Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/05/2015

Des "Bricoleurs de paradis" à Montreuil

     Est-ce un signe de la fin provisoire des rebonds de projection dans différents lieux de France du film de Remy Ricordeau, que j'ai co-écrit avec lui, Bricoleurs de Paradis, voici qu'il sera projeté à la Médiathèque Robert Desnos de Montreuil (rue Rouget de l'Isle entre Croix de Chavaux et la mairie), dans cette même ville où siègent les bureaux de l'éditeur d'Eloge des Jardins Anarchiques, l'Insomniaque, mon livre, où est inséré primitivement le DVD de Bricoleurs de Paradis... On finirait la campagne de promotion du film et du livre par là où on a commencé?

     Le livre est épuisé, et ne sera pas réédité pour le moment, afin de laisser la place à deux autres projets en cours, menés avec le même éditeur pour l'un, et avec un second éditeur pour l'autre (les Editions du Sandre). Le film de Remy Ricordeau, qui sera donc projeté à la Médiathèque le jeudi 21 mai en ma présence à 19h30, dans le cadre d'une "garden party" (jeu de mots, puisque c'est pour parler des jardins spéciaux, en l'occurrence de l'art brut), est désormais quant à lui disponible en téléchargement payant ou en location sur le site de la coopérative audiovisuelle Les Mutins de Pangée.

    Alors, on se retrouve jeudi soir prochain à Treuilmont?

 

Taugourdeau-mami-wata-37-91.jpg

Emile Taugourdeau, une statue représentant vraisemblablement une Mami Wata, les bras chargés de serpent (autre façon de représenter en Afrique de l'Ouest les déesses des eaux), photo Bruno Montpied, 1991 (soit vingt ans avant la sortie du film Bricoleurs de Paradis où Remy et moi sommes allés tourner des images sur l'état actuel du jardin, désormais bien abîmé ; en 91, le jardin était à son apogée, son auteur n'étant décédé que depuis deux ans)

 

12/05/2015

Les Mayennais toujours à l'œuvre et à la manœuvre en Estonie

     "Chers amis et contacts,

      J'ai le plaisir de vous annoncer une nouvelle exposition de La Mayenne à l'oeuvre,  organisée au musée Paul Kondas d'art naïf et outsider de Viljandi en Estonie, du 15 mai au 15 juillet 2015. 

     La précédente exposition, Croisements et Filiations, organisée en 2013 au musée National des beaux-arts de Biélorussie à Minsk, présentait les ramifications à l'origine de l'émergence de la création naïve et singulière dans la région. 
 
     Celle-ci, qui a pour titre Destins croisés aborde l'aspect plus actuel de la mouvance singulière en Mayenne." (Jean-Louis Cerisier)
 

presse mayennais à l'oeuvre Estonie.jpg

Article de Pauline Launay dans Le Courrier de la Mayenne du 6-5-2015

    
    Donc, il faut comprendre qu'il s'agit du deuxième volet d'un ensemble appelé globalement "La Mayenne à l'œuvre" et  qui se transporte cette fois en Estonie dans ce petit musée de Viljandi, avec l'appui de M. Michel Raineri, ambassadeur de France en Estonie, en partenariat avec le ministère de la culture d'Estonie, le musée du Vieux-Château à Laval, etc., pour montrer des artistes et créateurs mayennais contemporains.
 

Tatin 6 (1).jpg

Un dessin de Robert Tatin, La Vierge aux Oiseaux, 1982, coll. Art Obscur

 
 
   On veut y présenter quelques créateurs  et artistes emblématiques de ce creuset curieux lavallois et mayennais qui, dans la filiation avec le Douanier Rousseau, le grand ancêtre d'où tout est parti à l'évidence, ou avec Jules Lefranc,  Henri Trouillard, Robert Tatin, ou Jacques Reumeau (voir ci-contre, coll. Art Obscur), tous natifs de Laval, a su se renouveler en s'enracinant dans cette région.Reumeau 2 (2).jpg Jean-Louis Cerisier, le commissaire d'exposition, en collaboration avec Michel Leroux et son "art obscur", ainsi qu'avec plusieurs membres d'une association lavalloise, CNS 53 (Création Naïve et Singulière: Serge Paillard, Nathalie Mary, Michel Basset, Chantal Mady-Houdayer, Jean-Luc Mady, Salomé Mady), Jean-Louis Cerisier lui-même se veut à la fois artiste (que je qualifierai de "naïf moderne" tant ses expérimentations le mènent quelquefois  à dépasser allégrement les frontières de son art d'autodidacte naïf) et organisateur, médiateur de ses compagnons de créativité en Mayenne, nébuleuse que j'ai appelée autrefois dans un court article que j'avais inséré dans un ancien numéro de la revue des Pays de la Loire, 303, Arts, Recherches et Créations, "L'Ecole de Figuration poétique lavalloise".
 

Jean-Louis Cerisier.jpg

Jean-Louis Cerisier, un billet de 1000 zlotys déchiré, allégorie d'un refus de la vénalité proposé par l'artiste?


      On sait par exemple que Jules Lefranc, fut aussi à la fois peintre et collectionneur, et qu'il légua une bonne partie de sa collection au musée du Vieux-Château à Laval ce qui permit de lancer le musée en 1967. Et que ce dernier s'est ouvert très récemment à l'art singulier en lui consacrant quelques salles, en attendant mieux (une extension du musée à l'ancien palais de justice voisin par exemple). Art singulier qui est vu par les conservateurs du lieu comme une continuation de l'art naïf en moins strictement référent à la réalité visuelle, puisque l'art singulier se détache de la représentation du monde extérieur pour peindre plutôt des images aux formes et aux couleurs libres.
 

Gustave Cahoreau.jpgGustave Cahoreau tenant une de ses sculptures, un "protégé" de Michel Leroux... Archives Art Obscur

Hubert photo 2.jpg

Céneré Hubert, créateur multi-formes et notamment créateur d'environnement à St-Ouen-des-Toits (toujours en Mayenne), Archives Art Obscur

 

Chapelière 4 (1).jpg

Un très beau dessin (pastel?) de Patrick Chapelière ; à noter que les trois créateurs ci-dessus s'apparentent davantage à l'art brut qu'à l'art dit singulier, tant leur travail s'accomplit dans l'écart vis-à-vis des démarches traditionnelles artistiques ; coll. Art Obscur

 
     Jean-Louis Cerisier nous a adressé quelques images des œuvres qui seront exposées (du 15 mai au 15 juillet au musée Paul Kondas d'art "outsider et naïf" de Viljandi; ce Paul Kondas qui paraît être lui-même un "singulier" estonien que le musée de Viljandi verrait bien exposé en retour à Laval). Le moins que je puisse dire, c'est qu'il y a de quoi être ravi et enchanté par plusieurs artistes à découvrir si l'on doit se fier uniquement au panel proposé par Cerisier (voir les différentes illustrations émaillant cette note).
 

Lacoste 4.jpg

Alain Lacoste, autre Singulier mayennais bien connu et prolifique ; coll. Art Obscur

Marc Girard Girard 5.jpg

Marc Girard ; j'aime assez cette œuvre qui me fait penser à ... moi, mais aussi à Chaissac, à Lacoste...; coll. Art Obscur

mayenne à l'oeuvre, jean-louis cerisier, viljandi, musée paul kondas, art naïf, art singulier, alain lacoste, marc girard, jacque reumeau, musée du vieux-château à Laval, csn 53, jules lefranc, robert tatin, école de figuration poétique lavalloise, céneré hubert, environnements spontanés, patrick chapelière, art brut

Et un Joël Lorand, un... Peut-être relativement ancien, non? ; coll. Art Obscur

 
 
    Dommage qu'il faille aller si loin pour les voir réunis (même si aura lieu en Mayenne durant seulement trois jours un autre petit rassemblement d'œuvres, comme je l'ai précédemment signalé, à St-Cénéri-le-Gérei).  

08/05/2015

Monleme Gladys (c'est pas une jeune fille)

      De passage à Lyon, le week-end du 1er mai dernier, j'ai fait un petit bonjour à mon galeriste préféré, l'ineffable Alain Dettinger qui, en dépit du black out des lieux fermés pour cause de pont du 1er mai, était resté ouvert, parce que pour lui il ne s'agit pas d'un travail mais d'une passion, de l'air qu'il respire chaque jour, quelle que soit l'actualité. Il y avait toujours autant de tableaux et d'objets, de photographies accrochés aux murs et surtout entassés au sol, bouchant toute l'arrière-boutique. En voilà un à qui on devrait donner un peu plus d'espace, tant son travail de découvreur et de défricheur de talents ressemble à une entreprise de salubrité publique. Car nos esprits ont autant besoin de remèdes que nos corps.

     Il exposait les savants travaux d'équilibrisme en noir et blanc de Danielle Stéphane, je l'ai déjà signalé. Et comme toujours, en marge de son expo du moment, il y avait pour moi une autre découverte à faire. Alain Dettinger est un passionné d'Afrique comme on sait, c'est l'autre registre de sa galerie, parallèle à l'art plastique et graphique de singuliers contemporains. Il avait rencontré en compagnie d'une amie galeriste, située un peu plus loin de son échoppe (il est place Gailleton dans la Presqu'île à Lyon), à savoir la Galerie du Triangle, 33, rue Auguste Comte, un artiste béninois autodidacte (comme semblent l'être beaucoup de créateurs contemporains en Afrique noire), se présentant sous l'étrange prénom féminin de "Gladys". La Galerie du Triangle lui organise une exposition qui dure jusqu'au 16 mai.

     Alain Dettinger pour sa part  s'est contenté d'acquérir deux peintures de cet artiste, toutes deux signées plus complètement "Monleme Gladys". Il paraît vivre à Abomey, au Bénin, et créerait quelque peu dans l'orbite d'un autre artiste de là-bas, déjà pas mal "lancé", le dénommé Dominique Zinkpe, créateur d'un centre culturel, qui lui-même a parmi ses influences admises le peintre d'origine haïtienne Jean-Michel Basquiat. Et ce dernier, pour le côté peut-être un peu déstructuré de ses compositions paraissant souvent sur le point de se dissoudre, est sans doute une référence aussi pour notre Gladys.

 

Monleme-Gladys,-ss-titre,-(.jpg

Monleme Gladys, sans titre (un homme tient à bout de bras sa tête coupée, tandis qu'un autre homme le menace de sa lance), 83 x 87 cm, technique mixte (sur papier marouflé sur panneau de bois?), 2010, Galerie Dettinger-Mayer, Lyon, ph. Bruno Montpied

Monleme-Gladys,-84x87-cm,-2.jpg

Monleme Gladys, sans titre (accouchement d'un serpent par le bas et accouchement d'un être humain par le haut...), 83 x 87 cm, technique mixte (sur papier marouflé sur panneau de bois?), probablement de la même année 2010 que le précédent, coll. privée, Paris ; ph. B M

 

     Les deux compositions m'ont fait penser que l'homme doit en outre être inspiré par les mythologies propres à son pays, car en dépit du fait qu'elles sont assez sobres, tracées sur un fond uni quoique plein d'une matière graineuse, elles restent assez difficiles à interpréter pour un  Européen peu au fait de ces mythes, ce qui est mon cas.

 

Portrait-de-Monleme-Gladys-.jpg

Détail d'un portrait de Gladys devant ses peintures, archives Alain Dettinger, 2015

 

     Le problème, c'est qu'à côté de ces deux compositions-là, l'artiste en question paraît travailler parfois un peu plus vite, et peut-être de façon moins inspirée (afin de satisfaire à une commande qui le bouleverse ?). L'exposition de la Galerie du Triangle de mon point de vue révèle cet aspect préoccupant (car le fait de se montrer inégal peut desservir grandement un artiste, par la réputation qu'elle risque de lui tailler), même si dans l'ensemble on peut découvrir de fort belles choses en ce lieu courageux. Si un grand tableau sans titre au centre de l'expo reste de très belle facture (voir ci-dessous), ainsi que deux ou trois autres compositions sur panneaux, plusieurs dessins sur papier paraissent cependant moins frappants.

 

Monleme-Gladys-gd-tableau-e.jpg

Gladys, sans titre, sans date (?), environ 1 m x 1 m (?), peinture sur panneau ou toile, exposition Galerie du Triangle, 2015 ; ph. BM ; c'est l'une des plus intéressantes œuvres de l'expo

Sans-titre,-env-1m-sur-1m,-.jpg

Gladys, une autre de ses grandes peintures exposées Galerie du Triangle, elle aussi fort belle... ; ph. BM

Gladys,-Sans-titre,-peintur.jpg

Gladys, une de ses peintures sur papier datée de 2014; l'inspiration n'est-elle pas moins forte ici (personnages moins narratifs, posés platement côte à côte, seule la couleur paraissant avoir été traitée  avec attention) ? Exposition Galerie du Triangle, 2015 ; Ph BM 

 

     Alors? Qu'est-ce qui explique cette différence d'inspiration et de graphisme entre les peintures de 2010 et les quelques œuvres de 2014 montrées en ce moment à Lyon? Mais il faudra sans doute attendre d'en voir davantage... Ce qui n'est pas sûr d'arriver quand on connaît le grand nombre d'artistes qui créent en Afrique, notamment de l'Ouest.

 

01/05/2015

La Mayenne à l'oeuvre

      Me parviennent depuis quelques jours diverses annonces émanant des différents acteurs (liés à l'association CSN 53, "Créations Naïves et Singulières en Mayenne") d'une exposition à deux visages, "La Mayenne à l'œuvre", qui va être montée d'un côté au Centre Kondas d'Art Naïf et Outsider à Viljandi en Estonie (du 15 mai au 15 juillet ; l'expo est initiée plus particulièrement par Jean-Louis Cerisier qui entretient depuis des années des liens étroits avec certains de ses pays à l'est et au nord de l'Europe), et de l'autre en Mayenne, dans un joli village répondant au doux nom de Saint-Céneri-Le-Gérei.

 

affiche saint céneri le géreï 2015.jpg

 

 

     Dans ce dernier patelin, l'expo durera trois jours, du 23 au 25 mai (c'est le week-end de la Pentecôte). Elle est constituée d'une petite partie de la collection de Michel Leroux, dite par lui "d'art obscur" (pas si obscur que cela tout de même ; à signaler que Michel Leroux a recyclé ainsi un terme qui avait été envisagé au début de l'aventure de l'art brut, vers 1945 donc, par Dubuffet lui-même qui l'avait finalement rejeté comme insuffisamment adapté à ce qu'il cherchait).

 

Patrick-Chapelière-CollLero.jpgPatrick Chapelière, coll Michel Leroux

Noël-Fillaudeau,-série-des-.jpg

Noël Fillaudeau, sans titre, série des "Métamorphoses", vers 1993, coll. privée, Paris, ph. Bruno Montpied

 

csn 53,art naïf,art singulier,patrick chapelière,la mayenne à l'oeuvre,art obscur,michel leroux,jean-louis cerisier,serge paillard,noël fillaudeau,alain lacoste,joël lorandRobert Tatin œuvre actuellement exposée (jusqu'en juin prochain) au musée Robert Tatin de Cossé-Le-Vivien (Mayenne)

 

     Au programme: Gustave Cahoreau (un protégé de Michel Leroux), Patrick Chapelière (mis en avant par Joël Lorand), Alain Lacoste (un grand ancien de l'art singulier), Robert Tatin (qui en dehors de son musée sculpté de Cossé-Le-Vivien était aussi peintre), Joël Lorand (Mayennais d'adoption, et maintenant Sarthois (non... en fait habitant de l'Orne, voir commentaires ci-dessous...) à ce que j'ai cru comprendre, puisqu'il est basé à Alençon), François Monchâtre (un autre ancien de la Singularité, connu pour ses machines imaginaires et ses personnages de "crétins"), Noël Fillaudeau (l'ancien ami de Gaston Chaissac), enfin Jean-Louis Cerisier.

 

csn 53,art naïf,art singulier,patrick chapelière,la mayenne à l'oeuvre,art obscur,michel leroux,jean-louis cerisier,serge paillard,noël fillaudeau,alain lacoste,joël lorand

Jean-Louis Cerisier, Collection L'Art Obscur de Michel Leroux

 

     Cette expo, en dehors de la collection de Michel Leroux, comprendra aussi des œuvres venues des ateliers de Serge Paillard et de Jean-Louis Cerisier, amis lavallois dont j'ai souvent eu l'occasion de parler sur ce blog. Des œuvres provenant de la collection Michel Basset, et de la collection Jean-François Maurice (récemment disparu), seront également adjointes à ces ensembles.

 

csn 53,art naïf,art singulier,patrick chapelière,la mayenne à l'oeuvre,art obscur,michel leroux,jean-louis cerisier,serge paillard,noël fillaudeau,alain lacoste,joël lorand

Serge Paillard, Pomme de Terre en Patatonie  (la cartographie rêvée du Professeur Caldnitz), 2015?, collection de l'artiste

 

23/04/2015

Le créateur anarchiste Jean Galéani, quelques éléments nouveaux...

      Un lecteur, par ailleurs animateur de deux blogs consacrés à l'histoire et à la généalogie concernant une commune en Vendée, appelée curieusement Le Tablier (située entre La Roche-sur-Yon et Luçon grosso modo), Jean-Pierre Logeais, m'a signalé récemment être tombé sur une autre œuvre du peintre (et sculpteur) anarchiste Jean Galéani, dont ce blog remonte le fil de l'œuvre et de la vie désormais, au gré des trouvailles de ci de là... Il me demandait si cela pourrait être du même auteur.

