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01/05/2013

L'art brut manipulé, le soi-disant monument d'André Robillard

     On sait que depuis un bon moment le sculpteur-assembleur-dessinateur André Robillard classé dans l'art brut participe avec bonne volonté à des expériences théâtrales et musicales qui l'ont embringué dans des spectacles où, en définitive, il apparaît comme un faire-valoir pour des artistes et comédiens qui sans lui auraient certainement moins fait parler d'eux (la compagnie les Endimanchés).

       Cela semble avoir donné des idées à d'autres, en l'occurrence au Centre Hospitalier Daumézon (où fut hospitalisé et où travailla Robillard près d'Orléans), à la DRAC et au FRAC Centre qui lancent un appel au public pour trouver le financement de ce qu'ils appellent improprement "une œuvre monumentale d'art brut d'André Robillard". "Improprement", dis-je, car Robillard ne participera nullement à l'érection de ce monument, qui affectera plutôt d'être une copie monumentale d'un de ses célèbres fusils (si l'informateur qui m'a indiqué cette opération s'avère bien informé...). Ce sont des techniciens spécialisés dans la construction de ces monuments qui devraient s'en charger... J'entends même dire par ce même informateur qu'un des responsables de l'opération aurait confié: "André pourrait se blesser" (sous-entendu, en faisant ce monument...).

 

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Je diffuse ici l'annonce de la souscription par souci d'information objective, chacun se déterminera comme il l'entend ; en ce qui me concerne pas question d'aider à un tel projet

    Alors, faut-il "donner pour l'art brut", comme le proclame le laïus du papillon ci-dessus ("papillon" c'est aussi joli, sinon plus, que "flyer", vous ne trouvez pas?), ou plutôt donner pour l'art contemporain de commande (qui se fait payer 60 000 €, y en aura peut-être des miettes pour Robillard, faut espérer...?)? On peut après tout considérer le projet comme un monument d'hommage à André Robillard, mais certainement pas comme la "première commande publique d'une œuvre monumentale d'art brut" comme il est dit dans le premier laïus ci-dessus.

 

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André Robillard, une collection de fusils accrochés dans le département d'art brut au LaM de Villeneuve d'Ascq, ph. Bruno Montpied, avril 2011

 

     Le problème est que le propos reste singulièrement confus. Car pour qu'il y ait véritablement un monument d'art brut, il ne faudrait déjà pas qu'il y ait une COMMANDE à la base. J'ai presque envie de fredonner du Brassens, "la bandaison, Papa, ça ne se commande pas...". L'art brut ne naît pas dans les lits qu'on prépare pour lui. C'est un peu du chiendent, l'art brut. Alors que penser de tout cela? N'est-ce pas une énième tentative de rabattre le couvercle de l'art contemporain que d'aucuns veulent à tout prix mixer avec l'art brut en lui faisant porter les mêmes chapeaux, les mêmes couvercles? C'est ce que je crois.

      C'est commode, avec Robillard qui est un brave type qui consent  à tout, on peut tout lui faire valider. L'art brut plus généralement c'est même le terreau idéal, l'argile que l'on peut remodeler à volonté. On peut tout leur faire faire. Il paraît aussi que dernièrement, d'après les modèles de Robillard on aurait diffusé des fusils, dans son style tout en assemblages, en kit, oui vous avez bien lu, en kit – j'espère que c'est seulement une rumeur ou un bobard mal intentionné! – avec ce kit, l'acheteur pouvait se reconstituer, à la manière de, un fusil entièrement made by Robillard, avec les boîtes de conserves, l'adhésif de couleur, des bouts de tuyau, les crosses toutes découpées selon le même calibrage, tout le toutim robillardesque. Je rêve...

 

27/04/2013

Art populaire, le retour? Une vente à Marseille

    Je dois à un correspondant mystérieux l'information qu'une vente d'art populaire curieux a lieu ce jour à Marseille via la maison de vente aux enchères Leclère, sans doute en écho de l'ouverture prochaine (le 7 juin prochain) du MUCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) à côté du Vieux-Port et du Fort Saint-Jean (de multiples expositions y sont prévues à partir de cette date qui plus est). C'est la collection de Marc Billioud montée "durant quarante ans" avec la collaboration de Jean-Yves Roux (qui fait une présentation dans un petit court-métrage incrusté dans le catalogue éléctronique de la vente) qui est dispersée ici, avec un catalogue sur papier à la clé. Les objets et peintures offerts à la vente sont suffisamment beaux, émouvants et intriguants pour que j'en extrais ici cinq pièces, choisies arbitrairement, enfin pas tout à fait. elles correspondent  à ce que j'aurais acheté si j'en avais eu les moyens...

 

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Deux moines quelque peu indécents... Collection Billioud

homme posant culotte (Provence ptêt), 29x19 cm bois peint.jpg

Anonyme, 29 x 19 cm, bois peint, coll Billioud (je trouve à cet homme au canotier un aspect proche des personnages des dessins animés de Paul Grimault, le réalisateur du Roi et l'oiseau...)

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Page extraite d'un recueil de contes et histoires divers illustrés à la gouache ou à l'aquarelle par un certain Gabriel Papel

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Huile sur carton, 39 x 48,5 cm ; curieuse peinture naïve au verso de laquelle se trouverait un monogramme en lien avec Séraphine de Senlis (pourtant le style de cette peinture en paraît fort éloigné)

                                                 

23/04/2013

Du côté de Lausanne (nouvelles de la Collection d'Art Brut, expo James Edward Deeds...)

     Ça bouge à Lausanne. La nouvelle conservatrice est donc Sarah Lombardi... Tandis que Lucienne Peiry continue d'être la "Directrice de la recherche et des relations internationales de la Collection de l'Art Brut". Les expositions du moment sont consacrées, toutes les deux du 15 mars au 30 juin, d'un côté à James Edward Deeds (un temps surnommé "The Electric Pencil", "le Crayon Electrique", surnom qu'on lui donna d'après des inscriptions retrouvées sur ses dessins et avant qu'on ne découvre sa véritable identité) et de l'autre à Daniel Johnston.

 

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James Edward Deeds, Miss Laben (recto), entre 1936 et 1966, mine de plomb et crayon de couleur sur papier, 23,5 x 21 cm. Photo : Atelier de numérisation, Ville de Lausanne. Collection de l’Art Brut, Lausanne ©2010 Electric Pencil Press


          Lucienne Peiry a décidé depuis quelque temps de mettre en ligne à l'usage des amateurs ce qu'elle appelle ses "Notes d'art brut", ensemble d'articles de presse, d'agenda des rencontres et autres conférences nombreuses que donne et organise notre ancienne conservatrice de la collection d'art brut, et également des découvertes les plus récentes qu'elle fait d'auteurs d'art brut (Lucienne Peiry, qui connaît son sujet, maintient en effet, à juste titre, la notion d'auteur d'art brut, qui se distingue, sans qu'elle insiste outre mesure dessus, de la notion "d'artiste" d'art brut que tant de plumitifs approximatifs emploient en ce moment à tire-larigot).

 

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James Edward Deeds, The Black Snake (recto), entre 1936 et 1966, mine de plomb et crayon de couleur sur papier, 23,5 x 21 cm, photo : Atelier de numérisation, Ville de Lausanne, Collection de l’Art Brut, Lausanne
©2010 Electric Pencil Press (apparemment le bateau ici représenté n'est pas un navire imaginaire mais existait bel et bien, cf. le film visible sur le site electricpencildrawings.com


         La nouvelle conservatrice, Sarah Lombardi, paraît avoir été en charge du concept de la nouvelle double exposition, Deeds/Johnston. L'expo du deuxième, musicien atypique, chanteur folk passablement excentrique (une sorte de Neil Young cabossé à la voix chevrotante et fragile comme du verre, faisant parfois l'effet d'un ongle griffant une vitre...), était déjà passée à Nantes l'année dernière au Lieu Unique. On devait passer à côté pour aller voir les projections du "Week-end Singulier" de cette année-là. Sarah Lombardi a dû découvrir les dessins de Daniel Johnston à cette occasion. Je me souviens que je lui avais demandé à cette occasion (avril 2012, il y a juste un an) ce que devenait la Collection Neuve Invention qui est comme une poupée russe enclavée au sein de la collection de l'Art Brut, mais dont on n'entendait plus trop parler.

    On sait que selon Dubuffet et Thévoz, ce département devait rassembler tous les cas-limites situés entre art brut et "arts culturels". Or j'apprends dans un encart du site internet de la Collection, que Sarah Lombardi a décidé de redonner un peu de lumière sur cette Collection Neuve Invention... dans laquelle elle range Daniel Johnston. Cela m'a fait l'effet d'une curieuse réponse indirecte et décalée dans le temps. Pour elle donc, la Neuve Invention continue, comme entité à part de la collection princeps sans doute, ce qui à mon humble avis reste une bonne chose et évite les amalgames et les confusions à l'œuvre ces temps derniers. D'autant plus lorsque l'œuvre graphique d'un Johnston qu'on expose à Lausanne reste plutôt de l'ordre du faible et du médiocre (pour moi ce dernier est bien plus surprenant comme musicien que comme graphiste...).

 

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James Edward Deeds à l’âge de 7 ans, 1915, photographe non-identifié


      Rien à voir avec l'extraordinaire oeuvre dessinée de James Edward Deeds (1908-1987), interné depuis 1936 jusqu'à la fin de sa vie, dont on retrouva les dessins exécutés sur des bordereaux de son asile, cousus dans un livre fabriqué à la main, qui a fait l'objet d'un magnifique reprint aux USA (on peut le trouver par ici, par exemple à la Halle Saint-Pierre à Paris), reproduisant il me semble quasi intégralement ces chefs-d'oeuvre d'art naïf (au sens sublime du mot). Quelle suavité, et quelle enfance du regard préservée, se présentent à nous à cette occasion. S'il est un exemple d'art du plus pur immédiat, c'est bien chez James Edward Deeds qu'il faut aller le chercher. Ce livre, cet album de croquis au charme puissant fut sauvé par un enfant qui l'exhuma d'une poubelle où il allait s'anéantir. Que ce soit un enfant qui se chargea de ce sauvetage doit nous convaincre de la mystérieuse complicité qui s'établit par l'esprit entre candides de tous âges.

 

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James Edward Deeds, States Attorney (verso), entre 1936 et 1966, mine de plomb et crayon de couleur sur papier, 23,5 x 21 cm, photo : Atelier de numérisation - Ville de Lausanne, Collection de l'Art Brut, Lausanne, ©2010 Electric Pencil Press

 

    Un véritable obsédé des plumes, cet extravagant Mr. Deeds, et pourquoi pas si l'on songe à l'extraordinaire pouvoir métamorphique de cet élément naturel...? Et ces yeux, ces yeux, entièrement baignés de la lumière des voyants, noyés de songes... Deeds tirait le portrait des gens qui l'entouraient, et des animaux aussi, certains peut-être vus à la faveur d'un cirque ayant débarqué dans sa campagne et qu'on avait laissé voir aux pauvres fous pour les distraire un peu. Il dessinait le tout dans une sorte de carnet de bord qui fait un peu penser au livre de croquis de Marguerite Bonnevay que j'ai chroniqué sur ce blog naguère.

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James Edward Deeds, sans titre (verso), entre 1936 et 1966, mine de plomb et crayon de couleur sur papier, 23,5 x 21 cm, photo : Atelier de numérisation - Ville de Lausanne, Collection de l'Art Brut, Lausanne, ©2010 Electric Pencil Press



14/04/2013

Jean-Louis Cerisier à la chasse aux muralistes de campagne

     C'est un peu tardif si vous aviez l'opportunité d'aller aujourd'hui au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval, mais ce ne l'est pas du point de vue de la stricte information.

      "Rendez-vous singulier" ce dimanche à 16h donc, pour assister à une conférence de Jean-Louis Cerisier, peintre singulier et naïf lavallois dont j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de parler ici.

     En parallèle de son travail de création, nous dit le laïus du musée, "il s’est intéressé dans les années 1900-2000 [sic] aux créations populaires dont est parsemé le territoire : fresques de village, œuvres dans les écoles, cafés décorés, art éphémère, se livrant à une véritable enquête en Mayenne et dans les Pays de la Loire à la recherche de ces créations insolites. Il livre aujourd’hui un aperçu du résultat de ses recherches. Une occasion unique de (re)découvrir le territoire à travers le regard de ses artistes anonymes". Il a d'ailleurs déjà donné l'occasion aux amateurs de se rendre compte de cette création, ici qualifiée un peu vite, il me semble, de "populaire" (ce qui l'assimile de fait à d'autres formes de création populaire comme l'art rustique, ou les environnements spontanés dont je parle souvent et introduit donc une certaine confusion dans l'esprit du public), dans la revue 303 (ancien rédacteur en chef Jacques Cailleteau), voir le n° 43 ( sur le peintre Beyel, un vrai naïf pour le coup, article intitulé "Origné ignoré, sur les traces du peintre Beyel", 1994), le n°57 (article "Mondes insolites et travaux artistiques: la Mayenne à l'œuvre", 1998) et le n°58 ("Mondes insolites et travaux artistiques: la Mayenne à l'oeuvre, seconde partie").

 

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Peinture murale de Beyel (1926) dans le café-tabac,alimentation d'Origné (Mayenne), ph. B. Renoux, extraite du n°43 de 303, 1993 ; ce peintre nomade et solitaire peignait, paraît-il en échange du gîte et du couvert

 

     Il compilait à cette occasion peintres naïfs locaux inconnus, auteurs de fresques dans des cafés (Beyel, André Thureau), créateur autodidacte d'un environnement brut (Céneré Hubert), peintres fresquistes régionaux au métier affirmé mais aux sujets un peu insolites (Tribus), fresquistes du dimanche aux limites de la peinture de croûte (Olivacce ; par ailleurs je sais Cerisier amateur de peintres inconnus de dépôts-vente comme un certain A.Labarde qui l'intrigue, à la limite de la peinture kitsch), créateur singulier célèbre (Robert Tatin), et peintre intellectuel mystique adepte de muralisme atypique (Xavier de Langlais). Nul doute cependant que dans ses recherches menées sans trop de discrimination (le tri viendra-t-il plus tard?), Jean-Louis prend tout ce qui vient, dans la mesure où la peinture de campagne l'interpelle, l'intrigue, et peut-être aussi lui rappelle quelqu'un qui ne serait pas si éloigné que cela de ses propres démarche et thématique personnelles... Voir par exemple la fresque ci-dessous qui ne va pas sans évoquer certaines de ses peintures.

