créatifs de l'asile en les mettant sur un pied d'égalité. Mais il s'y trouve cependant quelques créateurs qui vont peut-être me faire bouger avant que ça se termine : par exemple Thérèse Bonnelalbay, Abelkader Rifi (dont on voit fort rarement des œuvres, séparées de sa maison décorée à Gagny qui est de lui ce qui est le plus connu chez les amateurs d'art brut), Patrick Chapelière, ou encore Charles Lanert, tous relevant de ce que l'on peut appeler de l'art brut.

*

Jean-Louis Cerisier et ses mondes intermédiaires, Centre Kondas d'art naïf, Viljandi, Estonie, 28 mai - 3 août 2016

     Notre célèbre (de plus en plus, en tout cas, vers l'Est, ça a l'air bien parti..) artiste primitiviste, singulier, naïf, et historien de la singularité en Mayenne et ses bords, Jean-Louis Cerisier, est invité depuis le mois de mai dans le centre consacré à l'art naïf (fort intéressant) de Paul Kondas (dont on attend impatiemment une exposition en France). Cerisier est-il parti pour être notre nouveau Douanier Rousseau au XXIe siècle (ils sont tous deux originaires de Laval, patrie aussi de Jarry, Lefranc, Trouillard, Ambroise Paré  et Alain Gerbault, tous de grands visionnaires en somme)?

darnish,petit casino d'ailleurs,architectures babéliennes,maquettes,collages,cinéma,bernard beynat,musée du veinazès,architecture alternative,roberta trapani,soutenances de thèse,osservatorio outsider art,environnements spontanés,inha,crab,pétition,philippe meyer,jean-louis bigou,claude massé,patots,art autre,musée de la création franche,bruno montpied,puys'art,alain bouillet,les unes et les autres,centre d'étude de l'expression

Jean-Louis Cerisier "et ses mondes intermédiaires"... Tiens ? Cela me rappelle quelque chose, "intermédiaires" : "recoins" ? Ou "interstices"?

14/06/2016

Dimanche 19 juin, on causera de petite brute et d'épouvantails à la Halle St-Pierre...

     Dans quelques jours (dimanche 19 juin, rendez-vous à 15h), nouvelle présentation des quatre titres de la Petite Brute à l'auditorium de la Halle St-Pierre avec la projection du film de Remy Ricordeau, tiré du troisième livre de la collection (au titre éponyme), Denise et Maurice, dresseurs d'épouvantails. Je serai présent, ainsi que Remy Ricordeau, pour défendre et expliquer le projet de cette collection, montrer les livres, et notamment le quatrième titre, que j'ai écrit, Marcel Vinsard, l'homme aux mille modèles. L'entrée est libre, bien entendu.

Couv livre Vinsard.jpg

Bruno Montpied, quatrième titre de la collection La Petite Brute

    Ce dernier livre, qui est une petite monographie consacrée à un créateur d'environnement peu chroniqué jusqu'à présent (72 p., et 65 illustrations en couleur), sera en vente en avant-première à un prix exceptionnel (révélé le jour même, ou bien encore ici), à la manière d'une souscription en quelque sorte. Sa sortie en librairie n'est prévue en effet que pour octobre. Si vous voulez profiter de l'occasion, venez donc nous en serrer cinq et acquérir du coup quelques livres. Les autres titres seront également en dédicace : le premier de la collection, Remy Ricordeau, Visionnaires de Taïwan, le deuxième, Bruno Montpied, Andrée Acézat, oublier le passé, et le troisième, Remy Ricordeau, Denise et Maurice, dresseurs d'épouvantails. Ces titres, inutile de le rappeler, mais je le fais quand même, sont d'ores et déjà disponibles en permanence à la librairie de la Halle St-Pierre, qui reste LA librairie de référence en matière de documentation sur l'art brut et apparentés.

Allee-au-centre-de-la-grang.jpg

Les épouvantails-mannequins de Denise Chalvet et Maurice Gladine dans l'Aubrac, photo Bruno Montpied, 2012

Jardin, Ensemble de têtes, ph B.Montpied, 2013 (2).jpg

Chez Marcel Vinsard (en Isère), un rassemblement de masques et sujets divers en polystyrène peint, ph. B.M., 2013

Affiche Petite Brute 4 titres 4 images seulement.jpg