 

Portrait Planche (1).jpg

Portrait de Fernand Planche, par Jean Galeani. Bas-relief en plâtre teinté, 1949, ph J-P. Logeais

Portrait Planche (2).jpg

Au verso du bas-relief, l'inscription avec la signature "J.Galéani, Paris - 1949", ph. J-P. Logeais

 

     A la lecture de la signature, identique à celle qu'on trouve sur le tableau "Victoire - Défaite" de 1919 (voir ma note sur le sujet), il n'est pas permis d'en douter. De plus, Galéani était aussi sculpteur, comme on le voit dans l'interview filmée de Pierre Dumayet qu'on peut voir sur ce blog dans ma note du 23-12-2014 ou sur le site de l'INA. M. Logeais me l'a d'ailleurs fait remarquer, dans ce film on aperçoit des bas-reliefs du genre de ce portrait de Fernand Planche (dont M. Logeais donne les dates bornant sa vie: 1900-1974).

     Ce dernier était un anarchiste lui aussi, probablement admiré par Galeani, artisan de la tendance "La synthèse anarchiste" (qui cherchait à unir les différents courants du mouvement libertaire français.) Originaire de la région de Thiers, il a fait l'objet d'une biographie de Georges Therre qu'évoque sur un autre blog (auquel renvoie J-P. Logeais), "Escout'moi voir, webzine du Livradois-Forez", un certain Jean-Luc Gironde. Georges Therre s'appuie sur une documentation fournie par Pierre-Valentin Berthier du Monde Libertaire (Berthier qui connut Planche). Fernand Planche fut (entre autres, car il fit trente-six métiers) coutelier, ce qui n'est pas étonnant à Thiers, patrie du couteau, et ce qui n'est pas pour nous déplaire sur ce Poignard Subtil... Il a écrit une biographie de Louise Michel, ce qui nous alerte si l'on se souvient que Galeani disait avoir été "parrainé" par cette dernière dans sa jeunesse (Louise Michel fit une conférence à Thiers en 1904, un an avant sa mort)... Il a fréquenté de nombreux penseurs anarchistes des années 30 comme entre autres Lacaze-Duthiers que j'ai déjà eu l'occasion de citer ici, ou Voline, l'auteur de la Révolution inconnue consacrée à Nestor Makhno adversaire anarchiste des bolcheviks pendant la Révolution russe.

     Il était affecté d'un strabisme divergent aux deux yeux, perdant la vue sur un œil très rapidement. On le décrit cordial et terriblement désordonné (il tenait une boutique, qui était un véritable capharnaüm, à Billancourt). Après la guerre, il vécut dans le Marais (quartier où habitait aussi Jean Galéani). Il écrivit, et publia notamment un roman sur sa jeunesse à Thiers, Durolle, où il évoque les difficultés de la vie des ouvriers couteliers (un groupe anarchiste à Clermont-Ferrand s'en souviendra en prenant le nom de groupe Fernand Planche). Il finira à 50 ans par aller s'installer en Nouvelle-Calédonie où il s'établira vendeur de coquillages de collection avant d'y mourir d'une crise cardiaque.

      Sur son blog "Varia - Histoire et généalogie", Jean-Pierre Logeais en outre a retrouvé des éléments d'ordre généalogique sur Jean Galeani. J'invite les amateurs à s'y reporter. On y apprend entre autres qu'il était né de père inconnu, seulement reconnu par une mère qui était blanchisseuse, accompagnée de soldats du 87e de ligne de Montpellier le jour de sa déclaration de naissance. La même mère qui épousa six ans plus tard un Galéani, lui aussi soldat (tambour) dans ce même 87e de ligne, qui alors reconnut l'enfant en même temps qu'un second, peut-être un demi-frère de notre Jean. Etait-il le père biologique? Vu la fréquentation de nombreux soldats de ce 87e de ligne, il est permis d'en douter... Que le père de notre peintre anarchiste fut constitué d'une notable partie de l'armée française a pu jouer un rôle non négligeable dans sa détestation ultérieure du militarisme (qu'il dut partager très certainement avec Fernand Planche, lui aussi pacifiste). 

    A suivre? (Fernand Planche avait-il des tableaux de Jean Galeani?) 

19/04/2015

Infos-miettes (26)

Solange à Bruxelles

     Solange Knopf s'en vient à Bruxelles exposer à nouveau, cette fois hébergée par deux passionnés de son travail, Clem et Claude Jadot. L'exposition a une durée météorique, deux jours seulement, les samedi 9 et dimanche 10 mai (de 14 à 19h), le vernissage se passant le vendredi 8 mai de 18 à 22h. Voici l'adresse pour ceusses qui aimeraient y faire un tour: 77,  Drève des Renards, Uccle, Bruxelles.

 

Solange Knopf Dessins 2015, Crayons de couleurs sur papier fibre de bambou 109 x 79 cm Ph Luc Shrobilgten.png

Solange Knopf, sans titre, 109 x 79 cm, crayons de couleur sur papier en fibre de bambou, 2015 ; Ph Luc Shrobilgten

 

*

Galerie Isola de Francfort, de l'art brut en Allemagne: Ernst Kolb

     La galerie Isola à Francfort, dirigée par Patrick Lofredi, un Français installé en Allemagne, galerie qui était présente au récent salon outsider art fair de Paris à l'Hôtel le A, présente actuellement une exposition sur un nouveau venu dans le champ de l'art brut, Ernst Kolb, à l'occasion de la sortie d'un livre de Rolf Bergmann consacré à ce créateur. Cela dure du 3 avril au 24 mai. Adresse: Falkstraße 40, 60487 Francfort. Tel 01 57 34 92 23 72. Ils ont un site web bien sûr:  http://www.galerie-isola.de/. L'art brut en Allemagne est un terrain très peu connu en France, n'est-il pas?

 

Kolb www.outsider-art-brut.ch.jpg

Ernst Kolb, portrait et dessins, photo extraite de www.outsider-art-brut.ch

 

*

Et toujours le musée d'art brut et naïf de Suisse orientale, le "museum im Lagerhaus" (l'Entrepôt) à Saint-Gall qui présente cette fois une collection privée...

 

Alfred-Leuzinger-Mann-mit-Käfern-Selbstporträt-undatiert_Museum-im-Lagerhaus-383x268.jpg

Alfred Leuzinger (1899-1977), Homme avec coléoptères (autoportrait), crayons de couleur sur papier, © Museum im Lagerhaus, Collection Mina und Josef John

 

      Du 21 avril au 18 Octobre 2015 (ouverture le 20 avril), se tiendra une exposition consacrée à la collection de Mina et Joseph John avec environ 650 œuvres d'art brut ou populaire suisse. Il semble que cette collection soit ouverte au public en dehors de cette manifestation. Parallèlement à l'expo, le musée Im Lagerhaus présente dans sa documentation un aperçu  de la collection complète (de même sur son site web, on peut découvrir des reproductions de l'ensemble de cette collection mise en ligne!). J'avoue avoir toujours eu un petit faible pour ce musée caché dans l'Appenzell qui nous montre si souvent du nouveau et du plus délectable en matière d'art brut, naïf ou populaire. Dommage que ce ne soit pas ma banlieue...

 

 

Ernst-Kummer-Flugobjekt-bemannt-undatiert_Museum-im-Lagerhaus-383x256.jpg

 Ernst Kummer (1918-2003), maquette d'avion avec personnage,  matériaux variés, sans date © Museum im Lagerhaus, Collection Mina und Josef John

 

*

La galerie Les Yeux Fertiles a des obsessions

    Là, l'exposition intitulée "Obsessions", n'en a plus que pour quelques jours, puisqu'il est prévu qu'elle se termine le 16 mai. Parmi plusieurs noms relevant de l'art  moderne (Bellmer, Saby, Fred Deux, Molinier...) ou de l'art singulier (inévitable Ody Saban...) dont les œuvres sont exposées, on signalera trois magnifiques peintures d'Eugen Gabritschevsky, qui devrait être bientôt exposé en plus grand à la Maison Rouge (vers la fin de l'année), d'après ce que nous en a dit Benoît Morand l'un des animateurs de la galerie. Ainsi que la peinture de Lubos Plny, moins chargée qu'à l'habitude et formidablement équilibrée, qui a été choisie pour le carton d'invitation. Et un très beau André Masson également (à quand une rétrospective de cet artiste qui paraît moins chéri des commissaires d'exposition que d'autres du mouvement surréaliste?)... Liste complète des exposants: H. Bellmer, J. Benoît, F. Deux, J. Domsic, J. Ferrer, J. Fischer, E. Gabritschevsky, G. Harloff, E. J. Hodinos, V. Jakic, I. Jarousse, J. Kolar, R. Léonardini, S.Lepri, R. Lonné, M. Macréau, A. Masson, P. Molinier, M. Pelosi, L. Plny, O. Saban, B. Saby, Scottie-Wilson.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse

Lubos Plny, sans titre, 83 x 59,5 cm, encre de Chine et acrylique sur papier, 2008

*

"Ligabue et les visionnaires candides" au Centre Miche Berra de Costigliole Saluzzo (région de Coni, Piémont) 

 

      Ça doit être bien joli ce patelin de Costigliole Saluzzo, situé au sud de Turin, au pied des Alpes (du côté français, il y a le Queyras), où est montée une exposition (du 28 mars au 5 juillet) que j'aurais bien aimé voir... Hélas, elle se terminera juste au moment de la grande transhumance des vacances. Ligabue, ce peintre naïf connu pour ses tigres aux gueules féroces, n'est pourtant pas bien connu hors d'Italie et pas souvent exposé.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Antonio Ligabue, un de ses tigres féroces

 

     Cette année, c'est le cinquantième anniversaire de sa disparition. Avec lui, on a joint des œuvres de Ghizzardi, lui qui fut exposé à Nice et à Paris il n'y a pas si longtemps, et de Bruno Rovesti. A côté sont aussi présentés quelques artistes naïfs yougoslaves Generalic, Rabuzin, Vecenaj, Lackovic et Kovacic qui m'attirent moins (hormis Rabuzin).

Un document tourné par Raffaele Andreassi en 1962, assez étonnant je trouve,  Ligabue, il vero naïve, de 1977 pour la RAI semble-t-il, où l'on voit Ligabue en action, cherchant à imiter des bruits d'animaux (je crois...) et trouver l'amour auprès d'une dame qui paraît charitable à son égard, sans plus...

 

*

 

Louis Soutter confronté à Victor Hugo dans le musée de la Place des Vosges

      "Dessins parallèles" est le sous-titre de l'expo (prévue pour durer du 30 avril au 30 août) des dessins des deux grands artistes amants du noir et du charbonneux. On connaît les encres de Hugo, ses paysages visionnaires, ses personnages grotesques, ses pochoirs, ses taches interprétées, mais un peu moins les peintures tracées aux poings et aux doigts par le Suisse Soutter.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Louis Soutter, Parvis, encre noire, 1937, © galerie Karsten Greve, Cologne, Paris, St-Moritz

 

    Je ne sais pas encore si ce sont ces dernières du reste qui seront au musée Victor Hugo, je me contente de l'espérer car le carton d'invitation que j'ai reçu en montre une, ce qui paraît inférer qu'il y en aura d'autres place des Vosges. C'est ce que je préfère dans l'œuvre de Soutter, ses dessins au trait me lassant davantage. Ses peintures aux poings, parfois d'une sobriété étonnante  et sans perdre pour autant de leur force, ont marqué d'après moi certains artistes singuliers suisses comme par exemple Christine Sefolosha (à ses débuts) ou François Burland.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Un Soutter (le Héros)exposé il y a peu (2012) à la Maison Rouge, provenance galerie Karsten Greve là aussi...

 

* 

Guy Girard, Jean-François Affre, Christian Martinache 

      Vous ne trouverez pas beaucoup de renseignements sur le Net sur ces trois compères-là qui se sont alliés pour exposer à la galerie Artcomplice (11, rue Petit dans le 19e ardt, Paris ; tél: 01 40 41 97 77 et 06 70 06 31 88) du 15 au 27 avril (plus que quelques jours donc). Personnellement, je me suis souvent intéressé aux peintures du premier qui a exposé autrefois au musée de la Création Franche à Bègles et que j'ai souvent évoqué sur ce blog.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Guy Girard, anagraphomorphose sur le paraphe de Flora Tristan, huile sur toile, musée de la Création Franche, ph Bruno Montpied (2009)

 

 *

Du côté de la Galerie Dettinger, Danielle Stéphane

 

     Nouvelle exposition à Lyon, place Gailleton, d'une artiste qui paraît sûre de ses moyens quant à la représentation de personnages, dans des compositions apparentant ses scènes de cirque à des constellations de formes blanches sur des fonds sombres, le tout dans un trait poudreux.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Danielle Stephane, Lola au cirque, 110 x 72 cm, encre sur papier, 2014, ph Claire Defosse

 

    Cela s'appelle "Variations Lola, encre sur papier" et c'est du 11 avril au 9 mai, en partenariat avec la galerie Jean-Louis Mandon, (3, rue Vaubecour dans le 2e ardt) où une autre exposition intitulée "Nymphes et vanités, encre sur  volume" est montée en parallèle (du 7 avril au 25 avril, plus que très peu de temps...).

*

"Wild Garden" (Jardin sauvage), art naïf et brut venu d'Iran à la Galerie Hamer, Amsterdam

 

      J'ai déjà mentionné quelques créateurs bruts venus d'Iran, tous aussi originaux et talentueux les uns que les autres. On retrouve dans cette expo Davood Koochaki qui fut exposé déjà à la galerie Hamer ainsi que récemment à Paris dans le cadre de "Sous le vent de l'art brut II" (sur la collection néerlandaise du De Stadshof), mais cette fois associé à trois autres artistes moins connus, Mohammad Ariyaei, Salim Karimi et Gorgali Lorestani.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Mohammad Ariyaei, sans titre, 70 x 50 cm, Galerie Hamer, Amsterdam, Pays-Bas

 

 

    Il semble que le point commun unissant les travaux de ces quatre créateurs est de n'avoir point totalement coupé par leurs sujets avec leur culture autochtone, un peu comme dans le cas de certains créateurs aborigènes australiens, ou des peintres de diverses ethnies en Inde. Ils font davantage preuve d'originalité par le style de leurs dessins ou peintures.

 

solange knopf,museum im lagerhaus,galerie isola,patrick lofredi,ernst kolb,collection mina et joseph john,alfred leuzinger,ernst kummer,art brut et naïf suisse,lubos plny,galerie le syeux fertiles,eugen gabritschevsky,andré masson,ligabue,rovesti,ghizzardi,art naïf visionnaire,soutter,victor hugo

Deux pages du dépliant annonçant l'exposition à la galerie Hamer avec deux œuvres de Gorgali Lorestani, où l'on voit la présence très importante des textes mêlés aux graphismes

 

L'exposition durera du 22 avril au 23 mai. Voir www.galeriehamer.nl

 

 

05/04/2015

"Brut de pop'" dans les Landes

     J'ai appris un peu à la dernière minute, et avec très peu d'informations sur le contenu de l'exposition (ainsi que sur la totalité des auteurs présentés)... qu'une manifestation commençait le 1er avril à l'Ecomusée de Marquèze (fin prévue le 28 juin) près de Sabres dans les Landes (entre Bordeaux et Mont-de-Marsan ; le titre est un calembour bien entendu, on veut nous faire songer à "brut de pomme"... Et l'on joue aussi en sous-titre sur les rapports de l'art brut avec l'art populaire en posant la question de "l'impopularité" hypothétique de ces formes d'art).

 

MARQUÈZE-LIVRETexpo-brutdepopp-1.jpg

 

     Le musée de la Création Franche de Bègles est associé à l'exposition par le prêt de pas moins de deux cents œuvres. Ils sont généreux à Bègles, faut pas le nier. Mais qui est exposé, c'est  la question à mille francs ? Il semble qu'il n'y ait pour l'instant aucun dossier de presse de disponible, et l'on en est donc réduit aux supputations. Un catalogue, sous la forme d'un numéro spécial de Création Franche, devrait cependant, en principe, sortir la semaine prochaine. Les amis Albasser m'ont informé de plus qu'il y a deux douzaines d'œuvres de Pierre Albasser d'accrochées dans une section consacrée à la "récupération" (on les apercevait, à un moment d'internet, en illustration d'un  communiqué de l'Ecomusée, présentées sous des cadres vitrés suspendus). Il semblerait aussi qu'on puisse aussi y trouver des pièces de Simone Le Carré Galimard, si le masque sur l'affiche est bien d'elle... A côté de l'affichette ci-dessus,  on aperçoit aussi une de ces charmantes sculptures ultra brutes de décoffrage de Jean Dominique (sur lequel, je profite de l'occasion, est paru il n'y a pas si longtemps un ouvrage entièrement consacré à sa vie et son œuvre – avec une centaine de sculptures reproduites – livre écrit et autoédité par Jean-Luc Thuillier, Jean Dominique, une figure de l'art brut en Périgord, 2012). Le musée de la Création Franche possède en effet une cinquantaine de pièces de cet auteur.

JD,-bonhomme-à-casquette,-C.jpg

Deux petites sculptures de Jean Dominique, musée de la Création Franche, ph. Bruno Montpied

 

    Mais pour le reste? On ne peut que faire des suppositions en attendant qu'on trouve le temps de nous en dire plus ou que je rencontre quelque motorisé qui voudrait bien m'emmener là-bas... Le laïus du communiqué déjà évoqué indique: "Objets du quotidien détournés, art du bricolage et de la récupération, cette exposition propose de découvrir des objets aussi insolites qu’esthétiques, mais aussi de s’interroger sur les principes de la création artistique, qu’elle soit populaire, brute ou franche.calebasses gourdes pour bergers sur échasses landais, St-Justin (40), blog les tchanques.jpg

    Anonymes, artisans, artistes, les créateurs rassemblés ici offrent une vision esthétique du monde loin des « beaux-arts » et des cercles académiques. Pour vous en faciliter la découverte, nous avons regroupé ces objets et œuvres autour de sept thématiques : l’artiste-artisan, le monde rural, le foyer, le religieux, l’enfance, les fêtes et les loisirs, la récupération."