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Jean-Louis Cerisier, façade à Nozay, Loire-Atlantique

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Jean-Louis Cerisier, Le port, 33 x 25 cm, 2010

 

      C'est cependant une excellente idée de sa part de se livrer à cet inventaire – parallèle au mien plus axé sur les créations en plein air d'autodidactes d'origine strictement populaire, non professionnels de l'art – des fresquistes et peintres régionaux dont les décorations sont perdues dans les campagnes de Mayenne et au delà (on pourrait les étendre à toute la France). On obtiendra sans doute à la fin un panorama de la création décorative provinciale qui irait du naïf absolu à l'intellectuel primitivisant, en passant par les artistes publicitaires semi amateurs et les peintres du dimanche imitant de loin les peintres d'église, en les mixant avec les artistes singuliers contre-culturels et alternatifs, quelque créateur brut étant admis au banquet pour que le panel soit complet, dans le désir de Jean-Louis Cerisier tout de même (c'est le sentiment que j'ai) de rassembler toutes ces créations sous la seule bannière de l'art. Ce qui à mon humble avis représente une position restrictive qui ne tient pas compte de l'explosion des barrières socialement admises générée par la reconnaissance des créateurs bruts, œuvrant hors système traditionnel des beaux-arts justement (j'y assimile ici les créateurs d'environnements spontanés). C'est la position seulement réformiste de Jean-Louis Cerisier vis-à-vis de l'art que je pointe là, que je distingue d'une position plus révolutionnaire sur laquelle je campe personnellement.

 

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A. Labarde, sans titre, sans date, coll. Jean-Louis Cerisier, ph. Bruno Montpied, 2009 ; on est ici à la limite de ce que les Américains appellent le Bad Art, tandis qu'en Europe, on parlerait plutôt de peintures de croûte, du type de celles qui végétent au fond des dépôts-vente (Labarde a d'ailleurs été repêché par Cerisier dans ces bric-à-brac), certaines oeuvres recélant cela dit un charme indéfinissable, aux limites du naïf, du raté, et de l'incongru...

 

05/04/2013

Sortie nationale de "Recoins" n°5...

    Ah, ça faisait longtemps qu'on l'attendait ce nouveau numéro des amis de l'Auvergne absolue. Art, belles-lettres et rockn'roll doivent être toujours au programme, I presume...? Je "présume" parce que le silence a été bien gardé jusqu'ici sur la statue qui ne paraît pouvoir être dévoilée que le jeudi 11 avril prochain à la Cale Sèche (je ne sais même pas ce que c'est que cette Cale Séche, où je présume, là encore, que cette cale ne reste pas longtemps séche et qu'il faudrait plutôt l'appeler la Rue de la Soif...) à partir de 19h... au 18 de la rue des Panoyaux dans le XXe arrondissement à Paris. Voir l'affiche ci-dessous.

 

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     Qu'y aura-t-il au sommaire? Eh bien, je présume, je présume, qu'il y aura au moins ma contribution, un article développé sur le site d'art brut étourdissant de Madame C. en Normandie, auteur décédé en 2009 qui a laissé un jardin étrange entourant une villa aux terrasses barricadées de voiles de ciment et autres silex et nains de jardin incrustés, tapissé en son for intérieur de murs ressemblant aux parois d'une grotte en dentelle de plâtre et papier mâché (on en a parlé dans Bricoleurs de paradis et dans Eloge des Jardins Anarchiques). Et il y aura sans doute aussi la suite du texte fort énigmatique de Régis Gayraud dont il avait entamé la publication dans le numéro 4. Et à part ça? Mystère et boules de gomme... François Puzenat est toujours l'émérite maquettiste de cette revue discrète et prometteuse. Emmanuel Boussuge et Franck Fiat en sont toujours quelques-uns des animateurs assoiffés. Rendez-vous jeudi donc pour en découvrir davantage...

Art brut à Brest, Abbé Fouré, Pèr Jaïn, Gilles Ehrmann et autres bricoleurs de paradis...

      Une manifestation nouvelle en Bretagne qui n'a, à ma connaissance, si loin en son cœur, que rarement montré de l'art brut va commencer le 5 avril à Brest. Cela s'intitule "L'art brut à l'ouest" – dans un beau pléonasme (assumé avec malice) car l'art brut en soi est naturellement à l'ouest – ensemble d'expositions et de représentations théâtrales prévues pour durer jusqu'au 29 juin.

 

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        L'événement convoque des documents concernant la création en plein air de l'abbé Fouré (les fameux "Rochers et bois sculptés" de cet ermite de Rothéneuf en Ille-et-Vilaine qui les sculpta entre 1894 et 1908, lui étant décédé en 1910), documents à base essentiellement de cartes postales et de reproductions d'articles de presse de l'époque que rassemble depuis quelque temps l'Association des Amis de l'Œuvre de l'abbé Fouré animée par Joëlle Jouneau. On se souviendra que j'ai moi-même documenté récemment dans la revue l'Or aux 13 îles n°1, en janvier 2010 (pour le centenaire de la disparition de l'abbé), l'ancien musée des bois sculptés que l'abbé avait créé dans le bourg dans son ermitage, à bonne distance de la côte où se trouvaient les rochers qu'il taillait à la belle saison, l'ermitage étant réservé pour les travaux d'hiver sur bois. Ces bois sculptés ont disparu par la suite dans les années 30 ou 40 dans des conditions restées mystérieuses. Ont seuls surnagé jusqu'à présent, parmi ces pièces en bois, quelques meubles sculptés, probablement ceux qui avaient quitté l'ermitage en 1910 après la vente aux enchères qui suivit la mort de l'abbé. Les rochers quant à eux se visitent toujours en dépit de leur grand état de dégradation. L'expo Fouré est prévue pour se tenir à la Bibliothèque d'Etude (22, rue Traverse à Brest, tél: 02 98 00 87 60).

 

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Pierre Jaïn, une sculpture dans son jardin encore en place en 1991, ph. Bruno Montpied

 

     Avec Fouré, sera présenté un autre "régional de l'étape", Pierre Jaïn (1904-1967), dit Pèr Jaïn dans la graphie bretonne, à l'initiative de son petit-neveu Benoït Jaïn, qui se consacre à défendre la mémoire de son aïeul depuis plusieurs années déjà (voir notamment les pièces qu'il avait prêtées à l'expo qu'avait organisée en 2001 l'association de Patricia Allio à Dol-de-Bretagne "L'art brut à l'ABRI"). Pierre Jaïn est bien connu des amateurs d'art brut qui se souviendront de la notice qui lui fut consacrée dans le fascicule n°10 de la collection de l'art brut en 1977 par le Dr. Pierre Maunoury (alias Joinul). Il fut sculpteur sur bois, pierre et os, les oeuvres sur ce dernier matériau ayant été peu conservées. La Collection de l'Art Brut à Lausanne en a conservé 9, la famille une douzaine (voir ici même la note que publia sur ce blog Benoît Jaïn en 2009). Il est connu aussi pour un petit orchestre de percussions bricolées qu'il avait installées à l'arrière de son jardin dans sa ferme à Kerlaz (voir ci-contre la photo qui fut publiée dans le fascicule n°10 de laCollection de l'Art Brut). Pierre-Jain-ASa-batterie,-p.jpg

     A côté de cette double exposition Fouré/Jaïn, on verra aussi dans un autre lieu, l'artothèque du musée des Beaux-Arts de Brest (24, rue Traverse, tél: 02 98 00 87 96), un panorama des photographies de Gilles Ehrmann consacrées aux "Inspirés" dans les années 50-60, photos qui donnèrent lieu à la publication du livre Les Inspirés et leurs demeures aux éditions du Temps en 1962. On pouvait y croiser Picassiette, l'abbé Fouré, Gaston Chaissac (qu'Ehrmann était allé voir avec Benjamin Péret en 1958, un an avant la disparition de ce dernier), Frédéric Séron, le meunier Louis Malachier, le pépiniériste Joseph Marmin (art topiaire), Hippolyte Massé, Alphonse Wallart, le Facteur Cheval et les "monstres de Bomarzo" en Italie.

     Gilles Ehrmann avec son livre de 62 se trouve à un bout de la chaîne bibliographique qui unit les auteurs de livres sur les habitants-paysagistes populaires, chaîne dont je suis le dernier maillon pour l'instant avec mon Eloge des Jardins Anarchiques paru en 2011. Comme ce dernier livre, ainsi que le film de Remy Ricordeau Bricoleurs de paradis, traitent de nombreux créateurs de l'ouest de la France, j'ai trouvé normal de les proposer à la présentation au cours d'une rencontre-débat le 20 avril à 14h30 à l'auditorium du musée des Beaux-Arts, histoire de ne pas laisser croire au public breton que l'art brut dans la région appartiendrait au passé. Il y aura donc une nouvelle projection à la suite de laquelle on pourra évoquer plus particulièrement les sites bretons, comme ceux d'Alexis Le Breton dans le Morbihan, de l'abbé Fouré à Rothéneuf, d'André Gourlet à Riec-sur-Belon, d'Yvette et Pierre Darcel dans la région briochine ou encore d'André M. dans la région d'Auray.

 

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Gilles Ehrmann, La maison à la sirène d'Hippolyte Massé, photo extraite des Inspirés et leurs demeures (1962)

 

     Un peu plus tard, du 23 mai au 30 juin, au Centre Atlantique de la Photographie (dans le Quartz), Brest invitera aussi un photographe plus contemporain, Mario Del Curto, pour ses portraits des Clandestins de l'art brut. Il y aura aussi divers petits événements relatifs au manège de Petit-Pierre qui sera présenté sous la forme d'une pièce de théâtre de Suzanne Lebeau au Quartz de Brest. Pour le programme complet et plus précis, on peut le feuilleter en cliquant sur le lien ci-dessous:

 http://issuu.com/bibliobrest/docs/art-brut-2013-brest-pro...   

    

23/03/2013

Fictions d'art brut à l'INHA et monstres de Josep Baqué aux enchères

     Pourquoi lier ces deux événements, d'une part la nouvelle rencontre du 30 mars prochain proposée  à l'INHA entre le CrAB et le collectif Marco Decorpéliada, et d'autre part la vente aux enchères de plusieurs lots de dessins de Josep Baqué (1895-1967) chez Ader le jeudi 11 avril?

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Josep Baqué, un de ses dessins à la vente aux enchères, site web d'Ader

 

    Peut-être à cause d'un point commun, la présence en arrière-plan de 'pataphysiciens (ou d'Oulipiens, ce qui est souvent la même chose il me semble), Marcel Benabou dans le collectif decorpéliadesque et la "Fond'Action Boris Vian" qui organisa autrefois une expo Josep Baqué, expo probablement en rapport avec l'article remarquable sur ce même personnage de Guy Ciancia et Françoise (ou Francine) Degand paru dans le n°1 de Viridis Candela, correspondancier du Collège de 'Pataphysique en octobre 2007.

 

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Les incroyables dessins de Josep Baqué, Hommes primitifs, vente aux enchères Ader

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Cet autoportrait est extrait du Correspondancier n°1 dont on voit la couverture plus haut 

     Il y a aussi que la rencontre prochaine du CrAB interroge diverses "fictions" qui ont pu se faire passer pour vies de créateurs bruts, avec les cas de Véreux (que je connais très mal), de Juva et ses silex "orientés" (voir ci-contre une reproduction tirée du fascicule de la collection de l'art brut où un chapitre lui est consacré),inha,crab,fictions d'art brut,supercheries,josep baqué,art brut,art immédiat,jusep torrés campalans,max aub,collège de 'pataphysique de Jules Penfac (canular monté par Michel Ragon qui déplut fortement à Gaston Chaissac qui y vit une cabale caricaturale montée aux dépens du rôle d'artiste bouseux qu'on voulait lui faire endosser) et donc de ce "Marco Decorpéliada" (on ne se lasse jamais d'écrire un tel nom). Inventer des auteurs d'art brut est bien sûr une façon d'éprouver le sens critique des amateurs. Si l'on arrive à asseoir la réputation "brute" d'une oeuvre produite par un auteur caché, en réalité habile et pétri de culture, ayant suivi un enseignement artistique qui plus est, on tourne en dérision un des aspects du concept d'art brut, un art surgi du néant, un art sans formation, sans culture. C'est tentant comme on le voit.

      Les 'pataphysiciens ont commis à l'occasion quelques supercheries à ce qu'il me semble (je ne suis pas un spécialiste, et encore moins de leur "Collège"), notamment lorsqu'ils ont fait croire à l'existence d'un certain Julien Torma, poète maudit des années 30 qui aurait dépassé les surréalistes par l'étendue et la portée de sa révolte. Il semble qu'en réalité ce fût Noël Arnaud qui le créa avec l'appui par la suite d'autres membres du Collège. Mais il est vrai que dans leur quête de nivellement des valeurs (ce qui est mon interprétation, eux parlent à propos de 'Pataphysique "d'une science du particulier, d'une science de l'exception"), grâce à laquelle le public ne verrait plus de différences du plus humble des créateurs populaires au plus notoire et reconnu des artistes (et pourquoi pas? au fond, c'est ma recherche personnelle aussi bien), les 'pataphysiciens n'ont jamais créé, à ma connaissance, de faux créateur d'art brut et qu'ils ont plutôt, tout au contraire, documenté de façon régulière plusieurs d'entre eux (Picassiette, l'abbé Paysant, Frédéric Séron, Camille Renault, plusieurs habitants-paysagistes par la plume de Marc Décimo dans ses Jardins de l'Art Brut paru il y a quelques années, etc.). 

inha,crab,fictions d'art brut,supercheries,josep baqué,art brut,art immédiat,jusep torrés campalans,max aub,collège de 'pataphysique      Le Josep Baqué qu'ils ont donc révélé en 2007, dont des dessins se trouvent désormais dans la Collection de l'Art Brut à Lausanne (celui ci-contre est reproduit dans le Correspondancier de 2007), me demandais-je, ne serait-il pas une de leur supercheries? Car c'est trop beau, il s'agit d'un gardien de la paix qui de 1932 à 1950 en Catalogne espagnole, à Barcelone, donc pendant la guerre civile notamment, aurait dessiné en cachette 1500 dessins montrant des monstres, des animaux improbables, des "hommes primitifs", le tout décliné en série comme dans les planches zoologiques ou botaniques, et avec un style étonnamment moderne (c'est-à-dire vraiment très proche de nous)...