    Il semble donc que l'on veuille – dans un écomusée, c'est dans la logique des choses – associer l'art brut, et la création singulière d'artistes en porte-à-faux avec l'art des "Beaux-Arts" d'un côté (ce qui fait le fonds du musée de la Création Franche), avec, d'autre part, l'art populaire au sens rural du terme (tel qu'il a été conservé en tout cas dans ce musée consacré à la culture populaire landaise¹). Pour illustrer ce dernier aspect, il semble que l'Ecomusée ait décidé de mettre des éléments de sa collection (statues, œuvres de patience,  meubles, gourdes en calebasse gravée, jouets...) en regard des œuvres venues de la Création Franche. Il faut préciser du reste que c'est une responsable de l'Ecomusée, Mme Vanessa Doutreleau, chargée des expositions au Pavillon de Marquèze, qui a choisi les 450 œuvres (au total) de "Brut de Pop'". J'applaudis en principe à ce genre d'initiative qui permet de réassocier art d'autodidactes bruts ou naïfs et art populaire, loin de l'art moderne ou contemporain (le rapprochement avec ces derniers, comme je l'ai déjà dit, se fait en effet par trop depuis quelque temps dans les cercles plus mondains de la capitale). Plutôt que de conserver une collection d'art brut dans un musée d'art contemporain et d'art moderne, on aurait pu tout aussi bien imaginer la voir entrer dans le prolongement d'un musée d'art populaire, comme c'est presque le cas lorsqu'on découvre en Bourgogne dans un même triangle géographique (j'avais appelé celui-ci autrefois, en 1989..., le "triangle d'or") le musée d'art naïf de Noyers-sur-serein, le musée d'art populaire de Laduz et la Fabuloserie de Dicy...

 

Brut de pop ph de l'expo.jpg

Une vue fort partielle de l'expo

 

    Il faut souligner ce que ce projet a de tout à fait plausible et stimulant, à l'heure où certaine galerie parisienne et certain grand collectionneur voués à l'art brut aiment à mettre en avant ce qui relève à l'intérieur du champ de l'art brut plutôt du document ou de hautes élaborations intellectuelles pondues par des êtres cultivés en rupture, élaborations débouchant sur des chinoiseries cérébrales proches en terme d'ennui de tant d'œuvres de l'art contemporain le plus emmerdant (je pense au secteur dit "des hétérétopies scientifiques" de la dernière exposition ABCD à la Maison Rouge).

____

¹ On pourrait renvoyer au fait les responsables de ce  musée à l'information que j'ai délivrée il y a déjà quelque temps sur ce blog à propos d'Alphonse Benquet, ce peintre et sculpteur landais qui vivait dans les décennies du début XXe siècle à Tartas, non loin de Mont-de-Marsan dont est proche Sabres.

18/03/2015

De l'art naïf anonyme en remontant le temps

      C'est beau les Puces de Vanves, on y rencontre toutes sortes d'épaves, d'objets venus y faire un petit tour au gré des marées perpétuelles du souvenir et des occasions, sous le prétexte d'être objets de commerce. L'autre jour, mêlées à des peintures du genre plutôt moderne (XXe siècle), je suis tombé sur deux peintures sur papier, un peu abîmées certes (de l'humidité y avait laissé des taches, des crevasses serpentaient dans les coins, peut-être certaines taches de couleur étaient plus la résultante de frottages intempestifs essuyés au fil des âges, au gré des déplacements, plutôt que de la volonté du peintre), mais encore pimpantes, joliment colorées, et dessinées avec une certaine naïveté. Par exemple, pour preuve de ce que j'appelle "naïveté" et qui est plutôt signe d'une grâce qui ne s'encombre pas d'une volonté de réalisme autre qu'intellectuel (comme aurait dit peut-être Georges-Henri Luquet), voyez dans le dessin ci-dessous la position des joueurs de trompettes aux chapeaux munis de plumets. Leurs pieds reposent sur une colline située à l'évidence bien plus loin que celle sur laquelle reposent les cinq autres personnages qui pourtant sont de même taille à côté d'eux, groupés autour d'une femme et de son enfant, personnages accompagnés d'une sorte de biche (aux oreilles de lièvre?), peut-être un symbole de cette famille aristocratique, qui fait un peu penser aux représentations d'animaux sur les tapisseries de l'époque. Un cheval aussi est de même taille que les personnages...

Anonyme-XVIIIe-siecle,-aris.jpg

Anonyme ; on notera la chaise à porteurs à droite, en train d'arriver peut-être pour charger la dame à la robe rose et l'emmener ensuite au château que l'on aperçoit au lointain ; ce pourrait être un facteur de datation, de même que le style des vêtements (XVIe siècle? Ou XVIIIe siècle, époque où aurait peint l'auteur, se référant à un événement historique ancien?) ; il est possible que la scène se passe ailleurs qu'en France (?) ; ph. Bruno Montpied

 

     Le collectionneur qui les acquit me laissa avec bienveillance les prendre en photo, grâces lui soient rendues (il préfère rester discret quant à son identité).

    Voici le deuxième dessin, lui aussi une gouache sur papier, et lui aussi de la même main visiblement, même si on ne trouve aucune signature, aucune date, aucune inscription de quelque sorte que ce soit apposées dessus. Cette fois, le sujet est plus rude. Il s'agit à l'évidence d'une scène d'écartèlement. Le condamné est livide, en contraste avec les visages colorés de ses bourreaux. Les bœufs chargés de le démembrer sont gros afin que le spectateur du tableau ne puisse douter de leur efficacité. L'espèce de belvédère qui est placé en arrière-plan est curieux. Est-ce un poste d'observation pour cette zone de torture? Est-il seulement là pour remplir la composition qui serait sans cela un peu trop vide? Le dessin fait en tout cas un curieux pendant au précédent, même si rien ne permet de penser qu'ils étaient ensemble pour être exposés en vis-à-vis. Comme si le supplice du gueux était l'autre face d'une pièce dont le recto représenterait le faste des seigneurs. Ces derniers ne pouvant briller sans l'exécution de quelques révoltés ici ou là... 

Anonyme-XVIIIe-siecle,-scen.jpg

Anonyme, XVIIIe siècle ?, 31x40 cm, scène d'écartèlement, ph. BM

 

15/03/2015

Quatre de mes anciens films en projection, à l'époque où j'étais cinéaste amateur

cinéma amateur,festival 8-9,5-16,pavillons-sous-bois,cinéscopie,michel gasqui,bruno montpied,cinéma super 8,cinéma naïf

 

    Vendredi 20 mars, je participe avec quatre de mes anciens films tournés  en super 8 au Festival 8-9,5-16 de cinéma amateur des Pavillons-sous-Bois (Seine-St-Denis).  Ces derniers chiffres représentent les formats de cinéma acceptés par le festival en question, organisé conjointement par le CECAS de la ville des Pavillons-sous-Bois et la revue Cinéscopie animée entre autres par Michel Gasqui, un amoureux du cinéma amateur en format argentique, et notamment du cinéma Super 8. Je ne connais pas les autres participants à la programmation de cette édition, et ne peux donc rien en dire (mais je le ferai dès que je les aurai vus, si émotion il y aura...). Il semble tout de même qu'on ait affaire à des œuvres de création, fiction ou documentaire, et non pas à du cinéma de famille (l'anniversaire du petit dernier, les noces d'or de Papy et Mamie, etc., cinéma contre lequel a priori je n'ai rien, je m'empresse de le dire), et peut-être même des œuvres naïves comme il y a de l'art naïf.

 

cinéma amateur,festival 8-9,5-16,pavillons-sous-bois,cinéscopie,michel gasqui,bruno montpied,cinéma super 8,cinéma naïf

L'auteur au bord de la Manche, au cours d'un autre tournage, celui d'un film précédent appelé "Conversation aigre sur les malheurs du temps", 1977 ; ph. Jacques Burtin

 

 

    En ce qui me concerne, je prête quatre petits films tournés quasiment sans montage ultérieur, il y a trente ans, soit donc dans les années 1980. Ils se voulaient pour trois d'entre eux, Sur les trottoirs de nos villes, Œillères, et Ecrin de Sable,  comme des documentaires poétiques. Le quatrième, Un Paysage Changeant, est un minuscule film d'animation réalisé image par image avec les moyens du bord dans le petit studio que j'occupais à l'époque. Ils sont tous en Super 8 et sonorisés. Voici leurs "fiches techniques":

 

"Sur les trottoirs de nos villes (sonore, stéréo, 1981-1983, env. 4 min.)

“Sur les trottoirs de nos villes” est un poème visuel accompagné de deux textes, un de moi, et un tiré de Henri Michaux qui est une promenade effectuée au ras des trottoirs de Paris (dans le XIème) afin de tenter de révéler la beauté méditative des lignes et matières présentes sur le sol d’une ville, aussi suggestives et esthétiques pour l’esprit que des œuvres d’art abstrait telles qu’on peut les admirer dans les musées. L’art abstrait, seulement, dans ce cas, on marche dessus tous les jours…

 

Œillères (sonore en mono, 1985-1986, env 12 min.)

“Œillères” est une promenade à la surface de visages scrutés avec une certaine effronterie, de façon parfois fort insolente sous le nez des intéressés, au cours de deux tournages effectués à deux moments différents de l’année dans l’hippodrome d’Auteuil, du côté de la pelouse au milieu des turfistes aux allures fiévreuses de drogués du jeu. La musique lancinante de Mal Waldron et Marion Brown (un morceau nommé adéquatement “Contemplation"…) accompagne cet essai de portraits d’hommes en addiction au jeu, distillant une atmosphère de drame et de dépression. A signaler, pour ceux qui le connaissent, l'apparition à de certains moments, mêlé à la foule des turfistes, d'un certain Régis Gayraud, habitué de ce blog, et aussi d'un Roland Chelle, auteur du recueil "Vers luisants" à l'enseigne de la Petite Chambre Rouge.

 

Ecrin de sable (sonore, mono, 1988, env.11 min.)

“Ecrin de sable”, pareillement, est un poème visuel cherchant à mettre en lumière le merveilleux brut d’une plage où le sable est comme un écrin à des dizaines et des dizaines d’objets laissés là par la mer, coquillages, cailloux luisant comme des bijoux, épaves, etc. C’est une tentative d’hommage à la poésie brute d’une plage, avec sa lumière et ses cimaises horizontales.

 

Un paysage changeant (sonore en stéréo, 1983, env. 2min.)

“Un paysage changeant”, sur une musique extrêmement rythmée de Spike Jones, est un film d’animation réalisé avec de la peinture et divers petits accessoires. C’est comme un tableau essayant de se faire en direct devant la caméra, le tout en manifestant un rythme non prévu au départ et en réalité improvisé au tournage image par image, puis davantage révélé au visionnage par adjonction de la musique burlesque de Spike Jones."

Avis aux curieux donc... 

10/03/2015

Quand le rideau ne tombe jamais, expo à l'American Folk Art Museum (New-York)

      Etrange titre, se dit-on d'abord, mais on sait aussi que c'est le meilleur moyen d'intriguer et d'amorcer la curiosité des amateurs d'expositions hors du commun. Si "le rideau ne tombe jamais" (je traduis du titre en américain de l'expo "When the curtain never comes down), c'est sur les "performances" de créateurs hors-les-normes qui les vivent au quotidien (mais est-ce le spectacle qu'implique ce "rideau"...?).

     "Performances" n'est pas un terme que j'apprécie beaucoup, cela dit. Cela correspond à la volonté de la commissaire d'exposition, par ailleurs conservatrice en charge du département art brut et art autodidacte dans ce même American Folk Art Museum de New-York, Valérie Rousseau (dont j'ai déjà eu par le passé l'occasion de parler, du temps où elle animait la Société des Arts Indisciplinés au Québec), de rapporter les rituels quotidiens, les comportements, les actes, les inventions de machines et de mobiles, les créations de situation, les pratiques créatives au jour le jour de 28 "artistes" (en réalité plutôt des créateurs non professionnels, voir la liste sur le site du musée ci-dessus par le lien), de rapporter donc tout cela à l'Art sacro-saint, alors qu'en fait il faudrait à mon sens plutôt montrer comment ces pratiques se détachent de l'art au sens traditionnel du mot (ce n'est pas que de la création plastique, c'est aussi un rôle social)  pour investir l'espace-temps du quotidien, et donc en bref qu'il ne s'agit pas d'une "artification", d'une annexion de la vie par l'art,  mais d'une "quotidiennisation"  et d'une vitalisation de l'art à tel point que celui-ci finit par se dissoudre dans cette même vie... Mais bon, d'un autre côté, il faut aussi reconnaître que Valérie Rousseau a tenté pour le coup un rassemblement d'actes créatifs que l'on n'avait pas eu jusque-là l'idée de tenter, il faut donc lui rendre cette justice. Ce projet novateur a à n'en pas douter quelques cousinages avec l'expo "L'autre de l'art" qui s'est tenue en France au LaM et que j'avais aussi évoquée sur ce blog il n'y a pas si longtemps.

 

Lieb_AFAM Qd le rideau.jpg

Marie Lieb, bandes de tissu disposées sur le sol d'un hôpital en Allemagne où elle vivait, vers 1894, photographie collection Prinzhorn à Heidelberg

 

     Ce qui est visé ici, à travers ces productions hétéroclites ne faisant pas œuvre au sens où l'on entend généralement le mot (à savoir des icônes destinées à s'extraire de  notre temporalité pour accéder à l'absolu), ce serait en effet plutôt des actes, des pratiques créatives, vécus au quotidien, mêlés inextricablement à la vie de tous les jours. Marie Lieb dans son asile en Allemagne vers 1894 arrangeait sur le sol de façon parfaitement éphémère des bandes de tissu harmonieusement disposées, telle une nuit étoilée rabattue sur le sol le temps d'une respiration.Müller_expo AFAM qd le rideau ne tombe jamais.jpg Heinrich Anton Müller inventait dans un autre hôpital des machines dont le sens a été perdu et qui furent vandalisées (voir ci-contre, Müller dans l'hôpital de Münsingen en Suisse, 1914-1922, photo coll. Prinzhorn, Heidelberg). Par chance, le souvenir nous en a été gardé grâce à des photographes bien inspirés... Fernando Oreste Nanetti en Italie grava les murs extérieurs de l'asile de longues bandes de graffiti grattés dans l'enduit des parois. Vahan Poladian ou Eijiro Miyama (voir ci-dessous, image reprise du site web de la Collection de l'Art Brut de Lausanne) se couvrirent de parures extravagantes mais rigoureusement illustratrices de leurs caprices vestimentaires ultra personnels.Eijiro Miyama ds les rues de Yokohama 2006 ph coll de l'art brut lausanne.png Arthur Bispo de Rosario au Brésil aussi concevait des sortes de cape grandioses richement brodées et dessinées (on eut l'occasion de les découvrir à la Galerie Nationale du Jeu de Paume dans l'expo "La Clé des Champs" en 2003). Melina Riccio sème des proclamations inscrites, parfois au sein de cœurs,  tracées un peu partout dans les rues en Italie, sur des bannières et des vêtements aussi. Gustav Mesmer avait réinventé les ailes d'Icare sur des collines suisses. L'expo de New-York propose aussi de découvrir les amulettes de Jean Loubressanes, venues de la collection du Dr Pailhas à Albi, qui avaient été déjà montrées à Villeneuve-d'Ascq récemment dans l'expo "L'Autre de l'Art". Etc., etc.... Les créations de nombre de personnages présentées dans les expos d'art brut ont ainsi à voir avec la magie, avec des actes destinés à attirer la protection des esprits, ou de saints, dans une attitude analogue à celles des anciens peintres d'ex-voto. Bien sûr, on peut toujours, dans un cadre muséal, comme c'est le cas à l'AFAM de New-York, associer toutes ces manifestations à des "performances", mais on fait là une sorte de contresens à mon humble avis. Il n'y a pas volonté de la part de ces créateurs possédés par leurs expressions en actes, souvent éphémères, de faire œuvre entrant dans un corpus de l'histoire de l'art, il n'y a pas de leur part discours sur leurs pratiques, et donc ils n'ont rien en commun avec les "artistes" au sens où l'on entend généralement ce mot. Leur catégorie de création se situe ailleurs, dans la trame de la vie quotidienne, et à la limite, pourrait très bien se passer de toute médiatisation, tant elle est intensément vécue sans nul besoin de parade sur de quelconques tréteaux.

 

bispo avec vêtement brodé par lui.jpg

Arthur Bispo do Rosario portant son "vêtement de présentation", photo reprise du blog (brésilien sans doute et en portugais) d'Anna Anjos

 

Exposition du 26 mars au 5 juillet 2015

 

03/03/2015

Des posters peints au Libéria aussi, une expo prochaine

     M. François Beaurain m'annonce une expo à venir d'affiches peintes (dans la plupart des cas sur toile), affiches en provenance du Libéria où elles ont été retrouvées juste avant leur destruction totale (et ce en dépit que sont connues maintenant d'autres affiches elles aussi peintes à un exemplaire pour les vidéos-club du Ghana, affiches que l'on a aussi arrêtées de produire là-bas).

 

Poster 3 du Liberia George S..Josiah Sakobi la fille serpent.jpg

George S.Josiah, Sakobi la fille serpent, 1998, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain

poster 2 du Liberia, HK Wiah Arts, la Momie.jpg

HK Wiah Arts, La Momie, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain

 

     Ces affiches, on peut les examiner sur le site web suivant, mises en ligne par François Beaurain. Et si on veut les voir en vrai, il faudra se rendre au Cinéma des Cinéastes (7 Avenue de Clichy, 75017 Paris), à partir du mercredi 4 Mars, le vernissage étant de 18h à 20h (l'entrée sera libre le temps du vernissage puis réservée uniquement aux clients du cinéma munis de billet par la suite). L'exposition est programmée jusqu'au 10 Avril.