 

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Couverture du livre de Max Aub publié en traduction (adaptation d'Alice et Pierre Gascar) chez Gallimard en 1961

 

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Le petit "catalogue d'exposition" inséré dans le livre d'Aub, avec un portrait imaginaire, un photomontage d'un côtoiement également imaginaire de Campalans avec Picasso (ci-dessous)

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       Sur le moment, j'avoue avoir pensé à une autre supercherie, celle qui fut fomentée par l'écrivain espagnol Max Aub, qui inventa un peintre nommé Campalans, lui aussi catalan, qui aurait connu Picasso à Paris, pour qui il inventa tout, une vie, une œuvre (avec des illustratons reproduites dans son livre), le présentant au début de son ouvrage comme retrouvé par hasard au Mexique... Mais finalement il semble que non, ce ne soit pas une supercherie, il y a un petit-neveu, une collection complète de dessins qui passe bientôt sous le feu des enchères (à un prix considérable, 100 000 à 150 000€..., peut-être parce qu'il s'agit de 1500 dessins et qu'on ne veut pas les séparer?). Alors? Qui se portera acquéreur de cet ensemble à l'abord fort agréable? Car ces monstres sont fort sympathiques et comme je l'ai dit, très modernes et si proches de notre époque.

 

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Josep Baqué, Planche 164, Poulpe à barbe blanche, reproduit dans Le Correspondancier n°1 

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Josep Baqué, monstre, extrait du site de vente aux enchères Ader

 

Pour acquérir le n°1 de Viridis Candela de 2007, il faut s'adresser (apparemment) à collegedepataphysique@laposte.net ou college.pataphysique@free.fr. Je dis apparemment car il semble qu'il y ait à présent, au moins sur la toile deux Collèges de 'Pataphysique...

 

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Josep Baqué, image sur le site d'Ader

 

17/03/2013

Rendez-vous à Masgot le samedi 30 mars à 17h...

      Avec le printemps qui va bien finir par arriver, retrouvons-nous au fin fond de la Creuse, dans ce cher hameau de Masgot, patrie du sculpteur François Michaud, pour une projection des Bricoleurs de paradis (le Gazouillis des éléphants), le film de Remy Ricordeau, que j'ai co-écrit avec lui (on commence à le savoir, mais je dis bien sûr ça pour ceusses qui débarqueraient).

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      Nous discuterons après la projection. La manifestation est à l'initiative de deux associations, celle des Amis de la Pierre qui veille plus particulièrement sur le devenir du site sculpté de Masgot, et celle des Maçons de la Creuse, animée entre autres par Roland Nicoux, qui s'intéresse de près à tout ce qui a trait à la vie et à l'œuvre des maçons creusois. Notamment à ce qu'ils peuvent créer à côté de leurs métiers, comme le dernier bulletin, n°15 (de juin 2011, en réalité de janvier 2013), édité par l'association le prouve assez du reste (j'y ai publié deux textes, l'un sur les environnements populaires avant le Facteur Cheval et l'autre, un texte sur les Montégudet, père et fils, inspirés creusois). On pourra acquérir ce numéro à l'occasion de cette projection, de même que seront disponibles quelques exemplaires de mon livre Eloge des Jardins anarchiques que je dédicacerai aux lecteurs intéressés.

23/02/2013

Un lien vers un dessinateur déchaîné

    Un de mes lecteurs m'a donné récemment en privé un lien vers le site d'une librairie intitulée L'amour qui bouquine, qui propose déjà tout un programme rien que dans son titre. Ce site a mis récemment en ligne la découverte récente d'une cinquantaine de dessins qu'elle range à la fois dans ce que l'on appelle les Curiosa, d'un euphémisme chargé de jeter un voile pudique sur des images lestes, mais aussi dans l'art brut. Parce que le dessinateur resté anonyme de ces croquis hauts en couleur d'obsédé conséquent paraît effectivement être un amateur et un autodidacte, ayant peut-être trop regardé divers illustrateurs, la librairie cite à raison Dubout par exemple (qui, s'il avait été l'auteur des dessins en question aurait eu un nom tout à fait prédestinant), ce qui devrait tout de même nous inciter à tempérer cette qualification d'art "brut". 

      Cela daterait peut-être des années 50. Comme je veux sur ce blog rester ouvert au plus large public (des enfants passent parfois par ici, et l'on ne manquerait pas de me morigéner d'importance si je leur soumettais ce genre de vues dites osées), je laisse au lecteur le soin de franchir les différentes portes qui se cachent sous cet amusant lien. (Merci à mon lecteur dont je tais le nom – à moins que ce dernier ne veuille le dévoiler, il me dira...).

PS: On regardera avec intérêt, en outre, les autres notes mises en ligne par l'auteur de ce site et en particulier celle du 27 novembre 2012 relative à 13 pointes sèches érotiques d'un auteur resté anonyme nous dit-on, dont le style s'apparente à celui de l'Armand Goupil dont j'ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog. Si cela était avéré, on tiendrait là une œuvre érotique de la plus belle audace de la part de notre peintre. Notre libraire date ces gravures des années 30-40. Mais rappelons que Goupil créa surtout dans les années 50-60. Les gravures reproduites ne comportent aucune signature, aucun monogramme, alors que Goupil aimait bien laisser ces derniers au bas de ses dessins et peintures au contraire. Mais l'audace du sujet expliquerait facilement qu'il ait préféré laisser ces œuvres chaudes sans en endosser clairement la paternité. 

 

12/02/2013

Sur le catalogue de "La Création Franche s'emballe! (Itinérance d'une collection insoumise)"

     Avec la première exposition prévue pour être itinérante, a priori dans la région Aquitaine aux dernières nouvelles, d'une partie de la Collection du Musée de la Création Franche à Bègles (elle se termine  le 14 février, soit dans deux jours), réalisée en collaboration avec des étudiants en master professionnel Régie des Œuvres et Médiation de l'Architecture et du Patrimoine de l'université talençaise Michel de Montaigne, est paru un catalogue où l'on retrouve une discussion fort instructive à propos du projet qui fut celui de Gérard Sendrey, le principal initiateur du musée.

 

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Portrait de Gérard Sendrey (assez semblable à un clergyman ce jour-là...), sur le seuil du musée de la Création Franche à Bègles, 1997, ph. Bruno Montpied

 

    Je ne ferai pas mystère, moi qui ai toujours été franc avec lui (au point de commencer dans mes tout premiers rapports épistolaires en 1988 – et non pas en 1990, comme il le dit dans la discussion ci-dessus évoquée ; c'est lui qui m'écrivis le premier, le 24 septembre 1988, alors qu'il venait de créer sa galerie Imago dans une petite maison à côté de la mairie de Bègles, il cherchait alors des adresses, des créateurs, ce que je n'hésitai pas à lui fournir sur le champ – au point de commencer, donc, par me disputer avec lui, à deux doigts de nous brouiller même), je ne ferai pas mystère que j'ai toujours trouvé la prose de Gérard extrêmement touffue, labyrinthique et pour tout dire de façon plus abrupte (l'art abrupt, ça existe aussi!), assez lourde en somme. Je ne pense pas que, parmi tous les médiums qui se soient proposés à lui, ce soit dans l'écriture que Gérard Sendrey se sente le plus à l'aise. Par contre, dès que  l'on publie des propos de Gérard, des discussions, des interviews (non trop réécrites par lui), des paroles, on trouve un Sendrey parlant plus clair et franc, ce qui donne une immédiate assise à ses propos. C'est ce qui se passe dans le débat avec divers intervenants qui est publié dans ce catalogue. On  tient là (enfin, serais-je tenté de dire) une véritable profession de foi, faisant office de manifeste et de définition de la création franche, qui pourra servir dans le futur.

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Gérard Sendrey, portrait de Marie, 50x32 cm, 2003, coll. BM

       A bien lire et écouter Sendrey, on comprend que ce terme de Création Franche recouvre un ensemble de créations très variées que l'on ne peut identifier avec l'Art Brut, comme certains dans ce débat tentent de l'instiller (je pense notamment au "maître de conférence" spécialisé en histoire de l'art contemporain à l'université Michel de Montaigne, Richard Leeman, qui pense que l'on devrait utiliser les termes d'Art Brut au sens galvaudé par les journalistes et les ignorants du corpus, de manière à l'appliquer tout uniment à l'ensemble de la collection de la Création Franche : bel exemple de manque de rigueur – on a pourtant affaire à un enseignant). Il insiste aussi sur la distinction nécessaire à faire entre artistes et créateurs, ou auteurs "francs" (cet adjectif signifiant avant tout "libres", "indépendants" pour lui), ce que ses auditeurs ne paraissent pas toujours intégrer du reste... Ce qui n'a rien d'étonnant, étant donné la mode actuelle qui cherche à amalgamer l'art brut, les créations marginales, produits par des personnes extérieures au monde des Beaux-Arts, avec le reste de l'art contemporain produit par des professionnels. Cela Sendrey ne l'évoque pas, se plaçant plutôt... sur un terrain anthropologique disons.

     On sent bien à travers ses réponses aux diverses questions qui lui sont posées que Gérard Sendrey a été préoccupé avant tout de rassembler à côté de sa propre recherche (à la manière d'un Dubuffet dont il est visiblement imprégné mais qui collectionnait des créateurs nettement moins communicatifs), toute une série de créateurs possédés par leur inspiration, créant sans souci impérieux de reconnaissance, des Naïfs, des Surréalistes contemporains, des Bruts, des handicapés mentaux, des personnes écorchées, des auteurs issus des couches populaires, etc. Son projet se rapprocherait davantage d'une vision d'un art outsider que d'un art brut.  Le curseur ne se déplaçant jamais du côté du conceptuel, des vidéastes, des amateurs de performance, de "happenings", etc. parce qu'il reste profondément attaché à la création qui est avant tout plastique. La notion de partage entre l'auteur et le public est également réaffirmée par Sendrey, ce point à lui seul distinguant la création franche de l'art brut, production de personnes nettement plus introverties.

 

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Bruno Montpied, Par la porte des feuilles, 38x46cm (8F), technique mixte sur carton entoilé, 2004, collection du Musée de la Création Franche 

 

     Pour conclure cette note qui se doit de rester circonscrite, je souhaite apporter une précision quant à un faux souvenir qu'il émet page 23 du catalogue (en face d'une reproduction bien sombre d'un tableau à moi faisant partie du musée, voir ci-dessous). Gérard évoque la fondation de la revue Création Franche en 1990 et dit que c'est moi, Joe Ryczko et Jean-Louis Lanoux qui sommes venus le voir pour l'inciter à créer une revue. Il commet ici une erreur à mon avis. Les trois qui l'incitèrent furent plutôt Jean-François Maurice, Ryczko et Lanoux. Je parlais certes, parallèlement, avec lui dans nos courriers depuis nos premiers contacts en 1988 de l'idée de faire une revue sur les arts spontanés (Raw Vision venait d'apparaître dans le monde anglo-saxon, son premier numéro sortit au printemps 89, tandis que je rêvais depuis plusieurs années d'une revue sur les mêmes sujets qui aurait paru en France). Mais les trois que j'ai cités plus haut vinrent le voir sans m'en parler, à part Ryczko (bien que j'aie aidé à mettre toutes ces personnes en contact les unes avec les autres ; contrairement à ce qu'affirme  Sendrey, nous nous connaissions bien tous...). L'un d'eux, comme je m'en suis déjà ouvert dans une note précédente, m'écartait comme un individu difficile à gérer... La revue ne fut pas donc initiée par moi, je refusais de participer aux deux premiers numéros tant que l'individu qui m'évinçait comme membre du comité de rédaction serait directeur de la publication. Ce n'est que lorsque cet individu fut écarté du poste, que j'acceptai de participer à la revue. L'avenir prouva que ma supposée ingérabilité était largement imaginaire. On avait utilisé l'argument, à mon humble avis, par un réflexe de banale et mesquine jalousie.   

05/02/2013

Le gagnant du quizz des vedettes de Guy Brunet

    Il était temps de proclamer les résultats de notre jeu de début d'année. Cela commence à ruer dans les brancards du côté des joueurs. Alors voici tout d'abord les noms des stars qu'il fallait reconnaître: 1. Jane Birkin, 2. Danielle Darrieux, 3. Romy Schneider, 4. Catherine Deneuve, 5. Micheline Presle, 6. Paul Meurisse, 7. John Wayne, 8. Burt Lancaster.

 

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Chatherine  Deneuve et ses collègues chez Guy Brunet, ph Bruno Montpied, 2012

     J-C. et C.B. étaient bien partis pour les quatre premiers mais ont fléchi sur les trois suivants avant de se reprendre sur le dernier, mais cela n'a pas suffi. Luc M. de Rézé a participé ensuite, tout au plus en effet... Emmanuel Boussuge comme J-C. et C.B. était bien parti et s'est effondré ensuite, malgré Presle et Lancaster reconnus (ce n'est pas facile pour la délicieuse Micheline Presle qu'on a tendance à oublier, à tort), il a accumulé trois erreurs rédhibitoires. Darnish a fait trois fautes (et demi), voyant une Brigitte Bardot à la place d'une Jane Birkin (mais il y eut interchangeabilité entre les deux à un moment dans la vraie vie, alors il n'était pas loin). Il y a eu aussi un autre joueur (Cosmo?), mais son commentaire a été malencontreusement effacé par ma maladresse (contacté, il n'a pas renvoyé ses réponses, qui de toute manière étaient entachées de trop d'erreurs).

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Elizabeth Taylor et ses copines, chez Guy Brunet, ph BM, 2012 

      Non, celui qui a fait le moins de fautes, seulement une, Simone Valère (qui se souvient encore d'elle pourtant? Seulement Spiritobono!) au lieu de Romy Schneider, c'est le sus-nommé Spiritobono à qui je dois maintenant annoncer en privé son succès, si d'aventure il ne croisait pas sur ce blog. Oui, il est bon physionomiste, et plus que cela, il sait lire du Guy Brunet dans le texte! Il gagne donc un catalogue de la collection de l'Art Brut (à signaler que les seconds, par ordre d'arrivée, sont J-C. et C.B., suivis en troisième position par Emmanuel Boussuge, ceci dit au cas où le gagant ne se manifesterait pas pour recevoir son lot...). 

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Acteurs et producteurs anglais et américains, Woody Allen, Hitchcock, Von Stroheim... Chez Guy Brunet, ph BM, 2012

04/02/2013

Le Fol de Chaillot, Gérald Stehr étend son linge au Palais, Thibaud Thiercelin jouant les bonus

   Gérald Stehr a une imagination picturalo-littéraire étourdissante. J'en reste à chaque fois plus baba. Voici qu'il va exposer ses "Homo Rorschachiens", des peintures bleues sur toile tout en hauteur (voir illustrations ci-dessous) comme on étend son linge, dit-il plaisamment, au Palais de Chaillot, invité par le chorégraphe Alban Richard. Le vernissage de l'expo aura lieu le 13 février prochain, à partir de 21h30, après la première de Pléiades, la chorégraphie de ce dernier montée sur une partition pour percussions de Iannis Xenakis.

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Gérald Stehr, une des planches d'Homo Rorschachiens

        Il a intitulé cette présentation " Le septième voyage de Gérald", prévue pour durer à peine dix jours, du 13 au 23 seulement aux heures ouvrables de Chaillot (mais curieusement sur le site de ce dernier, l'expo est intitulée "Les variations de la figure"). Il y aura une section de 72 Homo Rorschachiens (le groupe entier en compte 144). Pourquoi "Rorschachiens"? Parce que Gérald Stehr depuis des années travaille les taches et les empreintes, avec pliage à la manière des tests de Rorschach (du nom du psychiatre qui les inventa en 1921 pour soigner ses malades, en s'inspirant de jeux graphiques qui avaient déjà au XIXe siècle une longue tradition derrière eux).Le véritable test de Rorschach001.jpg Il produit par des aller-retours continuels entre expérimentations et interprétations toute une smala de personnages plus incroyables les uns que les autres, extrêmement impressionnants je dois dire. Il devrait logiquement frapper l'imagination de beaucoup, si les petits cochons ne le mangent pas d'ici là (pourquoi ne lui a-t-on pas proposé d'exposer davantage depuis le temps? C'est un des grands mystères de ce temps, la cécité de nos médiateurs professionnels). 

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Gérlad Stehr

     Avec Gérald Stehr, exposera également Thibaud Thiercelin, un de ses complices, avec 4 modestes toiles (de 2 x 2 m tout de même). Voir ci-dessous. Avis donc aux amateurs, voici encore une expo à ne pas manquer.

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Thibaud Thiercelin, Mes Îles, 2 x 2 m

27/01/2013

Rêve sur rue

    Donc, l'action de rêver en vitrine a bien eu lieu. Je n'ai pas d'information pour le moment sur ce que cela a donné. Voici quelques photos prises le jeudi 24 janvier. A la tête du dormeur équipé d'un bandeau oculaire et de boules Quiès, enfoncé dans une chaude couette écarlate, on voit que des textes ont été produits, tandis que les deux numéros de la revue qui accueillit ce rêveur en performances, l'Or aux 13 îles, se tiennent en sentinelles près du rêveur. Amusante coïncidence, l'après-midi où je suis passé, à quelques mètres de la vitrine au dormeur, était garé un camion de déménagement exhibant en trompe-l'œil une charmante baigneuse faisant ses ablutions moussantes en lisière de rue elle aussi. L'esprit du dedans-dehors soufflait fort ce jour-là, rue Dauphine...

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Virgile Novarina l'intrigant dormeur de l'Inlassable Galerie, jeudi 24 vers 15h, ph Bruno Montpied

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Plus près...

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On peut lire le texte récemment produit à un réveil: "Pour une femme téléchargée, vous êtes bienveillante..."

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Se baigner ou rêver devant tout un chacun, l'imaginaire qui tend à devenir réel

 

26/01/2013

Mes récentes publications (Info-Miettes n°21 bien narcissiques car centrées sur ma pomme)

"Art populaire et art brut, quelques exemples de comparaison", Actes I du séminaire sur l'art brut 2010-2011, dirigé par Barbara Saforova, éditions ABCD, 2012

 Actes I Séminaire B Safarova001.jpg    J'ai participé à ce séminaire qui se déroule dans les locaux du Collège International de Philosophie afin de présenter quelques éléments pemettant de mettre en regard art brut et art populaire insolite. Le but était de tenter de mettre en lumière à quel point, tout au moins pour une bonne part des collections d'art brut de Dubuffet transférées à Lausanne, l'art brut recélait des œuvres dont le style et les sujets étaient visiblement proches ou dérivés, malgré des ruptures, d'œuvres faisant partie des corpus de l'art populaire des campagnes d'autrefois. Comme je l'ai dit (briévement) dans mon intervention (dont le texte est donc paru dans ses Actes I publié l'année dernière), cette couleur populaire des collections était apparente surtout dans les premières décennies de la collection (commencée comme on sait vers 1945).

      Depuis quelque temps, l'art brut tend à être redéfini dans différents travaux, notamment ceux de la directrice de ce séminaire Barbara Safarova, travaux qui insistent sur la dimension transgressive de l'art brut, détachée de tout souci de communication, quasi volcanique, se limitant à la matière pure du signe. Le rapport à la culture, à une présupposée absence de culture (même seulement artistique), est moins abordé désormais. L'aspect sociologique est beaucoup moins présent (l'aspect de démocratie directe dans l'art n'intéresse pas les commentateurs actuels, peu politiques). On se concentre désormais davantage sur le côté anthropologique (comme le fait par exemple dans ces Actes une Céline Delavaux) ou esthétique des productions de l'art brut (voire poétique, comme le fait l'assez délirant Manuel Anceau, toujours un peu à la limite de la voyance).

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Une page d'illustrations de "Art populaire et art brut, quelques éléments de comparaison", intervention de Bruno Montpied, p.77 (de haut en bas et de gauche à droite, Thuilant, Forestier, un anonyme au De Gaulle membré -voir sur ce blog-, Müller et Leclercq)

      Au sommaire de ces Actes I, on retrouve outre mon texte, illustré d'oeuvres comme les autres contributions (le tout édité avec le goût extrême que l'on reconnaît à chaque publication de l'Association ABCD, et je vous prie de croire que je ne leur fais pas de la léche), des interventions de Philippe Dagen sur Marcel Réja, de Céline Delavaux sur une réaffirmation qu'il ne faut pas limiter l'art brut à l'art des fous, de Baptiste Brun qui revient sur la notion d'homme du commun mise en avant par Dubuffet au début de ses recherches d'après-guerre, de Lise Maurer sur Laure Pigeon, de Béatrice Steiner (avec des illustrations montrant d'intéressantes oeuvres – je ne parle pas ici de celles de Serge Sauphar, assez mièvres, mais plutôt de celles d'un Adrien Martias – venues des archives de la section du patrimoine de la Société Française de Psycho-pathologie de l'Expression et d'Art-Thérapie)  et enfin de Manuel Anceau interrogeant "L'art brut: une contre-culture?", mais ne répondant pas vraiment à la question, préférant céder à une dérive au fil de la plume, basculant la plupart du temps en termes abscons et se révélant à d'autres moments capables de traits de lumière, comme dans l'envolée finale de son texte  où il cite une nouvelle de Philippe K. Dick dont le propos devient un beau symbole de ce que peut représenter l'art brut.

Actes I, séminaire sur l'art brut, "De quoi parle l'art brut?", dirigé par Barbara Safarova, 2010-2011, 160 p., 29€, éd.ABCD, sd, 2012. Disponible en vente à la librairie de la Halle Saint-Pierre, à la galerie ABCD, 12, rue Voltaire à Montreuil, et à la Collection de l'Art Brut à Lausanne. Voir également le site d'ABCD. A signaler en outre que la galerie de Montreuil est ouverte en ce moment pour l'exposition "Voodoo Chile" consacrée à J-B.Murray et Mary T.Smith le samedi et le dimanche de 12h à 19h jusqu'au 17 mars.

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Cinéscopie n°26, 2012: BM, "Brunius, un cinéaste surréaliste en DVD"

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     Bon, je vais pas la ramener trop encore sur Jacques Brunius, parce que j'en ai déjà abondamment parlé dans cette colonne de notes sans fin (ou presque). Le compte-rendu que j'ai publié dans la revue ci-dessus citée, en juin 2012, est une reprise de la note qui a paru ici même et qui est donc désormais aussi fixée sur papier (car les blogs durent ce que durent les fleurs, en un peu plus longtemps seulement...). A noter que cette revue destinée aux fondus de cinéma amateur, notamment Super 8, animée par un passionné fort sympathique, par ailleurs dessinateur autodidacte de grand talent (voir ci-dessous un de ses dessins), Michel Gasqui (alias Migas Chelsky), s'est aussi intéressée aux Bricoleurs de Paradis entre autres pour mes films Super 8 des années 1980 qui se retrouvent dans les bonus du DVD paru avec mon livre Eloge des Jardins Anarchiques, et dans certaines des incrustations du film.

 

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Migas Chelsky, Bidule 1

Pour obtenir Cinéscopie, voir le blog http://cinescopie.unblog.fr/

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Création Franche n°37, décembre 2012, BM: "Bernard Jugie, un petit musée à usage interne"

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     Autre découverte que j'ai faite l'été dernier, avec la maison Péridier et autres merveilles dont je devrais bientôt parler, voici un petit article, avec de belles photos en couleur, bien imprimées (j'en suis très fier, si, si) sur un créateur populaire à la retraite, Bernard Jugie.B.Jugie-dans-son-petit-musé.jpg Je l'avais repéré en passant un jour par Billom dans le Puy-de-Dôme, du moins n'avais-je entraperçu que des petits décors naïfs placés au-dessus d'une porte et d'une fenêtre en rez-de-chaussée. J'ai attendu deux ans pour faire le tour du petit musée qui se cachait à l'étage. Quelques merveilles nous y attendaient moi et les deux camarades de dérive de cet été-là. Dont certaines se retrouvent ainsi photographiées et en pleine page dans ce dernier numéro de Création Franche. C'est la révélation d'un attachant créateur populaire caché au fond de l'Auvergne.

 

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Une des pages consacrées au petit musée de Bernard Jugie, Création Franche n°37

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Bernard Jugie, un renard taillé dans de l'aggloméré, coll. et photo inédite BM, 2012

       A noter au sommaire de cette livraison d'autres contributions de Gérard Sendrey sur "Lucie M. dite de Syracuse", de Bernard Chevassu sur Christian Guillaud, de Joe Ryczko sur un "Monsieur Grosjean, constructeur d'automobiles en chambre", un projet des étudiants de l'association Campus dynamique sur une prochaine exposition du musée de la Création Franche hors les murs ("La Création Franche s'emballe! Itinérance d'une collection insoumise", du 4 au 14 février 2013 au Bâtiment 20 des Terres Neuves aux lisières de Bordeaux et de Bègles, première étape d'une exposition d'une centaine d'œuvres de la collection qui devrait partir en balade, nous dit-on, excellente initiative...), un texte de Pascale Marini sur Aloïse et Dubuffet et aussi des contributions de Paul Duchein sur Labelle et Dino Menozzi sur Enrico Benassi.

 

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On reconnaît sur cette affiche un masque de Simone Le Carré-Galimard

La revue est disponible au musée ou en écrivant au contact du site web du musée.

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Les Maçons de la Creuse, bulletin de liaison n°15, daté juin 2011 (en réalité imprimé et disponible en janvier 2013), avec deux textes de BM: "François Michaud n'était pas seul, quelques exemples d'environnements populaires créés avant le Palais Idéal du Facteur Cheval" et "La dynastie des Montégudet, inspirés de père en fils"

 

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     Dans ce bulletin, le deuxième texte sur les Montégudet, je l'avoue sans peine, est  le même que celui publié dans mon livre Eloge des Jardins Anarchiques (qui lui-même était dérivé des notes parues sur ce blog...). Il est cependant mis en page différemment et comporte des photos supplémentaires inédites du petit musée privé de René et Yvette Montégudet, descendants et continuateurs de Ludovic Montégudet l'ancien maire de la commune creusoise de Lépinas qui avait créé un espace ludique et poétique avec statues et divertissements variés autour de son étang.

    Le premier texte quant à lui, "François Michaud n'était pas seul", est par contre une amplification d'un texte précédent paru dans Création Franche n°28 en 2007 (« François Michaud et les autres, quelques exemples d’environnements populaires sculptés avant le Palais Idéal du facteur Cheval »). De nouvelles photos inédites et des paragraphes nouveaux évoquent quelques sites anciens ayant précédé les Facteur Cheval, abbé Fouré ou abbé Paysant. Par exemple les statues du sabotier Jean Molette auteur dans les monts du Lyonnais d'une œuvre naïve, taillée dans la pierre et le bois, tout à fait remarquable. Il fit des Napoléon, Ier et IIIe du nom, une immense Madone, une fontaine ornée d'un écu et de lions, des croix de chemin, le tout en plein air (certains restaurés par les architectes des Monuments Historiques, car ils sont classés à l'Inventaire). Ce bulletin me permet aussi de présenter un extraordinaire panneau sculpté du même Molette – en 1854, excusez du peu... –, parfaitement inédit jusqu'à présent, consacré à la gloire de l'Empereur Napoléon III dont ce sabotier était raide dingue (comme François Michaud le tailleur de pierre de la Creuse dont mon article le rapproche). "Le Tableau des Souverains de France" étant le titre de l'œuvre de Molette entièrement vouée à chanter les louanges impériales (Napoléon III est représenté à cheval entouré de 78 médailles chargées de figurer les rois de France que l'Empereur surclasse selon l'auteur). Ce bas-relief fut longtemps conservé dans les archives locales jusqu'à ce qu'il parte chez les brocanteurs à une date récente, et de là dans une collection privée parisienne. Ces représentations naïves et populaires de Napoléon correspondent au regain de bonapartisme que l'on put observer dans diverses campagnes auour de 1852 en France lors du retour au pouvoir d'un Bonaparte. On trouve maintes références à cette napoléonimania, qui ressemble à un culte, sous la forme de statuettes ou d'imagerie, voire de fresques.

 

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Le Napoléon Ier et le panneau sculptés par Jean Molette, et autres décors situés en plein air avant le Palais Idéal... Les Maçons de la Creuse n°15, pages de l'article de BM

 

      Dans ce bulletin, je donne un autre exemple de décor napoléonolâtre photographié (là aussi, c'est complètement inédit) dans le Puy-de-Dôme près de La Tour d'Auvergne (voir ci-dessus). D'autres décors sculptés sur des maisons rurales du Cantal, que m'avait naguère signalés Emmanuel Boussuge sont également présents dans le numéro. Par ailleurs, l'article est flanqué d'encarts dus à la rédaction du bulletin (Roland Nicoux) et de nombreuses photos qui ajoutent de précieux renseignements sur les sculptures de François Michaud à Masgot. L'édition du livre que nous avions fait à plusieurs en 1993 sur ce créateur précurseur des environnements bruts et naïfs du XXe siècle aux éditions Lucien Souny étant désormais épuisée, ces précisions et photos sur Michaud viennent redonner un peu de lumière au sujet.

 

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Raymond Arthur, arrière-petit-fils de François Michaud, sur le seuil de sa maison en 2009, ph. BM

 

      J'en profite pour signaler également ici la disparition récente de Raymond Arthur dans sa 92e année, l'arrière petit-fils de François Michaud qui avait pieusement conservé l'œuvre de son aïeul et soutint le travail de médiation et de mise en valeur du site par l'association des Amis de la Pierre basée sur la commune (Fransèches, son président est le maire, M. Delprato), tout en livrant les souvenirs qui lui restaient à propos de son ancêtre (c'est à lui que l'on doit de connaître le surnom qu'avait Michaud auprès de ses concitoyens, "Navette"). Il fut le véritable passeur entre son aïeul et les générations actuelles, en même temps que l'ardent défenseur du patrimoine bâti et sculpté de son village.  