 

Poster 8 du Liberia Watchers 3.jpg

Mansa, Watchers 3, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain

Poster 7 du Liberia warlock 3 la fin de l'innocence.jpg

Al Boone, Warlock 3, 1999, poster peint du Liberia, site web de François Beaurain

 

     Il semblerait, à suivre François Beaurain, que les posters présentés à cette occasion (au nombre de 38) seraient les seuls survivants du grand nettoyage consécutif à la montée en puissance du cinéma nigérian qui en diffusant des DVD accompagnés d'affiches sur papier à travers le pays aurait  rendu obsolètes ces affiches peintes artisanalement. Bon... Jusqu'à ce qu'un autre collectionneur nous sorte d'autres séries de son chapeau, peut-être?

 

poster 1 du Libéria, auteur inconnu, huile sur nappe, fair game.jpg

Anonyme, Fair Game, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain ; ce poster est plus dans le style des posters peints du Ghana, je trouve

Poster 9 du libéria  D.Wolobah home alone 2, 1997.jpg

D.Wolobah, Maman j'ai (encore) raté l'avion (Home alone 2), poster peint du Libéria, site web de François Beaurain ; à noter que cette affiche est clairement démarquée de l'affiche américaine originale que je reproduis ci-dessous, ce qui apparente ces peintres du Libéria à notre Guy Brunet national, qui adore refaire des affiches à son goût en démarquant les originales

affiche originale de Maman j'ai (encore) raté l'avion.jpg

 

     A contempler les exemplaires présentés sur le web, tous réalisés avant les années 2000 (à signaler qu'au Ghana une semblable efflorescence d'affiches peintes eut lieu entre les années 1980 et les années 1990, il paraît difficile d'imaginer qu'il n'y ait aucun rapport), si certains ressemblent par leur naïveté graphique à ceux du Ghana (c'est ce que je préfère personnellement), d'autres, la plupart semble-t-il, visent à un réalisme quasi photographique, l'accent original se retrouvant plutôt dans la mise en page souvent spectaculaire.

 

Poster 5 du Liberia the corruptor.jpg

Anonyme, Le corrupteur, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain 

 

24/02/2015

Stimulantes parenthèses au Musée National d'Art Moderne

      La balade que je relaterai ici commence à dater un peu. Elle fut faite en mars 2014 dans les collections permanentes du Musée National d'Art Moderne suite à une indication que m'avait donnée une membre du CrAB (Collectif de recherche autour de l'Art Brut). On sait que la collection permanente de ce musée, malheureusement toujours prisonnière de l'affreuse raffinerie beaubourgeoise et pompidolienne de la rue Rambuteau à Paris (que ne l'exile-t-on pas, celle-ci et sans le MNAM, à Marseille pour qu'on nous rapatrie en échange les collections du MUCEM?) est de temps à autre remodelée, ré-accrochée, bouleversée, etc. C'était le cas au début de l'année dernière. Je ne sais si elle a encore changé depuis, ne passant guère mon temps dans ces parages. En mars 14, il y avait du nouveau. Si le groupe CoBrA paraissait glorieusement absent des cimaises, ou du moins passablement sous-représenté, quelques insolites œuvres avaient été tout à coup sorties des réserves, en majorité liées au fonds d'œuvres naïves que recèle le MNAM, grâce semble-t-il aux acquisitions de l'ancien directeur du musée Jean Cassou.

 

Colette-Beleys(1911-1998),-.jpg

Tableau de Colette Beleys (1911-1998), La Maison Potagère (1950), intégré aux collections du MNAM du temps de Jean Cassou ; Colette Beleys était une artiste qui se disait "peintre instinctive", non pas participant d'une "naïveté" mais se revendiquant plutôt d'une "innocence poétique" ; ses compositions fort élaborées, pour moi essentiellement des années 1930 à 1950, sont d'une poésie délicate (merci à Jean-Louis Cerisier qui attira autrefois mon attention sur elle) qui me font songer à certains autres figuratifs cousins par le style et l'esprit de sa manière, comme Elie Lascaux par exemple ; une exposition consacrée à elle tourna en 95-96 entre diverses villes, comme Montauban, Aix-en-Provence, Besançon, etc. et un catalogue fut publié à cette occasion

 

      Il s'agissait, semble-t-il, dans les espaces que les conservateurs leur avaient consentis (des couloirs aux murs vitrés comme autant d'espaces interstitiels entre les différentes salles, parenthèses, intervalles où on logeait ainsi des marginaux, des œuvres posant question?), il s'agissait de proposer des rapprochements entre figuratifs savants et figuratifs autodidactes dits ailleurs  naïfs qu'un même sens de la stylisation "primitiviste", ou un refus du réalisme – attitudes que l'on pourrait résumer en un seul mot, "réalisme intellectuel" – unissaient. Du reste avant que le visiteur ne tombe sur ces couloirs-intervalles, une première salle du parcours des collections, consacrée à une évocation de l'exposition expressionniste du Blaue Reiter (de 1911-1912), proposait déjà, éparses parmi des œuvres des artistes contemporains de l'époque réunis autour de Kandinsky, quelques pièces liées à l'art populaire de l'époque et revendiquées par le groupe avant-gardiste du Blaue Reiter. Histoire de murmurer à l'œil et l'oreille des visiteurs que ces confrontations art populaire/art moderne ne dataient pas d'aujourd'hui (et avaient peut-être aussi une autre allure que les confusions actuelles entre art contemporain et art brut).

 

Mur consacré au Blaue Reiter.jpg

Un des murs de la salle consacrée au Blaue Reiter, MNAM Centre Georges Pompidou, mars 2014

Sirène (c 1850-1890), legs nina Kand, mur du Blaue Reiter, mnam mars 14.jpg

Une sirène, art populaire (entre 1850 et 1890), legs Nina Kandinsky, MNAM Centre Georges Pompidou

Bauchant, Louis XI faisant planter de mûriers près de tours, 1943, don de l'artiste 1950.jpgAndré Bauchant, Louis XI faisant planter des mûriers près de Tours, 1943, don de l'artiste (1950), MNAM Centre Georges Pompidou

 

      Des œuvres d'artistes consacrés depuis longtemps comme Naïfs, tels Aristide Caillaud, André Bauchant, Séraphine ou Germain Van Der Steen, se rencontraient au hasard des couloirs, non loin de pièces de Henri Gaudier-Brzeska, d'André Derain ou encore, exposée plus loin dans une salle, d'une œuvre de Feininger, digne d'être mêlée à du brut des plus  contemporains.

 

Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915), Samson et dalilah (1913), don Ezra pound.jpg

Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915), Samson et Dalila (1913), don Ezra Pound, MNAM Centre Georges Pompidou (là, cependant, il paraît difficile de rapprocher cette œuvre de celles de l'art naïf ou de l'art brut ; plutôt de l'art ethnique éventuellement, par exemple l'art inuit...)

Feininger, expressionniste, mnam mars 14.jpg

Œuvre de l'expressionniste Feininger, d'une modernité étonnante, préfigurant l'essor du primitivisme contemporain d'un bon siècle et se référant visiblement, et respectueusement, à l'art des enfants, MNAM Centre Georges Pompidou

 

      On trouvait aussi dans un recoin une peinture de la jeune Algérienne Baya qu'André Breton aida à se faire révéler, ainsi qu'une scène de bataille avec des cavaliers, fort naïve et attachante, d'une certaine Janice Biala (1903-2000), une encre sur toile de Géra, primitiviste éthiopien, dont l'œuvre fort colorée était prêtée par le Musée du Quai Branly (on est là en présence d'art africain singulier dérivé de l'art traditionnel éthiopien notamment à base iconographique chrétienne ; l'œuvre se voulant thérapeutique, soignant l'âme et le corps à la manière d'un talisman).

 

Janice Biala (1903-2000), bataille de cavaliers (1934-1936), musée d'exposition pas renseigné.jpg

Janice Biala, scène de bataille équestre, 1934-1936, MNAM Centre Georges Pompidou

Géra, encre sur toile, origine M du quai Branly, MNAM salle afrique moderne en mars 14.jpg

Géra, encre sur toile, provenance Musée du quai Branly, MNAM Centre Georges Pompidou

 

      Plus loin, on trouvait diverses autres allusions à la créativité populaire ou singulière, hors champ de l'art "mainstream", comme cette photo de Gisèle Freund (voir ci-contre, photo de 1951) s'attardant sur le mur d'ex-voto fauchés par Diego Rivera dans les églises de son Mexique chéri (comme quoi André Breton, qui faisait la même chose, au grand dam de Trotsky paraît-il, si l'on suit l'auteur d'une récente biographie de Jacqueline Lamba, avait des exemples autour de lui au cours de son voyage des années 30 au Mexique). coll d'ex-voto volés de D Rivera, ph Gisèle freund 1951 donation 92.jpgOu bien encore les statues africaines d'Aniedi Okon Akpan telles qu'elles aussi avaient été empruntées au Musée du quai Branly, dans une salle qui évoquait les anciennes expos du Centre Beaubourg, Les Magiciens de la Terre ou Africa Remix.

 

Aniedi Okon Akpan, femme et enfant, lutteurs, escargot, mus du quai branly.jpg

Statues d'Aniedi Okon Akpan, MNAM Centre Georges Pompidou (cet Akpan est connu aussi pour de célèbres statues funéraires, à la fois réalistes et naïves, qu'il installait au Nigeria sur les tombes des personnes représentées)

 

       Mais ce qui me scotcha véritablement fut la découverte, toujours dans un de ces couloirs interstitiels si pleins de surprises, de deux œuvres de grand format d'un "anonyme", dont les œuvres étaient entrées selon les cartels du musée en 1953 par don dans la collection permanente. Avait-on jamais vu ces œuvres-là au MNAM, très colorées, plus que naïves, presque brutes pour le coup étant donné leurs audaces s'émancipant grandement des références à la réalité visuelle, et  faites à coup de collages et de juxtapositions, surlignés à la gouache? Je parie bien que non. Les cartels, concernant de telles œuvres de format et retentissement si importants, auraient pu nous donner des pistes plus conséquentes, mais on n'avait pas cru bon de le faire... Le visiteur n'avait qu'à se dépatouiller avec ces deux surprenantes compositions qu'on avait daigné leur sortir des réserves, faut pas exagérer non plus...

 

Anonyme,-le-Cheval-de-Troie.jpg

Anonyme, Le cheval de Troie, (1930-1945), gouache sur papiers découpés et collés, MNAM Centre Georges Pompidou ; on excusera le flou du cliché pris avec un portable pas terrible et placé qui plus est entre des mains tremblant de surprise...

Anonyme,-Le-roi-et-la-reine.jpg

Anonyme (le même que ci-dessus à l'évidence), Le Roi et la Reine, (1930-1945), gouache sur papiers découpés et posés sur une toile collée  sur contreplaqué, don à l'état 1953, MNAM Centre Georges Pompidou ; à bien les contempler, on peut se demander s'il ne s'agit pas là de grands travaux d'un enfant ou plutôt d'un adolescent ; il reste que ces deux compositions énigmatiques sont fort étranges et que l'on aimerait en savoir plus...

Note Subsidiaire:     Eh bien, voici qu'un commentateur me donne des précisions disant avoir vu un cartel précisant qu'il s'agit de dessins d'enfants. Je n'ai personnellement pas vu les mêmes cartels que lui, peut-être ont-ils été modifiés depuis ma visite qui date de l'année dernière. Mais je veux bien le croire même si cette précision n'apparaît pas sur la fiche de la RMN qu'il nous met en lien (ce serait signé Escolier, et cela signifierait écolier donc?). De toute façon, ces travaux paraissent bien des dessins d'enfant, mais qui les a assemblés, si ce n'est un adulte, un éducateur sans doute....? En cherchant mieux sur la base du MNAM on trouve enfin la référence complète: "Elèves de la Ville de Paris, sous la direction du peintre M. Jean Lombard et de Mme Vige Langevin". Donc il y a bien eu médiation d'enseignants, et la relation des uns avec les autres a donné au moins deux bien belles œuvres. Ce qui me confirme personnellement dans la qualité qui peut se rencontrer dans un travail accompli en commun entre enfant(s) et adulte(s), genre d'action artistique aujourd'hui pas très en vogue, et même plutôt combattu dans les ateliers pour enfants, voire dans les écoles, au nom de l'autonomisation de l'enfant.

      On me dira que les écoles en ont beaucoup de ces travaux. Sans doute, je le sais bien, moi qui vois disparaître régulièrement des tombereaux de chefs-d'œuvre dans les poubelles des écoles. D'aussi fouillés, d'aussi bien composés (la guerre de Troie avec le cheval, les Troyens derrière leurs murailles, les Grecs sur le point d'envahir la cité),  par contre, je pense que c'est plus rare. Peut-être travaillait-on avec plus d'application dans les années 40. Cela doit nous faire regretter qu'on n'ait pas eu plus envie jusqu'à présent de créer des musées d'art enfantin. Et qu'on ait commis tant de vandalisme aux dépens des œuvres des moutards. Le MNAM a tout de même recueilli ces deux chefs-d'œuvre, constituant par là même l'ébauche d'une section d'art enfantin dans ses réserves. Y en a-t-il d'autres?  

 

29/01/2015

"Les Cahiers Dessinés", une expo de dessin tous azimuts à la Halle Saint-Pierre

     Cela fait du bien une exposition fourre-tout de temps à autre (j'avais personnellement pas détesté l'expo du "Mur", consacrée à La Maison Rouge, espace qu'il dirige lui-même, par Antoine de Galbert à une bonne partie de sa collection extrêmement éclectique dont il avait laissé le soin de l'accrochage à un programme d'ordinateur qui le conçut de façon aléatoire en fonction des dimensions des œuvres). La Halle St-Pierre, ayant à peine décroché Sous le Vent de l'Art Brut 2 nous en propose une (du genre fourre-tout) entièrement consacrée (du 21 janvier au 14 août), sous l'égide de la revue et de la maison d'édition de Frédéric Pajak Les Cahiers Dessinés, au dessin sous de multiples formes. Je ne ferais pas ici le tour de ce foyer de créativité sympathique, que je regarde à la marge de mes marottes préférées, tout en admirant de loin. Je me contenterai de conseiller celui qui veut en apprendre davantage de se connecter au site de la revue (qui s'intitule pour ce qui la concerne, seulement elle, au singulier, Le Cahier Dessiné), ou de venir voir l'expo et la librairie de la Halle St-Pierre qui propose en ce moment un grand choix de publications consacrées aux divers dessinateurs défendus par les Cahiers Dessinés.

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Couverture du catalogue de l'exposition

 

     Non, ce que je me propose de faire là c'est une sorte de tour résolument subjectif, comme à l'ordinaire, mais sous une forme peu utilisée jusqu'à présent, en suivant ma dérive dans l'expo le portable à la main, faisant des photos qui par leur très médiocre qualité ne pourront en aucun cas concurrencer la qualité des éditions des Cahiers Dessinés (il y a un très beau catalogue de l'exposition). Le premier dessin sur lequel je m'arrêtai comme un chien de chasse la patte en l'air  fut une œuvre de Wols, le peintre, dessinateur et photographe. Sensible, fin, raffiné, fragile, délicat sont les mots qui viennent à l'esprit quand on tombe sur des œuvres de Wols (voir ci-contre).les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak J'ai oublié de dire que j'ai commencé comme de juste par la salle noire du rez-de-chaussée, et c'est d'ailleurs là que j'ai pris la majorité de mes photos. La salle noire... L'éternelle salle noire de la Halle Saint-Pierre réservée semble-t-il aux œuvres secrètes, les plus marquées par le recours à l'inconscient, non? Tandis que le premier étage, plus éclairé par le jour, serait davantage voué aux œuvres de communication?

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Yersin

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajakUnica Zürn

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Le Comte de Tromelin

 

     Dans la zone près de Wols on trouvait quelques chefs-d'œuvre et l'on tournait la tête ébloui, Yersin, Unica Zürn (des œuvres en noir et blanc et des œuvres en couleur, toutes exceptionnelles ; je me demande si je ne préfère pas celles en couleur du reste, comme nous l'avait enseigné la très belle expo qu'avait consacrée la Halle Saint-Pierre à cette maîtresse és-hallucinations où l'on avait pu voir de très belles et très rares huiles), le comte de Tromelin (venu de l'Art Brut celui-ci, et pas souvent exposé et sorti des réserves en l'occurrence de la Collection de l'Art Brut de Lausanne), un dessin de Fred Deux plus vivant que les autres (parce que Fred Deux, ça finit par me lasser toute cette maîtrise un peu trop léchée...), des dessins de James Castle (encore l'Art Brut, cette fois américain), des paysages dessinés par des mouches mais en fait dus à la plume de Raphaël Lonné, au loin des magnifiques arabesques touffues de Laure Pigeon (toujours l'Art Brut)...

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Laure Pigeon (A signaler à son sujet la sortie du 25e fascicule de la Collection de l'Art Brut qui lui est entièrement consacré, avec une étude de Lise Maurer)

 

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Josefa Tolrá

 

      Après ces cimaises fort alléchantes, on tombe sur, à mes yeux, LA révélation de l'expo. Une créatrice espagnole, ou plus précisément catalane je crois, Josefa Tolrá. Cette dernière, décédée en 1959, n'est pas encore très connue me semble-t-il dans le monde des amateurs d'art brut (dont elle est un des plus beaux fleurons sans conteste), en dépit du fait que la collection de l'Aracine (désormais installée au LaM de Villeneuve-d'Ascq dans le Nord) paraît en posséder au moins une œuvre (une "fantaisie taurine", dessinée recto-verso, comme on peut s'en convaincre en consultant la base Joconde) acquise à on ne sait quelle date (sur la base Joconde il est indiqué "1999", mais c'est la date d'entrée de la collection l'Aracine dans le musée du LaM, je pense). Ils étaient forts à l'Aracine, rien n'échappait à l'œil de Madeleine Lommel. Il paraît qu'ABCD de Bruno Decharme en possède aussi. Sans compter que sur internet on trouve bien entendu divers renseignements à son sujet. Il existe notamment un site à elle seule consacré et des films dont le diaporama amélioré que j'insère ci-dessous.