Pour se procurer ce bulletin n°15, il faut écrire à: Les Maçons de la Creuse, 2, Petite Rue du Clocher, 23500 Felletin. Tél 05 55 66 90 81 ou 05 55 66 86 37. Lebulletin vaut 19€.

22/01/2013

D'autres bonhommes neigeux signés Darnish et Samantha

    "Grands esprits" se rencontrant avec mes fanto-bonhommes, sur les bords de fenêtres s'entend, sans qu'on se soit consulté, Darnish et Samantha façonnaient eux aussi à peu près au même moment que moi des petits personnages glacés, cette fois à Rennes, pas plus épargnée par la neige que Paris. Ce sont des autoportraits, me disent-ils. Je leur trouve un côté un peu japonais.

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Autoportraits en neige, Darnish et Samantha, photo Samantha, 2013

20/01/2013

Fanto-bonhommes de neige

      Max T. ne m'envoie plus de photos de ses bonshommes de neige, alors je prends le relais. Sur le bord de ma fenêtre, se sont dressés des petits personnages aux bras écartés qui avaient simultanément tout l'air d'être aussi des fantômes. Ils paraissaient cogner à la vitre pour que je leur ouvre. Mais moi, sans pitié, je les ai laissés à leur glaciale atmosphère. J'ai assez de revenants en moi. 

    Ce sont de bons exemples d'art immédiat et éphémère en tout cas, qui ne sont pas de mon seul ressort, si l'on s'en réfère à l'espèce de Père Ubu écroulé sur le capot d'une voiture rue de Nevers, hier, et reproduit ci-après.

 

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Fanto-bonhomme de neige, photo et façonnage Bruno Montpied, 19 janvier 2013

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Deuxième mini bonhomme de neige, ph. et façonnage BM, 20 janvier 2013

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Rue de Nevers, 19 janvier 2013 (les petites canailles à droite ne sont pas les auteurs), ph BM

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Le même, passablement écroulé, ph BM

13/01/2013

J'expose avec "l'Or aux 13 îles" à l'Inlassable Galerie

Cette note contient une mise à jour du 14 janvier 

    C'est pour bientôt, dans une galerie que je ne connaissais pas, l'Inlassable Galerie, divisée en deux parties, une où le public entre, au 13 bis, rue de Nevers (une des rues les plus étroites de Paris, digne d'une nouvelle de Jean Ray), et une autre cachée derrière une vitrine au n°18 de la rue Dauphine, le tout dans le VIe ardt à Paris, à deux pas de la rue Guénégaud, dans le quartier des galeries de la Rive Gauche. C'est une galerie, je le souligne, qui ouvre sur RENDEZ-VOUS (tél: 0620994117 ou 0671882114), en dehors du jour de vernissage s'entend, et l'après-midi de 14h à 20h tous les jours, même le dimanche.

      La revue de Jean-Christophe Belotti, L'Or aux 13 îles,l'or aux 13 îles,jean-christophe belotti,l'inlassable galerie,abbé fouré,ermite de rothéneuf,bruno montpied,art immédiat,art singulier,surréalsime,josette exandier,jean-pierre paraggio,pierre bérenger,pierre-louis martin,charles cako boussion,jan svankmajer,georges-henri morin,nicole espagnol,diego et mauro placi,françois sarhan,mélanie delattre-vogt,virgile novarina,rêve en public dont j'ai déjà plusieurs fois parlé ici (pour y avoir publié dans ses deux premiers numéros un dossier sur l'abbé Fouré et ses bois sculptés et un dossier sur une sélection d'art immédiat),l'or aux 13 îles,jean-christophe belotti,l'inlassable galerie,abbé fouré,ermite de rothéneuf,bruno montpied,art immédiat,art singulier,surréalsime,josette exandier,jean-pierre paraggio,pierre bérenger,pierre-louis martin,charles cako boussion,jan svankmajer,georges-henri morin,nicole espagnol,diego et mauro placi,françois sarhan,mélanie delattre-vogt,virgile novarina,rêve en public présente quelques créateurs dans une ambiance de cabinet de curiosités de façon à attirer de nouveau quelque peu l'attention sur ce qui se joue en elle et autour d'elle.

 

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Sur le verso de l'invitation ci-dessus, on retrouve une image de Jean-Pierre Paraggio

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 Bruno Montpied, La chamane entre en danse par le charleston, 43x30 cm, 2010 (un des trois dessins que j'exposerai, les deux autres s'intitulant le Charrieur et l'Idéaliste emplumé)

      Cela ira des dessins d'un enfant de 7 ans, Alexandre Cattin, récente découverte de Mauro Placi qui en parlera plus largement dans le futur n°3 de la revue de Jean-Christophe, jusqu'à divers artistes surréalistes comme Jan Svankmajer (présent sous forme d'affiches),l'or aux 13 îles,jean-christophe belotti,l'inlassable galerie,abbé fouré,ermite de rothéneuf,bruno montpied,art immédiat,art singulier,surréalsime,josette exandier,jean-pierre paraggio,pierre bérenger,pierre-louis martin,charles cako boussion,jan svankmajer,georges-henri morin,nicole espagnol,diego et mauro placi,françois sarhan,mélanie delattre-vogt,virgile novarina,rêve en public Jean Terrossian, Nicole Espagnol, Georges-Henri Morin, Josette Exandier, ou Alan Glass (dont Jean-Christophe présentera des photos des assemblages), en passant par des créateurs plus "singuliers" comme moi (j'exposerai trois dessins d'environ 40x30 cm), ou Charles Cako Boussion (voir ill. ci-contre),l'or aux 13 îles,jean-christophe belotti,l'inlassable galerie,abbé fouré,ermite de rothéneuf,bruno montpied,art immédiat,art singulier,surréalsime,josette exandier,jean-pierre paraggio,pierre bérenger,pierre-louis martin,charles cako boussion,jan svankmajer,georges-henri morin,nicole espagnol,diego et mauro placi,françois sarhan,mélanie delattre-vogt,virgile novarina,rêve en public des photographies (Pierre Bérenger, Pierre-Louis Martin, Diego Placi, Alexandre Fatta - un commentateur habitué de mon blog, celui-ci - des cartes postales anciennes de l'Ermite de Rothéneuf - en provenance de ma collection - plus deux de mes photos montrant le site de l'abbé de nos jours), des créateurs héritiers de l'inspiration surréaliste comme Jean-Pierre Paraggio, Guylaine Bourbon, ou encore Jean-Christophe Belotti qui exposera à cette occasion certains de ses collages.

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Pierre-Louis Martin, sans titre, photographie (exposée à cette occasion), vers 1996

 

     Des artistes dont je connais moins le travail seront également présents, Mélanie Delattre-Vogt (voir le n°2 de l'Or aux 13 îles et image en noir et blanc ci-dessous), François Sarhan (artiste ayant plus d'une corde à son arc apparemment), Claude Variéras, et le poète Mauro Placi venu tout spécialement d'Helvétie.l'or aux 13 îles,jean-christophe belotti,l'inlassable galerie,abbé fouré,ermite de rothéneuf,bruno montpied,art immédiat,art singulier,surréalsime,josette exandier,jean-pierre paraggio,pierre bérenger,pierre-louis martin,charles cako boussion,jan svankmajer,georges-henri morin,nicole espagnol,diego et mauro placi,françois sarhan,mélanie delattre-vogt,virgile novarina,rêve en public L'idée générale, on l'aura compris, est de rendre hommage à l'ensemble de ce qui a été présenté dans la revue depuis ses débuts en 2010.

      Petite expérience appelée peut-être à grandement intriguer les passants de la rue Dauphine qui y circuleront entre 9h et 18h, derrière la vitrine du n°18 on pourra également voir Virgile Novarina se livrer, de façon diurne donc et devant les passants, à un sommeil destiné à provoquer des rêves qu'il notera et publiera peut-être à l'occasion (voir le n°2 de la revue où l'on parle de ses expériences précédentes). La "performance" en question aura lieu du 21 au 26 janvier. Autour de lui seront exposés différents éléments liés à la revue L'Or aux 13 îles.

 

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La vitrine attendant la performance onirique de Virgile Novarina 

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       Le vernissage, en même temps que le début de l'exposition, sont donc prévus pour le jeudi 17 janvier, et tous les lecteurs du Poignard Subtil sont bien entendu cordialement invités. La manifestation se déroulera jusqu'au 5 février 2013 (ouverture sur rendez-vous, téléphonique ou par mail, je le répète).

11/01/2013

Une orgie de colloques et de séminaires

     Et c'est reparti pour les conférences, colloques et autres séminaires où l'on veut tourner et retourner la question de l'art brut avec conséquence –imprévue?– de le cuire et recuire à l'infini. Cela risque de devenir immangeable à la longue, comme on s'en doute.beefsteack.jpg

     Cependant, on en apprend toujours au tournant de quelques phrases, devant telle ou telle image montrée par le conférencier, ou bien dans la friction de tels ou tels intervenants amenés à relativiser le côté trop péremptoire de certaines affirmations. C'est pourquoi il ne faut pas bouder son plaisir d'aller de temps en temps faire un tour dans ces parlotes. En ce qui me concerne, il m'arrive régulièrement d'y opérer des mises à jour grâce aux recherches des jeunes (têtes) chercheuses (car il semble qu'il y ait plus de filles que de garçons dans ces colloques) qui sont repassées sur des chemins que je croyais connus, or, bernique, il y avait une information que je n'avais pas relevée. Cela va peut-être arriver samedi 12 janvier, demain matin donc, à l'initiative du CrAB, salle Walter Benjamin, au rez-de-chaussée de l'INHA, dans la Galerie Colbert (c'est un passage parisien que je crois avoir déjà évoqué sur la colonne sans fin de ce blog). Elle relie la rue Vivienne à la rue des Petits-Champs (près des métros Bourse ou –non, pas la vie– Pyramides). C'est une galerie couverte très cholie, peut-être un peu aseptisée, qui longe à côté la plus célèbre Galerie Vivienne. Le thème de la matinée est "le Brut et le Naïf", car le CrAB veut documenter les rapports entre les deux, et la question de savoir si on doit vraiment les opposer. Et sur ce blog, la question m'intéresse grandement, il suffit de regarder la catégorie "art naïf" dans ma colonne de catégories pour se rendre compte du nombre de fois où j'évoque le sujet.

 

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Morris Hirschfield, cornac et jeune éléphant (prêts à gazouiller sans nul doute...), taille approximative 32x44 cm, 1943 

     De 9h30 à 13h, il y aura deux jeunes femmes  qui viendront s'étendre, pour l'une, sur la réception et la reconnaissance de l'art naïf américain dans les années 30 aux USA, et pour l'autre sur les rapports Chaissac/Jakovsky. Dans ce dernier cas, ce sera aussi l'occasion d'évoquer la gué-guerre entre Jakovsky et Dubuffet à propos des délimitations entre art brut et art naïf, et peut-être de ce fait adventice que Chaissac, de son côté, aurait préféré qu'on s'en tienne, pour qualifier son art, au label forgé par lui, avec ingéniosité, de "peinture rustique moderne".

 « Du folk art au self-taught : la reconnaissance de l’art naïf aux États-Unis (1932-1942) » par Marion Alluchon, doctorante en histoire de l'art à Paris I.

« Dans l’orbite de Gaston Chaissac, l’homme orchestre (1952) : Gaston Chaissac et Anatole Jakovsky au regard de l’art brut et de l’art naïf » par Vanessa Noizet, étudiante en M2 d'histoire de l'art à Paris IV.

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01/01/2013

Quizz de nouvel an avec Guy Brunet

    Pour commencer l'année avec un nouveau cadeau, j'offre le catalogue récemment paru de la Collection de l'Art Brut à Lausanne.Laure_couverture.jpg Oui, mais il faut trouver qui se cache derrière les silhouettes peintes par Guy Brunet que je mets en ligne ci-dessous... Ce sont des vedettes de cinéma, de celles qui font les délices de Guy Brunet concernant le Hollywood de la grande époque et le cinéma français d'avant la Nouvelle Vague.

    Je vous en soumets huit. Il faut les identifier toutes. Si les huit ne sont pas trouvées, le vainqueur sera celui qui aura le plus identifié de vedettes correctement (attention, le délai dans lequel arriveront les réponses compte aussi pour l'obtention du livre). Il y a des vedettes françaises, des vedettes américaines, une vedette autrichienne, une anglo-française (pour ces deux dernières, j'aide un max, je trouve)... Prêts? Un, deux, trois, partez...

 

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N°1

 

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N°2

 

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N°3

 

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N°4

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N°5

 

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N°6

 

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N°7

 

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N°8 

16/12/2012

La chute de la maison Péridier, la fin d'une merveille?

     Un des mes souvenirs d'enfants les plus enchantés se rapporte à une balade que nous avions faite en compagnie de ma mère et de mon frère à Saint-Jean-de-Monts en Vendée il y a maintenant près de 50 ans... Comme il est d'usage, ce souvenir s'est bien entendu décomposé puis recomposé, lentement modifié au fil du temps. Je nous vois, entraînés par moi qui étais pourtant le plus petit des trois, à aller s'enquérir d'un bâtiment que je trouvais étrange, ses toits et tourelles émergeant des frondaisons d'une pinède à l'horizon, loin derrière les limites de la ville (ce paysage, dans mon souvenir, se tient comme un monde parallèle, situé à côté de la dernière maison de la cité sur le front de mer, la limite de la ville à cette époque étant marquée d'une façon nette, presque irréelle, la dernière maison étant suivie par une dune, des joncs, la pinède plus loin, etc.). Je prêtais à la demeure éloignée des charmes qui attisaient ma curiosité, il fallait à toute force qu'on aille y voir de plus près. Nous l'atteignîmes après quelques centaines de mètres, qui  sont plutôt des kilomètres dans ma mémoire, et tournâmes autour, le bâtiment se révélant désaffecté, fermé en tout cas à une exploration plus poussée, ce que nous n'aurions sans doute pas pu faire de toute façon en cas de portes ouvertes, ma mère timorée veillant prudemment à la légalité de nos actions. Je me souviens encore que je supputais en regardant à travers les soupirails de la maison en apparence délaissée sur l'identité de son habitant. Il y avait de la hantise dans ce lieu...