 

 

     A la Halle, plusieurs dessins sont accrochés, tous aussi éblouissants et séduisants les uns que les autres, et variés qui plus est.les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak La dame, qui avait le pouvoir de discerner les "auras" des personnes qui l'entouraient, à ce qui se colporte à son sujet, avait à l'évidence une assurance dans son dessin et la composition de ses œuvres qui se rencontre rarement. Cette œuvre en tout cas enfonce de loin, en terme d'émotion ingénue brute, tous les autres créateurs qu'on (la galerie Berst entre autres) cherche à nous faire passer pour bruts valables en ce moment (comme Eric Derkenne, Horst Ademeit, Košek, Medvedev, Katsuhiro, Giga, Anibal Brizuela, Harald Stoffers, et j'en passe...).

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Josefa Tolrá

 

     Non loin d'elle, autre surprise, les dessins et le portrait de Marcel Bascoulard, sur lequel je reviendrai probablement, car un très beau livre vient de lui être consacré par Patrick Martinat aux Cahiers Dessinés justement, à l'occasion de l'exposition. Ce marginal de Bourges qui eut une vie tragique s'habillait en femme, se faisait tirer le portrait à multiples reprises dans les tenues féminines qu'il se confectionnait, et dessinait des paysages de sa région avec une minutie incroyable. Pas un être vivant n'y apparaît, tandis que le but de l'opération paraît se concentrer sur le rendu du mystère des lieux, l'être brut du lieu qui est détectable chez une âme ultra sensible, la menant parfois jusqu'à une déstabilisation profonde.

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Li Wei Hsuan

 

     Dans un recoin, on découvre également la Taïwanaise Li Wei Hsuan qui paraît dessiner comme enfermée dans la bulle de sa surdité, un graphisme rageur et rythmé. Plus loin, on n'oubliera pas de mentionner quelques dessins de l'écrivain Bruno Schulz, dont les vertiges masochistes de son univers graphique sont bien connus de certains de nos lecteurs...

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Bruno Schulz

 

    De même Félix Vallotton et ses gravures très noires ne sont pas inconnues mais font plaisir à être revisitées en confrontation avec les autres œuvres. J'ai particulièrement remarqué la gravure ci-dessous où des enfants, qualifiés par antiphrase d'"anges", harcèlent de leurs quolibets (du moins on l'imagine) en se pressant autour de lui, comme pour un lynchage, un marginal qu'un pandore accompagne en prison.

 

les cahiers dessinés,frédéric pajak,art brut,josefa tolra,bruno schulz,marcel bascoulard,wols,yersin,unica zürn,félix vallotton,christian dotremont,logogrammes,jean raine,cobra,james castle,laure pigeon,art immédiat

Félix Vallotton, "Petits anges"...

 

    A l'étage de l'expo, je dois avouer ne m'être arrêté que devant les œuvres de certains artistes COBRA qui résistent plus qu'honorablement au temps qui passe. On a en effet l'occasion de voir, chose pas courante à Paris, des logogrammes de Christian Dotremont, ces tracés à l'encre que ce poète exécutait automatiquement en même temps que lui venait un poème sous son pinceau japonisant. Il libérait ainsi sa graphie de la nécessité de créer un signe d'écriture conventionnelle pour la tendre vers l'idéogramme, et les signes d'écriture orientale ou extrême-orientale, où l'image reste très présente. Au bas des logogrammes, il notait dans une écriture intelligible traditionnelle le poème qui était tracé d'une gestualité libre au-dessus en pleine feuille.

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Logogramme de Christian Dotremont...

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

... et sa transcription

 

    D'autres Cobra sont également présents comme Jean Raine ou Pierre Alechinsky.

 

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Deux dessins de Jean Raine

 

 

      A cet étage toujours, et enfin, je citerai pour mémoire ce qui s'apparente  à du dessin en relief, à savoir les silhouettes montées sur fil de fer de Corinne Véret-Collin.

les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak

Corinne Véret-Collin

24/01/2015

Appel de la famille de Gaston Mouly

 

Travail de mémoire sur l’œuvre de Gaston Mouly

 

     Gaston Mouly, notre père ou grand-père, a produit des œuvres pendant plus de 15 ans en grand nombre et de toutes sortes (sculptures, dessins, pyrogravures…) et de toutes tailles (de la galette à la sculpture monumentale). Et chacun sait qu’il fut reconnu pour sa créativité et son travail. C’est en 1997 qu’il nous a quittés en nous laissant cette œuvre considérable, mais en grande partie dispersée.

   Nous jugeons aujourd’hui nécessaire d’engager un travail pour la recenser et la sauvegarder.

    Celui-ci débute par la recherche de lieux ou de personnes ayant en leur possession ses œuvres et acceptant de nous en transmettre les références (titre, date, matériaux, description) accompagnées de visuels.

   Aussi, nous sollicitons les potentiels détenteurs d’œuvres de bien vouloir se manifester auprès de sa petite-fille Doriane Mouly pour permettre la réalisation de ce catalogue raisonné.

  Votre aide nous est précieuse, et nous vous en remercions très sincèrement par avance.

    Doriane Mouly

PS: Pour contacter Doriane Mouly, prière de passer par l'adresse de ce blog, en privé donc. Deux moyens de trouver l'adresse: 1 Vous cliquez à droite en haut de la colonne de droite sur "Me contacter". Par ce moyen vous ne pouvez envoyer que du texte dans vos messages. 2. Autre solution, vous cliquez sur "A propos". S'ouvre alors une page qui contient "l'éditorial" de ce blog. A la fin  de ce texte d'intention, vous trouvez une adresse e-mail du blog. Vous pourrez alors joindre à vos messages des visuels en pièces jointes. L'animateur du blog répercutera vers la famille Mouly.

 

gaston mouly,doriane mouly,recensement de l'oeuvre de gaston mouly,art rustique moderne,art singulier

Gaston Mouly, Soldats écossais s'exerçant à l'escrime à la baïonnette 1917/ Observoitoire (sic) anglais dans un moulin 1917, Crayons de couleur sur papier Arches, 46x61 cm, vers 1989 (photographié à Lherm en 89), coll. Bruno Montpied

gaston mouly,doriane mouly,recensement de l'oeuvre de gaston mouly,art rustique moderne,art singulier

Gaston Mouly, Sans titre (le Chabrot), crayons de couleur sur papier Arches, 46x61 cm, vers 1989, coll. BM

 

18/01/2015

Miguel Hernandez, retour sur un peintre entre art brut et anarchisme

     On a parlé sur ce blog il y a peu de Jean Galéani qui avait mis son art (naïf) au service de ses convictions politiques dans les années du début XXe siècle. Il y en a peu de ces cas de créateurs autodidactes qui auraient été en même temps des activistes révolutionnaires. Au début de la collection de l'art brut dans les années 40-50 de l'autre siècle, il y eut Miguel Hernandez (1893-1957), un peu oublié aujourd'hui, il me semble, dans les musées et collections qui possèdent de ses œuvres.

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet

Fascicule édité par les éditions René Drouin en 1948, texte de présentation de "MT" (Michel Tapié) ; coll. Bruno Montpied

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

4e de couverture de la plaquette Miguel H., 1948

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Miguel Hernandez, Souvenir inca, 1947, anc. coll. André Breton, en ligne sur le site de l'Atelier André Breton

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Un Miguel Hernandez à l'imagerie moins connue... Photo extraite du site de la galerie Ricco Maresca, New-York

 

      Diverses circonstances m'ont récemment remis sur les traces de cet ancien militant anarchiste espagnol qui aurait commandé une troupe de 5000 hommes pendant la Guerre d'Espagne, du moins si l'on suit les renseignements biographiques émanant de diverses sources (Michel Tapié en 1948, dans un fascicule des tout débuts de la collection d'art brut de Dubuffet à l'époque où elle était abritée au sous-sol de la galerie Drouin place Vendôme ; puis dans le premier fascicule de la Collection de l'Art Brut en 1964,  avec deux textes, dont un qui datait de 1948 de Dubuffet prévu au départ pour le fameux Almanach de l'Art Brut qui ne vit jamais le jour ; le texte de Dubuffet augmenté de trois paragraphes en 64 donnait des renseignements biographiques assez fournis ; enfin il y eut aussi un fascicule fait avec les moyens du bord par l'Association l'Aracine à l'occasion de l'expo qu'elle organisa sur Hernandez en 86-87 à Neuilly-sur-Marne à partir de la collection d'un monsieur Noël Rovers d'Hont, dont à ma connaissance on n'a plus entendu parler par la suite...). Il semble que les chercheurs spécialisés dans l'anarchisme, notamment espagnol, ont retrouvé dans les archives des traces précises de l'activité militante d'Hernandez. En particulier, commander (il avait grade de "commandant", paraît-il) une troupe de 5000 hommes n'aurait pas dû passer inaperçue dans l'histoire de la guerre civile. Mais ce que l'on trouve sur internet,  par exemple sur le site du Dictionnaire des Militants Anarchistes, c'est plutôt ses responsabilités dans des revues espagnoles. La notice qui lui est consacrée ne cite ses possibles activités de "milicien" qu'au conditionnel.

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Miguel Hernandez photographié par Doisneau en 1951 à Belleville ; ce cliché fut publié dans la plaquette de l'Aracine citée plus haut

 

 

      Hernandez est au début de l'histoire de la collection d'art brut. Mais quelques zones floues restent autour de lui. Il vivait après la Seconde Guerre, nous dit-on, dans un petit appartement à Belleville, où il ne se consacrait qu'à la peinture après être passé par divers métiers et tribulations, en Amérique du Sud tout d'abord puis en Espagne où il conspira à Madrid contre Primo de Rivera, de retour d'un service militaire au Maroc dont il garda une détestation de l'armée et de ses soi-disant prestiges. Il collabora à une publication anarchiste à Lisbonne, ce qui lui valut une arrestation. Il publia aussi "des brochures de propagande contre la dictature et contre le communisme" (voir le site du "dictionnaire des militants anarchistes" cité aussi plus haut). On date le début de sa production de 1947, soit juste un an avant qu'il n'expose au Foyer de l'Art Brut de la galerie René Drouin (ce qui paraît fort rapide). Les peintures reproduites dans le premier fascicule de l'Art Brut aux éditions Drouin montrent des œuvres de grande force et déjà bien assurées. Sont-elles donc nées ainsi affirmées dès les premiers coups de pinceaux? Dubuffet explique qu'Hernandez travailla avec acharnement dès le départ, consacrant tout son temps à la peinture, retouchant sans cesse ses peintures, les "gâtant" parfois par là même...

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Une des peintures d'Hernandez reproduites dans le fascicule édité par la galerie René Drouin en 1948 ; à gauche vraisemblablement la femme après laquelle soupirait Hernandez ; photo coll.privée

 

       Une figure féminine paraît dominer dans ces compositions, celle de sa femme perdue pendant la Guerre Civile et dont Hernandez rêva tout le reste de sa vie (Dubuffet dans son texte du fascicule n°1 de la Compagnie d'Art Brut précise, presque cruellement, à la fin de son dernier paragraphe "qu'un messager chargé par lui de rechercher son adresse à Madrid n'eut pas le courage de l'informer qu'elle vivait en paix depuis fort longtemps avec un autre compagnon et qu'elle ne se souciait plus de lui" ; il décrit l'obsession d'Hernandez pour cette femme perdue de vue comme "insensée").

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Une autre œuvre d'Hernandez, photo non reproduite dans le fascicule René Drouin et faisant anciennement partie des archives de Robert Giraud, coll. privée

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Cette photo-ci fut reproduite dans le fascicule des éditions René Drouin, coll.privée

 

     On  ne sait pas très bien dans l'histoire de la collection d'art brut, à ma connaissance, qui est tombé le premier sur Hernandez, et son groupe d'amis espagnols, dont certains étaient peintres autodidactes comme lui, tel José Garcia Tella (1906-1983), dont l'œuvre, pourtant paraît-il présentée au Foyer de l'Art Brut - à l'époque des balbutiements de la collection de Dubuffet en 1948 - et défendue par le critique d'art et collectionneur Henri-Pierre Roché, ne connut pas le même succès dans le monde de l'art brut que celle d'Hernandez (à noter qu'il existe un site web qui a été consacré par son neveu et filleul, Charles Tella, à l'œuvre et à la biographie de son oncle ; Garcia Tella était lui aussi anarchiste).

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

José Garcia Tella, Massacre, 100x81 cm, 1951, anc. coll. Henri-Pierre Roché

 

     Cela se situe peut-être entre Michel Tapié, premier à écrire sur Hernandez (sous les initiales de "MT" dans le fascicule de 1948 qui fut édité dans le cadre des activités du foyer d'art brut au sous-sol de la galerie René Drouin (place Vendôme), sous le titre Miguel H. (Hernandez), et avant que Dubuffet ne lui consacre à son tour une plaquette en 1949 lors d'une autre expo dans le second local prêté par les éditions Gallimard rue de l'Université à Paris), cela se situe donc entre Michel Tapié et Robert Giraud qui servait de secrétaire à Dubuffet dans ces années pionnières (Aline Gagnaire aussi fut secrétaire dans ces années-là, faisant découvrir pour sa part l'aubergiste Henri Salingardes). On sait qu'il y eut en 48 une période où Dubuffet, ayant décidé de séjourner en Afrique du Nord durant six mois, laissa les rênes de sa jeune collection à Michel Tapié. Celui-ci concevait les expositions comme une activité pouvant s'accommoder de ventes d'œuvres. Et il semble que ses critères de sélection aient été bien plus éclectiques que ceux de Dubuffet, qui le lui reprocha à son retour, se brouillant avec lui et décidant de se passer de ses services (mais pas de ceux de Robert Giraud qui se maintint secrétaire au moins jusqu'en 1951, date à laquelle furent faites des photos de Miguel Hernandez par le grand complice de Giraud, Robert Doisneau ; par la suite les choses se gâtèrent entre Giraud et Dubuffet ; un ami de Giraud m'a souvent répété que Bob Giraud surnommait Dubuffet "le cave"...).

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Robert Giraud, ph Georges Dudognon, extrait du blog Le Copain de Doisneau

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Autre fascicule édité par René Drouin en 48 consacré ici à Pierre Giraud, frère de Robert, et dessinateur parfois présenté comme "naïf" et qui fut exposé dans les débuts de la collection d'art brut puis largement oublié par la suite ; coll. BM

 

     C'est probablement pendant cette période où Michel Tapié régnait en maître sur la collection que se produisit la rencontre avec Miguel Hernandez. Une confidence faite récemment par quelqu'un qui connut bien Robert Giraud m'inciterait à penser que c'est par Giraud , grand connaisseur des milieux populaires de la capitale (il fut une sorte de spécialiste du "fantastique social" comme disait Mac Orlan, expert en argot, en clochards, et autres figures insolites de la rue ; par ailleurs auteur de plusieurs livres dont le célèbre "Vin des rues" qui donna son titre à un bistrot connu sur la Rive Gauche - Giraud étant aussi expert en bistrots...), que c'est peut-être par Giraud que les animateurs du foyer d'art brut de la galerie Drouin firent la connaissance de l'œuvre d'Hernandez.

 

miguel hernandez,josé garcia tella,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton,robert giraud,aline gagnaire,l'aracine,galerie rené drouin

Miguel Hernandez, sans titre, tableau INEDIT, env. 32 x 24 cm, daté 1948, ancienne  collection robert Giraud, aujourd'hui collection privée ; on remarquera les deux personnages centraux en train, en croisant leurs bras, de dessiner un H, comme l'initiale du patronyme du  peintre

 

     Robert Giraud possédait une peinture, assez atypique, de notre peintre anarchiste espagnol (voir ci-dessus), de même qu'il avait conservé des photos des peintures d'Hernandez, clichés qui servirent d'illustration à la plaquette préfacée par Michel Tapié (voir ci-dessus trois photos en noir et blanc d'œuvres prévues pour la plaquette Drouin, et qui appartiennent comme les autres au même collectionneur privé que je remercie ici de m'avoir laissé les reproduire, de même que la peinture ci-dessus). Il semble qu'en 1948, plusieurs passionnés des créateurs de l'ombre allèrent visiter le peintre espagnol dans son petit logement. La vente d'une grande partie de la collection d'André Breton à Drouot en 2003 a fait resurgir ainsi un portrait du poète surréaliste exécuté par Hernandez (en 1952, voir ci-contre), ce qui suppose peut-être qu'il y eut rencontre entre eux.miguel hernandez,josé garcia tella, anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton, robert giraud, aline gagnaire, l'aracine, galerie rené drouin, Epistolairement parlant, on sait qu'elle eut lieu en tout cas puisque le site web de l'Atelier André Breton a mis en ligne une lettre avec un poème autographe de Miguel Hernandez, ainsi du reste que trois peintures dont le fameux portrait, et une, le Rêve de la Vierge (titre apposé au dos du tableau de la main de Breton, précise le site web) datant de 1947. Breton à l'époque était complice avec Dubuffet, on n'en était pas encore à la rupture qui intervint trois ans plus tard en 1951.

     Qui aurait l'audace de réunir tout ce qui est disponible en matière d'œuvres de Miguel Hernandez ?

 

miguel hernandez,anarchisme espagnol,guerre d'espagne,art brut,art immédiat,michel tapié,jean dubuffet,andré breton,atelier andré breton

Enveloppe d'une lettre de Miguel Hernandez à "Andres Breton" en 1949; elle contenait un poème manuscrit de Miguel Hernandez ; extrait du site de l'Atelier André Breton

  

01/01/2015

Voeu!

 

Bon Athée en 2015!

 

 

athéisme,anticléricalisme,irréligieux,blasphème,profanation,voeux de nouvel an

 

27/12/2014

L'étrange homme aux yeux exorbités et au slip kangourou un peu lâche

Anonyme,-L'homme-aux-jumell.jpg

Anonyme, sans titre, sans date, environ 60 cm de haut, exposé en décembre à la galerie Dettinger-Mayer, Lyon ; ph. Bruno Montpied, 2014

     Avec cet ensemble sculpté en bois naturel, vous devrez chers lecteurs vous déterminer sans la moindre référence préalable. Exercice salubre, n'est-ce pas? Personne ne viendra vous dire ce qu'il faut en penser. Car on a affaire ici à une sorte d'aérolithe, un objet non identifié, une énigme visuelle. En tombant dessus à la galerie Dettinger-Mayer très récemment, où j'étais venu voir l'exposition Solange Knopf, je ne me rendis pas compte tout de suite de son côté atypique. Mon œil la voyait à la périphérie de l'expo et de ma conversation avec les personnes présentes. Et tout d'un coup elle fut là, et m'occupa exclusivement.sculpture anonyme,art brut anonyme,galerie dettinger-mayer

      D'où sortait ce personnage aux yeux exorbités, la bouche largement ouverte aux lèvres épaisses, les oreilles décollées, pourvu d'une paire de jumelles, coiffé d'un calot comme de certains pensionnaires d'hôpitaux psychiatriques d'autrefois ou de certains soldats, portant on aurait dit un slip kangourou en laine fort lâche, jambes  nues, au bout desquelles on voyait cependant des chaussettes (roulées de façon différente l'une de l'autre) et des chaussures?

 

sculpture anonyme,art brut anonyme,galerie dettinger-mayer

Anonyme, Galerie Dettinger-Mayer, ph. BM, 2014 

 

      Etait-ce une sorte de touriste que l'on voulait ainsi tourner en dérision (les jumelles et les yeux hors de la tête étant deux détails qui paraissaient marquer une intention de la part du sculpteur), touriste qui en outre avait été dépouillé de son pantalon, et peut-être aussi de sa voiture, vu qu'il traînait à côté d'une valise à terre une portière de voiture (assez semblable à celle d'une 2CV)? Mais alors, d'autres éléments, une petite hache à ses pieds, et surtout un très insolite vélo fort étiré, hésitant entre la bicyclette et la barrière, l'entouraient aussi, parfaitement indéchiffrables... Les roues de cette bicyclette garde-fou étant incomplètes, apparemment volontairement, par intention délibérée d'artiste, conféraient à l'engin un côté évanescent, soulignant sa fonction de simple décor d'arrière-plan. Ces roues étaient percées de trous circulaires ce qui paraissait peu usuel pour des roues de vélo...

 

sculpture anonyme,art brut anonyme,galerie dettinger-mayer

Anonyme, détail du bas de la statuette, vélo-barrière, portière, valise, hachette... Galerie Dettinger-Mayer, ph. BM, 2014

 

     L'objet, nous confia Alain Dettinger, son découvreur, avait été chiné quelque temps auparavant aux Puces de Lyon. Et comme d'habitude, avec les objets de curiosité ramassés en brocante, il n'y avait aucun élément d'information concernant ses origines.

25/12/2014

Babahoum continue à Tanger

     On me signale une autre exposition Babahoum ("le père à eux" serait la traduction de son patronyme) du côté de Tanger.

 

babahoum,art naïf marocain,art brut marocain,art immédiat,galerie conil

babahoum,art naïf marocain,art brut marocain,art immédiat,galerie conil

Images  transmises par la galerie Conil

babahoum,art naïf marocain,art brut marocain,art immédiat,galerie conil

 

     Mais à regarder la dernière des deux images transmises ci-dessus après l'affiche de l'expo, on se demande si il n'y aurait pas de la part de notre créateur d'Essaouira une petite inflexion vers un graphisme un peu trop simpliste, même s'il tend à une stylisation abstractisante. Babahoum ne voudrait-il pas, avec ces figures répétées et trop sommaires, créer rapidement pour satisfaire à une demande qui se ferait trop pressante... Ajoutons aussi que dans le cas de ce créateur, plus encore que pour d'autres artistes, les reproductions qu'elles soient numérisées ou imprimées sur papier restent cependant trompeuses et que rien ne vaut la confrontation directe avec les œuvres originales. Ces dernières, surtout celles qui montrent leurs étagements de scènes bédouines, je l'assure, sont pleines de charme et douées d'une très grande force immédiate.

23/12/2014

Jean Galeani

     Ah, formidable initiative que celle de Régis Gayraud que d'être allé surfer sur internet en tapant le nom de Galeani, ce peintre dont j'avais mis en ligne il y a quelques années une toile retrouvée chez deux collectionneurs (ayant préféré rester anonymes). Brillant effort, que je suis toujours réticent à pratiquer personnellement, préférant la découverte de hasard, et peut-être sans doute, parfois trop vieux (et trop paresseux surtout) pour ce genre de recours...

     En cherchant à ce nom de Galeani, Régis a donc déniché l'interview de Pierre Dumayet mis en ligne sur le site de l'INA. Incroyable... On voit Dumayet, dont mes lecteurs fidèles se rappelleront que j'avais déjà signalé (en 2009) une autre interview, consacrée celle-ci au créateur d'environnement Frédéric Séron (toujours sur ce même site de l'INA), on voit Dumayet s'entretenir avec le peintre Jean Galeani, en 1955, alors octogénaire, sur le seuil, de son appartement puis dans son atelier, où il habitait depuis le début du XXe siècle en haut d'une cage d'escalier où faute de place et sans doute de meilleures conditions d'exposition il exposait certains de ses tableaux (l'Aigre de Meaux de son côté, toujours en commentaire de ma note sur le tableau Victoire, défaite de 1919, et après les révélations de Régis, a retrouvé l'adresse exacte où habita Jean Galeani, au 74, rue de Turenne dans le Marais à Paris, adresse qui est donnée dans un compte-rendu par le journal Le Petit Parisien en 1913 de l'affaire d'un autre tableau refusé de Galeani, intitulé La Justice ; on y apprend par ailleurs que le peintre était originaire de Montpellier). Il faut croire que Pierre Dumayet développait dans ces années 50 de l'autre siècle une sympathie récurrente pour les Naïfs et les créateurs autodidactes. Question à creuser...

Interview de Jean Galeani par Pierre Dumayet, 8 avril 1955, site de l'INA

 

    Comme en ont débattu les divers commentateurs qui se sont succédés après la révélation de Régis (voir donc ma note du 10-06-2011), les propos de Galeani dans cette interview paraissent refléter la position qui devait être celle des tenants de la révolution parmi beaucoup d'hommes du peuple à l'époque (avant la fin des années 30, avant les procès de Moscou), à savoir une indifférenciation entre communistes à la Lénine, que Galeani dit avoir "rencontré" (il montre dans le sujet une sculpture où l'on voit Lénine en forgeron) et anarchisme (certains des tableaux présente un christ "vivant" dont Galeani retient surtout l'injonction pacifiste "aimez-vous les uns les autres", tandis qu'un autre plus allégorique présente l'Autorité comme un pied géant venant écraser la foule ; cette critique de l'autoritarisme est au fondement même de l'anarchisme). Cela dit, il semble que Galeani, homme simple, ait gardé de l'affection même à Staline dont l'interview indique à un moment qu'il lui consacra un tableau, sans doute parce qu'il ne s'encombrait guère d'information, ou bien qu'il avait évolué au fil du temps de l'anarchisme au communisme, préférant se concentrer avant tout sur l'attitude anti-capitaliste (il paraissait détester l'argent, dont il se moquait, en lui consacrant un billet  encadré sous-verre telle une icône). A noter aussi la mention que Galeani avait été "parrainé" par Louise Michel qu'il avait également rencontrée lorsqu'il était plus jeune.

 

jean galéani,pierre dumayet,régis gayraud,anarchisme,art naïf,communisme,lénine

Jean Galeani traînant sur une charrette son tableau La Justice du côté du Grand Palais où avait lieu le Salon d'Automne où le tableau avait été refusé ; photo 1913, agence Rol, source Gallica.bnf.fr

jean galéani,pierre dumayet,régis gayraud,anarchisme,art naïf,communisme,lénine

Le même Galeani, alors bien plus jeune qu'à l'époque de l'interview de Pierre Dumayet, en 1913, posant à côté de la charrette chargée de son tableau ; on devine les vers de La Fontaine en bas à droite du tableau ; photo Agence Rol, site Gallica.bnf.fr 

 

     Avec ce film, Régis a pu nous donner d'autres liens également vers un reportage et des photos présentes sur le site Gallica de la BNF, photos faisant partie du domaine public, donc reproductibles à la seule condition d'en indiquer les références et la source, relatant l'affaire d'un autre tableau de Galeani refusé en 1913 par le jury du Salon d'Automne, tableau allégorique inspiré de La Fontaine, et intitulé la Justice, un juge sur le tableau étant campé par un loup brandissant la tête décapitée d'un âne, le coupable  qu'il avait condamné. Les vers de conclusion de La Fontaine (extrait de la fable "Les animaux malades de la peste") étaient reproduits en exergue sur le tableau (visibles à demi sur la photo ci-dessous): "Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir".

     On aimerait savoir bien entendu ce que sont devenus les tableaux de Jean Galéani. ils étaient nombreux, si l'on s'en réfère au mur que détaille à un moment de l'interview le vieux peintre pour Pierre Dumayet. Qu'est devenu ce grand tableau de 1913 La Justice, refusé comme la version plus grande de Victoire-défaite de 1919, lui l'ayant été au Salon de la Nationale (Galeani, naïvement, croyait qu'il aurait des chances dans de tels salons académiques, à moins qu'il n'ait été sûr de s'en faire jeter et que cela lui donnerait l'occasion de le faire savoir, là aussi naïvement ; c'est plutôt dans ces tentatives de communication, charrette à bras défilant dans Paris, inscription pour mémoire au verso de sa mouture réduite de Victoire, défaite, que l'on doit en effet remarquer qu'il se faisait pas mal d'illusions sur ses chances d'être entendu)? Qu'est devenu en particulier aussi le tableau montrant la roulotte où Galeani à une époque de sa vie (après les années 20?) décida de trimballer ses œuvres "de Cherbourg à la Bretagne"? Il y organisait paraît-il des "loteries" où l'on pouvait gagner ses œuvres... Ce qui nous indique que sans doute ses œuvres de l'époque partirent entre les mains de collectionneurs peut-être moins fortunés qu'à l'accoutumée. D'où elles purent continuer secrètement leur chemin vers les brocantes. Je n'ai pour l'instant pas retrouvé dans ma documentation imprimée de mention de ce Jean Galeani. C'est du reste à cause de cette absence de référence dans les ouvrages consacrés à l'art naïf que je n'avais pas cru bon de chercher sur internet. Erreur...! Il faut se rendre à l'évidence, beaucoup de peintres et de créateurs ont été oubliés des ouvrages d'Anatole Jakovsky, Albert Dasnoy et autres Bihalji-Merin. A nous aujourd'hui de les réhabiliter en clamant haut et fort, peut-être tout aussi "naïvement", que ces peintures et ces messages picturaux alliant naïveté (immédiateté) et anarchisme nous concernent. 

 

jean galéani,pierre dumayet,régis gayraud,anarchisme,art naïf,communisme,lénine

Jean Galeani rigolard, photo Agence Rol, éditée en 1914 (mais datant probablement du même jour que la balade en charrette du tableau La Justice)

 

 

 

 

10/12/2014

Du griffonnage dans les centres d'appel téléphoniques suisses

    Comme le dit M. Léo Ramseyer, qui m'a communiqué le lien vers son blog  (qui s'appelle Tropicalizer et où l'on cause parfois d'art brut parmi d'autres choses, par exemple des merveilleuses broderies minuscules et naïves du prisonnier Ray Materson), où il a initialement mis en lecture  le cahier que je mets en lien (repérez le mot "jus") ci-dessous  rempli de griffonnages collectés dans un centre d'appels téléphoniques, qu'y a-t-il de plus idéal pour rencontrer du griffonnage et du "dessin de téléphone" que ce genre d'endroit où tous les employés griffent à qui mieux mieux les pages de leurs blocs-notes ? Feuilletez-le et vous trouverez là du griffonnage pur jus. Moi j'aime ceux des pages 12, 13, 14, 15, 17, 35, 40, 41...

05/12/2014

Alain Dettinger invite Solange Knopf à Lyon

      L'œuvre produite sous le signe du merveilleux par Solange Knopf poursuit son bonhomme de chemin en atterrissant cette fois à Lyon, place Gailleton, dans le cadre d'une exposition intitulée "Animus/Anima", organisée par la galerie d'Alain Dettinger, qui est comme on le sait consacrée sur deux rangs à "l'art primitif" (essentiellement africain) et à "l'art contemporain" (au sens où celui-ci, Darnish, désigne bien l'art d'aujourd'hui et non pas "l'art communicationnel" à la François Pinault et autres grands argentiers du moment).

 

galerie dettinger-mayer,solange knopf

Solange Knopf, carton d'invitation à l'exposition de la galerie Dettinger

 

     Cela durera du 5 décembre 2014 au 3 janvier 2015. Dans le même temps, signalons qu'on trouvera dans le dernier numéro 84 de la revue internationale (anglophone) Raw Vision un article sur Knopf, rédigé par Edward B. Gomez, tandis que moi-même livrerai bientôt dans le n°41 de la revue Création Franche, prévue probablement pour la fin de cette année, une interview de la même Solange.

 

galerie dettinger-mayer,solange knopf

galerie dettinger-mayer,solange knopf

Série Behind the darkness, coll. privée, Paris

galerie dettinger-mayer,solange knopf

Série Botanica, coll. privée, Paris

 

     Solange Knopf entretient des parentés stylistiques (c'est en effet plus la forme qui l'apparente que le contenu) avec des créatrices telles Guo Fengyi ou Josefa Tolra (cette dernière aura des dessins bientôt exposés à la Halle St-Pierre à partir du 21 janvier dans le cadre de la prochaine expo consacrée à la revue Les Cahiers Dessinés). Poudreuses traces d'un imaginaire qui surgit sur le papier à la limite du mirage, car on a parfois l'impression devant ces dessins qu'ils sont en instance d'évanouissement. La galerie d'Alain Dettinger, qui repère tant de créateurs originaux depuis des lustres, ne pouvait passer à côté de cette créatrice à l'univers séduisant, et donc en cette fin d'année, il faut faire le voyage de Lyon...

 

galerie dettinger-mayer,solange knopf

Solange Knopf, série Behind the darkness

 

A signaler le site web de Solange Knopf que j'ai oublié d'ajouter à cette note, comme me le rappelle le commentaire ci-dessous de la mère Molitor. On peut y découvrir nombre d'autres reproductions du travail knopfien et des images du vernissage qui a eu lieu jeudi 4 décembre

 

01/12/2014

Marie Audin revient au musée de la Création Franche

     Du 5 décembre 2014 au 1er février 2015, on pourra aller découvrir les petites œuvres faites selon la technique du pricking, mise au point par la créatrice, Marie Audin (-ex Marie Adda), au musée de Bègles. Une centaine d'œuvres sont accrochées, en même temps que se tient une seconde exposition parallèle d'Albert Louden (gros bonshommes en apesanteur...), sujet britannique, comme une moitié de Marie Audin, dont la mère était anglaise. J'ai déjà présenté cette créatrice, complète autodidacte, dont le métier est dermatologue, ce qui a un rapport étroit avec ses réalisations (qui a dit que les éléments biographiques n'avaient aucune importance pour comprendre une œuvre artistique?). C'était dans Création Franche n°33, en 2010 ("Marie Adda: sous la peau des images"), suite à ma découverte de ses œuvres exposées déjà à Bègles (c'est ce musée qui l'a révélée en 2009 ; de même que c'est sa visite qui quelques temps auparavant avait révélé à Marie les différentes formes d'expression affranchies de l'art académique qu'il contient, réveillant en elle le désir de reprendre des velléités créatrices qui s'étaient alors rendormies).

 

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

Marie Audin, un de ses prickings, avec inscriptions, "Help", "Hope and glory", "Don't give up the fight!", ph. Bruno Montpied, 2014

 

      Marie joue avec des supports qu'elle chipe la plupart du temps dans les restes de matériaux qu'elle manipule à son travail, elle les piquète (d'où le mot anglais de "pricking") à l'aide d'aiguilles et de seringues. Dessous-dessus, et dessus-dessous. Cela ne donne pas les mêmes trous. Parties depuis le dessus, les perforations ont des bords légèrement boursouflés qui les apparentent aux pores de la peau, ou à une chair de poule. L'aiguille ayant traversé depuis le dessous, les trous s'apparentent à de simples points (J'ai rappelé dans mon article de 2010 que Marie avait gardé un brillant souvenir d'avoir admiré des tableaux de Seurat et Signac... Des pointillistes comme de juste!).

 

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

Marie Audin, sans titre, deux personnages affrontés, pricking et broderie, aquarelle, ph BM, 2014

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

Marie Audin, sans titre, composition aquarellée, brodée et pricking, ph BM, 2014

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

Marie Audin, sans titre, composition abstraite, par pricking, ph BM, 2014

 

     Ses compositions sont tantôt abstraites, ressemblant parfois à des géographies, des photos aériennes de campagnes agricoles, Marie aimant à se perdre dans des jardins austèrement ratissés à la Ryoân-Ji , tantôt elles sont figuratives, campant des grosses têtes sommaires sans détail superflu, ou bien tantôt encore ses œuvres combinent un peu les deux séries, ce que personnellement je préfère chez elle. Ce sont du reste ces dernières œuvres qui pourraient la faire ranger dans l'art brut, en raison de leur tension inventive, tandis que les autres, les grosses têtes, la feraient plutôt ranger du côté des Singuliers, autodidactes sans formation artistique créant des figurations sans volume, dans un graphisme proche de l'art enfantin ou du moins d'une certaine stylisation, mais non dénuées de références à la culture artistique (à commencer par d'autres singuliers, comme Chaissac, Sanfourche, Macréau, Basquiat, Chomo...). Avec ses "grosses têtes", elle entretient un cousinage inconscient avec un Pierre Albasser, lui aussi révélé au musée de la Création Franche du reste. L'œuvre piquetée, sur un fond préalablement aquarellé, elle ajoute parfois aussi du fil et rajoute de la broderie dans ses compositions (les plus complexes). Et puis elle passe beaucoup de temps à les cadrer grâce aux passe-partout qui jouent un rôle primordial dans ses œuvres.