      Mais je me souviens aussi surtout de la quête, peu importait au fond ce que nous aurions trouvé dans la maison. Il y avait au bout de cet horizon un pôle de curiosité recélant toute forme possible d'enchantement. Et c'est cela que j'ai à nouveau éprouvé en lisant la note que Dom (qui se présente comme un "fouineur, héliotrope, naturiste, voire randonueur, canyonneur")   mit en ligne il y a quelque temps déjà sur son excellent blog Hérault Insolite à propos de ce qu'il avait baptisé "La Villa Mystère" à Castries. Très extraordinaire demeure en vérité!... Et site d'art brut majeur, je n'hésite pas à l'affirmer.

 

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Vue depuis la rue du domaine de Feu Roger Péridier à Castries, ph. Bruno Montpied, juillet 2012

      Cette maison ressemble à un château, ou à une demeure princière, aristocratique, avec ses longues balustrades imitant celles du Château de Versailles (c'est le résultat de moulages à partir de balustres récupérés), ses têtes d'angelots incrustés un peu partout,environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques son jardin fort allongé qui constitue, depuis le portail portant altièrement le monogramme du propriétaire,environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques une véritable mise à distance du passant (Dom écrit dans la seconde note qu'il a consacrée sur son blog à Péridier, qu'il s'agit d'une petite "folie, digne héritière populaire des folies montpelliéraines de l’aristocratie languedocienne" ; oui, mais soulignons bien que le propriétaire de cette "folie" était un ouvrier, ce que l'adjectif de "populaire" dans le texte de Dom ne dit pas assez). La bâtisse au bout de la perspective ne paraît être qu'une façade, analogue au fond à un décor de théâtre. Enfoncée quelque peu dans le sol, étirée de façon incroyable, surmontée d'une coupole d'observatoire, d'une éolienne... Très étrange tout cela décidément...  

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Vue rapprochée de la "folie" du sieur Péridier, ph. BM, juillet 2012

     Si l'on regarde plus attentivement, on s'aperçoit tout à coup que sont semées au loin, devant la maison, des statues de style incontestablement naïvo-brut, représentant des personnages qui pourraient bien être les acteurs de la pièce dont la bâtisse constitue le décor précisément. Un toréador, une "Bohémienne" qui a perdu les attributs qui permettraient de l'identifier ainsi (à moi, elle me paraît avant tout, à l'origine, ressembler à une danseuse espagnole, le peigne fiché au sommet de sa chevelure, un éventail à la main droite ), un Africain en chéchia (chargé de signaler par un ingénieux mécanisme l'arrivée d'un visiteur en tapant sur un tam-tam), des animaux (autruche?, fauve, chèvre), un cavalier à califourchon sur un taureau...

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Toreador, en juillet 2012, il brandissait à l'origine une muleta... qui a depuis disparu, de même que ses chapeaux... De plus son bras droit est ici en position levée, alors qu'à l'origine il était baissé, on doit donc supposer qu'il a été tordu... ph.BM

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Voici comment était le toréador dans son état neuf, la muleta au bout du bras droit, la pique au bout du bras gauche, et il a son chapeau, ph archives Péridier (publiée sur le blog Hérault insolite), date? Peut-être les années 90? ; à noter qu'un dispositif lui permettait de tourner pour être plus commodémeent orienté vers le taureau qu'il était censé mater...

environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques A noter que sur cette photo, le toreador a un chapeau plus traditionnel... Ph Archives Péridier (blog Hérault insolite)

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La "Bohémienne" devant la maison, tournée d'une façon qui ne correspond pas à sa position initiale, et divers de ses attributs d'origine ayant disparu, ph BM, juillet 2012

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Roger Péridier au milieu de son jardin, derrière la "Bohémienne", femme espagnole à la jupe jaune, tenant un éventail à la main et un peigne fiché au sommet de sa tête, ph Archives Péridier (sur le blog Hérault insolite), années 90?

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Un cavalier chevauchant un taureau, ph Archives Péridier (blog Hérault insolite) ; le taureau est toujours debout en 2012, mais le cavalier gît à terre renversé dans les herbes qui envahissent tout désormais...

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Vue de face du jardin avec la demeure en fond de perspective, archives blog Hérault insolite, années 90? 

     La plupart de ces figures sont fort abîmées, renversées à terre, recouvertes par la végétation qui envahit peu à peu le domaine en pleine décadence, passablement saccagé par des vandales insensibles à la magie et à la rareté du lieu.

      On trouve aussi sur internet un clip de jeunes musiciens qui se sont filmés dans le domaine en ruine, poussant la désinvolture à se montrer dansant avec l'Espagnole qu'ils font virevolter. Certes, leur démarche procède certainement à leurs yeux d'une volonté de faire connaître le lieu, mais les escalades qu'ils y font, le jeu avec l'Espagnole, il est vrai pourvue elle aussi d'un système rotatif, peuvent avoir des conséquences imprévisibles sur d'autres plus vandales qu'eux.

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Autruche (?) et autre statue renversées, ph BM, juillet 2012

       Le domaine Péridier est en effet à l'abandon, les héritiers de l'endroit étant divisés sur le sort à lui faire. Dom a pu cependant rencontrer deux petits-enfants, Amélie et Stéphan, qui ont su conserver au moins quelques traces photographiques révélant comment se présentait le site du temps de sa splendeur. Le père de ces deux petits-enfants affiche lui aussi la volonté de faire quelque chose pour sauver ce patrimoine (non seulement familial, mais aussi collectif dans la mesure où les spectateurs qui passent devant cette demeure devraient avoir leur mot à dire sur cet ensemble architectural et artistique s'imposqnt dans le paysage commun. 

    Le temps de sa splendeur n'était probablement pas très éloigné d'aujourd'hui, puisque Roger Péridier, le créateur, ancien couvreur-zingueur et bricoleur de génie, n'est décédé qu'en 2003 (il était né en 1914, et créa son domaine des années 30 à la fin des années 70, affirme Dom),  mais la ruine se propage vite hélas.

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Roger Péridier au milieu de son domaine, vers la fin de sa vie? Ph. Archives Péridier (blog Hérault insolite

      Roger Péridier a fait sa folie à partir d'un emplacement où il y avait à l'origine un cabanon inséré au milieu des vignes. Il avait la conviction, au rebours de la plupart de ses voisins, qu'il pouvait dénicher une source sur cette terre en apparence aride. Le voisinage du viaduc de Castries tout proche devait l'inspirer...

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Fontaine et périscope fiché dessus, ph. BM, juillet 2012

    Il se mit à creuser un puits avec les moyens du bord et il parvint à faire jaillir de l'eau! Le puits est toujours en place aujourd'hui, sous l'éolienne,  à quelques mètres d'une fontaine munie d'un périscope destiné à propager la lumière par un jeu de miroirs jusque dans les étages creusés en dessous. Car Péridier, en bâtisseur et bricoleur inspirés, avait aussi taillé des salles souterraines, de même qu'il avait installé toutes sortes d'ingénieux dispositifs que Dom détaille excellemment sur son blog Hérault insolite, et que je ne reprends pas ici, vous renvoyant à lui.environnements spontanés populaires,roger péridier,villa mystère à castries,hérault insolite,habitants-paysagistes,sculpture naïve,folies aristocratiques

Fauve, ph BM, juillet 2012

     L'ensemble de cette propriété aujourd'hui en pleine décadence, saccagée par toutes sortes de squatteurs inconscients, qui ne réalisent pas le génie mis en œuvre par Péridier et l'exemple qu'il nous donne en matière d'ingéniosité, d'économie d'énergie (ses éoliennes bricolées par lui, ses moteurs fabriqués à partir de fragments de machines-outils récupérées, un monte-charge...), déployées non seulement par souci écologique mais plus sûrement par goût du jeu et de l'ingéniosité recherchée pour elle-même, l'ensemble de cette propriété devrait bien entendu être sauvé, même si son charme a disparu depuis que son auteur nous a quittés. Elle ne doit pas être vendue, ni modifiée. Aux armes, amateurs des génies des bords de routes! C'est la poésie la plus pure qui meurt là-bas au milieu de l'Hérault...

 

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L'Africain en chéchia renvoyé à la jungle... Ph BM, juillet 2012

 

08/12/2012

Graffiti cousus sur grille, du nouveau dans les inscriptions urbaines

    Dans mon périmètre d'arpentage perpétuel (j'ai souvent comme ça de ces moments à tuer) situé peu ou prou dans les Xe et XIe arrondissements, je suis tombé il y a quelques temps sur une drôle d'inscription à signification socio-politique quoique... Elle était brodée, si je puis dire, par-dessus les mailles du grillage d'une barrière de chantier. Et elle n'était vraiment pas facile à lire, vu qu'elle épousait étroitement les tiges métalliques. On pouvait passer devant sans la voir.

      Mais qui avait pu passer autant de temps à tisser d'une telle façon ce texte sur un support des plus exposés à toutes les vicissitudes?

      Le texte protestait contre le fait suivant (je n'ai pas vérifié si la statistique est bien fondée): "75% des pauvres = [le symbole de la gent féminine]", 75% des pauvres sont des femmes... C'était une protestation féministe apparemment, dans une technique traditionnellement impartie aux femmes. Exemple unique à ma connaissance dans l'art du graffito (au terme peu idoine en l'occurrence) et de l'inscription politique, en tout cas...

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Inscription tissée avenue Parmentier Xe ardt, octobre 2012, ph. Bruno Montpied

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Plus grande...

Inscription tissée détail.jpg

Encore plus rapprochée

02/12/2012

Un troisième exemple de créateur brut iranien

Mokarrameh 4.jpgIMG_0141.jpg    Oui, j'ai bien dit trois, car il y avait eu jusqu'ici Mokarrameh Ghanbari (voir ci-contre le mur peint dans sa maison) et Akram Sartakhti (voir ci-contre les personnages peints sur toile, dont une femme en bleu) naguère exposée à la Halle saint-Pierre. J'ai eu l'occasion d'en parler sur ce blog . Voici en outre, présenté par la Galerie Hamer de Nico Van Der Endt à Amsterdam (qui avait elle aussi exposé autrefois Sartakhti), un troisième créateur de toute première force, Davood Koochaki, né en 1939 dit le carton de l'exposition, dans la partie nord de l'Iran, dans une région de rizières. Son œuvre essentiellement graphique s'apparente à d'autre dessins rangés habituellement dans l'art brut. 

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Davood Koochaki, Couple, 100x70 cm, crayon sur papier, Galerie Hamer

    Sa biographie ressemble à celles d'autres exemples de création autodidacte, une enfance pauvre et difficile (il travailla dès l'âge de 7 ans et n'apprit à lire et à écrire que par ses propres moyens quand il fut plus âgé), une origine ouvrière (il fut réparateur de voitures), aucune formation en dessin, et un fils artiste qui l'incite à persévérer dans le hobby qu'il se découvre à 40 ans, le dessin, et qu'il systématise à 60, dès qu'il se retrouve avec plus de temps à sa disposition. L'influence du fils artiste, on la retrouve chez des créateurs européens comme Boix-Vives ou Joseph Barbiero. Cela fonctionne comme un stimulant, encouragé qu'on est à créer par une instance normalisée alors qu'on se sentait par trop atypique peut-être...

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Koochaki, Créatures, 100 x 70 cm, Crayons, Galerie Hamer

      Il dessine aux crayons graphite et de couleur des créatures imaginaires, semi mythologiques, parfois proches de l'humain. Les oiseaux font de fréquentes incursions sur ses pages. Il paraît dessiner de façon automatique, accueillant ce qui surgit avec hospitalité, ne regrettant pas qu'une œuvre plus "esthétiquement correcte" ne soit pas venue finalement, alors qu'il l'avait pourtant désirée au départ. Ayant de la sympathie pour le parti communiste iranien, il pense que  l'étrangeté de ses créatures sont peut-être à mettre en rapport avec son passé difficile.

 

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Koochaki, figure, 100 x 70 cm, crayon, Galerie Hamer

      Sa figuration tout en hachures juxtaposée, noires ou en couleur, campe des êtres qui en raison de leur densité, de leur compactage, de leurs contours ambivalents, sont à mi-chemin des règnes animaux, végétaux et minéraux. Des sortes de fantômes d'êtres non advenus, laissés à l'état de possibles, pour une autre planète... 

Expo Davood Koochaki du 17 novembre au 5 janvier 2013. Galerie Hamer, leliegracht 38, Amsterdam. www.galeriehamer.nl.

24/11/2012

Info-Miettes (20)

Boudin et Jakobowicz arrivent à Bègles

     Prochaine expo au Musée de la Création Franche, qui continue de permettre aux artistes et créateurs de la collection permanente de montrer leurs derniers travaux, Marie Jakobowicz et Michel Boudin. Ce dernier, on le sait, propose des dessins à l'encre où des petites bêtes ne cessent de tarabuster les êtres humains, histoire peut-être de leur rabattre le caquet.

 

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Michel Boudin, sans titre, encre sur papier vélin, 65 x 51 cm

 

     Sur la seconde, voici le texte qu'elle m'avait dans un premier temps demandé pour la présenter de façon franche (c'était son souhait à elle, des gens qui diraient le pour et le contre, et l'entre deux...) et qu'elle a finalement fait remplacer par une autre présentation:

     "Marie Jakobowicz me laisse perplexe. Si j’apprécie ses anciens pastels, discipline qu’elle pratique avec une aisance qu’elle a fini (bizarrement !) par trouver suspecte, je reste réservé en ce qui concerne toutes sortes d’autres travaux qu’elle veut de contenu « engagé » comme on disait dans les années 70. Ce choix à mon avis plombe l’envolée du merveilleux dont elle était aussi dépositaire.

         Et je me demande si ses réticences, sa suspicion à l’égard de sa maîtrise du pastel ne viendrait pas de son traumatisme concernant l’extermination des Juifs par les Nazis. Une descendante des familles massacrées ne pouvant plus pratiquer la moindre forme d’expression sans se sentir obligée à la vigilance… Si cela était avéré, on mesurerait là à quel point cette tragédie et cette folie ont poussé loin leurs ruptures et leurs censures. N’y a-t-il donc plus de place, Marie, pour un merveilleux sans hantise du massacre ?"

Marie Jakobowicz et Michel Boudin au Musée de la Création Franche du 7 décembre 2012 au 20 janvier 2013.

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Guy Girard, lui, expose dans un couloir

 

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     Guy Girard expose quant à lui à partir de jeudi prochain 29 novembre dans la Galerie du Couloir, espace dédié paraît-il aux petits formats (ce qui semble adéquat avec le nom de la galerie). Les horaires et jours de monstration sont assez particuliers. Le jeudi 29 novembre, c'est de 19h30 à 22h. Puis c'est entrée libre le samedi 1er décembre ainsi que le dimanche 2 de 14h à 18h. Ensuite, du 3 au 20, on visite sur rendez-vous: 06 19 63 64 51. Pour les artistes, l'heure est venue des jeux de pistes. L'art sincère d'aujourd'hui se cache au fond d'un labyrinthe. Il est passé par ici, il repassera par là...