 

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

Marie Audin dans ses efforts de cadrage, ph. BM, 2014

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

Marie Audin, sans titre, deux figures en broderie et pricking, ph BM, 2010

     C'est donc à une seconde peau que s'en prend Marie Audin, avec ses aiguilles, et le vocabulaire dermique peut facilement venir à l'aide en ce qui la concerne. C'est une curieuse acupuncture en effet à laquelle elle se livre, sur le corps symbolique de l'image, et parfois aussi de curieuses sutures avec sa broderie. A qui prodigue-t-elle en premier ce qui s'apparente à des soins avec ses seringues et ses aiguilles? Quelles plaies recoud-elle? S'agit-il des spectateurs, ou d'elle-même? Probablement des deux.

 

marie audin,création franche,art brut,art immédiat,art singulier,acupuncture,sutures,dermatologie,peaux,pores,aiguilles,seringues,pointillisme

La boule aux aiguilles variées, qui sont les outils de la créatrice ; à noter aussi dessous le set de table avec ses sillons concentriques qui ressemblent à certaines des compositions de Marie Audin, ph BM, 2014

 

24/11/2014

"L'autre de l'art": bref, l'art de l'immédiat

      Se tient actuellement au LaM une exposition, "L'autre de l'art"  (sous-titré "art involontaire, art intentionnel en Europe, 1850-1974", allusion transparente à un célèbre titre de recueil de Paul Eluard), qui, parallèlement à un des objectifs affichés dans le texte introductif du catalogue (dû à Savine Faupin, la commissaire principale de l'exposition), "brouiller les frontières entre art populaire et art savant", apporte du nouveau sur divers plans, du moins si l'on s'en rapporte au catalogue publié à cette occasion (mais l'expo qui s'y rapporte doit être bien belle et riche si l'on s'en rapporte à ce ramage). Apporte du nouveau et me confirme personnellement dans mes choix, tels que défendus sur ce blog entre autres. Que ce genre d'exposition, qui a retenu plusieurs découvertes accomplies au cours de l'histoire du mouvement surréaliste, puisse aujourd'hui se monter a de quoi nous rassurer.

     On pourrait croire ainsi, lorsqu'on lit le catalogue dans l'ordre, "traumatisé" qu'on est par les expos d'art brut parisiennes de ces temps-ci (à la Maison Rouge, galerie Christian Berst, galerie Agnès B....) où un méli-mélo art brut/art contemporain s'esquisse, qu'on cherche aussi à Villeneuve-d'Ascq, de prime abord, à conduire l'amateur d'art brut et autres langages hors-normes dans des contrées singulièrement embrouillées, où art brut et art contemporain, c'est kif-kif —histoire au fond de régénérer le marché de l'art tout simplement (car quelle autre tactique en définitive se cache derrière de tels discours, le capitalisme cherchant perpétuellement de nouveaux profits?). Au LaM de Villeneuve-d'Ascq, dont je me demande toujours s'ils ne sont pas trop embarrassés d'avoir à gérer trois collections aussi différentes que celles d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, l'on parle volontiers de transdisciplinarité, de passerelles, de transversalités. C'est un peu obligatoire, étant donné une collection à trois visages. Mais je me demande si ce ne sont pas que des mots, et si cela ne débouchera pas à la longue sur un grand magma, un grand foutoir où une chatte ne retrouvera plus ses petits. Je parle au futur, mais j'ai bien l'impression que c'est déjà en place ailleurs, on a atterri dans un nouveau paysage de l'art qui ressemble furieusement aux banquises actuellement en pleine débâcle, des pans entiers se mettant  à dériver ici et là...

 

Affiche-Autre-de-l-art.jpg

     Mais passons les préfaces, les introductions et les intentions (peut-être exprimées de façon seulement stratégique) et regardons de plus prés certains chapitres, en s'intéressant moins aux tentatives d'annexion de "l'autre" par l'art qu'à cet art de "l'autre", un art qui ne se pare pas toujours du nom d'art, et qui se manifeste en dehors des systèmes artistiques conventionnels, au cœur de nos vies quotidiennes. En fait, à suivre petit à petit le catalogue, on s'aperçoit progressivement qu'on nous emmène du côté de ce que j'appelle depuis le début des années 90 l'art de l'immédiat. Et cela, ce n'est pas du tout la même tisane que celle qu'on tente de nous vendre à Paris!

 

Auguste-Forestier,-la-guill.jpg

Dessin d'Auguste Forestier exposé aux "Chemins de l'Art Brut VI" à St-Alban-sur-Limagnole en 2007 

 

     Savine Faupin nous parle de ses recherches sur des psychiatres d'avant-garde tels que Maxime Dubuisson à l'asile de Braqueville (le bien nommé...) à Toulouse (grand-père de Lucien Bonnafé, qui conserva les albums de dessins des pensionnaires des hôpitaux où son aïeul avait travaillé, dont les splendides dessins d'Auguste Forestier, avec leurs personnages aux chapeaux extravagants), ou le docteur Benjamin Pailhas dans son asile du Bon Sauveur d'Albi. On avait peu d'informations au sujet de ces deux-là jusqu'à présent.

Sns titre (la Vierge à moitié cuite, GC), 23x16cm.jpg     Claire Margat publie dans ce même catalogue une savante étude sur la collection de Georges Courteline, son "musée des horreurs" rebaptisé à la fin de sa vie - par une sorte de repentir? - "musée du labeur ingénu", collection d'œuvres naïves (dont un tableau du Douanier Rousseau, ou ci-contre un anonyme, auteur, selon la légende rédigée stupidement par Courteline, d'une "Vierge à moitié cuite"...) construite par lui à la fin du XIXe siècle  tout à la fois par fascination et dérision envers les réalisations de ces peintres autodidactes (j'y reviendrai dans une note ultérieure). Curieuse attitude de l'humoriste en question qui achetait trois fois rien, pour s'en moquer, secrètement intrigué par ailleurs, des tableaux aux perspectives étranges, aux objets rendus ambigus par des peintres amateurs qui s'attachaient peut-être plus au retentissement psychologique de ces objets sur leur esprit qu'à leur représentation photographique, ce que Georges-Henri Luquet appela intelligemment un "réalisme intellectuel", terminologie plus précise qui aurait dû supplanter le terme "d'art naïf", mais rebuta finalement car peut-être pas assez "vendeuse"... Claire Margat s'attache avant tout à ce paradoxe du collectionneur qui collectionne des œuvres pour marquer sa distance vis-à-vis d'elles. Elle trace dans son étude de savantes arabesques autour de cette ambivalence, qui se résume plutôt, en ce qui me concerne, à la position bien sotte d'un humoriste bourgeois ne comprenant rien à une tendance de la représentation qui commença au XIXe siècle à se faire remarquer, débordant les vieilles lunes de l'art académique. Comme l'art brut aujourd'hui peut-être se fait remarquer de même, dépassant un art contemporain à bout de souffle. A noter que l'étude en question réussit l'exploit de ne nous montrer que très peu de reproductions des peintures de la collection Courteline, alors qu'il en existe, certes cachées dans les bibliothèques et les archives , et au moins dans le catalogue de la vente finale de la collection à la galerie Bernheim en 1927, ainsi que dans un numéro plus  ancien de la revue Cocorico (le n°39 du 15 août 1900, numéro entièrement consacré à la collection de l'humoriste), où Courteline avait déjà publié les mêmes commentaires goguenards et pince-sans-rire que ceux qu'il inséra dans le catalogue de la vente chez Bernheim (ce qui doit nous montrer qu'en dépit du nouveau terme dont il baptisa sa collection à la fin de sa vie, il n'avait pas changé d'un iota en ce qui concerne le jugement à son propos).

 

l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

Peintre non identifié, sans titre (une baleine émergeant sous des anges et toutes sortes d'engins volants), 27 x 36 cm, ancienne collection de Georges Courteline, reproduction d'après une méchante photocopie en noir et blanc...

 

     Le catalogue nous parle des graffiti, et aussi du griffonnage, des dessins dits de "téléphone", tous ces croquis spontanés que tout un chacun exécute machinalement  en marge de réunions de travail, ou de cours d'étudiants. Roger Lenglet donne dans le catalogue un article fort stimulant sur ce domaine (où il ne se cantonne pas à vanter le griffonnage mais attire notre attention sur la valeur esthétique des mâchouillements, triturations nerveuses, chantonnements machinaux, tout un patrimoine qui s'efface à chaque instant...). On sait qu'il fut l'auteur d'un ouvrage sur Le Griffonnage, esthétique des gestes machinaux aux éditions François Bourin en 1992, où il donnait nombre d'exemples iconographiques de ces fameux griffonnages.l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants Ce genre de regard empathique avec ces dessins compulsifs est aujourd'hui possible en grande partie grâce aux surréalistes qui dès les années 20, dans leurs revues, attiraient l'attention sur les griffonnages des buvards de conseils de ministres... On sait aussi que des collectionneurs engrangent parfois au milieu de leurs collections d'œuvres dûment estampillées œuvres d'art des figurations cahotiques sur cartons, voire des planches de pupitres zébrées de graffiti poignants, qui sont autant de palimpsestes de générations d'élèves griffonneurs, autant d'automatistes qui s'ignorent...

 

l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

Trois sous-main en bois griffonnés par des élèves en marge de leurs cours, coll. privée, région parisienne, ph. Bruno Montpied 

 

 

      Pierre Dhainaut signe pour sa part dans le catalogue deux articles, l'un sur Tristan Tzara et sa défense de la poésie qui n'est pas seulement "expression écrite" mais aussi et avant tout "activité de l'esprit", ce qui permit au poète dadaïste d'accueillir à bras ouverts à la fois la poésie phonétique —notamment celle qu'il trouvait dans la poésie africaine— et l'art produit à l'occasion d'une rupture mentale comme ce fut le cas lorsqu'il écrivit un texte sur le peintre suédois Ernst Josephson. Ce dernier bouleversa de fond en comble son esthétique jusque là classique  en renouveau visionnaire à la faveur d'une période de folie.

 

l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

Monographie sur Josephson avec texte de Tzara (assez court), éd. Pierre-Jean Oswald, 1976

 

      Le second article de Dhainaut —dont il faudra bien un jour songer à réunir tous les textes extrêmement éclairants qu'il a donné sur les créateurs d'environnements, l'art naïf, les écrits bruts, les arts spontanés en général (on en trouve dès les années 70 à ma connaissance ; il rappelle que c'est André Breton qui lui apprit à voir l'art naïf)— son second article a trait à l'Anthologie de la poésie naturelle, cet excellent livre de 1949 que Camille Bryen et Alain Gheerbrant consacrèrent à la poésie involontaire telle que l'avait cernée en 1942 Paul Eluard (qu'il mettait en parallèle avec la poésie dite intentionnelle des écrivains patentés). Il s'agissait de la poésie des graffitis, trous dans les vitres, lézardes des murs, inventions loufoques d'autodidactes visionnaires comme il s'en était déjà rencontré dans les années 30 dans le film de Jacques Brunius, Violons d'Ingres ou dans la revue Minotaure.l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

     L'enfance et ses dessins sont également convoqués dans le catalogue, et notamment dans leur rapport avec le groupe Cobra qui n'hésitait pas à se laisser influencer, comme Gaston Chaissac isolé dans sa Vendée de bigots, par les tracés bruts de décoffrage des enfants tout entiers à ce qu'ils tentent de représenter et producteurs de tracés simples et sobres, aux raccourcis saisissants.

 

l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

Œuvres éphémères en pâte à modeler créées par des enfants de 6 ans, ph. BM, 2008

 

    Bien d'autres sujets (j'oublie par manque de place de citer plusieurs autres références, comme par exemple le chapitre dû à Béatrice Chemama-Steiner sur des pierres sculptées sauvées de justesse, vestiges d'un mur taillé  par un pensionnaire de l'asile de Sotteville-lès-Rouen, Adrien Martias, entre 1932 et 1943 -date où il meurt parmi les 40 000 malades mentaux français morts de malnutrition pendant l'Occupation suite à un abandon programmé de leurs rations par les autorités vichystes), bien d'autres sujets sont évoqués dans cette expo qui s'avère décidément très excitante, et laisse à penser finalement qu'au LaM, on parvient avec maestria à gérer de front collections d'art moderne et collections d'art brut, puisqu'on le fait dans le respect de chaque corpus.

21/11/2014

Joseph Vaylet et la "poésie de la liste", selon Emmanuel Boussuge

Joseph Vaylet, un art spontané de la poésie de listes

 

Joseph Vaylet.jpg

 Joseph Vaylet en tenue de félibrige, image du site du Musée Joseph Vaylet.

  

       La petite ville d’Espalion en Aveyron dispose d’une richesse de musées à faire pâlir de bien plus grandes cités. Outre la chapelle des pénitents transformée en petit musée d’art religieux, elle compte trois autres lieux consacrés à la présentation de collections muséales : le musée des mœurs et des coutumes (poteries, cuivres, archéologie, art religieux)¹, un improbable musée du scaphandre et surtout le musée Joseph Vaylet. Ce dernier personnage (1894-1982) a réuni la plus hétéroclite des collections. L’intérêt de nombreux objets est un peu difficile à percevoir, mais de magnifiques pièces issues de la verve créative des bergers locaux et quelques autres chefs d’œuvre d’art populaire justifient plus qu’amplement le voyage. Presque vingt ans avant moi, Bruno Montpied avait visité ce réjouissant bric-à-brac et je renvoie à sa Petite promenade dans l’art populaire du Rouergue (Gazogène, n°14-15) pour plus longue description du lieu. C’est un autre aspect de l’activité de Joseph Vaylet dont je vous propose l’éloge.

 

Musee-Vaylet-001.jpg

 

« Le député de la Montagne » œuvre d’un artiste espalionnais ; début du 20ème siècle. Sculpture en bois polychrome, hauteur 90 cm (d’après la légende d’une carte postale en vente au Musée J. Vaylet, photo P. Saillan).

      Outre son activité de collectionneur tous azimuts, Joseph Vaylet était aussi poète occitan, folkloriste et encore un ethnologue autodidacte à la curiosité toujours en éveil. Je ne garantirais pas la scrupuleuse exactitude de tous les détails faisant la matière de ses opuscules, il est indéniable en revanche que ce personnage haut en couleurs illustra la poésie de la liste avec un sens du disparate presque sans égal, de même nature que celui qu’il déploya pour constituer sa collection.

    On sait que la poésie de la liste repose sur un subtil dosage de l’analogue et du dissemblable. Prévert a illustré le genre d’une manière flamboyante, les auteurs de l’Oulipo dans un tout autre style, Joseph Vaylet, lui, est le type même du poète de la liste spontanée, guidé par un sens de l’hétérogène qui pourrait paraître inné. Jugez d’abord par cet extrait de sa bibliographie telle qu’elle figure dans un de ses ouvrages :

« Lou Martiri de sant Hilarian (hors commerce)

L’Alh (L’Ail). Étude folklorique en langue d’oc, 1940, rare – 13 F.

Heures Ferventes. Recueil de poésies sentimentales, 1972, 25 F.

Proverbes et dictons rabelaisiens, 1260 dictons, 264 pages, 1er vol. – 45 F.

Presics de l’abat Badaruca (avec traduction fr.) – 27 F.

Flors d’Aubrac (poèmes d’oc avec traduction) – 35 F.

Rêveries normandes (poésies).

Le Tribunal de Commerce de Saint-Geniez (rectification d’une erreur historique)

Étude folkloriques :

- Le bâton dans le folklore

- La croix dans le folklore

- La dent dans le folklore

- L’âne dans le folklore

Histoires gaies (Humour et cure thermale) (sous presse [en 1977]) ».

        Humour et cure thermale, comment résister ?

       J’ai mis de côté deux ouvrages dont la table des matières offre elle-même exemple extraordinaire de fantaisie raisonneuse mise en liste. Voici donc le plan de La Bouse dans le folklore (Éditions Imprimerie du Sud-Ouest, Toulouse, 1977)joseph vaylet,musée joseph vaylet,majral du félibrige,occitanisme,espalion,art populaire,robert doisneau et jacques dubois,poésie de la liste,emmanuel bussuge,chemise conjugale,la bouse dans le folklore :

« Préambule

Chapitre premier – Divers emplois de la bouse.

A. La bouse dans la médecine.

B. Recettes magiques.

C. Emplois de la bouse dans la science vétérinaire et en botanique.

1. Dans la science vétérinaire.

2. En botanique.

Chapitre II. – Emplois domestiques de la bouse.

A. En Rouergue.

1. Le bousage de l’aire (plan de la ferme et cliché de l’aire).

2. Le four, les plafonds, la toiture, carreaux cassés.

3. Teintureries, peintres, poterie.

4. Utilisation par les bergers.

B. Dans d’autres régions.

1. En Vendée.

2. La fête des Bousats de l’île de Noirmoutier.

Chapitre III. – La bouse dans quelques pays.

A. En Inde.

B. En Australie.

C. Aux États-Unis.

Chapitre IV. – La bousetière, le lisier, le bousier.

Chapitre V. – Anecdotes.

Chapitre VI. – Proverbes et dictons.

Superstitions.

La bouse dans la Bible.

Chapitre VII. – Le coin pour rire.

Le mot de la fin. »

     La table des matières de son étude posthume sur la mythologique chemise conjugale (Imprimerie Rigal, Espalion, 1985) est moins développée. Elle figure intégralement sur la page de couverture du petit livre. L’occasion pour nous d’admirer aussi un art de la composition typographique charmant de désuétude :

 

P1040238.jpg

Coll. E. B.

 

Emmanuel Boussuge

 

joseph vaylet,musée joseph vaylet,majral du félibrige,occitanisme,espalion,art populaire,robert doisneau et jacques dubois,poésie de la liste,emmanuel bussuge,chemise conjugale,la bouse dans le folklore

Exemple de "chemise conjugale"  que Doisneau et Dubois dans leur livre Les Auvergnats (Ed. de La Martinière) considèrent comme d'une authenticité douteuse, ce qui n'est pas du tout l'avis d'un Michel Valière par exemple (voir commentaire ci-après)

______

¹ Le musée des mœurs et coutumes dont parle Emmanuel Boussuge dans cette note s'appelait à l'époque (1996) où je consacrai un texte à l'art populaire à Espalion dans Gazogène n°14-15, le "musée départemental du Rouergue". (Note du Sciapode)

 

11/11/2014

Le mystère des statues guatémaltèques, une histoire de Chichi...castenango

    J'aime bien le titre de cette note qui fleure bon ceux des aventures de Tintin et Milou. Pour commencer, les lecteurs non prévenus devront se référer à cette ancienne note de 2011. On y causait d'une statue trouvée par Laurent Le Meur au Mans en 2011. Toute une flopée de commentateurs était venue s'exciter à la suite de cette note, un peu par ma faute car j'avais appelé à l'aide pour l'interpréter. Les hypothèses sur son origine avaient afflué. L'un la voyait madone des gitans, l'autre lui trouvait un air oriental, moi je me l'imaginais éthiopienne, un érudit clermontois nous promenait du Maroc à l'Inde, bref, ça délirait sec.

 

art populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modeste

La Sainte-Vierge? Coll. et ph. Laurent Le Meur

 

      Il aura fallu trois ans pour qu'à la suite d'un mail récemment parvenu sur ma boîte mail en privé nous puissions avoir enfin la clef de l'énigme. Un collectionneur canadien —oui, les recherches sont mondialisées— répondant au doux patronyme de Jean-Marie Chapeau, m'a sorti de son couvre-chef non pas un lapin mais la photo d'une autre statue dénichée par lui dans un bric-à-brac genre Emmaüs canadien, statue qu'il a immédiatement rapprochée, avec raison semble-t-il, de la statue mancelle.

 

art populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modeste

L'autre statue venue au Canada, coll. et ph. J-M. Chapeau (Montréal), un Saint-Joseph?

 

 

      Laurent Le Meur n'a pas tardé à réagir, suite à leur mutuelle mise en contact, et a versé du coup des pièces nouvelles qui paraissent éclairer le mystère de la statue aux mains ouvertes (enfin... Si l'on peut vraiment parler de mystère en l'occurrence, car un vieux doute m'étreint, n'aurait-on pas affaire ici à de l'art populaire pour touristes? Une énième hypothèse délirante? Cette forme d'art populaire n'étant pas synonyme systématiquement de mauvaise qualité du reste...).

 

art populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modeste

Les deux statues rassemblées par Laurent Le Meur, dans sa collection en 2014

 

      Laurent Le Meur, depuis ma note de 2011, a trouvé une troisième statue à verser au dossier (voir ci-dessus). Toujours intrigué bien sûr par ces découvertes, il est parti à la recherche d'informations, et il a fini par tomber sur une carte postale qui montre un étal dans le village guatémaltèque (2000m d'altitude) de Chichicastenangoart populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modeste (j'adore ce nom, et je réfléchis désormais fortement à la possibilité d'y aller installer le siège de ce blog) où l'on devine (oui, c'est le mot, parce qu'il faut avoir de bons yeux vu la qualité du cliché) des statues du même style que celles ci-dessus. Le village, nous dit internet, est connu pour conserver des traces de la culture traditionnelle maya. Les statues qu'on devine sur l'étal correspondent aux statues de Le Meur et Chapeau, elles sont toutes presque plates, anguleuses et surtout pourvues de gros yeux cernés d'un épais trait noir. art populaire guatémaltèque,chichicastenango,laurent le meur,jean-marie chapeau,statues propitiatoires,vierge marie et saint joseph,art modesteIl semble donc que là-bas on trouve ainsi plusieurs traces d'une piété populaire qui mêle sans doute d'anciennes croyances indiennes aux mythes chrétiens. Bref, il fallait chercher du côté de l'Amérique Centrale. Ouf, on est un peu plus instruit.

      Et puis tiens, en me promenant au hasard sur internet je suis tombé sur le site de l'artiste Eliane Larus, une sorte de petite cousine de Chaissac, où il est question d'un séjour qu'elle fit dans ce fameux Chichicastenango. Rien à voir avec nos statues?

 

 

09/11/2014

Sculpture populaire polonaise

     Le hasard a voulu que je photographie à de très brefs intervalles deux œuvres de sculpteurs naïfs polonais venues faire un tour à des dates non précisées dans notre belle contrée de France. Voici en effet un Maréchal Foch, au garde-à-vous (comme tout bon soldat et aussi comme toute bonne statue...),  sculpté par Jan Lamecki (mort en 1960), aux yeux quelque peu protubérants et hypnotiques, ce qui paraît être une marque de fabrique de ce sculpteur —curieusement, c'est souvent par la façon de faire les yeux, et les arcades sourcilières que l'on différencie plusieurs sculpteurs naïfs polonais (car dieu sait qu'il y en a, tant on les a poussés par là-bas, sous l'ancien régime communiste, comme après, par habitude, car la chose paraît continuer aujourd'hui que le régime a changé) ; les styles de sculpture dans l'art naïf polonais, aux moyens limités, très sobres, rendent parfois difficiles en effet de départager ce qui appartient aux uns ou aux autres.

 

Jan-Lamecki,-le-marechal-Fo.jpg

Jan Lamecki, Ferdinand Foch, coll. privée, Paris, ph. Bruno Montpied ; Foch, à ce que m'a communiqué l'ami Régis Gayraud, était populaire en Pologne pour avoir soutenu, après la guerre de 14-18, la reconstruction de la Pologne en une seule entité, sans couloir de Dantzig

 

     Autre œuvre, cette fois il s'agit d'un fascinant groupe de cinq statuettes, signées de Stanislaw Denkiewicz (1913-1990) en 1975. Il s'agit en l'espèce d'un hommage à une mère, peut-être la femme à la longue jupe plissée présente au centre du groupe.

 

Stanislas-Denkiewicz,-group.jpg

Stanislaw Denkiewicz, statues pour un jubilé à l'occasion d'une "année de la femme", 8-3-1975, coll. privée, Paris, ph. BM

   Le texte, gravé dans le socle, entre grappe de raisin et fleurs nouées (symboles de prospérité et d'affection?), dit ceci en polonais (merci à Jean-Louis Cerisier pour sa traduction): "En cette journée internationale de la femme, nos vœux que tu vives cent ans, Maman". Le mot "Jubilé" est quant à lui gravé sur le rebord avant peint en vert. Chaque personnage a presque une seule arcade sourcilière, tandis que leurs yeux ont une fixité qui fait une bonne part de leur charme... Les nez très géométriques, style Île de Pâques, leurs bouches comme des entailles, les visages identiques (c'est une famille, mais tout de même...) leur donnent une allure presque effrayante. Ce sont peut-être les quatre enfants, trois sœurs et un frère, entourant la mère à la jupe plissée, personnage le plus grand au milieu de l'arc de cercle. Ces enfants portent tous une fleur chacun (le garçon ayant perdu la sienne, la brassée d'herbe visible dans son poing étant un remplacement imaginé par le brocanteur qui vendait ces statues), et pas la grande femme, ce qui implique qu'elle peut être la mère, les fleurs lui étant destinées.

 

St-Denkiewicz-7,-les-deux-d.jpg

Stanislaw Denkiewicz, le grand frère? Et/ou le sculpteur? Coll. privée, Paris, ph. BM

 

     Quel âge avait cette mère à qui ses enfants (et parmi eux le sculpteur, peut-être le seul homme du groupe, à gauche?) souhaitaient une longue vie? Sans doute un âge déjà certain, puisqu'on souhaite toujours une longue vie à nos aînés lorsque ces derniers ont déjà pas mal d'heures de vol... Et qu'en toute logique, ils ont moins d'années futures en stock que d'années écoulées... Cependant, si l'on accepte de laisser de côté quelque temps l'humour noir, on sent qu'à l'évidence, derrière ces faces de craie aux yeux fixes, se cache un amour entier pour la famille qui lie ces personnages dans un cercle. Et un amour des jupes plissées!

 

jan lamecki,stanislas denkiewicz,art naïf polonais,sculpture naïve polonaise,art populaire polonais,jubilés,journée internationale de la femme,souhaits de longévité,jupes plissées,art immédiat

Stanislaw Denkiewicz, détail de son groupe de statues représentant un hommage à une mère, coll. privée, Paris, ph. BM

 

 

03/11/2014

Acrobatie en terre cuite

      "Objets de curiosité" est un terme qu'emploient certains brocanteurs et antiquaires, notamment ceux qui cherchent encore du côté de l'art populaire. Je vais vous en montrer un exemple, chiné il y a déjà quelque temps par un curieux sur le stand de Daniel Boniteau, émérite broc que l'on retrouve régulièrement au détour de plusieurs foires, comme par exemple celle qui débute ces jours-ci à la Bastille (du 6 au 16 novembre).

 

Anonyme,-autour-d'une-erect.jpg

Une drôle de pyramide humaine, sans date, sans signature, photo Bruno Montpied

 

      Drôle de pièce n'est-ce pas? En terre vernissée, elle paraît pouvoir servir de pichet, mais à la table de quelque érotomane distingué (ou pas). Son axe —pour le qualifier d'un euphémisme— est en effet creusé, un bec horizontal étant chargé de guider la sortie du liquide versé à l'intérieur par une petite rigole qui porte bien son nom. Ce liquide, jailli de cet axe, prend des allures tout bonnement scabreuses...

 

Anonyme,-de-cote-la-pyramid.jpg

Ph. BM

 

     Car, comme on s'en avise à présent que l'objet a été mieux scruté, la tige orange, moucheté comme une robe de léopard, et sur laquelle s'appuient différents corps nus, miniaturisés  proportionnellement à la tige-pichet (corps nus parmi lesquels on reconnaît une femme enceinte), cette tige est un phallus fièrement érigé. La femme prégnante voit d'ailleurs ce sexe géant surgir entre ses cuisses, tandis que ses voisins font pour l'un les pieds au "mur", couvert d'une substance blanchâtre laissant peu de doute sur sa provenance (voir image finale en bas de cette note), et pour deux autres une courte échelle plutôt goulue (l'homme placé en dessous d'une femme en est très visiblement émoustillé, voir ci-après, sa tête disparaissant du reste complètement dans l'entrejambe de sa partenaire).

 

Anonyme,-Pyramide-au-phallu.jpg

Ph. BM

 

    Un quatrième corps (voir première photo) est vautré au sol, présentant haut son postérieur joufflu. Des petits masques décorent la base, tandis que deux testicules un peu ramollis pendent à l'un de ses côtés, permettant aux jambes de la parturiente de s'y reposer comme sur deux coussins.

    Comment classer ce genre d'objet? Est-ce de l'art brut? De l'art pour érotomane? Distraction d'un potier en mal d'amour? De l'art populaire érotique? Peu m'importe au fond, la chose m'amuse et m'intrigue, plus vivante que tous les diagrammes, plans, schémas, cartes météo et autres gribouillages numérotés que l'on cherche à nous fourguer pour de l'art brut chez les marchands et collectionneurs qui font parler d'eux en ce moment.

 

Anonyme,-la-pyramide-au-pha.jpg

Un de nos fêtards baignant dans le foutre, à ce qu'il semble bien, ph. BM

 

 

27/10/2014

Une suite provinciale à l'affaire parisienne des plaques commémoratives?

     Dans une note plus ancienne consacrée à la disparition de Jean-Pierre Le Goff, l'écrivain et poète des coïncidences, créateur de situations-poèmes, je mentionnais sa recherche sur des fausses plaques commémoratives qui fleurirent un temps à Paris avant d'être effacées brutalement du paysage (toutes sauf une? Voir ci-dessous), recherche "parue dans le n°12 de Viridis Candela (1 gidouille 130 EP, vulg. 15 juin 2003), carnet trimestriel du Collège de 'Pataphysique, p.49 à p.64".plaques commémoratives

    Eh bien, passant récemment par la Bourgogne, dans l'Yonne exactement, dans le bourg de Bléneau, qui s'enorgueillit entre autres d'avoir toujours un portail d'église rehaussé d'une rare proclamation jacobine d'amour envers "l'Etre suprême", je suis tombé en arrêt devant ce qui m'est apparu sur le moment comme une tentative de prolonger l'affaire des fausses plaques dont le contenu tournait en dérision la tendance actuelle à commémorer à tout va. Il y avait là une boutique de coiffure intitulée "la chaise blanche", et dans un coin de sa façade une inscription analogue à celle que l'on voyait autrefois à Paris.

plaques commémoratives

La "Chaise Blanche" avec une mini chaise blanche pour enseigne, et sa plaque commémorative bouffonne, ph Bruno Montpied, 2014

plaques commémoratives

L'affaire des fausses plaques va-t-elle rebondir à la France entière? Les "Renseignements Généraux" sont sur les dents... ph BM, 2014

23/10/2014

Art brut, soluble dans l'art contemporain? Ou art contemporain dissout dans la vie quotidienne?

     La rumeur enfle, toute une série d'intervenants, de ténors s'étant taillés des robes d'avocats de l'art brut, se sont donnés le mot, on dirait, pour prêcher la future fusion de l'art brut avec l'art contemporain. Ce dernier recouvre toutes sortes de formes d'expression, mais cela importe peu à nos ténors. Qu'on y distingue encore des avant-gardistes, comme ce fut le cas par le passé, ce qui pourrait permettre effectivement de le mettre sur le même plan côté novation avec les inventifs de l'art brut (parallèle qui est évoqué de façon un peu confuse selon moi par Céline Delavaux dans un de ses récents ouvrages, Comment parler d'art brut aux enfants, éd. Le Baron Perché, 2014,¹), qu'on y trouve encore des avant-gardistes, comme au temps où les surréalistes attiraient l'attention du public sur l'art produit en asile, les inspirés du bord des routes, les autodidactes dits naïfs ou l'art populaire merveilleux, cela n'interpelle pas les mêmes spécialistes. Non, en face de l'art brut, il n'y a que "l'art contemporain" tout uniment.

      Et il ne faut surtout pas que l'on sorte du champ de l'Art. Pour nos spécialistes, l'art est en train de s'étendre en effet. L'art "contemporain" serait comme une immense tache d'huile qui s'annexerait des nouveaux territoires. Dont l'art brut, mais aussi les créations des bâtisseurs spontanés de bord de routes.

 

tache d'huile.png

 

 

      En ce qui me concerne, je vois les choses d'un point de vue inverse, je ne m'intéresse nullement à une "extension du champ de l'art" qui annexerait des formes d'expression non répertoriées dans l'Histoire de l'Art, je ne m'intéresse absolument pas à ce que l'on a appelé d'un néologisme barbare, "l'artification"². Non, moi, je préfère envisager la chose plutôt comme une annexion de l'art par la vie quotidienne, et s'il faut répondre à un néologisme par un autre néologisme, je parlerai alors d'une "quotidiennisation" de l'art, ce que j'appelle aussi sur ce blog une poétique de l'immédiat. Comme une dissolution de l'art dans la vie quotidienne, ce qu'annoncent les créateurs (et non les "artistes") de l'art brut et autres inspirés bricoleurs des décors de leur vie quotidienne.

     Comme on le voit c'est d'une toute autre perspective qu'il s'agit. Mais bien sûr, il ne s'agit plus dans ce cas d'une histoire de gros sous... Je dis ça, car j'entends dire ici et là que derrière cette histoire de fusion art brut/art contemporain, il serait surtout question d'une stratégie de hausse des prix de l'art brut (l'art contemporain met en jeu des cotes plus substantielles...). Certain marchand, et certain collectionneur, y auraient intérêt pour faire valoir les articles en magasin, d'où toute l'agitation et tout le branle-bas de combat actuels autour de l'art brut... Ce serait vraiment pas joli-joli, si cela se révélait exact. 

_____

¹ "L'art contemporain, comme l'art brut, implique la nouveauté, l'exploration d'un inédit qui force la réflexion. En ce sens, lui aussi appelle le regard à s'ouvrir et le discours à se renouveler. Comme l'art brut, l'art contemporain présente un éclectisme total, une mosaïque de propositions singulières." (Céline Delavaux). On est là semble-t-il bien loin du Dubuffet, pourtant le fondateur de la notion d'art brut, qui vouait aux gémonies l'ensemble de "l'art culturel"...

² Voir sous la direction de Nathalie Heinich et Roberta Shapiro, De l'artification, Enquêtes sur le passage à l'art, éditions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences, 2012.

18/10/2014

Jacqueline Humbert et les sirènes

     Retrouvée récemment par le camarade Jacques Burtin à Auxerre dans le marché couvert qu'a bâti jadis Alain Bourbonnais, voici une douce et gentille sirène peinte par Jacqueline Humbert, peintre naïve et comme on sait aussi animatrice acharnée du musée rural des art populaires de Laduz. Elle fut peinte il y a pas mal d'années (les années 70? 80?) mais elle se maintient avec une belle persévérance je trouve, ce qui n'est pas évident sur un rideau de fer...

 

Sirene-(Jacqueline-Humbert).jpg

Jacqueline Humbert, marché couvert d'Auxerre, ph. Jacques Burtin, 2014