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Jean Estaque voit des saints partout

     Il expose cette fois à Montluçon, avec une proposition de nouveaux saints qui n'auraient pas déplu au marquis de Bièvre qui était grand amateur comme on sait de calembours bons. Ci-dessous par exemple voyez le portrait de saint-Ethique.

 

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       Trouverons-nous encore dans cette expo Saint-Bol, Sainte-Hure, et peut-être aussi Saint-Dé, Saint-Trait et Saint-Plaie?

Galerie Ecriture, 1 rue Pierre Petit (ça ne s'invente pas, mais ce n'est sans doute pas le même qui est bien connu dans l'art brut), Montluçon, exposition du 28 novembre 2012 au 14 février 2013.

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Alexis Lippstreu exposé chez Berst et au Madmusée

      En cette fin d'année, on assiste à une déferlante Alexis Lippstreu à Liège et à Paris. Trois expos simultanées se tiennent pour vanter le travail de ce créateur handicapé qui s'est fait une spécialité (ou à qui on a fait une spécialité?) de transposer des chefs-d'œuvre de l'art dans une sorte de réduction graphique tout à fait fascinante (j'ai déjà eu l'occasion de montrer des images sur ce blog). Il paraît être en même temps un cheval de bataille exemplaire pour ceux qui voudraient mélanger art brut, art moderne et art contemporain dans la même arlequinade artistique ("artification", qu'ils disent, sans lésiner sur les néologismes effroyables).

Alexis Lippstreu au Madmusée du 1er décembre 2012 au 16 février 2013. A la Galerie Christian Berst, du 7 décembre 2012 au 12 janvier 2013. Au BAL (musée des Beaux-Arts de Liège), du 30 novembre 2012 au 16 février 2013.

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L'art brut italien à travers le cinéma documentaire, une programmation de Pierre-Jean Wurtz et Denis Lavaud

    C'est à la Halle Saint-Pierre (sans laquelle on ne sait pas ce que l'on deviendrait) que cela va se passer, durant le week-end du 15 et du 16 décembre. Un second programme de films courts a en effet été programmé pour ces dates. A découvrir ci-dessous:

Samedi 15 décembre 13h30 - 17h30

- Pennarelli (Antonio Dalla Valle) di La Manica Lungo officina creativa, 2003, 29’.
En présence d’Alain Bouillet, commissaire d’expositions, écrivain (c'est sur un atelier de créateurs handicapés, si je ne me trompe pas? NDR)

- Nella prospettiva della chiusura lampo de Paolo Pisanelli, 1997, 54’.
En présence d’Alain Bouillet

- Pietro Ghizzardi de Muriel Anssens, 2004, 10’

- Alla ricerca del giardino incantato (Marcello Cammi) di Piero Farina, Marisa Fogliarini con Marco Farotto, 2012, 21’, (c'est tout en italien, sur le jardin détruit de Cammi)

- Luci Sospese. L’opera irriducibile (Mario Andreoli) de Gabriele Mina, 2010, 27’. (Là aussi, c'est pas sous-titré, mais il y aura sans doute un interprète dans la salle, enfin on verra bien...) 
En présence de Gustavo Giacosa, commissaire de l’exposition

 

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La "Crèche" de Mario Andreoli telle qu'elle s'illumine aux alentours de Noël sur une colline ligure, ph extraite du site de la Galerie Rizoi à Turin

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La colline de M. Andreoli, de jour... ph Gabriele Mina

 

Dimanche 16 décembre 13h30 - 17h30

- Un « facteur Cheval » en Sardaigne (Fellicu Fadda) de Giuseppe Trudu, 2004, 47’.
En présence du réalisateur

- Un sculpteur de l’île aux ânes blancs (Enrico Mereu) de Giuseppe Trudu, 2009, 38’.
En présence du réalisateur

- Melina Riccio de Gustavo Giacosa, 2009, 10’. En présence du réalisateur

- Eugenio Santoro de Dominique Clément, Chantal Woodtli, 1994, 12’. (A signaler que ce film est édité dans le DVD intitulé "Art Brut" avec deux autres courts, un consacré à Ni-Tanjung par Erika Mannoni et un autre de la même Mannoni consacré à Lobanov; le film sur Santoro est plus précisément intitulé dans ce DVD "Les jardins de l'imaginaire" ; le tout est édité par la Collection de l'Art Brut et la Télévision Suisse)

- Antipasti (surprises à l’italienne) 45 ‘.
Suite de petits plats (films) divers et variés, exubérants, bigarrés, goûteux. (Dont paraît-il des films de Bernard Dattas sur des "choses" vues en Sardaigne)

 Pour tout renseignement complémentaire, on peut contacter Denis Lavaud himself : 01 42 45 19 67/06 75 94 16 48.

A la Halle Saint-Pierre encore, le retour du "Petit Paris" de Marcel Dhièvre

    Marcel Dhièvre est connu depuis les années 70 grâce au livre Les Inspirés du Bord des Routes de Jacques Lacarrière et Jacques Verroust où l'on peut voir cinq belles photos et un fragment de témoignage de Dhièvre. C'est peut-être grâce à ce livre que sa maison richement décorée de fresques et d'ornementations diverses peintes et parfois sculptées en relief parvint à être classée monument historique dès 1984 (né en 1898, il décéda en 1977).

 

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Image récupérée sur le site d'une association qui défendait, notamment sur la toile, "le Petit-Paris", l'association Entre-Tenir ; l'affirmation "je ne suis pas un artiste" avait été très justement repérée par ce site web, avis aux "artificateurs"...

 

      Il avait en effet réalisé une magnifique décoration naïve, brute, ou simplement populaire, sur les murs d'angle à l'extérieur de son magasin de vêtements (il était vendeur en confection dans la lingerie et les vêtements de travail) à Saint-Dizier dans la Haute-Marne. Il avait poussé le bouchon plus loin en peignant (ce n'était pas un mosaïste) les murs intérieurs de la petite bâtisse, mais aussi divers petits sujets, des animaux, des tableaux de fleurs, des paysages. C'était comme il le disait lui-même également un tour de force dans la mesure où, paralysé de la main droite, il avait dû tout faire de la main gauche.

 

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Marcel Dhièvre, la façade d'"Au Petit Paris", vers 1976, ph Jacques Verroust

 

     Il avait appelé cette maison "Au Petit Paris", car la ville-lumière, où il allait se fournir chaque semaine, l'avait charmé au point de le pousser à représenter dans des médaillons l'Arc de Triomphe sur sa façade, ainsi que la Tour Eiffel, la Madeleine, les quais de la Seine, et la nef symbole de la capitale. L'ensemble connut quelques vicissitudes pendant de nombreuses années. Diverses bonnes volontés tentaient régulièrement d'alerter l'opinion pour essayer de sauver une maison qui visiblement résistait dans le souvenir de la population de St-Dizier (cet attachement d'une ville populaire à un tel monument naïf est assez touchant je trouve). L'illustratrice Kathy Couprie racheta à un moment le magasin, y faisant quelques réparations, puis ce fut la mairie, sous l'impulsion d'un maire UMP, François Cornut-Gentille (comme l'a signalé entre autres un article paru cet été dans La Croix, dû à Aude Carasco), qui l'acquit dans les années 2000. Là aussi, comme dans le cas de Gabriel Albert en Charente-Maritime, on veut "valoriser", on parle d'installer dansle Petit Paris un "café associatif", et d'installer à côté l'atelier d'art-thérapie de l'hôpital psychiatrique voisin... Surtout, on a fait rénover, terme plus exact que "restaurer", les peintures intérieures et extérieures (on peut juger du résultat sur une galerie d'images mises en ligne sur Flickr par la mairie), les tableaux, les petits sujets divers et variés que la mairie a récupérés. Si l'on compare ces rénovations, dues à M. Renaud Dubrigny, un employé municipal à la peinture qui s'est passionné, nous dit-on pour ce travail de renaissance d'un chef-d'oeuvre populaire, aux photos du livre de Jacques Verroust, on pourrait dire que les couleurs de la rénovation sont un peu flashy, mais baste, on s'en contentera, car y avait-il moyen de faire mieux avec les subsides disponibles? On peut aussi s'en consoler en constatant que le restaurateur a remis les décors à l'identique, quant aux sujets représentés, du moins si l'on en juge à travers les informations de la presse et d'internet.

 

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Deux tableaux de Marcel Dhièvre restaurés par la ville de St-Dizier

 

       Simplement, il faut bien être conscient qu'un Marcel Dhièvre ne peut ressusciter, et que lon a désormais autre chose à la place de sa maison décorée de son vivant, comme le musée d'une inspiration, soit un beau paradoxe... 

      Enfin signalons qu'un livre vient de paraître qui traite de ce monument, celui de Henri-Pierre Jeudy, Le Naïf, le Brut, le Primitif, au Petit Paris, aux éditions Châtelet-Voltaire (basées dans la Haute-Marne). Il viendra en parler à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre samedi 1er décembre à 16h.

18/11/2012

Merveille de l'art naïf anonyme, un dessin d'un(e?) certain J.A.B.

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J.A.B, Liria (un prénom? Le nom d'une ville espagnole?... Mystère, mystère...), crayon sur papier, 42 x 30 cm, 1922, coll. Bruno Montpied

 

      L'art naïf n'a plus le vent en poupe, paraît-il. Le goût nous en serait passé, répète-t-on à l'envi. L'art brut est passé par là, bien sûr, avec les oukases des Dubuffet et des Thévoz, à qui toutes sortes de nouveaux fans ont emboîté le pas comme un seul homme. Du coup, conséquence sympathique en dépit de son aspect paradoxal, la foule des emboîteurs de pas ne fraye plus par ces chemins, et surout pas du côté des Naïfs anonymes. Ils sont légion ces derniers. On ne sait rien d'eux, ils débarquent sur les brocantes et les vide-greniers sans autre lettre de créance que leur bonne mine, leur mine étrange qui leur fait comme un bouclier quasi surnaturel. C'est leur apparence seule qui les défend du vandalisme, de l'anéantissement. Preuve que l'anonymat n'est point si rédhibitoire... Et qu'au contraire, il accompagne presque à coup sûr une valeur intrinséque, qui se passe de tout qu'en dira-t-on, de toute rumeur ou réputation flatteuses. C'est ce que j'aime en lui, dans ces tableautins sans pedigree qui circulent entre  collectionneurs, tous comme membres d'une société secrète d'admirateurs des beautés silencieuses de l'ombre.

      On n'en parle pas assez de ces anonymes insolites, à la figuration onirique ou merveilleuse, parfois aussi adeptes d'une inquiétante étrangeté. Regardez la petite fille ci-dessus. Elle m'a regardé dans les yeux et je n'ai pu faire autrement que de l'acquérir, sans discuter. Elle serait peut-être d'origine espagnole, selon les mots du marchand qui la présentait sur son stand à la dernière Foire de la Bastille à Paris. Elle tient peut-être avant tout par sa robe, immense, à la géométrie rigoureuse, dessinée avec soin et méticulosité dirait-on presque. La moue aux coins des lèvres également nous retient. Le nœud au sommet de sa tête. Ses bottines petites et pointues, ses bras dissymétriques, et ce ballon au bout de son bras, protégé dans un filet comme une résille. En 1922, en Espagne, les filles jouaient donc aussi au ballon. 

         Simplement dessinée au bout d'un crayon au tracé poudreux, on eût pu la croire d'une éphémère existence, mais elle a résisté jusqu'ici au temps, mirage solide. Elle est d'une présence indiscutable, et j'oserais même dire qu'elle se pose là. Sans doute avant tout par la jeunesse de sa présence, captée peut-être plus aisément en raison de la jeunesse – peut-être! – de celui (ou de celle?) qui a signé au bas de l'oeuvre, modestement, de ses simples initiales, J.A.B., et dont l'histoire n'a pas retenu d'autre trace (si?)...

17/11/2012

Postérité des environnements (7): Gabriel Albert sous cloche?

     Transmis par Patrick Métais, un article de Sud-Ouest m'apprend que le jardin de Gabriel Albert a reçu la visite de l'ineffable Ségolène Royal, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, qui a fait part de son désir de valoriser et préserver le site et que sa région soit maître d'œuvre de ce point de vue. Il semblerait, à lire cet article, que l'Etat, via la DRAC, et la Région travailleraient sur un projet de valorisation culturelle et scientifique du jardin. On souhaiterait ainsi créer sur place un centre d'interprétation et un atelier de restauration des statues. Ces dernières sont on le sait passablement abîmées, tandis que plusieurs ont disparu, victimes de voleurs.

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Le jardin de Gabriel Albert (que l'on voit coiffé d'une casquette au fond devant le moulin), avec Christine Bruces-Cerisier, Anita Albert, Jean-Louis Cerisier, le jour où nous visitâmes les Albert en 1988, ph. Bruno Montpied 

     Il paraît que l'on songe même à mettre l'ensemble du site dans une serre... Alors Gabriel, bientôt comme le fromage, sous cloche? Cela illustre bien les conséquences de la reprise en main d'un site d'art populaire par une instance conservatrice. Avec la perspective de le faire entrer dans la postérité et de l'installer dans une certaine pérennité, le site se métamorphose en autre chose, de plus pétrifié. Un comble pour un jardin de statues en ciment armé... Du coup,  par contraste avec ce qui risque d'advenir quand on l'aura réifié sous un dôme (comme chez Euclides da Costa Ferreira), ce ciment reviendra dans nos souvenirs, à l'époque où son auteur était encore vivant, moins solide, presque palpitant.

     Mais l'on dira bien sûr, en chœur, "c'est mieux que rien..." Ah, mais je m'interroge décidément sur ce "rien". Pas sûr, pas sûr... Mais, bon, on pourrait dire aussi, un jardin, ça peut se mettre sous serre, argument habile...

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La Maison Bleue d'Euclides da Costa Ferreira à Dives-sur-Mer, vue de la rue, état en juillet 2012 (le site fut recouvert d'un dôme en urgence, avec les moyens du bord, dans l'idée de le mettre hors d'eau, mais la situation perdure... Peut-être faut-il voir dans ce sarcophage plus ou moins translucide comme la métaphore d'une chrysalide dans laquelle une mue s'opère, prélude à l'essor d'un futur nouveau papillon?), ph BM

 

11/11/2012

Couleau subtil

     Il n'y a pas grand chose à dire du sieur Couleau que Gilles Manero et Anne Billon ont découvert récemment sur une brocante de l'Entre-Deux-Mers... On ne sait pas ce qu'il faisait dans la vie, juste qu'il lui est arrivé de tailler le bois d'une manière qui pourrait le faire classer dans un art populaire moderne. A quelle époque? Au XXe siècle sûrement peut-être dans les années 60-70, parce qu'il a représenté un De Gaulle (que j'aimerais bien voir, Gilles et Anne sont arrivés trop tard, donc, si l'acheteur lit internet, qu'il nous le dise...), mais bien entendu c'est une hypothèse assez aventurée.

 

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Couleau, Philippe le Hardi, h. 30 cm env., bois sculpté, coll. Bruno Montpied, ph. Gilles Manero

 

     Il aimait les sujets historiques en tout cas, comme on le voit avec le roi ci-dessus, qu'une inscription à moitié effacée sous la statuette désigne au crayon comme "Philippe le Hardi" (c'est Anne qui l'a vue, félicitations). Il y eut deux Philippe Le Hardi dont l'un au XIVe siècle fut duc de Bourgogne, peut-être plus célèbre que l'autre (l'autre vécut au XIIIe, fut roi de France sous le nom de Philippe III et se fit connaître pour avoir cédé l'Agenais au Roi d'Angleterre de l'époque, ce qui le désigne peut-être comme celui que Couleau a représenté, car ce dernier paraît originaire de la région de Marmande, après avoir vécu à Bergerac aussi). Notre hardi qui porte couronne (ce qui renforce peut-être l'hypothèse qu'il s'agit du roi du XIIIe siècle que du duc de Bourgogne) tenait peut-ête un sceptre à la main droite, mais il en a été visiblement dépossédé dans la suite des temps... Jolie tête en tout cas, bien enfantine, stylisée d'une manière qui lui confère une sorte de signature à la longue attachante.

 

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Couleau, Vierge à l'enfant, bois sculpté, coll Manero/Billon, ph. GM

 

 

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Couleau, gaveuse d'oie (semble-t-il, à moins qu'elle ne se cramponne à sa bouteille), coll. Manero/Billon, ph.GM

 

      On retrouve la même expression aux limites de l'archaïsme des têtes de marionnettes sur les autres statuettes chinées par Manero et Billon. Que l'on ait affaire à une Madone à l'enfant Jésus ou à une gaveuse d'oie. C'est une bien belle sauvegarde qu'ont opérée là Anne et Gilles en tout cas. Si des lecteurs reconnaissent l'auteur ou ont des informations à nous communiquer, qu'ils ne se gênent surtout pas, nous sommes preneurs. A la poursuite de Couleau...

 

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Couleau, femme (?) au tablier, tentant de lancer la mode des uniques poches gigantesques triangulaires, coll Manero/Billon, ph.GM

 

09/11/2012

Arnaud Mahuas, dit "Darnish", colleur et architecte d'images

 

    On parle d'art nahuatl mais on ne parle pas d'art mahuas. Et pourtant la tribu existe, résumée à un seul individu, le surnommé Darnish, actif dans le secret d'une grande ville du Far West breton, j'ai nommé Rennes. Ce drôle de Peau-Rouge, natif de Vannes en 1973, ayant grandi à Sainte-Anne-d'Auray dans le Morbihan, travaille bien caché de la circulation, loin des FRAC et autres autoroutes de l'art contemporain, porté par un goût de créer qui visiblement l'occupe comme nous habite le principe germinatif responsable de la pousse de nos cheveux ou de nos ongles. Cela sort de lui comme l'eau du robinet qu'il a choisi depuis l'âge de 12 ans de laisser ouvert.darnish,architecture,kurt schwitters,objets en bouteilles,collages,art singulier,assemblages

darnish,architecture,kurt schwitters,objets en bouteilles,collages,art singulier,assemblages      Collages, architectures miniatures et légères faites d'assemblages de minuscules baguettes de bois récupérées, ruines et brisures d'images logées au fond de bouteilles tels des ex-voto profanes, lavis visionnaires où des silhouettes infimes, collées dans un coin, donnent aux étendues d'encre, abstraites en apparence, la force de s'imposer du seul fait de ces présences dans un coin de la feuille comme des paysages concrets tout au contraire, disques de bois aux compositions savantes, très constructivistes russes du début du siècle précédent, des gravures enfin, ultra stylisées, bricolées dans sa cuisine puis pressées en atelier, tout cela est charrié par Darnish avec un égal bonheur.darnish,architecture,kurt schwitters,objets en bouteilles,collages,art singulier,assemblages


 

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Sans titre, paysage avec couple, collage et lavis, vers 2012, 44 x 30 cm

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Sans titre, collages et bois insérés dans une bouteille, env. 15 cm, vers 2011

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Sans titre, collage et bois dans une bouteille, env. 10 cm, vers 2012

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Sans titre, deux autres bouteilles... env 20 cm


     Il y a du Schwitters aussi dans ce Darnish, surtout dans ses bouteilles (anciens échos des bouteilles où les marins glissaient des bateaux, du reste Darnish a aussi fait des bateaux, mais dans son système cela devient des bateaux-visages de femmes) où il insère des ruines, ou des amas de débris frêles qui me font penser aux "misérables petits tas de secrets" que cachent paraît-il les hommes (qui a écrit cela? Je sens que l'Aigre de Meaux va nous le rappeler...). C'est comme si on avait mis le Merzbau en bouteille.

 

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Sans titre, une des pièces de la série des bateaux à visage, env. 40 cm de long, vers 2011 ?


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     Mais ces récipients ne peuvent à eux seuls permettre une telle contention, Darnish dresse vers le ciel ce qu'il fait de meilleur à mon goût, des architectures fragiles où des images, empruntées aux chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art comme aux icônes du cinéma dont il est tout autant féru, se retrouvent mêlées dans ces tours de Babel mémorielles où elles prennent figure de kaléidoscopes de souvenirs en miettes échafaudées en désespoir de cause vers les nuages...

    Des galeries et autres espaces d'exposition vouées à la promotion de ce qui se fait de mieux dans la création contemporaine feraient bien de s'intéresser d'un peu plus prés à ce jeune homme très sincèrement inspiré. Non?

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30/10/2012

Bruno Montpied au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval

     Rendez-vous pour une présentation d'Eloge des Jardins anarchiques, le livre de votre serviteur, et une projection de Bricoleurs de Paradis, le film de Remy Ricordeau co-écrit avec BM, au musée du Vieux-Château à Laval mardi 6 novembre à 20h. Un débat est prévu au programme... A bientôt donc.

 

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Le livre et, ci-dessous, une galette du DVD à laquelle vous avez échappé (malheureusement, parce qu'elle était bien adéquate avec les moulinets de monsieur Pailloux, tournant même plus vite que tout ce que les vents de Vendée auraient pu lui proposer)

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25/10/2012

Villefranche-sur-Saône déroule le tapis rouge pour Guy Brunet

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Guy Brunet devant l'entrée de sa maison, où sa fresque sur l'âge d'or d'Hollywood a tendance à se détériorer, juillet 2012, ph. Bruno Montpied

    Guy Brunet, c'est cet éternel adolescent, né en 1945 et resté pour la vie ensorcelé par l'âge d'or d'Hollywood (des années 30 aux années 60, les seules décades du cinéma américain qui trouvent grâces à ses yeux d'envoûté des salles obscures). Ayant grandi entre des parents gérants d'un cinéma nommé le Plaza à Cagnac-les-Mines dans le Tarn (entre 1949 et 1963, précise Alain Moreau dans le dépliant qui accompagne l'exposition montée à Villefranche-sur-Saône du 31 octobre au 11 novembre), il n'a en effet jamais pu quitter l'univers irréel et scintillant des écrans.

 

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Exposition Guy Brunet à Villefranche-sur-Saône

     Comme un drogué en manque, il lui faut reprendre éternellement sa dose de pellicule, se reprojeter dans ce monde à deux dimensions de belles dames aux chevelures indécoiffables, de séducteurs élégants et irrésistibles, où le savoir-vivre et le langage châtié paraissent innés, où la musique fait vibrer les passions à tout coup, ce monde de dieux et de déesses modernes en somme... Dehors, règnent la poussière, l'aridité, l'abandon et la misère. Le bassin des mines de Decazeville, en décadence depuis longtemps, est morose, et pue la mort. Brunet lui-même, seul de façon infinie, habite dans une bâtisse plus qu'austère, mais qu'importe puisqu'il a rempli l'espace de cet habitat de ses 750 silhouettes en carton peint représentant des comédiens, des producteurs, des metteurs en scène, des musiciens qui lui font escorte et lui tiennent compagnie. Une bien étrange armée en vérité, comme chargée de le défendre, faisant bouclier de leur corps...

 

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Acteurs ? Réalisateurs? Producteurs américains? Les figurines en carton peint de Guy Brunet à son domicile, juillet 2001, ph BM


      Au coeur de son royaume obscur, brille perpétuellement l'écran de ses rêves cinématographiques. Il a réalisé avec un amateurisme poignant, depuis le début des années 2000, dans son studio-bureau, minuscule unité de création enserrée de toutes parts par des monceaux de documents divers, une douzaine de documentaires et de films historiques (dont le dernier, qui veut évoquer "Le monde magique des frères Lumière", sera projeté à Villefranche dans le cadre de l'exposition, "en avant-première" – à signaler tout de même qu'un long extrait avait été projeté en juin dernier au dernier festival autour des Art Singuliers par l'association Hors-Champ à Nice, en présence du reste de Guy Brunet, qui s'y est déjà rendu plusieurs fois).

 

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Dans le studio de cinéma où Guy Brunet crée ses films... 2012, ph.BM

     Ses figurines en carton, ses décors aussi, ses affiches (il en a réalisé des dizaines et des dizaines, déjà plusieurs fois exposées, notamment au Musée International des Arts Modestes de Sète) sont réalisés avant tout dans l'orbite de création de ses films. Il écrit des scénarii depuis l'âge de 16 ans, au même âge où il a commencé à faire des affiches (il confie même avoir commencé à dessiner des affiches dès l'âge de 7 ans). Primitives affiches dont le style fort sommaire et très enfantin est fort éloigné de la maîtrise qu'il atteignit par la suite dans ses réinterprétations des modèles d'affiches originales, comme on s'en convaincra avec ces deux exemples d'affiches de jeunesse que je donne ci-dessous, et qui me paraissent bien inédits (probablement réalisées aux alentours de ses 7 ans?). A comparer avec une troisème affiche plus récente.

 

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Guy Brunet, "Attilus chef des Carthaginois", affiche de jeunesse (d'un film imaginaire inventé pour les besoins de l'affiche par Brunet), vers 1952? ; Coll. BM

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Guy Brunet, "Laurel et Hardy, fameux soldats" (là aussi, titre d'un film imaginaire selon moi), vers 1952? ; Coll. BM

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Guy Brunet, affiche exposée au Musée International d'Art Naïf de Nice dans le cadre des rencontres autour de l'Art singulier de l'Association Hors-Champ en 2005

 

      Toutes ces créations doivent donc converger vers le but principal de Guy, dresser une sorte de couronne de fleurs de pellicule cinématographique, une véritable guirlande de documentaires célébrant le septième art où il s'est définitivement réfugié, et particulièrement le cinéma américain. Comme il le dit dans l'interview que j'ai réalisée en sa compagnie à son domicile l'été dernier, tout cela est fait pour "les générations futures, les adultes et les jeunes". On reconnaîtra aisément qu'il s'agit là d'une oeuvre des plus atypiques. Qu'on la range dans l'art modeste ou dans l'art brut est une (gentille) querelle qui paraît un peu dérisoire à côté de cette originalité à nulle autre pareille.

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Guy Brunet et son ami Burt Lancaster, 2012, ph. BM

Exposition Guy Brunet, Affiches, films, silhouettes de vedettes de films, fresques et éléments de décors, logos de firmes cinématographiques (300 œuvres exposées ; commissaire d'exposition Alain Moreau), dans la salle des Échevins de Villefranche-sur-Saône (69), du 31 octobre au 11 novembre 2012.Entrée libre. Lu-Sa, 14h-19h. Di, 11h-17h.

Une rencontre avec Guy Brunet, animée par Clovis Prévost (photographe, cinéaste, auteur qui prépare actuellement un film sur Guy Brunet), aura lieu samedi 3 novembre à 11h, dans la salle des Échevins. Elle sera suivie d'une visite de l'exposition et d'un verre de l'amitié.



16/10/2012

Week-end immersif chez les bandits

    La Halle Saint-Pierre propose comme on le sait de temps à autre des animations qui peuvent durer le temps d'un week-end. Celui qui arrive bientôt, les 27-28 octobre, à l'ouverture des vacances de Toussaint, va fournir pêle-mêle des "conférences, débats, lectures, musique, films, en compagnie de philosophes, historiens de l’art, anthropologues et artistes..." Il paraît que ce sera, je cite encore le laïus de la communicante de la Halle, "une occasion de prolonger les questionnements pluriels mis en œuvre par l’exposition" (Banditi dell'Arte). Comme je ne suis pas là pour donner systématiquement une information complète sur les manifestations (les sites web, c'est pas fait pour les chiens, si vous voulez avoir le programme complet, cliquez, mes bons amis), je ne vous indiquerai que ce qui a retenu mon attention et suscité mes velléités de déplacement pour assister aux interventions ci-dessous, à savoir les conférences du samedi matin autour de Lombroso et du musée d'anthropologie criminelle de Turin (dont plusieurs pièces présentées dans l'expo au rez-de-chaussée demandaient d'en apprendre plus sur cette collection) avec notamment à la fin de la matinée (semble-t-il), l'intervention intitulée "Collection Lombroso : du document à l’œuvre", par Barbara Safarova, "présidente de l’association abcd, docteur en philosophie, maître de conférence en esthétique" (n'en jetez plus). L'après-midi du samedi, je crois bien que j'irai me promener ailleurs (d'autres expos à voir). Je ne reviendrai, je le crains et je l'imagine, que le dimanche après-midi de 14h à 18h pour Marc Décimo (conférence "les pierres parlent et nous on les écoute"), Marina Giordano (art et textile chez les outsiders italiens), Laurent Danchin (qui nous causera des "Banditi della critica", vaste programme) et Lucienne Peiry (pour le "désencadrement de l'art chez Podesta, Bosco et Nanetti"). Je ne pense pas pouvoir rester pour le concert de clôture (Gustavo Giacosa et le Fausto Ferraiuolo Trio Jazz) se rapportant "aux chants de  bandits et à un hommage à Pier Paolo Pasolini". Ce dernier ne m'intéresse que très faiblement en effet. Mais chacun est libre d'en juger autrement, n'est-ce pas.